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	<title>Archives des génocide - Kapitalis</title>
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	<title>Archives des génocide - Kapitalis</title>
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	<item>
		<title>Otan &#124; Une alliance militaire en crise d’identité</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Jul 2026 06:28:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L'Otan traverse une grave crise d'identité qui laisse apparaître de profondes divisions dans ses rangs menaçant sa pérennité. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/07/10/otan-une-alliance-militaire-en-crise-didentite/">Otan | Une alliance militaire en crise d’identité</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Sans une vision stratégique cohérente, centrée sur la légitimité démocratique, les droits de l’homme et l’État de droit, l’Otan risque de devenir un instrument militaire au service des intérêts économiques des Etats-Unis et de ceux du complexe militaro-industriel américain, aux dépens de ceux du reste du monde, l’Europe y compris.</em></strong> <em>(Photo : Sommet de l&rsquo;Otan à Ankara, les 7 et 8 juillet 2026 : derrière l&rsquo;apparence d&rsquo;unité, de profondes fissures menacent l&rsquo;édifice atlantique).</em> </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Habib Glenza,</strong> <em>à Lodz, Pologne.</em></p>



<span id="more-19197872"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2018/05/Habib-Glenza.jpg" alt="" class="wp-image-155577"/></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Toute alliance militaire durable repose en fin de compte sur une question simple en apparence, mais en réalité complexe : que défend-elle ? Sans réponse claire à cette interrogation, elle devient réactive, définie par ses adversaires plutôt que par un objectif commun.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque l’Otan a été fondée en 1949, cet objectif était clair. Née sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale, l’alliance a été créée pour défendre ce que ses fondateurs appelaient le <em>«monde libre»</em>, contre l’expansionnisme soviétique.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus fondamentalement, elle visait à préserver un ordre international libéral reposant sur quatre piliers complémentaires :&nbsp;gouvernance démocratique, ouverture économique, primauté géopolitique de l’Occident, et droit international fondé sur la Charte des Nations Unies.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Fossé entre les valeurs prônées et les politiques menées</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Chacun de ces piliers est aujourd’hui mis à rude épreuve. On l’observe notamment dans l’identité politique de l’Alliance, fragilisée par le recul de la démocratie et la montée de l’autoritarisme. L’Otan a beau demeurer le plus puissant bloc militaire au monde, sa légitimité morale dépend de la capacité de ses membres à continuer d’incarner les valeurs démocratiques qu’ils prônent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réaction de nombreux gouvernements membres de l’Otan face à la campagne militaire d’Israël à Gaza a mis en évidence un fossé grandissant entre les valeurs proclamées par l’Alliance et les politiques menées par ses membres. Alors que la Cour internationale de justice (CIJ) et la Cour pénale internationale (CPI) continuent d’examiner les allégations de génocide et d’autres violations graves du droit international par l’Etat d’Israël, plusieurs membres éminents de l’Otan –en premier lieu desquels les États-Unis – continuent d’apporter au gouvernement israélien un soutien militaire et une couverture politique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, une alliance dont la légitimité historique trouve ses racines dans le rejet du fascisme et les crimes de guerre ne peut se permettre d’apparaître sélective dans sa défense des principes humanitaires universels. La cohérence morale n’est pas un luxe éthique, mais un atout stratégique, que l’Otan abandonne aujourd’hui à ses risques et périls.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’ordre économique libéral mis à mal par ses protagonistes même</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’ordre économique libéral subit également une pression croissante. Ironie de la situation, la plus grande difficulté de l’Otan ne provient pas de ses adversaires, mais de ses propres États membres, le protectionnisme, les guerres tarifaires et la politisation du commerce international ayant mis à mal le système fondé sur des règles que les pays occidentaux ont mis des décennies à bâtir et à entretenir après 1945.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le même temps, le centre de gravité de l’économie mondiale s’est clairement déplacé vers l’Asie. À l’époque de la création de l’Otan, ses membres représentaient environ deux tiers du PIB mondial. Leur part est depuis tombée à moins de la moitié, l’Asie s’étant imposée comme le principal moteur de croissance de l’économie planétaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Troisième pilier de l’ordre d’après-guerre, le leadership géopolitique est devenu tout aussi fragile. La guerre froide fournissait à l’Otan un cadre stratégique clair. Après l’effondrement de l’URSS, l’hypothèse selon laquelle la prédominance américaine perdurerait s’est imposée comme une évidence, sous-tendant les vagues successives d’élargissement de l’Otan, et renforçant la conviction selon laquelle la supériorité militaire à elle seule pouvait déterminer l’issue des événements internationaux.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="eQWgSN3yf7"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/07/04/les-pays-de-lotan-sont-ils-prets-a-une-guerre-contre-la-russie/">Les pays de l’Otan sont-ils prêts à une guerre contre la Russie?</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Les pays de l’Otan sont-ils prêts à une guerre contre la Russie? » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/07/04/les-pays-de-lotan-sont-ils-prets-a-une-guerre-contre-la-russie/embed/#?secret=3AK5UOjmo5#?secret=eQWgSN3yf7" data-secret="eQWgSN3yf7" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph">La guerre en Afghanistan a mis en évidence les limites de cette hypothèse. À la suite des attentats du 11 septembre 2001 contre les États-Unis, l’Otan a mené l’opération militaire la plus vaste et la plus longue de son histoire. Or, malgré deux décennies d’écrasante supériorité militaire et technologique américaine, les talibans sont revenus au pouvoir à Kaboul.&nbsp;Il ne s’agit pas d’en tirer comme enseignement que la force est devenue inutile, mais plutôt que la réussite sur le champ de bataille ne saurait se substituer à une stratégie politique cohérente. Une sécurité durable passe par la diplomatie, le renforcement des institutions, l’engagement régional et une vision politique à long terme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette leçon s’applique d’autant plus dans le contexte multipolaire actuel. Bien que la dissuasion demeure indispensable, les cadres de la guerre froide ne sont plus adaptés à un monde façonné par la coercition économique, les migrations, l’insécurité énergétique, la concurrence technologique et la cyberguerre. L’Otan doit par conséquent compléter sa puissance militaire par une vision géopolitique clairvoyante et une pratique subtile du pouvoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’ordre juridique international cède de plus en plus la place à la politique des grandes puissances. La crédibilité de toute alliance repose sur sa volonté de faire respecter les normes qu’elle proclame. Or, les menaces d’annexion du Groenland – un territoire autonome du Danemark – formulées par le président américain Donald Trump remettent en cause l’un des principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies : l’intégrité territoriale des États souverains. Lorsque la puissance dominante de l’Otan menace la souveraineté de l’un de ses propres membres, l’engagement de l’alliance en faveur du droit international sonne creux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces défis structurels sont aggravés par une fracture croissante concernant l’objectif stratégique de l’Otan. Certes, les désaccords entre alliés ne datent pas d’hier. La guerre en Irak a par exemple a profondément partagé les États-Unis et leurs partenaires européens, mais les deux parties ont continué de considérer l’Otan comme indispensable à la sécurité transatlantique.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">D’une alliance politico-militaire à un arrangement transactionnel </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Sous Trump, les États-Unis considèrent de plus en plus l’Otan comme un arrangement transactionnel, et prennent d’importantes décisions de politique étrangère sans consulter leurs principaux alliés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La guerre contre l’Iran l’illustre parfaitement. Ce conflit, qui est susceptible de redessiner le paysage sécuritaire régional, et qui a profondément perturbé l’économie mondiale, revêt de profondes implications pour tous les États membres de l’Otan, alors que l’Alliance elle-même semble n’avoir joué aucun rôle dans le processus décisionnel. Une alliance dont les membres peuvent être entraînés dans un conflit régional qu’ils n’ont ni choisi collectivement, ni approuvé politiquement, risque de saper la confiance mutuelle nécessaire à la coopération en matière de sécurité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La crise de l’Otan étant davantage une crise d’identité que de capacités, la redynamisation de l’Alliance nécessite plus qu’une augmentation des budgets de défense et qu’un renforcement de la dissuasion. L’Otan a besoin d’un fondement normatif renouvelé, ancré dans la légitimité démocratique et les droits de l’homme, d’un réengagement à l’appui du droit international, ainsi que d’une vision économique adaptée à l’ère du rééquilibrage mondial des puissances.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sans une philosophie stratégique cohérente, centrée sur la légitimité démocratique, les droits de l’homme et l’État de droit, l’Otan risque de ne devenir qu’un instrument au service des intérêts des Etats-Unis et de ceux du complexe militaro-industriel&nbsp;américain.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="fhnlq9WFa4"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/06/les-americains-se-desengageront-de-lotan-des-2027/">Les Américains se désengageront de l’Otan dès 2027 </a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Les Américains se désengageront de l’Otan dès 2027  » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/06/les-americains-se-desengageront-de-lotan-des-2027/embed/#?secret=AQzvU2Ulfl#?secret=fhnlq9WFa4" data-secret="fhnlq9WFa4" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Israël et le retour de bâton du génocide à Gaza</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/07/09/israel-et-le-retour-de-baton-du-genocide-a-gaza/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 09 Jul 2026 07:51:25 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le stress de combat fait des ravages en profondeur parmi les soldats israéliens engagés à Gaza et dans la société israélienne. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/07/09/israel-et-le-retour-de-baton-du-genocide-a-gaza/">Israël et le retour de bâton du génocide à Gaza</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>«On fait de nous des zombies», disent des anciens combattants israéliens. «Quand tout est permis, personne n’est protégé» : c’est ce qu’écrit un capitaine de réserve israélien anonyme dans le quotidien Haaretz, dénonçant le flou total quant aux règles d’engagement de l’armée d’occupation.</em></strong> <strong><em>Autorisés à faire tout et n’importe quoi, les militaires israéliens engagés à Gaza depuis bien avant le 7 octobre 2023 subissent un retour de bâton massif : ça s’appelle le stress de combat et ça fait des ravages en profondeur dans la société israélienne. Certains d’entre eux se sont révoltés et sont passés à l’action, comme le raconte le reportage ci-dessous, traduit de l’hébreu, après la tribune publiée par un capitaine anonyme (voir ci-dessous).</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Fausto Giudice *</strong></p>



<span id="more-19187301"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Fausto-Giudice.jpg" alt="" class="wp-image-19187326" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Fausto-Giudice.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Fausto-Giudice-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Fausto-Giudice-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Plus de 70 000 Palestiniens ont été tués et plus de 171 000 blessés par l’armée israélienne à Gaza depuis octobre 2023.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces chiffres sont mondialement connus. Un chiffre qui l’est moins est celui des 85 000 soldats qui ont reçu des traitements pour troubles psychiques entre octobre 2023 et décembre 2025.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La consommation de drogues a explosé parmi la population israélienne juive et on estime à deux millions le nombre d’Israéliens ayant besoin de soins mentaux. Entre un quart et un tiers des appelés et réservistes ayant participé à la guerre contre Gaza ont donc été diagnostiqués comme souffrant de troubles mentaux, pour la plupart de ce qu’on appelle <em>«stress de combat»</em>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le «stress de combat»</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’état de stress post-traumatique (ESPT) désigne une réaction psychologique à un événement traumatique intense, en particulier lorsque la vie est menacée. Ce trouble peut affecter n’importe qui, peu importe l’âge, le milieu culturel ou le sexe. Ce n’est que depuis quelques années que l’on entend davantage parler de l’ESPT, mais on sait que ce trouble est connu depuis au moins l’Antiquité grecque et a été désigné de bien des façons.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant la guerre de Sécession, cette affection était connue sous le nom de <em>«soldier’s heart»</em> (trouble affectif du soldat); lors de la Première Guerre mondiale, elle était désignée par les termes de <em>«traumatisme dû au bombardement»</em>, et au cours de la Seconde Guerre mondiale, elle était appelée <em>«névrose de guerre»</em>. Bon nombre de soldats qui présentaient des symptômes associés à l’ESPT pendant le combat étaient considérés comme souffrant d’<em>«épuisement au combat»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au cours de la guerre du Vietnam, c’est l’expression <em>«stress de combat»</em> qui a été employée pour désigner ce phénomène. Certains sujets qui en étaient atteints ont fini par présenter une affection qui, en 1980, à été officiellement appelée <em>«syndrome de stress post-traumatique»</em>. L’expression stress de combat se traduit en hébreu parעָקַת קְרָב  (<em>akat krav</em>), se substituant au terme plus ancien deהֶלֶם  קְרָב  (<em>helem krav</em>, qui se traduisait plutôt par <em>«choc de combat»</em> ou <em>«commotion de combat»</em>), aujourd’hui considéré comme moins précis, et encore employé dans le langage courant, par exemple par les vétérans faisant leur sit-in devant la Knesset.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Trouble de stress post-traumatique (TSPT) repose sur 3 grands types de symptômes se manifestant simultanément, dont l’intensité perturbe le quotidien :<br><strong>&#8211; </strong><em>les reviviscences (intrusions) :</em>&nbsp;la personne revit l’événement de façon incontrôlable (flashbacks, cauchemars, impressions sensorielles)&nbsp;;<br><em>&#8211; l’évitement :</em>&nbsp;la mise en place de stratégies pour fuir toute pensée, situation, odeur ou personne liée au traumatisme&nbsp;;<br><em>&#8211; l’hyperactivité neurovégétative :</em>&nbsp;un état d’alerte et de sensation de menace permanente (hypervigilance, sursauts, irritabilité, troubles du sommeil).</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une pathologie durable</h2>



<p class="wp-block-paragraph">On ne guérit pas de cette affection. 50 ans après la fin de la guerre du Vietnam, on estime à 271 000 le nombre de vétérans US souffrant de TSPT, soit 11% des vétérans et 9% des vétéranes. 30% des anciens combattants et 27% des anciennes combattantes du Vietnam ont développé des TSPT au cours de leur vie. Environ 50 % à 60 % de ces anciens combattants souffrent également de dépression concomitante, et 30 % à 40 % sont confrontés à des troubles liés à la consommation de substances.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les chiffres concernant des précédents guerres coloniales/impériales sont plus flous, vu que la pathologie clinique des TSP n’a été établie cliniquement qu’à la fin des années 1960. Ce qu’on sait par exemple, c’est que 15 000 des 2 millions 800 000 soldats français ayant été en service actif pendant la guerre d’Algérie ont été ensuite internés dans des asiles psychiatriques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La société israélienne va donc au-devant de chocs inouïs, qui ne viendront cette fois-ci plus de l’ennemi atavique, mais de ses propres rangs, de la part de ses fils et filles traumatisés à vie par les horreurs qu’ils ont vécues, de bon ou de mauvais gré.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rappelons que la violence homicide a explosé aux USA après la Guerre civile, entraînant un quadruplement du nombre de détenus dans certains États, et que le nombre de meurtres <em>«civils»</em> a doublé aux USA mêmes pendant la guerre du Vietnam. À défaut de voir ses responsables jugés, le génocide de Gaza risque bien de susciter un backlash (retour de bâton) terrible, aux conséquences difficilement prévisibles.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Auteur, traducteur, éditeur.</em></p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Soldats-israeliens-morts-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-19187437" style="width:800px" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Soldats-israeliens-morts-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Soldats-israeliens-morts-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Soldats-israeliens-morts-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Soldats-israeliens-morts-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Soldats-israeliens-morts-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Soldats-israeliens-morts-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/07/Soldats-israeliens-morts.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading"><strong>En</strong><em> </em>tant que commandant de l’armée israélienne, je sais à quel point des règles d’engagement sans limites sont dangereuses»</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>«Quand tout est permis, personne n’est protégé – ni les civils, ni les soldats, et certainement pas les valeurs que nous sommes censés défendre</em></strong><em>» (Anonyme, <a href="https://substack.com/redirect/0455912e-cfd9-41bc-b439-98526266463a?j=eyJ1IjoiaTFlbHQifQ.Hq9qAIq7zpkEpiC_jKxZ1S8NBly1ZqUcW7etgzodmC4">Haaretz</a>, 6 juillet 2026)<strong>. L’auteur est un capitaine de réserve israélien et un commandant de combat.</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne cache habituellement pas mon identité, mais l’anonymat permet souvent de révéler ce qui doit être mis au jour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je suis le commandant d’une unité effectuant son service de réserve dans la bande de Gaza, et j’écris ces mots alors que je suis en service actif, de l’autre côté de la frontière. Depuis le 7 octobre [2023], nous avons effectué plus de 300 jours de réserve. Je ne veux pas écrire sur la dureté de ces répétitions de service ou sur les dommages qu’elles infligent au corps et à l’âme, même si ces sujets importants mériteraient d’être davantage discutés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je veux plutôt parler de valeurs, d’un problème auquel je suis hélas confronté en voyant une détérioration morale se jouer au sein de l’armée. La moralité est l’essence même de notre nature humaine et de notre lien avec le divin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La nature actuelle de nos opérations est défensive. Nous menons un combat de tranchées permanent, jamais assouvi. L’objectif de notre mission n’est plus clair, pas même défini, ce qui ne nous laisse aucun critère pour en mesurer le succès. Parce que nous sommes en mission défensive, l’état d’alerte est élevé, de même que la peur d’un ennemi qui pourrait nous prendre par surprise. Cet état d’esprit engendre de nombreux dilemmes moraux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’état d’alerte et les souvenirs du 7 octobre poussent les soldats à tirer sur les Gazaouis qui s’approchent (ou sont envoyés) vers nos lignes. Parfois, les tirs sont justifiés, parfois moins. Dans tous les cas, l’ouverture du feu survient parce que le soldat en première ligne se sent menacé ou en insécurité. Le soleil brûlant, la fatigue et le sentiment d’inutilité amplifient ces sensations, même lorsqu’elles sont infondées. Même s’il est facile de les juger sévèrement depuis un bureau climatisé au quartier général de Tel-Aviv, il faut reconnaître que ces sentiments existent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Blesser et tuer autant d’êtres humains non armés laisse des traces dans l’âme de nos combattants. Cela laisse des traces dans la mienne. Lors de notre dernier entretien, l’officier de santé mentale de la brigade nous a dit qu’en plus des blessures physiques et psychiques, l’armée reconnaît désormais ce qu’on appelle une <em>«blessure morale»</em> – un domaine qui a commencé à être étudié dans les années 1990 et a été officiellement reconnu au début des années 2000.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, l’aide en santé mentale fournie par l’armée, après coup, après près de trois ans de combat, est insuffisante. Nous avons besoin que l’armée fixe des limites juridiques et les fasse respecter efficacement. Le bureau de l’avocat général militaire, qui est censé poser ces limites, est paralysé, n’exerçant plus ses fonctions depuis l’affaire du centre de détention de&nbsp;Sde Teiman, peut-être même depuis l’affaire antérieure d’Elor Azaria.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La conduite du bureau de l’avocat général militaire me rappelle celle d’un laïc trop zélé qui décide de devenir religieux, passant d’une position extrême à l’autre. Avant le 7 octobre, les règles d’engagement strictes permettaient aux Gazaouis d’organiser leurs manifestations le long de la clôture frontalière – des protestations qui ont provoqué des troubles ayant abouti à la mort de Barel Shmueli.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À mon avis, notre retenue lors de ces manifestations a été l’une des causes du massacre du 7 octobre, en réaction auquel toutes les retenues ont été levées. Aujourd’hui, tout est permis, et nous avons le doigt trop léger – bien trop léger – sur la détente. Les règles d’engagement sans limites garantissent qu’aucun Gazaoui n’atteindra la clôture frontalière, mais elles nous coûtent de plus en plus cher, à nous, à nos valeurs et à notre santé mentale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si quelqu’un du bureau de l’avocat général venait enquêter sur la dernière fusillade à laquelle nous avons participé, je soutiendrais pleinement mes soldats en tant que commandant. Je dirais à l’enquêteur que le Gazaoui abattu avait franchi la ligne jaune (même si ce n’était pas vrai), et je dirais que nous nous étions sentis menacés (ce qui était le cas).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je pourrais même faire plus, en m’en prenant au bureau de l’avocat général. Je m’écrierais : <em>«Comment des fonctionnaires en cravate, venus ici depuis leurs bureaux climatisés, osent-ils questionner des combattants qui ont effectué des centaines de jours de réserve ?»</em> Mais au fond de moi, je serais heureux qu’il soit venu enquêter et mettre fin à cette irresponsabilité. S’il vous plaît, mettez&#8211;nous des garde-fous.</p>



