Les éditions Minuit, engagées pleinement dans la résistance au nazisme et à l’occupation de la France, pendant la seconde guerre mondiale, se placent du côté de la littérature, voix de liberté et de lutte pour la dignité humaine.
Elles publient une anthologie de poètes en Europe qui ont refusé la soumission à l’ennemi ou la complicité avec lui. «Le volume a été achevé d’imprimer sous l’oppression à Paris, le 1er mai 1944», dit le texte.
Préfacé par Louis Aragon, l’ouvrage contient des écrits en prison, de déportés, des poèmes d’Europe, de Grèce, de Pologne, de Hollande, de Belgique, de Norvège, d’Italie, de Bulgarie, de Yougoslavie, etc. et, bien sûr, de France, où des pseudonymes, des surnoms ont été utilisés.
De nombreux poètes écrivaient et publiaient dans la clandestinité. Parmi eux, Robert Desnos, Louis Aragon, Michel Leiris, Paul Eluard, André Frénaud, Jean Tardieu, Pierre Seghers, Jean Cassou, etc.
Des poèmes ont paru anonymes, aussi. Au moment où un mauvais vent, brun et menaçant souffle sur l’Europe, il nous a semblé bon de le rappeler.
Tahar Bekri
‘‘Avis’’ – Jean de Haut (Paul Eluard
La nuit qui précéda sa mort
Fut la plus courte de sa vie
L’idée qu’il existait encore
Lui brûlait le sang aux poignets
Le poids de son corps l’écoeurait
Sa force le faisait gémir
C’est tout au fond de cette horreur
Qu’il a commencé à sourire
Il n’y avait pas UN camarade
Mais des millions et des millions
Pour le venger il le savait
Et le jour se leva pour lui
1942
Mon pays – Anne (Edith Thomas)
Mon pays, doux pays gris
dont les bois et les prairies
s’enfoncent à l’horizon
mon pays dans la prison
de l’Europe ensevelie :
de l’Europe qui périt
au long des jours et des nuits,
sous le sourd martèlement
des bottes qui pesamment
s’en vont jusqu’à l’infini
mon pays quand donc la vie
reviendra dans les sarments ?
Quand cessera le tourment
de l’Europe ensevelie ?
L’honneur des poètes, Europe, Ed. Minuit, 1944 .



Donnez votre avis