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	<title>Archives des Azzedine Alaïa - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Azzedine Alaïa - Kapitalis</title>
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		<title>La Tunisie et sa souveraineté vestimentaire</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 03 Jan 2026 09:55:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Et si s’habiller tunisien pourrait aider à retrouver le plein emploi, la dignité économique et l’empreinte culturelle ? </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/03/la-tunisie-et-sa-souverainete-vestimentaire/">La Tunisie et sa souveraineté vestimentaire</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>La question du plein emploi en Tunisie est trop souvent abordée par le haut : chiffres macroéconomiques, réformes financières, plans d’austérité ou promesses d’investissements étrangers. Elle est rarement pensée à partir du quotidien, de ce qui touche chaque citoyen dans ses gestes les plus simples. Or, s’habiller est l’un de ces gestes universels, répétitifs, constants, et pourtant profondément politiques. Et si s’habiller tunisien pourrait aider à retrouver le plein emploi, la dignité économique et l’empreinte culturelle&nbsp;? </em></strong><strong></strong></p>



<p><strong>Zouhaïr Ben Amor *</strong></p>



<span id="more-18183904"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg" alt="" class="wp-image-17518909" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Pendant plusieurs décennies, la Tunisie a su se vêtir elle-même. Cette réalité, aujourd’hui presque oubliée, n’était ni marginale ni archaïque : elle constituait un véritable système économique intégré, capable de faire travailler des dizaines de milliers de personnes, de structurer les villes et les villages, et d’ancrer la production dans la culture locale. La mémoire de cette époque n’est pas une nostalgie : elle est un gisement de solutions.</p>



<p>La thèse défendue dans cet article est simple mais exigeante : la souveraineté vestimentaire peut devenir un levier central du plein emploi en Tunisie, tout en restaurant une dignité économique, une cohérence culturelle et une ambition africaine.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quand la Tunisie s’habillait elle-même</h2>



<p>Il fut un temps où la Tunisie produisait l’essentiel de ce qu’elle portait. Les tissus sortaient d’usines nationales, parmi lesquelles la célèbre Sogitex, symbole d’une industrie textile publique protégée et structurante. Ces tissus étaient ensuite transformés localement : robes, jupes, costumes, draps, manteaux. Dans chaque quartier, dans chaque rue presque, travaillaient des couturières et des tailleurs.</p>



<p>Ce modèle reposait sur plusieurs piliers solides : une industrie textile nationale protégée&nbsp;; un artisanat de confection dense et diffus; un commerce de proximité; et une culture du sur-mesure et de la réparation.</p>



<p>Même les chaussures, souvent peu confortables mais accessibles, étaient tunisiennes. Les espadrilles, imparfaites mais bon marché, permettaient à chacun de se chausser dignement. Les importations étaient limitées aux accessoires : boutons, fermetures éclair, mercerie. La valeur ajoutée, elle, restait locale.</p>



<p>Ce choix n’était pas accidentel. Il relevait d’une politique économique consciente, fondée sur la protection des industries naissantes, comme l’ont fait avant nous l’Europe, les États-Unis ou le Japon (Chang, 2002).</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le rôle structurant du protectionnisme intelligent</h2>



<p>Contrairement au discours dominant actuel, le protectionnisme n’est pas un gros mot. Il devient nocif lorsqu’il est aveugle et permanent. Mais lorsqu’il est temporaire, ciblé et stratégique, il constitue un outil de développement essentiel (Rodrik, 2011).</p>



<p>Dans le cas tunisien, la protection du textile a permis : la montée en compétence de la main-d’œuvre&nbsp;; la stabilisation de l’emploi urbain et féminin&nbsp;; et la constitution d’un tissu industriel et artisanal cohérent.</p>



<p>Le textile est un secteur intensif en main-d’œuvre, particulièrement adapté à un pays à forte démographie active et à faible capital. En abandonnant cette protection sans stratégie de substitution, la Tunisie a exposé son industrie à une concurrence internationale écrasante, souvent fondée sur des coûts sociaux et environnementaux insoutenables.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La double destruction : malls et friperies</h2>



<p>Aujourd’hui, deux modèles dominent l’habillement en Tunisie, et tous deux sont destructeurs de souveraineté.</p>



<p><em>Les malls ou l’importation du prestige</em><strong>&nbsp;</strong>:les centres commerciaux proposent des produits importés, souvent haut de gamme, inaccessibles à la majorité. Ils drainent les devises, créent peu d’emplois qualifiés et participent à une dépendance culturelle, où l’élégance est perçue comme nécessairement étrangère.</p>