<h2 class="wp-block-heading">«Nous nous sommes battus et on nous a jetés dans des asiles, on fait de nous des zombies» : la révolte des anciens combattants israéliens soumis au stress de combat</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Yogev Carmel, Magazine N12 (27/11/25)</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Pas des criminels, mon frère, nous sommes des combattants»</em> : le cri des traumatisés de guerre est passé du bord de mer à la Knesset – <em>«Nous sommes là et ça ne laisse pas le législateur respirer»</em>. Alors que le nombre de combattants qui ont mis fin à leurs jours ne cesse d’augmenter autour d’eux, ils racontent : <em>«On nous a promis qu’on arrêterait le prochain suicidaire, chaque missile coûte aussi cher que cent traumatisés de guerre»</em>. Et Itzik Saïdian, l’une des figures emblématiques de la lutte, met en garde : <em>«Quand ce flot de traumatisés de guerre arrivera, il y aura un grand pogrom ici.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Aujourd’hui, j’étais chez le psychiatre. Et quelle ordonnance ai-je reçue ? Des pilules pour nous faire taire, des somnifères… Ça les arrange bien qu’on s’endorme pour de bon»</em>, confie David Yehuda, combattant du génie de combat dans la réserve, et son ami Omar Amsalem abonde dans son sens en ajoutant : <em>«Ils te donnent des pilules qui te transforment en zombie.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Je ne suis ni un psychopathe, ni un malade mental, je vis simplement ma réalité. On s’est battus et au final, on nous jette dans des asiles, à Kfar Shaul, dans des centres de réadaptation. Ce n’est pas vraiment un traitement qui s’attaque à la racine du problème»</em>, s’insurge Yehuda. <em>«Ma mère l’a remarqué chez moi – je suis revenu vivre chez elle maintenant, après être rentré de la guerre»</em>. <em>«Maman a compris que, tout à coup, quelque chose n’allait pas»</em> chez David : il se levait soudainement la nuit, et à chaque claquement de porte ou à chaque casserole qui tombait, le gamin sursautait.<em> «Maman m’a dit : “Va te faire soigner”. Sans ma mère, je ne serais pas allé suivre ces traitements.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’y a pas eu de guerre en Israël d’une telle ampleur et intensité depuis des années, rappelant ce qui s’est passé ici au cours des deux dernières années. Jusqu’à présent, le public et le système se sont habitués à des foules de personnes post-traumatiques, chacune avec son propre bagage – des personnes qui ont vécu les horreurs de la guerre sous sa forme la plus brute – mais des gens comme David Yehuda viennent et exigent de renouveler le concept de <em>«stress de combat»</em>, un terme qui a été quelque peu piétiné au fil des ans sous les roues du politiquement correct.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«On aborde ça sous l’angle très général du syndrome de stress post-traumatique»</em>, explique Yehuda. <em>«Mais le choc de combat, c’est une autre histoire. Je ne minimise bien sûr pas la gravité de ce que vivent les autres, mais le choc de combat, ce sont des choses que nous avons vues de nos propres yeux. Au fond, nous demandons simplement qu’on nous prenne dans les bras, et qu’on écoute les combattants qui reviennent aujourd’hui. Qu’on ne les renvoie pas trop vite à la vie civile et à leur vie de tous les jours, et qu’on ne leur prescrive pas de médicaments qui noient tous ces combats sous un voile».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«On ne comprendra pas d’où ça vient»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Dès que la vague de traumatisés de guerre issus de ce conflit arrivera, il y aura ici un véritable pogrom contre tous ceux qui sont revenus du front – on assistera à une véritable tempête de gens qui descendront dans les rues et ça va faire un scandale»</em>, met en garde Itzik Saïdian, l’une des figures de proue de ce combat. <em>«Je pense que nous sommes à l’aube d’une vague gigantesque de soldats souffrant de traumatismes de guerre, et si nous ne nous en occupons pas et n’investissons pas dès maintenant nos efforts pour résoudre le problème, nous ne parviendrons pas à l’arrêter ; son ampleur sera trop grande. Je le ressens à travers les messages que je reçois, le nombre de personnes qui me contactent, c’est quelque chose d’anormal. Je reçois chaque jour des dizaines, voire parfois des centaines de messages de personnes qui ont du mal à mener une vie quotidienne normale.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Saïdian vit avec un traumatisme de combat depuis l’opération <em>«Pilier de défense»</em> (2012), et en 2021, il s’est immolé par le feu, juste avant la Journée du souvenir, devant les bureaux de la Direction de la réadaptation.<em> «Le traumatisme de combat diffère à bien des égards de tout autre syndrome de stress post-traumatique. On le constate partout dans le monde, on l’a vu après la Seconde Guerre mondiale, après la guerre du Vietnam. Aujourd’hui, aux USA, il existe une définition claire du &nbsp;‘‘Combat PTSD’’ – un syndrome de stress post-traumatique résultant des combats»</em>, explique-t-il. <em>«Il n’y a pas que ceux qui sont reconnus comme souffrant de choc de combat qui rencontrent des difficultés chez eux ; on va se retrouver face à un phénomène dont on ne comprendra pas d’où il vient.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Il faut avant tout une définition précise et que l’on comprenne la différence. Tout comme l’État sait mobiliser des combattants et des combattantes pendant plus de 700 jours de guerre, il doit accorder des jours de réserve consacrés à des traitements psychologiques. Avant tout, pour préserver la force de combat. Au final, cela aura des répercussions sur tous les aspects de la vie dans ce pays, notamment sur le plan social et en matière d’emploi. Après tout, les réservistes constituent la force productive d’Israël.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Tente au bord de la mer &#8211; marche vers la Knesset</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La protestation, dont la base du petit camp a commencé il y a plus de six mois, était en fait loin de la Knesset, sur la plage d’Atlit. Omer Amselem, ancien combattant de la Brigade Golani qui porte un stress de combat de l’époque de <em>«Bordure protectrice»</em> (juillet 2014), a rejoint deux autres amis dans une situation similaire : Tzachi Atedgi et Shon Danenberg. Ce qui a tout déclenché, c’était, selon eux, le mépris du système pour le cas spécifique d’Atedgi. <em>«Disons qu’il a été jeté de toutes les directions possibles»</em>, dit Amselem. <em>«Ils ont arrêté son allocation logement et il n’avait nulle part où vivre, et de là nous est venue l’idée d’installer des tentes au bord de la mer pour avoir un endroit tranquille. D’abord, avant la protestation, surtout si elle va être longue, nous avons besoin de ce calme, pour comprendre où nous allons»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Nous sommes restés environ un mois au bord de la mer, avec des pancartes pour qu’ils sachent que nous sommes des victimes du stress de combat. Des inspecteurs sont venus, ont pris notre générateur, ont utilisé du gaz lacrymogène contre nous, sans aucune raison. Nous avons eu un déclencheur très sérieux là-bas, ils nous ont même arrêtés et la juge a réprimandé la police. Alors nous avons compris que ça suffit, il faut faire quelque chose de plus significatif, pour qu’ils nous voient, parce qu’à la mer personne ne voit. Et aussi parce que Tzachi était déjà au bord du gouffre. Nous avons dit : passons à Petah Tikva»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ce stade, la manifestation s’est déplacée vers le parking situé en face des bureaux de la Direction de la réinsertion du ministère de la Défense à Petah Tikva, exactement à l’endroit où Itzik Saidian s’était immolé par le feu quatre ans auparavant. C’est alors que les trois hommes se sont associés à Saidian, qui a mis à profit sa notoriété pour incarner une sorte de figure de proue de la nouvelle génération de manifestants post-traumatiques. <em>«Nous y avons monté des tentes et commencé à nous installer ; chaque jour passé là-bas était une véritable manifestation. Nous étions impatients. Nous voulions obtenir des réponses sur la situation des victimes de traumatismes de guerre en Israël. Cela a duré deux mois et demi. Puis Itzik Saïdian, un camarade de ma promotion dans la Brigade Golani – il était dans le 13<sup>e</sup>&nbsp;bataillon et moi dans le 51<sup>e</sup>&nbsp;–, m’a proposé d’aller à la Knesset.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«Je me suis préparé à ce trajet comme à une opération militaire»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a quelques semaines, dans le cadre de la routine quotidienne dont il a tant besoin, Hagai Azran est monté dans un bus qui l’emmenait de son domicile du quartier de Gilo, à Jérusalem, à ses cours de cuisine à Tel-Aviv. Comme c’est souvent le cas pour bon nombre de victimes de traumatismes de guerre, cette expérience dans l’espace public ne s’est pas déroulée sans heurts. <em>«Deux fois par semaine, j’ai un itinéraire très précis en tête»</em>, raconte Azran. <em>«J’achète les mêmes choses, je fume au même endroit et je fais exactement les mêmes gestes que d’habitude, comme si je me préparais à une opération militaire, et ça marche très bien pour moi. Pendant tout le trajet, je ne parle à personne. Ce jour-là, tout se passait comme d’habitude, jusqu’à ce qu’un petit détail vienne tout bouleverser.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«J’ai dû partir sans mon chien, car le ministère de la Santé n’autorise toujours pas les chiens à entrer dans l’établissement où j’étudie»</em>, raconte-t-il en retraçant les événements de la journée. <em>«À la fin de la descente de Gilah, au carrefour de Pat, il y a un bouchon et le bus est tout simplement à l’arrêt. Au bout de dix minutes, j’ai l’impression de ne plus pouvoir respirer. Si l’on remonte vingt ans en arrière, c’est exactement au même endroit que cette ligne avait explosé»</em>, confie-t-il, évoquant un éventuel déclencheur issu de sa mémoire. <em>«Je me souviens que j’étais à l’armée ; des enfants du quartier avaient vu le bus exploser depuis en haut, après avoir raté ce même bus. À l’époque, je sortais avec une fille dont les amis de son frère avaient été tués là-bas. Et son frère, lui, était tellement en colère contre lui-même d’avoir raté ce bus et d’être resté en vie.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Je m’approche du chauffeur et je lui demande gentiment d’ouvrir la porte, car je suis en pleine crise et j’ai déjà du mal à rester assis dans le bus. Le chauffeur refuse et je m’en vais avant de revenir une demi-minute plus tard, car je ne comprends pas pourquoi il me dit ‘‘non’’. Je m’explique plus en détail, en précisant que je souffre d’un traumatisme de guerre et que je suis en pleine crise, mais il refuse toujours, et de manière très catégorique, car pour lui, je le dérange. Je suis retourné à ma place, j’ai regardé les gens en me demandant pourquoi ils ne réagissaient pas, je me suis levé et j’ai commencé à hurler pour qu’on ouvre la porte du bus, car je n’arrivais plus à respirer. Je commence déjà à trembler, puis je vais voir le chauffeur et lui explique à nouveau ce qui va se passer s’il n’ouvre pas la porte. Il sort alors son téléphone et se met à parler avec ses amis en arabe, juste pour&nbsp;me faire enrager»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«J’essaie de descendre à trois reprises, je supplie et je crie après les gens, et tout le monde là-dedans prend peur et se dégonfle – parce que je passe du Hagai gentil au Hagai très-pas-gentil – puis je lance un chronomètre d’une minute et j’annonce à tous les passagers que si la porte ne s’ouvre pas dans la minute, je me ferai justice moi-même. J’attends une minute et, bien sûr, personne ne se lève. Le chronomètre sonne et j’ouvre la porte de force. Je n’ai blessé personne, je leur ai expliqué que je voulais juste un câlin et qu’on me laisse descendre du bus.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«L’un d’entre eux a même essayé de m’étrangler»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Le jour même, je suis allé porter plainte contre le chauffeur, j’ai crié sur son responsable et j’ai pleuré»</em>, résume Azran, désespéré. <em>«Il y avait là un groupe de chauffeurs qui s’en est pris à moi, l’un d’eux a commencé à m’insulter et à se jeter sur moi, il a même essayé de m’étrangler. L’affaire s’est terminée par l’intervention de la police. Bref, ça s’est mal terminé. Il n’y a tout simplement pas de sensibilisation. La loi m’a ignoré tant de fois – que ce soit des chauffeurs de taxi qui nous jettent dehors, ou des gens qui ne nous comprennent pas.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">La prise de conscience, c’est justement ça. Quelques semaines après ce jour-là dans le bus, Azran ne cherche plus un chauffeur qui lui ouvre la porte, mais un État qui l’écoute. Nous nous retrouvons au bord de la route menant à la Knesset : le campement est en fait son lieu de vie depuis quatre mois. Il fait partie d’un petit groupe, comptant tout au plus vingt membres, qui, comme lui, sont tous marqués par un traumatisme profond lié à leur service militaire ; certains d’entre eux sortent tout juste des derniers combats à Gaza. Ezran est l’un des <em>«aînés»</em> du campement, âgé de 42 ans, marié et père de famille. Il s’est enrôlé dans l’armée israélienne pendant la deuxième Intifada et c’est là qu’il a <em>«contracté»</em> son traumatisme psychologique au cours d’une série d’attentats et d’incidents sécuritaires auxquels il a été exposé.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Ces vingt dernières années m’ont peu à peu fait me replier sur moi-même. Je me suis marié il y a 12 ans et depuis, j’ai commencé à ressentir une angoisse existentielle pour mes enfants. Les événements que j’ai vécus à l’armée se sont mêlés à ceux concernant mes enfants et, au cours des six dernières années, je me suis complètement coupé du monde extérieur. À l’approche de l’opération ‘‘Gardien des murailles’’ </em>[2021]<em>, j’ai été diagnostiqué pour la première fois par un psychologue clinicien, car j’avais alors eu une crise de folie. Un scénario similaire à ce qui s’est finalement passé le 7 octobre me trottait dans la tête : tous mes cauchemars ont commencé à se cristalliser en quelque chose que je commençais à voir de mes propres yeux, et depuis, je me suis coupé de tout ce qui bougeait : le travail, la famille, les shabbats, les cousins, les frères, les sœurs, les parents.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis son diagnostic, il a intégré le programme thérapeutique des <em>«12 étapes»</em>, dans le cadre duquel il s’est mis à suivre des cours de cuisine. <em>«Ce n’est qu’au cours des dix-huit derniers mois que j’ai vraiment commencé à sortir. Si tu m’avais rencontré il y a deux ans, tu n’aurais pas réussi à me parler. Je transpirais, je portais une casquette qui me couvrait les yeux pour que personne ne sache ce que je vivais. Je voulais me faire un t-shirt sur lequel j’aurais écrit, un peu pour plaisanter : ‘‘Après le service, ne pas caresser’’, parce que si j’ai une crise d’angoisse ou de rage en pleine rue, les gens pensent : c’est un psychopathe, quelqu’un à qui on ne peut pas parler».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«Ils nous ont promis d’empêcher&nbsp;le&nbsp;prochain&nbsp;suicide»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a environ deux mois, les membres du camp ont rencontré le Premier ministre ainsi que le ministre de la Défense. Dans&nbsp;les salles de réunion climatisées et sécurisées&nbsp;où se prennent les décisions, ils ont essayé d’expliquer ce qui se passe pendant les nuits chaudes à l’extérieur de la Knesset. « Nous avons discuté avec Katz pendant deux heures et demie. Ils nous ont promis d’empêcher le prochain suicide », racontent-ils, et Amselem souligne :&nbsp;: <em>« Pour l’instant, rien ne bouge, en principe. Peut-être que ça bouge en coulisses, mais nous n’en savons rien. Quand j’étais assis avec le Premier ministre, je l’ai vraiment cru. Lui-même ne savait pas vraiment ce qui se passait ; il pensait que les gens étaient pris en charge et que tout allait bien. Nous lui avons expliqué où se situaient les dysfonctionnements, nous lui avons donné des points clairs, des éléments qui permettront de sauver le prochain suicidaire.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Nous avons des revendications claires. Avant tout, une retraite de deux mois pour chaque combattant qui quitte une zone de combat. Il faut lui accorder deux mois, et non deux jours, de ‘‘traitement post-combat’’. Au cours de cette retraite, il faut intégrer des phases d’identification et de reconnaissance, afin de repérer ceux qui souffrent d’un traumatisme de guerre, ceux qui présentent les symptômes, puis commencer à expliquer à la femme, aux enfants, aux parents, ce qui se passe et comment faire face à une telle situation. Un système qui le prenne en charge, le coupe de la réalité et commence à s’occuper de lui avant que tout ne commence, qui identifie les symptômes et lui explique ce qui va se passer. Ce n’est qu’après cela qu’il pourra être prêt à reprendre le cours de sa vie, et que sa femme sera prête à affronter ce qu’elle va elle aussi traverser, et qu’ils puissent aller chercher de l’aide ensemble. Il faut leur donner les outils nécessaires pour mieux gérer les déclencheurs et les réduire. C’est la chose la plus importante.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">La reconnaissance spécifique prévue par la loi, qui est au cœur de leurs revendications, conduira – espèrent-ils – à une prise en charge plus ciblée, plus attentive, et non à une approche qui cherche simplement à balayer le problème sous le tapis. La semaine dernière encore, ils ont remporté une victoire non négligeable devant la Cour suprême, qui a rendu une ordonnance conditionnelle obligeant l’État à expliquer pourquoi les victimes de stress post-traumatique présentant des blessures <em>«invisibles»</em> ne bénéficient pas des mêmes droits que ceux accordés aux invalides de l’armée israélienne souffrant de lésions physiques. <em>«Les étoiles se sont alignées de telle sorte que nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation où nous pouvons et voulons changer toute la méthode de prise en charge des victimes de traumatismes de guerre»</em>, explique Azran. <em>«Et nous voilà réunis ici en groupe : moi, qui suis ‘‘arrivé’’ en 2002, Itzik Saidian et Omer Amsalem, arrivés en 2014, ainsi que Boaz, venu du Liban. Et nous arrivons avec notre expérience et, ensemble, nous leur disons : ‘‘Mes amis, la situation est telle que vous devez prendre la décision et changer les choses dès maintenant’’. Nous n’avons pas le temps d’attendre des commissions qui s’éternisent pendant des années. Nous devons mettre en place des commissions d’urgence et faire bouger les choses dès maintenant».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«Nos amis se suicident et nous ne jouons pas au plus fin»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La distinction que font ces jeunes entre <em>«choc de combat»</em> et <em>«syndrome de stress post-traumatique»</em> n’est pas seulement terminologique : elle s’accompagne d’une volonté de profiter de la rare opportunité qui s’offre à eux aujourd’hui, avec le cessez-le-feu, pour opérer rien de moins qu’un véritable bouleversement dans la manière dont ils sont pris en charge, ainsi que leurs camarades, dont beaucoup ne sont même pas encore conscients de leur état. Et Azran précise : <em>«La première chose, la plus importante de toutes, c’est la ‘‘loi Argaman’’</em> (projet de loi débattu à la Knesset depuis des années et visant à améliorer encore davantage le statut des victimes de guerre, en mettant l’accent sur les traumatismes psychologiques)<em>. Si on commence par là, on pourra aborder des questions plus sérieuses, comme prendre en charge tous ces combattants qui sortent du combat dès maintenant – nous avons devant nous trois mois.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Source: <a href="https://substack.com/home/post/p-205758758" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Fausto Giudice</a>. </p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/07/09/israel-et-le-retour-de-baton-du-genocide-a-gaza/">Israël et le retour de bâton du génocide à Gaza</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Ces ados israéliens qui refusent le service militaire</title>
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		<pubDate>Sat, 27 Jun 2026 10:22:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Témoignages d'adolescents israéliens qui disent non à l'armée, à la guerre, et au génocide des Palestiniens. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/06/27/ces-ados-israeliens-qui-refusent-le-service-militaire/">Ces ados israéliens qui refusent le service militaire</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Personne ne leur demande, mais ils disent non : de gauche à droite, Bar Zvirin, Noor Epstein et Anton Zohar Lifsches, des adolescents israéliens, ne sont pas convaincus par les arguments de la paix par la violence. À quoi bon être punk si c’est pour plier et servir ?</em></strong> <em>(Photo : Des ados israéliens disent non à l&rsquo;armée, à la guerre, et au génocide des Palestiniens).  </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Linda Dayan </strong></p>



