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	Commentaires sur : La stratégie tunisienne en matière d’énergie renouvelable se heurte à des résistances	</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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		Par : Karim b mus		</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Karim b mus]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Jun 2026 08:51:57 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Prospective écologique, souveraineté nationale et transition énergétique en Tunisie à l’horizon 2040

L’analyse croisée des dynamiques écologiques, économiques, énergétiques et institutionnelles montre que la Tunisie est engagée dans une phase de dépassement biophysique. Malgré l’accumulation de stratégies, de lois et de partenariats internationaux, la dégradation du territoire s’accélère et les limites hydriques, biologiques et énergétiques conditionnent déjà la stabilité nationale. La crise écologique ne relève plus d’une question sectorielle : elle est devenue un enjeu de souveraineté, de sécurité et de continuité de l’État.

Cette lecture est renforcée par le rapport britannique publié en janvier 2026 sur la dégradation des écosystèmes et la sécurité nationale, qui souligne que l’effondrement des milieux naturels peut perturber l’eau, l’alimentation, la santé et les chaînes d’approvisionnement, tout en générant des effets géopolitiques durables. Dans ce cadre, la situation tunisienne n’apparaît plus comme une simple accumulation de pressions environnementales, mais comme une vulnérabilité systémique déjà installée.

Le diagnostic hydrique confirme cette fragilité. La Tunisie subit une pénurie structurelle, avec des ressources disponibles par habitant déjà faibles, des pertes importantes dans les réseaux et des tensions croissantes entre agriculture, industrie, tourisme et besoins domestiques. Dans les régions intérieures, les coupures répétées traduisent une raréfaction devenue quotidienne. À moyen terme, cette situation risque encore de s’aggraver sous l’effet de la baisse des précipitations, de l’augmentation de l’évaporation et de la variabilité climatique.

À cette contrainte hydrique s’ajoute une transformation rapide du territoire. L’artificialisation progresse sous l’effet des projets portuaires, autoroutiers, immobiliers et touristiques. Cette dynamique fragmente les habitats naturels, réduit la fertilité des sols, fragilise les dunes, accentue l’érosion littorale et affaiblit les capacités de régulation hydrologique des écosystèmes. Le territoire tend ainsi à devenir un espace de consommation rapide plutôt qu’un support de résilience.

Les milieux marins illustrent de manière encore plus nette cette dégradation. Dans le golfe de Gabès, les herbiers de Posidonia oceanica ont connu une régression majeure sous l’effet des rejets industriels et des usages destructeurs du littoral. L’étude de Zrelli et al. montre que cette diminution est corrélée à la baisse des captures de la pêche côtière et à des pertes économiques importantes pour la région. Cette lecture est complétée par les travaux de Ben Mustapha et Hattour, qui montrent qu’un herbier de Posidonie en bon état constitue un capital naturel générant des bénéfices économiques directs pour la pêche côtière. La dégradation des herbiers ne représente donc pas seulement une perte écologique, mais aussi une destruction mesurable de richesse productive.

Cette approche peut être encore approfondie par la méthode de l’emergy. Là où l’évaluation monétaire classique mesure surtout les services directement valorisables, l’emergy permet d’intégrer les flux d’énergie solaire incorporés dans le fonctionnement de l’écosystème, ainsi que les fonctions de support qui rendent possibles les productions visibles. Dans le cas de la Posidonie, la valeur réelle du système dépasse largement la seule pêche, puisqu’elle inclut aussi la régulation côtière, le maintien des habitats, la séquestration du carbone, la fixation des sédiments et la résilience du littoral. La destruction de ces milieux correspond donc à une perte de capital naturel bien supérieure aux seuls dommages comptabilisés par les prix de marché.

Cette lecture du vivant comme capital productif conduit logiquement à élargir l’analyse au monde rural. La paysannerie, qui constitue un pilier de la souveraineté alimentaire, s’affaiblit sous l’effet de l’endettement, de la rareté de l’eau, des aléas climatiques et de la disparition progressive des savoir-faire hydrauliques vernaculaires tels que les jessour, les meskat et les majels. Ce recul ne touche pas seulement les campagnes : il fragilise la sécurité alimentaire, accroît la dépendance extérieure et réduit les capacités d’adaptation du pays.

