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	<title>Archives des doctrine Monroe - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des doctrine Monroe - Kapitalis</title>
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		<title>Du Venezuela au reste du monde &#124; L’âge des dominations</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Jan 2026 08:29:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En rebaptisant la force en droit, les grandes puissances ne se contentent pas d’agir, elles réécrivent la grammaire de l’ordre international. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/06/du-venezuela-au-reste-du-monde-lage-des-dominations/">Du Venezuela au reste du monde | L’âge des dominations</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Imaginez un instant le fantôme de Simón Bolívar errant dans les rues de Caracas, témoin muet d’un renversement du sens de l’histoire, le libérateur de 1813 contemplant l’extraction du dirigeant qui se proclame son héritier, emporté par une puissance étrangère. La scène dépasse la provocation symbolique. Elle dit la dissonance d’une époque où l’indépendance, conquise au nom de la souveraineté des peuples, se voit réinterprétée à l’aune d’une doctrine de domination qui se dispense des formes. Ce n’est plus seulement une transgression ; c’est le retour d’un impérialisme qui se drape dans les habits du droit pour mieux fragiliser l’architecture normative qu’il prétend défendre. Comme l’avait pressenti Hannah Arendt dans Les Origines du totalitarisme, la banalisation de l’exception finit par transformer la violence en routine administrative — et la routine en horizon politique.</em></strong></p>



<p><strong>Yahya Ould Amar *</strong></p>



<span id="more-18203322"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/02/Ould-Amar-Yahya.jpg" alt="" class="wp-image-335526"/></figure>
</div>


<p>L’extraction du président vénézuélien Nicolás Maduro décrite par Donald Trump, appartient à cette catégorie rare d’événements qui comptent moins par ce qu’ils font que par ce qu’ils autorisent à penser. En rebaptisant la force en droit, les grandes puissances ne se contentent pas d’agir, elles réécrivent la grammaire de l’ordre international. Ce texte interroge ainsi un monde qui apprend à vivre sans l’illusion de l’égalité souveraine, où les hiérarchies s’exercent à visage découvert, et où la puissance cesse de se contenir par les règles pour s’autoriser d’elles. Quand cette frontière se déplace, ce ne sont pas seulement des dirigeants qui tombent, ni des régimes qui changent, ce sont les cartes mentales du monde — et les limites du pensable — qui se redessinent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le basculement d’époque</h2>



<p>Parler d’<em>«arrestation»</em> pour qualifier l’extraction de Nicolás Maduro hors du Venezuela par les États-Unis n’est pas une simple facilité de langage. Les mots tracent des frontières. Nommer <em>«arrestation»</em> une opération menée sans juridiction locale, sans coopération judiciaire, sans extradition, c’est brouiller la ligne entre police et armée, entre justice et stratégie, entre ordre public et ordre international. C’est ici que commence la gravité morale de l’époque, lorsque la puissance ne se contente plus d’agir, mais de requalifier son acte. Elle ne dit plus <em>«nous avons frappé»</em>, elle affirme <em>«nous avons fait respecter la loi»</em>. Dans ce glissement, la force perd sa honte — et le précédent naît.</p>



<p>Si l’on accepte qu’une opération coercitive extraterritoriale puisse devenir une opération de <em>«justice»</em>, alors le monde entre dans un âge où la guerre se rebaptise police et où l’exception cesse d’être une transgression pour devenir une méthode de gouvernement. Hier les <em>«cas»</em> Noriega, Saddam, Gbagbo ou Kadhafi ; aujourd’hui le <em>«cas Maduro»</em> ; demain un <em>«cas X»</em>.</p>



<p>L’acte importe, mais le message est plus lourd encore, la souveraineté n’est plus un droit, elle devient une tolérance conditionnelle. Et lorsque Washington évoque la possibilité de <em>«gérer»</em> le Venezuela, le basculement est total, de la sanction d’un homme à la tutelle d’un pays de 27 millions d’habitants. Quand la frontière entre droit et puissance se déplace, les cartes du monde, elles aussi, finissent toujours par bouger.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le retour silencieux de la tutelle comme horizon</h2>



<p>L’enlèvement de Nicolás Maduro réactive une idée que l’ordre international contemporain croyait avoir reléguée à l’histoire, celle selon laquelle certains États peuvent, au nom d’un bien supérieur qu’ils définissent seuls, suspendre la souveraineté des autres. Le glissement est subtil mais décisif. On ne parle plus de conquête ni même d’intervention, mais de <em>«gestion»</em>, de <em>«stabilisation»</em>, de <em>«remise en ordre»</em>. Le vocabulaire est propre, technique, presque managérial ; il transforme l’État en problème à administrer. Dès lors, la violence cesse d’être tragique pour devenir instrumentale, et la morale se déplace, la responsabilité invoquée remplace la légitimité consentie.</p>



