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	<title>Archives des épidémies - Kapitalis</title>
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	<title>Archives des épidémies - Kapitalis</title>
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		<title>La faim, la soif et les épidémies, les autres armes d’Israël à Gaza (vidéo)</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Dec 2023 06:52:37 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Comment Israël cherche à affamer et à assoiffer les civils palestiniens et à créer une catastrophe humanitaire engendrant les épidémies à Gaza. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/12/20/la-faim-la-soif-et-les-epidemies-les-autres-armes-disrael-a-gaza-video/">La faim, la soif et les épidémies, les autres armes d’Israël à Gaza (vidéo)</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Les outils auxquels recourt Israël dans son génocide qu’il perpètre à Gaza pour décimer les populations civiles depuis plus de deux mois ne se limite pas uniquement à sa machine militaire colossale soutenue par les États-Unis et certains Etats européens mais contient également des procédés pernicieux comme celui consistant à affamer et à assoiffer les civils et créer une catastrophe humanitaire engendrant les épidémies.</em></strong> </p>



<p>Par <strong>Imed Bahri</strong></p>



<span id="more-10971785"></span>



<p>Euro-Med Human Rights Monitor, Observatoire euro-méditerranéen des droits de l’homme (OEMDH) a affirmé que plus de 71% de l’échantillon d’une <a href="https://euromedmonitor.org/en/article/6043/Seventy-one-per-cent-of-Gaza%E2%80%99s-population-experiences-extreme-hunger,-Euro-Med-Monitor-study-says" target="_blank" rel="noreferrer noopener">étude menée dans la bande de Gaza</a> a déclaré souffrir de niveaux de faim graves à cause de l’utilisation par Israël de la famine comme arme de guerre pour punir les civils palestiniens.</p>



<p>Les résultats de l’étude ont montré que 98% des personnes interrogées ont déclaré souffrir d’une consommation alimentaire insuffisante tandis qu’environ 64% d’entre elles ont déclaré manger de l’herbe, des fruits, des aliments non cuits et des produits alimentaires périmés pour satisfaire leur faim.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Malnutrition et manque d’eau potable</h2>



<p>L’accès à la nourriture est un supplice, comme l’explique le témoignage de l’enfant palestinien dans la vidéo qui accompagne le présent article et les Gazaouis sont hélas livrés à eux-mêmes.&nbsp;</p>



<p>L’étude a permis de constater que le taux d’accès à l’eau comprenant l’eau potable, l’eau de mer et l’eau de nettoyage est de 1,5 litre par personne et par jour dans la bande de Gaza soit 15 litres de moins que les besoins de base en eau pour le niveau de survie selon les normes internationales Sphère.</p>



<p>L’étude a également abordé les répercussions de la malnutrition et du manque d’eau potable. 66% de l’échantillon étudié a déclaré souffrir ou avoir souffert au cours du mois en cours de cas de maladies intestinales, de diarrhée et d’éruptions cutanées (changement de la couleur ou de la texture de la peau qui se manifeste sous forme de poussée de plaques ou de taches rouges ou de bosses).</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe title="طفل فلسطيني يصف بطلاقة معاناته في الحصول على الطعام" width="1160" height="653" src="https://www.youtube.com/embed/nBtC0cncoKg?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<p>Dans l’étude, l’OEMDH a relayé des témoignages de médecins qui ont parlé d’une augmentation du taux de décès par crise cardiaque et évanouissement dans les zones de la ville de Gaza et dans la partie nord qui connaissent une détérioration plus grave de la crise humanitaire et un taux de faim encore plus élevé.</p>



<p>Israël a également ciblé les générateurs électriques et les unités d’énergie solaire dont dépendent les établissements commerciaux, les restaurants et les institutions civiles afin de maintenir le niveau de fonctionnement au minimum possible.</p>



<p>Israël a par ailleurs détruit délibérément toutes les boulangeries, des magasins d’alimentation ainsi que des stations et des réservoirs d’eau. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Le génocide comme méthode de guerre</h2>



<p>Cet objectif pernicieux et criminel d’affamer les Palestiniens et de créer une catastrophe humanitaire qui engendre des épidémies pour décimer la population civile à Gaza trouve un écho favorable en Israël et est même encouragé par des personnes influentes comme le prouve la tribune écrite dans le <em>Yediot Aharonot</em> par le Major général<a href="https://investigaction.net/la-proposition-monstrueuse-de-giora-eiland-sur-gaza-cest-le-mal-au-vu-et-au-su-du-monde/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"> Giora Eiland </a>qui fut entre autres président du Conseil de sécurité national israélien. Eiland écrit : <em>«La manière de gagner la guerre plus rapidement et à moindre coût pour nous nécessite l’effondrement du système de l’autre côté et pas seulement la mort de davantage de combattants du Hamas.»</em> Il ajoute le plus cyniquement du monde: <em>«La communauté internationale nous met en garde contre une catastrophe humanitaire à Gaza et de graves épidémies mais nous ne devrions pas en avoir honte malgré toutes les difficultés que cela entraîne. En fin de compte, les épidémies et les difficultés dans le sud de la bande de Gaza rapprocheront la victoire et réduiront les pertes parmi les soldats de l’armée israélienne.»</em> </p>



