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	<title>Archives des Ali Guidara - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Ali Guidara - Kapitalis</title>
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	<item>
		<title>Hypothèse de travail &#124; Et si la Tunisie utilisait l’euro ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Sep 2026 07:45:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>A titre d’hypothèse : un pays aussi étroitement arrimé à l’économie européenne comme la Tunisie a-t-il intérêt à utiliser l’euro ?</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/16/hypothese-de-travail-et-si-la-tunisie-utilisait-leuro/">Hypothèse de travail | Et si la Tunisie utilisait l’euro ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>La Tunisie ne rejoindra pas la zone euro. Elle n’est pas membre de l’Union européenne (UE), elle ne siège ni à la Banque centrale européenne (BCE), ni dans les institutions qui fixent la politique monétaire du continent. Mais une question mérite d’être posée – à titre d’hypothèse : un pays aussi étroitement arrimé à l’économie européenne a-t-il intérêt à utiliser l’euro ?</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ali Guidara</strong> <em>*  </em></p>



<span id="more-19651599"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="341" height="512" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Ali-Guidara-2.png" alt="" class="wp-image-19296482" style="width:200px;height:auto" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Ali-Guidara-2.png 341w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Ali-Guidara-2-200x300.png 200w" sizes="(max-width: 341px) 100vw, 341px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">L’idée peut sembler iconoclaste. Le dinar est un symbole de souveraineté et un instrument de politique économique. Mais toute monnaie doit aussi être jugée à l’aune de son utilité concrète : facilite-t-elle les échanges, sécurise-t-elle l’investissement, protège-t-elle le pouvoir d’achat et permet-elle à l’économie d’absorber les chocs ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour une économie largement tournée vers l’Europe, la question n’est donc pas théorique. Elle est commerciale, industrielle et financière – mais aussi, on le verra, politique. Il ne s’agit pas de plaider ici pour une adoption immédiate de l’euro, mais d’utiliser cette hypothèse comme un révélateur : que dit-elle de la place de la monnaie dans le modèle économique tunisien ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une économie fortement arrimée à l’Europe</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Tunisie exporte massivement vers le marché européen et importe de l’UE une part importante de ses biens d’équipement, de ses intrants et de ses produits intermédiaires. Elle accueille des entreprises européennes et s’insère dans leurs chaînes de valeur, notamment dans les composants électriques, l’automobile, le textile, l’aéronautique et certains services. L’Europe n’est pas seulement son principal client. Elle est aussi un fournisseur, un investisseur et un partenaire de production.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès lors, une frontière monétaire traverse l’économie tunisienne. Les recettes d’exportation sont souvent libellées en euros, tandis que les salaires et une large partie des charges sont payés en dinars. Les machines, les technologies, certains composants et certains financements sont acquis en devises, alors que les entreprises tiennent l’essentiel de leur comptabilité en monnaie nationale. Les investisseurs européens, eux, raisonnent en euros et supportent un risque de change qui pèse sur leurs décisions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon les données de l’Institut national de la statistique (INS) pour 2025, l’UE représentait environ 55% du commerce extérieur tunisien. Près de 70% des exportations tunisiennes étaient destinées au marché européen, contre un peu moins de 44% des importations. Les échanges de biens entre la Tunisie et l’UE ont atteint 26 milliards d’euros en 2025, selon la Commission européenne. Ces chiffres ne suffisent pas à imposer un changement de monnaie, mais ils justifient que le sujet ne soit plus traité comme une simple provocation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le précédent des Balkans</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’objection juridique est claire : un pays non membre de l’UE ne peut pas adhérer à la zone euro. L’adoption officielle de l’euro suppose une intégration à l’Union, le respect de critères de convergence et une participation pleine aux institutions monétaires européennes. Mais utiliser l’euro est une autre chose.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Kosovo et le Monténégro ont adopté l’euro de manière unilatérale, sans appartenir à l’UE ni à la zone euro, et sans disposer d’un accord monétaire leur donnant accès aux instances de décision de la BCE. Bruxelles et Francfort ont toujours regardé cette situation avec réserve. L’UE ne reconnaît pas l’euroïsation unilatérale comme une voie d’accès à la zone euro. Le précédent montre néanmoins une réalité simple : il est possible, pour un État, de choisir l’euro comme moyen de paiement et unité de compte sans participer à sa gouvernance – et donc sans voix au chapitre sur les décisions qui affectent son économie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette situation en évoque une autre, plus familière en Afrique : le franc CFA. La comparaison est nécessaire. Le franc CFA est une union monétaire instituée par traité, héritée de la période coloniale, adossée à une garantie du Trésor français et à une gouvernance partagée. Aucun pays membre ne peut y renoncer seul. L’euroïsation unilatérale ne crée ni union, ni garantie extérieure, ni gouvernance commune : un État qui choisit l’euro pourrait, en théorie, y renoncer seul, au prix d’une désorganisation économique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question tunisienne devient alors plus claire : quels gains pourraient compenser la perte de souveraineté monétaire – et la marge de manœuvre qui l’accompagne ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que l’euro apporterait</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le premier avantage serait la réduction du risque de change avec le principal partenaire économique du pays. Aujourd’hui, une entreprise tunisienne qui exporte en euros, mais importe aussi des équipements, de l’énergie, des composants ou des services en devises, reste exposée aux mouvements du dinar. Une dépréciation de la monnaie nationale peut améliorer, en apparence, la valeur en dinars des recettes d’exportation. Mais elle renchérit simultanément les importations indispensables à la production. L’effet n&rsquo;est donc ni uniforme ni mécaniquement favorable à l’économie tunisienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les entreprises les plus intégrées aux chaînes de valeur européennes pourraient gagner en visibilité sur leurs coûts, leurs marges et leurs contrats. Les investisseurs européens seraient moins exposés à l’incertitude monétaire. Les entreprises tunisiennes qui achètent des machines ou mobilisent des financements européens disposeraient d’un cadre plus prévisible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le tourisme pourrait aussi y trouver un intérêt : une monnaie directement familière à une clientèle de la zone euro supprimerait le risque de change pour le touriste, rendrait les prix plus immédiatement comparables et simplifierait la comptabilité des opérateurs touristiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des indépendants travaillant avec des firmes internationales et des salariés de groupes étrangers qui perçoivent des revenus en euros, ou encore les familles qui vivent en partie des transferts de la diaspora gagneraient en prévisibilité : ces transferts, envoyés depuis l’Europe notamment, représentaient 6,5% du PIB tunisien à fin 2024 selon la BCT.