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	<title>Archives des Abdelhamid Larguèche - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Abdelhamid Larguèche - Kapitalis</title>
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		<title>Après le drame &#124; Quand une société demande à l’école de réparer ses propres fractures</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 01 Oct 2026 07:26:11 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le drame de la jeune fille de quinze ans violée par un groupe de garçons de son âge  pose une question : comment une société en arrive-t-elle à engendrer une telle violence ?</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/10/01/apres-le-drame-quand-une-societe-demande-a-lecole-de-reparer-ses-propres-fractures/">Après le drame | Quand une société demande à l’école de réparer ses propres fractures</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em><strong><em>Elle a quinze ans. L’âge des cartables trop lourds, des confidences chuchotées entre amies, des rêves qu’on n’ose pas encore dire à voix haute. Dans un quartier populaire de Tunis, plusieurs agresseurs ont fait de son corps le lieu d’un <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/28/tunis-sequestree-et-violee-une-adolescente-de-15-ans-en-reanimation/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">crime collectif</a>. Quelque chose en elle a été brisé, que nul verdict ne suffira à réparer.</em></strong></em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Abdelhamid Larguèche</strong><strong>&nbsp;*</strong><strong>&nbsp;</strong><strong></strong></p>



<span id="more-19732139"></span>



<p class="wp-block-paragraph">Ce drame nous impose d’abord le silence. Un silence de respect, non d’indifférence. Avant les discours, avant les programmes, avant les polémiques qui s’embrasent sur les réseaux et s’éteignent avec l’actualité suivante, il y a une enfant. Elle a droit à notre protection, à la justice, et au long temps de la reconstruction. Elle a droit, aussi, à ce que nous ne l’ayons pas oubliée dans une semaine. Mais ce silence ne peut pas durer. Car derrière la douleur se lève une question que nous n’avons plus le droit d’esquiver : comment une société en arrive-t-elle à engendrer une telle violence ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le réflexe est connu. À chaque tragédie impliquant des adolescents, tous les regards se tournent vers l’école. Plus d’éducation civique, plus de philosophie, plus de culture, plus de sport, plus de sensibilisation. Certains voudraient même faire de l’école l’ultime rempart contre toutes les dérives morales du pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’intention est honorable. La réponse est dangereusement courte.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’école n’est pas une société de rechange</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’école porte une responsabilité immense. Instruire, éveiller l’intelligence, former l’esprit critique, enseigner le respect de l’autre, préparer à la citoyenneté : telle est sa mission. Une école digne de ce nom ne peut détourner les yeux devant la violence, le sexisme ou les humiliations ordinaires.&nbsp;Mais on ne peut pas lui confier la réparation morale d’une société entière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’adolescent ne vit pas dans une salle de classe. Il y passe quelques heures, puis il rentre : dans une famille, dans une rue, dans une bande d’amis, dans l’écran de son téléphone. Il regarde les adultes. Il voit comment on parle aux femmes dans l’espace public, comment on traite les faibles, les pauvres, les étrangers, ceux qui sont différents. Il apprend moins de ce qu’on lui dit que de ce qu’on lui montre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’école enseigne des valeurs ; la société, chaque jour, les confirme ou les dément.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Croire qu’une heure de morale supplémentaire suffira à neutraliser la violence que l’enfant respire ailleurs relève de l’illusion. On peut avoir appris le respect de la femme et devenir un agresseur. On peut avoir lu les philosophes et vivre en brute. On peut réciter les règles de la citoyenneté et les fouler aux pieds. Le savoir ne fait pas, à lui seul, la vertu.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une responsabilité qui déborde les murs de l’école</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut donc déplacer le regard.&nbsp;Interroger la famille, sans la condamner par principe. Interroger les institutions de protection de l’enfance, les dispositifs de prévention, la justice, les services sociaux, les structures de jeunesse, les associations, les clubs sportifs, les espaces culturels. Se demander, avec honnêteté, où chacun se trouvait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et surtout, regarder en face ce que sont devenus certains quartiers populaires. Où un adolescent peut-il, aujourd’hui, faire du sport, lire, jouer de la musique, monter sur une scène, apprendre un métier ? Combien de maisons de jeunes aux portes closes, de terrains vagues en guise de stades, de rues pour seul horizon ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand une société abandonne une partie de sa jeunesse à l’ennui, à la frustration et à l’absence d’avenir, elle n’a pas le droit de s’étonner que d’autres forces viennent occuper la place laissée vacante. Car le vide social ne reste jamais vide longtemps. La drogue le remplit. Les bandes le remplissent. La haine, la prédation, le mépris du corps des femmes le remplissent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne s’agit pas de prétendre que la pauvreté fabrique des criminels. Ce serait faire injure à l’immense majorité des habitants de ces quartiers, qui vivent dignement dans des conditions souvent rudes. Mais la précarité, le chômage, l’absence de lieux et le sentiment d’abandon sont des réalités qu’aucune politique sérieuse de prévention ne peut ignorer.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Rendre l’espace public à la jeunesse</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Une véritable politique de jeunesse ne commence pas seulement dans la salle de classe. Elle commence dans le quartier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des maisons de jeunes ouvertes et vivantes. Des bibliothèques où l’on a envie d’entrer. Des terrains de sport correctement encadrés. Des ateliers de théâtre, de musique, de cinéma, de peinture, d’écriture. Des espaces numériques, des lieux de débat, des associations soutenues, des initiatives de jeunes financées et accompagnées. Et, par-dessus tout, des lieux où la jeunesse puisse parler. Car l’erreur fondamentale de nos politiques est là : nous ne cessons de parler aux jeunes sans jamais les laisser parler.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le jeune qui écrit, qui dessine, qui joue, qui monte sur une scène ou qui investit pacifiquement la place publique pour dire quelque chose de lui-même apprend, pas à pas, ce que signifie être responsable. La liberté d’expression et de création n’est pas un luxe culturel : elle est une forme de prévention.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À condition d’être tenue par un cadre, car la liberté n’est ni l’impunité ni le droit de nuire. Une société démocratique protège l’une et fait respecter l’autre, dans le même mouvement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reste un sujet dont on parle trop peu : le travail et la qualification.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une jeunesse sans perspective professionnelle est une jeunesse à qui l’on demande d’attendre, indéfiniment. Or l’avenir ne se bâtit pas avec des slogans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut réhabiliter massivement la formation professionnelle, les métiers techniques et manuels, l’apprentissage, toutes les formes d’acquisition de compétences. À l’heure où l’intelligence artificielle bouleverse le marché du travail, les savoir-faire pratiques, artisanaux et relationnels pourraient bien retrouver une valeur nouvelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Apprendre un métier à un jeune, c’est lui donner bien plus qu’un salaire : c’est lui dire qu’il compte, qu’on a besoin de lui, qu’il a une place parmi nous.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Punir, protéger, prévenir</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Gardons-nous pourtant de l’excès inverse. Face à un crime d’une telle gravité, la réponse judiciaire est indispensable. La victime doit être protégée, les responsabilités établies, la loi appliquée. La prévention ne remplace pas la justice.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais la justice arrive toujours après. Après le cri, après la blessure, après l’irréparable. Une politique publique intelligente doit agir bien plus tôt : repérer les situations de danger, protéger les enfants, prévenir les violences sexuelles, combattre les addictions, encadrer les lieux que fréquentent les jeunes, réagir dès les premiers signes de violence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est là que se mesure la maturité d’une société : dans sa capacité à empêcher le drame plutôt qu’à le juger après coup.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il serait profondément injuste de demander aux enseignants de réparer, seuls, les fractures du pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un professeur peut éveiller une conscience. Il peut sauver une trajectoire. Il peut donner à un enfant le goût du savoir, de la liberté et de la dignité. Mais il ne peut remplacer ni la famille, ni le juge, ni l’éducateur, ni le psychologue, ni le policier, ni l’association, ni la municipalité, ni la politique sociale. L’école peut ouvrir une porte. Elle ne peut pas, seule, bâtir toute la maison.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le drame de cette adolescente exige de nous bien davantage que l’annonce de quelques mesures scolaires. Il nous oblige à nous demander quelle société nous sommes en train de construire autour de nos enfants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une société qui veut leur apprendre le respect doit commencer par respecter les plus vulnérables. Une société qui veut leur apprendre la responsabilité doit se doter d’institutions responsables. Une société qui veut combattre la violence doit cesser de la banaliser, dans ses rues, sur ses écrans, jusque dans ses plaisanteries. Une société qui veut protéger ses filles doit leur garantir, concrètement, le droit de marcher dans la rue sans avoir peur. Et une société qui veut sauver sa jeunesse doit lui offrir un avenir. Pas seulement des cours. Pas seulement des sermons. Pas seulement des sanctions. Des savoirs, une culture, des espaces de liberté, des règles justes, des institutions crédibles, du travail. Et cette conviction sans laquelle rien ne tient : qu’elle a une place dans le monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne laissons pas ce drame devenir une nouvelle occasion de fuir vers les solutions faciles. Il nous oblige à regarder en face une vérité plus rude : l’école ne peut pas réparer seule une société qui se défait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelque part à Tunis, une jeune fille de quinze ans va devoir réapprendre à vivre. Nous lui devons mieux que des discours. Nous lui devons de remettre, enfin, toute la société au travail autour de ses enfants.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Historien.</em></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="Z5XGit1N8Z"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/29/drame-de-viol-a-tunis-il-faut-savoir-raison-garder/">Drame de viol à Tunis | Il faut savoir raison garder</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Drame de viol à Tunis | Il faut savoir raison garder » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/29/drame-de-viol-a-tunis-il-faut-savoir-raison-garder/embed/#?secret=5mGaRiylnr#?secret=Z5XGit1N8Z" data-secret="Z5XGit1N8Z" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>Par-delà les frontières, Ibn Khaldoun reste Tunisien  </title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/28/par-dela-les-frontieres-ibn-khaldoun-reste-tunisien/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 28 Sep 2026 06:33:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Plaidoyer pour une inscription partagée de la ‘‘Muqaddima’’ d'Ibn Khaldoun au Registre «Mémoire du monde» de l’Unesco.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/28/par-dela-les-frontieres-ibn-khaldoun-reste-tunisien/">Par-delà les frontières, Ibn Khaldoun reste Tunisien  </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Ibn Khaldoun n</em></strong><strong><em>’</em></strong><strong><em>a pas besoin de frontières pour être tunisien&nbsp;</em></strong><strong><em>: p</em></strong><strong><em>laidoyer pour une inscription partagée de la</em></strong> <strong><em>‘‘</em></strong><strong><em>Muqaddima</em></strong><strong><em>’’</em></strong> <strong><em>au Registre «Mémoire du monde»</em></strong> <strong><em>de l’Unesco.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Abdelhamid Larguèche</strong> <strong>*</strong></p>