<p><em>Les friperies ou l’illusion de l’accessibilité&nbsp;:</em><strong> </strong>à l’autre extrême, les friperies offrent des vêtements à bas prix, mais au coût caché immense. Elles détruisent la production locale, inondent le marché de vêtements usagés venus du Nord et transforment la Tunisie en décharge textile mondiale (Niinimäki et al., 2020).</p>



<p>Entre le luxe importé et la seconde main massive, l’industrie nationale n’a plus d’espace pour respirer.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="538" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/01/Habit-traditionnel-homme-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-18183974" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/01/Habit-traditionnel-homme-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/01/Habit-traditionnel-homme-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/01/Habit-traditionnel-homme-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/01/Habit-traditionnel-homme-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/01/Habit-traditionnel-homme-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/01/Habit-traditionnel-homme-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/01/Habit-traditionnel-homme.jpg 1200w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">Définition et portée de la souveraineté vestimentaire</h2>



<p>Par analogie avec la souveraineté alimentaire (Patel, 2009), la souveraineté vestimentaire peut se définir comme la capacité d’un pays à produire majoritairement, sur son territoire, des vêtements accessibles, adaptés culturellement, socialement et économiquement à sa population.</p>



<p>Il ne s’agit ni d’autarcie ni de repli identitaire. Il s’agit de maîtrise : maîtrise des chaînes de valeur, des emplois, des savoir-faire, des normes.</p>



<p>La dépendance vestimentaire est une fragilité stratégique. Un pays incapable d’habiller sa population dépend entièrement de flux extérieurs, soumis aux crises, aux ruptures logistiques et aux rapports de force internationaux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Gandhi et le vêtement comme acte politique</h2>



<p>L’exemple de Mahatma Gandhi est ici central. En promouvant le <em>khadi</em>, tissu filé et tissé localement, Gandhi ne prônait pas le retour au passé, mais un acte de désobéissance économique face à l’industrie textile britannique. Le vêtement devenait un symbole de dignité, d’autonomie et de résistance (Roy, 1999).</p>



<p>La leçon est universelle : se vêtir n’est jamais neutre. C’est choisir un système économique plutôt qu’un autre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le textile comme moteur du plein emploi</h2>



<p>Relancer une filière textile intégrée permettrait &nbsp;d’absorber une partie massive du chômage, de créer des emplois féminins stables, de revitaliser les régions, et de réhabiliter les métiers manuels.</p>



<p>Chaque dinar investi dans le textile crée plus d’emplois que dans les secteurs capitalistiques. Le plein emploi ne viendra pas des technologies importées seules, mais de secteurs à forte intensité humaine, enracinés localement (ILO, 2018).</p>



<h2 class="wp-block-heading">Habiller l’Afrique : une ambition réaliste</h2>



<p>La Tunisie ne doit pas penser petit. L’Afrique est le continent de demain : croissance démographique, urbanisation, émergence d’une classe moyenne. La demande en vêtements adaptés, abordables et de qualité y est immense.</p>



<p>Grâce à sa position géographique, son savoir-faire et son histoire textile, la Tunisie peut devenir une plateforme vestimentaire africaine, à condition de reconstruire d’abord son marché intérieur.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Azzedine Alaïa et le génie tunisien du vêtement</h2>



<p>La preuve que la Tunisie possède un talent exceptionnel dans l’art d’habiller est incarnée par Azzedine Alaïa. Parti de Tunisie, devenu l’un des plus grands couturiers à Paris, Alaïa n’a jamais renié son rapport charnel au tissu, à la coupe, au corps.</p>



<p>Son parcours démontre que l’excellence tunisienne peut être universelle sans être déracinée. Il est l’illustration parfaite de ce que pourrait devenir une filière nationale ambitieuse : une alliance entre artisanat, créativité et modernité.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Se vêtir pour se redresser</h2>



<p>La souveraineté vestimentaire n’est ni un slogan ni une utopie. Elle est un choix de société. Elle engage l’emploi, la culture, l’environnement, la dignité.</p>



<p>S’habiller tunisien, ce n’est pas seulement consommer autrement. C’est produire autrement, penser autrement, transmettre autrement. C’est redonner un sens au travail, une valeur au geste, une cohérence à l’économie.</p>



<p>Comme hier, dans les rues d’Ez-Zahra et d’ailleurs, la Tunisie peut à nouveau se vêtir elle-même – et, ce faisant, se remettre debout.</p>



<p><strong>Bibliographie indicative</strong></p>



<p>Chang, H.-J. (2002). <em>Kicking Away the Ladder</em>. Anthem Press.</p>



<p>Rodrik, D. (2011). <em>The Globalization Paradox</em>. Oxford University Press.</p>