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’adoption de l’euro par la Tunisie ne crée pas, à elle seule, de richesse. Mais elle peut réduire les coûts de transaction, améliorer la lisibilité des prix et limiter une part de l’incertitude qui freine l’investissement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le coût du dinar</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le revers est majeur : la Tunisie perdrait son instrument monétaire. Avec le dinar, la Banque centrale de Tunisie (BCT) peut agir, dans certaines limites, sur les taux d’intérêt, la liquidité et le taux de change. Une dépréciation peut contribuer à restaurer temporairement la compétitivité-prix des exportations ou à amortir un choc extérieur. Elle a toutefois un coût : elle renchérit les importations, nourrit l’inflation et pèse sur le service de la dette libellée en devises.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’euro supprimerait cette possibilité. En cas de choc proprement tunisien – crise du tourisme, hausse du coût énergétique ou ralentissement de l’activité – le pays ne pourrait plus ajuster son taux de change. Il lui faudrait absorber le choc autrement : par une modération des salaires ; par une réduction des dépenses publiques, plus difficiles à financer faute de la soupape du taux de change ; ou par une émigration accrue, qui allège la pression sur le marché du travail et ramène des devises via les transferts des expatriés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est l’un des enseignements essentiels de toute union monétaire : lorsque le taux de change disparaît, l’économie doit être suffisamment flexible, productive et solide pour s’ajuster autrement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’expérience de la zone euro elle-même le rappelle : la BCE fixe une politique unique, calibrée sur le cycle des grandes économies qui pèsent le plus dans ses décisions. Un pays dont la conjoncture évolue à contretemps de ce cycle, sans possibilité d’ajuster ses taux, doit encaisser le choc autrement – c’est ce qu’ont appris à leurs dépens plusieurs économies périphériques lors de la crise de la dette souveraine des années 2010. Une Tunisie euroïsée n’aurait aucune voix pour infléchir cette politique dans un sens plus favorable à sa propre conjoncture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Du point de vue de la théorie des zones monétaires optimales, la question centrale est celle de la symétrie des chocs et de la flexibilité interne : dans quelle mesure les cycles tunisien et européen sont-ils alignés, et à quel prix l’économie tunisienne peut-elle s’ajuster sans levier de change ? L’hypothèse de l’euro oblige à poser cette question frontalement, même si la réponse, aujourd’hui, penche clairement en faveur du maintien d’une marge de manœuvre monétaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Coexistence des monnaies</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Entre le dinar intégralement souverain et l’euro pleinement adopté, il existe une voie intermédiaire : la cohabitation prolongée des deux monnaies.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette solution serait sans doute la plus réaliste à court terme. La Tunisie pourrait élargir l’usage de l’euro dans les secteurs déjà exposés aux devises, sans abolir le dinar. Cette cohabitation n’a rien d’abstrait : une partie des mécanismes bancaires liés aux devises existe déjà, notamment pour les entreprises ayant des revenus d’exportation et pour certains comptes en devises. La loi de finances 2026 a d’ailleurs introduit, pour les particuliers, un compte en devises sans autorisation préalable de la BCT – mais le dispositif reste étroit et soumis à des restrictions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une forme de coexistence existe à travers les comptes professionnels en devises et les mécanismes destinés aux entreprises exportatrices. Mais elle reste fortement encadrée par la réglementation des changes et ne constitue pas une véritable liberté de circulation entre le dinar et l’euro.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’enjeu ne serait donc pas d’inventer de toutes pièces un usage de l’euro, mais de construire, pour les entreprises comme pour les particuliers, des circuits plus fluides, plus lisibles et plus larges. Cette transition permettrait de tester les avantages et les inconvénients avant un basculement plus radical. Mais elle comporterait aussi un risque : si les agents économiques perdent confiance dans le dinar, l’euro peut progressivement s’imposer par les faits, dans l’épargne, les contrats et les transactions. L’euroïsation partielle peut alors devenir une euroïsation de fait.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le vrai débat</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Adopter l’euro ne constituerait ni une panacée ni une abdication automatique. Ce serait un arbitrage entre deux choix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le premier est monétaire : conserver le dinar, maintenir la capacité de fixer ses propres taux et d’ajuster le taux de change en cas de crise. Le second est économique : réduire l’incertitude avec le principal partenaire commercial du pays et faciliter les décisions d’investissement, pour autant que la réglementation soit claire et la stabilité durable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il existe un troisième terme, moins souvent formulé : le terme politique. Une économie davantage arrimée à l’euro devient plus dépendante de décisions prises à Francfort et à Bruxelles sans y avoir voix – une asymétrie déjà visible au Kosovo et au Monténégro. Cette dépendance pourrait peser, plus largement, sur le rapport de force dans les négociations commerciales ou budgétaires avec l’UE, qui n’aurait de son côté aucune obligation nouvelle envers Tunis. Ce n’est pas un argument contre l’euro : le dinar n’offre lui non plus aucune garantie d’indépendance réelle face à un partenaire qui pèse 55% du commerce extérieur du pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le dinar offre une capacité d’adaptation, mais au prix d’une vulnérabilité aux tensions de change et à l’inflation importée. L’euro promet davantage de stabilité, mais impose une discipline bien plus exigeante : compétitivité par la productivité plutôt que par la dévaluation, finances publiques soutenables, système bancaire robuste, montée en gamme industrielle et amélioration du climat des affaires, notamment l’écart entre le cadre réglementaire et son application concrète pour les entreprises. Les indicateurs récents de la Banque mondiale montrent que la Tunisie conserve un écart important entre la qualité du cadre réglementaire et son application opérationnelle, ce qui constitue un frein à l’investissement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est peut-être là que réside l’intérêt principal de cette hypothèse. Non pas dans l’annonce prématurée de la disparition du dinar, mais dans la question qu’elle oblige à poser : la Tunisie peut-elle bâtir un modèle de croissance moins dépendant de l’ajustement monétaire et davantage fondé sur l’investissement, la productivité et la confiance ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’euro ne résoudrait pas les fragilités structurelles de l’économie tunisienne. Mais le débat sur son adoption aiderait à clarifier ce que le pays attend réellement de sa monnaie – et ce qu’il est prêt à transformer pour gagner en stabilité et en prospérité. En ce sens, parler de l’adoption de l’euro, c’est surtout tendre un miroir au modèle économique tunisien.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Docteur en politiques publiques.