<span id="more-19710241"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2.jpg" alt="" class="wp-image-18774922" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Depuis que notre délégation permanente auprès de l’Unesco a annoncé l&rsquo;acceptation du dossier de candidature de la <em>‘‘</em><em>Muqaddima</em><em>’’</em> d’Ibn Khaldoun, présenté conjointement avec l’Algérie, l’Égypte et la Turquie, une vague d’indignation parcourt les réseaux sociaux. De jeunes internautes, souvent sincères, parfois virulents, réclament une inscription exclusivement tunisienne et dénoncent ce qu’ils perçoivent comme une dépossession.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut entendre cette colère, car elle dit quelque chose d’une jeunesse en quête de repères et de fierté. Mais il faut aussi lui répondre, calmement et avec des arguments, car elle repose sur un malentendu profond.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Commençons par ce qui ne souffre aucune discussion. Ibn Khaldoun est né à Tunis en 1332, dans la médina, à deux pas de la Zitouna. C’est là qu’il s&rsquo;est formé, auprès de maîtres comme Ibn Arafa pour le droit et Al-Abili pour les sciences rationnelles. Mon ami et collègue Fathi Triki l’a rappelé avec force : la Zitouna de cette époque restait l’un des rares foyers du monde islamique où la tradition philosophique d’Aristote, d’Al-Farabi, d’Avicenne et d’Averroès continuait d’être enseignée. Sans ce terreau, la science du <em>&lsquo;umran</em> n’aurait sans doute pas vu le jour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ibn Khaldoun est Tunisien de naissance, de formation et, pour une large part, de pensée. Aucune inscription conjointe ne retire une once de cette vérité historique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que l’on inscrit réellement</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le malentendu vient d’une confusion entre deux choses : la nationalité d’un auteur et la nature d’un patrimoine documentaire. Le Registre <em>«Mémoire du monde»</em> ne distribue pas des passeports posthumes. Il ne dit pas à qui <em>«appartient»</em> Ibn Khaldoun. Il reconnaît la valeur universelle de documents, en l’occurrence des manuscrits, et engage les États qui les détiennent à les conserver, les protéger et les rendre accessibles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or les manuscrits de la <em>Muqaddima</em> sont dispersés, à l’image de la vie de leur auteur. Ibn Khaldoun a quitté Tunis jeune, servi à Fès, à Grenade, à Béjaïa, rédigé la première version de son introduction dans la retraite de Qal’at Ibn Salama, sur le sol de l’actuelle Algérie, avant de s’établir au Caire où il enseigna, exerça la magistrature malékite, reprit et enrichit son texte jusqu’à sa mort en 1406.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certains des témoins manuscrits les plus précieux, dont des copies revues par l’auteur lui-même, se trouvent aujourd’hui dans les bibliothèques d’Istanbul et du Caire. Prétendre inscrire seul un patrimoine dont une partie essentielle repose dans d’autres pays reviendrait à présenter un dossier incomplet, donc fragile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le droit international du patrimoine ne fonctionne pas selon nos goûts ni selon le volume des protestations en ligne. Les procédures de l’Unesco privilégient le consensus et encouragent les candidatures conjointes lorsque le patrimoine concerné traverse les frontières. Un dossier unilatéral pouvait se heurter à l’objection d’un autre État et se trouver bloqué pour des années. Ceux qui ont conduit ce projet l’ont compris. En associant les pays où Ibn Khaldoun a vécu, écrit et laissé des traces, ils ont choisi la voie de la réussite plutôt que celle d’un affrontement stérile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rappelons au passage que Michel Foucault a écrit à Sidi Bou Saïd une partie de <em>‘‘</em><em>L</em><em>’</em><em>Archéologie du savoir</em><em>’’</em>. Personne n’en conclut qu’il est devenu tunisien, ni que la France a perdu un penseur. Le lieu de naissance, le lieu d’écriture et le lieu de conservation sont trois réalités distinctes qui peuvent coexister sans se nier.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que la Tunisie y gagne</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Loin d’être un renoncement, l’inscription conjointe est une victoire tunisienne. La Tunisie est le pays porteur, celui qui a pris l’initiative, mobilisé les institutions et fédéré les partenaires. Être à l’origine d’une candidature multinationale, c’est exercer un leadership culturel reconnu à l’échelle régionale et internationale. C’est démontrer une capacité de diplomatie patrimoniale que bien des pays nous envient.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’œuvre elle-même y gagne davantage encore. Une inscription partagée ouvre la voie à une mise en réseau des manuscrits, à des programmes de numérisation communs, à des éditions critiques comparées, à une circulation des chercheurs entre Tunis, Alger, Le Caire et Istanbul. Elle permet de reconstituer, au moins virtuellement, l’unité d’un texte que l’histoire a dispersé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà ce que devrait être la véritable fierté tunisienne : non pas enfermer Ibn Khaldoun dans nos frontières, mais être le pays qui a rendu sa <em>Muqaddima</em> à l’humanité tout entière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a enfin une ironie cruelle dans cette querelle. Ibn Khaldoun est le penseur qui a analysé avec le plus de lucidité la <em>&lsquo;asabiyya</em>, cette solidarité de groupe qui fonde les pouvoirs mais qui, lorsqu’elle se referme sur elle-même, annonce leur déclin. Défendre son héritage par un repli identitaire, c’est lui faire la leçon qu’il nous a lui-même enseignée à l’envers. Sa pensée a franchi les siècles précisément parce qu&rsquo;elle refusait l’étroitesse dynastique pour embrasser le mouvement des sociétés humaines. Il est Tunisien, et il est universel. Les deux affirmations ne s’opposent pas, elles se fortifient mutuellement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si cette tempête a pu prendre une telle ampleur, ce n’est pas seulement la faute d’une jeunesse mal informée. C’est aussi, et surtout, la responsabilité de ceux qui savent et qui se taisent. Universitaires, spécialistes du patrimoine, responsables culturels, intellectuels habituellement prompts à s’exprimer : beaucoup connaissent parfaitement le fonctionnement de l’Unesco, l’histoire des manuscrits, l&rsquo;itinéraire d’Ibn Khaldoun. Ils savent que l’inscription conjointe était la seule voie raisonnable. Et pourtant, ils se taisent.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="2MAhcl5vmd"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/10/ibn-khaldoun-est-tunisien-et-ne-saurait-etre-partage/">Ibn Khaldoun est tunisien et ne saurait être partagé</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Ibn Khaldoun est tunisien et ne saurait être partagé » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/10/ibn-khaldoun-est-tunisien-et-ne-saurait-etre-partage/embed/#?secret=1vGUjC48PX#?secret=2MAhcl5vmd" data-secret="2MAhcl5vmd" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Ce silence n’est pas de la prudence, c’est de la démission. On craint la foule numérique, on redoute d’être taxé de tiédeur patriotique, on préfère laisser passer l’orage en attendant de s’associer, le moment venu, aux célébrations. Julien Benda parlait jadis de la <em>«trahison des clercs»</em>. Il y a une trahison plus discrète mais tout aussi grave : celle des clercs qui, sachant, laissent l’ignorance occuper l’espace public par peur de déplaire. Le rôle de l’intellectuel n’est pas de flatter les passions du moment, mais d’éclairer, même lorsque la lumière dérange.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Saluer plutôt que soupçonner</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Plutôt que de soupçonner une trahison là où il n’y en a aucune, rendons hommage à celles et ceux qui, depuis plusieurs années, ont travaillé avec persévérance, souvent dans l’ombre, pour que la <em>Muqaddima</em> obtienne cette reconnaissance. Le résultat obtenu n’est pas le fruit du hasard, mais d’un effort collectif qui honore la Tunisie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ibn Khaldoun n’a pas besoin de frontières pour être tunisien. Il a besoin que nous soyons à la hauteur de sa pensée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>*</em> <em>Historien, professeur émérite à l</em><em>’</em><em>Université de la Manouba</em><em>.</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/28/par-dela-les-frontieres-ibn-khaldoun-reste-tunisien/">Par-delà les frontières, Ibn Khaldoun reste Tunisien  </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Notre regard sur la tentative de coup d’État contre Bourguiba en 1962</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/26/notre-regard-sur-la-tentative-de-coup-detat-contre-bourguiba-en-1962/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 26 Sep 2026 07:06:26 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Mohamed El May]]></category>
		<category><![CDATA[Omar Ben Bembli]]></category>
		<category><![CDATA[tentative de coup d’État]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans son livre ‘‘محاولة الانقلاب على بورقيبة’’, Mohamed El May, rouvre le dossier de la tentative de coup d'Etat contre Bourguiba de 1962. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/26/notre-regard-sur-la-tentative-de-coup-detat-contre-bourguiba-en-1962/">Notre regard sur la tentative de coup d’État contre Bourguiba en 1962</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Il est des épisodes de l’histoire nationale qui, parce qu’ils ont été immédiatement enfermés dans un récit officiel, cessent presque de faire l’objet d’une véritable enquête historique. La tentative de coup d’État de décembre 1962 contre Habib Bourguiba est de<br>ceux-là.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Abdelhamid Larguèche</strong> *</p>



<span id="more-19702296"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2.jpg" alt="" class="wp-image-18774922" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">L’affaire semblait depuis longtemps classée : un groupe de militaires et de civils, conduit par Lazhar Chraïti, aurait projeté d’assassiner le président de la République et de renverser le régime. L’échec du complot, les arrestations, le procès devant le tribunal militaire et les condamnations avaient fourni les éléments d’un récit devenu dominant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le mérite premier du nouveau livre de Mohamed El May, <strong>‘‘محاولة الانقلاب على بورقيبة: مؤامرة 1962’’</strong>, publié en 2026, est précisément de rouvrir ce dossier à partir des documents judiciaires et des paroles des principaux protagonistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est pas seulement un nouveau récit de l’affaire. C’est une invitation à relire une séquence décisive de l’histoire de la Tunisie indépendante.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Faire parler ceux qui avaient été condamnés</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’apport le plus important du livre réside dans la publication d’un ensemble documentaire considérable : vingt-cinq interrogatoires de prévenus, quatre plaidoiries de la défense, les dernières déclarations des accusés et le jugement. Ce choix est historiquement précieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant longtemps, les condamnés de 1962 ont surtout existé dans la mémoire publique à travers les accusations portées contre eux et le récit politique qui accompagna le procès. El May restitue leurs propres paroles. Non pas pour les transformer automatiquement en vérité, encore moins pour les réhabiliter, mais pour permettre à l&rsquo;historien et au lecteur de mesurer la diversité de leurs positions, de leurs motivations et de leurs itinéraires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est là toute la différence entre une histoire racontée à partir d’un verdict et une histoire qui revient aux sources du dossier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les interrogatoires ne constituent évidemment pas une parole transparente. Un accusé interrogé par les enquêteurs peut chercher à minimiser son rôle, à en charger un autre, à protéger des proches ou à présenter son engagement sous un jour plus favorable. Mais cette limite ne diminue pas leur intérêt. Elle impose au contraire de les confronter entre eux et de les croiser avec la presse de l’époque, les archives et les autres témoignages.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est cette confrontation qui fait naître l’histoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’un des effets les plus intéressants de la documentation réunie par Mohamed El May concerne la place de <strong>Lazhar Chraïti</strong> dans l’affaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le récit traditionnel avait fortement personnalisé la tentative autour de sa figure. Or les interrogatoires font apparaître un paysage plus complexe, dans lequel <strong>Omar Bembli</strong> semble jouer un rôle beaucoup plus important que ne le laissait entendre le récit traditionnel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faudrait cependant éviter de remplacer une simplification par une autre : passer du « complot de Chraïti » au « complot de Ben Bembli » ne ferait que déplacer le problème.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que les documents semblent plutôt révéler, c’est l’existence d’un milieu hétérogène dans lequel se rencontrent des militaires, d’anciens combattants de la lutte nationale, des civils et des hommes issus de sensibilités politiques différentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question historique devient alors plus intéressante : comment des trajectoires aussi différentes ont-elles pu converger, à la fin de 1962, autour de l’idée d’une action contre le pouvoir de Bourguiba ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les frustrations de l’après-indépendance</h2>



<p class="wp-block-paragraph">C’est probablement sur ce terrain que le livre ouvre les pistes les plus fécondes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les témoignages réunis par El May font apparaître, derrière le projet politique, une accumulation de frustrations. Elles ne sont pas toutes de même nature.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a d’abord des griefs politiques : le règlement de la question de Bizerte, les rapports avec la France, les choix effectués après l’indépendance, la concentration progressive des pouvoirs et la place réservée aux différentes composantes du mouvement national.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais il existe aussi une autre dimension, plus sociale et personnelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certains anciens combattants semblent avoir considéré que leur participation à la lutte nationale leur donnait des droits particuliers dans l’État nouvellement indépendant : responsabilités, postes, autorisations, terres, avantages ou reconnaissance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette dimension est essentielle pour comprendre les tensions de l’après-indépendance. La génération qui avait combattu pour l’indépendance ne partageait pas nécessairement la même conception de ce que devait être l’État indépendant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les uns, l’indépendance devait ouvrir une nouvelle étape de construction institutionnelle. Pour d’autres, ceux qui avaient combattu dans les maquis pouvaient considérer qu’ils étaient les véritables fondateurs de cet État et qu’ils devaient donc en occuper les premières places.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le conflit n’était donc pas seulement un conflit entre des individus et un président. Il touchait à une question beaucoup plus profonde : à qui appartient la légitimité dans un État nouvellement indépendant ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les uns, l’indépendance devait ouvrir une nouvelle étape de construction institutionnelle. Pour d’autres, ceux qui avaient combattu dans les maquis pouvaient considérer qu’ils étaient les véritables fondateurs de cet État et qu’ils devaient donc en occuper les premières places.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le conflit n’était donc pas seulement un conflit entre des individus et un président. Il touchait à une question beaucoup plus profonde : à qui appartient la légitimité dans un État nouvellement indépendant ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question de Bizerte apparaît également comme un élément important de cette histoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La bataille de Bizerte de 1961 avait constitué un moment majeur de la mobilisation nationale. Mais son issue et les accords qui suivirent avaient nourri, dans certains milieux, des interrogations et des frustrations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut ici distinguer les faits des mémoires politiques qui se sont construites autour d’eux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui importe historiquement, c’est que Bizerte apparaît dans les témoignages comme l’un des éléments à travers lesquels certains protagonistes de 1962 exprimaient leur désaccord avec les orientations du pouvoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’événement n’était donc pas seulement une affaire de personnes. Il s’inscrivait dans les débats, les déceptions et les recompositions politiques de la Tunisie des premières années de l’indépendance.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le procès est lui aussi un objet d’histoire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il serait cependant incomplet de s’arrêter aux préparatifs du complot.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le procès militaire de 1963 constitue lui-même un objet historique majeur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les interrogatoires, les plaidoiries, les dernières paroles des accusés et le jugement publiés par Mohamed El May permettent de revenir sur la manière dont la justice militaire a traité cette affaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Là encore, il faut éviter les conclusions trop rapides. Un procès politique ou militaire ne peut être étudié seulement à travers son verdict. Il faut regarder les conditions de l’instruction, la défense, les catégories d’accusation, les peines prononcées et la manière dont l’affaire fut ensuite intégrée au récit national.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Autrement dit, l’historien doit étudier à la fois ce qui s’est passé en 1962 et la manière dont la Tunisie officielle a raconté ce qui s’était passé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est probablement l’un des grands intérêts du livre de Mohamed El May.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À cet égard, un discours prononcé par Bourguiba après la découverte de la conspiration constitue une source particulièrement révélatrice.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bourguiba y présente l’affaire comme une menace directe contre sa personne et contre l’existence même de l’État. Il insiste sur les projets d’assassinat et sur la volonté supposée des conspirateurs de provoquer le chaos.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais son discours apporte également un éclairage involontairement précieux sur les ressorts du conflit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il revient longuement sur les anciens combattants, sur ceux qui considèrent que leur participation à la lutte nationale leur confère des droits particuliers et sur les frustrations liées aux postes, aux privilèges ou aux avantages attendus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il affirme au contraire un principe qui est au cœur de sa conception de l’État : l’indépendance ne peut signifier la remise du pouvoir à ceux qui ont combattu les armes à la main. Tous les citoyens doivent être égaux devant l’État.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette partie du discours mérite d’être confrontée aux témoignages publiés par El May.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non parce que le discours présidentiel constituerait la clé permettant de résoudre l’affaire, mais parce qu’il montre comment Bourguiba lui-même interprétait le conflit.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Lazhar-Chraiti-Bourguiba-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-19702366" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Lazhar-Chraiti-Bourguiba-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Lazhar-Chraiti-Bourguiba-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Lazhar-Chraiti-Bourguiba-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Lazhar-Chraiti-Bourguiba-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Lazhar-Chraiti-Bourguiba-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Lazhar-Chraiti-Bourguiba-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Lazhar-Chraiti-Bourguiba.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">De la légitimité révolutionnaire à la légitimité de l’État</h2>



