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	<title>Archives des Ahmed Zitouni - Kapitalis</title>
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	<title>Archives des Ahmed Zitouni - Kapitalis</title>
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		<title>‘‘Je suis un écrivain !’’ &#124; Ahmed Zitouni, le rire du pendu</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 16 Oct 2026 06:35:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Par-delà l’exil, la folie, la mort et l’humour, Ahmed Zitouni laisse une œuvre singulière qu'un livre posthume éclaire d'une lumière crue. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/10/16/je-suis-un-ecrivain-ahmed-zitouni-le-rire-du-pendu/">‘‘Je suis un écrivain !’’ | Ahmed Zitouni, le rire du pendu</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Par-delà l’exil, la folie, la mort et l’humour, Ahmed Zitouni laisse une œuvre singulière que ce volume posthume, ‘‘Je suis un écrivain !’’, édité en 2026 par AssoAZ, l’<a href="https://ahmedzitouni.fr/lassociation/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Association Ahmed Zitouni</a>, fondée par Françoise Zitouni, l’épouse de l’auteur, et ses proches, à la suite du décès de ce dernier en juin 2024, à l&rsquo;âge de 74 ans, rassemble, sous une forme hybride : archives, entretiens, textes autobiographiques, synopsis de ses livres publiés et révélation de plusieurs ouvrages inédits. Un ensemble qui ressemble autant à une rétrospective qu’à une dernière prise de parole.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Djamal Guettala</strong></p>



<span id="more-19800440"></span>



<p class="wp-block-paragraph">Comment classer ce livre ? La question n’est pas secondaire. Le livre refuse d’emblée les catégories habituelles. Ce n’est pas un roman, ni une biographie classique. C’est un testament littéraire. Après <em>«Approches»</em>, qui occupent une large première partie et prennent parfois la forme d’un manifeste d’écrivain, viennent les archives : lettres, hommages et documents consacrés notamment à Mohammed Dib et Malek Alloula. Six entretiens réalisés entre 1983 et 2019 permettent ensuite de suivre les différentes étapes du parcours de Zitouni. Le dernier, intitulé <em>«Donné pour mort, voilà l’aiguillon à l’origine de ma résurrection en Algérie »</em>, revient sur cette relation particulière entre disparition littéraire en France et retour dans le pays d’origine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le lecteur découvre ensuite les synopsis de ses ouvrages publiés, quatre textes présentés comme inédits ou posthumes et, dans les dernières pages, un appel à la création d’une association destinée à accompagner la mémoire et la diffusion de son œuvre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le livre ressemble ainsi à un écrivain qui aurait voulu laisser derrière lui non seulement ses textes, mais aussi les éléments nécessaires pour les relire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le rire comme arme littéraire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui frappe dans le parcours de Zitouni, c’est d’abord son rapport à l’humour. Les archives critiques réunies dans le volume montrent que cette dimension avait été très tôt repérée. Jérôme Garcin évoque dans <em>L’Événement du Jeudi</em> un <em>«féroce éclat de rire»</em>. D’autres critiques insistent sur la caricature, la rage ou la violence comique de cette écriture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chez Zitouni, le rire n’est pourtant jamais décoratif. Il devient une manière de déplacer le regard sur l’exil, le racisme, la marginalité et la mort. L’écrivain refuse notamment de s’enfermer dans le rôle du représentant d’une <em>«littérature immigrée»</em> chargée de raconter la souffrance de l’étranger. La critique des <em>Temps modernes</em> citée dans le volume souligne déjà cette volonté de sortir du registre attendu de <em>«l’immigratitude»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Zitouni transforme alors les situations les plus sombres en matière littéraire. Ses personnages peuvent être fous, morts, pendus, marginalisés. Dans <em>‘‘La Veuve et le Pendu</em>’’, un écrivain se pend et sa veuve, au lieu de le décrocher, fouille ses papiers. Dans <em>‘‘Au début était