<span id="more-19061640"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/06/Linda-Dayan.jpg" alt="" class="wp-image-19061732" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/06/Linda-Dayan.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/06/Linda-Dayan-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/06/Linda-Dayan-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Sur le balcon du Left Bank [Rive Gauche], un espace de gauche radicale dans le centre de Tel-Aviv, un groupe de cinq adolescents roulent des cigarettes et comparent leurs dernières acquisitions littéraires. L’un s’exclame avoir acheté <em>«Why Women Have Better Sex Under Socialism»</em> de Kristen Ghodsee ; un autre lit au groupe un passage de prose auto-indulgente de David Foster Wallace. Sur le tableau blanc de la pièce derrière eux – couverte d’affiches marxistes et gauchistes, et meublée de chaises et de canapés au rembourrage déchiré – subsistent les vestiges d’un cours d’arabe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’un des adolescents, avec coupe mulet et crête iroquoise et un piercing au septum, déplore ne plus vouloir jouer de musique avec un certain groupe punk – leur batteur, dit-il, <em>«est un putain de soldat»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«À quoi bon être un punk si c’est pour s’engager ?»</em> demande un autre membre du groupe, avant que nous descendions parler dans le théâtre boîte noire de l’espace.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Trois des cinq adolescents qui m’accompagnent sont là pour parler d’une décision qu’ils prennent – une décision qu’ils veulent inciter leurs pairs à envisager également.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Nager à contre-courant de la société</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Presque tous les Israéliens sont, par la loi, enrôlés dans l’armée israélienne, avec quelques exceptions plus ou moins controversées (citoyens arabes, étudiants des <em>yechivot haredi</em>). Dès le plus jeune âge, cela leur est présenté comme une phase de la vie aussi obligatoire que la fin du lycée. Ceux qui veulent contourner le service doivent nager à contre-courant de la société pour y parvenir. Ils peuvent chercher des exemptions médicales – la voie la plus courante pour échapper au service – ou tenter leur chance pour obtenir le statut d’objecteur de conscience. Mais certains, en particulier ceux qui veulent faire une déclaration politique publique, optent pour un séjour en prison militaire plutôt que d’enfiler l’uniforme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Même si presque tous les aspects de leur éducation, de leur éducation familiale et des attentes de la société les ont orientés vers un enrôlement éventuel, ces adolescents ont décidé que, pour eux, cela ne serait pas une fatalité – c’est un choix comme un autre. Ils ne rejoindront pas les Forces de défense israéliennes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bar Zvirin, le jeune de 17 ans à la coupe mulet, mentionne que son père n’était pas ravi que son enfant s’exprime publiquement à ce sujet. <em>«Il a dit : “Je suppose que tu es assez stupide pour croire aux choses auxquelles tu crois, mais je n’arrive pas à croire que j’ai élevé un gamin assez idiot pour vouloir que le monde entier sache à quel point il est stupide.”»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais Anton Zohar Lifsches Segal, un pianiste de 17 ans originaire de Jaffa, dit que sa famille le soutient.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«J’ai grandi dans un foyer très à gauche, donc j’ai toujours su qu’il y avait un choix de ne pas aller à l’armée, et j’ai presque toujours su que ce serait la direction que je prendrais. Quand j’étais petit, ma mère ne me laissait pas avoir de pistolets-jouets, parce qu’elle disait que c’était une chose terrible, et maintenant que je suis plus âgé, je vois qu’elle avait totalement raison»</em>, sourit-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Noor Epstein, également âgé de 17 ans, de Ramat Gan, porte un t-shirt imprimé <em>«1312»</em>. Interrogé à ce sujet, Epstein s’illumine et explique que cela signifie <em>«Acab»</em>, l’acronyme de <em>«All Cops Are Bastards»</em> (Tous les flics sont des bâtards).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Noor se décrit comme une personne anxieuse de toujours, qui a toujours été inquiète à l’idée du service militaire. <em>«J’ai toujours été dégoûté par la violence, et j’ai toujours vécu avec cette peur qu’elle se rapproche de plus en plus»</em>, dit-il. Pré-adolescent, il envisageait un rôle militaire plus bienveillant qui n’implique pas de porter une arme à feu – peut-être servir en tant que soldat-enseignant apportant un soutien aux jeunes à risque. <em>«Puis je suis devenu plus activiste et plus à gauche, et j’ai appris que ce n’était pas nécessairement la seule option»</em>, explique Noor.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Apprendre qu’il existe des chemins vers l’âge adulte qui n’incluent pas le service militaire <em>«a été un énorme soulagement»</em>, ajoute Noor. <em>«Personne ne m’avait vraiment parlé de cette option. Mais en grandissant et en devenant plus activiste, et en étant exposé à une gauche plus radicale, j’ai compris que ce n’était qu’un autre choix que l’on peut faire.»</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Personne ne naît soldat</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Noor me tend une poignée de fanzines et de tracts de Mesarvot, le réseau qui soutient les adolescents réfractaires à la conscription, et de Banki, la Ligue de la jeunesse communiste d’Israël. Et, bien sûr, ils couvrent la table de pamphlets gris et violets, produits par un groupe de lycéens, dont mes interlocuteurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Nous, les jeunes hommes et femmes destinés à la conscription, refusons par la présente de prendre part aux crimes de l’armée et de servir les intérêts du gouvernement dictatorial»</em>, peut-on y lire. Il est ensuite dit que dès leur plus jeune âge, on les a endoctrinés pour vivre par l’épée – <em>«Mais la vérité est que l’armée n’est pas un destin – personne ne naît soldat. Et comme tout autre choix, le choix de s’enrôler a des conséquences.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">On y lit que nous avons tous vu les images violentes du 7 octobre. <em>«Mais ce qui a commencé comme une réaction au terrible massacre s’est poursuivi avec l’extermination brutale des habitants de Gaza, à une échelle incompréhensible. Et quels sont les résultats des actions de l’armée ? Selon les données que l’armée israélienne elle-même reconnaît, plus de 72 000 habitants de Gaza ont été tués depuis le début de la guerre, dont de nombreuses femmes, enfants et même des bébés. Malgré le cessez-le-feu, le génocide, le nettoyage ethnique et les crimes de guerre se poursuivent.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Des politiques similaires sont à l’œuvre en Cisjordanie, indique le pamphlet. <em>«Depuis des décennies, l’État, à travers l’armée, opprime le peuple palestinien, annexe des territoires et fait preuve de violence envers les hommes et les femmes palestiniens résidant en Cisjordanie – tout cela dans le cadre de la politique de nettoyage ethnique du pays.»</em> Il poursuit : <em>«La seule chose qui les distingue de nous, c’est qu’ils sont nés du ‘‘mauvais’’ côté de la frontière. »</em> Ceci, poursuit-il, n’est pas de la légitime défense.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Êtes-vous prêts à devenir une statistique ? Êtes-vous prêts à un tel sacrifice pour un gouvernement dictatorial et cynique qui trafique des vies humaines pour renforcer son pouvoir ?»</em> demande-t-il. <em>«Nous refusons de perpétuer le cycle du sang ! Et vous ?»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il exhorte les autres adolescents en cours de processus militaire à ajouter leur signature à la lettre en scannant un code QR. Au moment où j’écris, environ 120 l’avaient fait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avant le dernier jour de l’année scolaire jeudi, les pamphlets seront distribués par milliers. Je leur dis que j’imagine la scène vers la fin de&nbsp;<em>Mean Girls</em>&nbsp;où Regina George colle des pages du&nbsp;<em>Burn Book</em>&nbsp;dans toute l’école pour que les élèves les trouvent. Les adolescents rient poliment. Je réalise que le film a plusieurs années de plus qu’eux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La lettre elle-même a été écrite par un petit noyau dur – Lifsches Segal et deux autres jeunes militants. Elle s’inscrit dans la continuité d’efforts similaires, comme la lettre de refus de conscription de 2023 en pleine réforme judiciaire, et la légendaire lettre de 1970 adressée à Golda Meir signée par des dizaines d’adolescents. Le groupe plus large d’une douzaine d’adolescents, qui se font appeler <em>«Nous refusons ça»</em>, s’est réuni pour l’éditer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les trois ne s’attendent pas seulement à un retour de bâton : ils l’accueillent favorablement. <em>«Le simple fait d’avoir un retour négatif est significatif. Le simple fait qu’il y ait une discussion sur la question de savoir si les gens sont d’accord ou non signifie que les jeunes auront un argument ou une conversation»</em>, déclare Zvirin. <em>«Je pense qu’il y a un pouvoir particulier dans le fait que chaque jeune recevra son propre pamphlet. Bien sûr, ils peuvent dire “ouaou, quels gauchistes fous”, mais ensuite le garder et le lire chez eux, sans toute la pression des pairs, et penser “heu, peut-être que je vais signer sans le dire à mes amis”.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lifsches Segal dit que les Israéliens ont tendance à grandir sans remettre en question l’inéluctabilité de leur service militaire. <em>«D’après mon expérience en discutant avec des amis, beaucoup de gens n’y pensent même pas. Ils ne comprennent pas ce qu’ils font, ils considèrent cela comme une autre phase de la vie – on va simplement à l’armée quand on finit le lycée. D’un point de vue israélien, c’est tout à fait normal, mais si on regarde ça une seconde de l’extérieur, ça ne devrait pas être comme ça»</em>, dit-il. <em>«Même pour les gens qui veulent vraiment aller à l’armée, </em>[la lettre]<em> leur donne une seconde pour y réfléchir. Ça leur ouvre l’esprit.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Noor souligne que ces questions font partie de l’adolescence. <em>«On nous dit tous quoi faire dès le plus jeune âge. En vieillissant, nous cherchons notre identité et essayons de comprendre qui nous sommes, et nous commençons à nous écarter de la norme de petites manières.»</em> Alors qu’ils commencent à tester les limites de la société en tant qu’adolescents, ils ont réalisé que la décision d’être enrôlé est <em>«juste une autre option – un autre choix que vous pouvez faire»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et si un des étudiants est vraiment contrarié ? <em>«Jeudi est le dernier jour de l’année scolaire, ce qui signifie que nous allons directement de là aux vacances d’été. Nous ne croiserons pas vraiment les jeunes qui s’y opposent à l’école»</em>, rit Lifsches Segal.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Escalade extrême</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les trois, le massacre du 7 octobre – et l’énorme réponse militaire israélienne qui a suivi – a été un catalyseur majeur dans leur décision de ne pas rejoindre l’armée. Zvirin dit qu’il savait peu de choses sur l’occupation avant ce jour, quand il était au début de son adolescence. <em>«Ce n’était pas une conversation que nous avions à l’école ou à la maison. Le 7 octobre a vraiment intensifié ce discours.»</em> L’attaque a provoqué <em>«une escalade extrême de la part de la droite fasciste et raciste»</em>. Après cela, il a commencé à prêter attention à ce que l’armée faisait à Gaza.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il se souvient aussi du moment où il a décidé qu’il s’opposerait à la conscription : en voyant une publication du compte de médias sociaux Creativity for Democracy, qui publie des photos de pancartes de manifestations en Israël. <em>«Il y avait un activiste de Looking the Occupation in the Eye qui tenait une pancarte disant “Grand-mère, que faisais-tu pendant le génocide à Gaza ?”»</em> se souvient Zvirin. <em>«Penser que peut-être dans 20 ou 30 ans, je devrais expliquer à mes enfants que je portais un uniforme à cette époque – l’idée me rendait fou. Je me suis dit que je devais refuser.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Anton est d’accord. <em>«Après le 7 octobre, j’ai vu tout ce qui s’est passé, et j’ai su que c’était un système auquel je ne participerais pas. Je ne suis d’accord avec aucune des façons dont l’armée agit. Je ne suis pas d’accord en général avec l’idée de la défense par les armes, ou quoi que ce soit de ce genre. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Noor, le seul dont la famille a été affectée par les attaques du 7 octobre (une tante et un oncle au kibboutz Erez, qui n’ont pas été blessés physiquement mais profondément secoués), considère les attaques du 7 octobre menées par des militants dirigés par le Hamas et la réponse militaire israélienne comme inextricablement liées. <em>«Cela vient de la même source»</em>, dit-il. <em>«Un acte de violence fait penser aux gens qu’ils doivent répondre encore plus fort, et c’est ce qui m’est passé par la tête aussi, juste après le 7 octobre. J’ai très vite réalisé qu’il est très facile de répondre par encore plus de violence.»</em> La croyance des Israéliens, et même de certains gauchistes israéliens, selon laquelle ils peuvent atteindre la paix par la violence, est naïve, affirment-ils.<a href="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!aps-!,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F63267b8c-f636-422d-b3cd-fdcef1b36f8a_900x600.webp" target="_blank" rel="noreferrer noopener"></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Étant enfant, il a été témoin de rounds après rounds de combats entre Israël et les Palestiniens, et de leur nature cyclique. <em>«C’est ce qui s’est passé le 7 octobre. Il y avait une occupation violente et continue avant cela ici. Comment la réponse à cela peut-elle être quelque chose d’encore plus violent ? Et nous perpétuons ce cycle de guerre sans fin.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les trois ne savent pas encore quelle forme leur objection prendra. Lifsches Segal travaille à une exemption militaire pour raisons médicales, et Epstein, qui est également éligible, a encore un an pour décider s’il veut également emprunter cette voie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les citoyens exemptés de l’armée ont également une option de service alternative : le Service national, un programme financé par l’État qui permet aux participants d’effectuer un ou deux ans de bénévolat, souvent dans leurs propres communautés, tout en recevant les mêmes avantages que les soldats et les anciens combattants. Les trois ont des avis divergents sur ce programme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">S’il obtient son exemption, c’est la voie que Lifsches Segal veut suivre. <em>«Après avoir décidé de ne pas être enrôlé, je voulais utiliser ce temps et faire quelque chose de bien », dit-il. « Je ne crois pas que l’armée fasse du bien, alors j’ai décidé de faire mon service national dans un hôpital. C’est ma façon de redonner.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Epstein dit qu’il ne veut pas nécessairement le faire, mais <em>«je pense que c’est quelque chose que je finirai par faire à la fin»</em>. Il rechigne à devoir le faire pour obtenir les mêmes avantages que les soldats : <em>«Je pense que dans un pays normal, on obtient des droits fondamentaux et on peut recevoir des allocations sociales et des subventions éducatives pour l’université même sans travailler gratuitement.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Zvirin, qui porte un t-shirt montrant les personnages de dessins animés Moumines en manifestation – l’un tient une pancarte disant <em>«refusez !»</em> un autre un keffieh, et un troisième agite un drapeau anarchiste – ne considère pas cela comme une option légitime.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Je pense que le service national est super centré sur l’État»</em>, dit il. C’est une façon de <em>«redonner à son pays»</em> sans être enrôlé. Zvirin explique : <em>«Je ne veux rien redonner à ce pays. Je veux redonner aux gens qui y vivent. Je pense qu’on peut le faire de nombreuses façons qui ne sont pas l’exploitation de main-d’œuvre bon marché par l’État. Ce sont des années qui peuvent être mises à profit dans nos communautés, en faisant de la présence protectrice</em> [dans les communautés palestiniennes de] <em>Masafer Yatta ou Douma.»</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Impossible de finir l’école</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a toujours un prix à payer pour des croyances radicales – c’est ce qui les rend radicales en premier lieu. Zvirin raconte qu’iel l’a appris à ses dépens, après être apparu au premier plan dans une vidéo d’adolescents déclarant leur refus tout en brûlant des ordres de conscription. Iel a reçu tellement de menaces – et d’agressions physiques et verbales – qu’il a dû quitter sa ville natale de Ra’anana pendant un certain temps, et a été scolarisé à la maison.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parce que l’école insistait sur la présence de Zvirin pour les tests et les examens de baccalauréat, mais ne pouvait pas garantir qu’iel ne croiserait pas les autres adolescents qui l’avaient menacé et agressé, Zvirin n’a pas de certificat de bac à ce jour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais certains politiciens de l’opposition ont laissé entendre qu’il pourrait y avoir des conséquences encore plus graves pour le refus à l’horizon. Je dis au groupe que lors d’une récente conférence, le président de Yisraeli Beiteinu, Avigdor Lieberman –</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Avigdor Lieberman a été reconnu coupable d’avoir agressé physiquement un mineur»</em>, coupe rapidement Epstein. <em>«On ne le mentionne pas assez.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je reconnais que c’est effectivement exact, et continue en disant que Lieberman, ainsi que d’autres politiciens de l’opposition, ont exprimé la conviction que les personnes qui ne servent pas dans l’armée ou n’effectuent pas de service national devraient se voir refuser certains droits, y compris le droit de vote. Ils ont fait ces remarques principalement en réponse au refus de conscription des Haredim, mais cela les affecterait également. Est-ce que cela influence leur décision d’une manière ou d’une autre ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Le libéralisme»</em>, Epstein secoue la tête avec dérision. <em>«Le summum du libéralisme.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bar parle sans détour : <em>«Il y a un système qui tue, viole, exploite, enlève, massacre, fait exploser, détruit des dizaines de milliers de personnes. Si on me dit de choisir entre un flingue sur la tempe et en faire partie, je choisirai toujours le flingue.»</em> Il ajoute, avant d’exprimer son mépris pour le vote en tant que solution en général, qu’une telle loi n’aurait probablement pas de chances d’être adoptée – <em>«Je ne pense pas que ce soit démocratique et le camp libéral ne le permettra pas, mais Israël me surprend chaque jour.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Je serai bref»</em>, dit Epstein. <em>«Je pense que c’est un signe que si c’est ce que l’armée et cette institution oppressive font aux personnes qu’elles oppriment le moins, qu’est-ce que ça signifie pour les personnes qu’elles occupent, oppriment, anéantissent, par millions ?»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lifsches Segal hoche la tête. <em>«S’ils vont réduire nos droits à ceux des Palestiniens, c’est un prix que je suis prêt à payer»</em>, dit-il. <em>«Ce n’est pas quelque chose qui arrive dans un système démocratique&#8230; Si je dois choisir entre aller tirer sur des gens dans un État non démocratique, et ne pas tirer sur des gens dans un État non démocratique, je préfère encore ne pas tirer sur des gens.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>D’après <a href="https://linktr.ee/faustogiudice" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Fausto Giudice</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Source </strong>: traduit de <strong><a href="http://archive.today/Q2V2H" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Haaretz</a></strong>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/06/27/ces-ados-israeliens-qui-refusent-le-service-militaire/">Ces ados israéliens qui refusent le service militaire</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Palestine &#124; Les responsabilités du silence</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/28/palestine-les-responsabilites-du-silence/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Apr 2026 09:53:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Benjamin Netanyahu]]></category>
		<category><![CDATA[Dr Moez Ben Khemis]]></category>
		<category><![CDATA[Gaza]]></category>
		<category><![CDATA[génocide]]></category>
		<category><![CDATA[Israël]]></category>
		<category><![CDATA[Nations unies]]></category>
		<category><![CDATA[nettoyage ethnique]]></category>
		<category><![CDATA[Palestine]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Nommer la tragédie en Palestine ne suffit plus : il faut désormais en désigner les auteurs et les complices. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/28/palestine-les-responsabilites-du-silence/">Palestine | Les responsabilités du silence</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>À Gaza, la catastrophe humanitaire a cessé d’être un événement : elle est devenue une condition. Mais à mesure que les faits s’accumulent, une autre réalité s’impose — celle des choix politiques, des fidélités obstinées et des silences organisés. Nommer la tragédie ne suffit plus : il faut désormais en désigner les auteurs et les complices.</em></strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dr Moez Ben Khemis</strong> *</p>