<p class="wp-block-paragraph">C’est peut-être ici que se trouve le véritable enjeu historique de 1962.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les premières années de l’indépendance sont marquées par le passage d’une légitimité de la lutte nationale à une légitimité fondée sur l’État.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce passage ne va pas de soi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ceux qui avaient combattu dans la clandestinité, dans les maquis ou dans les réseaux politiques pouvaient considérer que leurs sacrifices leur donnaient une place particulière dans la nouvelle Tunisie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bourguiba défendait une conception différente : une fois l’indépendance acquise, la légitimité ne devait plus appartenir aux combattants en tant que tels, mais aux institutions de l’État.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le conflit de 1962 peut ainsi être lu comme l’un des moments où s&rsquo;affrontent deux conceptions de la légitimité nationale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’une s’appuie sur le sacrifice et le combat passé ; l’autre sur la construction d’un État centralisé, organisé et durable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette opposition n’épuise évidemment pas l’affaire. Elle ne doit pas faire oublier les ambitions personnelles, les rivalités politiques, les sensibilités idéologiques et les frustrations sociales qui apparaissent dans les témoignages.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais elle permet de replacer l’événement dans une histoire plus large de la construction de l’État tunisien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut enfin saluer une précaution essentielle que devrait conserver toute lecture du livre : rouvrir un dossier n’équivaut pas à réhabiliter ceux qui furent condamnés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’historien n’est ni procureur ni avocat.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son travail consiste à établir les faits, à confronter les versions, à mesurer les contradictions et à restituer aux acteurs leur complexité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le livre de Mohamed El May rend possible ce travail parce qu’il redonne accès à des sources qui permettent de dépasser le récit simplifié d’une affaire définitivement close.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne répond pas à toutes les questions. Et c’est précisément ce qui fait sa valeur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il invite à poursuivre l’enquête : dans les archives de l’État, dans la presse de 1962-1963, dans les archives militaires et judiciaires, dans les mémoires des familles et dans les témoignages ultérieurs des protagonistes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une affaire qui mérite enfin de sortir de la légende</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Soixante-quatre ans après les événements, la tentative de 1962 mérite donc autre chose qu&rsquo;une répétition du récit qui s’est imposé au lendemain du procès.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le livre de Mohamed El May ne détruit pas ce récit. Il le met à l’épreuve des documents.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et c’est déjà beaucoup.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En faisant entendre les accusés, en faisant apparaître la diversité des trajectoires, en donnant à voir les motivations politiques et sociales qui traversaient la Tunisie de l’après-indépendance et en permettant de revenir sur le procès lui-même, il transforme une affaire longtemps réduite à une « conspiration » en objet d’histoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est probablement là son apport essentiel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’intérêt de 1962 n’est pas seulement de savoir qui voulait renverser Bourguiba. Il est de comprendre pourquoi, quinze ans à peine après le début de la lutte nationale, des hommes issus de cette même histoire en sont venus à envisager une rupture violente avec le pouvoir issu de l’indépendance.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Historien.</em></p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="IjgypkUu6N"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2016/01/28/in-memoriam-lazhar-chraiti-pere-pardonne-nous/">In memoriam : Lazhar Chraïti, père, pardonne-nous !</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« In memoriam : Lazhar Chraïti, père, pardonne-nous ! » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2016/01/28/in-memoriam-lazhar-chraiti-pere-pardonne-nous/embed/#?secret=s3SFngHnym#?secret=IjgypkUu6N" data-secret="IjgypkUu6N" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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			</item>
		<item>
		<title>À propos de l’article de Larguèche sur Bouarrouj &#124; Acte de mémoire ou… guerre des mémoires ?</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/22/a-propos-de-larticle-de-largueche-sur-bouarrouj-acte-de-memoire-ou-guerre-des-memoires/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Sep 2026 07:02:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Abdelhamid Larguèche]]></category>
		<category><![CDATA[Ettajdid]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Kazdaghli]]></category>
		<category><![CDATA[Hichem Skik]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed Harmel]]></category>
		<category><![CDATA[Noureddine Bouarrouj]]></category>
		<category><![CDATA[parti communiste tunisien]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://kapitalis.com/tunisie/?p=19684382</guid>

					<description><![CDATA[<p>Réponse de Hichem Skik à Abdelhamid Larguèche à propos de son article sur Noureddine Bouarrouj et le Parti communitse Tunisien.   </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/22/a-propos-de-larticle-de-largueche-sur-bouarrouj-acte-de-memoire-ou-guerre-des-memoires/">À propos de l’article de Larguèche sur Bouarrouj | Acte de mémoire ou… guerre des mémoires ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Nous publions ci-dessous la réponse d’un ancien dirigeant du Parti communiste tunisien (PCT), ainsi que du parti Ettajdid et parti Al Massar, ses héritiers historiques, à un article de l’historien et ancien militant du PCT, Abdelhamid Larguèche, publié par Kapitalis et intitulé <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/10/noureddine-bouarrouj-la-memoire-effacee-du-communisme-tunisien/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">«&nbsp;Noureddine Bouarrouj, la mémoire effacée du communisme tunisien&nbsp;»</a>. «La vérité est pareille à l’eau qui prend la forme du vase qui la contient», écrivait Ibn Khaldoun, nous apprenant que l’Histoire aussi est sujette à des points de vue divergents et à des interprétations différentes. Ce débat en est l’illustration.</em></strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Hichem Skik</strong></p>



<span id="more-19684382"></span>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un long article publié dans Kapitalis le 12 septembre 2026, mon ami et collègue à l’Université (et aussi, c’est important, ex-camarade au Parti communiste tunisien), a évoqué le souvenir d’un ancien dirigeant important du PCT, feu Noureddine Bouarrouj, à l’occasion du trente-quatrième anniversaire de sa disparition.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On se serait, donc, attendu à <em>«un acte de mémoire… un hommage et un devoir de mémoire»</em>, comme le déclare l’auteur dans son introduction. Cela aurait été utile et réellement souhaitable, car ce rôle et cet apport sont, effectivement, injustement méconnus, en dehors du cercle restreint de ses anciens camarades et de quelques collègues. C’est d’ailleurs le cas de nombreux valeureux militants de gauche, que l’historiographie officielle du parti unique a délibérément occultés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Malheureusement – et dès le titre – on est surpris par le fait que l’auteur se place, délibérément, et d’emblée sur un tout autre terrain que l’hommage mérité à un dirigeant disparu&nbsp;:&nbsp; celui de la polémique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’article est, en effet, intitulé&nbsp;: <em>«Noureddine Bouarrouj, la mémoire effacée du communisme tunisien»</em>. Et ce thème est repris (je dirais&nbsp;: martelé) avec une insistance qui indique que ce sera le thème majeur de l’article (on relève, en effet, dans les seules premières lignes&nbsp;: «<em>mémoire effacée, cet effacement, occulté, marginalisé, mise à l’écart, écartés, tus, mises à l’écart</em>…».</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’article annonce donc clairement qu’il s’agira, non d’un hommage à un dirigeant, mais d’une sorte de <em>«réhabilitation»</em>&#8211; et cette <em>«réhabilitation»</em>&nbsp; ne concernera pas, dans l’article, le seul Noureddine Bouarrouj, mais un groupe de communistes réunis autour de lui et qui auraient été tous <em>«écartés»</em> du Parti.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et là, on se pose tout de suite la question&nbsp;:&nbsp;Pourquoi donc il-ou plutôt ils- ont été ainsi <em>«marginalisés»</em>, <em>«écartés»,</em> etc.&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et la réponse de l’auteur est simple, claire, précise, affirmée avec une grande assurance et sans aucune ambiguïté. Il la formule ainsi&nbsp;: <em>«Cet effacement n’est pas un simple oubli. Il est le produit d’une gestion du parti centrée sur une personne et sur un appareil…»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour ceux qui n’ont pas compris, soyons clairs, semble dire l’auteur, qui précise donc&nbsp;: <em>«L’histoire du communisme tunisien s’est longtemps écrite autour d’un nom&nbsp;: celui de Mohamed Harmel…»… «A force de faire reposer sa légitimité sur la figure d’un seul dirigeant… le parti a fini par transformer sa propre histoire en un récit de personnes&nbsp;: celui d’un sauveur et de ceux qu’il aurait, volontairement ou non, écartés.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi se révèle au lecteur, l’objectif – assumé d’ailleurs par l’auteur – de l’article.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est inutile que je poursuive ici la lecture de l’article -lecture que j’ai faite plus d’une fois, car en tant qu’ami et ex-camarade, Abdelhamid m’a fait l’honneur de me le faire lire avant sa publication pour avoir mon avis-avis que je n’ai pas manqué de lui faire parvenir par écrit, lui faisant part de mes interrogations, mes réserves et mes désaccords sur plusieurs aspects de son texte. D’autres amis et camarades, à qui le texte a été soumis, ont, eux aussi, exprimé des avis recoupant largement le mien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jusque-là, nous pensions que le texte était une réflexion, un projet auquel Abdelhamid réfléchissait et qu’il suggérait un débat entre nous sur un important épisode de la vie du PCT. J’ai donc été très surpris de voir le texte immédiatement publié sous forme d’article.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La publication inattendue de l’article m’autorise donc, me semble-t-il, à répondre à l’invite de Abdelhamid à participer à ce nécessaire&nbsp; débat, en commençant ici par quelques remarques d’ordre méthodologique&nbsp; ou de caractère général, comptant sur&nbsp; l’engagement intellectuel et l’esprit d’ouverture de Abdelhamid – ainsi que&nbsp; sur la contribution d’autres personnes intéressées par le sujet-pour mener à bien et sur le fond un tel débat, de la manière la plus approfondie, la plus objective et la plus sereine possible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cher Abdelhamid&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">1/ Tu affirmes&nbsp;:&nbsp;<em>«jusqu’à aujourd’hui, certains sont irrités par la seule évocation des noms de Bouarrouj, Ali Mtimet ou Bechir El Feni»</em>. Je serais vraiment curieux de savoir qui sont ces <em>«certains»</em>. En revanche, ce que je sais, car je l’ai vécu personnellement, c’est que, par exemple&nbsp;:&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>&#8211; concernant Salah Garmadi</strong>, outre notre <em>«compagnonnage linguistique»</em> et les <em>«combats»</em> scientifiques que nous avons menés, au Ceres, avec toute une équipe de chercheurs pour une approche objective de la situation linguistique complexe dans notre pays. C’est avec une grande émotion que j’évoque la profonde amitié personnelle qui nous liait, et qui englobait même nos familles… Et c’est à moi qu’a échu le douloureux devoir d’annoncer son décès et de lui rendre un vibrant hommage à la Une du journal du PCT, <em>Attariq al-Jadid</em>. Lorsque le Ceres a voulu lui rendre hommage, c’est tout naturellement à moi qu’on a pensé… Il en est de même pour la Faculté des Lettres, à laquelle je n’appartenais pas encore, mais qui a jugé utile de m’associer – à côté, notamment, de Si Mongi Chamli, Si Chedli Ayari… à l’hommage <em>«du 40<sup>e</sup> jour»</em> qui lui a été rendu…&nbsp;;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>&#8211; concernant Ali Mtimet&nbsp;:</strong> en plus de notre militantisme commun au sein du PCT, les relations entre nos deux familles étaient très étroites et se sont poursuivies jusqu’à sa maladie, puis son décès, et se poursuivent – quoique par intermittence&nbsp;malheureusement, avec sa femme et ses enfants. Après la révolution – dans laquelle il s’était beaucoup impliqué, à Tunis et surtout dans diverses régions intérieures qu’il avait sillonnées –, il s’était associé à diverses manifestations et actions du Mouvement Ettajdid. A la cérémonie d’hommage organisé par sa famille après sa mort, son camarade Habib Kazdaghli a été invité à faire une intervention, qui fut très émouvante, de l’avis de tous les présents, et dans laquelle il avait souligné les multiples facettes et qualités, scientifiques, associatives, syndicales, politiques et humaines du défunt&nbsp;;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>&#8211; concernant Habib Attia,</strong> malgré les divergences survenues, il avait toujours maintenu des contacts avec nous, ses camarades du PCT, puis d’Ettajdid. Après la révolution, il me téléphonait souvent pour me faire part de ses avis et conseils sur la politique à suivre à propos de tel ou tel événement. Et grâce à son exceptionnelle connaissance de la campagne tunisienne, il a apporté – en tant que membre de la Commission économique du parti – une contribution précieuse à l’élaboration de son programme économique et social pour les élections. Je garde un souvenir ému de notre dernière rencontre avant sa disparition. En compagnie d’une petite délégation, nous lui rendîmes une visite d’amitié chez lui&nbsp;: il nous avait exprimé sa joie pour cette visite et avait, notamment, eu une longue conversation sur Jendouba avec notre camarade Baccar Ghrib, qui était alors Doyen de la Faculté d’économie de la ville. A son décès, le triste privilège de son éloge funèbre en tant qu’universitaire et en tant que militant communiste au cimetière de Carthage échut (tout naturellement), à son camarade Habib Kazdaghli&nbsp;;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>&#8211; même chose pour le grand maître de la critique littéraire Taoufik Baccar&nbsp;:</strong> &nbsp;nos rapports ont toujours été amicaux, au niveau politique, il a été également associé aux discussions pour la préparation du 8<sup>e</sup> congrès, de même que &nbsp;et nous étions nombreux à contribuer à l’hommage qui lui a été rendu à la Faculté des Lettres de Manouba au mois de juin 2017.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tels sont quelques échantillons pour illustrer cette vérité évidente&nbsp;: non seulement les membres restés au PCT, puis à Ettajdid puis à Al Massar n’éprouvent aucune&nbsp;<em>«irritation»</em>&nbsp;à l’évocation des camarades qui ont choisi une autre voie, mais ils sont plutôt blessés qu’on se permette d’affirmer – gratuitement – le contraire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous avons, certes, été en désaccord, à une certaine époque, mais nous n’avons jamais confondu divergence et inimitié.</p>