<p>Assumant les crimes de guerre et le génocide, Eiland a appelé le gouvernement israélien à ne pas permettre que l’aide humanitaire soit fournie à Gaza. Il poursuit: <em>«La guerre entre pays ne se tranche pas seulement par le combat militaire mais aussi par la capacité d’une partie à briser le système de l’adversaire et ses capacités économiques.»</em></p>



<p>La population civile de Gaza aux yeux d’Israël doit mourir par les bombardements aériens, les missiles des chars d’assaut, les armes des militaires israéliens, la faim, la soif, les épidémies ou par l’absence de soins étant donné que la plupart des hôpitaux ont été détruits et les quelques uns qui restent manquent cruellement de tout et peuvent être la cible des bombardements israéliens à tout moment. Et dire que les pays occidentaux, États-Unis en tête, continuent de soutenir Israël dans sa folie génocidaire.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/12/20/la-faim-la-soif-et-les-epidemies-les-autres-armes-disrael-a-gaza-video/">La faim, la soif et les épidémies, les autres armes d’Israël à Gaza (vidéo)</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (2/5)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 04 Apr 2020 15:06:49 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le capitalisme sauvage et la mondialisation du néolibéralisme ont joué un rôle primordial dans la production des épidémies et des pandémies, y compris en Chine depuis son ouverture au libéralisme économique. Mais par-delà la gestion en cours de la dernière pandémie en date, le coronavirus, Covid-19, l’avenir ne se pose pas, nécessairement, en termes de...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/04/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-2-5/">L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (2/5)</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/04/Coronavirus-Planete-2.jpg" alt="" class="wp-image-292637"/></figure>



<p><strong><em> Le capitalisme sauvage et la mondialisation du néolibéralisme ont joué un rôle primordial dans la production des épidémies et des pandémies, y compris en Chine depuis son ouverture au libéralisme économique. Mais par-delà la gestion en cours de la dernière pandémie en date, le coronavirus, Covid-19, l’avenir ne se pose pas, nécessairement, en termes de «printemps des nationalismes», à travers la montée des expressions nationalistes de la révolution conservatrice, mais de restauration de la démocratie et sa réconciliation avec sa nécessaire dimension sociale et du l’Etat providence qui pèse sur les lois de marché et oriente l’économie vers la prise en compte des droits socio-économiques et culturels de la population.</em></strong></p>



<p> Par <strong>Mohamed-Chérif Ferjani</strong> *</p>



<span id="more-292635"></span>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignleft size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/04/Mohamed-Cherif-Ferjani.jpg" alt="" class="wp-image-292632"/></figure></div>



<h3 class="wp-block-heading"> 2- Des épidémies du capitalisme à celles du néolibéralisme  </h3>



<p> Le biologiste américain Robert G. Wallace, dans une interview datée du 13 mars 2020(2), signale que le <em>«Covid-19 n’est pas un incident isolé. L’augmentation de l’occurrence des virus est étroitement liée à la production alimentaire et à la rentabilité des sociétés multinationales. Quiconque cherche à comprendre pourquoi les virus deviennent plus dangereux doit étudier le modèle industriel de l’agriculture et, plus particulièrement, de l’élevage animal.» </em>Dans cette interview, il pointe <em>«l’accaparement des dernières forêts primaires et des terres agricoles détenues par les petits exploitants dans le monde»</em> et les <em>«investissements [qui] favorisent la déforestation et le développement, ce qui entraîne l’apparition de maladies. La diversité et la complexité fonctionnelles que représentent ces immenses étendues de terre sont rationalisées de telle sorte que des agents pathogènes auparavant enfermés se répandent dans le bétail local et les communautés humaines.» </em>Il ajoute : <em>«À l’heure actuelle, la planète Terre est en grande partie une ferme planétaire, tant en termes de biomasse que de terres cultivées. L’agrobusiness vise à s’accaparer le marché alimentaire. La quasi-totalité du projet néolibéral est organisée autour du soutien aux efforts des entreprises basées dans les pays industrialisés les plus avancés pour voler les terres et les ressources des pays les plus pauvres. En conséquence, nombre de nouveaux agents pathogènes, jusqu’alors tenus en échec par des écologies forestières en évolution constante, sont désormais libres, et menacent le monde entier».</em> Les effets de ce phénomène n’ont plus de frontières :<em> «Même les populations les plus éloignées géographiquement finissent par être touchées, fut-ce de manière distale. Les virus Ebola et Zika, le coronavirus, la fièvre jaune, diverses formes de grippe aviaire et la peste porcine africaine chez les porcs comptent parmi les nombreux agents pathogènes qui quittent les arrière-pays les plus reculés pour se diriger vers les boucles périurbaines, les capitales régionales et, finalement, vers le réseau mondial de transport. On passe de chauves-souris frugivores du Congo à la mort de bronzeurs de Miami en quelques semaines.» </em></p>



