<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Archives des Francis Ghiles - Kapitalis</title>
	<atom:link href="https://kapitalis.com/tunisie/tag/francis-ghiles-2/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://kapitalis.com/tunisie/tag/francis-ghiles-2/</link>
	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
	<lastBuildDate>Mon, 26 Dec 2022 12:56:09 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=6.8.3</generator>

<image>
	<url>https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/05/cropped-Logo-Kapitalis-32x32.png</url>
	<title>Archives des Francis Ghiles - Kapitalis</title>
	<link>https://kapitalis.com/tunisie/tag/francis-ghiles-2/</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>Tunisie : le «mariage de convenance» entre Kaïs Saïed et les forces de sécurité</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2022/12/24/tunisie-le-mariage-de-convenance-entre-kais-saied-et-les-forces-de-securite/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2022/12/24/tunisie-le-mariage-de-convenance-entre-kais-saied-et-les-forces-de-securite/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Dec 2022 06:59:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Francis Ghiles]]></category>
		<category><![CDATA[Kaïs Saïed]]></category>
		<category><![CDATA[Taoufik Charfeddine]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://kapitalis.com/tunisie/?p=5806344</guid>

					<description><![CDATA[<p>La Révolution de Jasmin doit plus son succès initial à une illusion d’optique qu’à la réalité. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/12/24/tunisie-le-mariage-de-convenance-entre-kais-saied-et-les-forces-de-securite/">Tunisie : le «mariage de convenance» entre Kaïs Saïed et les forces de sécurité</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>«Kaïs Saïed est l’ultime exemple de l’incapacité des dirigeants tunisiens successifs à mettre en place des réformes sécuritaires et économiques audacieuses. La Révolution de Jasmin doit plus son succès initial à une illusion d’optique qu’à la réalité», estime l’analyste politique français Francis Ghiles.</em></strong> <em>(Le ministre de l&rsquo;Intérieur Taoufik Charfeddine reçu hier, vendredi 23 décembre 2022, par le président Kaïs Saïed).</em></p>



<p>Par<strong> Imed Bahri</strong></p>



<span id="more-5806344"></span>



<p>Dans un article intitulé <em>“Tunisia: in memoriam for a democratic experiment doomed to fail’’</em>, publié par le magazine <em>Arab Digest</em>, Francis Ghiles, analyste politique, spécialiste de la sécurité, de l’énergie et des tendances politiques en Afrique du Nord et en Méditerranée occidentale, parle de l’effondrement de l’expérience démocratique en Tunisie, qui a été accéléré par l’échec des réformes dans le secteur de la sécurité.</p>



<p>Outre l’incapacité des gouvernements successifs à engager des réformes économiques, le chercheur senior au Barcelona Centre for International Affairs explique l’échec de l’expérience démocratique tunisienne par <em>«une deuxième raison souvent négligée»</em> et qui est <em>«l’incapacité du gouvernement qui a pris le pouvoir après la chute de Ben Ali à maîtriser le puissant ministère de l’Intérieur»</em>, qu’un spécialiste de la sécurité militaire britannique qualifie de <em>«boîte noire, opaque et irresponsable ‘‘tout à fait soviétique’’»</em>. Et l’analyste d’ajouter&nbsp;: <em>«L’absence de réforme du système judiciaire a aggravé le problème.»</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Un pouvoir de plus en plus autocratique</h2>



<p>Après avoir passé en revue l’évolution chaotique de la transition tunisienne depuis 2011 et la responsabilité dans les échecs accumulés sur tous les plans des différents gouvernement qui se sont succédé, Francis Ghiles en vient à la période actuelle en s’interrogeant, à juste titre, sur l&#8217;emprise du président Kaïs Saïed, en poste depuis 2019, sur le secteur de la sécurité <em>«alors qu’il consolide ce qui est une forme de pouvoir de plus en plus autocratique»</em>, tout en étant incapable d’<em>«articuler une vision de l’avenir et encore moins de proposer un projet de réforme économique»</em>, ce qui, selon lui,<em> «donnera inévitablement plus de pouvoir à un secteur de la sécurité qui ne s&rsquo;est jamais débarrassé de l’héritage de &nbsp;Ben Ali»</em>.</p>



<p><em>«La croyance de Saïed en une présidence forte peut convenir à la vision plus large que de nombreuses forces de sécurité et officiers de l’armée ont de l’avenir de la Tunisie<em>»</em></em>, écrit-il<em>.  </em>Cependant, ces derniers<em> <em>«</em>n’ont pas montré plus de capacité que le chef de l’Etat à articuler une vision socio-économique claire pour la Tunisie.<em><em>»</em></em> </em>Conséquence : <em><em><em>«</em></em>Cette apparente convergence d’instincts conservateurs entre Saïed et les forces de sécurité ne peut masquer le fait que ce mariage de convenance est au mieux une construction fragile». </em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Les Tunisiens échaudés par la démocratie</h2>



<p>Par ailleurs, écrit également Ghiles, le taux de participation aux élections législatives du 17 décembre qui a été d’environ 9% montre que <em>«la plupart des Tunisiens se soucient moins de la démocratie qu’ils ne l’ont jamais fait et savent que la forme sous laquelle elle est pratiquée depuis 2011 détruit leur économie et l’avenir de leurs enfants.»</em> Et de terminer par cette conclusion sans concession, qui sonne comme une condamnation de la classe politique tunisienne dans son ensemble&nbsp;: <em>«Kaïs Saïed est l’ultime incarnation de l’incapacité des dirigeants tunisiens successifs à mettre en place des réformes sécuritaires et économiques audacieuses. La Révolution de Jasmin doit plus son succès initial à une illusion d’optique qu’à la réalité.»</em> </p>