<p class="wp-block-paragraph">2/ Tu écris&nbsp;: <em>«… reprendre une question que l’histoire officielle du parti a préféré ne pas poser…»</em>&nbsp;; <em>«L’histoire du communisme tunisien s’est longtemps écrite autour d’un nom…»</em>;&nbsp;<em>«le parti a fini par transformer sa propre histoire en un récit de personnes…»</em>&nbsp;;&nbsp;<em>«…la manière dont l’histoire même du parti a fini par s’écrire…»&nbsp;; «…l’histoire officielle&nbsp; du mouvement ne retenait que les noms de ses dirigeants successifs et le récit de ses querelles»&nbsp;; &nbsp;«une pensée que l’histoire officielle de la gauche tunisienne a trop souvent laissée dans l’ombre.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Six fois, dans un article, tu évoques <em>«l’histoire officielle du parti»</em> (pour dénoncer ce que tu considères comme ses parti-pris pour certains dirigeants et contre d’autres).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Personnellement, je déclare que je suis absolument prêt à partager ces conclusions s’il s’avère que ladite histoire officielle du parti a, en effet, procédé avec les biais et les <em>«oublis»</em> que tu dénonces. Le problème, c’est que, ayant vécu plus de soixante-ans dans ce parti, je n’ai jamais eu entre les mains une histoire – officielle ou même officieuse – du PCT&nbsp;! Je n’ai jamais entendu parler d’une telle histoire, ni au parti, ni à l’université ni dans la presse nationale ou internationale. Ce que je sais, c’est que nous avons toujours salué et soutenu les quelques contributions d’universitaires tunisiens à l’écriture de certains aspects de cette histoire (Chaker, Kraiem, Hamza, Bouguerra, Lakhdar, Larguèche, Blili et surtout Kazdaghli.) Malheureusement, la plupart de ces travaux présentés à l’Université ont porté sur la période coloniale (excepté la recherche de Latifa Lakhdhar). La seule tentative pour donner un aperçu&nbsp; de l’histoire du parti&nbsp; de sa fondation à la levée de l’interdiction (parue non signée) qui a été faite par Habib Kazdaghli &nbsp;et publiée (sans signature) dans le premier numéro d’<em>Attariq al-Jadid</em>&nbsp;: nous étions tous très heureux de cette contribution, qui permettait pour la première fois d’avoir une idée de l’itinéraire du parti- bien que cela ait été un <em>«survol»</em> sur deux pages du journal, qui n’a, en aucune façon, abordé des problèmes tels que ceux que tu soulèves. Depuis, plusieurs expositions de journaux, photos etc. ont été organisées à l’occasion de divers événements, mais… toujours aucune <em>«histoire officielle»</em>&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;Désolé Abdelhamid, mais un historien –qui se présente comme tel dans son article – et qui y dénonce aussi vigoureusement une <em>«histoire officielle du parti»</em>, qui… n’a jamais existé, c’est, pour le moins… regrettable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">3/ Venons-en à la question principale, que tu as <em>«occultée»</em> vraiment, celle-là, et d’une manière particulièrement surprenante, par toi, Abdelhamid. Cette question est la suivante&nbsp;: on est tous d’accord sur le fait qu’il y a bien eu un problème qui a séparé Noureddine Bouarrouj – et les autres camarades qui l’ont rejoint – de l’autre groupe de camarades restés au PCT et ont participé à ses évolutions ultérieures&nbsp;: mais quel est ce problème&nbsp;? Non seulement tu évites complètement d’aborder le véritable contenu des divergences, mais tu tentes de leur substituer un récit imaginaire, que contredisent radicalement les faits dans leur déroulement réel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tu affirmes, en effet&nbsp;:&nbsp;<em>«Militant de la clandestinité, puis exilé pendant une quinzaine d’années, il</em> (Noureddine Bouarrouj) <em>revient en Tunisie et devient l’un des artisans les plus actifs de la recherche d’unité entre communistes tunisiens. Autour de lui se constitue le ‘‘groupe de Tunis’’, parfois appelé ‘‘groupe Kléber’’ qui réunit notamment Taoufik Baccar, Salah Garmadi, Habib Attia, Hamadi Ben Rachid, Bechir El Fani et Ali Mtimet…»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Vraiment désolé, là aussi, mon cher ami, mais tu as tout faux&nbsp;! Etant historien de métier, et ayant adhéré au PCT après les faits que tu évoques, tu as puisé dans des sources, <em>«bien sélectionnées»</em>, ce qui t’a induit en erreur, et tu t’es contenté de la version d’une seule partie, ce qui t’a privé des moyens de corriger ton erreur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une lecture apaisée d’évènements remontant parfois à plus de 50 ans, t’aurait permis une vision plus objective des faits. Les divergences ont bel et bien existé (ce sont des signes de vie d’un parti politique)&nbsp;; elles remontent au milieu des années soixante et ont porté sur des points précis&nbsp;: la nature de classe du régime qui avait entrepris des réformes des structures économiques&nbsp;et les &nbsp;positions politiques à prendre par le parti par rapport au régime (au cours et après le déroulement des réformes). La gestion de ces divergences internes, aussi bien lors de la rédaction du texte fondateur <em>«Pour une nouvelle alternative démocratique et progressiste»</em>, publié en 1974, que lors de la préparation du 8<sup>e</sup> congrès (entamée fin 1978 et achevée en février 1981), &nbsp;l’élaboration de positions à l’occasion &nbsp;d’évènements importants (la grève du 26 janvier, l’attaque de Gafsa, la légalité retrouvée à partir de juillet 1981, etc.) &nbsp;sont autant d’étapes d’une histoire commune et en partage du PCT et de la Tunisie, même s’il y a eu divergences d’appréciation entre militants et groupes de militants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui dit histoire, cher Abdelhamid, dit documents et références précises à l’appui. Cela implique aussi que les documents sont à rechercher chez tous les protagonistes et non chez un seul parmi les informateurs&nbsp;; sans indication précise de la collecte des sources orales ou écrites. L’honnêteté intellectuelle impliquerait de les faire connaitre et de les rendre publiques pour permettre aux lecteurs d’apprécier à sa juste valeur l’interprétation faite par l’historien. Or, on découvre, avec stupéfaction, que tes sources principales sont, d’une part, le manuscrit d’un livre sur Bouarrouj de Si Hedi Dhoukar (non encore publié&nbsp;!), et, d’autre part, les posts sur fb d’une personne jusqu’ici complètement inconnue et qui cherche à se forger un profil d’historien ex-militant…</p>



<p class="wp-block-paragraph">3) Enfin, un mot à propos du 8<sup>e</sup> congrès du parti, tenu dans la clandestinité, et de la préparation duquel tu affirmes avec assurance (encore un problème de source fiable&nbsp;!) que le camarade Bouarrouj et ses amis ont été exclus.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Permets-moi, cher Abdelhamid, de te démentir encore une fois : en tant qu’un des acteurs de la préparation du congrès, je t’informe que ces camarades ont <strong>tous</strong> été associés, comme les autres membres du parti, à la discussion du projet de résolution du congrès. Ainsi,  à titre d’exemple, je coordonnais les discussions-qui ont duré plus d’une année (fin 1978 et durant toute l’année 1979)-  dans un groupe de camarades constitué de:  Salah Garmadi, Salah Hajji, Ali Mtimet  et Habib Kazdaghli. Des camarades ont été chargés de discuter avec Bouarrouj à Paris, où il était parti pour préparer un doctorat et où il s’est installé définitivement. Ces camarades ont maintenu leurs positions et ont refusé le projet de résolution globalement ; on peut donc difficilement prétendre qu’ils ont été exclus de la préparation du congrès. Et malgré les divergences survenues à l’intérieur du parti, nous nous sommes à nouveau retrouvés dans le cadre d’un mini groupe pour discuter et préparer le 8<sup>e</sup> congrès sur des bases unitaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cher ami, collègue et ex-camarade…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je termine en te disant, avec beaucoup de regret, crois-moi, qu’au lieu d’être le prélude d’un débat apaisé et fructueux, sur un passé en partage, ton texte s’est malheureusement placé sur le terrain des récits polémiques, univoques et tronqués. Pour toutes ces raison, force est de constater qu’au lieu d’aboutir à un acte de mémoire tant espéré, tu as choisi de continuer et d’une manière maladroite, la piste tant décriée, parce que très dangereuse, de la… guerre des mémoires&nbsp;! Dommage&nbsp;!</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>Tunis, 21 septembre 2026</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/22/a-propos-de-larticle-de-largueche-sur-bouarrouj-acte-de-memoire-ou-guerre-des-memoires/">À propos de l’article de Larguèche sur Bouarrouj | Acte de mémoire ou… guerre des mémoires ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Ibn Khaldun et Mahmoud Darwich &#124; Deux prix, deux mémoires et une même exigence de liberté</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/19/ibn-khaldun-et-mahmoud-darwich-deux-prix-deux-memoires-et-une-meme-exigence-de-liberte/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 19 Sep 2026 08:58:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Abdelhamid Larguèche]]></category>
		<category><![CDATA[Abraham Udovitch]]></category>
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		<category><![CDATA[Fatima Al-Sayegh]]></category>
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		<category><![CDATA[Mnaouar Smahah]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le Prix Ibn Khaldun et le Prix Mahmoud Darwich de la poésie et des arts cherchent à faire vivre une certaine idée de la culture.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/19/ibn-khaldun-et-mahmoud-darwich-deux-prix-deux-memoires-et-une-meme-exigence-de-liberte/">Ibn Khaldun et Mahmoud Darwich | Deux prix, deux mémoires et une même exigence de liberté</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Il y a des prix qui distinguent des œuvres et des carrières. Il y en a d’autres qui, au-delà des personnes qu’ils honorent, cherchent à faire vivre une certaine idée de la culture. Le Prix Ibn Khaldun et le Prix Mahmoud Darwich de la poésie et des arts</em></strong><strong><em>, tous deux décernés à Tunis,</em></strong> <strong><em>appartiennent à cette seconde catégorie.</em></strong><strong><em></em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Abdelhamid Larguèche</strong></p>