<p> Voilà ce qui explique comment la nouvelle épidémie, Covid-19, partie de Wuhan, est devenue en quelques semaines une pandémie planétaire. Analysant comment le marché de Wuhan dont est partie la nouvelle épidémie offre des produits provenant de la production agro-économique industrielle et de la forêt qui en constitue l’arrière-plan : des fruits et des légumes, du bœuf, du porc et de l’agneau, des poulets, des crabes et des poissons vivants dans leurs aquariums, et autres produits issus de la production industrielle en expansion depuis les réformes de Teng Siao Ping, d’une part; des tortues, des serpents, des cigales, des cochons d’Inde, des chauves-souris, des rats des bambous, des blaireaux, des civettes palmistes, des hérissons, des loutres, des louveteaux et d’autres bestiaux vendus vivants et issus de la forêt, d’autre part. </p>



<p> Cette double offre du marché de Wuhan illustre le schéma relatif à la double origine des épidémies récentes que Robert G. Wallace développe dans son livre <em>‘‘Big Farms Make Big Flu : Dispatches on Infectious Disease, Agribusiness, and the Nature of Science’’, </em>(Monthly Review Press, 2016). En effet, son analyse distingue deux catégories d’épidémies ; celles qui trouvent leur origine au cœur de la production agro-économique, et celles qui proviennent de l’arrière-pays de cette production que constituent les forêts. À travers l’exemple du H5N1, la grippe aviaire, il met en évidence les facteurs socio-géographiques qui favorisent l’apparition et la propagation des virus : développement, dans les pays pauvres d’unités d’agro-industrie, sans aucune réglementation, collées aux quartiers et aux bidonvilles périurbains; diffusion des virus dont l’apparition est liée à ces unités, dans les zones vulnérables avec augmentation de la variation génétique permettant au H5N1 de développer des caractéristiques spécifiques à l’humain; propagation mondiale du virus (H5N1) avec une rapide évolution en contact avec la variété de plus en plus grande des environnements socio-écologiques en rapport avec les modes d’élevage de la volaille et des mesures concernant la santé. [Robert G. Wallace, <em>‘‘Big Farms Make Big Flu’’</em>, op.cit, p.52 ] Les circuits de la circulation mondiale des marchandises et des migrations régulières de la main-d’œuvre permettent aux virus de muter rapidement donnant lieu à des variantes dont les plus adaptées surpassent les autres.</p>



<p> Ainsi, la circulation améliore la résilience des virus. Des souches virales au départ isolées et inoffensives se retrouvent, du fait de cette circulation, dans des environnements hyperconcurrentiels qui favorisent la rapidité de leur cycle de vie, la capacité de saut zoonotique entre les espèces porteuses et d’évolution rapide de nouveaux vecteurs de transmission. R. G.Wallace signale <em>«l’absence de souches endémiques hautement pathogènes </em>[de la grippe] <em>dans les populations d’oiseaux sauvages, le réservoir ultime de presque tous les sous-types de grippe» </em>[Robert G. Wallace, op.cit, p.56], contrairement à ce qu’on observe chez les populations domestiques rassemblées dans les fermes industrielles perdant, du fait de <em>«la culture de monocultures génétiques»</em>, les pare-feux immunitaires capables de ralentir la transmission. </p>



<p>En effet, les populations plus nombreuses et plus denses, favorisent la transmission rapide des virus; la promiscuité diminue la réponse immunitaire et le haut débit de la production industrielle assure l’approvisionnement continu en sujets sensibles dont dépend l’évolution de la virulence [Ibid. pp. 56-57]: <em>«Dès que les animaux industriels atteignent le bon volume, ils sont tués. Les infections grippales résidentes doivent atteindre rapidement leur seuil de transmission chez un animal donné […] Plus les virus sont produits rapidement, plus les dommages causés à l’animal sont importants» </em>[ibid. p.57]. Les abattages massifs destinés à éliminer les foyers de l’épidémie – solution adoptée suite à la peste porcine africaine entraînant la perte de près d’un quart de l’approvisionnement mondial en viande de porc – peuvent, paradoxalement, contribuer à induire l’évolution de souches hyper-virulentes. </p>



<p> Ces épidémies se sont historiquement produites chez des espèces domestiquées, suite à des périodes de guerre ou de catastrophes environnementales; cependant, il est indéniable que la production capitaliste a contribué à la montée de l’intensité et de la virulence de ces maladies. Cette thèse défendue par Robert G. Wallace, est illustrée par divers exemples rappelés dans son livre précité.</p>



