Une mineure de 15 ans se trouve actuellement dans un état critique en soins intensifs, dans un hôpital de la Tunis, souffrant de graves blessures et lésions internes. Elle a été victime d’un enlèvement, d’une séquestration et d’un viol collectif commis par plusieurs garçons de son âge, dans une maison du quartier de Mellassine, à la lisière ouest de la capitale. Les agresseurs auraient été identifiés et sont activement recherchés par la police. L’affaire suscite une vive émotion dans l’opinion et alimente un débat passionné et parfois violent sur les réseaux sociaux. Nous reproduisons ci-dessous le post facebook d’un médecin qui appelle à la raison et rappelle les fondements d’une société juste.
Dr Kais Harzallah *

Le drame vécu par cette jeune fille de 15 ans est effroyable. Toutes mes pensées vont d’abord vers elle, vers sa famille, et vers l’épreuve inimaginable qu’ils traversent.
Mais l’horreur des faits rapportés ne doit pas nous faire renoncer à ce qui fonde une société juste.
Je suis frappé par la rapidité avec laquelle les réseaux sociaux se transforment en tribunaux. Des visages sont exposés, des noms circulent, des culpabilités sont affirmées avant même que la justice n’ait établi précisément les faits. Certains réclament déjà la peine de mort.
«Présumé innocent jusqu’à preuve du contraire» n’est pas une formule destinée à protéger les coupables. C’est un principe qui nous protège tous de l’arbitraire.
Ce drame est aussi révélateur d’un malaise plus profond dans notre société : le regard devient superficiel, le jugement immédiat, la condamnation radicale. Les réseaux sociaux amplifient l’émotion jusqu’à parfois effacer la nuance, la prudence et la raison.
Un fait divers, aussi grave et révoltant soit-il, doit être traité avec toute la rigueur de la justice, pas avec la vindicte d’une foule numérique.
Protéger la victime, rechercher la vérité, établir les responsabilités et sanctionner les coupables avec toute la fermeté prévue par la loi : oui.
Mais juger avant de savoir, exposer avant de prouver et condamner avant le procès : non.
Une société se mesure aussi à sa capacité à rester juste lorsque l’émotion est à son comble.
* Médecin de libre pratique.



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