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Tunisie : Guerre contre le terrorisme et bavures policières

Brigade-antiterroriste

Dans sa guerre contre le terrorisme, la Tunisie a proclamé l’état d’urgence et le couvre-feu, mais certaines compagnes sécuritaires sont particulièrement musclées.

Par Yüsra Nemlaghi

Le soir de l’attentat, mardi 24 novembre 2015, contre un bus de la garde présidentielle à Tunis (12 morts et 20 blessés, dont 4 civils), les autorités tunisiennes ont proclamé, pour une durée d’un mois, l’état d’urgence et un couvre-feu de 21 heures à 5 heures dans le Grand-Tunis.

Les agents de sécurité, qui ont multiplié les descentes et les perquisitions dans les milieux extrémistes religieux, ont commis, parfois, des bavures et fait usage de violences injustifiées. Cela s’est passé, notamment, à la Goulette, banlieue nord de Tunis, lors de perquisitions dans des maisons situées à l’avenue de la République, hier à 2 heures du matin.

Monia-Abid

Monia Abid.

«Des armes pointées sur nous»

Les habitants, encore sous le choc, ont rapporté, que les forces de l’ordre ont défoncé les portes de leurs maisons et pointé leurs armes sur des hommes, des femmes et des enfants. Plusieurs de ces hommes, jeunes et moins jeunes, ont été arrêtés et emmenés au siège de la police criminelle à El-Gorjani, à Tunis, sans explication et sous la menace des armes. Trois heures après, ils ont tous été relâchés et sans qu’aucun d’entre eux n’ait fait l’objet de poursuites judiciaires. C’est, en tout cas, ce qu’ils affirment.

«Réveillée à 2 heures du matin, des armes pointées sur ma figure et celles des autres membres de la famille. Et ce n’était pas une blague. Vous pouvez imaginer la terreur que nous avons ressenti à ce moment-là», raconte Amel Attia.

Amal-Attia

Amal Attia.

Sa voisine, Monia Abid, encore sous le choc, indique qu’au moment où la porte a été défoncée et les armes pointées sur elle et sa famille, elle ne savait pas s’il s’agissait d’un attentat terroriste ou d’une descente policière. «Il faisait nuit, nous ne voyions rien. Nous étions violemment bousculés et humiliés. Nous sentions des armes pointée à nos têtes. Nous avions pensé à une prise d’otage», a-t-elle rapporté.

Harcèlements et violences gratuites

Le même jour, un autre dérapage a été enregistré, durant l’après-midi, au centre-ville de Tunis, au cinéma le Colisée. Slim Ghedira, jeune étudiant en médecine et cinéphile qui, comme des centaines de Tunisiens, s’est promis de ne pas céder à la peur du terrorisme et d’assister aux projections programmées dans le cadre des JCC, en a été la victime.

Un malentendu entre lui et le portier de la salle de cinéma a vite dégénéré et le jeune homme s’est vu embarqué par des policiers, qui, selon son témoignage, lui ont asséné des coups de pieds et de poings. Au commissariat, il a eu droit au même traitement, assure-t-il. «Lorsque j’ai demandé la raison pour laquelle on m’a arrêté, les seuls réponses auxquelles j’ai eu droit c’étaient des insultes et des gros mots. On m’a également privé de mon droit de passer un appel téléphonique, bien que j’ai insisté sur le fait que mes parents allaient s’inquiéter, mais en vain», a-t-il rémoigné.

Slim-Ghedira

Slim Ghedira.

Avant d’être libéré et de quitter le poste de police, Slim Ghedira dit avoir signé un engagement dont il n’a pas pu lire le contenu. «Je voulais savoir sur quoi j’allais signer mais l’agent me menaçait à chaque fois que je demandais à lire le document. Au bout d’une heure de harcèlements et de violences gratuites, je me suis résigné à signer», raconte l’étudiant.

Tout en dénonçant le terrorisme et en assurant les forces de sécurité de leur soutien, beaucoup de Tunisiens craignent que la lutte contre le terrorisme ne devienne un prétexte pour des entraves aux droits et aux libertés. Ils comprennent que les agents de sécurité soient trop sollicités ces derniers temps, qu’ils travaillent jusqu’à 12 heures d’affilée par jour, qu’il y a à boire et à manger dans le flot des alertes qu’ils reçoivent chaque jour et qu’ils manquent cruellement de moyens pour bien faire leur difficile boulot, mais un minimum de prudence et de doigté est exigé pour que leurs relations avec les citoyens, déjà très entachées, ne se détériorent pas davantage. Et c’est ce que recherchent, d’ailleurs, les terroristes…

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