La question devient alors explicitement géopolitique. Dans l’espace euro-méditerranéen, l’eau, l’énergie, les flux migratoires et la sécurisation des approvisionnements sont devenus des instruments de négociation et de pression. La vulnérabilité biophysique de la Tunisie accroît sa dépendance à l’égard d’acteurs extérieurs, dans une relation asymétrique où les urgences tunisiennes sont souvent traduites en objectifs de contrôle, de stabilité ou de sécurité régionale.

Cette position stratégique explique pourquoi la Tunisie est au centre de multiples attentes extérieures. Située entre l’Europe, l’Afrique du Nord et la Méditerranée centrale, elle est considérée à la fois comme un espace de passage, un espace de sécurisation et un espace de projection d’intérêts énergétiques et migratoires. Les partenariats récents sur l’énergie et la gestion de l’eau montrent que la coopération avec l’extérieur peut apporter des ressources, mais aussi renforcer une dépendance hydrique et technologique si elle n’est pas inscrite dans une logique de souveraineté nationale.

Dans ce contexte, les réponses institutionnelles actuelles apparaissent insuffisantes. Les interventions menées avec des organisations comme le WWF ou l’IUCN ont permis de documenter certaines pressions écologiques, mais elles restent souvent confinées à des projets pilotes, à la coopération technique et aux solutions fondées sur la nature. Elles traitent les symptômes sans remettre en cause les facteurs structurels, notamment l’artificialisation, la pression immobilière et l’industrialisation polluante.

Le même constat vaut pour les agences de développement, qui privilégient généralement la modernisation technologique, les infrastructures lourdes et les réformes institutionnelles. Ces approches améliorent certains dispositifs, mais elles renforcent aussi la dépendance technologique et prolongent un modèle de développement intensif en ressources. Elles peuvent donc stabiliser à court terme tout en aggravant la vulnérabilité à moyen terme.

Les institutions financières internationales orientent, pour leur part, une partie des investissements vers la rentabilité, l’exportation énergétique et le dérisquage des capitaux privés. Cette logique produit une transition financée par la dette, souvent déconnectée des besoins écologiques réels du territoire. Elle favorise des solutions coûteuses, centralisées et matériellement lourdes, sans traiter la racine du problème.

Dans ce paysage, l’expérience de Greenpeace Tunisie entre 1993 et 1998 constitue un précédent particulièrement éclairant. Elle a illustré une écologie structurelle fondée sur l’action directe, la documentation scientifique et la mobilisation citoyenne. Cette séquence a permis de rendre visibles les impacts industriels sur le littoral, de produire des inventaires bionomiques et taxonomiques, et de constituer un réseau d’information autonome. Elle a aussi été pionnière dans la promotion d’un renouvelable à taille humaine, décentralisé et compatible avec les équilibres territoriaux, par opposition aux grands systèmes industriels.

Cette orientation reste d’actualité. L’enjeu n’est pas seulement de substituer une source d’énergie à une autre, mais de défendre des choix technologiques cohérents avec les capacités réelles du territoire et avec la sobriété nécessaire dans un contexte de rareté. De la même manière, le dessalement ne peut pas être présenté comme une solution neutre : lorsqu’il est conçu à grande échelle, il devient un dispositif énergivore, émetteur de gaz à effet de serre et générateur de rejets salins, loin d’une réponse véritablement soutenable. Cette approche permet de relier les choix techniques aux effets écologiques, sociaux et territoriaux.

Cette critique rejoint celle du modèle actuel de transition énergétique marchand. Celui-ci ne constitue pas une solution écologique satisfaisante, car il repose sur l’hypothèse d’un découplage entre croissance du PIB, consommation d’énergie et émissions de gaz à effet de serre, alors que l’expérience internationale montre que le découplage absolu à l’échelle de l’économie entière demeure rare, partiel et souvent insuffisant pour compenser la hausse globale des volumes produits et consommés. Dans le cas tunisien, cette limite est encore plus nette, car la transition s’appuie sur des infrastructures importées, des financements externes et des chaînes matérielles très intensives en métaux, en transport et en énergie.