<span id="more-19669264"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2.jpg" alt="" class="wp-image-18774922" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">L’un s’inscrit dans le champ de l’histoire, de la pensée et des sciences humaines ; l’autre dans celui de la poésie et des arts. Mais ils procèdent d’une même conviction : une société ne se comprend véritablement qu’à travers la mémoire qu’elle construit, les récits qu’elle transmet et les voix qu’elle accepte d’entendre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est dans cet esprit que le palmarès 2026 du Prix Ibn Khaldun a été établi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette année, le comité a voulu rendre hommage à des personnalités dont les parcours, différents par leurs disciplines et leurs horizons, ont contribué à enrichir la connaissance de l’histoire, de la pensée et des sociétés arabes et musulmanes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le philosophe et écrivain marocain Bensalem Himmich, ancien ministre de la Culture, figure parmi les lauréats. Son œuvre, à la croisée de la philosophie, de la littérature et de la réflexion historique, entretient un dialogue fécond avec la civilisation arabo-musulmane et avec les grandes questions de notre présent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le prix distingue également Abraham Udovitch, professeur émérite de l’Université de Princeton et ancien directeur scientifique de <em>Studia Islamica</em>. Son œuvre a profondément contribué au renouvellement de l’histoire économique et sociale du monde islamique médiéval. Son parcours rappelle combien l’histoire du monde musulman a besoin d’être étudiée dans toute sa complexité, à partir des sociétés, des échanges, des hommes et des réseaux qui l’ont constituée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec Fatima Al-Sayegh, historienne de l’Université des Émirats arabes unis à Al Ain, c’est notamment l’histoire sociale et politique de la péninsule Arabique et du Golfe qui est mise à l’honneur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le palmarès accueille également Hassanine Ben Ammou, romancier tunisien, dont l’œuvre entretient un rapport particulièrement fécond avec la mémoire, l’histoire et les imaginaires de la société tunisienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, le comité a souhaité que cette édition soit aussi un acte de mémoire. Le professeur Hassan Hosni Abdelwahab, figure fondatrice de l’école historique tunisienne et grand érudit du patrimoine national, est distingué à titre posthume.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce geste n’est pas simplement rétrospectif. Il rappelle que les générations nouvelles ne peuvent construire leur rapport au patrimoine intellectuel sans revisiter les œuvres de ceux qui les ont précédées.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ibn Khaldun : une pensée qui demeure vivante</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi continuer à parler d’Ibn Khaldun aujourd’hui ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parce que sa pensée n’est pas un monument figé. Elle demeure une invitation à comprendre les sociétés dans leur mouvement, leurs solidarités, leurs conflits, leurs transformations et leurs fragilités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ibn Khaldun nous a appris à nous méfier des récits trop simples, des apparences et des vérités toutes faites. Il nous a surtout rappelé que l’histoire n’est pas seulement une succession d’événements : elle est une construction humaine qui doit être interrogée, critiquée et comprise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est cette exigence que le Prix Ibn Khaldun cherche, à sa manière, à prolonger.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Mahmoud Darwich : quand la poésie devient mémoire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mais l’histoire n’est pas le seul langage de la mémoire. Il existe aussi la poésie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est pourquoi l’attribution, cette année, du Prix Mahmoud Darwich de la poésie et des arts, à titre posthume, au grand poète tunisien Mnaouar Smahah, revêt une portée particulière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mnaouar Smahah appartient à cette génération de poètes pour lesquels écrire n’a jamais consisté simplement à produire de beaux textes. La poésie est aussi une manière d’habiter une langue, de conserver une mémoire, de donner une forme à l’expérience et de résister à l’effacement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le choix du nom de Mahmoud Darwich pour ce prix n’est évidemment pas anodin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le poète palestinien a fait de la poésie un espace où se rencontrent l’intime et le collectif, l’exil et l’appartenance, la mémoire et l’avenir. Sa poésie a montré qu’une langue peut porter une histoire sans devenir prisonnière de l’histoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En distinguant Mnaouar Smahah, le Prix Mahmoud Darwich veut saluer une voix singulière de la poésie tunisienne contemporaine et rappeler, dans un monde saturé d’images et de paroles instantanées, que la poésie demeure une forme irremplaçable de connaissance.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Deux noms, deux héritages, une même question</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ibn Khaldun et Mahmoud Darwich appartiennent à des univers différents. L’un analyse les sociétés. L’autre les fait résonner dans la langue. L’un cherche dans les traces du passé les mécanismes qui permettent de comprendre les hommes et les collectivités. L’autre transforme la mémoire, la douleur, l’exil, l’amour et l’appartenance en poésie. Mais tous deux nous confrontent à une même question : que faisons-nous de notre mémoire ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La mémoire n’est pas seulement ce que nous conservons. Elle est aussi ce que nous choisissons de transmettre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est pourquoi ces deux prix ont, me semble-t-il, une responsabilité qui dépasse la seule cérémonie de remise des distinctions. Ils doivent contribuer à faire circuler les œuvres, à rapprocher les générations, à ouvrir des débats et à rappeler que la culture n’est pas un luxe réservé aux temps tranquilles. Elle est au contraire l’une des conditions de notre capacité à comprendre le présent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Honorer sans enfermer</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut enfin éviter un piège : celui qui consisterait à transformer les grands noms de notre culture en statues.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ibn Khaldun ne doit pas être seulement célébré : il doit être lu, discuté, interrogé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Darwich ne doit pas être seulement commémoré : il doit être lu, traduit, transmis et confronté aux nouvelles expériences du monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De même, honorer Bensalem Himmich, Abraham Udovitch, Fatima Al-Sayegh, Hassanine Ben Ammou, Hassan Hosni Abdelwahab ou Mnaouar Smahah ne signifie pas les enfermer dans une galerie de gloires. C’est au contraire reconnaître que leurs œuvres continuent d’ouvrir des chemins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est dans cette perspective que nous avons voulu inscrire cette édition 2026.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux prix, deux héritages, deux langages : celui de la pensée et celui de la poésie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais derrière leurs différences, une même ambition demeure : faire de la culture un lieu de mémoire, de connaissance, de dialogue et de liberté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est peut-être la meilleure manière de rendre hommage à Ibn Khaldun et à Mahmoud Darwich : ne pas seulement célébrer leur héritage, mais continuer à le faire vivre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Historien, écrivain, président des comités du Prix Ibn Khaldun et du Prix Mahmoud Darwich de la poésie et des arts</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/19/ibn-khaldun-et-mahmoud-darwich-deux-prix-deux-memoires-et-une-meme-exigence-de-liberte/">Ibn Khaldun et Mahmoud Darwich | Deux prix, deux mémoires et une même exigence de liberté</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Noureddine Bouarrouj, la mémoire effacée du communisme tunisien</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/10/noureddine-bouarrouj-la-memoire-effacee-du-communisme-tunisien/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 10 Sep 2026 07:25:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Se souvenir de Noureddine Bouarrouj, c’est reprendre une question que l’histoire officielle du Parti communiste tunisien a préféré ne pas poser.  </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/10/noureddine-bouarrouj-la-memoire-effacee-du-communisme-tunisien/">Noureddine Bouarrouj, la mémoire effacée du communisme tunisien</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Cet article est un acte de mémoire. Il paraît à l’occasion du trente-quatrième anniversaire de la mort de Noureddine Bouarrouj, comme un hommage et un devoir de mémoire. Mais rendre justice à sa pensée impose aussi d’interroger la manière dont elle a été effacée : car cet effacement n’est pas un simple oubli. Il est le produit d’une gestion du parti centrée sur une personne et sur un appareil, qui a fini par réduire la mémoire collective de la gauche tunisienne à un récit de personnes et de divisions. Se souvenir de Bouarrouj, c’est donc aussi reprendre une question que l’histoire officielle du parti a préféré ne pas poser : pourquoi le Parti communiste tunisien n’a-t-il pas de mémoire collective ?</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Abdelhamid Larguèche *</strong></p>