<span id="more-18701995"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Moez-BEN-KHEMIS.jpg" alt="" class="wp-image-7354931" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Moez-BEN-KHEMIS.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Moez-BEN-KHEMIS-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Moez-BEN-KHEMIS-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">À Gaza, la réalité ne se discute plus : elle accable. Plus de 72 000 morts, 170 000 blessés — et, dans cette masse indistincte de chiffres, des vies fauchées, des enfances anéanties, des lignées effacées. Ce ne sont pas seulement des individus qui disparaissent, mais les contours mêmes d’une société que l’on voit, jour après jour, se défaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le territoire, lui, est livré à une entreprise de démolition systématique. Hôpitaux rendus muets, écoles ouvertes comme des plaies, réseaux vitaux pulvérisés : rien de ce qui permettait encore de tenir ne semble devoir subsister. L’eau manque, les soins s’éteignent, la famine s’installe. Et la population, presque tout entière déplacée, erre dans l’étroitesse d’un espace clos, condamnée à fuir l&rsquo;ombre de la mort sans jamais pouvoir s’échapper.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le droit à l’épreuve de sa propre faiblesse</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cela, les mises en garde abondent — et s’épuisent. Organisations internationales, juristes, observateurs : tous documentent, tous alertent, tous concluent à des violations répétées du droit international humanitaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les mots se durcissent : génocide, nettoyage ethnique. Ils ne sont plus seulement brandis, mais examinés, pesés, discutés devant les juridictions internationales. Les Nations unies avertissent, elles aussi. Mais à mesure que le langage se fait plus grave, son effet semble s’émousser : le droit est invoqué, rarement appliqué.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La constance des soutiens, l’inertie des puissances</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Car ce qui se joue ici ne tient pas seulement aux faits, mais aux volontés qui les encadrent — ou les tolèrent. Aux États-Unis, Joe Biden puis Donald Trump maintiennent un appui constant, scellé par les livraisons d’armes et protégé par le veto diplomatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Royaume-Uni, Rishi Sunak ainsi que son successeur prolongent cette ligne. En France, Emmanuel Macron nuance, ajuste, appelle — mais ne rompt pas. Le langage varie, la politique demeure.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et sur le terrain, le gouvernement de Benjamin Netanyahu poursuit son offensive, comme affranchi de toute contrainte autre que la sienne propre.</p>



<figure class="wp-block-gallery aligncenter has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex">
<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" data-id="18702051" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Gaza-Pluies-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-18702051" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Gaza-Pluies-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Gaza-Pluies-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Gaza-Pluies-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Gaza-Pluies-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Gaza-Pluies-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Gaza-Pluies-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Gaza-Pluies.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" data-id="18702034" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Famine-Gaza-3-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-18702034" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Famine-Gaza-3-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Famine-Gaza-3-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Famine-Gaza-3-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Famine-Gaza-3-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Famine-Gaza-3-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Famine-Gaza-3-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Famine-Gaza-3.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
</figure>



<h2 class="wp-block-heading">L’ombre portée d’une conflagration</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Déjà, le conflit déborde. Au sud du Liban, les affrontements étendent la zone de fracture. Les victimes s’ajoutent aux victimes, les exils aux exils.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui se dessinait comme une guerre circonscrite menace désormais de devenir un foyer d’embrasement régional. L’histoire, ici, ne progresse pas : elle s’étend.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le silence fragmenté du monde arabe</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cela, une autre réalité s’impose : celle d’un monde arabe politiquement en retrait. Les condamnations existent, mais elles restent sans prise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les divisions internes, les calculs stratégiques, les équilibres fragiles — tout concourt à contenir la parole dans les limites du déclaratif. L’indignation circule ; l’action, elle, se dérobe.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’euphémisme comme dernier refuge</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Reste le langage. Et avec lui, une forme plus insidieuse de déni. Parler de <em>«conflit»</em>, de <em>«riposte»</em>, d’<em>«affrontements»</em>, c’est parfois déjà atténuer. C’est substituer à la dissymétrie des faits une symétrie de façade.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or nommer, c’est trancher. C’est reconnaître la nature d’une réalité. À l’inverse, euphémiser revient à l’envelopper, à l’adoucir — et, ce faisant, à la rendre plus acceptable qu’elle ne devrait jamais l’être.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’ordre international au révélateur</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui se joue dépasse désormais Gaza. C’est l’ordre international lui-même qui se trouve exposé — dans ses principes comme dans ses contradictions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi certaines violations appellent-elles des sanctions immédiates, quand d’autres s’accommodent de protestations sans effet ? Pourquoi l’urgence est-elle, selon les cas, si variable ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ces écarts répond un sentiment grandissant : celui d’un droit inégal, d’une justice sélective, d’un univers normatif à géométrie variable.</p>



<figure class="wp-block-gallery aligncenter has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-2 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex">
<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" data-id="18702062" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Enfants-malnutris-palestiniens-Gaza-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-18702062" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Enfants-malnutris-palestiniens-Gaza-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Enfants-malnutris-palestiniens-Gaza-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Enfants-malnutris-palestiniens-Gaza-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Enfants-malnutris-palestiniens-Gaza-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Enfants-malnutris-palestiniens-Gaza-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Enfants-malnutris-palestiniens-Gaza-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Enfants-malnutris-palestiniens-Gaza.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" data-id="18702058" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Palestinienne-Gaza-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-18702058" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Palestinienne-Gaza-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Palestinienne-Gaza-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Palestinienne-Gaza-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Palestinienne-Gaza-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Palestinienne-Gaza-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Palestinienne-Gaza-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Palestinienne-Gaza.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
</figure>



<h2 class="wp-block-heading">Nommer, enfin, les responsabilités</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Car il faut en venir là. Non plus seulement aux faits, mais à ce qui les rend possibles. Les décisions politiques, les vetos, les soutiens militaires, les prudences calculées, les silences entretenus : tout cela ne constitue pas un décor, mais une mécanique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’histoire, toujours, élargit le cercle des responsabilités. Elle ne s’arrête pas à ceux qui agissent ; elle inclut ceux qui permettent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À Gaza, rien ne manque pour comprendre : les faits sont établis, les alertes lancées, les institutions saisies.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui manque encore, c’est autre chose — une décision, une rupture, un acte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et une question demeure, nue, irréductible :<br>que feront, concrètement, ceux qui ont le pouvoir d’agir ?</p>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center">Quelques statistiques officielles :</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Hôpitaux </strong>(et structures de santé)&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">Gaza comptait environ&nbsp;36 hôpitaux&nbsp;avant la guerre. Fin 2024–2025, la majorité ont été endommagés ou détruits&nbsp;; seuls&nbsp;14 à 17 restaient partiellement fonctionnels.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus de&nbsp;650 attaques contre des structures de santé&nbsp;ont été recensées&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En clair : le système hospitalier est&nbsp;quasi anéanti, plus que simplement <em>«touché»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Écoles et universités&nbsp;:</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Environ&nbsp;778 écoles sur 815 (≈ 95 %) endommagées ou détruites. Plus de&nbsp;90 % des bâtiments scolaires touchés. Des centaines d’établissements sont&nbsp;totalement hors service Cela correspond à&nbsp;l’effondrement quasi total du système éducatif.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Mosquées</strong> (et lieux religieux)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Environ&nbsp;823 mosquées détruites&nbsp;selon certaines évaluations. De nombreux autres lieux religieux (églises, sites historiques) également endommagés.&nbsp;Une part majeure du patrimoine religieux a été&nbsp;rasée ou gravement touchée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Infrastructures&nbsp;:</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">80 à 90 % des bâtiments de Gaza endommagés ou détruits. Plus de 102 000 bâtiments totalement détruits. 85 % des réseaux d’eau et d’assainissement hors service. 62 % des routes détruites. 80 % des infrastructures globales en ruines&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">On parle ici d’une destruction&nbsp;systémique.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Au cœur des camps de la mort de Hemedti Dagalo</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/13/au-coeur-des-camps-de-la-mort-de-hemedti-dagalo/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 Apr 2026 09:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Darfour]]></category>
		<category><![CDATA[El Fasher]]></category>
		<category><![CDATA[Forces de soutien rapide]]></category>
		<category><![CDATA[génocide]]></category>
		<category><![CDATA[Hemedti Dagalo]]></category>
		<category><![CDATA[Soudan]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les Forces de soutien rapide (FSR) de Hemedti Dagalo poursuivent le génocide et les crimes de guerre au Soudan.  </p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Alors que les yeux du monde entier sont rivés depuis fin février sur le Moyen-Orient et la guerre qui a opposé l’Iran aux États-Unis et à Israël, le génocide et les crimes de guerre que perpètrent les Forces de soutien rapide (FSR) de Hemedti Dagalo se poursuivent. Les personnes enlevées sont séquestrées dans des conteneurs maritimes métalliques, dans chaque conteneur s’entassent de 60 à 70 personnes sans ventilation ni installations sanitaires et 10 à 15 y meurent asphyxiés chaque jour.&nbsp;</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Imed Bahri</strong></p>