Le problème se manifeste d’abord dans les contrats d’achat privés d’électricité. Le recours aux producteurs indépendants impose à la STEG des engagements de long terme avec des clauses de type Take-or-Pay, qui obligent l’opérateur public à payer l’électricité produite, qu’il en ait immédiatement besoin ou non. À cela s’ajoute l’indexation des tarifs sur les devises fortes. Dans un contexte de dépréciation structurelle du dinar, payer en euros ou en dollars une électricité produite sur le sol tunisien revient à transférer la valeur créée localement vers l’extérieur. Cette logique alourdit la dette de la STEG et renforce un cercle vicieux où la fragilisation du service public sert ensuite d’argument à des projets de privatisation ou de restructuration imposée.

La transition dite verte repose en réalité sur une intensification matérielle considérable. Produire et distribuer la même quantité d’énergie à travers des infrastructures solaires ou éoliennes exige d’importants volumes de métaux, de composants techniques et d’équipements importés. Cette dépendance aux chaînes de valeur mondialisées expose la Tunisie à une hausse continue des coûts, à la volatilité des marchés internationaux et à une captation de valeur par les grandes puissances industrielles. Les grands programmes d’investissement annoncés au nom de la transition risquent ainsi de devenir des pièges macroéconomiques, car ils ne tiennent pas suffisamment compte des effets cumulés de l’inflation mondiale des matières premières, des coûts de raccordement, du besoin de stockage et de la nécessité de réseaux de secours.

Face à cette dérive, une approche fondée sur la sobriété et la relocalisation permet de penser autrement la transition. Le renoncement à certains projets lourds et la réduction volontaire de la demande énergétique peuvent dégager des marges budgétaires considérables. Il ne s’agit pas simplement de substituer une technologie à une autre, mais de transformer les besoins eux-mêmes, en distinguant les usages essentiels des consommations superflues.

Dans cette logique, plusieurs mesures deviennent stratégiques : limiter les usages énergivores non prioritaires, favoriser les solutions locales à petite échelle, réorienter les investissements vers l’isolation, la réparation, le recyclage et l’agroécologie, et protéger les besoins fondamentaux des ménages avant toute logique de rentabilité. Une telle orientation permettrait de réduire la pression sur la balance commerciale, de renforcer l’emploi local et de diminuer la dépendance aux importations technologiques.

L’enjeu n’est donc pas seulement énergétique. Il est aussi politique, budgétaire et social. Tant que la transition restera conçue comme un marché, elle continuera de servir les intérêts des acteurs financiers et industriels les mieux positionnés. Une transition réellement soutenable suppose au contraire de replacer l’énergie sous le contrôle de la puissance publique, de la planification et des besoins collectifs.

Si les dynamiques actuelles se maintiennent, la Tunisie pourrait entrer dans un corridor de déstabilisation lente caractérisé par une pénurie hydrique permanente, une fragmentation accrue du territoire, une dépendance alimentaire structurelle, un affaiblissement continu de la pêche artisanale, une dégradation du potentiel agricole, des fractures territoriales persistantes, une dépendance technologique durable et une gouvernance centrée sur la gestion de crises successives.

Ce scénario n’implique pas un effondrement brutal, mais une érosion progressive des capacités de l’État à assurer la continuité des fonctions essentielles. La souveraineté se réduirait alors moins par rupture que par accumulation de dépendances, de coûts et de contraintes.

Dans le contexte tunisien, la réponse crédible à la crise écologique ne réside pas dans une accélération de la croissance verte, mais dans une stratégie de décroissance sélective, de sobriété organisée et de relocalisation productive. Les scénarios de décroissance ont l’avantage de réduire les risques liés au recours massif aux technologies à émissions négatives, aux dépendances matérielles et aux promesses de découplage insuffisamment démontrées. Ils offrent un cadre plus réaliste pour un pays confronté simultanément à la rareté de l’eau, à la fragilité des sols, à la pression énergétique et à la contrainte budgétaire.

Cette orientation suppose de distinguer clairement les besoins essentiels des consommations superflues, de réduire les flux énergétiques et matériels, et de réorienter l’investissement vers des activités intensives en emploi mais sobres en ressources : agroécologie, réparation, isolation, circuits courts, maintenance, eau à petite échelle et services de proximité. Des approches de sobriété volontaire et de réduction de la demande peuvent soutenir des transitions plus justes et moins dépendantes des importations, tout en renforçant la résilience territoriale.

