A travers Rima Hassan, la France cherche-t-elle à museler la voix de la Palestine ?  

Le parquet de Paris a requis, mardi 20 octobre 2026, dix mois de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité contre l’eurodéputée de La France insoumise, poursuivie pour apologie du terrorisme. À l’origine de l’affaire, une publication sur X citant Kozo Okamoto, l’un des auteurs de l’attentat de 1972 à l’aéroport de Lod, en Israël. Les réquisitions ont provoqué une réaction virulente de Jean-Luc Mélenchon, qui dénonce un abus de pouvoir et met en cause le gouvernement. Le jugement est attendu le 30 novembre.

Djamal Guettala

Le parquet de Paris a demandé dix mois de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité contre Rima Hassan, jugée depuis lundi 19 octobre devant la 10e chambre correctionnelle de Paris. L’eurodéputée de LFI est poursuivie pour apologie du terrorisme à la suite d’un message publié sur X le 26 mars, puis supprimé.

La publication reprenait une citation attribuée à Kozo Okamoto, membre de l’Armée rouge japonaise et l’un des trois auteurs de l’attentat commis le 30 mai 1972 à l’aéroport de Lod, près de Tel-Aviv. L’attaque avait fait 26 morts et environ 80 blessés.

Le message relayé par Rima Hassan indiquait : «J’ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne. Tant qu’il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir.»

Pour le ministère public, la publication ne peut être dissociée de la participation d’Okamoto à cet attentat. Le parquet estime qu’en reprenant ces propos sans prendre ses distances avec leur auteur, l’eurodéputée a contribué à banaliser le massacre et à valoriser celui qui l’a commis. Il a écarté l’idée d’une instrumentalisation des poursuites en raison de ses opinions politiques.

Mélenchon dénonce un abus de pouvoir

Les réquisitions ont suscité une réaction immédiate de Jean-Luc Mélenchon. Sur X, le fondateur de LFI a dénoncé ce qu’il considère comme une procédure abusive et accusé la «Macronie» de se montrer servile envers Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien.

Cette réaction inscrit le procès dans la confrontation politique autour de la guerre à Gaza et des prises de position de Rima Hassan sur la Palestine. Pour le dirigeant insoumis, les poursuites visent une élue dont les interventions dérangent le pouvoir. Cette lecture est contestée par le ministère public, qui affirme que l’affaire porte sur le contenu d’une publication et non sur les opinions politiques de son auteure.

Lors de l’audience du lundi 19 octobre, Rima Hassan avait elle-même dénoncé une «tentative d’intimidation» et une volonté de «mise sous silence d’une élue de l’opposition». Elle avait ensuite choisi d’exercer son droit au silence. Son avocat, Vincent Brengarth, conteste également la procédure et estime que la liberté d’expression de sa cliente est en jeu.

Une décision attendue le 30 novembre

Au-delà de l’affrontement entre LFI et le parquet, le tribunal doit déterminer si le message publié répond aux critères juridiques de l’apologie du terrorisme. La question est précise : il ne s’agit pas de juger la défense des droits des Palestiniens en général, mais d’apprécier la portée d’une citation attribuée à un homme impliqué dans un attentat meurtrier.

La distinction est importante. La défense d’une cause politique ne constitue pas en elle-même une apologie du terrorisme. Mais la référence à cette cause ne suffit pas non plus à soustraire une publication à l’examen de la justice, estime l’accusation, qui n’aurait sans doute pas utilisé ce même argument si l’auteur du poste n’était pas connu pour ses positions propalestiniennes. C’est une justice sur-mesure ou à la tête du client, disent les soutiens de la Palestinienne, qui se trouve ainsi entraînée dans une casuistique consistant à apprécier les termes employés dans une simple citation, leur auteur, leur contexte, leur signification et quoi encore.

Rima Hassan encoure jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende. Les peines demandées par le parquet ne constituent pas une condamnation. Le tribunal rendra sa décision le 30 novembre, date à laquelle les arguments des parties seront confrontés à l’appréciation judiciaire des faits.

D’ici là, l’affaire continuera vraisemblablement d’alimenter les débats sur la limite de la liberté d’expression au supposé pays des droits de l’homme et le traitement politique des prises de position sur le conflit israélo-palestinien, souvent biaisé par des partis-pris pro-israéliens flagrants.

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