<span id="more-18621280"></span>



<p class="wp-block-paragraph">Un survivant des centres de détention des Forces de soutien rapide au Darfour n’aurait jamais imaginé que sa libération dépendrait de la capacité de sa famille à réunir une somme d’argent dans une course contre la mort, a indiqué <a href="https://www.alquds.co.uk/%d9%85%d8%b9%d8%aa%d9%82%d9%84%d8%a7%d8%aa-%d8%ad%d9%85%d9%8a%d8%af%d8%aa%d9%8a-%d8%a3%d8%ac%d8%b3%d8%a7%d8%af-%d9%85%d8%ad%d8%b4%d9%88%d8%b1%d8%a9-%d9%81%d9%8a-%d8%ad%d8%a7%d9%88%d9%8a/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Al-Quds Al-Arabi</a>, en rapportant le récit de ce dernier, racontant, sous couvert d’anonymat, les moments de sa détention après la prise d’El Fasher en octobre dernier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;ancien détenu a expliqué au journal arabophone londonien que lui et un autre jeune homme avaient été emmenés et contraints de contacter leurs familles, non pas pour s’enquérir de leur bien-être, mais pour exiger une rançon immédiate sous peine d’exécution. <em>«Ils nous battaient sans cesse en répétant: L’argent ou la mort»</em>, a-t-il raconté, en expliquant avoir survécu grâce à la somme demandée, réunie par sa famille, tandis que l’autre jeune homme qui l’accompagnait a été tué sans aucune hésitation. Il ajoute : <em>«J’ai eu de la chance mais beaucoup d’autres ont payé et n’ont pas survécu. Tout dépend de l’humeur des gardes»</em>. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Un système de détention complexe en marge de la loi</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce témoignage ouvre la porte à une réalité plus vaste où les récits d’anciens détenus se mêlent aux témoignages de militants des droits humains pour révéler un système de détention complexe, opérant en marge de la loi et faisant de la vie de milliers de civils au Darfour les otages de la violence et de l’extorsion. Un militant des droits humains, qui documente les exactions dans la région, affirme que le nombre de centres de détention est un nombre important et que certains sont totalement secrets, ce qui rend difficile l’obtention de chiffres précis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutefois, un tableau général se dessine. À El Fasher, capitale du Darfour-Nord, on compte trois prisons principales, tandis qu’à Nyala, la prison de Degres se distingue comme un centre de détention majeur, avec d’autres sites dans les villes de Zalingei, au Darfour-Centre, et d’El Geneina, au Darfour-Ouest. Au niveau local, il signale l’existence de plus de 46 centres de détention de moindre importance, sans aucune documentation claire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au sein de ce réseau, les chiffres sont significatifs. À El Fasher seulement, on estime à plus de 6 000 le nombre de personnes disparues, sans aucune information sur leur sort : vivantes, mortes ou détenues. À Nyala, des estimations non officielles font état d’environ 7 000 détenus à la prison de Degres. Mais derrière ces chiffres se cachent des détails encore plus effroyables, notamment dans ce que les survivants appellent des <em>«conteneurs de la mort»</em>. Ce sont des conteneurs maritimes métalliques utilisés pour les séquestrer et dans chaque conteneur, de 60 à 70 personnes y sont enfermées sans ventilation ni installations sanitaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un survivant a décrit ces moments : <em>«Nous suffoquions. Il n’y avait presque pas d’air, peu d’eau et presque pas de douches. Dans ces conditions, la mort était devenue quotidienne»</em>.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Parfois, nous perdions 10 à 15 personnes par jour»</em>, a déclaré un autre témoin, ajoutant que <em>«les détenus étaient forcés d’enterrer leurs codétenus, parfois dans des fosses communes voisines. Certains mouraient lentement à l’intérieur du conteneur, frappant à la porte jusqu’à ce que le silence se fasse»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’asphyxie n’était pas la seule cause de décès. Les maladies se propageaient rapidement en raison du manque de soins médicaux. Le choléra, le paludisme et la malnutrition figuraient parmi les principales causes de mortalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon les estimations, plus de 60 personnes sont décédées du choléra dans les prisons d’El Fasher et 126 dans la prison de Dagris, à Nyala, des chiffres qui risquent de s’alourdir. Les maladies de peau et les ulcères sont également très répandus, évoluant en plaies profondes et entraînant de graves complications de santé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’après des témoignages concordants, la torture est une pratique courante dont sont victimes tous les détenus.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Une «économie parallèle»</em></strong><strong> basée sur les rançons</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Il n’y a pas un seul détenu qui n’ait pas été torturé»</em>, affirme un militant des droits humains, expliquant que les méthodes employées incluent les passages à tabac, la privation de nourriture, le refus de soins médicaux et l’isolement dans des conditions suffocantes. Dans de nombreux cas, la torture est utilisée pour extorquer des aveux ou pour punir des détenus sur la base de soupçons non fondés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De plus, les prisons sont devenues une sorte d’<em>«économie parallèle»</em> basée sur les rançons. Les sommes exigées varient de millions à milliards de livres soudanaises et sont souvent fixées arbitrairement. Mais même le paiement de la rançon ne garantit pas la survie car des témoignages indiquent que des détenus ont été tués après avoir reçu l’argent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lors de l’assaut contre El Fasher, des militants ont documenté des arrestations massives de civils en fuite. Les hommes étaient séparés des femmes et emmenés dans des zones reculées où commençaient des négociations de rançon. On estime à 255 le nombre de personnes détenues au nord-est d’El Fasher durant ces opérations. Parmi elles, au moins 33 civils ont été tués, tandis que d’autres ont subi des extorsions ou ont été exécutés, même après avoir versé des rançons.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des témoignages indiquent que certaines de ces opérations étaient fondées sur des critères ethniques ou sur des accusations de soutien à l’armée ou à des groupes armés. Certains groupes ont été parmi les plus ciblés, faisant face à des accusations vagues et à une absence totale de procédure régulière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce sombre tableau, une tragédie particulière se déroule pour les femmes détenues dans la prison de Korea à Nyala. Des témoignages corroborent de récents rapports sur les droits humains indiquant qu’au moins 643 femmes y sont détenues dans des conditions qualifiées d’inhumaines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Centre africain d’études sur la justice et la paix a exprimé sa vive inquiétude face à cette situation, soulignant que les femmes détenues subissent des conditions de vie déplorables et font l’objet d’accusations généralisées de collaboration avec des groupes d’opposition ou d’avoir commis de crimes, sans preuves suffisantes. Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large où les femmes au Soudan sont touchées de manière disproportionnée par le conflit armé et subissent de multiples violences notamment des violences sexuelles, des enlèvements, des mariages forcés, des arrestations arbitraires, des procès inéquitables et des conditions de détention inhumaines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon des informations documentées, la prison de Korea a rouvert ses portes en tant que centre de détention en avril 2024 après avoir été évacuée suite à l’escalade du conflit. La prison détient actuellement au moins 643 femmes, dont 200 arrêtées à Nyala, Zalingei et El Geneina, 247 transférées d’El Fasher et 196 poursuivies pour des infractions pénales, parmi lesquelles neuf femmes enceintes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des témoignages décrivent des conditions de vie extrêmement difficiles à l’intérieur de la prison où les repas sont limités à un par jour. L’eau est acheminée de l’extérieur dans des conditions loin de respecter les normes sanitaires minimales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon certains rapports, des détenus ont été contraints de travailler au domicile de membres des Forces de soutien rapide (FSR), effectuant des tâches ménagères et de blanchisserie non rémunérés, et ne recevant parfois de la nourriture que pendant ces heures. Ce phénomène illustre un recours au travail forcé lié à la détention. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Violences sexuelles dans certains centres de détention</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le Centre africain d’études sur la justice et la paix a cité des cas individuels illustrant la nature de ces violations, notamment l’arrestation de deux femmes travaillant dans une pharmacie à Nyala en février 2026. Le propriétaire de la pharmacie a refusé de vendre des médicaments aux membres des FSR, un acte considéré comme une <em>«collaboration avec des groupes d’opposition»</em>. Dans un autre cas, une femme a été détenue pour faire pression sur son mari, soldat des Forces armées soudanaises, et on lui a demandé de payer une rançon pour sa libération.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré les graves allégations de violences sexuelles dans certains centres de détention, la documentation de ces violations reste limitée en raison de la crainte des victimes d’être stigmatisées ou de leur présence continue dans des zones dangereuses. Les groupes les plus vulnérables ne sont pas épargnés. 21 enfants, âgés de 14 à 17 ans, ont été arrêtés à El Fasher. Détenus avec des adultes, ils ont subi les mêmes formes de torture. Des militants et des bénévoles humanitaires ont également été arrêtés, notamment des personnes travaillant dans les cuisines collectives pendant le siège d’El Fasher, qui a duré près de 18 mois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certaines de ces personnes ont été libérées par la suite mais seulement après le versement d’importantes rançons, tandis que le sort des autres demeure inconnu et l’on craint que certaines aient été tuées. Aux abords de certains centres de détention, en particulier près de l’hôpital d’El Fasher, des charniers ont été signalés, témoignant de l’ampleur des pertes humaines. Le conflit se poursuivant et le manque de transparence persistant, ces chiffres restent sujets à des hypothèses encore plus tragiques. Malgré les appels des défenseurs des droits de l’homme et les supplications des familles, des témoignages continuent d’émerger de ces <em>«conteneurs de la mort»</em> où les espoirs de survie s’amenuisent et où l’odeur de mort imprègne l’air.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="NSemSSzWdW"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/16/entre-crimes-de-guerre-et-genocide-le-soudan-agonise/">Entre crimes de guerre et génocide, le Soudan agonise !</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Entre crimes de guerre et génocide, le Soudan agonise ! » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/16/entre-crimes-de-guerre-et-genocide-le-soudan-agonise/embed/#?secret=2f9pE4E2qf#?secret=NSemSSzWdW" data-secret="NSemSSzWdW" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/13/au-coeur-des-camps-de-la-mort-de-hemedti-dagalo/">Au cœur des camps de la mort de Hemedti Dagalo</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<item>
		<title>Le crépuscule du droit international ?</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/18/le-crepuscule-du-droit-international/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 06:46:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il fut un temps où les nations prétendaient soumettre la guerre à des règles. Ce temps est-il aujourd'hui révolu ? </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/18/le-crepuscule-du-droit-international/">Le crépuscule du droit international ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Le premier jour de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, une école de jeunes filles a été bombardée. Plus de 175 victimes. Des enfants, des adolescentes, des vies brisées avant même d’avoir commencé. Ce drame, à lui seul, dit beaucoup plus que de longs discours : lorsque l’école devient une cible, c’est que les règles censées limiter la guerre ont déjà cessé d’exister.</em></strong> <em>(Photo : L’école primaire de filles à Minab (Iran) bombardée le 28 février 2026 par des frappes aériennes américaines).</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Khemaïs Gharbi</strong> *</p>



<span id="more-18477716"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/11/Khemais-Gharbi.jpg" alt="" class="wp-image-14682166" style="width:199px;height:auto" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/11/Khemais-Gharbi.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/11/Khemais-Gharbi-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/11/Khemais-Gharbi-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Il fut pourtant un temps où les nations prétendaient soumettre la guerre à des règles. Après les catastrophes du XXᵉ siècle, le monde avait tenté d’ériger un rempart juridique contre la barbarie. Avec la création de l’Organisation des Nations Unies et l’adoption des conventions de Genève, l’humanité avait voulu croire qu’il était possible d’imposer des limites à la violence des États. Même dans la guerre, disait-on, certaines lignes ne devaient jamais être franchies.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certes, ce système n’a jamais été parfait. Les grandes puissances l’ont souvent contourné, et le droit de veto au Conseil de sécurité a régulièrement paralysé les institutions censées le défendre. Pourtant, malgré ses failles, il existait au moins un langage commun : celui du droit, qui permettait de nommer les crimes, de protéger les civils et de rappeler que la force ne devait pas être l’unique loi des relations internationales.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un édifice qui vacille</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui, ce fragile édifice semble vaciller. Le véritable vaincu de cette guerre n’est pas seulement l’une des parties engagées sur le terrain : c’est le droit international lui-même. Non pas parce qu’il est violé — il l’a souvent été dans l’histoire — mais parce que sa violation se déroule désormais presque sans conséquence politique. Lorsque les règles sont bafouées sans que les institutions censées les défendre puissent agir, ce ne sont pas seulement des principes abstraits qui s’effondrent : c’est la crédibilité même de l’ordre international.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout cela survient à peine quelques mois après le génocide des Palestiniens de Gaza et la destruction barbare de leurs villes, de leurs villages et de leurs camps. Ceux qui s’attendaient à un réveil des consciences découvrent avec stupeur que, pour beaucoup de bien-pensants en Occident, les préoccupations du moment semblent ailleurs : le prix du pétrole, l’état des marchés ou l’organisation des prochaines vacances.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Moyen-Orient apparaît ainsi comme un véritable cimetière du droit international. Les principes élaborés au fil de décennies semblent y perdre leur force normative, comme si les tragédies du passé n’avaient rien appris au monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La responsabilité morale de cette faillite pèse particulièrement sur les puissances qui s’étaient proclamées gardiennes de cet ordre. La première puissance mondiale, longtemps présentée comme l’architecte et le garant de cet équilibre juridique, donne aujourd’hui le sentiment d’avoir failli à cette mission. Lorsque le défenseur proclamé des règles semble lui-même prêt à les relativiser, le message envoyé au reste du monde est redoutable : pourquoi respecter un droit que ceux qui l’ont façonné paraissent eux-mêmes disposés à contourner ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">La loi de la jungle</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le danger est immense. Si le droit international cesse d’être perçu comme une norme contraignante, il ne restera bientôt qu’un instrument politique, invoqué lorsque cela arrange et oublié lorsque cela gêne. Dans un tel monde, les États les plus puissants imposeront leur volonté, tandis que les plus faibles n’auront d’autre choix que l’alignement ou la résistance désespérée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce serait alors le retour à ce que l’histoire a connu de plus sombre : un système international dominé par la force brute, où la diplomatie ne serait plus qu’un masque posé sur la loi de la jungle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question posée par cette guerre dépasse donc de loin le théâtre des combats. Elle engage l’avenir même de l’ordre mondial : le droit international peut-il encore limiter la violence des États, ou n’est-il déjà plus qu’une illusion fragile, survivant dans les discours mais vaincue dans les faits ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Ecrivain et traducteur.</em></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="FCcred35Uz"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/07/05/le-droit-international-est-desormais-une-epee-aux-mains-des-puissants/">Le droit international est désormais une épée aux mains des puissants</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Le droit international est désormais une épée aux mains des puissants » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/07/05/le-droit-international-est-desormais-une-epee-aux-mains-des-puissants/embed/#?secret=4hanX0PSmM#?secret=FCcred35Uz" data-secret="FCcred35Uz" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p class="wp-block-paragraph"><em><br></em></p>
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		<item>
		<title>Habermas «dégringole-t-il des hauteurs de la morale»[1] ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2026 06:34:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
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		<category><![CDATA[Israël]]></category>
		<category><![CDATA[Jürgen Habermas]]></category>
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		<category><![CDATA[Ridha Chennoufi]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Habermas doit être enseigné comme tout autre penseur malgré les reproches qu'on puisse faire à ses positions sur la question israé&#038;lo-palestinienne.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Le 14 novembre 2023, des professeurs de philosophie tunisiens furent consternés par le texte titré «Principe de Solidarité&nbsp;: Une prise de position» (PDS)<a id="_ftnref2" href="#_ftn2">[2]</a>, signé par Jürgen Habermas et trois autres professeurs. Le choc était d’autant plus fort qu’ils venaient d’apprendre, le même jour, que le nombre de palestinien-es tué-es par l’armée et les colons israéliens avait déjà atteint les 1000 victimes. La réaction des professeurs de philosophie fut que, signataire de cette prise de position (PDS), Habermas ne méritait plus d’être une référence crédible et ne pouvait même plus être enseigné. L’objectif de ce texte, intentionnellement tardif, bien qu&rsquo;écrit avant la mort du philosophe le 14 mars 2026, est de répondre à ce «PDS», qui fut tellement troublant pour quiconque suit l&rsquo;actualité du conflit israélo-palestinien. </em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ridha Chennoufi</strong> *</p>