Pour la Tunisie, l’enjeu n’est donc pas de verdir la trajectoire actuelle, mais d’en changer la logique. Une politique décroissante bien conçue ne signifie pas appauvrissement social : elle vise au contraire à sécuriser les fonctions vitales, à limiter les vulnérabilités systémiques et à préserver la souveraineté dans un contexte de contraintes biophysiques durables. Autrement dit, la stabilité à l’horizon 2040 dépend moins de l’expansion du PIB que de la capacité collective à réduire volontairement les dépendances qui rendent le pays plus fragile.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Prospective écologique, souveraineté nationale et transition énergétique en Tunisie à l’horizon 2040</p>
<p>L’analyse croisée des dynamiques écologiques, économiques, énergétiques et institutionnelles montre que la Tunisie est engagée dans une phase de dépassement biophysique. Malgré l’accumulation de stratégies, de lois et de partenariats internationaux, la dégradation du territoire s’accélère et les limites hydriques, biologiques et énergétiques conditionnent déjà la stabilité nationale. La crise écologique ne relève plus d’une question sectorielle : elle est devenue un enjeu de souveraineté, de sécurité et de continuité de l’État.</p>
<p>Cette lecture est renforcée par le rapport britannique publié en janvier 2026 sur la dégradation des écosystèmes et la sécurité nationale, qui souligne que l’effondrement des milieux naturels peut perturber l’eau, l’alimentation, la santé et les chaînes d’approvisionnement, tout en générant des effets géopolitiques durables. Dans ce cadre, la situation tunisienne n’apparaît plus comme une simple accumulation de pressions environnementales, mais comme une vulnérabilité systémique déjà installée.</p>
<p>Le diagnostic hydrique confirme cette fragilité. La Tunisie subit une pénurie structurelle, avec des ressources disponibles par habitant déjà faibles, des pertes importantes dans les réseaux et des tensions croissantes entre agriculture, industrie, tourisme et besoins domestiques. Dans les régions intérieures, les coupures répétées traduisent une raréfaction devenue quotidienne. À moyen terme, cette situation risque encore de s’aggraver sous l’effet de la baisse des précipitations, de l’augmentation de l’évaporation et de la variabilité climatique.</p>
<p>À cette contrainte hydrique s’ajoute une transformation rapide du territoire. L’artificialisation progresse sous l’effet des projets portuaires, autoroutiers, immobiliers et touristiques. Cette dynamique fragmente les habitats naturels, réduit la fertilité des sols, fragilise les dunes, accentue l’érosion littorale et affaiblit les capacités de régulation hydrologique des écosystèmes. Le territoire tend ainsi à devenir un espace de consommation rapide plutôt qu’un support de résilience.</p>
<p>Les milieux marins illustrent de manière encore plus nette cette dégradation. Dans le golfe de Gabès, les herbiers de Posidonia oceanica ont connu une régression majeure sous l’effet des rejets industriels et des usages destructeurs du littoral. L’étude de Zrelli et al. montre que cette diminution est corrélée à la baisse des captures de la pêche côtière et à des pertes économiques importantes pour la région. Cette lecture est complétée par les travaux de Ben Mustapha et Hattour, qui montrent qu’un herbier de Posidonie en bon état constitue un capital naturel générant des bénéfices économiques directs pour la pêche côtière. La dégradation des herbiers ne représente donc pas seulement une perte écologique, mais aussi une destruction mesurable de richesse productive.</p>
<p>Cette approche peut être encore approfondie par la méthode de l’emergy. Là où l’évaluation monétaire classique mesure surtout les services directement valorisables, l’emergy permet d’intégrer les flux d’énergie solaire incorporés dans le fonctionnement de l’écosystème, ainsi que les fonctions de support qui rendent possibles les productions visibles. Dans le cas de la Posidonie, la valeur réelle du système dépasse largement la seule pêche, puisqu’elle inclut aussi la régulation côtière, le maintien des habitats, la séquestration du carbone, la fixation des sédiments et la résilience du littoral. La destruction de ces milieux correspond donc à une perte de capital naturel bien supérieure aux seuls dommages comptabilisés par les prix de marché.</p>
<p>Cette lecture du vivant comme capital productif conduit logiquement à élargir l’analyse au monde rural. La paysannerie, qui constitue un pilier de la souveraineté alimentaire, s’affaiblit sous l’effet de l’endettement, de la rareté de l’eau, des aléas climatiques et de la disparition progressive des savoir-faire hydrauliques vernaculaires tels que les jessour, les meskat et les majels. Ce recul ne touche pas seulement les campagnes : il fragilise la sécurité alimentaire, accroît la dépendance extérieure et réduit les capacités d’adaptation du pays.</p>