<p>Ainsi la tutelle devient acceptable. On affirme qu’un dirigeant ne représente plus son peuple, que le peuple doit être protégé, que l’économie doit être réparée, que l’État doit être réorganisé.</p>



<p>Chaque étape paraît raisonnable ; ensemble, elles recomposent une hiérarchie où certains décident pour d’autres. Le message envoyé, surtout aux États vulnérables, est limpide, la souveraineté n’est plus un principe égalitaire, mais une permission conditionnelle. Cette <em>«bienveillance»</em> stratégique, comme l’avait averti Amartya Sen dans ‘‘<em>L’Idée de justice’’</em>, risque moins de corriger les injustices que de les perpétuer, en parlant au nom des peuples tout en faisant taire leurs voix.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La doctrine Monroe : l’aveu d’un monde qui régresse</h2>



<p>La doctrine Monroe appartient à un siècle prédateur (XIX<sup>e</sup>), celui où l’ordre international ne se fondait pas sur des règles communes, mais sur la capacité des puissants à réserver des espaces. Elle ne proclamait pas la liberté des peuples ; elle bornait un territoire d’influence. Ce n’était pas une doctrine de droit, mais un acte de possession : <em>«ici, nous déciderons»</em>.</p>



<p>Si elle a été abandonnée, ce n’est pas par vertu, mais par intelligence stratégique. Après 1945, les États-Unis ont compris qu’une hégémonie durable se dissimule dans les règles. Le droit, les institutions, l’universalisme imparfait étaient plus efficaces que la tutelle assumée. Gouverner par la norme stabilisait ; gouverner par l’exception exposait. La doctrine Monroe devenait alors un archaïsme nuisible, incompatible avec la crédibilité morale nécessaire pour contenir les autres empires.</p>



<p>Son retour aujourd’hui sonne comme un aveu de déclin. Les puissances véritablement assurées n’ont pas besoin de sanctuariser ; ce sont les puissances inquiètes qui bornent, administrent et prétendent <em>«gérer»</em>. La réactivation de la doctrine Monroe n’exprime pas une force retrouvée, mais une légitimité qui s’effrite. Lorsque les règles cessent de servir le plus fort, celui-ci revient à la géographie et à la contrainte. Le coût est immédiat, moralement, la souveraineté devient une permission conditionnelle ; géopolitiquement, la hiérarchie remplace l’ordre, et la stabilité cède la place à la domination assumée.</p>



<p>Le danger est systémique. Les sphères d’influence obéissent à une loi de conservation, ce qui est toléré ici est reproduit ailleurs. La logique qui s’affirme à Caracas trouve ses échos en mer de Chine méridionale comme en Ukraine. À force d’exceptions, l’universalisme se délite et l’ordre post-1945 se fragmente en un archipel de dominations. Le monde ne devient pas plus pacifique ; il devient plus pensable pour la force. Et dans un tel monde, la stabilité n’est plus garantie par les règles communes, mais par les rapports de puissance.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La tentation de l’urgence stratégique</h2>



<p>Il faut pourtant accepter, ne serait-ce qu’un instant, de regarder l’épisode depuis la rationalité de la puissance. Du point de vue des États-Unis, la tentation de l’exception ne procède ni d’un cynisme gratuit ni d’un mépris abstrait du droit, mais d’un sentiment d’urgence stratégique : monde fragmenté, institutions multilatérales paralysées, adversaires qui testent les lignes rouges, alliés jugés hésitants, opinion publique fatiguée de l’impuissance. Dans cette lecture, agir vite, frapper fort et requalifier l’action en <em>«justice»</em> serait une manière de restaurer la dissuasion, de reprendre l’initiative, de montrer que la puissance sait encore décider quand les règles s’enlisent. Cette logique est intelligible — et c’est précisément ce qui la rend dangereuse. Car en substituant l’efficacité immédiate à la légitimité durable, elle confond capacité d’agir et capacité de structurer. L’histoire des grandes puissances est pourtant sans appel, celles qui gouvernent par l’exception finissent par multiplier les coups, mais perdent la maîtrise de l’époque. La rationalité de l’urgence est compréhensible ; son coût stratégique, lui, est systémique. À l’horizon 2030, des simulations du Rand Corporation prévoient une multiplication par trois des conflits hybrides si cette logique persiste.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les risques s’ordonnent dans le temps</h2>



<p>À court terme, la normalisation de l’exception abaisse le seuil d’acceptabilité de l’usage de la force, les crises deviennent plus fréquentes, moins encadrées. À moyen terme, elle fragilise les alliances, politise durablement l’économie mondiale et installe une méfiance structurelle entre partenaires qui ne savent plus si la règle protège encore. À long terme enfin, le risque est civilisationnel, un monde où la souveraineté est conditionnelle, où le droit est sélectif, devient un monde structurellement instable, condamné à gérer par la domination ce qu’il n’a plus la capacité de gouverner par des normes communes. Ce risque civilisationnel évoque la chute de Rome, non par invasion barbare, mais par érosion interne des normes. Dans un monde interconnecté, cette instabilité pourrait accélérer les migrations climatiques et les pandémies, transformant les exceptions en catastrophes globales.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La souveraineté redevient une variable du rapport de force</h2>