<span id="more-18481759"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/03/Ridha-Chennoufi-2.jpg" alt="" class="wp-image-18481852" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/03/Ridha-Chennoufi-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/03/Ridha-Chennoufi-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/03/Ridha-Chennoufi-2-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph"> j’ai jugé qu’il serait plus sage de savoir comment Habermas pourrait réagir à la riposte de l’armée israélienne, qui ne pouvait être, comme à l’accoutumée, que disproportionnée. Ce qui fut attesté dès le 17 octobre 2023 par le bombardement de l’hôpital Ahli Arab à Gaza qui fit des centaines de morts. Maintenant que nous passons à l’année 2026, une riposte sous forme de commentaire à <em>«Principe de Solidarité»</em> (PDS) est tout à fait concevable.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>1-</strong> <strong>Le texte intégral de «Principe de Solidarité&nbsp;: Une prise de position&nbsp;», signé par Habermas et trois autres professeurs, publié le 13 Novembre 2023, affirme ceci</strong>&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Le massacre perpétré par le Hamas, avec l’intention déclarée d’anéantir toute vie juive, a provoqué une riposte israélienne. La manière dont cette riposte, justifiée par principe, est menée fait l’objet de vifs débats ; les principes de proportionnalité, la nécessité d’éviter les pertes civiles et la perspective d’une paix future devant guider cette riposte. Cependant, malgré toute la préoccupation suscitée par le sort du peuple palestinien, le jugement est totalement faussé lorsque les actions israéliennes sont qualifiées d’intentions génocidaires.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>En particulier, les actions d’Israël ne justifient en aucun cas les réactions antisémites, surtout pas en Allemagne. Il est intolérable que des Juifs en Allemagne soient à nouveau victimes de menaces contre leur vie et doivent craindre des violences physiques dans les rues. L’identité démocratique de la République fédérale, fondée sur l’obligation de respecter la dignité humaine, est liée à une culture politique pour laquelle, à la lumière des crimes de masse de l’époque nazie, la vie juive et le droit d’Israël à exister sont des éléments centraux, particulièrement dignes de protection. Cet engagement est fondamental pour notre coexistence politique. Les droits fondamentaux à la liberté et à l’intégrité physique, ainsi qu’à la protection contre la diffamation raciste, sont indivisibles et s’appliquent à tous sans distinction. Ceux qui, dans notre pays, ont cultivé des sentiments et des convictions antisémites sous divers prétextes et qui voient aujourd’hui une occasion propice de les exprimer sans vergogne doivent également s’y conformer».&nbsp;</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme on peut le constater, l’intention de Habermas est de soutenir indéfectiblement l’État israélien et de condamner le Hamas (les Palestiniens), ainsi que tous ceux qui en Allemagne ou ailleurs critiquent la riposte du gouvernement israélien. Pour un lecteur impartial, une telle approche reproduisant le schéma ami-ennemi ne peut être qu’injuste. Pour éviter ce schéma, je vais commenter les phrases qui me semblent essentielles en les mettant dans leur contexte.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>2) Commentaire de quelques phrases choisies</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">A<em>) La première phrase</em>&nbsp;: <em>«Le massacre perpétré par le Hamas … est l’œuvre des antisémites»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette phrase n’est certainement pas l’œuvre de Habermas, mais probablement celle de ses cosignataires qui semblent croire que seuls les juifs sont sémites. Ce faisant, ils se sont permis de balayer d’un revers de main la définition du mot sémite (subst. et adj.) donnée par l’orientaliste juif Moritz Steinschneider (1816-1907) depuis le 19e siècle, et plus tard, par l’Académie française selon laquelle le mot sémite désigne «les populations originaires du Proche et du Moyen-Orient, dont le principal caractère commun est l’usage d’une langue appartenant à la famille des langues sémitiques. Les peuples sémites, qui regroupaient notamment dans l’Antiquité les Assyriens, les Araméens, les Cananéens, les Hébreux, les Moabites, les Phéniciens, <em>désignent aujourd’hui les Juifs et les Arabes</em>».<a id="_ftnref3" href="#_ftn3">[3]</a> Donc, les Arabes qui ont une interprétation extrémiste de l’Islam peuvent être anti-juifs, mais jamais antisémitismes, de même que les juifs peuvent être islamophobes, mais jamais antisémites. Tout porte à croire que les trois cosignataires ont préféré suivre le journaliste australien David Ewan Marr qui a réussi à propager l’idée selon laquelle seuls les juifs sont sémites tandis que tous ceux qui les critiquent, même s’ils sont israéliens, sont antisémites&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ceci étant dit, il est vrai que Hannah Arendt a défini l’antisémitisme comme étant une idéologie raciale, apparu sous le régime nazi. Mais, cela n’a rien à voir avec le conflit israélo-palestinien qui est avant tout politique et colonial.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">B) <em>La deuxième phrase</em>&nbsp;: <em>«Le massacre perpétré par le Hamas, avec l’intention déclarée d&rsquo;anéantir toute vie juive…».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Voici une phrase que Habermas utilise souvent. En effet, lors d’un entretien avec Giovanna Borradori, par exemple, cette dernière a posé à Habermas la question&nbsp;suivante : <em>«qu’entendez-vous au juste par terrorisme&nbsp;?</em><a href="#_ftn4" id="_ftnref4"><em><strong>[4]</strong></em></a><em>»</em>. <em>«Le terrorisme des Palestiniens, a-t-il dit,&nbsp;reste un peu un terrorisme à l’ancienne. Ici, il s’agit de tuer, d’assassiner&nbsp;; le but est d’annihiler de manière aveugle des ennemis, femmes et enfants compris»</em> En d’autres termes, selon Habermas, la forme spécifiquement palestinienne du terrorisme est la barbarie et l’inhumanité.<a href="#_ftn5" id="_ftnref5">[5]</a> Pour comprendre cette phrase, il convient de savoir comment Habermas l’a utilisée en 2015.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Suite aux attentats du 13 Novembre 2015 en France, Habermas&nbsp; avait repris la même phrase&nbsp;:&nbsp; <em>«Nous pouvons considérer cesbarbares comme des ennemis, et nous devons lutter contre eux, inconditionnellement ; mais, si nous voulons vaincre cette barbarie sur le long terme, nous ne devons pas nous leurrer quant à ses raisons, qui sont complexes»</em>.<a href="#_ftn6" id="_ftnref6">[6]</a> Habermas n’utilise pas le mot&nbsp; <em>«barbare»</em> selon le sens que lui donnaient les Grecs, à savoir l’autre ou l’Etranger, mais de Lemkin, pour lequel l’acte barbare comme l’acte de vandalisme relèvent du génocide.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Habermas utilise le terme de <em>«barbarie»</em> le 13 novembre 2015 et le 7 octobre 2023. Toutefois, le 13 septembre 2015, il avait insisté pour que la riposte soit toujours mesurée et il avait surtout pris soin de rappeler que le terrorisme est le produit de la colonisation de cette région du Proche-Orient par les puissances occidentales et déclaré que cet esprit colonial perdure encore jusqu’à aujourd’hui, donnant l’exemple de <em>«l’intervention américaine en Irak (2003) décidée par George W. Bush, qui a bafoué les règles du droit international»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En effet, dit-il, <em>«un regard rétrospectif sur le 11-Septembre 2001 ne peut que nous conduire à constater, comme nombre de nos amis américains, que la ‘‘guerre à la terreur’’ de Bush, Cheney et Rumsfeld a abîmé la constitution politique et mentale de la société américaine. Le Patriot Act adopté à l’époque par le Congrès, encore en vigueur aujourd’hui, porte atteinte aux droits fondamentaux des citoyens, et touche à la substance même de la Constitution américaine»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De plus, <em>«l’extension fatale de la notion de combattant ennemi, qui a légitimé Guantanamo</em><a href="#_ftn7" id="_ftnref7"><em><strong>[7]</strong></em></a><em> et d’autres crimes»</em><a href="#_ftn8" id="_ftnref8">[8]</a> enlève aussi toute crédibilité à cette Constitution. Il termine l’interview par cette phrase&nbsp;:&nbsp;<em>«La réaction irréfléchie aux attentats du 11-Septembre&#8230; explique en bonne part la propagation d’une mentalité incarnée aujourd’hui par une personnalité aussi innommable que Donald Trump, candidat aux primaires républicaines&#8230; Ne pouvons-nous pas, comme les Norvégiens en 2011, après l’effroyable attentat commis sur l’île d’Utoya, résister au premier réflexe du repli sur soi face à l’inconnu incompréhensible et de l’agression contre l’‘‘ennemi intérieur’’»</em>.<a href="#_ftn9" id="_ftnref9">[9]</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le lecteur de cette prise de position de 1915 ne peut que reconnaître la noblesse morale de son auteur et c’est sur elle que nous devons continuer à commenter la prise de position (PDS) du 13 novembre 2023 même si nous prenons le risque d’être surpris que les deux déclarations s’opposent en certains points importants&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">a) Avec son <em>«Principe de Solidarité»</em> (PDS), Habermas semble ignorer complètement l’histoire du conflit israélo-palestinien. Lorsqu’il affirme que <em>«le massacre perpétré par le Hamas»</em> a pour seule <em>«intention d’anéantirtoute vie juive»</em>, il ne fait que donner raison à Horkheimer d’avoir affirmé en 1958, après la lecture de son habilitation, que Habermas n’avait aucun sens de l’histoire (<em>«Historisch ahnunsgslos»</em>)<a href="#_ftn10" id="_ftnref10">[10]</a>&nbsp;: «Les normes que Habermas tire du ‘‘jeune Marx’’, qu’il oppose au Marx plus âgé, doivent être fort maigres. D’abord parce que la période d’avant mars (Vormärz) était celle des slogans et des programmes, et surtout parce que l’œuvre de Marx n’a perdu de sa substance que durant ses années londoniennes<strong>.</strong> Ensuite, parce que ce Monsieur Habermas dialecticien, sous prétexte de critique immanente, adhère en réalité lui-même aux normes de (Vormärz) et se voit donc contraint d’ignorer presque tout ce qui relie les écrits de cette époque à la première moitié du XXe siècle, c’est-à-dire, avant tout, ce qui constitue leur essence même.&nbsp; L’affirmation répétée par Habermas de la révolution comme essence innée de la philosophie semble historiquement dénuée de toute compréhension.<a href="#_ftn11" id="_ftnref11">[11]</a> En effet, dans sa déclaration du 13 Novembre, Habermas avait aussi ignoré qu’avant l’attaque du Hamas, l’État d’Israël avait commis des massacres à l’encontre des Palestiniens dont par exemple 1) Le massacre de Deir Yassin&nbsp; (village à l’ouest de Jérusalem) perpétré par 120 terroristes de l’Irgoun et du Lehi, qui a fait 254 morts palestiniens (1948), 2) Le massacre de Tantoura, perpétré par la brigade israélienne Alexandroni, qui a fait selon l’historien israélien Teddy Katz entre 200 et 250 morts palestiniens, 3) Le massacre de Sabra et Chatila (commis (1982) par les milices chrétiennes phalangistes, alliées d’Israël, à l’encontre des Palestiniens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est important et rassurant que des Israéliens ont donné une lecture sereine et surtout juste et objective du conflit israélo-palestinien. Le 16 novembre 2023, José Brunner<a href="#_ftn12" id="_ftnref12"><strong>[12]</strong></a><strong> </strong>a donné une interview au cours de laquelle il a déclaré&nbsp;:<em>«Les tendances antidémocratiques de la société israélienne sont largement imputables aux années d’occupation. Certains estimaient que la situation du pays sous Netanyahu était indissociable de celle des territoires occupés. À ce moment-là, nous étions moins préoccupés par la politique d’occupation en tant que telle que par le fait que l’évolution autoritaire, qui s’est manifestée dans la réforme judiciaire, découlait de l’occupation.»</em><a href="#_ftn13" id="_ftnref13">[13]</a> C’est dire à quel point Habermas et ses compagnons se sont lourdement trompés en jugeant l’attaque du Hamas sans toute contextualisation historique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour José Brunner <em>«le coup de force juridico-politique d’un gouvernement antidémocratique et colonisateur<strong>, </strong>surtout le fait que le totalitarisme colonial est la source du totalitarisme intérieur»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Habermas et ses compagnons ont fait preuve de déni en affirmant que la riposte israélienne est justifiée puisqu’elle tient compte des principes de proportionnalité alors que ces principes ont toujours été bafouées par l’armée israélienne. Brunner, lui, l’a reconnu: <em>«La stratégie d’Israël a toujours consisté à contrer toute vulnérabilité par une force militaire écrasante en cas d’attaque. C’est encore le cas aujourd’hui : l’attentat terroriste du Hamas est suivi de bombardements massifs qui font un très grand nombre de victimes civiles.»</em><strong>&nbsp; </strong>Cet extrait montre bien la différence entre ceux qui savent de quoi ils parlent, les Israéliens respectables, et ceux qui veulent être plus royalistes que le roi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">b) Avant <em>«Principe de Solidarité»</em>, Habermas s’était opposé farouchement à la politique belliqueuse et immorale de l’innommable Donald Trump. Depuis sa prise de position du 7 Octobre 2023 jusqu’à aujourd’hui, il soutient farouchement Benjamin Netanyahu qui applique à la lettre la politique autoritaire, belliqueuse et colonialiste de Donald Trump. Le lien fusionnel entre Trump et Netanyahu apparaît avec éclat dans le projet grotesque et exécrable <em>«Gaza&nbsp;: Reconstitution, Economic Acceleration and Transformation Trust</em>» qui propose une relocalisation <em>«volontaire»</em> temporaire ou permanente des plus de 2 millions d’habitants de Gaza, soit vers d&rsquo;autres pays comme la Libye, l’Éthiopie, le Soudan du Sud, l’Indonésie ou le Somaliland !</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;C<em>) La troisième phrase</em>&nbsp;: <em>«…à la lumière des crimes de masse de l’époque nazie, la vie juive et le droit d’Israël à exister sont des éléments centraux, particulièrement dignes de protection»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ici, Habermas ressasse une phrase culte que tous les chanceliers allemands qui ont succédé à Konrad Adenauer ont utilisée à chaque fois qu’Israël s’est trouvé en conflit avec lesPalestiniens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par exemple<strong>, </strong>le 12 novembre 2023, c’est-à-dire la veille de la publication de <em>«Principe de Solidarité»</em>, le Chancelier Olaf Scholz déclare&nbsp;: «<em>la sécurité d’Israël relève pour l’Allemagne de la raison d’Éta</em>t». De fait, cela veut dire que l’Allemagne doit s’unir avec Israël pour mettre fin à l’attaque du Hamas. A priori, aider un allié lorsqu’il subit une injustice est un acte acceptable, voire louable, à condition toutefois que cette aide soit conforme au droit international et ne se transforme pas en une autre injustice dont serait victime l’agresseur. Malheureusement, Habermas, à travers <em>«PDS»</em>, s’est approprié la phrase de Scholz&nbsp;: <em>«la seule place pour l’Allemagne </em>en ce moment<em>, est d’être aux côtés d’Israël»</em>. Cette affirmation perd toute crédibilité parce que tout le monde sait que l’État israélien a non seulement gagné toutes les guerres contre les pays arabes, mais colonisé des territoires palestiniens, grâce aux États-Unis, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France. Tous ces États savent qu’avec leur soutien ils rendent obsolète le plan de partage de la Palestine de 1947 et œuvrent à l’établissement du Grand Israël.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La <em>«raison d’Etat»</em> n&rsquo;est pas autre chose que <em>«l’état d’exception»</em> selon Carl Schmitt. Les deux appellations désignent la décision prise par l’autorité politique suprême lorsqu’elle juge que l’État est face à un danger imminant et ordonne aux forces armées et à tous les citoyens d’utiliser tous les moyens pour vaincre l’ennemi présumé. La raison d’Etat, comme l’état d’exception, ne tient compte ni du droit national ni du droit international, ni de la morale. Tous les deux ne peuvent être que bannis par toute personne saine d’esprit et juste, qu’elle soit arabe, israélienne ou allemande.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui est malheureux, c’est que l’Allemagne agit actuellement contre son intérêt et contre la déclaration de l’Onu de 1948, contre les pays arabes qui ont accepté la normalisation avec Israël et prouvé par conséquent qu’ils ne sont pas contre l’existence d’Israël mais contre le refus de l’Allemagne de l’existence d’un État palestinien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui est déplorable, c’est que Madame Annalena Baerbock, la ministre allemande des Affaires étrangères, ose déclarer au parlement fédéral allemand : <em>«Si les terroristes du Hamas se retranchent derrière des personnes, derrière des écoles […], des lieux civils peuvent également perdre leur statut de protection, car les terroristes les utilisent comme bouclier.»</em> <a href="#_ftn14" id="_ftnref14">[14]</a> Madame la ministre n’a fait que reprendre l’ordre d’extermination officiel de l’innommable général Von Trotha (Namibie 2 octobre 1904)&nbsp;:&nbsp;« <em>Le peuple herero doit […] quitter le territoire. Si le peuple ne s’exécute pas, je l’y forcerai en utilisant le Groot-Rohr (canon). À l’intérieur des frontières allemandes, chaque Herero</em> [souligné par CD]<em> avec ou sans arme, avec ou sans bétail, sera fusillé. Je n’accepterai plus désormais les femmes et les enfants, je les renverrai à leur peuple ou les ferai abattre. Voici ma déclaration au peuple herero.</em>»<a href="#_ftn15" id="_ftnref15">[15]</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les hommes et femmes politiques devraient avoir honte de tenir ce discours qui ne sert ni Israël, ni encore moins l’État allemand.<a href="#_ftn16" id="_ftnref16">[16]</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au sujet de la raison d’État, Isabel Ruck a écrit : <em>«</em><em>Le service scientifique du Bundestag avait ainsi déjà émis des réserves dans un rapport de vingt-trois pages sur l’utilisation de cet argument. On peut y lire que 1) ‘‘la raison d’État est […] une catégorie a-juridique, un concept opposé au droit’’&nbsp;; 2) ‘‘dans la tradition de pensée libérale et de droit naturel, l’idée de raison d’État s’oppose à l’idée de droit et d’État de droit’’&nbsp;;3)‘‘l’Allemagne veut néanmoins incarner et défendre cette idée’’»</em>.<a href="#_ftn17" id="_ftnref17">[17]</a>&nbsp;Et on ose encore s’accrocher religieusement à ce culte de la <em>«déraison d’État»</em>&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant au lien entre raison d’État et moralité, nous savons tous qu’en politique les intérêt matériels et économiques dépassent de loin le droit et la morale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est ainsi que Konrad Adenauer, qui revint sur l’avènement des relations germano-israéliennes lors d’une allocution télévisée prononcée le 4 janvier 1966, expliqua qu’il avait «essayé de réaliser la réconciliation avec les juifs à cause de l’injustice qu’ils avaient subie et parce qu’ilssont une force dans le monde».<a href="#_ftn18" id="_ftnref18">[18]</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque nous relisons ces propos d’Adenauer, nous comprenons mieux leur importance, puisque, comme par hasard, du 5 au 10 juin 1967, l’État d’Israël a montré à quel point <em>«les juifs sont une force dans le monde»</em>&nbsp;: en 6 jour, Israël a réussi à occuper le Sinaï, le plateau du Golan, la Cisjordanie et la Bande de Gaza.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais, pour être juste et précis, la vraie force d’Israël repose sur les États-Unis, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En effet, et pour ne prendre qu’un exemple, je rappelle que suite à la guerre des Six jours (1967), Moshe Dayan, s’adressant à des étudiants, avait déclaré&nbsp;: <em>«Nous avons conféré à notre État une expansion telle que ses frontières actuelles s’étendent d’El-Kantara l’Egyptienne à Al-Kounaytirah la Syrienne. Votre tâche à vous, la génération montante,</em> <em>sera de défendre ces frontières et les repousser encore plus loin</em>» <a href="#_ftn19" id="_ftnref19">[19]</a> . Mais Moshe Dayan aurait dû leur dire que cet exploit était impossible sans le soutien de ses alliés. Lors de la guerre du 6 octobre 1973, ce soutien a été crucial, car Israël a été battu par l’Egypte, mais sauvée surtout par les États-Unis. Dans son ouvrage <em>‘‘A la recherche d’une identité</em>’’, le président Anouar El-Sadate relate les&nbsp; évènements qui l’ont conduit à accepter le cessez-le-feu bien qu’il était victorieux et capable de continuer la guerre.<a href="#_ftn20" id="_ftnref20">[20]</a> Son allié, Leonid Brejnev, dirigeant de l’URSS de 1964 à 1982, le pressait d’accepter le cessez-le-feu dès les premiers jours, alors qu’il venait de réussir à prendre le dessus sur l’armée israélienne<a href="#_ftn21" id="_ftnref21">[21]</a>, allant jusqu’à prier le président de la Yougoslavie de le convaincre de se plier à cette injonction. Mais dès qu’il récupéra les territoires qui ont été conquis en 1967 par Israël et constaté que <em>«les Américains participaient aux combats en approvisionnant Israël en armes complètement nouvelles qui avaient seulement fait l’objet d’essais»</em>, il accepta le cessez-le-feu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D) <em>La quatrième phrase</em>&nbsp;: <em>«…malgré toute la préoccupation suscitée par le sort du peuple palestinien, le jugement est totalement faussé lorsque les actions israéliennes sont qualifiées d’intentions génocidaires».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Voici la phrase que Habermas n’aurait pas dû accepter et cela pour une raison très simple&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">a) Dès la formation du mouvement sioniste, la grande partie de ses membres, voulait <em>«reprendre le grand Israël»</em> sauf ceux qui étaient pour un État binational ou pour la solution des deux États. Le grand Israël devait se réaliser par étapes, c’est-à-dire en occupant le plus possible de territoires à chaque fois que l’État israélien est attaqué. C’est pourquoi, pour Netannyahu et ses consorts toutes les attaques visant Israël étaient <em>«les biens-venues»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De plus, Habermas aurait dû prévoir que la riposte d’Israël <em>pouvait</em> aboutir à un génocide et par conséquent, ne pas soutenir indéfectiblement une seule partie et devenir aux yeux des professeurs de philosophie tunisiens pratiquement le seul philosophe <em>garant d’un génocide</em> possible. Face à ce jugement, une question se pose&nbsp;:&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour quelles raisons Habermas, du 13 octobre 2023 jusqu’à sa mort, est-il resté attaché à son <em>«Principe de Solidarité»</em> alors que des instances juridiques internationales ont affirmé qu’Israël est bien en train de perpétrer un génocide&nbsp;? Pour répondre à cette question, il est utile de rappeler que certains Allemands, y compris Habermas, ont du mal à admettre qu’ils sont capables de commettre une <em>«barbarie»</em> telle que le génocide.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">b) Habermas et la tardive reconnaissance des génocides commis par l’Allemagne coloniale.&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Allemagne a réussi à se présenter aux Allemands, dont bien évidemment Habermas, comme l’État qui a commis un seul génocide contre les Juifs allemands (41-45), mais qui n’a jamais commis des actes&nbsp; génocidaires dans ses colonies africaines.<a href="#_ftn22" id="_ftnref22">[22]</a> Ce n’est qu’en 2021 que l’État allemand a reconnu pour la première fois avoir commis un génocide contre les Hereros et les Nama&nbsp;: <em>«Nous qualifierons maintenant officiellement ces événements pour ce qu’ils sont du point de vue d’aujourd’hui : un génocide»</em>, a déclaré le ministre des Affaires étrangères allemand, Heiko Maas, dans un communiqué.<a href="#_ftn23" id="_ftnref23">[23]</a>Les colons allemands avaient tué des dizaines de milliers d’Herero et de Nama dans des massacres commis entre 1904 et 1908, considérés par de nombreux historiens comme <em>«le premier génocide du XXe siècle.»</em><a href="#_ftn24" id="_ftnref24">[24]</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>3) Habermas face à la question du génocide, entre reconnaissance et non reconnaissance.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 27 Juillet 2021, le journaliste du <em>Frankfurter Rundschau</em>, Harry Nutt, a publié un texte intitulé<em>«Antony.&nbsp;Dirk Moses, Attaque contre le caractère unique de l’Holocauste.»</em>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans cet article, l’historien affirme, contrairement à Habermas,&nbsp;que l’idée de la <em>singularité</em> de l’holocauste n’est pas fondée sur des bases solides parce qu’elle est <em>«une sorte de catéchisme»</em> qu’<em>«il est temps d’abandonner… une idéologie d’État qui impose un langage codé»</em>.<a href="#_ftn25" id="_ftnref25">[25]</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour Antony Dirk Moses cette idéologie a permis de faire en sorte que les massacres destructeurs commis par les Allemands dans leurs anciennes colonies soient à jamais effacés. Or, pour lui, il suffit de déconstruire cette idéologie pour prouver qu’il existe bien une analogie entre les anciens massacres et l’Holocauste. Alors que pour Habermas, l’holocauste est un fait transhistorique qu’on ne peut comparer à d’autres génocides, pour Antony Dirk Moses une telle affirmation est insensée, car l’holocauste n’est qu’une reproduction à une plus grande échelle du génocide commis par les Allemands en Namibie.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le16 septembre 2021, Habermas donne un entretien au <em>Neue Zürcher Zeitung</em> (Gazette zurichoise) dans lequel il répond à plusieurs questions dont certaines nous intéressent particulièrement parce qu’elles montrent à quel point il a révisé ses anciennes croyances. <a href="#_ftn26" id="_ftnref26">[26]</a> A la question <em>«</em><em>Est-il permis de comparer l’extermination des Juifs par les nationaux-socialistes à d’autres faits historiques?»</em>, Habermas affirme cette fois qu’il est possible de comparer certains faits historiques anciens avec d’autres qui sont actuels. Mais, a-t-il renoncé clairement à la phrase culte <em>«la sécurité d’Israël est une raison d’État»</em> ainsi qu’à son attachement à l’idée du caractère unique du génocide commis par les Nazis&nbsp;? Rien n’est moins sûr&nbsp;! Ce qui est sûr, c’est qu’il est resté jusqu’à sa mort attaché à sa déclaration du 13 novembre 2023 refusant de répondre à un journaliste qui lui a demandé de s’exprimer sur la manière dont l’État israélien mène la guerre contre les palestiniens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">a) Le caractère génocidaire de la riposte israélienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La convention pour la prévention et la répression du crime de génocide du 9 décembre 1948, article 2,&nbsp;définit le génocide comme étant <em>«un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national , ethnique , racial ou religieux, comme tel&nbsp;: a) meurtre de membres du groupe&nbsp;; b) atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe&nbsp;; C) soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entrainer sa destruction physique totale ou partielle&nbsp;; d) mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe&nbsp;; e) transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">b) Procédure engagée par l’Afrique du Sud contre l’État d’Israël le 29 décembre 2023</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un mois et demi seulement après <em>«Principe de Solidarité»</em>, l’Affrique du Sud a engagé une procédure contre l’État d’Israël auprès de la Cour internationale de justice, au titre de la Convention contre le génocide à l’égard des Palestiniens de la bande de Gaza et <em>«de longues années d’apartheid»</em>, tout en <em>«demandant initialement à la Cour de rendre une mesure conservatoire de protection»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 26 janvier 2024 la CIJ rend une décision au titre de la convention contre le génocide ordonnant à Israël d’empêcher tout éventuel acte génocidaire.&nbsp; Mais la cour déclare qu’<em>«au moins certains des actes et omissions dont l’Afrique du Sud allègue qu’ils ont été commis par Israël à Gaza semblent pouvoir relever des dispositions de la Convention sur le génocide»</em><a href="#_ftn27" id="_ftnref27">[27]</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Suite à cette décision et comme toujours, le gouvernement israélien a accusé la CIJ d’être antisémite. Mais qu’elle a été la position de Habermas, du 13 octobre 2023 jusqu’à sa mort&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous savons qu’il a affirmé dans <strong><em>«</em></strong><em>Principe de Solidarité»</em> que «<em>malgré toute la préoccupation suscitée par le sort du peuple palestinien, le jugement est totalement faussé lorsque les actions israéliennes sont qualifiées d’intentions génocidaires».</em> Pourtant, Le 22 novembre 2023, 207 professeur-es de philosophie, dont Nancy Fraser et Judith Butler, signent une pétition dans laquelle ils&nbsp;:&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; <em>«lancent un appel à tous les professeur-es de philosophie où qu’ils se trouvent à se joindre à eux pour condamner le massacre en cours à Gaza, et soutenir le peuple palestinien, dans sa lutte contre le système d’apartheid et la colonisation du territoire reconnu par l’0NU en 1948»</em><a href="#_ftn28" id="_ftnref28">[28]</a>;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>&#8211; «présentent les actes commis par Israël qui&nbsp;prouvent qu’un génocide a commencé et risque de prendre une dimension catastrophique»</em>. <a href="#_ftn29" id="_ftnref29">[29]</a>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le1<sup>er</sup>Janvier 2025, l’ONG <em>Al-Haq</em> affirme que <em>«les violences génocidaires perpétrées par Israël contre les Palestiniens à Gaza continuent de s’intensifier»</em>, que <em>«depuis la toute première semaine de son génocide, Israël a méthodiquement vidé de vastes étendues de la bande de Gaza de ses habitants en émettant illégalement des ordres d’évacuation»</em>, que <em>«plus de 90 % de la population de Gaza a été déplacée de force de ses foyers et abris temporaires, la plupart à de nombreuses reprises, vers de prétendues ‘‘zones de sécurité’’, qui sont en réalité, conçues intentionnellement pour anéantir toute vie qui y trouve refuge.»</em> L’ONG ajoute&nbsp;: <em>«Israël prétend agir conformément à ses obligations légales alors qu’en réalité, il fournit une preuve supplémentaire de son intention génocidaire, puisqu’il utilise ces mesures pour commettre et contribuer à des actes de génocide, notamment des meurtres, des atteintes graves à l&rsquo;intégrité physique et mentale, et la création de conditions destinées à détruire les Palestiniens de Gaza.»</em><a href="#_ftn30" id="_ftnref30">[30]</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 27 Octobre 2025, <em>Amnesty International</em> affirme&nbsp;: <em>«Plus d’un mois après l’annonce d’un cessez-le-feu et la libération de tous les otages israéliens en vie, les autorités israéliennes continuent de commettre un génocide contre les Palestinien·ne·s dans la bande de Gaza occupée en continuant de soumettre délibérément ces personnes à des conditions de vie destinées à provoquer leur anéantissement physique, sans montrer aucun signe de changement dans leurs intentions.»</em><a href="#_ftn31" id="_ftnref31">[31]</a>&nbsp;<em>«Le cessez-le-feu risque de créer l’illusion dangereuse d’un retour à la normale pour les gens qui vivent à Gaza. Si les autorités et les forces israéliennes ont réduit l’ampleur de leurs attaques et autorisé l’entrée d’une aide humanitaire limitée à Gaza, le monde ne doit toutefois pas se laisser berner. Le génocide perpétré par Israël n’a pas pris fin», </em>a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale de l’ONG.<a href="#_ftn32" id="_ftnref32">[32]</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré les positions prises par ces institutions, Habermas est resté indifférent, et lorsqu’un journaliste lui a demandé ce qu’il pensait de la manière dont l’État israélien continuait de mener une guerre contre le Hamas, il a évité de répondre en arguant qu’il ne lui revient pas de juger la politique de l’État israélien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une telle attitude suffit pour juger qu’il a pris une position qui va à l’encontre de sa philosophie et qui donne raison à ceux qui n’osent plus le considérer comme le philosophe garant de la morale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il reste toutefois évident que du point de vue de la déontologie professionnelle, les professeur-es de philosophie doivent encourager les étudiants à lire tous les philosophes&nbsp;: Habermas doit être enseigné comme doivent l’être Heidegger et Carl Schmitt, entre autres, auxquels des reproches du même genre peuvent être adressés.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Professeur de philosophie &#8211; Université de Tunis. </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Notes :</strong></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">[1] Habermas, <a href="http://www.leforum.de/artman/publish/article_78.shtml" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Bestialité et humanité-Une guerre à la frontière du droit et de la morale</a>, Forum franco-allemand 2000, &nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">[2] Grundsätze der Solidarität. Eine Stellungnahme, Forschungszentrums für Normative Orgnungen der Goethte-Universität Frankfurt, 13 Novembre, 2023&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">[3] Dictionnaire de l’Académie française,&nbsp;9<sup>e</sup>&nbsp;édition&nbsp;(actuelle)</p>