<p class="has-text-align-right"></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/12/24/tunisie-le-mariage-de-convenance-entre-kais-saied-et-les-forces-de-securite/">Tunisie : le «mariage de convenance» entre Kaïs Saïed et les forces de sécurité</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2022/12/24/tunisie-le-mariage-de-convenance-entre-kais-saied-et-les-forces-de-securite/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>1</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La Tunisie attend une révolution économique</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2021/11/17/la-tunisie-attend-une-revolution-economique/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2021/11/17/la-tunisie-attend-une-revolution-economique/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Nov 2021 10:17:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Francis Ghiles]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Saied]]></category>
		<category><![CDATA[Kamel Akrout]]></category>
		<category><![CDATA[Marouane El-Abassi]]></category>
		<category><![CDATA[Najla Bouden]]></category>
		<category><![CDATA[Patrice Bergamini]]></category>
		<category><![CDATA[révolution économique]]></category>
		<category><![CDATA[UGTT]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://kapitalis.com/tunisie/?p=370193</guid>

					<description><![CDATA[<p>Les sorties populistes contre la corruption du président Kais Saied ne sauraient constituer un plan de redressement d&#8217;une économie à bout de souffle et qui a plus besoin d&#8217;une vraie révolution que de quelques réformettes du reste contrariées par des lobbys d&#8217;intérêt et un système corporatiste imbriqués dans un système étatique clientéliste et centralisateur. Par...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/11/17/la-tunisie-attend-une-revolution-economique/">La Tunisie attend une révolution économique</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/11/Kais-Saied-Najla-Bouden-16-Nov-2021.jpg" alt="" class="wp-image-370200"/></figure></div>



<p><strong><em>Les sorties populistes contre la corruption du président Kais Saied ne sauraient constituer un plan de redressement d&rsquo;une économie à bout de souffle et qui a plus besoin d&rsquo;une vraie révolution que de quelques réformettes du reste contrariées par des lobbys d&rsquo;intérêt et un système corporatiste imbriqués dans un système étatique clientéliste et centralisateur.     </em></strong></p>



<p>Par<strong> Francis Ghiles</strong> *</p>



<span id="more-370193"></span>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/11/Francis-Guiles.jpg" alt="" class="wp-image-370196"/></figure></div>



<p>Trois mois et demi après que Kais Saied a limogé le gouvernement et suspendu le parlement, une réalité dérangeante s’est imposée aux Tunisiens. Les accusations répétées de corruption et les tentatives avortées de faire baisser certains prix par décret font désormais figure de politique économique.</p>



<p>Le chef de l’État a nommé Najla Bouden Romdhane au poste de Première ministre, mais rien dans sa carrière de géologue ne permet de penser qu’elle possède le savoir-faire politique nécessaire pour défier la bureaucratie, qui est sans doute plus encline à bloquer les tentatives de réforme. L’ironie n’échappe pas à de nombreux Tunisiens : une autre femme, Nadia Akacha, cheffe de cabinet du président, a plus de pouvoir que la nouvelle Première ministre, dont le poste a été dépouillé d’une grande partie de ses prérogatives constitutionnelles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Aucun signe d’une feuille de route économique</h2>



<p>Saied a chargé la nouvelle première ministre de <em>«répondre aux exigences et à la dignité des Tunisiens dans tous les domaines»</em>, un défi aussi vaste que flou. Un décret présidentiel publié une semaine avant la nomination de Romdhane, le 29 septembre 2021, donne à Saied les pleins pouvoirs législatifs et exécutifs pour gouverner par décret pendant une période <em>«exceptionnelle»</em> sans date de fin fixée.</p>



<p>Le système politique instauré par la constitution de 2014 est en train d’être disloqué, et la dérive vers un système plus présidentiel – les critiques diraient un régime autoritaire – semble inévitable. Jusqu’à présent, il n’y a aucun signe d’une feuille de route économique, malgré les conditions économiques et financières désastreuses du pays, aggravées par les retombées de la pandémie de Covid-19.</p>



<p>Dans son rapport annuel publié le 6 octobre 2021, la Banque centrale de Tunisie a insisté sur la nécessité d’envoyer des <em>«signaux clairs»</em> aux investisseurs nationaux et étrangers, qui sont dans l’attente d’une marche à suivre en matière de politique économique. Les sources de financement étrangères se tarissent et les investissements dans l’industrie et les services sont à leur plus bas niveau depuis 2009.</p>



<p>Le rapport a été remis au président par le gouverneur de la Banque centrale, Marouane El-Abassi, qui agit comme les yeux de la Banque Mondiale&nbsp; et du FMI à Tunis. Qu’ils émanent d’acteurs nationaux ou internationaux, aucun avertissement ne semble avoir influencé Saied à ce jour, malgré sa relative ignorance en matière d’économie et son manque d’expérience dans les secteurs économiques publics ou privés, ainsi que dans la gestion des rouages de l’État.</p>