<p>Pour le Sud global, l’enlèvement de Nicolás Maduro n’est p0as un fait divers géopolitique. Il dit, sans détour, que la souveraineté n’est pas un droit inaliénable garanti par des normes universelles, mais une fonction conditionnelle, elle vaut tant qu’elle ne contrarie pas l’utilité stratégique des puissants.</p>



<p>Pendant des décennies, l’intégration économique, la conformité réglementaire, la reconnaissance diplomatique ont été présentées comme des assurances implicites. L’épisode vénézuélien fissure cette croyance. Il suggère que l’alignement ne protège pas nécessairement, que la vertu normative n’est pas un bouclier, et que l’ordre mondial n’est pas injuste par accident mais hiérarchique par construction. À partir de là, la rationalité dominante change, la question n’est plus <em>«comment être conforme ?»</em>, mais <em>«comment survivre politiquement ?»</em>.</p>



<p>Les États du Sud global doivent diversifier leurs alliances par calcul existentiel. Ils doivent réduire les dépendances réversibles demain en leviers de contrainte : monnaies, systèmes de paiement, infrastructures critiques, données, approvisionnements stratégiques. Ils doivent durcir leur appareil sécuritaire au nom de la stabilité préventive — non par goût de l’autoritarisme, mais parce qu’un monde où la tutelle est pensable rend la fragilité interne dangereuse. La mondialisation, autrefois promesse de convergence, se reconfigure en espace de vulnérabilité<strong>.</strong></p>



<p>L’universalisme occidental cesse d’être une promesse crédible pour devenir un récit parmi d’autres. Cela peut produire deux trajectoires opposées. La première est défensive : repli, fragmentation, cynisme, où la politique devient une gestion permanente du risque d’ingérence. La seconde est celle de l’émergence d’un Sud global plus conscient de lui-même, moins demandeur de reconnaissance, plus soucieux de bâtir des équilibres autonomes — régionaux, financiers, technologiques. Des pays comme le Brésil ou l’Inde, via les Brics+, accélèrent déjà leurs alliances alternatives, avec une augmentation de 25% des échanges intra-Sud en 2025 selon la Banque mondiale, signe d’une multipolarité émergente qui défie l’hégémonie occidentale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Économie mondiale</h2>



<p>Le premier effet de cet épisode vénézuélien est que les investisseurs ne se demandent plus seulement si un projet est rentable, mais s’il est exposable à une requalification juridique, à une sanction, à une tutelle soudaine, à une <em>«gestion»</em> externe. Les chaînes de valeur se régionalisent, la redondance remplace l’optimisation, et la liquidité se concentre dans les juridictions perçues comme<em>«amies»</em>. Ce mouvement n’est pas idéologique ; il est prudentiel. Mais la prudence, à l’échelle globale, renchérit le capital et ralentit la productivité.</p>



<p>La finance internationale, elle, réagit par rétrécissement de l’horizon. Le temps long — celui des infrastructures, de l’énergie, de l’éducation, de la transformation productive — devient plus difficile à financer quand la souveraineté peut être suspendue et les actifs requalifiés. Les flux se raccourcissent, les garanties se multiplient, les conditions se durcissent. Les pays perçus comme <em>«exposés»</em> paient plus cher leur dette, voient leurs IDE se raréfier ou se politiser, et apprennent que la discipline macroéconomique ne suffit plus à compenser le risque d’exception.</p>



<p>Le Venezuela devient alors un laboratoire involontaire. Non pas pour ses fondamentaux — déjà fragiles — mais pour ce qu’il autorise à penser ailleurs : que des actifs stratégiques puissent être administrés au nom de la stabilité, que des contrats soient relus à l’aune d’une tutelle, que la gouvernance d’un pays devienne une variable de valorisation. À partir de là, les marchés internalisent un principe simple qui est que la géopolitique n’est plus un choc exogène, c’est une hypothèse permanente.</p>



<p>Ainsi, l’enjeu économique de cette séquence dépasse le cas vénézuélien. Il tient en une phrase : plus la puissance politise l’ordre international, plus le monde devient coûteux. Coûteux en capital, en temps, en croissance potentielle. La stabilité obtenue par l’exception se paie d’une instabilité diffuse, intégrée dans les prix, les contrats et les anticipations. Et cette facture, comme toujours, est d’abord réglée par ceux qui vivent loin du centre de décision — là où la règle était censée compenser l’absence de puissance. Selon le FMI, cette géopolitisation pourrait réduire la croissance mondiale de 1,5% par an, avec les pays émergents supportant 60% du fardeau, exacerbant les inégalités et risquant des soulèvements comme ceux vus en 2024 au Sri Lanka et au Pakistan.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le droit subsiste, mais il n’arbitre plus l’exception</h2>