</em></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="8ydQxO3Hev"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/07/15/euro-bonds-la-douloureuse-facture-que-payent-les-tunisiens/">Euro Bonds | La douloureuse facture que payent les Tunisiens</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Euro Bonds | La douloureuse facture que payent les Tunisiens » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/07/15/euro-bonds-la-douloureuse-facture-que-payent-les-tunisiens/embed/#?secret=4UhXTjQlQF#?secret=8ydQxO3Hev" data-secret="8ydQxO3Hev" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/16/hypothese-de-travail-et-si-la-tunisie-utilisait-leuro/">Hypothèse de travail | Et si la Tunisie utilisait l’euro ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Tunisie &#124; Les erreurs d&#8217;hier, l’impuissance d’aujourd’hui</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/01/tunisie-les-erreurs-dhier-limpuissance-daujourdhui/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Sep 2026 07:55:22 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Zine El Abudine Ben Ali]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Tunisie fait face aujourd'hui aux difficultés économiques, à la dégradation des services publics, à la fatigue démocratique et au sentiment d’impuissance. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/01/tunisie-les-erreurs-dhier-limpuissance-daujourdhui/">Tunisie | Les erreurs d&rsquo;hier, l’impuissance d’aujourd’hui</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>La crise tunisienne nourrit une tentation familière : regarder le passé comme un âge de stabilité, d’ordre et de prospérité relative. Face aux difficultés économiques, à la dégradation des services publics, à la fatigue démocratique et au sentiment d’impuissance qui traverse le pays, les années Bourguiba et Ben Ali peuvent apparaître, rétrospectivement, comme des périodes plus lisibles et plus protectrices.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ali Guidara *</strong></p>



<span id="more-19548125"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img decoding="async" width="341" height="512" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Ali-Guidara-2.png" alt="" class="wp-image-19296482" style="width:200px;height:auto" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Ali-Guidara-2.png 341w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Ali-Guidara-2-200x300.png 200w" sizes="(max-width: 341px) 100vw, 341px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Cette nostalgie confond pourtant souvent l’absence de bruit avec l’absence de blocage. La Tunisie d’aujourd&rsquo;hui n’est pas née du seul désordre de la transition démocratique. Elle est aussi l’héritière de fragilités politiques, sociales et économiques constituées bien avant 2011.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reconnaître les réalisations des pouvoirs passés ne signifie donc pas les absoudre. Cela suppose de tenir ensemble les acquis réels et les failles profondes qu’ils ont laissés derrière eux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’État construit par le sommet</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Sous Habib Bourguiba, la Tunisie indépendante a consolidé un État moderne, une administration structurée et un système éducatif ambitieux. Les progrès accomplis en matière de santé, de scolarisation et de droits des femmes, notamment avec l’adoption du Code du statut personnel, demeurent des repères majeurs de l’histoire nationale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette période a également consolidé l’idée d’une citoyenneté tunisienne et fourni au pays des instruments de modernisation dont il bénéficie encore. Mais la centralisation du pouvoir, le refus du pluralisme et la prééminence du parti-État ont limité l’émergence d&rsquo;une vie politique autonome.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Surtout, les bénéfices de cette modernisation n’ont pas été distribués de manière équitable. Une partie importante de la population est demeurée exclue des circuits de décision, de l’accès aux opportunités économiques et de la redistribution des richesses. La concentration progressive des ressources entre les mains d’une bourgeoisie urbaine et de groupes proches du pouvoir a nourri un sentiment durable de relégation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les catégories populaires, les régions de l’intérieur et les groupes éloignés des réseaux administratifs ou politiques, cette exclusion a fini par anéantir l’espoir d’un changement accessible par les voies ordinaires. Lorsque les institutions ne permettent pas l’expression de la contestation, l’immobilité politique cesse d’apparaître comme une stabilité : elle devient une forme d’enfermement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le modèle de développement a, lui aussi, produit des déséquilibres durables. Il a favorisé le littoral, Tunis et les zones intégrées au tourisme ou à l’industrie, tandis que de nombreuses régions de l’intérieur demeuraient à l’écart des investissements, des infrastructures et des opportunités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’État s’est renforcé sans que cette puissance s’accompagne d’un contrôle citoyen véritable, d’un équilibre territorial durable ou d’un renouvellement suffisant des élites capables de démocratiser le pays et le rendre équitable. Une partie des fragilités actuelles se trouve dans cette contradiction : un appareil étatique relativement fort, mais une société longtemps privée des moyens de participer à la définition et au contrôle de l&rsquo;action publique.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="biDrP4EYv7"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/08/18/la-tunisie-et-le-spectre-du-sous-developpement/">La Tunisie et le spectre du sous-développement</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« La Tunisie et le spectre du sous-développement » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/08/18/la-tunisie-et-le-spectre-du-sous-developpement/embed/#?secret=WaZaJyM1Sy#?secret=biDrP4EYv7" data-secret="biDrP4EYv7" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">La stabilité comme façade</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le régime de Zine El-Abidine Ben Ali a prolongé cette architecture tout en la durcissant. Il a entretenu l’image d’un pays stable, ouvert aux investissements et tourné vers la croissance. Une partie de la population a effectivement connu une amélioration de ses conditions matérielles, particulièrement dans les grands centres urbains et les secteurs liés au tourisme, aux services ou à l’exportation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais cette stabilité reposait sur des fondations fragiles. L’économie demeurait dépendante de secteurs exposés et insuffisamment créateurs de valeur et d’emplois. L’accès aux marchés, aux autorisations, au crédit et aux opportunités économiques était souvent conditionné par la proximité avec le pouvoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette confiscation des opportunités a progressivement atteint des proportions inédites. Une étude de la Banque mondiale a montré que 220 entreprises liées au clan présidentiel, qui représentaient moins de 1 % de l’emploi salarié, captaient à elles seules 21 % des profits du secteur privé tunisien entre 1996 et 2010 – une emprise économique qui s’étendait aux secteurs les plus stratégiques du pays. Cette concentration des richesses réduisait considérablement l’accès des entrepreneurs et des citoyens aux ressources et aux opportunités économiques. Le népotisme, le clientélisme et la corruption ne relevaient donc pas de pratiques marginales : ils participaient au fonctionnement même du système.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La répression empêchait, quant à elle, les frustrations sociales, professionnelles et territoriales de trouver une expression politique organisée. Le soulèvement de 2010-2011 n’a donc pas surgi d’un vide. Il a rendu visibles des tensions accumulées pendant des décennies.