<p>La question devient alors explicitement géopolitique. Dans l’espace euro-méditerranéen, l’eau, l’énergie, les flux migratoires et la sécurisation des approvisionnements sont devenus des instruments de négociation et de pression. La vulnérabilité biophysique de la Tunisie accroît sa dépendance à l’égard d’acteurs extérieurs, dans une relation asymétrique où les urgences tunisiennes sont souvent traduites en objectifs de contrôle, de stabilité ou de sécurité régionale.</p>
<p>Cette position stratégique explique pourquoi la Tunisie est au centre de multiples attentes extérieures. Située entre l’Europe, l’Afrique du Nord et la Méditerranée centrale, elle est considérée à la fois comme un espace de passage, un espace de sécurisation et un espace de projection d’intérêts énergétiques et migratoires. Les partenariats récents sur l’énergie et la gestion de l’eau montrent que la coopération avec l’extérieur peut apporter des ressources, mais aussi renforcer une dépendance hydrique et technologique si elle n’est pas inscrite dans une logique de souveraineté nationale.</p>
<p>Dans ce contexte, les réponses institutionnelles actuelles apparaissent insuffisantes. Les interventions menées avec des organisations comme le WWF ou l’IUCN ont permis de documenter certaines pressions écologiques, mais elles restent souvent confinées à des projets pilotes, à la coopération technique et aux solutions fondées sur la nature. Elles traitent les symptômes sans remettre en cause les facteurs structurels, notamment l’artificialisation, la pression immobilière et l’industrialisation polluante.</p>
<p>Le même constat vaut pour les agences de développement, qui privilégient généralement la modernisation technologique, les infrastructures lourdes et les réformes institutionnelles. Ces approches améliorent certains dispositifs, mais elles renforcent aussi la dépendance technologique et prolongent un modèle de développement intensif en ressources. Elles peuvent donc stabiliser à court terme tout en aggravant la vulnérabilité à moyen terme.</p>
<p>Les institutions financières internationales orientent, pour leur part, une partie des investissements vers la rentabilité, l’exportation énergétique et le dérisquage des capitaux privés. Cette logique produit une transition financée par la dette, souvent déconnectée des besoins écologiques réels du territoire. Elle favorise des solutions coûteuses, centralisées et matériellement lourdes, sans traiter la racine du problème.</p>
<p>Dans ce paysage, l’expérience de Greenpeace Tunisie entre 1993 et 1998 constitue un précédent particulièrement éclairant. Elle a illustré une écologie structurelle fondée sur l’action directe, la documentation scientifique et la mobilisation citoyenne. Cette séquence a permis de rendre visibles les impacts industriels sur le littoral, de produire des inventaires bionomiques et taxonomiques, et de constituer un réseau d’information autonome. Elle a aussi été pionnière dans la promotion d’un renouvelable à taille humaine, décentralisé et compatible avec les équilibres territoriaux, par opposition aux grands systèmes industriels.</p>
<p>Cette orientation reste d’actualité. L’enjeu n’est pas seulement de substituer une source d’énergie à une autre, mais de défendre des choix technologiques cohérents avec les capacités réelles du territoire et avec la sobriété nécessaire dans un contexte de rareté. De la même manière, le dessalement ne peut pas être présenté comme une solution neutre : lorsqu’il est conçu à grande échelle, il devient un dispositif énergivore, émetteur de gaz à effet de serre et générateur de rejets salins, loin d’une réponse véritablement soutenable. Cette approche permet de relier les choix techniques aux effets écologiques, sociaux et territoriaux.</p>
<p>Cette critique rejoint celle du modèle actuel de transition énergétique marchand. Celui-ci ne constitue pas une solution écologique satisfaisante, car il repose sur l’hypothèse d’un découplage entre croissance du PIB, consommation d’énergie et émissions de gaz à effet de serre, alors que l’expérience internationale montre que le découplage absolu à l’échelle de l’économie entière demeure rare, partiel et souvent insuffisant pour compenser la hausse globale des volumes produits et consommés. Dans le cas tunisien, cette limite est encore plus nette, car la transition s’appuie sur des infrastructures importées, des financements externes et des chaînes matérielles très intensives en métaux, en transport et en énergie.</p>
<p>Le problème se manifeste d’abord dans les contrats d’achat privés d’électricité. Le recours aux producteurs indépendants impose à la STEG des engagements de long terme avec des clauses de type Take-or-Pay, qui obligent l’opérateur public à payer l’électricité produite, qu’il en ait immédiatement besoin ou non. À cela s’ajoute l’indexation des tarifs sur les devises fortes. Dans un contexte de dépréciation structurelle du dinar, payer en euros ou en dollars une électricité produite sur le sol tunisien revient à transférer la valeur créée localement vers l’extérieur. Cette logique alourdit la dette de la STEG et renforce un cercle vicieux où la fragilisation du service public sert ensuite d’argument à des projets de privatisation ou de restructuration imposée.</p>