<p>Face à l’enlèvement de Maduro, l’Onu apparaît dans sa vérité contemporaine structurellement impuissante lorsque l’exception est assumée par les puissants. Les textes existent, les principes sont clairs, l’indignation est possible ; pourtant, quand la coercition est requalifiée en <em>«police»</em> et la tutelle en <em>«gestion»</em>, l’Onu ne tranche plus — elle consigne. Le Conseil de sécurité devient un théâtre de récits concurrents où le veto fige le droit au moment précis où il devrait agir. Cette scène n’est pas singulière, elle se répète de Ukraine à Gaza, partout où les intérêts vitaux des grandes puissances se heurtent. Là aussi, les résolutions s’empilent, les condamnations se répondent, mais l’arbitrage se dérobe. Ce n’est pas un effondrement spectaculaire ; c’est une neutralisation silencieuse du droit par saturation politique.</p>



<p>À horizon dix à quinze ans, le monde qui se dessine n’est ni celui du chaos pur, ni celui d’un ordre stabilisé. C’est un monde plus dur, plus cher, plus hiérarchique. Les conflits n’y seront pas nécessairement plus nombreux, mais plus localisés, plus ambigus, plus difficiles à contenir. Le droit continuera d’exister, mais comme ressource argumentative, non comme barrière. Les économies fonctionneront, mais sous prime géopolitique permanente. La paix, quand elle existera, sera moins le produit des règles que de la fatigue des puissants. Ce monde-là ne s’effondre pas, il s’use.</p>



<p>Pourtant, l’Onu pourrait renaître via une réforme élargissant son Conseil de Sécurité et supprimant le droit de véto au sein de celui-ci. Sans cela, elle risque de devenir un vestige, comme la Société des Nations post-1919.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Elections de mi-mandat, novembre 2026</h2>



<p>Il faut enfin introduire une variable politique décisive, celle du temps électoral américain. La réactivation d’une doctrine Monroe opérationnelle repose sur une fenêtre politique étroite, fragile, et potentiellement réversible. À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, plus de deux cents sondages nationaux et locaux convergent vers un constat défavorable aux Parti républicain : perte de la Chambre, Sénat incertain, et surtout érosion du mandat politique nécessaire pour assumer une doctrine de puissance aussi coûteuse symboliquement. Or la doctrine Monroe n’est pas une politique de consensus ; c’est une doctrine clivante, qui exige continuité, crédibilité et acceptation durable des coûts normatifs. Une alternance — ou même une majorité divisée — suffirait à la fragiliser, car elle expose immédiatement ses contradictions : contradiction entre primauté régionale et alliances globales, entre discours de droit et pratiques d’exception, entre leadership moral revendiqué et tutelle assumée. À cela s’ajoutent d’autres forces de rappel, la fatigue stratégique de l’électorat, la priorité donnée aux enjeux domestiques (inflation, dette, immigration), et la pression des milieux économiques, peu enclins à soutenir une doctrine qui politise les marchés et renchérit durablement le coût du capital. Autrement dit, la doctrine Monroe réactivée pourrait bien être un pari de fin de cycle : spectaculaire à court terme, mais structurellement vulnérable à la sanction démocratique. Dans l’histoire américaine, les doctrines durables sont celles qui survivent aux alternances ; celles qui disparaissent avec les majorités révèlent moins une stratégie qu’un moment politique.</p>



<p>Ces élections pourraient marquer un tournant, similaire à 1974 post-Watergate, où l’Amérique réaffirme son attachement aux normes, ou au contraire accélérer le déclin, comme en 1930 avant l’isolationnisme.</p>



<p>Au terme de cet article, les risques de guerres ne sont pas seulement ceux liés à des enchaînements de crises, mais d’un glissement de civilisation. Un monde où la force se rebaptise droit, est un monde qui abaisse le seuil de la guerre, multiplie les rapports de sujétion et prépare des conflits d’autant plus violents qu’ils auront été longtemps normalisés.</p>



<p>L’enlèvement de Nicolás Maduro n’est pas en soi la cause de ces périls ; il en est le signal. Car lorsque la souveraineté devient conditionnelle, lorsque le droit cesse de contenir la puissance, lorsque les hiérarchies cessent d’être dissimulées, alors la rivalité stratégique se mue en lutte existentielle.</p>



<p>Les guerres ne naissent pas seulement de l’agression, mais de l’échec collectif à maintenir des limites crédibles; les dominations ne durent qu’au prix d’un ressentiment accumulé ; et les civilisations échouent moins par faiblesse que par excès de certitude.</p>