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La promesse inachevée de 2011</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La révolution a ouvert un espace politique inédit. Elle a rendu possibles le pluralisme, la liberté de parole, les élections compétitives et l’émergence d’une société civile plus active. Mais elle n’a pas effacé l’héritage administratif, économique et social du passé. Les gouvernements successifs ont dû composer avec un État fragilisé, des disparités régionales profondes, une économie traversée par les rentes et les privilèges, ainsi qu’une administration peu préparée à une transformation politique de cette ampleur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’après-2011 a produit ses propres impasses. L’incompétence de plusieurs responsables, la persistance de pratiques clientélistes, l’incapacité à contenir la corruption et les calculs partisans ont largement affaibli la confiance publique. Trop souvent, l’action gouvernementale a été soumise aux coalitions précaires, aux rivalités d’appareil et aux intérêts de court terme. Les ambitions individuelles et les manœuvres partisanes ont pris le pas sur la construction de compromis durables et sur la préparation de réformes indispensables.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La démocratie a permis à des problèmes longtemps étouffés de s(exprimer. Elle n’a pas toujours permis de les traiter avec la cohérence, la continuité et la compétence nécessaires.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’autoritarisme n’est pas une solution</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il serait pourtant trompeur de présenter ces défaillances comme la démonstration que l’autoritarisme constituerait une réponse plus efficace. Les régimes autoritaires peuvent imposer le silence, accélérer parfois certaines décisions et donner une impression d’ordre. Mais ils empêchent aussi la correction des erreurs, favorisent les réseaux de loyauté au détriment du mérite et concentrent les responsabilités jusqu’à rendre les institutions dépendantes d’un cercle étroit et souvent corrompu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une stabilité qui ne repose ni sur l’équité territoriale, ni sur des institutions solides, ni sur le respect des droits et libertés, ni sur une économie ouverte aux compétences et aux investisseurs demeure une stabilité précaire. Elle peut durer tant que la répression contient les tensions ; elle ne les résout pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La nostalgie de l’ordre oublie souvent le prix de cet ordre : l’absence de transparence, l’étouffement du pluralisme, la confiscation des libertés et des opportunités, et l’impossibilité de demander des comptes à ceux qui gouvernent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le pouvoir sans projet</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La situation actuelle confirme la nécessité de dépasser les oppositions simplistes entre le passé autoritaire et les désillusions de la transition. Le pouvoir en place semble répondre aux transformations du monde contemporain avec des réflexes hérités d’une autre époque : concentration du pouvoir, verticalité de la décision, méfiance envers les contre-pouvoirs, suspicion à l’égard de l’expertise et conception défensive de l’État-citadelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Tunisie doit pourtant affronter des mutations technologiques, climatiques, financières et géopolitiques rapides. Elle doit retenir ses compétences, attirer des investissements, créer des emplois qualifiés, moderniser ses services publics et restaurer la confiance dans les institutions. Gouverner ne peut plus consister à reconduire des logiques dépassées ni à présenter l’État comme un instrument fermé, centralisé et entièrement soumis à la volonté d’un seul pouvoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Tunisie ne se relèvera ni par la nostalgie ni par la répétition des recettes qui l’ont conduite à l’impasse. Elle ne pourra pas davantage sortir de la crise sous un pouvoir qui reconduit, en les aggravant, certains défauts des régimes antérieurs. À cette dérive s’ajoute une faiblesse plus préoccupante encore : l’absence d’un projet lisible pour répondre aux urgences concrètes du pays et aux transformations du monde.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="dLEmrsY1kd"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/07/23/tunisie-le-double-abandon-de-la-democratie/">Tunisie | Le double abandon de la démocratie</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie | Le double abandon de la démocratie » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/07/23/tunisie-le-double-abandon-de-la-democratie/embed/#?secret=7At5QBZ4sz#?secret=dLEmrsY1kd" data-secret="dLEmrsY1kd" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Une présidence à rééquilibrer</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Constitution de 2022 – élaborée sans véritable consultation – a renforcé les prérogatives du président de la République et réduit les mécanismes de partage et de contrôle qui limitaient auparavant la concentration du pouvoir. Cette architecture institutionnelle pose une question centrale : comment préserver la responsabilité démocratique lorsque l’essentiel de l’orientation politique, de la nomination du gouvernement et de l’arbitrage institutionnel dépend d’un seul centre de décision, dans un système où les contre-pouvoirs sont fortement affaiblis et où la souveraineté populaire est réduite à un principe proclamé plutôt qu’à une réalité institutionnelle ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le problème ne réside pas seulement dans la personne qui occupe la fonction présidentielle ; il est aussi, et peut-être surtout, institutionnel. Un système qui personnalise à l&rsquo;excès le pouvoir nourrit l’illusion de l’homme providentiel et affaiblit les corps intermédiaires – partis, syndicats, associations, médias, justice, collectivités locales – qui devraient structurer la vie politique et contrôler l’exécutif.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question du mode de désignation du chef de l’État mérite donc d’être posée. Une démocratie parlementaire renforcée pourrait envisager une désignation encadrée du président et des prérogatives clairement délimitées, afin de rompre avec une tradition présidentielle autocratique qui se reproduit de manière récurrente, à la satisfaction de certains acteurs. Car il est sans doute plus confortable d’avoir un interlocuteur unique, qu’il est possible de mettre sous pression, que d’avoir affaire à un ensemble d’institutions autonomes qui se partagent le pouvoir et se contrôlent mutuellement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une telle réforme devrait toutefois tirer les leçons de la fragmentation parlementaire de la décennie 2011-2021 : la simple désignation du chef de l’État ne suffira pas sans un mode de scrutin propice à des majorités stables et sans une réelle discipline de coalition.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, cette réforme ne prendrait tout son sens que dans le cadre d’un ensemble plus large : une justice indépendante, un Parlement doté de véritables pouvoirs de législation et de contrôle, une administration professionnelle et impartiale, des collectivités locales autonomes et des mécanismes de contrôle accessibles aux citoyens.