<p>La transition dite verte repose en réalité sur une intensification matérielle considérable. Produire et distribuer la même quantité d’énergie à travers des infrastructures solaires ou éoliennes exige d’importants volumes de métaux, de composants techniques et d’équipements importés. Cette dépendance aux chaînes de valeur mondialisées expose la Tunisie à une hausse continue des coûts, à la volatilité des marchés internationaux et à une captation de valeur par les grandes puissances industrielles. Les grands programmes d’investissement annoncés au nom de la transition risquent ainsi de devenir des pièges macroéconomiques, car ils ne tiennent pas suffisamment compte des effets cumulés de l’inflation mondiale des matières premières, des coûts de raccordement, du besoin de stockage et de la nécessité de réseaux de secours.</p>
<p>Face à cette dérive, une approche fondée sur la sobriété et la relocalisation permet de penser autrement la transition. Le renoncement à certains projets lourds et la réduction volontaire de la demande énergétique peuvent dégager des marges budgétaires considérables. Il ne s’agit pas simplement de substituer une technologie à une autre, mais de transformer les besoins eux-mêmes, en distinguant les usages essentiels des consommations superflues.</p>
<p>Dans cette logique, plusieurs mesures deviennent stratégiques : limiter les usages énergivores non prioritaires, favoriser les solutions locales à petite échelle, réorienter les investissements vers l’isolation, la réparation, le recyclage et l’agroécologie, et protéger les besoins fondamentaux des ménages avant toute logique de rentabilité. Une telle orientation permettrait de réduire la pression sur la balance commerciale, de renforcer l’emploi local et de diminuer la dépendance aux importations technologiques.</p>
<p>L’enjeu n’est donc pas seulement énergétique. Il est aussi politique, budgétaire et social. Tant que la transition restera conçue comme un marché, elle continuera de servir les intérêts des acteurs financiers et industriels les mieux positionnés. Une transition réellement soutenable suppose au contraire de replacer l’énergie sous le contrôle de la puissance publique, de la planification et des besoins collectifs.</p>
<p>Si les dynamiques actuelles se maintiennent, la Tunisie pourrait entrer dans un corridor de déstabilisation lente caractérisé par une pénurie hydrique permanente, une fragmentation accrue du territoire, une dépendance alimentaire structurelle, un affaiblissement continu de la pêche artisanale, une dégradation du potentiel agricole, des fractures territoriales persistantes, une dépendance technologique durable et une gouvernance centrée sur la gestion de crises successives.</p>
<p>Ce scénario n’implique pas un effondrement brutal, mais une érosion progressive des capacités de l’État à assurer la continuité des fonctions essentielles. La souveraineté se réduirait alors moins par rupture que par accumulation de dépendances, de coûts et de contraintes.</p>
<p>Dans le contexte tunisien, la réponse crédible à la crise écologique ne réside pas dans une accélération de la croissance verte, mais dans une stratégie de décroissance sélective, de sobriété organisée et de relocalisation productive. Les scénarios de décroissance ont l’avantage de réduire les risques liés au recours massif aux technologies à émissions négatives, aux dépendances matérielles et aux promesses de découplage insuffisamment démontrées. Ils offrent un cadre plus réaliste pour un pays confronté simultanément à la rareté de l’eau, à la fragilité des sols, à la pression énergétique et à la contrainte budgétaire.</p>
<p>Cette orientation suppose de distinguer clairement les besoins essentiels des consommations superflues, de réduire les flux énergétiques et matériels, et de réorienter l’investissement vers des activités intensives en emploi mais sobres en ressources : agroécologie, réparation, isolation, circuits courts, maintenance, eau à petite échelle et services de proximité. Des approches de sobriété volontaire et de réduction de la demande peuvent soutenir des transitions plus justes et moins dépendantes des importations, tout en renforçant la résilience territoriale.</p>
<p>Pour la Tunisie, l’enjeu n’est donc pas de verdir la trajectoire actuelle, mais d’en changer la logique. Une politique décroissante bien conçue ne signifie pas appauvrissement social : elle vise au contraire à sécuriser les fonctions vitales, à limiter les vulnérabilités systémiques et à préserver la souveraineté dans un contexte de contraintes biophysiques durables. Autrement dit, la stabilité à l’horizon 2040 dépend moins de l’expansion du PIB que de la capacité collective à réduire volontairement les dépendances qui rendent le pays plus fragile.</p>
]]></content:encoded>
		