<p>En croyant sécuriser l’ordre international par l’exception, on fragilise ce qui rendait encore la coexistence possible. L’histoire nous enseigne qu’un monde qui accepte facilement la domination finit par découvrir que la paix sans règles n’est jamais qu’une guerre différée.</p>



<p>Sommes-nous prêts à vivre dans un monde où la paix dépend moins du droit que de la patience des puissants ?</p>



<p><em>* Economiste, banquier et financier. &nbsp;</em></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="3jxHjPzs5D"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/05/venezuela-lenlevement-du-couple-maduro-ou-le-retour-du-gringo/">Venezuela | L’enlèvement du couple Maduro, ou le retour du Gringo</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Venezuela | L’enlèvement du couple Maduro, ou le retour du Gringo » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/05/venezuela-lenlevement-du-couple-maduro-ou-le-retour-du-gringo/embed/#?secret=GPZB9SA4QP#?secret=3jxHjPzs5D" data-secret="3jxHjPzs5D" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>Ce que l’affaire du Venezuela nous dit</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 04 Jan 2026 07:57:52 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les événements du Venezuela pourraient n’être en fin de compte que le prélude d’une tragédie qui frapperait bientôt d'autres pays.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Hier matin, samedi 3 janvier 2026, le président du Venezuela, Nicolas Maduro, a été capturé avec son épouse à Caracas et exfiltré par des unités spéciales américaines. Ces <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/03/venezuela-nicolas-maduro-capture-et-exfiltre-par-les-etats-unis/">événements</a> sont intervenus 36 ans, jour pour jour, après la capitulation de l’ancien président du Panama, Manuel Noriega, qui s’est rendu, le 3 janvier 1990, aux troupes américaines ayant envahi son pays deux semaines auparavant. Aussi répréhensibles moralement et du point de vue du droit international qu’ils puissent paraître, ces événements ne font que refléter la réalité brute et sans fard de notre monde et des véritables rapports de force sur la scène internationale.</em></strong></p>



<p><strong>Elyes Kasri</strong> *</p>



<span id="more-18192616"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/06/Elyes-Kasri.jpg" alt="" class="wp-image-352204"/></figure>
</div>


<p>De nombreux idéalistes et idéologues gauchistes vont crier au scandale et au banditisme international en feignant d’ignorer que ce qui est arrivé à Caracas pourrait bien être répliqué dans d’autres régions, y compris la nôtre, car si l’Amérique du Sud tombe sous le coup de la fameuse doctrine Monroe [qui établit le continent américain comme sphère d’influence des États-Unis, les positionnant comme protecteurs face aux autres puissances, doctrine qui évoluera vers un interventionnisme pour défendre les intérêts de Washington, Ndlr], l’Afrique du Nord fait partie, qu’on le veuille ou non, de la ceinture sécuritaire de l’Alliance Atlantique avec un dénominateur commun pétrolier.</p>



<p>Caracas pourrait n’être en fin de compte que le prélude d’une tragédie qui pourrait frapper bientôt Téhéran et probablement l’Afrique du nord.</p>



<h2 class="wp-block-heading">On ne nargue pas impunément à l’Amérique</h2>



<p>Feu Habib Bourguiba l’avait pressenti, il y a plus d’un demi-siècle, notamment en prodiguant de précieux conseils au bouillonnant colonel libyen Mouammar Kadhafi qui a fini par payer lui-même et son pays au prix cher son inconscience et sa transe révolutionnaire.</p>



<p>L’inoubliable discours de Bourguiba du 15 décembre 1972 au Palmarium [où il lui a expliqué qu’on ne s’attaque pas impunément à l’Amérique, quand on n’a pas les moyens économiques, technologiques et militaires pour lui faire face, Ndlr], reste plus que jamais d’actualité.</p>



<p>Évidemment, n’est pas Bourguiba qui veut.</p>



<p>Par ailleurs, et en dépit de son caractère assez inédit et surprenant, l’opération américaine de neutralisation de la direction politique du Venezuela, pays détenteur des plus grandes réserves mondiales de pétrole et pourtant mal géré et connu plutôt pour les rodomontades pseudo révolutionnaires de ses dirigeants, n’a pas suscité une grande réaction négative chez les Tunisiens car ils ont pendant des décennies entières souffert des effets pernicieux des pétrodollars dans leur voisinage immédiat avec leurs effets inflationnistes et corrupteurs et surtout des pétro-barbouzes, sorte de voyous de quartier dopés aux recettes pétrolières détournées sans vergogne parmi une clique militaire aussi corrompue qu’impopulaire et arrogante.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les Tunisiens et les pétro-barbouzes</h2>



<p>Depuis son indépendance, la Tunisie a payé au prix fort son voisinage plein de pétro-barbouzes et de richesses naturelles détournées et mal utilisées avec tous les effets pervers imaginables sur son économie et sa stabilité.</p>