le mort’’</em>, un mort devient une star parce qu’il a tué son chien. Mais ces personnages parlent. Ils pensent. Ils se moquent du monde et souvent d’eux-mêmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette position explique la place particulière de la mort dans son œuvre. Le mort n’est pas toujours celui qui se tait. Chez Zitouni, il peut devenir celui qui raconte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La singularité de Zitouni passe aussi par son travail sur les mots. <em>«Bicot»</em>, <em>«bicophobe»</em>, <em>«mortocratie»</em> : son vocabulaire ne cherche pas la neutralité. Il récupère les mots qui enferment pour les retourner. Dans <em>‘‘La Raison du plus fou’’</em>, le terme <em>«bicophobe»</em> pousse jusqu’à l’absurde la logique du racisme intériorisé : celui qui est désigné comme <em>«bicot»</em> devient celui qui finit par redouter ou rejeter les autres <em>«bicots»</em>. Le mot ne cherche pas seulement à provoquer. Il met en scène une violence qui finit par être retournée contre celui qui la subit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La <em>«mortocratie»</em>, autre néologisme associé à <em>‘‘Au début était le mort’’</em>, prolonge cette entreprise. La mort devient alors un système, presque une administration, tandis que les médias peuvent transformer le cadavre en objet de récit et de consommation. Quant à <em>«immigratitude»</em>, terme repris par la critique, il résume à lui seul le rapport conflictuel de Zitouni aux catégories identitaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’écrivain ne refuse pas l’histoire de l’immigration ; il refuse qu’elle devienne une prison littéraire. Sa langue avance ainsi par collision : tragique et burlesque, Algérie et France, mémoire intime et histoire collective.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="PDmWgnR81b"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/29/avez-vous-lu-ahmed-zitouni/">Avez-vous lu Ahmed Zitouni ?</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Avez-vous lu Ahmed Zitouni ? » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/29/avez-vous-lu-ahmed-zitouni/embed/#?secret=6k6jsvDNUR#?secret=PDmWgnR81b" data-secret="PDmWgnR81b" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">De la folie à la mémoire algérienne</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Trois œuvres permettent particulièrement de mesurer cette diversité. Avec <em>‘‘La Veuve et le Pendu’’</em>, Zitouni place le suicide et la littérature au cœur d’un dispositif où la mort n’empêche pas le récit. Le projet, réécrit au fil des années, témoigne d’un rapport physique à l’écriture que l’auteur évoque lui-même dans les documents réunis ici.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>‘‘La Raison du plus fou’’</em> déplace la question vers la folie et le politique. Des internés d’un établissement psychiatrique imaginent une organisation révolutionnaire. L’asile devient un poste d’observation de la société et de ses exclusions. La folie n’est plus seulement une maladie : elle permet de regarder autrement ceux qui se prétendent raisonnables.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec <em>‘‘Houria, le livre de la mémoire et de l’oubli’’</em>, l’écrivain revient vers l’Algérie et vers une mémoire intime liée à la rupture de 1962. Un amour d’enfance perdu à Oran devient le point de départ d’une recherche qui traverse plusieurs décennies. Le passé individuel rejoint ici une histoire collective dont les blessures ne sont pas refermées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces trois livres dessinent une même obsession : comment continuer à vivre avec ce qui a disparu ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est peut-être dans <em>‘‘La Lettre à Ada’’</em> que cette question trouve sa réponse la plus dépouillée. Dans ces dernières pages, le personnage public de Zitouni — l’écrivain provocateur, ironique, parfois féroce — s’efface derrière le père. Une promesse faite à sa fille lorsqu’elle avait cinq ans devient le point de départ d’un projet d’écriture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Séparés entre Paris et Aix-en-Provence, confrontés à la maladie et à la perspective de la mort, le père et la fille se retrouvent dans une parole qui doit être transmise. Le <em>‘‘Journal du vieil écrivain’’</em> prend alors une dimension particulière. À la manière de Shéhérazade, raconter permet de retarder la fin. Chaque récit devient une nuit supplémentaire, un délai accordé à la mémoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce passage donne une autre profondeur au reste du volume. La mort, omniprésente dans les romans, cesse d’être seulement un objet de provocation ou de fiction. Elle devient une réalité intime. Derrière le rire du pendu, il y a donc un homme qui veut encore transmettre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un écrivain difficile à enfermer</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Réduire Ahmed Zitouni à la littérature de l’immigration serait passer à côté de l’essentiel. Son œuvre est nourrie par l’exil et par l’expérience algérienne, mais elle les transforme en une matière beaucoup plus vaste : la mort, la folie, la mémoire, l’amour, la maladie, le langage et la solitude.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son personnage littéraire avance sur une ligne de crête. Il peut être grotesque et tragique dans la même scène, victime et provocateur, marginal et observateur du monde. C’est cette tension qui donne à son écriture sa singularité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>‘‘Je suis un écrivain !’’</em> vaut ainsi moins comme simple réhabilitation d’un auteur que comme invitation à relire une œuvre. Les archives, les entretiens, les synopsis et les textes inédits montrent un écrivain soucieux de sa propre trace, mais aussi conscient de la fragilité de cette trace.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le titre prend alors une autre dimension. <em>‘‘Je suis un écrivain !’’</em> n’est pas seulement une affirmation. C’est une revendication adressée à ceux qui l’ont classé, caricaturé, oublié ou réduit à une catégorie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux ans après la disparition d’Ahmed Zitouni, le volume prend aussi la forme d’un hommage. Édité par l’association qui porte son nom, il ne cherche pas seulement à saluer sa mémoire. Il rassemble ce qui peut permettre à son œuvre de continuer à circuler, à être lue et discutée. Les archives, les entretiens et les textes réunis ici constituent autant de passerelles entre l’écrivain disparu et les lecteurs qui ne l’ont pas encore découvert.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au terme du livre, une question demeure : que deviendra cette œuvre après son auteur ? L’appel à accompagner sa mémoire et la diffusion de ses écrits apporte un début de réponse. Il ne suffit pas de constater qu’Ahmed Zitouni a écrit. Il reste désormais à lire, transmettre, rééditer et discuter cette littérature qui a choisi le rire pour affronter la mort et la fiction pour interroger la mémoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ahmed Zitouni aura passé une partie de son œuvre à écrire depuis les marges. Ce volume posthume permet enfin de regarder cette œuvre dans son ensemble. Deux ans après sa mort, l’hommage prend ainsi une forme qui lui ressemble davantage : non pas refermer le livre sur un écrivain disparu, mais le rouvrir. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://ahmedzitouni.fr/biographie-bibliographie/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Biographie et bibliographie de l’auteur.</a></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/10/16/je-suis-un-ecrivain-ahmed-zitouni-le-rire-du-pendu/">‘‘Je suis un écrivain !’’ | Ahmed Zitouni, le rire du pendu</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Avez-vous lu Ahmed Zitouni ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Apr 2026 06:15:46 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Mohammed Dib]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L'œuvre de l'écrivain algérien Ahmed Zitouni, décédé le 5 juin 2024 à Aix-en-Provence, mérite d'être mieux connue. </p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>«[…] Et dans quelle langue, encore une fois ! Non pas belle au sens classique et sage du mot, mais inventive, inattendue, subversive, dans la meilleure acception de ces trois termes. Parce que, quelle justesse de ton ! Un chef-d’œuvre d’humour noir, macabre même, et paradoxalement jubilatoire, réjouissant en même temps. Parce que, quelle mine en fait de bonheurs d’écriture à tout va ! […]», écrivait Mohammed Dib dans une lettre à Ahmed Zitouni, l’auteur de ‘‘La Veuve et le Pendu’’, le 10 novembre 1994.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ghislain Ripault</strong></p>



