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L’attentat de Finsbury: Y a-t-il un avenir pour l’islam, hormis l’intolérance?

Encore un attentat à Londres ! Sa particularité macabre est que, cette fois, des musulmans n’en soient pas les auteurs, mais les victimes.

Par Dr Mounir Hanablia *

Dimanche 18 juin 2017, des fidèles, qui sortaient de la mosquée après les prières nocturnes, ont été écrasés intentionnellement par un véhicule dont le conducteur aurait crié: «Je veux tuer tous les musulmans». Selon les dernières nouvelles, il y aurait quatre morts.

Terrorisme et/ou racisme

Le même soir, aux Etats Unis, près de Washington, une musulmane de 17 ans, toujours à la sortie de la prière nocturne, et pourtant accompagnée par 5 de ses camarades, a été retrouvée morte après une altercation avec un Latino, dont il semble qu’il l’ait outragée avant de la tuer, et que la police a finalement arrêté et inculpé.

Pour en revenir au crime de Finsbury Park, à Londres, dont l’auteur a été arrêté, ce serait vraisemblablement un membre de la communauté hindoue, dont on ignore pour l’instant les motivations exactes. Il ferait partie d’un groupe de trois personnes; des témoins parlent d’un homme qui serait descendu du véhicule et se serait mis à poignarder les personnes autour de lui. Bref un remake à l’envers de ce qui s’était passé il y a peu de temps à Londres.

 

La répétition de ces incidents, terroristes ou racistes, en Angleterre d’une manière générale et à Londres en particulier, prouve qu’un sérieux problème y existe désormais autant sur le plan sécuritaire que communautaire. Et jusqu’à présent, il semble bien que depuis les attentats de Nice puis d’Allemagne, on n’ait pas encore trouvé la parade pour prévenir ce genre d’attaques. Tout au plus pourrait-on multiplier les contrôles d’identité aux abords de certaines zones à haut risque, et sévèrement y réglementer la circulation. Mais comme il s’agit généralement de personnes fichées, il demeure problématique de préjuger de l’efficacité de telles mesures.

Un climat de haine contre les musulmans

L’autre problème est le climat de haine qui s’est installé contre la population musulmane et dont évidemment les attaques terroristes menées par des membres de cette communauté sont en grande partie responsables.

Evidemment, on aurait beau jeu d’incriminer la manière avec laquelle certains organes de presse couvrent ces attaques, ainsi d’ailleurs que la politique anglo-américaine au Proche Orient, depuis 1991, attaquant, occupant et détruisant les pays nationalistes radicaux, et soutenant les régimes réactionnaires du Golfe, en particulier les Etats wahhabites qui diffusent à travers le monde la version jihadiste de l’islam grâce à des moyens financiers considérables.

Or pour des raisons encore obscures, ces Etats là semblent bénéficier en Occident auprès des pouvoirs politiques d’une complaisance indiscutable dans la diffusion de cette idéologie morbide et dangereuse. On aurait en effet du mal à penser que ces pays-là acceptent sciemment de semer le vent ainsi pour finir par en récolter inévitablement la tempête, même si pour le moment celle-ci soit surtout médiatique. Car évidemment l’une des caractéristiques des actes terroristes est qu’ils suscitent des émotions sans commune mesure avec l’importance des dégâts commis.

Il reste évidemment la dernière question à laquelle personne n’a voulu apporter de réponses, et qui est bien de savoir si l’islam n’est pas effectivement, comme le prétendent ses détracteurs, une religion terroriste.

Depuis quelques années, et surtout depuis les attentats du 11 septembre 2001, aux Etats-Unis, on a eu beau jeu, textes du Coran à l’appui, de démontrer que l’affrontement avec tous ceux qui ne partagent pas leur croyance était dans la nature même du fait musulman. Ceci est bien évidemment inexact, c’est en Algérie dans les années 90 dans les conditions politiques que l’on sait que le terrorisme islamiste a commencé à faire parler de lui, pour finir grâce aux atrocités commises, par faire acquérir aux régimes militaires de la région, la légitimité internationale qui leur faisait défaut.

En Afghanistan, on sait comment Al-Qaïda a été créé, et dans quel but, celui de saigner la puissance militaire soviétique. On sait également qu’on a commencé à en parler uniquement après l’attentat de Nairobi de 1997.

Et puis il y a bien évidemment eu, après l’occupation américaine de l’Irak, l’apparition du monstrueux Etats islamique (Isis, Daêch), dont quelques uns des principaux cadres ont été recrutés, formés, agrégés, fidélisés, dans des camps de concentration américains.

Les prêches des imams

Ceci dit, il n’en demeure pas moins que, depuis des années, même du temps du président Bourguiba, les prêches de certains des imams tunisiens, surtout après la débâcle de Juin-67, appelait ouvertement à la malédiction divine , non pas sur les sionistes, parce qu’ils occupaient indûment une terre dont ils spoliaient les habitants légitimes de leurs droits, et qu’ils détruisaient les lieux de mémoire, en particulier ceux du culte musulman, mais sur les juifs , sans doute parce que quelques uns parmi eux avaient en Arabie été les ennemis du prophète Mohamed.