<p>Certains Tunisiens commencent à craindre l’influence croissante des services de sécurité. Un nombre indéterminé de Tunisiens ont été empêchés de quitter le pays depuis le 26 juillet 2021, sans aucun motif officiel. Des centaines de lois n’ont pas été révisées conformément à la nouvelle constitution approuvée par l’assemblée constituante en 2014, et le système judiciaire n’a toujours pas été réformé. Ce dernier fait d’ailleurs souvent preuve de partialité en faveur des personnes aisées bénéficiant d’un réseau social privilégié. La police se montre quant à elle souvent violente à l’égard des manifestants, surtout lorsqu’ils sont issus de quartiers défavorisés. Mais les Tunisiens ont tant déploré la déliquescence de leur démocratie par le passé qu’ils continuent à soutenir massivement le président. Des partis politiques, comme le parti islamiste Ennahdha, ont contribué à bloquer la formation d’une Cour constitutionnelle, qui aurait pu freiner les tentations autocratiques de Saied. Ces mêmes partis sont tombés dans le piège qu’ils pensaient lui avoir tendu.<strong>&nbsp;</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">De la première à la troisième étape ?</h2>



<p>De nombreux observateurs pensent que Kais Saied se considère comme un sauveur qui peut à lui seul ranimer la prospérité du pays. Une telle lecture de son état d’esprit ne serait pourtant pas de bon augure pour le rétablissement du débat démocratique en Tunisie.</p>



<p>D’autres encore pensent que le président suit une feuille de route en trois étapes soigneusement élaborée, la première étape ayant consisté à suspendre le parlement et limoger le gouvernement, non pas pour trente jours comme le prévoyait la constitution, mais pour un an. L’amiral à la retraite Kamel Akrout, l’un des plus hauts gradés du pays et ancien conseiller du président Beji Caid Essebsi en matière de sécurité, réclamait une telle mesure depuis l’année dernière. Dans un geste inattendu, le 25 juillet 2021, le président a mis en œuvre la première étape de son plan et a consolidé le soutien de l’armée, qui est composée d’effectifs certes restreints, mais professionnels, et dont certains officiers supérieurs ont été formés aux États-Unis.</p>



<p>La deuxième étape consisterait à réformer le système politique. Il s’agirait notamment de passer à un système présidentiel, de réduire le rôle politique du gouvernement et de redéfinir les limites des circonscriptions et le système de vote afin que, selon Kais Saied, les circonscriptions puissent être représentées par des personnes qui ont à cœur les intérêts de leurs électeurs et non les diktats des partis politiques. Sadok Chaabane, ancien ministre de la Justice de Ben Ali et proche des États-Unis, promeut activement ces idées.</p>



<p>La réforme de l’économie constituerait la troisième étape. Pour cela, l’aide de Mohamed Ghannouchi, Premier ministre de 1999 à 2011, a souvent été évoquée.</p>



<p>Jusqu’à maintenant, la grande majorité des Tunisiens soutiennent le président, car dégoûtés de la corruption et des luttes politiques incessantes qui, à leurs yeux, ont fait office de démocratie depuis 2001. Le syndicat UGTT, très présent dans la coalition qui a refusé de réformer la Tunisie entre 2011 et 2021, est de plus en plus défavorable à Saied. Si les prix continuent d’augmenter – l’inflation est actuellement de 6,2% par an – et qu’aucun nouvel emploi n’est créé, l’UGTT prédit que l’espoir d’un avenir meilleur s’évanouira et que la tendance politique pourrait changer.</p>



<p>Un rééchelonnement de la dette extérieure du pays n’est pas à exclure si Kais Saied et le gouvernement ne parviennent pas à présenter rapidement un programme économique et financier convaincant. Pourtant, le profil de la dette souveraine ne laisse pas présager de rééchelonnement imminent. Un rééchelonnement ferait courir au FMI le risque d’être diabolisé, d’autant plus que l’institution a renouvelé les prêts accordés à la Tunisie à plusieurs reprises depuis 2011, malgré le refus des gouvernements successifs de respecter les conditionnalités du Fonds. De nombreux Tunisiens interprètent ce comportement comme une <em>«complicité»</em> avec les élites bureaucratiques et capitalistes au pouvoir, dont le pouvoir et la capacité à manipuler le système sont restés intacts après les changements politiques qui ont balayé le pays après 2011.</p>



<p>Les partenaires moyen-orientaux de la Tunisie, tels que l’Égypte, les Émirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite, soutiennent toujours Saied, se réjouissant de voir le parti Ennahdha et son leader Rached Ghannouchi extrêmement affaiblis. Le gouvernement américain continue de soutenir son homologue tunisien, malgré les doutes exprimés par le Congrès quant à la <em>«restauration»</em> de la démocratie en Tunisie dans un avenir proche. Le FMI fera sans aucun doute ce que les États-Unis lui demandent de faire et, si ces derniers ne souhaitent pas soutenir financièrement la Tunisie, ils peuvent toujours se tourner vers leurs amis de la péninsule arabique pour s’en charger. L’Algérie a également apporté son soutien à sa voisine et, lorsqu’il s’agit de la stabilité de la Tunisie, Alger et Washington semblent être sur la même longueur d’onde.</p>



<p>La liste des responsables politiques américains de premier plan s’étant rendus en Tunisie ces trois derniers mois contraste avec l’absence de hauts responsables français. L’UE semble impuissante à peser sur le cours des événements, d’autant plus que la France ne semble pas avoir le courage de demander des comptes à Kais Saied sur le plan politique. Il y a trois ans, l’ambassadeur de l’UE, Patrice Bergamini, a osé critiquer les dirigeants politiques du pays pour ce qu’il considérait comme leur gouvernance dévoyée et corrompue. Au grand embarras des diplomates français en charge des affaires économiques à Tunis, leur ambassadeur a refusé de se ranger du côté de M. Bergamini.</p>