<span id="more-18706302"></span>



<p class="wp-block-paragraph">Ahmed Zitouni est né en 1949 à Saïda, dans le nord-ouest de l’Algérie. Son enfance s’écoule sur fond de guerre d’Algérie. Après des études à l’École normale et deux ans de service national, il quitte l’Algérie et débarque à Marseille à 24 ans. Il enchaîne les petits boulots et découvre l’exclusion ordinaire, en même temps que l’écriture. Puis il enseigne à l’université.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Auteur d’une dizaine d’ouvrages publiés, il n’a jamais cessé d’écrire bien que la maladie l’ait éloigné du monde éditorial et de la vie littéraire. Il est décédé le 5 juin 2024 à Aix-en-Provence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2008, Ahmed Zitouni publie son huitième roman, <em>‘‘Au début était le mort’’</em> (éd. La Différence), sans imaginer savoir qu’il bouclerait un quart de siècle de prise et déprise éditoriale, alors qu’il apprend, par brusque tangente, qu’un cancer déjà pugnace, ce <em>«coquelicot noir»</em> qu’il évoquera souvent par la suite, a noué tige funeste dans son œsophage, et n’aspire qu’à s’y épanouir.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un «humaniste intranquille»&nbsp;</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dès le premier roman paru en 1983, au titre autant signalétique, <em>‘‘Avec du sang déshonoré d’encre à leurs mains’’</em> (Laffont), un vers de Paul Verlaine, Ahmed Zitouni ouvre l’obstiné chemin d’écriture qu’il va s’efforcer de tracer, en humaniste intranquille : je ne suis probablement pas le seul qui le qualifierait ainsi, sans le cantonner, car il pratique le hors-piste avec une ardente et ferme générosité de réfractaire aux étiquetages de tous les bords de quelle route, serait-elle des mieux aménageable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’en parle en connaissance d’amitié, ancrée dans les années soixante-dix du siècle dernier, quand je commence à recevoir, pour la revue <em>Barbare</em>, des textes aussitôt appréciés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je prendrai un fragment de son liminaire tapuscrit d’emblée clairperçant (1979, n° 31-32), <em>‘‘Journal d’un bicot désabusé’’</em>, dont plus tard il dotera le héros malgré lui d’une épopée tragi-burlesque, auteur d’une <em>‘‘Balade du bicot’’</em> lui valant invitation inouïe au fameux<em> Vendredi soir</em> sur plateau de télévision publique : Attilah Fakir, ou les trois derniers jours d’un <em>«apostrophé»</em>, résolument dévastateurs, surtout pour le personnage en perdition, et cette <em>‘‘Voix qui le houspille’’</em>, telle une cornaque en diableries, égarés tous deux sous les projecteurs, et voués à l’onction commerciale de l’Officiant magique. Une sorte de frileur mental et hallucinogène, accepté pourtant par les (jeunes) éditions Souffles, et auquel <em>L’Événement du jeudi</em> accorde son prix de saison (automne 1987), sans vraiment afficher les filigraneuses raisons du jury de critiques : après tout, voire avant, l’émission de Bernard Pivot tenait le très-haut des tribunes littéraires à valeur ajoutée ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour ne citer que ces œuvres – mais les quatre cousines de narration sont de même verve polémique documentée –, je dirai que de bout en bout Ahmed Zitouni aura tiré ses mailles ultrasensibles d’une pelote d’histoires où priment sans cadeau les destins de trop nombreux <em>«cabossés de la vie»</em> (je le cite), en lecteur assidu des faits divers où sont impliqués des immigrés de tous statuts, en particulier maghrébins, ce qu’il a été en débarquant d’Alger à Marseille (1973), vivant de petits boulots d’exclu ordinaire, expérience immédiate, puissants lests à l’instar des épreuves d’une enfance parfois astreinte à se déjuger, tatouée au vif d’une guerre dite d’Algérie. Puis il a repris des études, s’est installé à Aix-en-Provence, où il a enseigné à l’Institut d’études politiques. Entre ces temps, il a rencontré Françoise, et sont nés une fille, Ada, un fils, Marwan.