<span id="more-19609853"></span>



<p class="wp-block-paragraph">L’histoire du communisme tunisien s’est longtemps écrite autour d’un nom, celui de Mohamed Harmel, présenté comme l’homme qui sauva le Parti communiste tunisien (PCT) de la clandestinité, de la répression, puis de l’effondrement du communisme international. Ce récit n’est pas faux. Il est seulement incomplet, et son incomplétude a un coût : elle a occulté une autre histoire, plus discrète, celle des intellectuels que la gestion centralisée et personnelle du parti a progressivement marginalisés, et au premier rang desquels figure Noureddine Bouarrouj.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un récit d’appareil, une mémoire de personnes</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mais le coût va plus loin que la mise à l’écart d’un homme ou d’un groupe. À force de faire reposer sa légitimité sur la figure d’un seul dirigeant et sur la préservation de l’appareil, le parti a fini par transformer sa propre histoire en un récit de personnes : celui d’un sauveur et de ceux qu’il aurait, volontairement ou non, écartés. Les témoignages de ses camarades le rappellent avec amertume : jusqu’à aujourd’hui, certains sont irrités par la seule évocation des noms de Noureddine Bouarrouj, Ali Mtimet ou Bechir El Fani, comme si leurs rôles dans l’édification du parti, y compris dans les moments les plus difficiles de la clandestinité, devaient rester volontairement tus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une mémoire collective réduite à un récit de personnages et de rivalités n’est plus une mémoire collective : elle devient un instrument de gestion interne, qui a servi à trancher des désaccords intellectuels par des mises à l’écart plutôt qu’à les faire vivre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Se souvenir de Bouarrouj, trente-quatre ans après sa disparition, ce n’est donc pas instruire le procès d’un homme. C’est reconnaître qu’un pan entier de la pensée marxiste tunisienne, l’un des plus originaux, est resté mal connu, non par accident, mais parce que le parti qui aurait dû le porter a préféré, à un moment déterminant de son histoire, la cohésion de l’appareil à l’ouverture doctrinale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un itinéraire de militant et de passeur</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Bouarrouj n’était pas un doctrinaire. Militant de la clandestinité, puis exilé pendant une quinzaine d’années, il revient en Tunisie et devient l’un des artisans les plus actifs de la recherche d’unité entre communistes tunisiens. Autour de lui se constitue le <em>«groupe de Tunis»</em>, parfois appelé <em>«groupe de Kléber»</em>, qui réunit notamment Taoufik Baccar, Salah Garmadi, Habib Attia, Hamadi Ben Rachid, Bechir El Fani et Ali Mtimet, rejoints plus tard par Sahbi Denguezli, Bechir Ben Brahim, Jamil Hayder et Mondher Belhaj Ali. Ce cercle anime de multiples rencontres avec des intellectuels et des artistes tunisiens, et fonde, dans son sillage, le Syndicat de l’enseignement supérieur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa contribution la plus significative touche à la question nationale elle-même. Les témoignages de ses camarades rappellent le rôle qu’il a joué, avec plusieurs <em>«communistes patriotes»</em>, lors du sixième congrès du PCT, au moment où le parti procède à une autocritique de sa position antérieure à l’égard du mouvement national. Cette inflexion rouvrait la possibilité de penser le socialisme à partir de l’histoire tunisienne elle-même, plutôt qu’à partir d’une doctrine importée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le septième congrès prolonge cette ligne : le groupe de Tunis s’y rapproche de personnalités destouriennes de gauche, puis des réformateurs autour d’Ahmed Ben Salah, dont il défend un soutien critique aux réformes de structures des années 1960. Cette même exigence unitaire le conduira, en janvier 1978, à soutenir la légitimité de la direction de l’UGTT face à une lecture plus sectaire du conflit syndical.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or c’est précisément l’élan issu de ce septième congrès, et la légalité interne qu’il avait établie, qu’un huitième congrès viendra rompre, au début de l’année 1981, ainsi que l’attestent les témoignages de ses camarades : réuni en dehors de toute règle démocratique et sans le pluralisme qu’appelaient les discussions d’unification alors en cours, ce congrès n’a pas seulement clos une tentative de reconstruction du parti, il a substitué à la légalité collective issue du septième congrès la décision d’un cercle restreint. Cette rupture, qui n’a rien d’un simple épisode d’appareil, scelle pour plusieurs années la fin des espoirs de réunification des communistes tunisiens, et prive le mouvement d’une génération de militants qui portaient une lecture nationale et non dogmatique du marxisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est cette capacité à faire dialoguer le marxisme avec l’histoire, la culture et les aspirations nationales, plutôt qu’à l’imposer contre elles, qui constitue l’apport le plus durable de Bouarrouj à l’histoire intellectuelle de la gauche tunisienne, et c’est elle que la logique d’appareil a fini par sacrifier.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une pensée de la modernité critique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">C’est cependant dans les entretiens recueillis par Hédi Dhoukar que se révèle le mieux l’ampleur de cette pensée, longtemps confinée à la mémoire orale de ses proches. Bouarrouj y développe une réflexion sur la modernité qui dépasse de loin les débats de son parti. Pour lui, la modernité n’est pas un état donné une fois pour toutes que l’on rattraperait en suivant un modèle occidental : elle est un processus en action, que chaque société doit s’approprier à partir de ses propres attentes plutôt que subir de l’extérieur. Il critique aussi bien le mimétisme des élites modernisatrices, prêtes à adopter les formes de la modernité occidentale sans en garder l’esprit critique, que le repli conservateur qui invoque des valeurs anciennes pour se dispenser de tout changement réel. Entre ces deux impasses, il défend l’idée d’une modernité critique, à construire, et non à imiter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette même exigence critique traverse sa réflexion sur les rapports entre islam et marxisme, l’une des dimensions les plus singulières de sa pensée. Contrairement à une partie de la critique marxiste de son temps, qu’il juge fondée sur une connaissance superficielle des sources islamiques elles-mêmes, Bouarrouj insiste sur la nécessité d’aborder l’islam à partir de son histoire propre plutôt qu’à travers les orientalistes ou les vulgates militantes. Il retient notamment, dans son dialogue avec l’itinéraire de Roger Garaudy, l’idée que l’islam refuse de séparer le savoir de la sagesse, la foi de l’engagement politique, et vise l’unité de la personne plutôt que son morcellement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette rigueur, il la met également au service d’une lecture du rapport entre religion et pouvoir dans le monde arabo-musulman qui doit beaucoup à Ibn Khaldoun. Interrogeant la question de savoir si c’est l’islam qui a servi les Arabes ou l’inverse, il rappelle la thèse khaldounienne selon laquelle l’islam s’est mis au service de l’<em>açabiyya</em> arabe, l’esprit de corps qui soude un groupe, et l’illustre par le rapprochement inattendu qu’il opère entre la sécularisation kémaliste et le rigorisme wahhabite : deux réponses opposées à une même ambition, celle de reconstituer la force d’un peuple à partir de ses propres ressources. Il porte d’ailleurs un regard tout aussi critique sur les tentatives savantes de relire l’islam à la lumière des sciences modernes, comme celle de Mohamed Arkoun, qu’il juge pertinentes dans leur principe mais limitées par leur détachement de la société islamique réelle. C’est cette même exigence, refuser autant le dogmatisme militant que la relecture savante coupée du terrain, qui caractérise sa démarche intellectuelle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Harmel, la gestion personnelle et le prix de la mémoire collective</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Que Mohamed Harmel ait maintenu un appareil quand d’autres formations disparurent purement et simplement est un fait. Mais ce fait n’épuise pas la question posée par le sort de Bouarrouj et de ses camarades, et il ne saurait servir à euphémiser ce qui s’est joué au début de 1981 : la survie du parti ne s’est pas seulement décidée face à la répression extérieure, elle s’est aussi décidée dans le choix, interne celui-là, de trancher par un congrès sans démocratie ni pluralité une tentative de reconstruction et de réunification qui engageait pourtant l’avenir intellectuel du mouvement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est cette décision, gestion personnelle et centralisée d’un moment où le parti pouvait encore s’élargir, qu’il faut regarder en face plutôt que de la dissoudre dans le seul récit de la survie de l’appareil. Car cette survie eut un prix, et ce prix fut payé par les intellectuels du parti.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sous une direction de plus en plus personnalisée, l’organisation devint progressivement une fin en soi. La discipline remplaça le débat. La fidélité à l’appareil l’emporta sur la créativité intellectuelle. Le centralisme démocratique, qui aurait dû demeurer un instrument de discussion, se transforma en mécanisme de sélection : les désaccords théoriques y devinrent des problèmes disciplinaires, les débats politiques des questions de loyauté, l’autonomie intellectuelle un objet de suspicion.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bouarrouj fut le premier sacrifié de cette logique, mais non le seul. Autour de lui, le linguiste Salah Garmadi, le critique Taoufik Baccar et d’autres militants refusant de confondre unité et unanimisme s’éloignèrent ou furent marginalisés, notamment à l’approche du congrès des <em>«novateurs»</em> de 1993.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le coût le plus durable de cette gestion, cependant, ne se mesure pas seulement en noms écartés ou en intellectuels marginalisés. Il se mesure dans la manière dont l’histoire même du parti a fini par s’écrire : non comme le récit collectif d’une pensée en discussion, mais comme un récit de personnes, de fidélités et de ruptures.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une mémoire de parti qui se raconte à travers ses dirigeants et ses scissions, plutôt qu’à travers les idées qui s’y sont affrontées, cesse d’être une mémoire intellectuelle : elle devient une mémoire de gestion, transmise par ceux qui ont tenu l’appareil, aux dépens de ceux qui portaient la pensée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est ainsi qu’un patrimoine critique réel, sur le marxisme, la modernité et l’islam, a pu rester confiné à la mémoire orale de quelques camarades, quand l’histoire officielle du mouvement ne retenait que les noms de ses dirigeants successifs et le récit de ses querelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le moment le plus révélateur de cette responsabilité se situe à la fin des années 1980, lorsque les transformations du monde communiste ouvraient une fenêtre réelle pour repenser les doctrines, les méthodes et les rapports entre le parti et la société. Bouarrouj incarnait précisément cette possibilité de rénovation, non comme abandon du communisme mais comme son renouvellement. La direction choisit une autre voie : celle de la cohésion de l’appareil contre l’ouverture doctrinale. Ce choix permit sans doute au parti de traverser la crise. Il lui interdit d’en sortir porteur d’une capacité d’invention retrouvée, et d’une mémoire collective faite d’autre chose que de fidélités personnelles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le dernier geste d’un homme de rigueur</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le trait le plus émouvant de cet itinéraire intellectuel se situe dans ses derniers mois. Rattrapé par la maladie, quelques mois avant sa mort, Bouarrouj éprouve le besoin de livrer, depuis son lit d’hôpital, un bilan critique de l’effondrement de l’Union soviétique, acté en décembre 1991. Dicté en quelques jours, sans autre appui que sa mémoire, ce texte se distingue par sa rigueur et son absence de tout calcul institutionnel : il ne cherche ni à réhabiliter ni à justifier l’expérience soviétique, mais à en comprendre les échecs, notamment dans l’incapacité de ses dirigeants à penser correctement les rapports entre peuples dominants et dominés, entre le Nord et le Sud, entre l’Occident et l’Orient.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce geste, celui d’un homme qui choisit de consacrer ses dernières forces à un exercice de vérité intellectuelle plutôt qu’à la défense d’un camp, résume à lui seul ce que fut sa démarche tout au long de sa vie : rester fidèle à l’exigence critique, y compris quand elle dérange son propre camp. C’est cette même exigence, précisément, que la gestion personnelle et centralisée du parti n’a jamais su accueillir en son sein tant qu’elle relevait de vivants plutôt que d’un testament.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi le PCT n’a-t-il pas de mémoire collective</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette fragmentation de la mémoire de la gauche n’est pas un phénomène isolé dans l’histoire politique tunisienne postcoloniale. On en retrouve un écho, sous une forme différente, dans le sort réservé à l’expérience économique des années 1960 portée par Ahmed Ben Salah, ce même projet que Bouarrouj et ses camarades avaient soutenu de façon critique : là aussi, un projet ambitieux fut interrompu avant d’avoir pu tirer pleinement les leçons de ses propres contradictions. Mais le cas du PCT pose une question plus précise, et qu’il faut poser directement : pourquoi un parti qui s’est voulu, pendant des décennies, le dépositaire d’une pensée critique n’a-t-il pas de mémoire collective, faite d’idées débattues et transmises, mais seulement une mémoire de personnes, de fidélités et de scissions ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réponse tient à trois mécanismes que cet article a tenté de mettre au jour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’abord, une gestion centralisée qui a fait reposer la légitimité du parti sur un homme et sur la préservation de l’appareil, plutôt que sur les débats qui le traversaient : ce que l’organisation a gagné en cohésion, elle l’a perdu en capacité à garder trace de ses désaccords autrement que comme des trahisons ou des ruptures.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ensuite, l’absence de démocratie et de pluralité au moment où elle aurait le plus compté, celle qui a permis au huitième congrès de 1981 de trancher unilatéralement une tentative de reconstruction et de réunification, substituant la décision d’un cercle restreint à la légalité collective issue du septième congrès.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, la transmission elle-même : faute d’avoir été assumée par le parti, la pensée de Bouarrouj, comme celle de plusieurs de ses camarades, n’a survécu que dans la mémoire orale de quelques proches et dans des entretiens comme ceux recueillis par Hédi Dhoukar, jamais dans une histoire écrite et débattue du mouvement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un parti qui ne transmet de son passé que les noms de ses dirigeants et le récit de ses ruptures n’a pas de mémoire collective : il a une mémoire de gestion, entretenue par ceux qui ont tenu l’appareil, et une mémoire militante, maintenue en marge par ceux qui en ont été écartés. Ces deux mémoires, celle de Harmel et celle de Bouarrouj, ne se sont jamais réconciliées parce que la première n’a jamais eu besoin de rendre compte à la seconde. C’est cette tension, plus que tout désaccord doctrinal, qui explique l’absence d’une mémoire collective au sens plein du terme : une mémoire qui appartiendrait au parti tout entier, débats compris, et non aux seuls vainqueurs de ses congrès.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces questions concernent moins le passé du communisme tunisien que l’avenir de toute gauche, et de tout mouvement politique, qui voudrait échapper à la même logique : celle où la gestion de l’appareil, aussi nécessaire soit-elle un temps, finit par se substituer à la vie intellectuelle et à la mémoire qu’elle était censée protéger.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Rendre à Bouarrouj sa place, et au parti sa mémoire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Trente-quatre ans après sa mort, ce devoir de mémoire n’a rien perdu de son actualité. Les nouvelles générations qui s’interrogent sur la possibilité d’un marxisme enraciné dans l’histoire et la culture arabo-musulmanes, sur les impasses du mimétisme modernisateur, ou sur les conditions d’une pensée critique fidèle à elle-même jusqu’au bout, trouveront dans l’itinéraire de Noureddine Bouarrouj bien plus qu’un épisode de l’histoire de la gauche tunisienne : une pensée qui mérite, pour elle-même, d’être enfin connue. Mais elles y trouveront aussi, si elles savent la lire, un avertissement : aucun patrimoine intellectuel ne résiste longtemps à une mémoire organisée autour des seules personnes qui l’ont gouverné.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’histoire retiendra sans doute que Mohamed Harmel fut celui qui maintint le PCT en vie. Elle doit aussi retenir qu’une gestion à ce point personnalisée et centralisée de cette survie a fini par priver le parti non seulement de ses intellectuels les plus originaux, mais de la capacité même à se souvenir de sa propre histoire autrement qu’à travers le récit de ses hommes et de ses ruptures.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cet article doit beaucoup, dans ce qu’il tente de restituer de cette pensée, au livre que Hédi Dhoukar a consacré à Noureddine Bouarrouj**. Fruit d’un travail d’écoute et de transcription mené avec une grande rigueur documentaire, cet ouvrage constitue à ce jour la source la plus riche et la plus fidèle pour accéder à la profondeur et à l’originalité d’une pensée que l’histoire officielle de la gauche tunisienne a trop longtemps laissée dans l’ombre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Post-scriptum : une histoire à écrire à plusieurs voix</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis sa mise en circulation, cet article suscite déjà, de l’aveu de ses premiers lecteurs, le débat qu’il appelait sans doute de ses vœux. Plusieurs anciens camarades, acteurs ou témoins directs de cette histoire, m’ont fait part de leurs réactions, et je tiens à leur en exprimer ma sincère gratitude : leurs remarques me confortent dans l’idée que cette histoire reste à écrire, non à partir d’une mémoire unique, mais à partir de mémoires plurielles, de témoignages et de documents.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je voudrais préciser un point qui me paraît essentiel. Mon propos n’était pas de réduire l’histoire du PCT à une querelle entre Harmel et Bouarrouj, encore moins de construire un procès rétrospectif de Mohamed Harmel. Je reconnais pleinement le rôle historique qu’il a joué dans la préservation et la continuité du parti dans des conditions extrêmement difficiles. Mais reconnaître ce rôle ne doit pas empêcher d’interroger, en parallèle, ce que cette gestion de la continuité a pu produire comme marginalisation d’autres expériences et d’autres pensées. C’est précisément cette tension qui m’intéresse. Bouarrouj n’est pas, à mes yeux, simplement <em>«l’adversaire de Harmel»</em> : il représente une possibilité intellectuelle et politique du communisme tunisien, un marxisme plus attentif à l’histoire nationale, à la culture et à la question de la modernité, dont je pense que nous n’avons pas suffisamment conservé la trace.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je prends aussi très au sérieux une remarque touchant ma propre position dans cette histoire. Je n’ai jamais prétendu être un observateur extérieur : j’ai moi-même appartenu à cette génération, et j’en ai partagé les espoirs, les engagements, et aussi les ambiguïtés. Si mon texte a pu, par endroits, donner une autre impression, c’est un point que je dois mieux expliciter. Cette implication ne me paraît cependant pas invalider la nécessité, avec le recul, de questionner ce que nous avons vécu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur un dernier point, je rejoins pleinement mes interlocuteurs : nos souvenirs, aussi sincères soient-ils, ne suffisent pas à eux seuls à établir la vérité historique. C’est précisément pourquoi je souhaite que ce texte soit reçu non comme une conclusion, mais comme une invitation à confronter nos mémoires aux documents et aux témoignages disponibles. Je ne cherche ni à réhabiliter Bouarrouj contre Harmel, ni Harmel contre Bouarrouj, mais à comprendre pourquoi, dans notre mémoire de la gauche tunisienne, certaines idées, certains débats et certains acteurs ont été moins transmis que d’autres. C’est peut-être là, au fond, la seule manière de rendre justice à tous : faire enfin de notre histoire commune une histoire plurielle, où les désaccords cessent d’être des raisons d’effacer les uns ou les autres, pour devenir une partie constitutive de notre mémoire collective.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À tous ceux qui ont pris le temps de réagir, avec la rigueur et la fidélité de ceux qui ont vécu cette histoire de l’intérieur, j’adresse toute mon amitié et mon respect.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Historien.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>** Le livre que Hédi Dhoukar a consacré à Noureddine Bouarrouj, cité à plusieurs reprises dans cet article, est actuellement en cours d’édition sous le titre ‘‘Noureddine Bouarrouj, Pensées sur son temps’’.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Un dictionnaire pour penser le patrimoine tunisien autrement</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 06 Aug 2026 07:21:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Abdelhamid Larguèche]]></category>
		<category><![CDATA[Latifa Lakhdar]]></category>
		<category><![CDATA[patrimoine tunisien]]></category>
		<category><![CDATA[Unesco]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le ‘‘Dictionnaire du patrimoine tunisien’’, à paraître bientôt, recense et repense l'héritage matériel et immatériel du pays.    </p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Plus de 1 270 entrées, quatre parties thématiques, un atlas de cinquante planches illustrées : le ‘‘Dictionnaire du patrimoine tunisien’’, en préparation, ne se contente pas d&rsquo;inventorier, il pense. Et il pense autrement. Complété par deux planches de synthèse sur les biens tunisiens inscrits au patrimoine mondial et au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, l’ouvrage donne désormais à voir ce qu’il donne à penser.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Abdelhamid Larguèche *</strong></p>



<span id="more-19383067"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2.jpg" alt="" class="wp-image-18774922" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Recenser un patrimoine et le penser : deux gestes qu’on confond trop souvent, alors qu’ils n’ont rien à voir. Le premier relève de l’administration. Le second, de l’intelligence critique. Le <em>‘‘Dictionnaire du patrimoine tunisien’’</em> choisit sans détour le second camp.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Organisé en quatre grandes parties, patrimoine monumental, patrimoine immatériel et mémoriel, patrimoine naturel et écologique, patrimoines et paysages culturels, il déploie plus de 1 250 entrées qui vont de la Grande Mosquée de Kairouan aux madragues du Cap Bon, des manuscrits médicaux d’Ibn al-Jazzar aux proverbes populaires, des collections archéologiques du musée du Bardo au patrimoine minier du bassin de Gafsa, jusqu’aux mémoires plurielles des communautés amazighes, juives et noires du pays.</p>



