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	<title>Archives des Cicciolina - Kapitalis</title>
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		<title>De Fayeche à Belgacem &#124; La sexualité du Tunisien entre sacré et profane</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Jun 2026 08:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La sexualité du Tunisien a-t-elle pour socle la dualité sacré/profane :  la pureté sacrée et la jouissance profane ? </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/06/05/de-fayeche-a-belgacem-la-sexualite-du-tunisien-entre-sacre-et-profane/">De Fayeche à Belgacem | La sexualité du Tunisien entre sacré et profane</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>«Quelle est, pour toi, la femme idéale ?» Mon patient esquissa un sourire narquois au coin de sa bouche avant de répondre&nbsp;: «Je la veux Rabaa El Adawia le jour et Cicciolina la nuit. Je la veux aussi dévouée qu’une mystique soufie et aussi libre qu’une héroïne pornographique». Il la veut, somme toute, une femme capable de réunir deux mondes que tout oppose : la pureté sacrée et la jouissance profane. La sexualité du Tunisien a-t-elle pour socle la dualité sacré/profane&nbsp;?</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Adnene Khaldi *</strong></p>



<span id="more-18866885"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/11/Adnene-Khaldi.jpg" alt="" class="wp-image-17957399" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/11/Adnene-Khaldi.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/11/Adnene-Khaldi-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/11/Adnene-Khaldi-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Tout semble confirmer cette hypothèse&nbsp;: à commencer par l’histoire de Sidi Omar El Fayeche dans les années 1970 qui illustrait bien la dualité du sacré/profane. C’était un homme psychotique qui déambulait nu dans les ruelles de Tunis, refusant tout vêtement et balbutiant des mots incompréhensibles qui confirmaient bien la dissociation de sa pensée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plutôt que de voir dans sa nudité une indécence et dans son délire une folie, les femmes de la ville préféraient percevoir une sainteté&nbsp;: elles le visitaient pour avoir sa baraka et pour écouter ses prophéties. Le sacré devenait alors le voile qui recouvrait sa nudité, rendant supportable la vue de son sexe offert et exhibé (d’ailleurs Fayeche en arabe veut dire celui qui exhibe).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le basculement du profane au sacré est fulgurant&nbsp;puisque, traditionnellement, la mixité entre hommes et femmes est encadrée par des normes vestimentaires strictes et par une forte régulation du rapport au corps. Pourtant, dans cet espace particulier, des femmes pour lesquelles la nudité est habituellement proscrite semblent suspendre, momentanément, cet interdit. Comme si ce lieu devenait un espace d’exutoire symbolique où ce qui est défendu dans l’ordre social pouvait être réinvesti sous une forme licite, voire sacralisée. On pourrait y voir une forme de retournement du sens de l’interdit : <em>«Vous nous interdisez l’accès au corps masculin au nom du sacré ; nous allons alors utiliser précisément ce registre du sacré pour contourner cette interdiction et lui donner une autre signification»</em>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Retournement du sens de l’interdit</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui était condamné devient ainsi le support même d’une libération psychique et corporelle. Ce détour permettait alors de desserrer, au moins provisoirement, le poids d’une sexualité vécue comme interdite ou culpabilisante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le phénomène Sidi Omar El Fayeche montre bien que ces structures sont loin d’être hermétiques et statiques, le sacré et le profane se traversent l’un l’autre, ce qui souligne la porosité de leurs frontières.</p>



<p class="wp-block-paragraph">60 ans plus tard, cette structure psychosexuelle n’a pas disparu, elle est bien là dans toute sa splendeur&nbsp;: le phénomène Belgacem le guérisseur en est la parfaite illustration. Il s’agit d’un escroc qui se fait passer pour un guérisseur spirituel. Il aurait attiré plus de 900 femmes en leur faisant croire qu’il était capable de les débarrasser du <em>«djinn amoureux»</em> qui les habitaient ainsi que d’autres maladies incurables ou encore des problèmes de retard de grossesse, au moyen de ce qu’il appelait le <em>«sperme pur»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le faux guérisseur convainquait ses victimes qu’un <em>«djinn amoureux»</em> habitait leur corps et qu’il pouvait l’en expulser en recourant à des pratiques occultes consistant en des séances de rapports sexuels avec elles. Son génie criminel lui a insufflé d&rsquo;utiliser intuitivement l’arme imparable du sacré/profane&nbsp;: il forgea alors l’expression <em>«sperme pur»</em>. Condensant en elle-même la dialectique du sacré et du profane, elle fonctionne comme un oxymore où se nouent le religieux et l’obscène, le pur et l’impur, le sacré et le charnel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La pénétration transgressive devient tout à coup bénie et sacrée. Belgacem sait que ça fonctionne, il n’a pas l’ombre d’un doute sinon il ne se mettrait pas en danger de se faire démasquer. Il semble persuadé de l’efficacité de son dispositif symbolique sinon comment comprendre que même des femmes instruites et universitaires aient pu être prises dans cette logique d’emprise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si ce mécanisme opère avec une telle efficacité, c’est parce qu’il vient activer une structure psychosexuelle déjà présente dans l’imaginaire collectif, latente mais disponible, qu’il suffit d’effleurer pour la voir émerger. L’articulation entre sacré et profane semble ainsi constituer l’un des soubassements symboliques majeurs de la sexualité en Tunisie.