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JTC-2017 : ‘‘Les veuves’’, entre deuil et espoir

‘‘Les veuves’’ de Wafa Taboubi est une pièce qui présente trois femmes aux vies brisées vacillant entre lumière et obscurité et entre espoir et fatalité.

Par Fawz Ben Ali

C’est l’une des pièces tunisiennes sélectionnées à la compétition officielle de la 19e édition des Journées théâtrales de Carthage (JTC-2017) aux côtés de ‘‘Freedom House’’ de Chedli Arfaoui.

Deux pièces tunisiennes sont donc en lice pour le Tanit mais une dizaine d’autres figurent dans les sections parallèles.

En effet, jamais le comité artistique des JTC n’a reçu autant de demandes de participation de la part des artistes tunisiens, nous-a-t-on confié à la conférence de presse, ce qui confirme l’effervescence que connaît le théâtre tunisien depuis la révolution, tout comme les autres expressions artistiques notamment le cinéma.

Les jeunes s’affirment de plus en plus et ont réussi cette année à s’imposer avec des pièces très actuelles en phase avec la réalité du pays. Wafa Taboubi, actrice et metteur en scène, fait partie de ces artistes qui font écho dans leurs créations aux maux et aux préoccupations de notre quotidien. En tant que femme, elle a souhaité dans sa pièce faire entendre une parole 100% féminine.

En attendant les morts

Mercredi 13 décembre 2017, à 15h comme à 19h, une file énorme guettait l’ouverture des portes au Quatrième Art pour découvrir cette histoire de femmes portée par un trio de comédiennes d’exception : Nedra Toumi, Faten Chewaybi et Nedra Sassi.

Après une dizaine de minutes d’attente, place à l’obscurité totale. Musique dense, rythmes chaloupés, et les comédiennes font leur entrée sur scène l’une après l’autre habillées de longues robes noires traînant d’énormes draps blancs, comme si elles nous faisaient une danse de la mort. Tel était le premier tableau présenté sans la moindre parole mais nous donnant déjà une idée assez claire avec le titre sur le thème de la pièce.

Sans mari, sans père ou sans frère, les trois femmes de trois générations différentes vont de long en large sur les planches dans un état de panique sur fond sonore de vagues de mer et dans un cadre sans décor.

C’est le vide total sur scène mais les comédiennes savamment choisies pour ces rôles ont su remplir l’espace et capter notre attention une heure durant pour nous raconter leurs vies brisées et leurs destins tragiques.

Ce n’est plus la mort qui affecte ces «veuves» mais l’attente, l’incertitude et la recherche vaine de vérité. Comment survivre à la disparition d’un proche? Comment faire le deuil de nos morts sans les avoir enterrés? Ces femmes laissées pour compte qui se réunissent chaque soir devant la mer nous confient dans un discours direct les blessures enfouies d’une mère, d’une épouse ou d’une sœur.

Mais la pièce est aussi remarquable par sa dimension politique et sociale en intégrant dans l’intrigue les thèmes de l’immigration, de la misère, de l’oppression policière…

Une marée d’émotions féminines

Malgré l’atmosphère sombre et le ton tragique qui caractérise la pièce, Wafa Taboubi trouve le moyen d’insérer dans ses dialogues un air de fraîcheur et un soupçon d’humour tout en lançant des piques à des absurdités machistes encore récurrentes dans notre société.

Les comédiennes sont d’une justesse inouïe et d’une sincérité touchante au point qu’elles nous donnent parfois l’impression qu’elles sont fidèles à leurs instincts du moment plus qu’à leur texte.

On s’éloigne parfois des images concrètes par le biais des monologues qui nous font entrer dans les délires et les questionnements internes de chacune d’elles. Et c’est ainsi que la pièce évolue dans sa scénographie et les émotions qu’elle véhicule pour vaciller entre lumière et obscurité et entre espoir et fatalité, à l’image de la vie. Les trois femmes oublient par moment leur peine pour se lancer dans des conversations plus intimes sur l’amour, la féminité, la séduction… donnant plus de légèreté au récit.

Avant de conquérir le jury, ‘‘Les veuves’’ a conquis le public qui n’a pas pu s’empêcher d’applaudir tout au long de la pièce pour dire qu’il est sensible à cette marée d’émotions féminines.

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