<p> Le premier exemple est celui de l’apparition, au XVIIIe siècle, du capitalisme dans les campagnes anglaises, avec l’introduction des monocultures de bétail. En rapport avec le développement de ce type de production agricole, trois pandémies différentes se sont produites en Angleterre au XVIIIe siècle : de 1709 à 1720, de 1742 à 1760 et de 1768 à 1786. L’origine de chacune d’entre elles était l’importation du continent de bétail infecté par les pandémies précapitalistes. Du fait de la concentration du bétail, en rapport avec l’introduction de la production capitaliste, l’importation du continent du bétail infecté a eu des effets plus dévastateurs qu’ailleurs, notamment dans les grandes laiteries de Londres qui offraient un environnement idéal pour l’intensification du virus. Les foyers de l’épidémie ont été circonscrits grâce à un abattage sélectif précoce, à petite échelle, et au recours à des traitements médicaux et scientifiques modernes; les nouveaux vaccins, bien qu’arrivant trop tard, ont contribué, ensuite, à remédier aux dégâts consécutifs à la dévastation. Cependant, les pandémies du bétail en Angleterre, ont eu des effets plus dévastateurs à la périphérie de l’économie capitaliste. </p>



<p> Le deuxième exemple que rappelle  Robert G. Wallace, est celui de la peste bovine qui a vu le jour en Europe, en rapport avec la croissance de l’agriculture à grande échelle, et qui a été exportée en Afrique dans les années 1890, du fait des guerres coloniales opposant les puissances industrielles qui se disputaient la domination de ce continent. La maladie s’est propagée dans la population bovine locale emportant 80 à 90% de tout le cheptel, et provoquant une famine sans précédent dans les sociétés pastorales de l’Afrique subsaharienne. Cette dévastation a eu des conséquences fatales pour la savane devenue, avec l’envahissement des épineux, un milieu favorable à l’expansion de la mouche tsé-tsé dont l’une des conséquences a été la limitation de l’accès du bétail aux pâturages et du repeuplement de la région après la famine, pendant que se poursuivait l’expansion de la colonisation européenne.</p>



<p> Le troisième exemple est celui de la grippe espagnole, l’une des premières épidémies de grippe H1N1. Après des doutes quant à son origine, l’hypothèse qui a la faveur de Robert G. Wallace suppose qu’elle provient de porcs ou de volailles domestiqués, du Kansas. L’époque et le lieu militent en faveur de cette hypothèse. Dans les années qui ont suivi la Première Guerre mondiale (1914-1918), l’agriculture américaine a connu la généralisation d’une production industrielle fortement mécanisée. Cette évolution s’est étendue dans les années 1920, avec le recours massif aux technologies (dont la moissonneuse-batteuse) entraînant une monopolisation progressive et un désastre écologique à l’origine de la crise du Dust Bowl et des grandes migrations qui en ont résulté. On en n’était pas encore aux grandes concentrations du bétail, mais la production intensive qui avait déjà créé des épidémies de bétail dans toute l’Europe, était déjà la norme aux Etats-Unis d’où serait partie, selon cette hypothèse, la grippe espagnole. La propagation rapide de la grippe était due au commerce mondial et à la Grande Guerre dont les protagonistes étaient principalement les empires coloniaux. Le taux de mortalité élevé de cette épidémie peut s’expliquer par des facteurs sociaux comme la malnutrition, la surpopulation urbaine et les conditions de vie généralement insalubres dans les zones touchées. [Voir Brundage JF, Shanks GD, <em>«What really happened during the 1918 influenza pandemic ? The importance of bacterial secondary infections» </em>(L’importance des infections bactériennes secondaires), <em>‘‘The Journal of Infectious Diseases’’</em>, Volume 196, numéro 11, décembre 2007. pp. 1717-1718, la réponse de Robert G. Wallace suit dans les pp. 1718-1719 ; voir aussi Morens DM, Fauci AS, <em>«The 1918 influenza pandemic : Insights for the 21st century»</em>, dans<em> ‘‘The Journal of Infectious Diseases’’</em>, Volume 195, numéro 7, avril 2007, pp 1018-1028].</p>



<p> Ainsi, précise Robert G. Wallace, les épizooties en Angleterre du XVIIIe siècle ont été le premier cas de peste bovine de type nettement capitaliste, l’épidémie de la peste bovine de l’Afrique des années 1890, fut importée de l’Europe capitaliste par les conquêtes coloniales, et la grippe espagnole était la première épidémie, également liée au capitalisme, avec des conséquences désastreuses pour la classe ouvrière et les populations appauvries.</p>