<p>Lors de sa visite à Tunis le 10 septembre 2021, le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères, Josep Borrell, soutient Kais Saied mais insiste sur la nécessité de préserver les <em>«fondements démocratiques»</em> du pays. Le décret présidentiel qui a suivi suggère que ces commentaires sont restés lettre morte. Le <em>«pouvoir normatif»</em> souvent revendiqué par l’UE, et la promotion de la démocratie inscrite dans sa politique de voisinage ressemblent ainsi de plus en plus à des tigres de papier.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un système corporatif moderne</h2>



<p>L’absence apparente de réflexion économique stratégique, qui caractérise les présidents tunisiens successifs depuis 2011, a été aggravée par le manque de volonté ou l’incapacité des chefs de gouvernement successifs à faire le bilan de ce que la Tunisie a accompli depuis son indépendance en 1956. Au cours des deux décennies qui ont précédé 2011, l’élite du pays avait activement encouragé la Banque mondiale et le Forum de Davos à promouvoir leur pays comme un modèle économique pour l’Afrique et le Moyen-Orient.</p>



<p>Dans un document de travail politique inhabituellement transparent,&nbsp;<em>«Ça reste dans la famille. Capture de l’État en Tunisie»</em>, publié en 2014, la Banque mondiale a dû faire amende honorable. Après la révolution, l’idée que le chemin vers une croissance plus forte et la création d’emplois serait facile une fois la corruption du clan Ben Ali éradiquée avait été encouragée par les chefs de gouvernement successifs, qui savaient pourtant que c’était faux.</p>



<p>À part certains économistes, peu de personnes en Tunisie ont partagé les conclusions d’un rapport sur le développement de la région MENA publié par la Banque mondiale en 2018, intitulé <em>«Des politiques publiques à l’épreuve des privilèges dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord»</em>&nbsp;<a href="https://rosaluxna.org/fr/publications/le-systeme-politique-tunisien-agonise-mais-aucune-reforme-economique-nest-en-vue/#_ftn1">[1]</a>.</p>



<p>Le rapport soutenait qu’en Tunisie et dans le monde arabe, les politiques industrielles avaient été <em>«confisquées </em>[par les entreprises]<em>, et </em>[que] <em>ces politiques n’ont ni récompensé les entreprises en fonction de leurs performances, ni protégé ou favorisé la concurrence. Ces politiques ont créé des privilèges plutôt que d’établir des règles de jeu équitables. Lesdits privilèges ont préservé les entreprises de la concurrence nationale et internationale et ont permis de subventionner leurs activités au moyen d’un accès préférentiel et parfois exclusif à des intrants peu onéreux (électricité, terres, etc.)»</em>.</p>



<p>Le rapport explique que les politiques menées pendant des décennies ont créé <em>«une baisse artificielle des coûts pour un petit nombre d’entreprises et créent ainsi des écarts de coûts plus importants que la norme entre ces entreprises et les autres».</em></p>



<p>La capture de l’État est une caractéristique des régimes autocratiques partout dans le monde. Cette dynamique permet d’expliquer pourquoi tant de jeunes Tunisiens instruits, mais qui ne sont pas issus de groupes familiaux bien établis, décident de quitter le pays. La captation, la collusion, l’exclusion, le traitement discrétionnaire et les pratiques anticoncurrentielles sur le marché ont façonné la politique pendant des décennies. Comment se fait-il qu’une famille donnée détienne le droit exclusif d’importer des Volvo ou des Renault? Pourquoi le système d’octroi des licences d’alcool aux restaurants est-il si opaque? Comment se fait-il qu’il existe encore un monopole d’État sur l’importation de thé et de sucre?</p>



<p>La capture de l’État est peut-être même un euphémisme, car elle implique des collusions illégales et de la corruption. En réalité, un appareil législatif étendu donne légalement aux titulaires disposant d’un bon réseau des pouvoirs réglementaires importants et incontrôlés sur les secteurs économiques dans lesquels ils opèrent. Le Groupement interprofessionnel des dattes, organisme interprofessionnel créé par le secteur des dattes, a le pouvoir d’autoriser ou d’interdire les exportations, de fixer les prix et les exigences de qualité, de contrôler l’accès à plusieurs métiers, d’allouer des subventions, etc. De plus, la loi exige que les titulaires agissent en tant qu’administrateurs de certains des plus grands monopoles d’État. Deux des plus grands distributeurs de café, qui détiennent plus de 80% de parts de marché, sont administrateurs de l’Office du commerce de Tunisie, qui détient le monopole de l’importation de café. Des intérêts commerciaux bien interconnectés se voient accorder un pouvoir réglementaire exorbitant, qu’ils utilisent pour fixer des barrières à l’entrée et fixer les prix et les parts de marché, tandis que d’autres intérêts sont systématiquement ignorés et exclus.</p>



<p>Les producteurs de blé sont contraints de vendre leur production à un monopole public avec un rabais allant jusqu’à 25% par rapport aux prix internationaux, tandis que les minoteries et les producteurs de pâtes sont subventionnés à différentes étapes de la production par le même monopole d’État, au conseil duquel ils siègent. Loin d’être des exceptions, ce ne sont là que quelques exemples de ce qui s’apparente à un système moderne de corporation. La Tunisie ne souffre pas tant de la capture de l’État que d’un système corporatiste de contrôle du marché semblable à celui qui existait en France avant la révolution de 1789.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une révolution économique s’impose</h2>