<p>Si les enseignements de la fin tragique du bouillonnant colonel libyen et de l’enfer que vit son pays depuis son élimination n’ont pas été suffisamment tirés, il reste à espérer que le sort de Nicolas Maduro et de son pays donneront matière à réflexion aux pétro-barbouzes du coin.</p>



<p>Sinon, la 6<sup>ème</sup> flotte n’est qu’à quelques encablures. Quant à la Russie et la Chine, elles ont visiblement d’autres chats à fouetter pour le moment que de voler au secours de leurs supposés protégés.</p>



<p>* <em>Ancien ambassadeur.</em></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="yuDZpB4d4I"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/03/venezuela-nicolas-maduro-capture-et-exfiltre-par-les-etats-unis/">Venezuela | Nicolas Maduro «capturé et exfiltré» par les Etats-Unis</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Venezuela | Nicolas Maduro «capturé et exfiltré» par les Etats-Unis » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/03/venezuela-nicolas-maduro-capture-et-exfiltre-par-les-etats-unis/embed/#?secret=28d2r3OgTo#?secret=yuDZpB4d4I" data-secret="yuDZpB4d4I" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<item>
		<title>Les Américains se désengageront de l’Otan dès 2027 </title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/06/les-americains-se-desengageront-de-lotan-des-2027/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 Dec 2025 07:32:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[doctrine Monroe]]></category>
		<category><![CDATA[Donald Trump]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[Europe]]></category>
		<category><![CDATA[hémisphère occidental]]></category>
		<category><![CDATA[Otan]]></category>
		<category><![CDATA[Russie]]></category>
		<category><![CDATA[Ukraine]]></category>
		<category><![CDATA[Vladimir Poutine]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Donald Trump, agacé par l’attitude des Européens, annonce le désengagement des Etats-Unis de l’Otan  d’ici 2027</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Dans un document stratégique, Donald Trump, visiblement agacé par l’attitude des Européens concernant son projet de paix en Ukraine,&nbsp;annonce le désengagement des Etats-Unis de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan) d’ici 2027, relançant ainsi la doctrine Monroe&nbsp; &nbsp;</em></strong></p>



<p><strong>Habib Glenza</strong></p>



<span id="more-18041654"></span>



<p>La&nbsp;doctrine Monroe&nbsp;condamne toute intervention européenne&nbsp;dans les <em>«affaires des Amériques»</em> (Nord et Sud), tout comme celle des États-Unis dans les affaires européennes.&nbsp;Elle porte le nom du cinquième président des Etats-Unis, James Monroe&nbsp;(1817–1825).</p>



<p>Ce document stipule que les États-Unis réaffirment leur influence dans l’hémisphère occidental, renforcent leur puissance militaire dans l&rsquo;Indo-Pacifique et revoient leur relation avec l’Europe, a déclaré le président Trump vendredi 5 décembre 2025 dans un document stratégique visant à redéfinir le rôle des Etats-Unis sur la scène internationale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Prééminence américaine dans l&rsquo;hémisphère occidental </h2>



<p>La Stratégie de sécurité nationale, publiée la nuit dernière, décrit la vision de Trump comme celle d’un <em>«réalisme flexible»</em> et affirme que les États-Unis devraient ressusciter la doctrine Monroe du XIX<sup>e</sup>&nbsp;siècle, qui proclamait l’hémisphère occidental comme zone d’influence de Washington. Le texte met également en garde contre un <em>«effacement civilisationnel»</em> en Europe, exhortant le continent à changer de cap.</p>



<p>Ce document constitue l’expression la plus récente et la plus claire de la volonté de Trump de bouleverser l’ordre mondial d’après-guerre, dominé par les États-Unis et fondé sur un réseau d’alliances et de groupes multilatéraux.</p>



<p>La politique étrangère du président Trump est motivée avant tout par ce qui convient à l’Amérique, c’est-à-dire&nbsp;<em>«l’Amérique&nbsp;d&rsquo;abord et avant tout»</em>. Ce document indique que Trump entend <em>«restaurer la prééminence américaine»</em> dans l’hémisphère occidental.</p>



<p><em>«Ce corollaire Trump à la doctrine Monroe est une restauration de bon sens et puissante de la puissance et des priorités américaines, conforme aux intérêts de sécurité des États-Unis»</em>, précise le texte, suggérant que le renforcement militaire américain dans la région n’est pas temporaire.</p>



<p>Depuis son arrivée à la Maison-Blanche en janvier, les critiques accusent Trump d’adopter une rhétorique évoquant un impérialisme moderne dans l’hémisphère occidental. Il avait évoqué, de manière vague, la reprise du canal de Panama ainsi que l’annexion du Groenland et du Canada.</p>



<p>Plus récemment, le renforcement de la présence militaire américaine dans les Caraïbes et les menaces de frappes terrestres au Venezuela et dans d’autres pays où opèrent les soi-disant cartels de la drogue ont accentué les inquiétudes régionales. Les États-Unis ont déployé plus de 10&nbsp;000 soldats dans les Caraïbes, accompagnés d’un porte-avions, de navires de guerre et de chasseurs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’Europe menacée d’effacement</h2>