<p> L’épidémie de coronavirus n’a rien de spécifiquement chinois. Les raisons pour lesquelles tant d’épidémies semblent survenir de nos jours en Chine n’ont rien de culturel, comme veulent le faire croire les explications sinophobes. Elles relèvent de la géographie économique. La Chine aujourd’hui est dans la même situation que connaissaient les Etats- Unis et l’Europe quand ils étaient <em>«les plaques tournantes de la production mondiale et de l’emploi industriel de masse.»</em> [Voir l’article <em>«Contagion sociale. Guerre de classe microbiologique en Chine»</em> qui m’a fait découvrir les travaux de Robert G. Wallace, Revue Chuang (3)). Les épidémies décimant le cheptel dans les campagnes ont de graves conséquences dans les villes en raison des défaillances sanitaires et des politiques qui n’ont pas prévu la généralisation de la contamination, et qui ont aggravé la précarité des conditions de vie des laissés pour compte du capitalisme sauvage. La seule différence par rapport aux siècles passés, c’est que nous vivons à l’ère de la mondialisation du néolibéralisme qui donne libre cours aux lois du marché, enlève aux Etats les moyens de réguler ces lois pour en atténuer les ravages, permet la libre circulation des capitaux, des marchandises, multiplie les foyers de tensions et de conflits ayant pour enjeux la mainmise sur les ressources énergétiques et minérales, et n’arrive pas à endiguer les flux migratoires et l’expansion des épidémies qui empruntent les mêmes  voies que les capitaux, les marchandises et les humains. </p>



<p class="has-text-align-right"><em> Sainte Consorce, le 2 avril 2020</em>.</p>



<h3 class="has-text-align-right wp-block-heading">A suivre&#8230; </h3>



<p><em>* Professeur honoraire de l’Université Lyon 2, Président du Haut-Conseil de Timbuktu Institute-African Center for Peace Studies chercheur associé de plusieurs laboratoires et centres de recherches dont, l’ISERL à Lyon, et Dirasset Maghrébines et l’IRMC à Tunis, auteur de ‘‘De l’islam d’hier et d’aujourd’hui’’, éd. Nirvana Editions et Presses de l’Université de Montréal, 2019, ‘‘Pour en finir avec l’exception islamique’’, éd. Nirvana, Tunis 2017, ‘‘Religion et démocratisation en Méditerranée’’, éd. Riveneuve, Paris 2015/Nirvana, Tunis 2016, ‘‘Le politique et le religieux dans le champ islamique’’, éd. Fayard, Paris 2005, ‘‘Islamisme, Laïcité et droits humains’’, éd. Amal, Tunis, 2012 (l’Hamattan, Paris, 1992),  ‘‘Les voies de l’islam, approche laïque des faits islamiques’’, éd. Le Cerf, Besançon/Paris, 1996, et d’un livre autobiographique : ‘‘Prison et liberté’’, éd. Mots Passants, Tunis, 2015, Nirvana, 2019.</em></p>



<p><em><strong>  Notes:  </strong></em></p>



<p><em>2- <a rel="noreferrer noopener" aria-label="Agrobusiness. (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://acta.zone/agrobusiness-epidemie-dou-vient-le-coronavirus-entretien-rob-wallace" target="_blank">Agrobusiness.</a> </em><br><em>3- <a rel="noreferrer noopener" aria-label="«Contagion sociale. Guerre de classe microbiologique en Chine»   (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://dndf.org/?p=18327&amp;fbclid=IwAR1HmPv9GDIpeVz8zW5PyG95VeYoLXMMfp0Yj0q84n9-VZlY8gHxx_YnzdM" target="_blank">«Contagion sociale. Guerre de classe microbiologique en Chine»  </a></em></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="vowiHzEnfX"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/04/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-1-5/">L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (1/5)</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (1/5) » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/04/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-1-5/embed/#?secret=RJvx4Q2AJK#?secret=vowiHzEnfX" data-secret="vowiHzEnfX" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (1/5)</title>
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		<pubDate>Sat, 04 Apr 2020 14:42:28 +0000</pubDate>
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<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/04/Coronavirus-Planete.jpg" alt="" class="wp-image-292633"/></figure>



<p><strong><em> Le capitalisme sauvage et la mondialisation du néolibéralisme ont joué un rôle primordial dans la production des épidémies et des pandémies, y compris en Chine depuis son ouverture au libéralisme économique. Mais par-delà la gestion en cours de la dernière pandémie en date, le coronavirus, Covid-19, l’avenir ne se pose pas, nécessairement, en termes de «printemps des nationalismes», à travers la montée des expressions nationalistes de la révolution conservatrice, mais de restauration de la démocratie et sa réconciliation avec sa nécessaire dimension sociale et du l’Etat providence qui pèse sur les lois de marché et oriente l’économie vers la prise en compte des droits socio-économiques et culturels de la population.</em></strong></p>