<p>Pour mettre fin à cet état de fait, il faudra une révolution. Contrairement à ce que pensent de nombreux observateurs occidentaux, la révolte de 2011 n’a pas donné lieu à une révolution politique. Le clan Ben Ali au pouvoir a été sacrifié mais l’État profond, la collusion entre les principaux acteurs économiques et la bureaucratie sont restés inchangés.</p>



<p>L’augmentation considérable du nombre de personnes employées dans la fonction publique et les organismes parapublics a renforcé le pouvoir d’une bureaucratie dominante qui accumule les échelons d’incompétence. La vie des fonctionnaires honnêtes est devenue de plus en plus difficile, et la petite corruption s’est répandue comme une gangrène. Plus vous avez besoin d’autorisations, plus les pots-de-vin sont sollicités. La réforme, si elle arrive un jour, sera très douloureuse. Le PIB par habitant est passé de 4 257 dollars en 2011 à 3 323 dollars en 2020. Les salaires des fonctionnaires représentent désormais 17,8 % du PIB. Les investissements dans l’éducation, la santé et les infrastructures ont disparu. Jamais le courage politique n’a été aussi nécessaire, jamais une réflexion économique claire n’a été aussi nécessaire.</p>



<p>Les sorties populistes contre la corruption ne constituent pas un plan économique, mais Kais Saied garde ses cartes bien en main. Les États-Unis semblent jouer un rôle beaucoup plus actif dans le déroulement des événements en Tunisie que l’UE. Dans le contexte de la crise profonde des relations entre l’Algérie, voisine de la Tunisie, et la France, l’ancienne puissance coloniale perd rapidement de son influence au Maghreb.</p>



<p>Deux facteurs permettent d’expliquer pourquoi aucune réforme n’a suivi la révolte de 2011. Tout d’abord le parti islamiste au pouvoir, Ennahdha, et ses pairs au sein de l’organisation plus large des Frères musulmans, qui ne se sont pas intéressés aux réformes devant répondre aux défis d’une économie moderne. Le parti s’est volontairement inséré dans les schémas existants de capture de l’État après son arrivée au pouvoir en 2012, et a préféré provoquer des guerres culturelles et remettre en question le statut des femmes – l’un des plus favorable dans le monde arabe – que d’aborder les questions économiques. Ses détracteurs diront que pour Ennahdha, une économie informelle en plein essor où les opérateurs ne paient pas d’impôts était une bénédiction, car elle permettait de couvrir les sources de financement obscures du parti. Toute responsabilité que des élections libres et équitables auraient pu offrir aux électeurs a été détruite par la mainmise de l’État sur l’économie et la transparence du financement des partis politiques.</p>



<p>Le deuxième facteur était la réticence de l’UGTT à contribuer à la construction d’une large coalition de forces de gauche, distincte du deuxième plus ancien mouvement syndical d’Afrique. Comme tant d’institutions en Tunisie, l’union syndicale avait été vidée de sa substance sous le régime de Ben Ali. L’union syndicale a toujours défendu les intérêts des employés de l’État qui jouissaient de l’immense privilège d’avoir un emploi stable à vie, et ne s’est jamais vraiment intéressée aux employés saisonniers.</p>



<p>Les dirigeants syndicaux font partie intégrante de la capture de l’État. La conséquence est que l’UGTT et ses alliés n’articulent ni les intérêts économiques, ni les intérêts de classe, ni les intérêts régionaux. Un arrière-pays beaucoup plus pauvre produit la plupart du blé, de l’eau, des phosphates et de la main-d’œuvre dont la côte, plus riche, mieux équipée et plus éduquée, a besoin.</p>



<p>Un système plus présidentiel est la conséquence inévitable d’une constitution et d’un système de gouvernement dysfonctionnels qui ont mis la Tunisie à genoux sur le plan économique. Le navire de l’État prenait eau de toutes parts l’hiver dernier, et la mauvaise gestion de la crise du Covid-19 a coûté la vie à 20 000 personnes. S’isoler au sein d’un cercle étroit de famille et de conseillers, et ne vouloir être guidé que par son sens de la rectitude morale n’est pas susceptible de résoudre les défis considérables auxquels la Tunisie est confrontée aujourd’hui. Est-il un sacré fou, comme de nombreux Tunisiens le prétendent, ou un Machiavel pas très loquace ? La réponse se précisera au cours des prochains mois.</p>



<p><em>[1]&nbsp;“Privilege Resistant Policies in the Middle East and North Africa”</em>. </p>



<p><em>* Chercheur senior associé au Cidob, Barcelone, Espagne.</em></p>



<p><em>** Le titre de l&rsquo;article est de la rédaction.</em></p>



<p><strong><em>Source de l&rsquo;article </em></strong>:  <a href="https://rosaluxna.org/fr/publications/le-systeme-politique-tunisien-agonise-mais-aucune-reforme-economique-nest-en-vue/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Rosa Luxembourg Stiftung. </a></p>