<p>Patel, R. (2009). <em>Food Sovereignty</em>. Journal of Peasant Studies.</p>



<p>Niinimäki, K. et al. (2020). <em>The Environmental Price of Fast Fashion</em>. Nature Reviews Earth &amp; Environment.</p>



<p>Roy, A. (1999). <em>The Politics of the Spinning Wheel</em>. Oxford India.</p>



<p>International Labour Organization (2018). <em>Employment-intensive industries and development</em>.</p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="K5r4EkL8pW"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/25/pour-relancer-le-secteur-du-textile-en-tunisie/">Pour relancer le secteur du textile en Tunisie</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Pour relancer le secteur du textile en Tunisie » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/25/pour-relancer-le-secteur-du-textile-en-tunisie/embed/#?secret=BFPj3Obmy1#?secret=K5r4EkL8pW" data-secret="K5r4EkL8pW" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>Farida Khelfa, la vie comme un roman</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/06/25/farida-khelfa-la-vie-comme-un-roman/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Jun 2024 07:07:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Azzedine Alaïa]]></category>
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		<category><![CDATA[Pierre Bourdieu]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Farida Khelfa, premier mannequin international d’origine arabe, raconte son destin hors du commun. </p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Sa vie est un roman. Le livre ‘‘Une enfance française’’ de Farida Khelfa, premier mannequin international d’origine arabe, est incontestablement bien plus qu’une autobiographie. D’abord son destin est romanesque. Ensuite, il est également question de psychologie, d’histoire, de politique et de sociologie.</em></strong></p>



<p><strong>Chedly Mamoghli </strong>*</p>



<span id="more-13434699"></span>



<p>Issue d’une famille de migrants algériens arrivés en France à la fin des années 1950 et installée à Lyon, elle se livre avec beaucoup de pudeur sur une enfance marquée par la pauvreté mais surtout minée par l’extrême violence et la tyrannie domestique de son père. <em>«Une violence archaïque du Djebel algérien»</em>, explique-t-elle, exacerbée par l’alcoolisme et le déracinement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Tracer son propre destin</h2>



<p>L’autre cause de cette violence paternelle est la déshumanisation causée par la brutale colonisation française dont les traumas se transmettent inconsciemment de génération en génération.</p>



<p>Elle raconte aussi la vie dans les cités, dans le quartier des Minguettes dans la banlieue lyonnaise, où elle a grandi.</p>



<p>Farida Khelfa finira par fuir le carcan insupportable et toxique pour tracer son propre destin. Elle s’installera à Paris et c’est dans le Palace, le temple de la nuit parisienne des années 70-80, qu’aura lieu le tournant de sa vie. Elle y fera une rencontre qui lui ouvrira les portes du monde de la mode en commençant à travailler pour le jeune Jean-Paul Gaultier.</p>



<p>Plus tard, une autre rencontre sera tout aussi déterminante, celle d’un autre Jean-Paul, Jean-Paul Goude (célèbre et talentueux graphiste, photographe, metteur en scène et réalisateur de films publicitaires) qui venait de se séparer de Grace Jones (icône de la mode et de la musique à la notoriété internationale d’origine jamaïcaine).</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une leçon de vie</h2>



<p>Farida Khelfa écrit: <em>«Jean-Paul était décidé à faire de moi la première icône arabe de la mode. C’est ainsi qu’un beau jour il m’emmena rue de Bellechasse, chez Azzedine Alaïa»</em>. Débutera alors une longue relation professionnelle et amicale. Elle sera mannequin et muse du créateur franco-tunisien et plus tard responsable au sein de la maison Alaïa. Sa carrière se poursuivra bien au-delà du monde de la mode. Toutefois, elle sera confrontée à d’autres problèmes qui sont la conséquence de l’enfance chaotique mais saura s’en extraire avec un indiscutable instinct de survie.</p>



<p>Souvent les gens sont conditionnés par leur milieu, d’autres sont carrément prisonniers à vie de leur milieu. Farida Khelfa a prouvé que l’on peut s’émanciper de son milieu, ne pas céder au fatalisme, construire son propre destin et ainsi échapper à<em> «la reproduction sociale»</em> chère à Pierre Bourdieu mais tout en restant fidèle à ses origines avec lesquelles elle n’a jamais coupé en témoigne la belle solidarité de la fratrie Khelfa et comment elle a tenu à ce que ses enfants aillent une fois par mois aux Minguettes pour connaître un autre monde que celui du microcosme des beaux quartiers parisiens. S’émanciper sans se renier. Un destin romanesque et une leçon de vie!</p>



<p>* <em>Juriste.</em></p>



<p><strong><em> ‘‘Une enfance française’’, de Farida Khelfa, éd. Albin Michel, Paris, 17 janvier 2024, 256 pages. <br></em></strong><br></p>
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