<p> Par <strong>Mohamed-Chérif Ferjani</strong> *</p>



<span id="more-292631"></span>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignleft size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/04/Mohamed-Cherif-Ferjani.jpg" alt="" class="wp-image-292632"/></figure></div>



<p> Le 27 décembre 2019, un hôpital de Wuhan, capitale de la province du Hubei, informe le Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies (CCCPM), et la Commission nationale de la santé, de l’existence d’une pneumonie inconnue. </p>



<p> Le 31 décembre, le centre de contrôle de Wuhan admet l’existence de cas de pneumonie inconnus liés au marché de gros de fruits de mer de Huanan. </p>



<p> Après le déni et la sanction du médecin qui fut à l’origine de l’alerte dès le 30 décembre 2019, Li Wenliang, ainsi que de ses collègues qui avaient relayé l’information, l’épidémie est prise au sérieux. La Commission nationale de la santé (NHC) à Pékin a dépêché immédiatement des experts à Wuhan. </p>



<p> Le 8 janvier 2020, la cause de la pneumonie est identifiée comme étant un nouveau coronavirus. Des mesures ont été prises rapidement et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) s’en est d’autant plus félicitée que les autorités chinoises, contrairement à leur habitude, semblent avoir fait preuve de transparence quant à la gestion de ce qui va devenir une crise mondiale. </p>



<p> En effet, l’épidémie se répand très vite atteignant l’Italie, puis la France, l’Espagne, l’Iran, plusieurs pays en Europe, en Asie, en Afrique et en Amérique, dont en particulier les Etats-Unis et le Canada. </p>



<p> L’OMS a très rapidement déclaré que l’épidémie est devenue, en quelques semaines  une pandémie mondiale faisant, depuis son apparition, en décembre 2019, au moins 19.246 morts dans le monde avec plus de 427.000 cas positifs recensés (selon la déclaration du secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU) datée du 25 mars 2020) et nous n’en sommes qu’au début : depuis, le nombre des morts et des personnes atteintes ne cesse d’augmenter partout, et surtout aux Etats-Unis dont le gouvernement continue à se comporter avec la même irresponsabilité qu’à l’égard du réchauffement climatique et des autres catastrophes qui menacent la planète et l’humanité. </p>



<h3 class="wp-block-heading"> 1- Une catastrophe inscrite dans le rapport entre l’humain et la nature : </h3>



<p> La pandémie qu’affronte aujourd’hui la planète s’inscrit dans la logique de la tournure catastrophique prise par la volonté prométhéenne de dominer le monde annoncée à l’aube des temps modernes par Descartes dans son <em>‘‘Discours de la méthode’’</em> (VIe partie) où on peut lire que la raison et ses exploits dans les différents domaines des savoirs et de la technique, vont permettre <em>«de nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature»</em>. </p>



<p> Martin Heidegger, tout en considérant que Descartes est responsable de ce péché originel de la modernité où la technique occupe une position hégémonique,  rappelle que la science moderne est en son essence <em>«technique»</em>, du fait qu’elle est devenue, avec Galilée et Kepler un <em>«projet mathématique»</em> de maîtrise de la nature. (Voir Alain Boutot,<em> ‘‘Heidegger’’,</em> Paris, PUF, 1989.) Tout est, selon cette conception, un simple objet de l’impérialisme de la volonté humaine pour qui le monde n’est plus qu’un réservoir de moyens d’étendre sa domination. La raison humaine elle-même est devenue un instrument de cette volonté qui n’a plus pour finalité, comme chez Descartes et ses héritiers des Lumières, l’émancipation de l’humain et sa réalisation, mais la domination sans limite sur le monde. </p>



<p> Hélas !, comme le remarqua par la suite Hannah Arendt, cette perception prémonitoire des méfaits de<em> «l’arraisonnement»</em> soumettant la raison et la science à <em>«la volonté de volonté»</em> de tout dominer, n’a pas permis à l’auteur de la critique la plus radicale de la technique, comme essence du projet prométhéen de <em>«l’homme moderne»</em>, de voir dans le nazisme une extension à la gestion des affaires humaines de cette volonté de domination. Justifiant son adhésion au national-socialisme, il n’y a vu que <em>«la rencontre entre la technique déterminée planétairement et l’homme moderne»</em> en tant qu’elle est «la vérité interne et la grandeur de ce mouvement» qu’est le nazisme. (<em>‘‘Introduction à la métaphysique’’</em>, rédigée en 1936, édition Gallimard, 1980, p 202). </p>