<h4 class="wp-block-heading"><em>Articles du même auteur dans Kapitalis : </em></h4>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="XnmEkh26M5"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/07/31/kais-saied-donne-une-seconde-chance-a-la-democratie-tunisienne/">Kais Saied donne une seconde chance à la démocratie tunisienne</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Kais Saied donne une seconde chance à la démocratie tunisienne » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/07/31/kais-saied-donne-une-seconde-chance-a-la-democratie-tunisienne/embed/#?secret=zYDbWaB9FP#?secret=XnmEkh26M5" data-secret="XnmEkh26M5" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="SMJXnk8o8S"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/26/ahmed-mestiri-le-grand-president-que-la-tunisie-na-jamais-eu/">Ahmed Mestiri : Le grand président que la Tunisie n&rsquo;a jamais eu</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Ahmed Mestiri : Le grand président que la Tunisie n&rsquo;a jamais eu » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/26/ahmed-mestiri-le-grand-president-que-la-tunisie-na-jamais-eu/embed/#?secret=wbsRbhFk7K#?secret=SMJXnk8o8S" data-secret="SMJXnk8o8S" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="ca0Fnko49b"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/04/08/en-tunisie-la-peripherie-prend-une-revanche-historique/">En Tunisie, la périphérie prend une revanche historique</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« En Tunisie, la périphérie prend une revanche historique » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/04/08/en-tunisie-la-peripherie-prend-une-revanche-historique/embed/#?secret=kNZxDnoEOv#?secret=ca0Fnko49b" data-secret="ca0Fnko49b" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/11/17/la-tunisie-attend-une-revolution-economique/">La Tunisie attend une révolution économique</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2021/11/17/la-tunisie-attend-une-revolution-economique/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>4</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Kais Saied donne une seconde chance à la démocratie tunisienne</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2021/07/31/kais-saied-donne-une-seconde-chance-a-la-democratie-tunisienne/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2021/07/31/kais-saied-donne-une-seconde-chance-a-la-democratie-tunisienne/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 31 Jul 2021 08:22:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Charles Michel]]></category>
		<category><![CDATA[Ennahdha]]></category>
		<category><![CDATA[Francis Ghiles]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Saied]]></category>
		<category><![CDATA[Kamel Akrout]]></category>
		<category><![CDATA[Khaled Yayiaoui]]></category>
		<category><![CDATA[Nabil Karoui]]></category>
		<category><![CDATA[Qalb Tounes]]></category>
		<category><![CDATA[Rached Ghannouchi]]></category>
		<category><![CDATA[Ramtane Lamamra]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://kapitalis.com/tunisie/?p=357936</guid>

					<description><![CDATA[<p>La décision audacieuse du président tunisien, Kais Saied, de limoger le chef du gouvernement et de geler le parlement, dimanche 25 juillet 2021, est le plus grand défi auquel cette démocratie naissante est confrontée depuis la révolution de 2011. L&#8217;armée tunisienne, qui avait contribué à faciliter le départ de Ben Ali il y a dix...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/07/31/kais-saied-donne-une-seconde-chance-a-la-democratie-tunisienne/">Kais Saied donne une seconde chance à la démocratie tunisienne</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/07/Kais-Saied-25-juillet-2021.jpg" alt="" class="wp-image-357282"/><figcaption><em>L&rsquo;acte fondateur du président Saïed, le 25 juillet 2021, a été accueilli par une liesse populaire. </em></figcaption></figure></div>



<p><strong><em>La décision audacieuse du président tunisien, Kais Saied, de limoger le chef du gouvernement et de geler le parlement, dimanche 25 juillet 2021, est le plus grand défi auquel cette démocratie naissante est confrontée depuis la révolution de 2011. L&rsquo;armée tunisienne, qui avait contribué à faciliter le départ de Ben Ali il y a dix ans, a soutenu la démarche actuelle du président Saïed.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Francis Ghiles</strong> *</p>



<span id="more-357936"></span>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignleft size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2018/01/Francis-Ghiles.jpg" alt="" class="wp-image-134482"/></figure></div>



<p>Depuis que les manifestations de rue ont renversé le dictateur Zine El-Abidine Ben Ali en janvier 2011, les Tunisiens ont pu voter lors d&rsquo;élections libres, s&rsquo;exprimer avec peu de crainte de la répression, une situation que leur envieraient tous leurs voisins arabes. Les événements se sont alors déroulés si rapidement que les puissances extérieures ont été prises par surprise et incapables d&rsquo;influencer l&rsquo;issue des événements.</p>



<p>Une décennie plus tard, les gens autrefois ravis par les avantages potentiels du changement sont déconcertés par ses coûts réels. Comme Hussein Agha et Robert Malley l&rsquo;avaient noté à l&rsquo;époque, ce qui s&rsquo;est passé en Tunisie a bouleversé la théorie de Lénine. Le dirigeant russe soutenait qu&rsquo;<em>«une révolution victorieuse nécessitait un parti politique structuré et discipliné, une direction solide et un programme clair».</em> La rébellion égyptienne, comme son précurseur tunisien, et à la différence de la révolution iranienne de 1979, ne possédait ni organisation, ni dirigeants identifiables, ni agenda univoque.</p>



<p>Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;islam ou la pauvreté elle-même qui ont provoqué le soulèvement, c&rsquo;est l&rsquo;humiliation écrasante qui a privé la majorité des Tunisiens de moins de trente ans du droit d&rsquo;exercer un contrôle sur leur propre vie.<em> «Hiya thawrat al-karama»</em> (<em>«C&rsquo;est une révolution de l&rsquo;honneur et de la dignité»</em>) criaient les manifestants dans les rues de Sidi Bouzid dans les hauts plateaux pauvres de Tunisie.</p>