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ne pas confondre mémoire et réhabilitation</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Critiquer les échecs de la transition démocratique, comme les impasses du présent, est indispensable. Mais cette critique ne doit pas devenir une réhabilitation du passé autoritaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les acquis de l’histoire tunisienne – l’État, l’école, la protection sociale et l’émancipation juridique des femmes – méritent d’être préservés et approfondis. En revanche, l’opacité, le centralisme, les privilèges, la dépendance économique, l’exclusion sociale et l’étouffement du pluralisme doivent être identifiés pour ce qu’ils sont : non pas des garanties d’ordre, mais une part des causes de la crise actuelle et de l’affaiblissement de la conscience et de la participation citoyennes dans la vie politique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Tunisie aura besoin d’un État plus compétent, mais aussi plus ouvert ; plus exigeant, mais plus juste ; plus stratégique, mais moins captif des intérêts particuliers. Surtout, elle devra rendre à la compétence, à l’intégrité et à l’action publique leur place centrale. C’est à cette condition seulement qu’elle pourra sortir du face-à-face stérile entre la nostalgie d’un passé idéalisé et l’impuissance d’un présent sans cap.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em> Docteur en politiques publiques</em>.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="XhM7Ho79ob"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/07/25/tunisie-le-piege-du-presidentialisme/">Tunisie | Le piège du présidentialisme</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie | Le piège du présidentialisme » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/07/25/tunisie-le-piege-du-presidentialisme/embed/#?secret=aqAgq24lbO#?secret=XhM7Ho79ob" data-secret="XhM7Ho79ob" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<item>
		<title>Tunisie &#124; La fraternité n’est pas une politique étrangère</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Aug 2026 08:40:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Ali Guidara]]></category>
		<category><![CDATA[autocratie]]></category>
		<category><![CDATA[démocratie]]></category>
		<category><![CDATA[diplomatie]]></category>
		<category><![CDATA[Kaïs Saïed]]></category>
		<category><![CDATA[relations internationales]]></category>
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					<description><![CDATA[<p> La Tunisie doit refonder sa politique étrangère sur la réciprocité, la souveraineté et les bénéfices concrets pour ses citoyens.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>«Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m&rsquo;en charge&nbsp;!». Cet adage bien connu revêt tout son sens dans les relations internationales où l’ «amitié» et la «fraternité» cachent souvent, selon le rapport de force sous-jacent, une volonté de domination d’un côté et une résignation dans la soumission de l’autre. Dans le «monde arabe», comme partout ailleurs, les solidarités proclamées ne remplacent pas les intérêts. La Tunisie doit refonder sa politique étrangère sur la réciprocité, la souveraineté et les bénéfices concrets pour ses citoyens.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ali Guidara</strong> <em>*</em></p>



<span id="more-19496448"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="341" height="512" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Ali-Guidara-2.png" alt="" class="wp-image-19296482" style="width:200px;height:auto" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Ali-Guidara-2.png 341w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Ali-Guidara-2-200x300.png 200w" sizes="auto, (max-width: 341px) 100vw, 341px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">La Tunisie gagnerait à se libérer d’un réflexe tenace : celui qui consiste à mythifier des relations dites <em>«fraternelles»</em> ou <em>«amicales»</em>, indépendamment de leur bilan concret pour le pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La fraternité entre États n’est pas une catégorie stratégique. Elle ne garantit ni emplois, ni investissements durables, ni débouchés commerciaux, ni souveraineté. Elle sert trop souvent de décor rhétorique à des rapports de force bien réels et des soumissions inavouées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut le dire sans détour : derrière le vocabulaire de la fraternité arabe ou islamique, de la communauté de destin ou de l’identité partagée, certains pouvoirs de la région ont entretenu avec la Tunisie une relation ambiguë, parfois hostile. Ingérences politiques, pressions idéologiques, campagnes de dénigrement, tentatives d’influence financière ou médiatique : le pays a régulièrement été traité non comme un partenaire souverain, mais comme une anomalie qu’il fallait ramener dans le rang.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette hostilité s’est particulièrement manifestée chaque fois que la Tunisie a tenté d’avancer sur le terrain des libertés publiques, de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la pluralité politique ou de la réforme sociale. À chaque progrès, les mêmes procès en <em>«atteinte à l’identité arabo-musulmane»</em> resurgissent. Mais de quelle identité parle-t-on exactement ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne s’agit pas de nier l’histoire, la langue, la culture et les références religieuses de la Tunisie. Elles font partie du pays. En revanche, il faut refuser que cette identité soit réduite à un programme politique autoritaire : une société où la femme serait éternellement mineure, où la religion servirait à légitimer l’hypocrisie sociale et le contrôle politique, où toute autonomie intellectuelle serait assimilée à une trahison. La Tunisie n’a pas à choisir entre son héritage et sa liberté. Elle n’a surtout pas à accepter que d’autres régimes définissent à sa place ce qu’elle entend devenir.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La Tunisie rangée dans le carcan du bloc autocratique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce même jeu de <em>«fraternité de façade»</em> s’est révélé avec une rare netteté lors du coup de force constitutionnel de Kaïs Saïed, le 25 juillet 2021, qui a suscité une grande satisfaction chez certains dirigeants arabes, clairement favorables à ce retour à l’autoritarisme. Des médias proches de ces régimes en ont fait le récit d’une victoire contre les Frères musulmans, alors qu’il s’agit bel et bien d’une confiscation du pouvoir et d’un verrouillage de l’appareil de l’État.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette prise de position doit être retenue pour ce qu’elle est : non une preuve d’amitié ou de fraternité, mais l’expression d’une préférence pour une Tunisie étouffée, gouvernée sans institutions indépendantes et rangée dans le carcan d’un bloc autocratique – la preuve, s’il en fallait une, que penser les relations internationales en termes d’amitié et de fraternité relève, au mieux, d’une naïveté politique ; au pire, d’une dangereuse illusion.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis cette rupture, la légitimité du pouvoir en Tunisie demeure profondément contestée. Les consultations électorales organisées dans un contexte de verrouillage politique, d’exclusion ou d’emprisonnement d’adversaires, de restrictions contre les candidats potentiels et d’abstention massive ne peuvent conférer une légitimité au pouvoir actuel. Un scrutin ne tire pas sa validité de sa seule tenue administrative ; il suppose la liberté de concourir, d’informer, de critiquer et de choisir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette réalité engage la responsabilité des futurs gouvernements tunisiens, une fois démocratiquement élus. Ils devront examiner l’ensemble des accords, engagements et arrangements conclus sous l’autorité issue du 25 juillet 2021. Il ne s’agit pas de prôner l’irresponsabilité diplomatique ou juridique, mais de rappeler une règle simple : aucun accord ne doit être considéré comme intouchable lorsqu’il a été négocié sans contrôle institutionnel effectif et sans mandat populaire crédible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les engagements contraires à l’intérêt national devront être annulés lorsque le droit le permet, ou renégociés avec fermeté