			</item>
		<item>
		<title>
		Par : Tranntoll		</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/06/29/la-strategie-tunisienne-en-matiere-denergie-renouvelable-se-heurte-a-des-resistances/#comment-56902</link>

		<dc:creator><![CDATA[Tranntoll]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Jun 2026 17:13:29 +0000</pubDate>
		<guid isPermaLink="false">https://kapitalis.com/tunisie/?p=19071734#comment-56902</guid>

					<description><![CDATA[Ça y est ! 
On lâche les communistes spécialistes en sabotage économique.
De bonnes petites réflexions cocos pour saboter l’économie de la Tunisie, faudrait surtout pas qu’un secteur réussisse.

Modérateur : Avez-vous un seul argument sensé et acceptable à opposer à ceux présentés par les auteurs dans cer article ? Non, aucun. Ce n&#039;est pas un commentaire, c&#039;est une insulte stupide à l&#039;intelligence. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ça y est !<br />
On lâche les communistes spécialistes en sabotage économique.<br />
De bonnes petites réflexions cocos pour saboter l’économie de la Tunisie, faudrait surtout pas qu’un secteur réussisse.</p>
<p>Modérateur : Avez-vous un seul argument sensé et acceptable à opposer à ceux présentés par les auteurs dans cer article ? Non, aucun. Ce n&rsquo;est pas un commentaire, c&rsquo;est une insulte stupide à l&rsquo;intelligence. </p>
]]></content:encoded>
		
			</item>
		<item>
		<title>
		Par : Rayan		</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/06/29/la-strategie-tunisienne-en-matiere-denergie-renouvelable-se-heurte-a-des-resistances/#comment-56900</link>

		<dc:creator><![CDATA[Rayan]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Jun 2026 15:29:59 +0000</pubDate>
		<guid isPermaLink="false">https://kapitalis.com/tunisie/?p=19071734#comment-56900</guid>

					<description><![CDATA[Premièrement, le limogeage de la ministre n&#039;a rien à voir avec les concessions mais avec l&#039;affaire Zenith Energy
Deuxièmement, le coût des infrastructures ne sera pas pour le public mais pour l&#039;investisseur privé, c&#039;est la raison pour laquelle on fait appel à lui d&#039;ailleurs.
Troisièmement, il s&#039;agit de concessions donc la Tunisie récupérera les infrastructures gratuitement dans 20 ans.
Quatrièmement, la production d&#039;électricité en Tunisie est à 95% d&#039;origine gazière donc le but est d&#039;abord de diminuer cette part donc le transport en une autre question
Cinquièmement, qu&#039;est ce qui empêche, la STEG ou des entreprises tunisiennes d&#039;investir dans des parcs éoliens ou solaires ? Le soleil est là pour tous et l&#039;investissement privé étranger n&#039;empêche pas l&#039;investissement tunisien ou public
Sixièmement, un activiste algérien nous explique qu&#039;il est mieux d&#039;importer du gaz d&#039;Algérie que d&#039;utiliser notre soleil pour produire de l&#039;électricité ? C&#039;est rigolo !
On peut produire des parcs solaires avec de l&#039;investissement public, privé, étranger et tunisien. Il y a assez de soleil pour tous !
Septièmement, les transferts de technologie de quoi ? Les panneaux on sait déjà les faire et ils sont produits en Chine grâce aux faibles coûts dû aux économies d&#039;échelle. C&#039;est la Steg qui s&#039;occupe de la distribution. On a pas besoin de transferts de technologies mais d&#039;argent pour les panneaux et la concession est un bon moyen mais ne doit pas être l&#039;exclusivité
La grande priorité est d&#039;arrêter avec le gaz algérien et les activistes algériens qui nous expliquent comment produire notre électricité. 