<p>La révolte a surpris les dirigeants occidentaux car le pays était présenté par la Banque mondiale et l&rsquo;Union européenne comme un modèle de bonne gouvernance. C&rsquo;était un mythe commode, un camouflage de pratiques qui, sous couvert de libéralisme et de privatisation, étaient devenues de plus en plus prédatrices. La plupart des Tunisiens ont compris d&rsquo;instinct que l&rsquo;hypocrisie et une lecture orientaliste du Moyen-Orient ne permettaient pas à l&rsquo;Occident de comprendre.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L&rsquo;armée tunisienne est garante de facto de l&rsquo;intégrité de l&rsquo;État</h3>



<p>Lorsque le président Kais Saied a limogé son Premier ministre et suspendu le Parlement le 25 juillet, il a pris par surprise les Tunisiens et les puissances étrangères. Ni les États-Unis ni l&rsquo;Union européenne n&rsquo;avaient encore une fois la moindre idée de ce qui était sur le point de se dérouler. Mais, dix ans après le <em>«printemps arabe»</em>, l&rsquo;initiative audacieuse de Kais Saied pourrait donner une seconde chance à la démocratie tunisienne. La nomination du colonel-major Khaled Yayiaoui, chargé de la sécurité du président et officier de la plus haute intégrité républicaine, pour superviser le ministère de l&rsquo;Intérieur jusqu&rsquo;à la formation d&rsquo;un nouveau gouvernement, témoigne de l&rsquo;attachement du président à préserver les libertés individuelles en Tunisie. D&rsquo;autres officiers supérieurs de la sécurité et de l&rsquo;armée tels que l&rsquo;amiral à la retraite Kamel Akrout qui a récemment appelé Saied à invoquer l&rsquo;article 80 de la Constitution et à dénoncer l&rsquo;intention du gouvernement de louer des terres domaniales à des investisseurs qatariens, étouffant ainsi le projet dans l&rsquo;œuf, semblent jouer un rôle de soutien à ce mouvement.</p>



<p>Akrout, qui est issu d&rsquo;une famille modeste, a également déclaré qu&rsquo;il était consterné par le fait que 25% des Tunisiens vivaient dans une pauvreté absolue. L&rsquo;armée tunisienne est professionnelle, apolitique et n&rsquo;a aucun intérêt économique. Elle ne ressemble à aucune autre armée dans le monde arabe. En tant que garant de facto de l&rsquo;intégrité de l&rsquo;État, nombre de ses officiers saluent sans aucun doute ce qui équivaut à un rejet de la forme chaotique et corrompue de la <em>«démocratie»</em> que les dirigeants ont imposée au pays.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Ennahdha est responsable de la mauvaise gouvernance du pays depuis 2011</h3>



<p>Le leader du mouvement islamiste Ennahdha, Rached Ghannouchi, s&rsquo;est empressé de dénoncer un <em>«coup d&rsquo;État»</em> mais il doit partager la responsabilité du nivellement par le bas qui caractérise l&rsquo;économie du pays depuis 2011 et la gestion inadéquate de la pandémie de Covid-19 par le gouvernement.<br>Ennahdha a participé à tous les gouvernements depuis 2012. Cela a alimenté d&rsquo;âpres conflits culturels en 2012-2014 qui ont remis en question l&rsquo;égalité des hommes et des femmes, une réalisation clé des dirigeants post-indépendance. L&rsquo;incompétence du parti en matière de gestion économique, sa vision rentière de l&rsquo;économie et son incapacité à mobiliser les ressources intérieures du pays sont partagées par la plupart des partis politiques de la région.</p>



<p>La stratégie d&rsquo;Ennahdha, qu&rsquo;il partageait avec les élites capitalistes et bureaucratiques dont le pouvoir et la capacité de manipuler le système étaient épargnés par les changements politiques qui balayaient le pays, condamnait la Tunisie, société très ouverte aux nouvelles idées occidentales, à poursuivre le déficit de croissance responsable des taux de chômage importants et en constante augmentation sous Ben Ali, en particulier chez les jeunes, et avait très peu de chances de sortir le pays du bourbier. </p>



<h3 class="wp-block-heading">La démocratie souillée par la pratique politique des grands partis</h3>



<p>Aujourd&rsquo;hui, les taux de chômage sont plus élevés qu&rsquo;en 2011, le niveau de vie a baissé, les disparités régionales sont plus marquées que jamais. Une majorité de jeunes Tunisiens rêvent de quitter ce qu&rsquo;ils considèrent comme un navire en perdition. A leurs yeux, le concept de démocratie a été souillé par la pratique politique des grands partis.</p>



<p>Les observateurs occidentaux pourraient considérer le pays comme une<em> «démocratie naissante»</em>, mais une corruption endémique, un parlement qui ressemble à un souk bruyant, une chambre législative plus soucieuse des transactions d&rsquo;argent que des débats d&rsquo;idées, des députés qui agressent physiquement leurs collègues ne prouvent guère les références démocratiques agitées par Rached Ghannouchi. Le deuxième plus grand parti Qalb Tounes est dirigé par un magnat des médias, Nabil Karoui, qui a passé du temps en prison pour blanchiment d&rsquo;argent et évasion fiscale. Le prédécesseur de Kais Saied, Béji Caid Essebsi s&rsquo;était montré peu intéressé par la réforme du système judiciaire, pilier essentiel de la démocratie.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les compétences politiques de Saied seront pleinement mises à l&rsquo;épreuve</h3>



