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France-Tunisie : Macron à Tunis pour dissiper le doute

Caid Essebsi reçu par Macron à l’Elysée début décembre 2017.

La visite d’Etat du président Macron, aujourd’hui et demain, en Tunisie, devrait sortir les relations bilatérales de l’ornière de la morosité et du doute.

Par Nejib Tougourti *

Entre la France et la Tunisie, il y a, malgré les vicissitudes de l’histoire, une grande amitié, rare dans les annales des relations entre les nations. Depuis plus d’un demi-siècle, cette amitié ne s’est presque jamais démentie. Des événements majeurs, que la Tunisie a dû affronter, durant ces dernières années, l’ont, cependant, profondément marquée. Les tensions sociales qui ont éclaté après la chute de la dictature, les attentats terroristes qui l’ont visée, la grave crise économique qu’elle vit encore, et dont l’issue demeure incertaine, ont, considérablement, affaibli la Tunisie. La France a connu, elle aussi, une période difficile. Elle a dû faire face à la stagnation économique et aux démons du terrorisme, de l’intolérance, des préjugés et de l’extrémisme. Elle n’a pu accorder à la Tunisie, en grande difficulté, l’aide que cette dernière espérait.

Il y a eu, aussi, des deux côtés, des craintes et des doutes, aujourd’hui dissipées. La France inquiétée par ce qui semblait une montée de l’intégrisme religieux en Tunisie, est, maintenant, rassurée. Un tel risque est devenu très faible. La lutte qu’elle continue à mener contre le terrorisme remporte des succès décisifs. Sa situation sécuritaire s’est considérablement améliorée.

Les carences de la nouvelle classe politique tunisienne

La conjoncture est, de nouveau, propice à un renforcement des relations entre les deux pays. Un seul point d’ombre, demeure, cependant. Il correspond à l’immobilisme politique que connaît, actuellement, la Tunisie. Il est responsable du dangereux retard cumulé dans la réalisation d’indispensables et urgentes réformes, institutionnelles, financières, administratives, et politiques. La corruption, les dissensions politiques, les tensions sociales, demeurent, aussi, à un niveau élevé, peu propice aux investissements étrangers.

Les médias français ont profité des violentes protestations déclenchées début janvier par une importante hausse des prix et des taxes, décidée par le gouvernement Youssef Chahed, pour attirer l’attention et mettre en garde la classe politique tunisienne contre les risques liés à cette situation explosive. Les craintes et préoccupations, exprimées dans de grands quotidiens français, ont été prises très au sérieux par les Tunisiens. La teneur, souvent désabusée, pessimiste, des commentaires, la sévérité des critiques, formulées d’une façon crue et sans complaisance, ont eu un profond impact sur l’opinion publique tunisienne.

Une visite de soutien, politique, économique et… moral

Le président Macron, qui entame, aujourd’hui, mercredi 31 janvier 2018, une visite d’Etat de deux jours en Tunisie, avec une importante délégation gouvernementale et d’hommes d’affaires, ne paraît nullement découragé par les analyses, pessimistes, des médias de son pays. Au contraire, au vu du programme de ses rencontres et discussions, avec les différents acteurs de la scène politique et économique tunisienne, il semble bien décidé à faire impulser davantage les relations franco-tunisiennes. Pour y parvenir, il doit venir à bout de la vague de doute, de désenchantement, qui semble paralyser toute la Tunisie, depuis quelques années, et qui trouve des échos négatifs en France.

Contrairement aux visites précédentes, effectuées par d’autres chefs d’Etats ou du gouvernement de l’Hexagone, au cours des dernières années, qui se sont déroulées dans un climat de morosité, celle que le président Macron effectuera aujourd’hui et demain à Tunis, devrait redonner de l’espoir aux Tunisiens, et inciter leurs dirigeants à aller de l’avant, pour rompre, définitivement, avec le passé, et faire réussir à leur pays, seul rescapé du printemps arabe, la difficile épreuve de la transition, non seulement démocratique, mais, aussi, économique, sociale et culturelle.

* Médecin.

Bloc-notes : Macron en Tunisie et la diplomatie de convenances

 

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