<p> Sans passer de la critique du projet prométhéen de <em>«l’homme moderne»</em> au rejet de la démocratie et à la justification d’un système totalitaire comme le nazisme, d’autres penseurs ont pointé les dérives des progrès techniques mettant en danger les équilibres écologiques. Michel Serres a lancé, dans ce sens, un appel pour un <em>«contrat naturel» </em>comme complément nécessaire du renouvellement du contrat social qu’exige la <em>«coupure brutale»</em> avec ce que nous avons vécu jusqu’ici, y compris sur le plan politique, faisant <em>«que beaucoup de nos institutions se trouvent comme ces étoiles dont nous recevons la lumière et dont les astrophysiciens nous disent qu’elles sont mortes depuis bien longtemps»</em>. (<em>‘‘Le contrat naturel’’</em>, Éditions F. Bourin, Paris, 1990) Il identifie l’origine de la conduite humaine à l’égard du monde ainsi : <em>«Nous avons construit un monde où l’intelligence est la première des facultés, où la science et la technique nous tirent en avant et nous chutons, en produisant plus de misère, de famines, de maladies.»</em> (Entretien avec Guy Rossi-Landi &#8211; Septembre 1993, <em>‘‘Le Figaro.fr Scope’’</em>) Pour rompre avec cette attitude, il appelle, dans la préface de l’édition 2018 de son livre, à <em>«élever la Nature au rang de sujet de droit, bouclant ainsi une histoire longue et difficile… Sous peine de mort, il faut donc désormais renverser cette vieille coutume et considérer que nos politiques et notre droit vivent avec et dans le monde, par lui, pour lui et de lui.» </em></p>



<p> Mais, est-ce seulement le fait de la <em>«condition de l’homme moderne» </em>? Ne sommes-nous pas devant une nouvelle étape de l’évolution des sociétés humaines fondées sur le postulat de l’anthropocentrisme ? </p>



<p> Certes, dans les sociétés préindustrielles, les humains tirant leur subsistance, au jour le jour, de la cueillette, de la pêche ou de la chasse, puis de l’agriculture et des activités artisanales, n’avaient pas les moyens de consommer tout, jusqu’à l’environnement et la condition de leur existence, comme ils peuvent le faire de nos jours. Cependant, comme le rappelle Pascal Pic (<em>«De l’hominisation au développement durable : d’un paradigme à l’autre»</em>, communiqué de presse du 25 janvier 2005, et synthèse du débat disponible sur <a rel="noreferrer noopener" aria-label="ce lien (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.forum-events.com/debats/synthese-pascal-picq-90-41.html" target="_blank">ce lien</a>), cela ne date pas de Descartes, de Copernic ou de Kepler :<em> «Nous avons découvert, en paléoanthropologie, que l’homme appartient à un groupe en voie de disparition en termes de biodiversité (…) Nous appartenons donc à un groupe en voie d’extinction, mais nous avons pu nous redéployer sur la Terre grâce à notre culture : le feu, les outils, les abris nous ont permis d’assurer notre survie grâce à l’innovation et à l’adaptation technologique.» </em></p>



<p> Ce serait donc la peur de disparaître, face à des prédateurs plus forts que lui, qui a poussé l’humain à inventer des outils qui lui ont permis de devenir, au fil du temps, le plus grand prédateur. Un ethnobotaniste, enquêté par Stéphanie Chanvallon dans le cadre de sa recherche doctorale, insiste sur le rôle de la peur que ressent l’être humain face à la nature dans sa volonté de la dominer : <em>«Je pense que la domination de la Nature a toujours existé. La domination de la Nature est liée à la peur que nous en avons. Quand on n’aura plus peur de la Nature, ça ira mieux. On reste avec un cerveau qui date du Paléolithique et nos représentations sont toujours les peurs de la Nature.» </em>(Stéphanie Chanvallon, <em>‘‘Anthropologie des relations de l’Homme à la Nature : la Nature vécue entre peur destructrice et communion intime’’,</em> Université Rennes 2009).</p>



<p> En effet, selon Pascal Picq, c’est à l’époque du Néolithique, que l’entreprise de dominer le monde a pris un tournant décisif avec l’apparition de l’agriculture et de l’élevage qui sont des techniques visant à s’apprivoiser les végétaux et les animaux, et par là-même la nature. Outre la consommation et la production, Jean-Pierre Digard souligne les dimensions sociales, culturelles et idéologiques de cette domestication : <em>«[…] variant largement en fonction des ressources naturelles et culturelles disponibles ainsi que des contraintes écologiques et sociales, les techniques ainsi mises en œuvre ont toutes en commun d’être aussi des ‘‘moyens élémentaires d’action’’, selon les termes de Leroi-Gourhan. […] En produisant des animaux, on produit donc également de la domestication, c’est-à-dire du pouvoir de l’homme sur l’animal. La place que celui-ci occupe dans la vie de nombreuses sociétés se traduit en effet par tout un échafaudage d’usages et d’idées, qui va bien au-delà de ce qui serait nécessaire et suffisant pour satisfaire les besoins vitaux de l’animal. On est donc fondé à se demander si ce n’est pas aussi la recherche de la domestication en soi, et de l’image qu’elle renvoie d’un pouvoir sur la vie et les êtres, qui conduit l’homme à produire des animaux.»</em> (<em>‘‘Les Français et leurs animaux’’</em>, Paris, Fayard, 1999, p.71 ; voir aussi son remarquable travail <em>‘‘L&rsquo;Homme et les animaux domestiques : anthropologie d&rsquo;une passion’’</em>, Paris, Fayard, <em>«Le Temps des sciences»</em> 1990). </p>