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un patient à durée déterminée</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant les seize années qui se vicieront à l’amenuiser patient à durée déterminée, donc à l’absenter des zones culturelles créditées, Ahmed a lutté contre un adversaire directement prédateur, puisque <em>«le coquelicot noir»</em>, s’il a feint parfois de remiser ses armes délétères, a fait des émules par procuration, et d’identique acharnement, dans un corps malmené jusqu’au scellement, un jour de juin 2024. Et s’il a pu différer l’issue d’un combat éperdu, avec rémissions, réassauts, médications et protocoles divers, tous éprouvants, il le doit à cette formidable <em>«volonté écrivante»</em>, qu’il aura muée antidote majuscule, transfusion précieuse, inconnue des laboratoires, et, quoique provisoire, effectivement vitale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est à ce coût terrible qu’Ahmed est parvenu 1) à reprendre deux romans jadis publiés, qu’il a fort développés, ainsi qu’une nouvelle devenue odyssée d’une rive à l’autre de la Méditerranée, &nbsp;<em>‘‘Livre de la mémoire et de l’oubli’’</em> titré <em>‘‘Houria’’</em>, 2) à rédiger dans les premières années de la maladie sa <em>‘‘Lettre à Ada’’</em>, récit qui entrelace une chronique à cru en Carcinoland, le journal mélancolique d’un vieil écrivain ombiliqué à son quartier d’enfance, et cette lettre à sa fille longtemps promise et qu’il ne peut plus tarder à lui écrire, confession incluant toutes les autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quatre grands et gros textes inédits qui nous ont conduits, Françoise et moi, à essayer de tenter l’impossible : les faire paraître, et aussi réintéresser aux livres imprimés, tous manquants en France, et libres de droit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il s’est assez vite avéré que nous devions prendre nos responsabilités : créer une association dédiée, et publier par ce biais le recueil de textes que nous avions peu à peu composé, une sorte d’<em>‘‘Ahmed Zitouni par lui-même’’</em>, tel que décrit dans notre préface : <em>«Sept fragments de “La Lettre à Ada” et de “Houria” constituent la première partie, intitulée “Approches”, où principalement l’auteur explore sa conception et sa pratique de l’écriture. “Archives”, la seconde partie, réunit des lettres, présentations, entretiens, les synopsis des œuvres publiées, assortis d’extraits d’articles de presse, et ceux des tapuscrits.»</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Un Arabe de France qui écrit</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi pensons-nous avoir réussi à dessiner le portrait d’un homme (un mari et compagnon, un vieux frère), d’un écrivain qui se sera toujours refusé à entrer dans le prêt-à-classer. Il le rappelait en 2019, répondant aux questions de Nadir Allam pour le journal <em>Reporters</em> (Algérie) : <em>«Un Arabe de France qui écrit, c’est l’incarnation d’une somme de stéréotypes, d’idées reçues, de fantasmes et d’images préconçues à exploiter, le contenu de son livre étant relégué au second plan, en produit d’accompagnement. Affectueusement sommé d’incarner l’Arabe de service faisant allégeance républicaine… le porte-plume de l’immigration souffrante… l’intellectuel engagé… le militant d’une cause… l’assimilé exemplaire… le produit de la méritocratie scolaire… à chaque fois réduit à un rôle de représentation écrit par d’autres […], j’ai refusé les sollicitations de cet humiliant paternalisme et les juteux bénéfices qu’il me faisait miroiter. Un principe d’éthique de droiture, auquel je n’ai jamais dérogé. J’étais… et je reste un homme, un écrivain. Un homme qui écrit, guidé par une conscience aiguë de sa condition. Point.»</em> Rien à ajouter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Peut-être ceci, et qui n’est pas rien : lisez, s’il vous plaît, Ahmed Zitouni.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Association Ahmed Zitouni, : BP 23, 13101, Aix-en-Provence, Cedex01.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Site à consulter : ahmedzitouni.fr</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Également : contact.asso@ahmedzitouni.fr 3.</em></p>
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