<p class="wp-block-paragraph">[4] Le «&nbsp;concept&nbsp;» du 11 Septembre, Dialogues à New York, octobre-décembre 2001, avec Giovanna Borradori&nbsp;: Derrida-Habermas, p. 65</p>



<p class="wp-block-paragraph">[5] Rafael Lemkin utilise les termes barbarie et vandalisme comme étant des actes génocidaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[6] Jürgen Habermas, Le djihadisme, une forme moderne de réaction au déracinement, propos recueillis par Nicolas Weill (Journal Le Monde, publié 19 Novembre 2015.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">[7] Le camp de Guantanamo de 2001 est situé à Cuba sur une base militaire américaine, justifié par le président George W. Bush afin de fonder juridiquement la décision de refuser de soumettre les détenus au système judiciaire fédéral américain, prenant appui sur l&rsquo;extraterritorialité de la base. Wikipédia</p>



<p class="wp-block-paragraph">[8] Jürgen Habermas, Le djihadisme, une forme moderne de réaction au déracinement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[9] <em>Idem</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">[10] Max Horkheimer, Der dialektische Herr Habermas<strong>, </strong>lettre à Theodor W. Adorno, 27 Septembre 1958</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="#_ftnref11" id="_ftn11"></a>&nbsp;[11] Idem.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="#_ftnref12" id="_ftn12">[12]</a> José Brunner est professeur émérite à la faculté de droit Buchmann et à l&rsquo;Institut Cohen d&rsquo;histoire et de philosophie des sciences de l&rsquo;université de Tel Aviv.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="#_ftnref13" id="_ftn13">[13]</a> » Institut für Sozialforschung , Interview mit José Brunner : « Les deux camps nourrissent une peur existentielle légitime. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">[14] Extrait du <a href="https://www.bundesregierung.de/breg-de/service/newsletter-und-abos/bulletin/rede-der-bundesministerin-des-auswaertigen-annalena-baerbock–2314632" target="_blank" rel="noreferrer noopener">discours </a>de la ministre Annalena Baerbock devant le Bundestag, 10 octobre 2024.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[15] Extrait de Wikipédia « Génocide des Héroros er Namas » .</p>



<p class="wp-block-paragraph">[16] Madame la ministre des affaires étrangères Annalena Baerbock, actuellement, présidente de l’Assemblée générale des Nations-Unies.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[17] &nbsp;Isabel Ruck, La raison d’État a-t-elle toujours raison ? Le cas de l’Allemagne face à la guerre contre Gaza, note 13 29/10/2024.&nbsp; elle renvoie à une note 13 de son article : »« Entstehung, Wandel und Entwicklung des Staatsräsons-Begriff in Deutschland », <a href="https://www.bundestag.de/resource/blob/984994/b6599ace70df398d643cc9e584d29caf/WD-1-024-23-pdf.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Deutscher Bundestag Wissenschaftlicher Dienst</a>, novembre 2023..</p>



<p class="wp-block-paragraph">[18] Charlotte Restif, Allemagne, Palestine : la diplomatie impossible ? L’influence israélienne sur la politique étrangère allemande au Proche-Orient, Deutsch Kron, 1973 : 4.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[19] Anouar El-Sadate, A la recherche d’une identité, Histoire de ma vie, 1978.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[20] Quelques jours après le déclanchement de la guerre « Kissinger a déclaré à Golda Meir&nbsp;: «&nbsp;Vous avez perdu la guerre, il faut vous y résoudre&nbsp;» Anouar El-Sadate P. 370</p>



<p class="wp-block-paragraph">[21] <em>Idem</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">[22] Christine de Gemeaux, <a href="https://doi.org/10.4000/allemagne.3521" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Une politique mémorielle allemande sélective face aux anciennes colonies d’Afrique</a>, p. 41-53. </p>



<p class="wp-block-paragraph">[23] Colonialisme : l’Allemagne reconnaît avoir commis «un génocide» en Namibie, Le Monde Afrique le 28 mai 202</p>



<p class="wp-block-paragraph">[24] <em>Idem</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">[25] A. Dirck Moses&nbsp;: Attaque contre le caractère unique ou singulier de l’Holocauste, publié le 27 juillet 2021 par Harry Nutt&nbsp;&nbsp; Frankfurter Rundschau</p>



<p class="wp-block-paragraph">[26] Et maintenant ? L’Holocauste est unique. Mais peut-être pas tout à fait ? – Jürgen Habermas intervient dans le débat sur la culture mémorielle allemande. (Thomas Ribi).</p>



<p class="wp-block-paragraph">[27] Wikipédia Afrique du Sud c. Israël (convention contre le génocide) note 17</p>



