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‘‘Freedom House’’ de Chedly Arfaoui : Coup d’Etat et utopie politique

La dernière pièce de Chedly Arfaoui est une immersion parodique dans la Tunisie d’après la révolution de 2011. Entre humour et intrigue vaguement politique.

Par Fawz Ben Ali

La 19e édition des Journées théâtrales de Carthage (JTC) a débuté le vendredi 8 décembre 2017 dans la capitale tunisienne, mais le public n’a eu véritablement accès aux pièces programmées qu’à partir du lendemain.

Tout comme les Journées cinématographiques de Carthage (JCC-2017), les JTC-2017 attirent un public nombreux, pas seulement les amateurs de théâtre mais aussi tous ceux qui souhaitent découvrir le meilleur du 4e art tunisien, arabe, africain et mondial, avec un tarif raisonnable, contrairement au cours de l’année où l’accès aux salles de théâtre relève souvent du luxe.

Des pièces données à guichets fermés

Dès le premier jour, les festivaliers ont répondu présents, et la plupart des pièces ont été données à guichets fermés. En effet, le public a envahi les salles au grand bonheur des artistes qui attendent ce grand rendez-vous annuel pour enfin présenter leurs créations.

‘‘Freedom House’’ de Chedli Arfaoui a été donnée samedi soir devant une salle comble pour ses deux représentations successives (19h puis 21h) à la salle du Quatrième Art.

Chedli Arfaoui est connu par le grand public plutôt comme acteur pour avoir joué notamment dans ‘‘Bastardo’’ ou ‘‘La belle et la meute’’ sur le grand écran et ‘‘Boolis’’, série ramadanesque culte sur le petit écran. Mais il faut dire que la première vocation de l’artiste est le théâtre auquel il tente de revenir autant qu’il peut surtout en tant que metteur en scène. Tantôt dans le théâtre du divertissement (‘‘Made in Tunisia’’ de Lotfi Abdelli, ‘‘Êfcha mon amour’’ de Wajiha Jendoubi…), tantôt dans des créations plus intellectuelles comme son adaptation de ‘‘Un tramway nommé désir’’ ou ‘‘La chatte sur un toit brulant’’ de Tennessee Williams. C’est ainsi qu’il a trouvé le moyen d’être un peu partout sur la scène culturelle tunisienne.

Réunissant Abdelkader Ben Said, Chekra Rammeh, Mohamed Hassine Grayaa, Mona Talmoudi, Chakib Romdhani et Moncef Ben Massoud, ‘‘Freedom House’’ figure dans la compétition officielle de cette édition.
A 19h20 à la salle du Quatrième Art, la lumière s’éteint enfin et l’on découvre un décor assez intrigant : d’abord la fumée qui envahit l’espace, puis ces vieilles lampes, accrochées à de longs fils un peu partout sur scène derrière des rideaux en filet, nous permettant d’apercevoir les premiers personnages qui se dressent dans un coin comme des statues.

Il s’agit du Général et de ses trois hommes qui représentent ‘‘Freedom House’’, l’armée qui vient de réussir son coup d’Etat et qui va tenter de remettre de l’ordre dans ce pays en plein chaos.

Un pays entre guerre et paix

D’un tableau à un autre, on s’immerge dans l’état de panique qui règne et qui nous fait de plus en plus penser à la Tunisie aux premiers jours, voire premiers mois et années de la révolution.

Dans ce même décor assez minimaliste, on nous parle de magasins saccagés, d’habitants qui protègent leur quartier contre toute sorte de bandits, et puis de terroristes qui s’entraînent tranquillement dans les montagnes.
Ce sont évidemment des images qui nous sont familières, mais Chedli Arfaoui nous dit que sa pièce est «une pure imagination et que toute ressemblance avec la réalité n’est que pur hasard».

Après les hommes en militaires qui vont dans tous les sens, c’est autour des femmes de marquer leur présence avec Chekra Rammeh et Mona Talmoudi dans le rôle de deux danseuses de cabaret. Perruques rouges, mini-robes et gestuelles sur-jouées, les deux femmes entament une discussion féminine des plus stéréotypées sur les hommes riches, le monde de la nuit et la prostitution. Se retrouvant sur le chemin du général et de ses hommes, ces dernières rejoignent alors la Freedom House et rêvent d’un monde meilleur imaginé pour le nouveau chef.

Une utopie qui nous rappelle les fausses promesses des hommes politiques à la veille de leur élection. «Gratuité des transports et des services de santé, fin de la propriété privée et du mariage, prisons remplacées par des maisons de culture…» mais le quotidien ressemble de plus en plus à celui des Etats fascistes et les personnages se débattent et luttent pour retrouver un soupçon du passé révolu.

Le récit se balance entre la trivialité des dialogues accentuée par un humour bon-enfant, et la gravité de la situation qu’on nous décrit, celle d’un pays entre guerre et paix qui se bat constamment contre un ennemi-fantôme à l’image de ces politiques qui, sous prétexte de protéger leur peuple contre un danger imaginaire, renforcent entre-temps leur dictature.

Avec son superbe décor et sa mise en scène dynamique (malgré l’unité du lieu), ‘‘Freedom House’’ s’est voulue une pièce politique mais a semblé vague, flottant dans une intrigue assez linéaire.

Ce sont finalement la simplicité des dialogues et les situations burlesques qui ont apporté du rythme à l’histoire qu’on a voulu nous raconter, une histoire où on est également tombé dans cette fâcheuse habitude de coller aux femmes toute sorte de clichés dont on se serait volontiers passé.

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