Or ces imams-là, aux ordres, ignoraient, ou faisaient semblant de le faire, tous les juifs qui n’ont cessé de se battre pour la cause palestinienne tout simplement parce qu’ils sont bien conscients que, sans entente avec les Arabes, l’avenir d’Israël ne sera jamais définitivement assuré.

Mais ceci évidemment pourrait tout aussi bien être dit pour certains rabbins juifs, en particulier ceux en charge des unités combattantes au sein de l’armée israélienne, et qui fournissent les «fatwas» nécessaires aux soldats pour les meurtres des civils, bien sûr arabes.

Cela n’absout nullement les imams dont les sermons relèvent pourtant toujours du contrôle du ministère des Affaires religieuses chez nous, et j’ignore si, depuis Bourguiba, les choses ont changé. Pourtant il existe bien aussi des versets du Coran appelant à la concorde entre les communautés. Cependant, l’époque que nous vivons est-elle celle de la concorde alors que de nombreux peuples, souvent musulmans, ont été brisés par la guerre civile et l’intervention étrangère? Et pourquoi faudrait-il que ces peuples-là fassent amende honorable alors que le fond du problème n’est pas ce qu’a dit Mohamed ou le Coran, mais un ordre international de plus en plus inégalitaire avec des Etats de moins en moins aptes à assurer les besoins essentiels de leurs populations, et où le pacte social et le pacte de citoyenneté ne signifient plus grand-chose?

Le plus dur n’est pas de convaincre les Européens que le contrôle des mosquées en Europe n’incombe pas aux fidèles musulmans, mais à leurs propres autorités; ce sont tous ceux qui, sous prétexte du danger islamiste, appellent à jeter le Coran aux orties, à fermer les mosquées et à récupérer une identité latine aussi morte que la langue qui la composait. Pourquoi latine et pas punique? Là est la question; il y aurait déjà une certaine cohérence à récupérer une identité amazigh, qui ne ferait qu’enrichir notre culture, mais le drame est que les militants autonomistes, ou indépendantistes, comme le MAK, ont choisi comme langue écrite de prédilection, soit l’arabe (Rif), soit le français (Kabylie).

Et donc, les bruyants appels tendant à mettre fin à 1500 ans d’occupation arabo-musulmane, à qui outre l’incurie des gouvernants, on attribue les problèmes issus de l’ancienne colonisation (des Etats disposant de peuples culturellement homogènes mais politiquement et territorialement divisés) auxquels se sont associés ceux issus de la nouvelle (affaiblissement des Etats, diktat des marchés de la finance internationale) ne sont en réalité que la propagation et la perpétuation par d’autres moyens du processus militaire de morcellement en cours sur l’espace compris entre l’Afghanistan et le Maroc, dont on sait qui sont les véritables bénéficiaires.

C’est vrai que nous souffrons d’un déficit flagrant de liberté, mais pourquoi ne pas le faire assumer par les gouvernants pour qui tous les prétextes sont bons pour brider leurs peuples et les museler? On a vu, il y a quelques jours, quels commentaires et quelles réactions une simple banderole dans un stade de Tunis avait fait naître (soutenant le Qatar contre ses adversaires de la région du Proche-Orien, Ndlr), alors que même, après des agressions contre des policiers, personne ne s’était demandé pourquoi aucune enquête n’avait été diligentée pour connaître les moyens dont on pourrait user pour assurer la sécurité sur les terrains de football.

Conservatisme social et repli identitaire

Pour en revenir à l’islam dans nos pays ainsi que son avenir dans les pays étrangers, il faudrait que les musulmans s’éduquent pour éviter les manifestations ostentatoires, en particulier les femmes, toujours susceptibles en tant que telles de subir les agressions racistes. Et de se convaincre que les musulmans ne furent ni plus fanatiques ni intolérants que les autres, ni les coupables ou les complices de l’Holocauste, alors que les juifs se réfugiaient chez eux durant l’Inquisition, ils ont eu des personnalités remarquables comme Bourguiba, l’Emir Abdelkader, Mohamed V du Maroc qui ont été des exemples de clairvoyance et de tolérance dans des périodes particulièrement obscures de l’histoire humaine.

S’il y a aujourd’hui des minorités au Proche-Orient, aussi nombreuses, dont certaines sont aussi importantes en nombre que celles des Coptes, cela prouve bien qu’à la période classique, et avant l’irruption du nationalisme, venu d’Europe, ils n’avaient jamais pratiqué l’épuration ethnique. Et si aujourd’hui il existe toujours un déficit en liberté, en démocratie, dans la condition des femmes et des minorités, il faut plutôt en chercher la raison dans le conservatisme social et le repli identitaire dont autant certaines sectes issues de l’islam disposant des moyens financiers énormes tirés d’une situation privilégiée dans l’économie mondiale, qu’un néocolonialisme ennemi de tout progrès, assument une grande part de responsabilité.

* Cardiologue, Gammarth, La Marsa.

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