lorsque cela est nécessaire. La continuité de l’État n’implique pas l’acceptation passive de décisions opaques, déséquilibrées ou contraires aux intérêts durables de la nation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La politique extérieure tunisienne doit enfin reposer sur une logique d’intérêts plutôt que sur des slogans. Les priorités sont claires : consolider les relations avec les États qui offrent de véritables débouchés aux entreprises tunisiennes, accueillent une diaspora importante, investissent dans l’économie réelle et contribuent à la formation, à la recherche, aux infrastructures et à la mobilité des citoyens. Nos relations doivent être envisagées selon cette grille : quels bénéfices concrets pour la Tunisie, sa croissance, ses travailleurs, ses étudiants et sa souveraineté ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Rompre avec la diplomatie des faux-semblants</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les relations avec les pays arabes doivent naturellement continuer lorsqu’elles servent ces objectifs. Mais elles ne doivent plus relever d’une loyauté automatique ni d’un imaginaire de fraternité obligatoire. Une relation qui ne produit ni échanges substantiels, ni coopération technologique, ni soutien fiable en période de crise, ni respect de la souveraineté tunisienne, n’a aucune raison d’occuper une place centrale dans la diplomatie du pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La même lucidité doit s’appliquer aux organisations régionales telles que la Ligue arabe. Lorsqu’elles se réduisent à des sommets cérémoniels, à des déclarations sans effet et à une solidarité de régimes préoccupés par leur survie, soumis à l’influence de leurs principaux bailleurs et plus soucieux de leurs intérêts que du sort des peuples, elles deviennent une dépense politique et financière sans rendement. La Tunisie n’a pas besoin de tribunes où l’on coordonne les silences face à la répression et les postures face aux crises. Elle a besoin d’alliances utiles, transparentes et respectueuses de son autonomie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La rupture nécessaire n’est pas une rupture avec les peuples arabes, dont les aspirations à la dignité, à la liberté et à la justice rejoignent celles des Tunisiens. C’est une rupture avec la diplomatie des illusions : celle qui confond les peuples avec les régimes, l’identité avec l’obéissance, et la fraternité proclamée avec l’intérêt national.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Tunisie n’a pas à demander la permission d’exister comme démocratie, comme État souverain et comme société libre, moderne et pluraliste. Elle doit choisir ses partenaires sur leurs actes, non sur leurs slogans.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Docteur en politiques publiques.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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			</item>
		<item>
		<title>La Tunisie et le spectre du sous-développement</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/08/18/la-tunisie-et-le-spectre-du-sous-developpement/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Aug 2026 10:37:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Ali Guidara]]></category>
		<category><![CDATA[gestion publique]]></category>
		<category><![CDATA[sous-développement]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En s'habituant au désordre et à l’improvisation qui gagnent l’action publique, la Tunisie risque de basculer dans le sous-développement.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Le désordre et l’improvisation qui gagnent l’action publique tunisienne ne sont plus de simples accidents de parcours : à force de s’y habituer, le pays risque de basculer dans le sous-développement. Face à l’inertie du sommet de l’État, un sursaut citoyen et une gouvernance locale enfin imputable sont nécessaires pour rétablir la situation.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ali Guidara</strong> *</p>



<span id="more-19458145"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="341" height="512" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Ali-Guidara-2.png" alt="" class="wp-image-19296482" style="width:200px" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Ali-Guidara-2.png 341w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Ali-Guidara-2-200x300.png 200w" sizes="auto, (max-width: 341px) 100vw, 341px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Il suffit de traverser une ville tunisienne un jour ordinaire pour mesurer l&rsquo;ampleur du glissement. Ruptures d’approvisionnement de certains produits, chantiers publics à l’abandon, feux de circulation ignorés, trottoirs envahis, déchets qui s’accumulent dans de nombreux espaces, même devant des administrations publiques : ce désordre diffus n’est plus un accident du quotidien, il est devenu le décor permanent d’un pays qui semble avoir perdu la maîtrise de ses propres rouages.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’indiscipline et le laisser-aller se sont banalisés à tous les étages, du citoyen qui brûle un feu rouge ou qui jette ses poubelles sur la voie publique au fonctionnaire qui classe un dossier sans jamais le traiter. Derrière ces signes se profile un spectre bien plus grave : celui du sous-développement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un pays qui s’ampute de ses forces vives</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce délitement se lit aussi dans les chiffres et dans les regards. La confiance dans l’avenir du pays s’est effondrée – c’est sans doute là l’échec le plus grave qu’une nation puisse connaître. Cette érosion se traduit par un phénomène que les autorités préfèrent ignorer : l’exode. Des milliers de jeunes, souvent parmi les plus qualifiés, choisissent chaque année la voie légale de l’émigration ou celle, tragique, de la traversée clandestine. Médecins, ingénieurs, informaticiens et autres partent ailleurs parce qu’ils ne voient plus, chez eux, de place pour leurs compétences ni de garanties pour leur avenir. Un pays qui exporte sa jeunesse la plus formée s’ampute lui-même de ses forces vives, et nourrit, un peu plus chaque année, le spectre qui plane sur son avenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’origine de cette spirale, il y a une réalité qui saute aux yeux depuis des années : l’incompétence et l’absence de décision qui caractérisent l’action publique, mais aussi un climat de découragement social et bureaucratique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au sommet de l’État, les décisions elles-mêmes se raréfient ; elles cèdent la place à un discours dogmatique, répétitif et stérile, qui tient lieu de politique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un navire dans la tempête </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant ce temps, les nominations aux postes publics obéissent davantage à des logiques d’allégeance qu’à des critères de compétence. L’administration, censée être l’ossature de l’État, s’est transformée en labyrinthe où chaque dossier devient un parcours d’obstacles. Ce n’est pas seulement un problème de personnes : c’est un vide de méthode et de vision. Gouverner sans décider, se réfugier dans le verbe plutôt que dans l’action, revient à laisser un navire déjà pris dans la tempête sans personne à la barre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le véritable danger n’est pourtant pas la crise elle-même – les nations traversent des crises et s’en relèvent. Le danger, c’est l’accoutumance à ce qui devrait rester intolérable. C’est le moment où le désordre cesse de choquer, où la saleté devient normale, où l’absence d’action au sommet n’étonne plus personne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette normalisation silencieuse est le véritable seuil de bascule vers le sous-développement : non plus une difficulté conjoncturelle que l’on affronte avec détermination, mais un état permanent auquel on s’adapte avec résignation. Le sous-développement n’est pas seulement affaire de statistiques économiques et sociales ; c’est une dégradation qui touche les institutions, l’éducation, la santé, l’aménagement du territoire, et jusqu’à la manière dont un peuple se pense lui-même. Il s’installe rarement par une rupture brutale : il progresse par petites capitulations, par habitudes prises, par exigences abandonnées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un pays qui s’habitue à mal fonctionner cesse, un jour, de chercher à bien fonctionner – et ce jour-là, le déclin cesse d’être un accident pour devenir une trajectoire. C’est ainsi que le pays s’enfonce dans un retard qu’il peine chaque jour davantage à combler.