<h2 class="wp-block-heading">En finir avec la hiérarchie monumentale</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Première rupture : en finir avec une hiérarchie héritée de la colonisation, qui plaçait le monument de pierre au sommet d’une pyramide patrimoniale et reléguait au second plan l’oral, le populaire, le vivant. Ici, un mausolée classé et une recette de couscous se valent. Un site archéologique et un art du conte se répondent. C’est ce que l’ouvrage appelle un <em>«bassin de patrimoine»</em> : l&rsquo;ensemble des traces matérielles et immatérielles d’une société pensées comme un système cohérent, non comme une collection de pièces isolées et inégalement dignes d’attention.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette approche n’est pas qu’une méthode. C’est un geste politique. En consacrant des entrées substantielles au patrimoine noir tunisien, aux héritages amazighs, aux traditions juives et tabarkines, le dictionnaire s’attaque frontalement aux mémoires silenciées, celles que l’historiographie officielle a longtemps laissées à la marge. Il prolonge et élargit un travail scientifique déjà engagé sur l’esclavage et l’après-abolition en Tunisie, en l’inscrivant cette fois dans un instrument de référence appelé à circuler bien au-delà du cercle des spécialistes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Penser en réseau</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’apport du dictionnaire pour la recherche universitaire ne tient pas à l’accumulation de données : on les trouve déjà, dispersées, dans les monographies, les thèses, les rapports d’expertise. Il tient à leur mise en relation. Un chapitre théorique enrichi, qui mobilise notamment l’approche anthropologique de Mohammed Arkoun, pose désormais le patrimoine comme fait de sens autant que comme fait matériel. Le système de renvois croisés fait le reste, une notice sur un manuscrit médical kairouanais renvoie aux bibliothèques, à la ville de Kairouan, à la transmission des savoirs en Méditerranée. Aucun inventaire sectoriel n’avait offert jusqu’ici cette cartographie intellectuelle du patrimoine tunisien. C’est cette dimension relationnelle, plus que l’exhaustivité elle-même, qui fait du dictionnaire un instrument de travail pour l’historien, l’anthropologue, le patrimonialiste, et un point de départ pour les recherches à venir, que l’ouvrage appelle de ses vœux plutôt qu’il ne prétend les clore.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’ouvrage assume cette limite avec une lucidité rare dans ce type d’entreprise éditoriale : il ne prétend pas épuiser son objet. Un dictionnaire du patrimoine, pensé comme exercice de réflexion plutôt que comme simple répertoire, sait qu’il documente une matière vivante, en perpétuelle redéfinition, et qu’il devra lui-même être repris, corrigé, augmenté. Cette posture réflexive, qui interroge ses propres catégories autant qu’elle les mobilise, tranche avec la tentation encyclopédique de figer un objet par nature mouvant.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un levier pour l’action publique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">C’est pourtant du côté des politiques publiques que l’ouvrage pourrait peser le plus. La Tunisie a une administration patrimoniale ancienne et compétente, mais freinée par la dispersion des sources et par des catégories héritées d’un droit du patrimoine construit, au XX<sup>e</sup> siècle, autour du seul monument protégé. Un instrument qui rassemble, hiérarchise et met en réseau l’ensemble du patrimoine national, y compris ce qui échappe aux classements juridiques existants, comme les savoirs de l’eau dans les oasis ou les techniques de pêche traditionnelle, donne aux administrations concernées une base directement mobilisable pour inventorier, protéger, valoriser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette utilité dépasse le cadre national. Les dossiers d’inscription auprès de l’Unesco, qu’il s’agisse des ksour du Sud tunisien, de Sidi Bou Saïd, inscrit au Patrimoine mondial en juillet 2026, ou de la <em>Muqaddima</em> d’Ibn Khaldoun, exigent une contextualisation historique et anthropologique précise. Ce type d’ouvrage de référence la fournit, et l’actualise au fil de ses mises à jour. Les instances régionales de coopération culturelle, à commencer par l’Alecso, y trouvent de même une ressource pour penser le patrimoine tunisien dans son rapport aux dynamiques du monde arabe, sans céder ni au repli identitaire ni à l’effacement des singularités nationales.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le patrimoine comme objet de pensée</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Reste une question de fond, que l’ouvrage ne tranche pas mais qu’il pose avec insistance : que met-on vraiment sous le mot patrimoine ? En refusant de le réduire à ce qui se visite, se classe ou se monnaye, en l’ouvrant aux gestes ordinaires, aux savoirs oraux, aux paysages écologiques, aux mémoires douloureuses, le dictionnaire pousse chercheurs et décideurs à sortir d’une conception strictement conservatoire du patrimoine, pour lui restituer sa dimension proprement civilisationnelle. C’est peut-être là, plus que dans le nombre de ses entrées, que réside l’apport le plus durable de l’ouvrage : avoir fait d’un instrument de référence un exercice de pensée sur ce qu’une société choisit de retenir d’elle-même, et sur ce qu’elle décide, plus discrètement, de continuer à taire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Directeur scientifique du dictionnaire.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>‘‘Dictionnaire du patrimoine tunisien : Monuments, Gestes et Mémoires’’, sous la direction de Abdelhamid Larguèche, préface de Latifa Lakhdar. A paraître.</em></strong> </p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="IULn7XqnGa"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/20/non-a-la-captation-du-patrimoine-de-la-tunisie/">Non à la captation du patrimoine de la Tunisie !</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Non à la captation du patrimoine de la Tunisie ! » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/20/non-a-la-captation-du-patrimoine-de-la-tunisie/embed/#?secret=SmIY1gvph3#?secret=IULn7XqnGa" data-secret="IULn7XqnGa" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>Le Centre des Arts de Djerba &#124; Fadhel Jaziri et l’épreuve de la mémoire</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Jul 2026 06:27:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Abdelhamid Larguèche]]></category>
		<category><![CDATA[Centre des Arts de Djerba]]></category>
		<category><![CDATA[Fadhel Jaziri]]></category>
		<category><![CDATA[Guellala]]></category>
		<category><![CDATA[Hayet Ketat Guermazi]]></category>
		<category><![CDATA[Najla Bouden]]></category>
		<category><![CDATA[Sedouikech]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le Centre des Arts de Djerba, entre Guellala et Sedouikech au sud-est de l’île, à l'abandon, un an après la mort de son initiateur Fadhel Jaziri.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/07/14/le-centre-des-arts-de-djerba-fadhel-jaziri-et-lepreuve-de-la-memoire/">Le Centre des Arts de Djerba | Fadhel Jaziri et l’épreuve de la mémoire</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Une visite qui serre le cœur : un an après la disparition de Fadhel Jaziri, nous avons voulu revenir au Centre des Arts de Djerba. Non par curiosité, mais par devoir de mémoire. Car certains lieux ne sont pas de simples bâtiments : ils sont les témoins d’une aventure humaine, intellectuelle et artistique. Ils incarnent une vision, une volonté, une espérance. </em></strong><em>(Photo : Centre des Arts de Djerba, situé entre Guellala et Sedouikech au sud-est de l’île, avec des espaces couverts de 7000 m<sup>2</sup>).</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Abdelhamid Larguèche</strong> *</p>



<span id="more-19221165"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2.jpg" alt="" class="wp-image-18774922" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">En parcourant aujourd’hui ce vaste ensemble, le silence s’impose. Les espaces conçus pour accueillir les artistes, les spectacles, les résidences de création et les rencontres internationales semblent suspendus dans une attente interminable. Le visiteur ne peut s’empêcher d’éprouver une profonde émotion devant ce qui apparaît comme une œuvre inachevée, ou plus exactement une œuvre privée de vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette visite est d’abord un hommage. Un hommage à celui qui rêva ce lieu pendant des années et qui ne put véritablement le voir vivre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’ultime rêve d’un créateur</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Fadhel Jaziri n’était pas seulement un metteur en scène de génie. Il appartenait à cette génération de créateurs qui considéraient la culture comme une responsabilité nationale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ses spectacles ont profondément renouvelé le théâtre tunisien, ouvert des chemins nouveaux entre patrimoine et modernité, entre mémoire populaire et création contemporaine. Son œuvre a toujours dépassé la scène : elle portait une réflexion sur l’identité tunisienne, sur la liberté de création et sur la place de l’art dans la cité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Centre des Arts de Djerba fut probablement son projet le plus ambitieux. Il y investit des années de travail, d’énergie, de persuasion et d’engagement personnel. Ce centre est le fruit de sa sueur, de ses combats et de son obstination. Il ne cherchait pas à ériger un monument à sa propre gloire, mais à offrir à la Tunisie un équipement culturel capable de dialoguer avec les plus grandes institutions artistiques de la Méditerranée.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Fadhel-Jaziri-Centre-des-arts-de-Djerba-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-19221186" style="width:800px;height:auto" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Fadhel-Jaziri-Centre-des-arts-de-Djerba-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Fadhel-Jaziri-Centre-des-arts-de-Djerba-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Fadhel-Jaziri-Centre-des-arts-de-Djerba-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Fadhel-Jaziri-Centre-des-arts-de-Djerba-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Fadhel-Jaziri-Centre-des-arts-de-Djerba-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Fadhel-Jaziri-Centre-des-arts-de-Djerba-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Fadhel-Jaziri-Centre-des-arts-de-Djerba.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Conférence de presse de Fadhel Jaziri, le 26 octobre 2022, à la Cité de la culture de Tunis, pour présenter</em> son projet de Centre des Arts de Djerba. </figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">Quand le rêve rencontre les controverses</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mais les grandes ambitions rencontrent souvent les grandes résistances. Avant même son ouverture, le Centre des Arts se trouva au cœur de controverses liées notamment à son implantation dans un périmètre relevant du bien inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Des associations de la société civile exprimèrent leurs inquiétudes et engagèrent diverses actions, tandis que plusieurs procédures furent ouvertes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’appartient pas ici de revenir sur le fond de ces différends, qui relèvent des juridictions compétentes et des autorités concernées.<br>En revanche, nul ne peut ignorer le coût humain de cette longue période d’incertitude. Celui qui avait consacré une partie de sa vie à construire ce projet dut aussi consacrer une énergie considérable à le défendre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’histoire culturelle est souvent faite de ces paradoxes : les créateurs doivent parfois lutter davantage contre les obstacles administratifs que contre les difficultés de la création elle-même.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Après la disparition de l’homme, le silence des institutions</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La disparition de Fadhel Jaziri aurait pu ouvrir un temps de rassemblement autour de son héritage. On pouvait espérer que son Centre devienne un lieu vivant, habité par les artistes, les chercheurs, les étudiants et le public. Un lieu où l’on poursuivrait son œuvre en lui donnant une dimension collective.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Force est pourtant de constater qu’un sentiment d’abandon s’installe. Un équipement culturel ne se résume pas à une architecture, aussi remarquable soit-elle. Sans programmation, sans gouvernance, sans moyens humains et financiers, un centre d’art cesse progressivement d’être un lieu de création pour devenir un simple bâtiment.<br>L’abandon est rarement spectaculaire. Il commence par quelques portes closes, quelques activités annulées, quelques budgets différés. Puis viennent le silence, le vieillissement des équipements et, finalement, l’oubli.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cas du Centre des Arts de Djerba dépasse largement le destin d’un établissement. Il pose une question fondamentale : quelle place la Tunisie accorde-t-elle à la culture ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis plusieurs décennies, notre pays inaugure des institutions culturelles avec enthousiasme, puis peine à assurer leur fonctionnement durable. Les annonces sont nombreuses ; les politiques publiques de long terme beaucoup moins. Or la culture ne peut vivre au rythme des seules cérémonies d’inauguration. Elle exige une vision, une continuité administrative, des financements stables et une volonté politique qui dépasse les alternances gouvernementales. Faute de cela, les bâtiments deviennent les monuments silencieux de promesses inachevées.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Fadhel-Jaziri-Najla-Bouden-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-19221190" style="width:800px" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Fadhel-Jaziri-Najla-Bouden-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Fadhel-Jaziri-Najla-Bouden-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Fadhel-Jaziri-Najla-Bouden-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Fadhel-Jaziri-Najla-Bouden-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Fadhel-Jaziri-Najla-Bouden-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Fadhel-Jaziri-Najla-Bouden-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Fadhel-Jaziri-Najla-Bouden.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Fadhel Jaziri présentant son projet à l’ancienne cheffe de gouvernement Najla Bouden, le 23 juin 2023, en présence de la ministre des Affaires culturelles Hayet Ketat Guermazi.</em></figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">Préserver un héritage national</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le Centre des Arts de Djerba n’appartient plus uniquement à son fondateur. Il appartient désormais à la mémoire culturelle de la Tunisie. Le faire vivre constituerait le plus bel hommage que la nation puisse rendre à Fadhel Jaziri. Ce serait reconnaître que les grandes œuvres ne meurent pas avec ceux qui les ont imaginées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’inverse, laisser ce lieu s’enfoncer dans l’inactivité reviendrait à perdre bien davantage qu’un investissement matériel. Ce serait renoncer à une certaine idée de la culture comme bien commun.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’avenir du Centre des Arts de Djerba concerne les pouvoirs publics, les collectivités locales, les institutions culturelles, les artistes et la société civile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est encore temps d’imaginer une gouvernance renouvelée, respectueuse à la fois des exigences de protection du patrimoine mondial, des impératifs juridiques et de la vocation artistique du lieu. Il est encore temps de transformer une controverse en réussite collective. Car un pays se juge aussi à la manière dont il traite les œuvres de ses créateurs après leur disparition.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pour que le silence ne soit pas le dern<strong>ier mot</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">En quittant le Centre des Arts, une pensée s’impose. Les pierres attendent. Elles attendent les artistes, les étudiants, les musiciens, les metteurs en scène, les visiteurs. Elles attendent que l’intelligence, la beauté et la création reprennent possession de ces espaces.<br>Un an après la disparition de Fadhel Jaziri, il ne suffit plus d’évoquer son souvenir dans les discours commémoratifs. Le véritable hommage consiste à sauver son dernier grand rêve.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Laisser ce lieu s’éteindre serait une défaite pour la culture tunisienne. Le faire revivre serait, au contraire, une victoire de la mémoire sur l’oubli, de la création sur l’indifférence et de l’avenir sur le renoncement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Professeur&nbsp;émérite d&rsquo;histoire, Conseiller en patrimoine.&nbsp;Ancien membre du Comité du Patrimoine Mondial à l’Unesco.</em></p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Centre-des-arts-de-Djerba-Theatre-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-19221193" style="width:800px" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Centre-des-arts-de-Djerba-Theatre-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Centre-des-arts-de-Djerba-Theatre-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Centre-des-arts-de-Djerba-Theatre-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Centre-des-arts-de-Djerba-Theatre-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Centre-des-arts-de-Djerba-Theatre-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Centre-des-arts-de-Djerba-Theatre-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Centre-des-arts-de-Djerba-Theatre.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Un théâtre de plein air de 3000 places face à la mer. </em> </figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<item>
		<title>Colloque à Paris &#124; Histoire partagée, mémoires plurielles et souverainetés inachevées</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/06/17/colloque-a-paris-histoire-partagee-memoires-plurielles-et-souverainetes-inachevees/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Jun 2026 06:31:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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		<category><![CDATA[France]]></category>
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		<category><![CDATA[Maroc]]></category>
		<category><![CDATA[Messali Hadj]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Soixante-dix ans après les indépendances du Maroc et de la Tunisie, Paris accueille le colloque «Décolonisations et mémoires des indépendances maghrébines». </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/06/17/colloque-a-paris-histoire-partagee-memoires-plurielles-et-souverainetes-inachevees/">Colloque à Paris | Histoire partagée, mémoires plurielles et souverainetés inachevées</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Soixante-dix ans après les indépendances du Maroc et de la Tunisie, le colloque international «Décolonisations et mémoires des indépendances maghrébines (1956–2026)», tenu à Paris les 8 et 9 juin 2026, a constitué un moment majeur de réflexion historique sur les héritages coloniaux et leurs prolongements contemporains. Accompagné de l’exposition «Décolonisations en miroir&nbsp;: France/Afrique du Nord (1930–1970)», cet événement scientifique a proposé une lecture croisée des trajectoires de la France, de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Abdelhamid Larguèche *</strong><strong><em></em></strong></p>