<p>Dans ce document, l’administration Trump porte un regard sombre sur ses alliés traditionnels en Europe, avertissant que le continent fait face à un <em>«effacement civilisationnel»</em> et doit changer de trajectoire s’il veut rester un allié fiable des États-Unis. Le texte s’inscrit dans une série de déclarations de responsables américains qui remettent en cause les postulats de l’après-guerre concernant la relation étroite entre l’Europe et son allié le plus puissant, les États-Unis.</p>



<p>Certains commentateurs européens estiment que le document reprend la rhétorique des partis politiques d’extrême droite en Europe, qui sont devenus la principale opposition aux gouvernements en Allemagne, en France et dans d’autres pays alliés traditionnels des États-Unis.</p>



<p>Le document en question affirme qu’il est dans l’intérêt stratégique des États-Unis de négocier une résolution rapide en Ukraine et de rétablir une <em>«stabilité stratégique»</em> avec la Russie. Ce qui vaut à Trump des critiques pour ses déclarations positives et admiratives envers le président russe Vladimir Poutine, jugées trop conciliantes envers Moscou.</p>



<p>Reuters rapporte vendredi que Washington souhaite que l’Europe assume la majeure partie des capacités de défense conventionnelle de l’Otan sur son territoire, du renseignement aux missiles, un calendrier jugé irréaliste par certains responsables européens qui ne peuvent clairement plus compter sur le parapluie américain pour contrer d’hypothétiques attaques russes.</p>
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		<title>«Flight of the Eagle» : L&#8217;Amérique et le supplice de Tantale</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 Apr 2022 07:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Benjamin Franklin]]></category>
		<category><![CDATA[Conrad Black]]></category>
		<category><![CDATA[doctrine Monroe]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[Flight of the Eagle]]></category>
		<category><![CDATA[Henri Kissinger]]></category>
		<category><![CDATA[Maccarthysme]]></category>
		<category><![CDATA[Mayflower]]></category>
		<category><![CDATA[Mc Kinley]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Qu’est ce que les Etats-Unis d’Amérique? la plus grande puissance mondiale qui ait jamais existé. Est-ce les hasards de l’Histoire qui l’ont conduite vers cette position unique, ou s&#8217;agit-il d&#8217;un cheminement inéluctable? Tout dépend en fait des critères retenus pour l’élaboration du récit narratif. Par Dr Mounir Hanablia * L’Histoire des Etats Unis écrite par...</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/04/Conrad-Black-Flight-of-the-Eagle.jpg" alt="" class="wp-image-387189"/></figure></div>



<p><strong><em>Qu’est ce que les Etats-Unis d’Amérique? la plus grande puissance mondiale qui ait jamais existé. Est-ce les hasards de l’Histoire qui l’ont conduite vers cette position unique, ou s&rsquo;agit-il d&rsquo;un cheminement inéluctable? Tout dépend en fait des critères retenus pour l’élaboration du récit narratif.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Dr Mounir Hanablia</strong> *</p>



<span id="more-387188"></span>



<p>L’Histoire des Etats Unis écrite par un Mexicain ou un Indien d’Amérique sera certainement différente de celle rapportée par un Américain anglo-saxon protestant, dont les points de vue varieront sur un nombre important de questions, en vertu de son origine géographique, nordiste ou sudiste, ou de ses convictions politiques, républicaines ou démocrates.</p>



<p>L’ouvrage de Conrad Black préfacé, il ne faut pas l’oublier, par Henri Kissinger, l’ancien secrétaire d’Etat, reflète donc jusqu’à un certain point celle du gouvernement américain, du moins relativement à la présidence Nixon, et depuis les pères fondateurs jusqu’à la date de la publication de l’ouvrage, celle d’un nationaliste fier qui ne remet en général pas en doute le bien-fondé de la domination de son pays sur le monde.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Protéger la liberté dans le monde</h2>



<p>Cette invocation de la divine providence ayant conduit le peuple américain à travers les vicissitudes de l’Histoire pour protéger la liberté dans le reste du monde procède de la même bible dont les puritains anglais débarquant du Mayflower ont puisé leur droit sur cette nouvelle terre promise.</p>



<p>Que Benjamin Franklin et le président Mc Kinley aient eu la prémonition d’un destin exceptionnel n’a donc en soi rien d’étonnant. Les colons anglais, grâce à l’armée britannique, se sont débarrassés de la présence française qui du Canada vers la Louisiane à travers l’Ohio les encerclait et les menaçait. Puis grâce à l’aide décisive de la monarchie française, ils se débarrassèrent de la présence britannique qui fiscalement les opprimait et la République qu’ils créèrent, marchande et libérale, issue de la philosophie des lumières, précéderait celle, régicide et sanglante, issue de la Révolution Française.</p>