<p>Kais Saied a été élu président à la suite d&rsquo;un ras-de-marée électoral en 2019, mais présider n&rsquo;est pas gouverner, car cela exige davantage de compétences et de prérogatives politiques. L&rsquo;une des raisons pour lesquelles Saïed a choisi de rompre le nœud gordien est que la Constitution de 2014 ne définit pas clairement les pouvoirs du chef de l&rsquo;État et du Premier ministre, et encore moins du président du parlement. La conséquence a été des querelles interminables entre les trois avec un Premier ministre qu&rsquo;un homme d&rsquo;affaires de Tunis qualifie de <em>«monument d&rsquo;incompétence».</em></p>



<p>Le chef de l&rsquo;Etat se considère comme l&rsquo;incarnation du deuxième calife de l&rsquo;islam, Omar Ibn Al-Khattab, appelé aussi Al-Farooq (celui qui distingue le mal du bien). L&rsquo;armée tunisienne avait soutenu la décision audacieuse du président comme elle avait contribué à faciliter le départ de Ben Ali il y a dix ans. C&rsquo;est une petite force entraînée par les États-Unis qui, depuis l&rsquo;indépendance, jouit du respect de la majorité des Tunisiens. Elle reste l&rsquo;institution étatique la plus fiable.</p>



<p>Des dizaines de milliers de Tunisiens de tous âges et de toutes conditions sociales sont descendus dans la rue pour célébrer l&rsquo;annonce de la décision du président dimanche soir. Ils réclamaient un leader fort, du respect et de la dignité, qu&rsquo;ils pensaient avoir gagnés en 2011, et des emplois. Alors qu&rsquo;il passe d&rsquo;une position morale inflexible à la direction du pays, les compétences politiques de Kaid Saied seront pleinement mises à l&rsquo;épreuve. La popularité de l&rsquo;armée aussi.</p>



<p>Lundi, le président a promis solennellement de défendre les droits individuels de ses compatriotes et s&rsquo;est entretenu avec le secrétaire d&rsquo;État américain Anthony Blixen qui a réitéré le soutien des Etats-Unis à la Tunisie. Il a suivi d&rsquo;un appel au chef de l&rsquo;Etat algérien, dont le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, s&rsquo;est rendu lundi à Tunis. Mardi, Saied s&rsquo;est entretenu avec Charles Michel, le président du Conseil européen. Le soutien de ces poids lourds sera la clé du succès éventuel de Saied.<br>Contrairement à certains médias occidentaux et moyen-orientaux, la plupart des Tunisiens ne se considèrent pas eux-mêmes ou leur président comme enterrant une <em>«démocratie»</em> dont ils n&rsquo;ont jamais bénéficié des avantages économiques et sociaux promis.</p>



<p>Certains médias occidentaux et arabes décrivent la Tunisie comme une <em>«démocratie fragile».</em> De nombreux Tunisiens, sinon une majorité d&rsquo;entre eux, considèrent probablement leur président comme un combattant pour reprendre un État capté par des lobbies politiques et économiques corrompus qui le menaient à sa ruine.</p>



<p>Comme toute initiative audacieuse, celle du président Saied comporte des risques. Les prochaines semaines diront s&rsquo;il va suivre une feuille de route appropriée.</p>



<p class="has-text-align-right">Traduit de l&rsquo;anglais par <strong>I. B.</strong></p>



<p><em>* Chercheur associé principal au CIDOB (Barcelone).</em></p>



<h4 class="wp-block-heading"><em>Articles du même auteur dans Kapitalis : </em></h4>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="oRABDYUr8q"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/26/ahmed-mestiri-le-grand-president-que-la-tunisie-na-jamais-eu/">Ahmed Mestiri : Le grand président que la Tunisie n&rsquo;a jamais eu</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Ahmed Mestiri : Le grand président que la Tunisie n&rsquo;a jamais eu » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/26/ahmed-mestiri-le-grand-president-que-la-tunisie-na-jamais-eu/embed/#?secret=KRJkkOtq8M#?secret=oRABDYUr8q" data-secret="oRABDYUr8q" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="NAuNyo18kG"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/04/08/en-tunisie-la-peripherie-prend-une-revanche-historique/">En Tunisie, la périphérie prend une revanche historique</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« En Tunisie, la périphérie prend une revanche historique » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/04/08/en-tunisie-la-peripherie-prend-une-revanche-historique/embed/#?secret=FKeTSSRzDZ#?secret=NAuNyo18kG" data-secret="NAuNyo18kG" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="L9eJ1WSfi0"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/03/26/dans-lassemblee-nationale-tunisienne-le-poisson-pourrit-par-la-tete/">Dans l’Assemblée nationale tunisienne, «le poisson pourrit par la tête»</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Dans l’Assemblée nationale tunisienne, «le poisson pourrit par la tête» » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/03/26/dans-lassemblee-nationale-tunisienne-le-poisson-pourrit-par-la-tete/embed/#?secret=qulgLI2NPK#?secret=L9eJ1WSfi0" data-secret="L9eJ1WSfi0" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/07/31/kais-saied-donne-une-seconde-chance-a-la-democratie-tunisienne/">Kais Saied donne une seconde chance à la démocratie tunisienne</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2021/07/31/kais-saied-donne-une-seconde-chance-a-la-democratie-tunisienne/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>3</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