<span id="more-18966722"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2.jpg" alt="" class="wp-image-18774922" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Plus qu’une simple commémoration, cette rencontre a invité à penser les décolonisations comme des processus connectés, où les histoires des deux rives de la Méditerranée demeurent profondément imbriquées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au début des années 1930, l’empire colonial français atteint son extension maximale. L’Exposition coloniale internationale de 1931 à Paris célèbre alors la puissance impériale et diffuse un imaginaire fondé sur la mission civilisatrice et la hiérarchie des peuples.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les cartes coloniales, les affiches de propagande et les représentations exotiques du Maghreb révèlent une géographie politique façonnée par la domination européenne. Ces images participaient à une entreprise plus vaste&nbsp;: naturaliser l’ordre colonial et effacer les réalités historiques et culturelles des sociétés colonialisées. Pourtant, cet âge d’or impérial portait déjà les germes de sa propre contestation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Paris, laboratoire des nationalismes maghrébins</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Paradoxalement, la capitale française devient également le lieu où se forgent les élites anticoloniales. Étudiants, intellectuels et militants maghrébins y élaborent les premiers discours nationalistes modernes. Parmi les figures majeures émergent Abdelaziz Thaalbi, Habib Bourguiba ou encore Messali Hadj, dont les parcours témoignent de l’interconnexion des espaces politiques méditerranéens</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Tunisie, la publication de <em>‘‘La Tunisie martyre’’</em> de Thaalbi en 1920 marque un tournant majeur du nationalisme moderne. La fondation du Destour puis du Néo-Destour structure progressivement la revendication souveraine. C’est à Paris que se forgent les idées de souveraineté qui renverseront l’ordre impérial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Maroc, le Dahir berbère de 1930 cristallise les résistances contre le protectorat. En Algérie, Messali Hadj fonde l’Étoile nord-africaine (ENA) dès 1926 à Paris, ouvrant la voie au nationalisme indépendantiste algérien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Étoile nord-africaine, dirigée par Messali Hadj, revendique l’indépendance de l’Algérie et la défense des droits des Nord-Africains. Elle marque la naissance d’un nationalisme organisé parmi les colonialisés vivant en France.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Seconde Guerre mondiale bouleverse l’ordre colonial. Les soldats maghrébins participent à la libération de la France, mais les promesses d’égalité restent sans lendemain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 8 mai 1945 constitue un tournant majeur&nbsp;: alors que l’Europe célèbre la victoire sur le nazisme, les massacres de Sétif et Guelma annoncent la crise définitive de l’empire colonial. Ces événements marquent l’effondrement de l’illusion réformiste et ouvrent l’ère des guerres d’indépendance.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="RBuSeNPA4F"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/07/05/france-algerie-laborieuse-reconciliation-des-memoires-video/">France-Algérie : laborieuse réconciliation des mémoires (vidéo)</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« France-Algérie : laborieuse réconciliation des mémoires (vidéo) » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2020/07/05/france-algerie-laborieuse-reconciliation-des-memoires-video/embed/#?secret=U87QmAdgia#?secret=RBuSeNPA4F" data-secret="RBuSeNPA4F" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Guerres de libération et naissance des souverainetés</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Entre 1954 et 1962, le Maghreb connaît des trajectoires différenciées vers l’indépendance. L’Algérie s’engage dans une guerre longue et violente qui transforme profondément la société française elle-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Tunisie, l’indépendance obtenue en 1956 sous la conduite de Bourguiba ne met pas immédiatement fin à la présence française. La bataille de Bizerte de 1961 et l’évacuation des bases militaires en 1963 pachèvent la souveraineté nationale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les indépendances ne mettent pas un terme aux conflits&nbsp;: ceux-ci se déplacent désormais sur le terrain de la mémoire. En France, la guerre d’Algérie demeure longtemps désignée comme les <em>«événements»</em>. En Algérie, un récit national héroïque se construit autour du FLN et des martyrs de la révolution.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Peu à peu émergent des mémoires longtemps invisibles&nbsp;: harkis, pieds-noirs, Juifs maghrébins, appelés français ou civils déplacés. L’ouverture des archives transforme aujourd’hui profondément les écritures de l’histoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’exposition rappelle également le rôle fondamental des images dans la décolonisation du regard. Le cinéma maghrébin a constitué un espace essentiel de reconquête symbolique. Des œuvres comme <em>‘‘La Bataille d’Alger’’</em> de Gillo Pontecorvo ou<em> ‘‘Chronique des années de braise’’</em> de Lakhdar Hamina ont contribué à faire de l’histoire coloniale un patrimoine universel de la lutte pour la liberté.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vers une mémoire partagée ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des blessures et des silences, le colloque a montré que les décolonisations ne relèvent pas seulement du passé&nbsp;: elles constituent un enjeu majeur du présent. Les questions migratoires, la francophonie, les archives, les débats sur les réparations ou les reconnaissances mémorielles continuent de structurer les relations entre la France et le Maghreb.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’exposition s’achève sur une convictionforte&nbsp;: reconnaître la douleur de l’autre ne signifie pas renoncer à sa propre histoire.Au contraire, cette reconnaissance constitue peut-être la condition d’une mémoire véritablement partagée entre les deux rives de la Méditerranée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Historien</em>. </p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="CCu3b8R9K2"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/06/12/esclavage-colonisation-et-racisme-se-re-approprier-lhistoire/">Esclavage, colonisation et racisme : Se ré-approprier l’histoire</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Esclavage, colonisation et racisme : Se ré-approprier l’histoire » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2020/06/12/esclavage-colonisation-et-racisme-se-re-approprier-lhistoire/embed/#?secret=wThU2LptPk#?secret=CCu3b8R9K2" data-secret="CCu3b8R9K2" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>Iran &#8211; Etats-Unis &#124; La paix des puissants, les blessures des peuples</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 15 Jun 2026 11:29:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p> Un accord mettra officiellement fin à la guerre américano-israélienne contre l’Iran, mais peut-on sérieusement parler de paix ? </p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Le 19 juin 2026, à Genève, sera signé un accord qui mettra officiellement fin à la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Les chancelleries salueront l’événement. Les communiqués parleront de paix, de stabilité retrouvée, de victoire de la diplomatie. Mais il faut poser d’emblée la question que ces communiqués n’auront pas le courage de formuler : cette paix, pour qui ?</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Abdelhamid Larguèche</strong> *</p>



<span id="more-18951129"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2.jpg" alt="" class="wp-image-18774922" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
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<p class="wp-block-paragraph">Comme tant de conflits du Proche-Orient avant elle, cette séquence de violence dont on annonce la fin proche ne se conclut pas par la justice, elle se clôt par l’épuisement des belligérants et le calcul froid des grandes puissances. Les armes se taisent avant que les douleurs ne s’apaisent. Et les peuples découvrent, une fois de plus, qu’ils n’étaient pas conviés à la table où leur destin fut négocié. C’est là le visage permanent de ce qu’il faut bien appeler : la paix des puissants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le protocole d’Islamabad, tel qu’il se dessine, articulera la sécurité du détroit d’Ormuz, une levée partielle des sanctions économiques contre l’Iran et une reprise des négociations nucléaires avec ce pays. Des médiations pakistanaises et qataries ont joué un rôle déterminant dans ce rapprochement. Mais l’essentiel n’est pas dans les clauses de cet accord, il est dans ce qu’il révèle : un ordre mondial en recomposition profonde, où l’hégémonie américaine n’est plus qu’une puissance parmi d’autres, et où les peuples de la région continuent de payer, de leur sang et de leur avenir, le prix de ces reconfigurations.  </p>



<h2 class="wp-block-heading">La Chine et la fin de l’hégémonie occidentale </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le premier vainqueur est l’Iran. Longtemps présenté comme isolé, étranglé par les sanctions et contraint à la défensive, Téhéran sort de cette séquence en position de force relative. La République islamique n’a pas seulement survécu, elle a imposé ses lignes rouges, en particulier sur le contrôle stratégique du détroit d’Ormuz. Ce n’est pas rien : c’est la consécration d’une puissance régionale que quarante ans de pression n’ont pas réussi à briser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Derrière l’Iran se profile la vraie grande gagnante de ce tournant : la Chine. Sans tirer un seul coup de feu, Pékin récolte les dividendes d’une stratégie patiente construite sur deux décennies d’investissements en infrastructures, d’échanges énergétiques et de médiations discrètes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce conflit l’illustre avec netteté : nous sommes entrés dans un monde où l’Occident ne dicte plus ses conditions, et où Pékin avance, méthodiquement, sans fracas, vers le centre de l’échiquier mondial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les États-Unis obtiennent une stabilisation régionale et la sécurisation des flux énergétiques. Mais il faut le dire clairement : Washington ne négocie plus en maître, il négocie en partenaire contraint. L’ère de l’hyperpuissance américaine, cette parenthèse d’après-guerre froide où l’Amérique imposait l’ordre du monde, est bel et bien refermée. Ce rétrécissement de l’influence américaine n’est pas une parenthèse : c’est une tendance de fond. &nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’état sioniste et les limites de la supériorité militaire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’État sioniste présente un bilan en trompe-l’œil. Il dispose d’une supériorité militaire incontestable, mais les conflits successifs ont démontré une vérité que la force ne peut effacer : il n’existe pas de victoire militaire durable sans solution politique. Chaque opération remporte des batailles et perd la guerre de l’histoire. La domination par les armes ne produit pas la sécurité, elle fabrique des générations de résistance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, comme souvent dans l’histoire, les véritables perdants ne siègent pas dans les salles de négociation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le peuple palestinien est, une fois encore, le grand absent de cette paix, et sa principale victime. Depuis des décennies, il paye en sang et en exil le prix des équilibres géopolitiques que d’autres ont décidés en son nom.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque accord régional, chaque cessez-le-feu négocié entre grandes puissances, repousse un peu plus la seule question qui ne disparaîtra pas : celle des droits nationaux et de la dignité d’un peuple privé d’État. Gaza, la Cisjordanie, les camps de réfugiés du Liban et de Jordanie, ces réalités-là ne s’effacent pas d’un traité. Elles attendent. &nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un peuple libanais meurtri</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le peuple libanais, lui aussi, sort du cycle de violences profondément meurtri. Le Liban est devenu, depuis trop longtemps, le terrain d’affrontement des ambitions des autres. Que l’on voie dans l’Iran un protecteur ou une tutelle étouffante, le constat demeure : le Liban ne maîtrise plus son propre destin. Il subit des guerres qu’il n’a pas choisies, sur un territoire que d’autres ont transformé en champ de bataille par procuration. C’est là l’une des grandes injustices de cet ordre régional : les petits pays absorbent les conflits des grands.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’histoire du Moyen-Orient enseigne une leçon que nul ne devrait oublier : les grands arrangements entre puissances se concluent invariablement sur les ruines des peuples. Des Accords Sykes-Picot aux guerres contemporaines, les frontières et les équilibres ont été redessinés depuis les capitales lointaines avant d’être vécus dans la chair des sociétés locales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si cet accord se confirme, ce qui semble être le cas, il ne signifiera pas seulement la fin d’une guerre. Il marquera l’entrée officielle dans un nouvel âge géopolitique : monde multipolaire, puissances en recomposition, Occident contraint à la négociation. Mais pour les peuples du Proche-Orient, palestinien, libanais, irakien, syrien, yéménite, ce changement d’ère ne changera rien tant que les grandes puissances continueront de traiter leur sort comme une variable d’ajustement. La véritable question n’est pas de savoir qui gouvernera l’ordre mondial de demain. Elle est de savoir si cet ordre nouveau aura enfin le courage de faire de la dignité des peuples autre chose qu’une clause oubliée dans un accord de chancellerie. &nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Historien.</em></p>
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