Modérateur : Et que sera la quincaillerie dans 20 ans ? Le coût n&#039;est pas seulement financier, il est aussi environnemental, notamment pour la production d&#039;hydrogène vert. Et ce coût là, ce sont les Tunisiens qui le supporteront. Pourquoi ces chers Allemands qui veulent notre bien ne produisent-ils pas chez eux l&#039;hydrogène vert dont ils ont besoin ? Les Européens nous ont refilé leur industrie phosphatière, et nous en voyons les méfaits depuis plus de vingt ans. Les auteurs ont raison d&#039;alerter l&#039;opinion sur ce qu&#039;on ne lui dit pas.          ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Premièrement, le limogeage de la ministre n&rsquo;a rien à voir avec les concessions mais avec l&rsquo;affaire Zenith Energy<br />
Deuxièmement, le coût des infrastructures ne sera pas pour le public mais pour l&rsquo;investisseur privé, c&rsquo;est la raison pour laquelle on fait appel à lui d&rsquo;ailleurs.<br />
Troisièmement, il s&rsquo;agit de concessions donc la Tunisie récupérera les infrastructures gratuitement dans 20 ans.<br />
Quatrièmement, la production d&rsquo;électricité en Tunisie est à 95% d&rsquo;origine gazière donc le but est d&rsquo;abord de diminuer cette part donc le transport en une autre question<br />
Cinquièmement, qu&rsquo;est ce qui empêche, la STEG ou des entreprises tunisiennes d&rsquo;investir dans des parcs éoliens ou solaires ? Le soleil est là pour tous et l&rsquo;investissement privé étranger n&#8217;empêche pas l&rsquo;investissement tunisien ou public<br />
Sixièmement, un activiste algérien nous explique qu&rsquo;il est mieux d&rsquo;importer du gaz d&rsquo;Algérie que d&rsquo;utiliser notre soleil pour produire de l&rsquo;électricité ? C&rsquo;est rigolo !<br />
On peut produire des parcs solaires avec de l&rsquo;investissement public, privé, étranger et tunisien. Il y a assez de soleil pour tous !<br />
Septièmement, les transferts de technologie de quoi ? Les panneaux on sait déjà les faire et ils sont produits en Chine grâce aux faibles coûts dû aux économies d&rsquo;échelle. C&rsquo;est la Steg qui s&rsquo;occupe de la distribution. On a pas besoin de transferts de technologies mais d&rsquo;argent pour les panneaux et la concession est un bon moyen mais ne doit pas être l&rsquo;exclusivité<br />
La grande priorité est d&rsquo;arrêter avec le gaz algérien et les activistes algériens qui nous expliquent comment produire notre électricité. </p>
<p>Modérateur : Et que sera la quincaillerie dans 20 ans ? Le coût n&rsquo;est pas seulement financier, il est aussi environnemental, notamment pour la production d&rsquo;hydrogène vert. Et ce coût là, ce sont les Tunisiens qui le supporteront. Pourquoi ces chers Allemands qui veulent notre bien ne produisent-ils pas chez eux l&rsquo;hydrogène vert dont ils ont besoin ? Les Européens nous ont refilé leur industrie phosphatière, et nous en voyons les méfaits depuis plus de vingt ans. Les auteurs ont raison d&rsquo;alerter l&rsquo;opinion sur ce qu&rsquo;on ne lui dit pas.          </p>
]]></content:encoded>
		
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