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JCC 2016 : L’Algérie face à l’épidémie de l’islam radical

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‘‘Maintenant, ils peuvent venir’’, le premier long métrage de fiction de Salem Brahimi, revient sur les horreurs de la décennie noire en Algérie (1988-1998).

Par Fawz Ben Ali

Avec la section «1ère œuvre Tahar Cheriaa», qui a fait son entrée dans la compétition officielle depuis l’année dernière, les Journées cinématographiques de Carthage (JCC) se veulent témoins de l’éclosion de nouvelles expériences et de nouveaux parcours cinématographiques. Parmi les 13 films (9 fictions et 4 documentaires) concourant cette année pour le Prix Tahar Cheriaa, on trouve le film algérien ‘‘Maintenant, ils peuvent venir’’ (Prix du jury au Festival de Dubaï 2015).

Avec ce film, Salem Brahimi signe son 3e long-métrage et sa première fiction, adaptée du roman éponyme d’Arezki Mellal, coscénariste du film, qu’il a présenté au public tunisien mardi, à la salle Le Rio.

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L’islam radical : une épidémie qu’on n’a pas su éradiquer

En tête d’affiche, on trouve Rachida Brakni et Amazigh Kateb, leader et chanteur du groupe Gnawa-Diffusion, et fils du célèbre écrivain Kateb Yacine. Le chanteur, qui n’a jamais été loin du 7e Art avec des compositions de musiques de films et une brève apparition dans ‘‘L’oranais’’, endosse pour la première fois la veste du comédien et obtient le Prix d’interprétation au dernier Festival du film méditerranéen d’Annaba.

Tournée entre Marseille et Alger, ‘‘Maintenant, ils peuvent venir’’ nous fait revenir 20 ans en arrière en Algérie pour nous plonger au cœur de la décennie noire (1988-1998). Le film, on le sent, porte toute la rage du cinéaste contre cette guerre civile entre les islamistes et l’armée algérienne qui a marqué les années 90.

Dès les premières minutes, on est installé dans une ambiance tendue faite de terreur et de violence, dont on n’a eu jusque là que les échos. Mais le film ne s’inscrit pas dans la lignée des films d’histoire, car avec le recul nécessaire, il se veut plutôt une invitation à la mémoire et à l’émotion d’autant plus que les Algériens ont encore du mal à faire le deuil de ce chapitre noir de leur histoire. Mais c’est surtout une invitation à la compréhension, afin d’éclairer le présent, car l’islamisme radical a, depuis, poursuivi son chemin vers d’autres terres. 20 ans après, l’expérience algérienne s’universalise comme une épidémie qu’on n’a pas su éradiquer.

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«Je ne m’habillerai pas comme les Saoudiennes!»

Le cinéaste rend palpable l’angoisse de tout un peuple dans sa vie publique comme privée : on oblige les femmes à porter le voile, on bloque les rues à l’heure des prières, et on fait couler le sang des «koffar» (mécréants). «Ils sont beaux parleurs et tueurs», comme les décrit si bien Salah, le leader communiste dans le film.

Au milieu de la stupeur générale, Noureddine et sa femme Yasmina luttent tant bien que mal pour s’accrocher à la vie et faire face au fantôme de la mort qui rôde dans les moindres recoins du pays. Leur amour, né en marge de l’horreur, devient en lui-même un acte de résistance. Et puis il y a cette force féminine à ne pas céder aux intimidations islamistes : «Je ne m’habillerai pas comme les Saoudiennes!», lance-Yasmina à sa mère qui essaie de lui faire porter le voile.

Les affres du terrorisme en Algérie sont vieilles certes, mais encore douloureuses. 19 ans d’état d’urgence laissent forcément des séquelles. Cette épreuve vécue dans l’isolement par des Algériens est sortie à la lumière du cinéma pour nous rappeler que ce peuple n’a pas bénéficié de la mobilisation d’aujourd’hui contre le terrorisme.

Avec ‘‘Maintenant, ils peuvent venir’’, Salem Brahimi signe sa première œuvre fiction sur les traces de l’histoire algérienne, nous rappelant que «celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre».

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