</p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="TzJHbcxEZ3"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/05/13/ariana-mandat-de-depot-contre-le-charlatan-belgacem-poursuivi-pour-viol-harcelement-sexuel-et-escroquerie/">Ariana : Mandat de dépôt contre le charlatan Belgacem, poursuivi pour viol, harcèlement sexuel et escroquerie</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Ariana : Mandat de dépôt contre le charlatan Belgacem, poursuivi pour viol, harcèlement sexuel et escroquerie » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/05/13/ariana-mandat-de-depot-contre-le-charlatan-belgacem-poursuivi-pour-viol-harcelement-sexuel-et-escroquerie/embed/#?secret=zfqiGZXLmR#?secret=TzJHbcxEZ3" data-secret="TzJHbcxEZ3" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">La circoncision et <em>le tasfih </em>comme lieux du sacré/profane</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La circoncision est l’opération inaugurale qui inscrit ontologiquement et scelle à jamais le Tunisien (et le musulman en général) dans la dialectique du sacré/profane. Cette opération symbolique s’appelle&nbsp;la <em>tahara</em> autrement dit la purification sacré d’un organe potentiellement profanateur, tels que&nbsp;la luxure, la fornication, le péché, la turpitude, la souillure, le désir et le désir interdit, la non-maîtrise pulsionnelle, les figures du satyre et de l’hubris.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La <em>tahara </em>inscrit dans la chair une marque indélébile qui structure en profondeur l’univers psychique du Tunisien. Elle opère un clivage symbolique fondamental de l’être entre le sacré et le profane, un clivage qui structure également sa manière de percevoir le monde extérieur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il devient alors légitime de se demander dans quelle mesure cette incorporation clivante de l’être entre sacré et profane joue un rôle dans le mindset des extrémistes islamistes violents&nbsp;? Veulent-ils à tout prix chasser du plus profond de leur être le profane et installer autour d’eux et en eux un monde intégralement sacré et épuré&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un autre registre, on peut interroger la manière dont la dichotomie sacré/profane structure la dynamique du désir chez l’homme tunisien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En clinique, j’ai reçu de nombreux patients dont la dysfonction érectile provenait d’une incapacité à érotiser la future épouse, devenue trop sacrée. Leur parcours sexuel, marqué par le recours aux prostituées – figures du profane –, avait verrouillé un clivage : d’un côté, la femme respectable, objet de vénération mais désinvestie du désir ; de l’autre, la femme interchangeable, seule habilitée à recevoir la charge érotique. C’est le mécanisme même de la dissociation érotique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En miroir de la circoncision se déploie l’exigence de virginité, comme son corollaire culturel et symbolique. L’hymen n’est pas que membrane anatomique mais une preuve morale. Sa présence est lue comme signe de pureté ; sa rupture comme indice de profanation, elle assure le passage du pur au profane.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une autre pratique qui corrobore le sacré/profane est le rituel du<em> tasfih, </em>c’est cette pratique magique et donc profane au service de la virginité sacrée. Ici, c’est un <em>«double loop»</em>&nbsp;: le profane qui permet le sacré mais par la même il va permettre une autorisation implicite à des <em>«jeux sexuels sans pénétration»</em>, ou même à des rapports, car la fille reste <em>symboliquement</em> vierge. Sa vertu est <em>«protégée»</em> par la magie, quoi qu’il arrive.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La littérature comme support du sacré/profane&nbsp;</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le sacré/profane traverse la littérature aussi, le roman de Faouzia Zouari, <em>‘‘Le corps de ma mère’’</em> est particulièrement édifiant à ce sujet. Il s’agit d’un récit autobiographique et familial centré sur la figure de la mère qui est une femme bédouine à la personnalité à la fois autoritaire, secrète et tragique. Elle incarne l’ordre moral : la pudeur, le silence, l’honneur, le contrôle du corps féminin et l’interdit autour du sexe. Elle est la gardienne du sacré familial. Son autorité impose une frontière stricte entre pur et impur, <em>haram </em>et <em>halal</em>. Tout commence quand la mère plonge dans le coma, autrement dit, elle se rapproche symboliquement du sacré et c’est à ce moment précis que le profane resurgit&nbsp;: les secrets sexuels, les turpitudes du corps, les frustrations, les désirs enfouis et surtout la féminité longtemps occultée derrière le rôle maternel sacralisé. Encore une fois, ici, le coma ou plutôt le sacré dévoile ce qu’il est censé taire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Autrement dit, plus la mère se rapproche symboliquement du sacré et de l’au-delà, plus son humanité profane devient racontable. Il y a là un oxymore central du livre&nbsp;: le sacré ne protège le secret qu’en préparant son dévoilement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un champ de négociation entre honte et désir</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La sexualité tunisienne n’oppose pas simplement le sacré au profane, elle les noue ensemble. Le désir n’y est pas hors du religieux ; il le traverse, le conteste, l’absorbe, parfois même le mime. Et la société, loin de se libérer de cette tension, semble continuer à l’habiter comme une évidence culturelle. Au fond, rien n’a vraiment disparu depuis les années 1970. Les noms changent, les pratiques se déplacent, les discours se modernisent, mais la structure demeure. Le sacré continue d’avoir besoin du profane pour se définir ; le profane continue d’emprunter au sacré sa puissance de légitimation. Et dans cette zone grise, la sexualité du Tunisien reste moins un espace de liberté qu’un champ de négociation entre honte, pouvoir, pureté et désir</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Psychothérapeute TCCE / Sexologue clinicien.&nbsp;</em></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="IWeO5Jyu7f"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/11/22/deux-trois-maux-de-la-sexualite-tunisienne/">Deux trois maux de la sexualité «tunisienne»</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Deux trois maux de la sexualité «tunisienne» » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/11/22/deux-trois-maux-de-la-sexualite-tunisienne/embed/#?secret=cy3SZmPtRq#?secret=IWeO5Jyu7f" data-secret="IWeO5Jyu7f" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/06/05/de-fayeche-a-belgacem-la-sexualite-du-tunisien-entre-sacre-et-profane/">De Fayeche à Belgacem | La sexualité du Tunisien entre sacré et profane</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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