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="s7AlKzEC3b"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/07/23/tunisie-le-double-abandon-de-la-democratie/">Tunisie | Le double abandon de la démocratie</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie | Le double abandon de la démocratie » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/07/23/tunisie-le-double-abandon-de-la-democratie/embed/#?secret=hDmsZIrJBD#?secret=s7AlKzEC3b" data-secret="s7AlKzEC3b" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Le sursaut ne peut être que collectif</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à ce spectre, il serait vain d’attendre un sauvetage venu d’en haut. Les dernières années l’ont montré : les solutions promises par le sommet de l’État tardent, se diluent ou ne viennent tout simplement pas. C’est pourquoi le sursaut ne peut être que collectif, populaire, et d’abord local. Il appartient aux citoyens eux-mêmes de reprendre en main un pays qui leur appartient, de redevenir exigeants envers leurs institutions comme envers eux-mêmes, de refuser que le laisser-aller devienne une culture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce sursaut suppose que chaque citoyen accepte de devenir, à son échelle, comptable de lui-même : de son quartier, de sa consommation, de son civisme, de son vote, de son engagement associatif. Aucune administration, si bien dotée soit-elle, ne peut se substituer à cette responsabilité individuelle et collective.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce sursaut nécessite aussi un cadre institutionnel : une gouvernance locale imputable – une urgence plus que jamais vitale pour sauver le pays. C’est cette architecture qui mettra gouvernés et gouvernants devant leurs responsabilités respectives.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne s’agit pas d’un slogan décentralisateur de plus, mais d’un changement de méthode : donner aux collectivités locales et à leurs élus les moyens et la responsabilité réelle de gérer ce qui les concerne directement – propreté, transport, sécurité de proximité, développement économique local – avec une gestion transparente et des mécanismes de contrôle, en coordination avec les autres échelons de l’État.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dotées de véritables leviers économiques et institutionnels, ces collectivités pourraient bâtir des pôles compétitifs capables même d’attirer investisseurs et talents, plutôt que de les voir s’en aller. C’est à cette échelle, la plus proche du quotidien, que la confiance peut se reconstruire, que les résultats deviennent visibles et que la gestion devient évaluable. C’est aussi une solution pour mobiliser les compétences dans la prise de décision et la gestion des affaires, et pour écarter l’improvisation et l’amateurisme de la chose publique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une approche ascendante, du bas vers le haut, n’est pas un renoncement à l’État central : c’est la condition pour qu’il redevienne crédible. Cela suppose toutefois une rupture précise : les collectivités locales ne doivent pas dépendre d’un ministère de l’Intérieur dont la vocation n’a jamais été celle du développement territorial, et dont la nature et le fonctionnement, hérités des républiques centralisatrices d’une autre époque, sont aujourd’hui dépassés, voire nuisibles. La nomination des gouverneurs et des délégués, calquée sur le modèle préfectoral français, en est l’illustration la plus criante : des responsables désignés par décret, sans la moindre légitimité électorale, redevables au seul pouvoir central.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est d’ailleurs regrettable de constater que la gestion des collectivités locales a été transférée à nouveau sous tutelle du ministère de l’Intérieur depuis 2021, renforçant la logique sécuritaire du régime.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Il n’y a pas de sauveur, prenez-vous en charge !</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Tant que l’action publique restera pensée loin du terrain, dans les seuls cercles d’un pouvoir central, a fortiori sous un régime autocratique opaque et sans contre-pouvoirs, elle continuera de se heurter à l’indifférence ou à la défiance des citoyens. À l’inverse, une gouvernance locale représentative, évaluée par ses résultats, peut redonner du sens à l’action publique et, progressivement, restaurer la confiance perdue. Ce sursaut par le bas ne dispense pas, pour autant, d’une refondation au sommet de l’État, qui, elle, demeure plus que jamais nécessaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le sous-développement ne s’installe pas toujours brutalement. Il s’infiltre par l&rsquo;habitude, par la résignation, par l’attente d’un sauveur. La Tunisie n’est pas condamnée à ce destin, mais elle ne l’évitera pas en attendant que la solution tombe d’en haut. Elle l’évitera le jour où les Tunisiens décident de devenir les architectes de leur propre destin et les responsables de leurs propres choix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">* <em>Docteur en politiques publiques.</em></p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="M59yVSTLDw"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/07/25/tunisie-le-piege-du-presidentialisme/">Tunisie | Le piège du présidentialisme</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie | Le piège du présidentialisme » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/07/25/tunisie-le-piege-du-presidentialisme/embed/#?secret=UFnWof0edl#?secret=M59yVSTLDw" data-secret="M59yVSTLDw" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>Tunisie &#124; Le piège du présidentialisme</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 Jul 2026 07:20:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Ali Guidara]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
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		<category><![CDATA[présidentialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Zine El Abidine Ben Ali]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>De Bourguiba à Saïed, en passant par Ben Ali, la présidence est demeurée le centre de gravité de l’État tunisien , avec les échecs que l'on sait. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/07/25/tunisie-le-piege-du-presidentialisme/">Tunisie | Le piège du présidentialisme</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>De Bourguiba à Saïed, en passant par Ben Ali, la présidence est demeurée le centre de gravité de l’État tunisien – la parenthèse démocratique de 2014-2021, trop fragile pour s’enraciner, n’aura pas suffi à rompre ce schéma. Le problème n’est pas seulement la nature des dirigeants qui se sont succédé, mais l’architecture institutionnelle qui, depuis 1959, continue de produire des hommes «providentiels».</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ali Guidara</strong> *</p>



