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Séminaire à Sassari: Le projet Wadis-Mar en Tunisie et en Algérie

Rencontre-Sassari

Les pays du pourtour méditerranéen conjuguent leurs savoirs pour faire face à l’ogre de la désertification grâce à une meilleure exploitation des ressources en eau.

Par Wajdi Msaed, envoyé spécial à Sassari

La ville de Sassari au nord de l’île de Sardaigne (Italie) a abrité, les 16 et 17 juin 2016, la conférence finale sur le projet Wadis-Mar.

Cet événement a été organisé dans le cadre de la célébration de la journée mondiale de lutte contre la désertification. Il s’agit, en fait, d’un atelier international sur la gestion durable des ressources en eau dans les régions arides et semi-arides.

Diffusion efficace des bonnes pratiques

L’initiative revient au centre NRD-Uniss (Centre de recherches sur la désertification de Sassari), coordinateur de ce projet financé, à concurrence de 22 millions d’euros, par la Commission européenne, à travers le programme Swim relatif à la gestion durable et intégrée des ressources en eau et à la diffusion, large et efficace, des politiques et pratiques de gestion de l’eau dans le sud de la Méditerranée.

Le modèle intégré et durable de collecte d’eau et de techniques agricoles en terres arides dans la région du Maghreb a été le point de départ pour une analyse approfondie et un large débat entre les participants, experts en eau et en questions agricoles, fonctionnaires de haut niveau et universitaires chercheurs venus de différents pays méditerranéens, dont les cinq pays maghrébins ainsi que des représentants d’organisations spécialisées en la matière. On citera notamment l’Observatoire du Sahel et du Sahara (OSS), qui est basé à Tunis. La Tunisie a été représentée par des chercheurs de l’Institut des zone arides (IRA Médenine).

Outre la séance d’ouverture officielle, qui a enregistré la présence du maire de la ville de Sassari, le programme de la rencontre a été riche en interventions, en démonstrations et en échanges d’expériences.

On a parlé de la convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification et lecture a été faite de la déclaration de son secrétaire général Ban Ki-moon à l’occasion de la célébration de la journée mondiale de lutte contre la désertification.

Les problèmes ayant trait à la gestion de l’eau, à la sécheresse et aux effets potentiels du changement climatique sur la recharge des eaux souterraines ont été analysés et discutés, ainsi que les questions relatives à la gestion de la recharge des aquifères comme solution à la pénurie d’eau et à la sécheresse.

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Wadis-Mar : bonne gestion de l’eau et agriculture intégrée

Une séance d’affichage de posters a permis de mettre en exergue le projet Wadis-Mar analysé sous ses différents angles et ses multiples caractéristiques et facettes, par le biais de textes, de graphiques et de statistiques, dans un but de vulgarisation de ce projet pilote dont l’objectif est de permettre l’amélioration du niveau de vie de la population rurale dans les zones arides et semi-arides de la région du Maghreb, où la rareté de l’eau contribue au processus de désertification dont elles souffrent depuis presque toujours.

Le projet Wadis-Mar tend à assurer la bonne gestion de l’eau et de l’agriculture intégrée, durable et participative dans les bassins de l’Oued Biskra, en Algérie, et d’Oum Zessar, dans la région de Médenine, au sud tunisien, en vue d’assurer leur adaptation au changement climatique et à la sécheresse.

«Il faut encourager les recherches scientifiques et explorer les résultats des recherches opérées par le centre NRD», a lancé Wafa Sahli, ingénieur tunisienne et présidente du réseau Desert Net International

De son côté, Pier Paolo Roggero, directeur du centre NRD, a déclaré, de son côté: «Il ne faut jamais être égoïste en réalisant des projets de développement; il faut, au contraire, prendre en considération la dimension environnementale et penser aux générations futures».

C’est dire l’énorme responsabilité qui incombe aux générations présentes dans la conservation du sol et l’amélioration de sa capacité de régénération. Et cette responsabilité est d’autant plus grande chez les universitaires et les chercheurs dont le rôle, explique M. Roggero, «est d’orienter les choix des politiques quant à la dynamique du sol et au phénomène de dégradation des ressources naturelles, et de penser à la recharge, de manière à recharger la nappe phréatique et à récupérer les terres», sachant que 39,7% de la planète terre sont composés de zones arides où vit 34% de la population mondiale.

Récupérer 1,5 millions de m3 d’eau

Commentant la vidéo de présentation de son projet, Giorgio Ghiglieri, coordinateur du projet Wadis-Mar et ingénieur chercheur à l’université de Cagliari, a estimé que les nouvelles techniques déployées dans la gestion des eaux «permettent de récupérer 1,5 million de m3 d’eau par an et il y a lieu de vérifier si les recharges artificielles ont un effet bénéfique sur la terre».

A voir une fillette, sur la même vidéo, chanter «l’eau dans mon pays est comme l’âme dans mon corps», le message devient d’une percutante clarté : le développement durable est l’affaire des enfants et des adultes et l’implication de la femme dans la recherche est plus que recommandée.

Et il est dans l’ordre des choses, dans ce contexte, que la population cible du projet Wadis-Mar, qui est basé sur des approches participatives et bottom-up, soit composée de ménages agricoles, d’agriculteurs disposant de petites exploitations irriguées, d’éleveurs et d’utilisateurs de puits dans les zones du projet.

Les témoignages exprimés par les agriculteurs concernés, en Tunisie comme en Algérie, à travers la même vidéo, en est la meilleure illustration : «Nous avons tiré profit de ce projet au moins au niveau de l’apprentissage des techniques d’arrosage et d’irrigation», affirment-ils.

Notons que la journée mondiale de la lutte contre la désertification, instaurée depuis 1994, a été célébrée cette année sous le thème «Protégeons-nous, récupérons la terre et impliquons les personnes».

Un programme a été mis en œuvre, à cette occasion, au conservatoire Canepa, à Sassari, notamment une projection de vidéos traitant des procédures de prévention contre la désertification et une table-ronde sur la désertification et les médias. Le tout sur un fond de musique joué par un orchestre des jeunes musiciens dirigé par Emilia Zavala Lopez.

Par la même occasion, l’université de Sassari a abrité les travaux de l’assemblée extraordinaires des chanceliers des universités des pays méditerranéens, dont l’objectif est d’identifier des stratégies communes aux universités de la région dans les domaines de l’eau, de la désertification, de la formation et de la coopération au développement.

Signalons, enfin, la signature d’une convention, au siège du Rectorat, entre les universités de Sassari et de Cagliari (Italie), de Tripoli (Libye) et de Constantine (Algérie).

Cette convention, signée en présence notamment du recteur d’université de Sassari et du président de l’Union des universités de la Méditerranée (Unimed), le Marocain Wael Benjelloun, porte sur la coopération en matière de lutte contre la désertification et les efforts à déployer pour assurer la sécurité alimentaire dans les pays du bassin méditerranéen. L’échange de professeurs et d’étudiants a été inclus dans les termes de cette convention en vue de développer des programmes d’éducation scientifique en matières de désertification et de lutte contre la dégradation du sol et la sécheresse

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