<p>Il n’était pas évident à l’origine que la structure fédérale finirait par réunir les différentes colonies. Ce sont les personnalités persuasives et l’autorité des dirigeants issus de la guerre de libération, lors de la fondation de l’Etat, ainsi que l’intérêt commun, celui de l’allègement du fardeau de la dette, qui ont finalement prévalu.</p>



<p>L’extension du territoire américain se fit soit par la négociation et des arrangements financiers avec la France, la Grande-Bretagne et la Russie, soit par des guerres de conquête à l’instar de celles menées contre le Mexique et l’Espagne. La guerre de sécession augmenta considérablement la puissance militaire du pays et les Etats-Unis, conformément à la doctrine Monroe, en émergèrent comme la puissance exclusive du continent américain, en interdisant l’accès à toute autre puissance extérieure. Et l’essor considérable économique et financier qui lui fit suite accompagna celui de la marine américaine, lui assurant l’occupation de Cuba et de Porto Rico, du Panama avec l’ouverture du canal, dans l’Atlantique, et l’accès aux îles du pacifique, dont quelques une furent soit annexées comme Hawaii, soit occupées à l’instar des Philippines.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une puissance américaine à la conquête du monde</h2>



<p>L’arrivée en Asie de la marine américaine imposa au Japon l’ouverture du pays au commerce international et à la modernisation, et à la Chine, la politique dite de la porte ouverte accordant les mêmes droits de commercer à toutes les puissances.</p>



<p>Les deux guerres mondiales furent l’occasion pour les Etats-Unis de participer militairement d’une manière décisive à la défaite de l’Axe et de devenir les créanciers des puissances européennes, du Japon, de la Chine, et même de l’URSS.</p>



<p>Une première controverse émerge après la guerre, relative à l’abandon de l’Europe de l’Est à la domination soviétique et celui de la Chine aux communistes, cela semble avoir apporté des arguments aux tenants en Amérique du péril rouge et au Maccarthysme.</p>



<p>La deuxième controverse survient lors de la guerre de Corée entre 1950 et 1953 sur l’utilisation de la bombe atomique contre la Chine; elle suscite une querelle entre le président Truman et le Général MacArthur qui est limogé.</p>



<p>La troisième controverse porte sur l’abandon de la France en lutte contre le Vietminh par la puissance américaine, et la quatrième sur l’engagement américain dans la guerre contre le Vietnam au nom de la théorie des dominos que beaucoup ont contestée, à commencer par Winston Churchill.</p>



<p>La cinquième controverse est relative à la gestion de la crise des missiles à Cuba. Et la sixième s’il y a lieu ne peut porter après la croisade contre le terrorisme que sur le désengagement d’Afghanistan, mais elle n’est pas l’objet de ce livre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les normes américaines s’imposent partout</h2>



<p>Il reste à dire que le principal justificatif de l’œuvre à postériori de la puissance américaine, à l’échelle mondiale, selon l’auteur du livre, c’est la paix, la démocratie, et la prospérité, apportées à l’Europe, à la Corée du Sud, au Japon, mais aussi l’accès de la Chine à l’économie de marché, la seule alternative étant la tyrannie et la misère.</p>



<p>Il n’empêche, ce sont les normes américaines qui partout s’imposent à travers un monde injuste au mépris des sentiments des différents peuples, complètement ignorés, à qui des guerres et des interventions armées sont souvent imposées au nom du progrès. Certains pays, inévitablement, réagiront toujours en fonction de leurs intérêts, et au mieux de leurs moyens. Et la crise climatique menace le monde de catastrophes sans précédent.</p>



<p>En réalité, l’historiographie de la conquête du monde par les Etats-Unis d’Amérique est celle de la prise de contrôle directe ou indirecte de territoires dont les habitants n’ont aucune importance, dans le cadre d’un affrontement planétaire manichéen contre des puissances maléfiques. Le fardeau que les pères fondateurs ont fait porter à leur pays, celui d&rsquo;assurer sa prospérité au détriment du celle&nbsp;du monde, risque de le condamner au supplice de Tantale**.</p>



<p>* <em>Médecin de pratique libre.</em></p>



<p><em>** Employée depuis le milieu du XIXe siècle, cette locution fait référence à la mythologie grecque. Tantale, fils de Zeus, était, suite à une punition de son père, condamné à supporter la faim et la soif pour l’éternité. En effet, lorsqu’il s’approchait d’un fruit ou d’une source, le premier se transformait en pierre, quant à la seconde, elle disparaissait. Cette expression symbolise la déception de quelqu’un qui voit ses projets s’envoler si près du but.</em></p>



<p><strong><em>« Flight of the Eagle », Conrad Black, International Edition, 10 Mai 2013. </em></strong></p>



<h4 class="wp-block-heading"><em>Articles du même auteur dans Kapitalis : </em></h4>



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