<span id="more-19312803"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="341" height="512" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Ali-Guidara-2.png" alt="" class="wp-image-19296482" style="width:200px" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Ali-Guidara-2.png 341w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Ali-Guidara-2-200x300.png 200w" sizes="auto, (max-width: 341px) 100vw, 341px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">La crise politique tunisienne, qui resurgit de décennie en décennie, ne se réduit pas à la personnalité de ses dirigeants successifs : elle trouve sa source dans un choix institutionnel vieux de plus de soixante ans, celui d’avoir fait de la présidence de la République le centre de gravité de l’État. Depuis la première Constitution tunisienne, cette architecture a produit la même mécanique : concentration du pouvoir, personnalisation du régime, et retour cyclique de la figure du <em>«sauveur»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Constitution de 1959 s’inspire largement de la V<sup>e</sup>&nbsp;République française, promulguée un an plus tôt. Comme De Gaulle, Habib Bourguiba est persuadé qu’un exécutif fort est le meilleur rempart contre l’instabilité. Sauf que la France dispose déjà d’une tradition parlementaire ancienne, d’une administration solide, d’une justice indépendante et d’un pluralisme politique capables de contenir un exécutif puissant, malgré des failles certaines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Tunisie, jeune État sans ces contrepoids, ne dispose d’aucun de ces amortisseurs. En transplantant la philosophie d’une présidence forte sans les institutions censées la limiter, elle ouvre la voie à une concentration du pouvoir sans commune mesure avec le modèle dont elle s’inspirait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chef de l’exécutif, le président nomme et défait le gouvernement, oriente la politique nationale, concentre l’essentiel des leviers de décision. Les révisions constitutionnelles successives ne feront qu’accentuer cette domination – jusqu’à consacrer, en 1975, Bourguiba président à vie – avant de permettre, sous Zine el-Abidine Ben Ali, la consolidation d’un régime pleinement autoritaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La révolution de 2011 ouvre une rupture réelle. Les constituants de 2014 ne se contentent pas de chasser un homme : ils tentent de corriger l’architecture même qui avait permis des décennies de pouvoir personnalisé. Pour la première fois depuis l’indépendance, la logique des contre-pouvoirs devient un principe fondateur des institutions tunisiennes, avec un partage des rôles entre président, chef du gouvernement et Parlement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">De la parenthèse démocratique au retour du chef</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette parenthèse démocratique demeure toutefois fragile. Rivalités institutionnelles, instabilité gouvernementale, fragmentation partisane, crise économique : les tensions s’accumulent et nourrissent une désillusion croissante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans l’opinion publique, les lenteurs propres au débat démocratique sont lues comme les preuves d’un État impuissant. Face à cette fatigue, l’idée d’un président aux pouvoirs élargis regagne du terrain – portée par la nostalgie diffuse d’un commandement fort et par la conviction, ancrée depuis 1959, qu’un seul homme peut trouver les solutions là où les institutions échouent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Constitution imposée par Kaïs Saïed en 2022 consacre le retour d’une présidence dominante. Le Parlement et le gouvernement sont relégués au second plan ; le pays renoue avec la logique verticale de 1959.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le texte soumis au référendum n’est d’ailleurs pas celui remis par la commission consultative que Kaïs Saïed avait lui-même chargée d’élaborer. Son président, le juriste Sadok Belaïd, s’en est publiquement désolidarisé, estimant qu’il ouvrait la voie à une dictature. Rappelons que ce référendum n’a mobilisé que 30,5 % des électeurs inscrits.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus qu’une rupture, cette confiscation du pouvoir présentée comme une réforme est un retour en arrière – celui d’un État organisé autour d’un chef, et non autour d’un équilibre des pouvoirs et des institutions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des textes, c’est toute une culture politique que façonne le présidentialisme. Un président élu au suffrage universel direct et détenteur de l’essentiel du pouvoir exécutif dispose d’un blanc-seing sans équivalent. Il cesse de représenter seulement l’État : il finit par incarner, aux yeux d’une partie de la population, la nation elle-même – une conception que les démocraties modernes ont abandonnée depuis longtemps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette concentration de légitimité transforme le rapport des citoyens à la politique. Les campagnes électorales cessent de porter sur des projets de société pour se cristalliser autour de personnalités. Chaque crise – économique, sociale, institutionnelle – ravive l’espoir de voir surgir un dirigeant capable de tout résoudre par sa seule volonté. Plus les citoyens attendent tout du président, plus il paraît indispensable ; plus il paraît indispensable, plus les autres institutions perdent en crédit. Le Parlement devient un obstacle, les partis des facteurs de division, les corps intermédiaires des freins à l’action publique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Sortir du piège : penser au-delà de l’homme providentiel</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Bourguiba, Ben Ali, Saïed : trois hommes, trois époques, mais une seule architecture institutionnelle, celle qui fait de la présidence l’unique lieu d’exercice réel du pouvoir. Les hommes changent ; le mécanisme, lui, demeure. C’est là tout le piège : chercher à corriger le système en changeant seulement d’homme, c’est se condamner à répéter indéfiniment la même crise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rompre durablement avec ce cycle suppose d’interroger la source même d’une légitimité qui, conférée par le suffrage universel direct à une seule personne, écrase par construction toutes les autres institutions. La Constitution de 2014, malgré ses failles, reste à ce jour l’alternative la plus aboutie que la Tunisie ait connue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une évolution vers un véritable régime parlementaire mérite d’être sérieusement posée sur la table : un président élu par le Parlement, cantonné à des fonctions d’arbitrage, de représentation et de garantie constitutionnelle ; un gouvernement issu de la majorité parlementaire, responsable devant les représentants de la nation ; des compétences clairement réparties, chaque institution comptable de ses décisions devant les autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce ne serait pas une solution miracle. Mais l’expérience tunisienne, comme tant d’autres, le confirme : la concentration du pouvoir ne produit pas une stabilité durable, elle produit une dépendance récurrente à des figures providentielles, tôt ou tard tentées par l’abus de pouvoir et condamnées à décevoir, et elle profite, presque immanquablement, à un petit cercle de proches qui prospère à l’ombre du pouvoir et de ses abus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’efficacité d’un État ne se mesure pas à la puissance d’un seul homme, mais à la clarté des responsabilités et à la capacité des institutions à coopérer tout en se contrôlant mutuellement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le véritable défi des prochaines réformes n’est pas de trouver un meilleur président. C’est de bâtir des institutions suffisamment solides pour que la Tunisie n’ait plus jamais besoin d’un <em>«sauveur»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;* <em>Docteur en politiques publiques.</em></p>



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