<p> Depuis la <em>«révolution néolithique», </em>toutes les sociétés qui se sont inscrites dans les évolutions qui n’en sont que le prolongement, n’ont fait que creuser <em>«la distinction séculaire entre l’homme et la nature, distinction qui a eu l’erreur de libérer l’homme des terreurs et des peurs magiques mais qui est en train de provoquer la ruine de l’humanité et le désastre écologique»</em>, engendrant<em> «les blessures de l’homme coupé de l’univers et […] les gémissements de la nature exploitée par l’homme»</em>, selon l’expression de Richard Bergeron. (R. Bergeron, <em>«Pour une spiritualité du troisième millénaire», ‘‘Religiologiques’’</em>, N°20, automne 1999, p. 231-235, 237-246.) </p>



<p> La mondialisation de la civilisation industrielle et de l’économie capitaliste, rendues   possibles par les découvertes maritimes du XVe siècle et de la Renaissance en Europe, notamment avec les conquêtes coloniales et les modèles de développement adoptés, de gré ou de force, par les différents pays de tous les continents, n’est que l’approfondissement de cette rupture entre les humains et la nature, et des blessures que cette rupture a engendrées. De nos jours, la tournure prise par le capitalisme avec la mondialisation du néolibéralisme, qui a enlevé aux Etats les moyens de peser sur les choix économiques et sur leurs impacts sociaux, culturels et environnementaux, n’est pas étrangère à la multiplication des catastrophes : réchauffement climatique, pollution, épuisement des ressources, surexploitation de la terre et de ses habitants, extinction des espèces, séismes, tsunamis, épidémies qui empruntent les chemins de la circulation des capitaux, des marchandises et des humains. </p>



<p> Habib Ayeb a raison de se demander au sujet de la pandémie du coronavirus : <em>«Et si la disparition des abeilles expliquait la naissance d’un certain nombre de virus et d’autres microbes plus ou moins dangereux ? Pourquoi s’interdirait-on de penser que l’usage intensif des produits chimiques dans l’agriculture, tels que les pesticides, les phytosanitaires, les engrais chimiques et autres antibiotiques massivement utilisés dans les élevages intensifs…, qui détruisent les conditions de vie des abeilles, ne produisent pas en même temps les conditions d’apparition de nouveaux virus. Le corona virus n’est-il pas l’un des nombreux ‘‘héritiers’’ possibles des abeilles ?»</em>(1) </p>



<h3 class="has-text-align-right wp-block-heading"><em>A suivre&#8230; </em></h3>



<p class="has-text-align-right"><em>Sainte Consorce, le 2 avril 2020</em>.</p>



<p><em>* Professeur honoraire de l’Université Lyon 2, Président du Haut-Conseil de Timbuktu Institute-African Center for Peace Studies chercheur associé de plusieurs laboratoires et centres de recherches dont, l’ISERL à Lyon, et Dirasset Maghrébines et l’IRMC à Tunis, auteur de ‘‘De l’islam d’hier et d’aujourd’hui’’, éd. Nirvana Editions et Presses de l’Université de Montréal, 2019, ‘‘Pour en finir avec l’exception islamique’’, éd. Nirvana, Tunis 2017, ‘‘Religion et démocratisation en Méditerranée’’, éd. Riveneuve, Paris 2015/Nirvana, Tunis 2016, ‘‘Le politique et le religieux dans le champ islamique’’, éd. Fayard, Paris 2005, ‘‘Islamisme, Laïcité et droits humains’’, éd. Amal, Tunis, 2012 (l’Hamattan, Paris, 1992),  ‘‘Les voies de l’islam, approche laïque des faits islamiques’’, éd. Le Cerf, Besançon/Paris, 1996, et d’un livre autobiographique : ‘‘Prison et liberté’’, éd. Mots Passants, Tunis, 2015, Nirvana, 2019.<br></em></p>



<p><strong><em> Note :</em></strong></p>



<ol class="wp-block-list"><li><em>Habib Ayeb, <a rel="noreferrer noopener" aria-label="«La  pandémie Covid-19 : Crise sanitaire ou revanche de la terre?» (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://osae-marsad.org/2020/03/26/la-pandemie-covid-19-crise-sanitaire-ou-revanche-de-la-terre/" target="_blank">«La  pandémie Covid-19 : Crise sanitaire ou revanche de la terre?»</a> </em></li></ol>
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