<p class="wp-block-paragraph">[28] Réponse à « Principes de solidarité. Une prise de position&nbsp;», Dignité pour tous, 22 novembre 2023.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[29] Idem.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[30] Al-Haq publie un nouveau rapport intitulé « Comment dissimuler un génocide : le rôle des ordres d’évacuation et des zones de sécurité dans la campagne génocidaire israélienne à Gaza » 1er janvier 2025.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[31] Titre de l&rsquo;article de Amnesty Israël et Territoire palestinien occupé. Le génocide des Palestinien·ne·s commis par Israël à Gaza se poursuit sans relâche malgré le cessez-le-feu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[32] <em>idem</em>.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/17/habermas-degringole-t-il-des-hauteurs-de-la-morale1/">Habermas «dégringole-t-il des hauteurs de la morale»[1] ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Appel à la formation d’un réseau mondial «La paix c’est maintenant !»</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 09 Mar 2026 06:37:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Benjamin Netanyahu]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le parti LFI appelle à la formation d’un réseau mondial «La paix c’est maintenant !» pour diffuser dans tous les peuples la volonté de paix. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/09/appel-a-la-formation-dun-reseau-mondial-la-paix-cest-maintenant/">Appel à la formation d’un réseau mondial «La paix c’est maintenant !»</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Dans un appel lancé le 4 mars 2026 sur son<a href="https://lafranceinsoumise.fr/.../appel-pour-la-paix-lonu.../" target="_blank" rel="noreferrer noopener"> site web </a>et que nous reproduisons ci-dessous, le parti La France Insoumise appelle à la formation d’un réseau mondial «La paix c’est maintenant !» pour diffuser dans tous les peuples la volonté de paix et coordonner les actions de résistance à la logique de guerre !  L’appel a été lancé à l’initiative de dix dirigeants de LFI, dont son président </em>Jean-Luc Mélenchon.</strong></p>



<span id="more-18451286"></span>



<p class="wp-block-paragraph">La guerre totale n’est pas inéluctable. Il faut agir. L’appel <em>«La paix c’est maintenant !»</em> le propose.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis le 28 février 2026, les armées des États-Unis d’Amérique et d’Israël ont commencé une guerre contre l’Iran et le Liban. Les bombardements ont déjà fait tant de morts ! Il s’agit, pour les États-Unis comme pour Israël, d’imposer leur domination par la force. À présent, cette nouvelle guerre met en grand danger, non seulement la région, mais le monde entier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme avec le génocide impuni à Gaza, une nouvelle fois, le droit international est foulé aux pieds, l’Onu est méprisée. L’un et l’autre avaient été construits pour prévenir les enchaînements vers la guerre totale. Ils sont pour l’Humanité un bien commun à protéger et à développer. C’est pourquoi les violations de ces règles ne doivent jamais être encouragées et toujours condamnées surtout lorsqu’elles sont le fait des États les plus puissants. Ce fut le cas de la quasi-totalité de la communauté mondiale quand, en février 2022, la fédération de Russie a envahi l’Ukraine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On a vu depuis où conduisent le silence et l’inaction. Ils encouragent le crime. Ainsi avec le génocide commis par le gouvernement de M. Netanyahu depuis octobre 2023. En RDC et au Soudan, les agresseurs se sont sentis excusés. Puis ce fut l’enlèvement du Président vénézuélien, le durcissement du siège de Cuba et les menaces contre la Colombie et le Panama. Et l’on a vu Donald Trump parler de l’annexion du Canada et du Groenland.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans chaque circonstance, notre choix de la paix et de la diplomatie ne signifie jamais l’accord politique obligé avec le gouvernement victime de l’agression. Nous défendons ce qui est bon pour tous et voudrions voir s’appliquer si notre propre pays était agressé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour construire la paix dans ce monde où nous sommes tous liés, il faut en finir avec la politique du double standard des droits. Il est urgent de stopper l’escalade vers la guerre totale dans laquelle nous sommes tous entraînés. Les peuples doivent prendre la parole, les Nations unies doivent être confortées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous sommes des responsables politiques, parlementaires, syndicalistes, responsables associatifs et d’ONG, artistes, intellectuels, tous militants de la paix. Alors, nous appelons à réinvestir le système onusien et à lui donner les moyens pour se hisser à la hauteur de ce moment où la civilisation humaine tout entière est menacée d’un embrasement destructeur général. Nous appelons à la formation d’un réseau mondial <em>«La paix c’est maintenant !»</em> pour diffuser dans tous les peuples la volonté de paix et coordonner les actions de résistance à la logique de guerre !</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="724" height="1024" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/03/Appel-France-Insoumise-pour-la-paix-724x1024.jpg" alt="" class="wp-image-18451321" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/03/Appel-France-Insoumise-pour-la-paix-724x1024.jpg 724w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/03/Appel-France-Insoumise-pour-la-paix-212x300.jpg 212w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/03/Appel-France-Insoumise-pour-la-paix-768x1086.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/03/Appel-France-Insoumise-pour-la-paix-1086x1536.jpg 1086w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/03/Appel-France-Insoumise-pour-la-paix-580x820.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/03/Appel-France-Insoumise-pour-la-paix-860x1216.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/03/Appel-France-Insoumise-pour-la-paix-1160x1641.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/03/Appel-France-Insoumise-pour-la-paix.jpg 1448w" sizes="auto, (max-width: 724px) 100vw, 724px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://lafranceinsoumise.fr/.../appel-pour-la-paix-lonu.../" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Partagez l&rsquo;appel.</a></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="xmPmyUlOmW"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/02/28/iran-melenchon-une-voix-ponderee-contre-la-guerre/">Iran | Mélenchon, une voix pondérée contre la guerre !</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Iran | Mélenchon, une voix pondérée contre la guerre ! » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/02/28/iran-melenchon-une-voix-ponderee-contre-la-guerre/embed/#?secret=VT6swLRL7y#?secret=xmPmyUlOmW" data-secret="xmPmyUlOmW" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>Kaouther Ben Hania fait résonner la voix de la Palestine à Berlin</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/02/18/kaouther-ben-hania-fait-resonner-la-voix-de-la-palestine-a-berlin/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Feb 2026 07:20:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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		<category><![CDATA[génocide]]></category>
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		<category><![CDATA[Kaouther Ben Hania]]></category>
		<category><![CDATA[La voix de Hind Rajab]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Kaouther Ben Hania a fait résonner une nouvelle fois le nom de la Palestine à la Berlin International Film Festival (Berlinale). </p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Kaouther Ben Hania a fait résonner une nouvelle fois le nom de la Palestine à la Berlin International Film Festival (Berlinale) non pas seulement par son film ‘‘La Voix de Hind Rajab’’, salué dans le monde entier, mais en refusant  le prix du «Film le Plus Précieux de l&rsquo;Année» que ces chers Allemands ont cru pouvoir se dédouaner de leur soutien aveugle à Israël et au génocide que l’Etat hébreu perpètre en Palestine en le lui attribuant. Pour expliquer son refus, Ben Hania a prononcé, hier soir, mardi 17 février 2026, ce discours remarquable contre le génocide à Gaza. Dans l’espoir qu’un jour la conscience des Occidentaux sorte enfin de son cruel sommeil face au drame du peuple palestinien.  </em></strong><a href="https://www.facebook.com/reel/1240799697520338" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Vidéo.</a></p>



<span id="more-18376293"></span>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Je dois lire, parce que, le </em>Film le Plus Précieux de l’Année<em>, c’est trop pour moi… Bonsoir. Ce soir, je ressens plus une responsabilité qu’une gratitude. </em>La Voix de Hind Rajab<em> ne parle pas que d’un seul enfant. Il parle du système qui a rendu son meurtre possible. Ce qui est arrivé à Hind n’est pas une exception. Cela fait partie d’un génocide. Et ce soir, à Berlin, il y a des gens qui ont fourni une couverture politique à ce génocide. En présentant le massacre de civils comme de la </em>«légitime défense»<em>, comme des </em>«circonstances complexes»<em>. En dénigrant ceux qui protestent. Mais comme vous le savez peut-être, la paix n’est pas un parfum que l’on vaporise sur la violence pour que le pouvoir se sente propre et se sente à l’aise. Et le cinéma n’est pas une opération de blanchiment d’image. Si nous parlons de paix, nous devons parler de justice. La justice signifie la responsabilité. Sans responsabilité, il n’y a pas de paix. L’armée israélienne a tué Hind Rajab, tué sa famille, tué les deux ambulanciers venus la sauver, avec la complicité des gouvernements et des institutions les plus puissants du monde. Je refuse que leur mort devienne la toile de fond d’un discours poli sur la paix. Pas tant que les structures qui ont rendu cela possible resteront intouchées. Alors ce soir, je n’emporterai pas ce prix chez moi. Je le laisse ici, comme un rappel. Et lorsque la paix sera poursuivie comme une obligation légale et morale, ancrée dans la responsabilité pour génocide, alors je reviendrai l’accepter avec joie. Merci beaucoup. Merci.»</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>Traduit de l&rsquo;anglais.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.facebook.com/reel/1240799697520338" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Vidéo.</a></p>
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		<title>Chronique d’un monde en perte d’humanité</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Feb 2026 08:26:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[droit international]]></category>
		<category><![CDATA[écocide]]></category>
		<category><![CDATA[Gaza]]></category>
		<category><![CDATA[génocide]]></category>
		<category><![CDATA[Nations unies]]></category>
		<category><![CDATA[Ridha Ben Slama]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Nous constatons aujourd'hui une recrudescence dans la perte des qualités essentielles qui définissent l’humanité. </p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Lorsqu’on porte la réflexion sur notre époque, on ne peut que constater une recrudescence dans la perte des qualités essentielles qui définissent l’humanité. Il y a en effet un écroulement des stratégies d’inhibition des pulsions par l’éducation et l’humanisme. Et quand le masque tombe, on découvre que l’homme est un loup pour l’homme, pour emprunter la célèbre phrase de Thomas Hobbes, mais avec une technologie de destruction massive</em></strong>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ridha Ben Slama</strong> *</p>



<span id="more-18348105"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg" alt="" class="wp-image-16957652" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">La <em>«perte de l’humain»,</em> à travers les guerres, les catastrophes et les manipulations diverses répandues, a mené à une rupture avec la normalité et à une remise en question de la nature humaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le génocide de Gaza, les conflits armés au Soudan, au Yémen, en Ukraine, en Birmanie (Myanmar)… témoignent de l’horreur et de la déshumanisation qui marquent la mémoire collective. Le <em>«mal du siècle»</em> est souvent lié aux intérêts financiers, à l’armement de plus en plus sophistiqué et dévastateur&nbsp;; il reflète aussi une aversion de la vie, une forme de perte d’essence humaine face au monde dit <em>«moderne»</em>.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Même la technologie, censée être un élément de progrès, risque de devenir un facteur potentiel de <em>«perte de l’humain»</em> en raison de l’utilisation excessive des smartphones, des réseaux sociaux et des jeux en ligne qui entrainent une dépendance, altèrent la communication naturelle et affectent les relations interpersonnelles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Technologie et perte de l’humain</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur le chômage, à titre d’exemple, est une réalité en pleine accélération. Les données récentes confirment des vagues de licenciements ciblées et une transformation structurelle profonde du marché du travail.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La progression de l’automatisation et de l’IA soulève des questions sur la place de l’humain dans le marché du travail et la société, et sur la nécessité de trouver un équilibre pour que ces outils aident l’humain sans le remplacer.&nbsp;Aucun progrès technologique (IA, biotechnologies) ne devrait être imposé sans un débat démocratique sur son utilité sociale et son impact humain, ce n’est pas une fatalité subie. L’abus démesuré et dévié de technologie risque aussi de saturer la cognition par un excès d’informations comme par la désinformation, impactant potentiellement l’attention, le raisonnement et la mémorisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La société dite <em>«moderne»</em> façonne de plus en plus nos comportements à travers des normes et ses attentes, mais elle contribue aussi à la <em>«perte de l’humain»</em> lorsque les structures sociales s’opposent à la nature et créent des tensions entre les exigences sociales et l’essence naturelle de l’être humain. Dans un monde complexe, l’indifférence envahissante face aux enjeux éthiques et politiques entraine à une chute de l’humain vers la bestialité.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Erosion du droit et impunité</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le constat de l’érosion du droit international et de l’impunité croissante des dirigeants reflète la crise profonde de l’ordre mondial actuel, souvent décrite comme une amplification dans le recours à la <em>«loi du plus fort»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les mécanismes de justice internationale, bien qu&rsquo;essentiels, font face à une hostilité accrue de la part des États dominants et de leurs apparentés. Les leçons du passé sont oubliées. Le droit international est fréquemment bafoué lors de conflits armés, entrainant des bilans humains tragiques. La crise de la Cour Pénale Internationale (CPI) en est une illustration. Bien que la CPI ait franchi des étapes historiques en émettant des mandats d’arrêt contre des dirigeants en exercice (comme Benjamin Netanyahou en 2024), son efficacité dépend largement de la coopération des États. Elle est souvent critiquée pour une application perçue comme <em>«à géométrie variable»</em>, ménageant parfois les puissances.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Finalement, on peut dire sans exagérer que <em>«les masques sont tombés»</em> au cours des premières décennies de ce siècle. Cette expression résonne aujourd’hui avec une amertume particulière. Elle marque la fin des faux-semblants diplomatiques et l’entrée dans une ère de réalisme brutal et infernal. Quand les institutions internationales sont paralysées et que les discours sur les <em>«droits de l’homme»</em> ne correspondent plus aux actions sur le terrain, on assiste à plusieurs ruptures majeures. La fin de l’hypocrisie civilisationnelle s’impose désormais à notre esprit.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Double standard et indignation sélective</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Après la seconde guerre mondiale, l’ordre international s’était appuyé, approximativement, sur un langage universel de paix et de droit. Aujourd’hui, le masque des <em>«droits de l’Homme»</em> ou de la <em>«défense de la démocratie»</em> tombe pour révéler le double standard, l’indignation sélective selon l’identité des victimes ou des agresseurs. Le pur rapport de force commande à travers la reconnaissance que, pour certaines puissances, le droit n’est qu’un outil rhétorique qu’on utilise contre ses ennemis et qu’on ignore pour soi-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce véritable retour à l’état de nature révèle une forme de <em>déshumanisation décomplexée</em>. Les dirigeants ne cherchent même plus à nier les crimes ou à s’excuser, ils les justifient par la <em>«nécessité sécuritaire»</em> ou la <em>«survie nationale»</em>. L’impunité devient une stratégie de communication : montrer qu’on peut enfreindre la loi internationale sans conséquences est une démonstration de puissance. La contamination a touché les systèmes politiques nationaux avec le brutal envahissement du populisme, des autoritarismes, des dictatures…</p>



<p class="wp-block-paragraph">On a longtemps cru que le commerce mondial et les traités techniques suffiraient à <em>«civiliser»</em> les rapports entre États. Le voile de la raison économique s’est défait face au retour des idéologies radicales, de la vengeance et du mépris de la vie humaine. Cette situation crée un sentiment de vertige, celui de vivre dans un monde où les garde-fous n’étaient pas plus que du papier. La question qui se pose alors est de savoir ce qui reste. Est-ce le chaos total, ou la possibilité de reconstruire quelque chose de vrai, d’humain, débarrassé des truquages ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour sortir de la logique du <em>«gain par tous les moyens»</em> et restaurer une dignité humaine bafouée, il ne suffit plus d’ajuster le système international, il faut en réviser les axiomes fondamentaux. Cette refondation repose sur trois piliers : la primauté du vivant sur le profit, une démocratie reconstituée et une éthique de la responsabilité globale. Il s’agit d’une révision systémique basée sur des principes humanistes en inversant la hiérarchie des normes : le vivant avant le chiffre. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le monde actuel est régi en principe par le <em>«droit commercial»</em> et surtout par la finance. Nous sommes passés d’une économie de production à une économie de marchés financiers, où la valeur d’une entreprise dépend souvent plus de ses algorithmes et de sa capitalisation boursière que de sa main-d’œuvre réelle. Une révision humaniste placerait la dignité humaine et la préservation de la biosphère au-dessus de la liberté débridée dans les échanges commerciaux au profit de plus puissants. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est vital de réhabiliter le concept d’économie sociale et solidaire à l’échelle globale. Le succès d’un État ou d’une entreprise ne devrait plus être mesuré par le PIB ou le bénéfice, mais par des indicateurs de bien-être, de santé mentale et d’empreinte écologique. Il conviendrait de déclarer l’eau, l’air, la santé et l’éducation comme <em>«biens communs de l’humanité»</em>, les rendant inaccessibles à la spéculation et au profit privé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La démocratie représentative actuelle est en pleine crise, car elle est souvent captée par des lobbies économiques et par une manipulation corruptive des élections vidées de leurs principes. La remettre à niveau nécessite un droit de regard sur la nature du progrès, Concernant les dirigeants, il est impératif de créer une réelle responsabilité pénale et politique pour ceux d’entre eux dont les choix bafouent délibérément les droits fondamentaux ou l’avenir des générations futures.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour que les masques ne tombent pas sur un vide juridique, le droit international doit évoluer en réformant le Conseil de Sécurité de l’Onu, en supprimant le droit de veto en cas de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité. Aucun État ne devrait être juge et partie. Aussi, faudrait-il renforcer la compétence universelle des tribunaux pour que les crimes financiers et environnementaux majeurs (écocides) soient poursuivis avec la même rigueur que les génocides et les crimes de guerre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’éducation des jeunes générations doit servir comme <em>«Éveil à l&rsquo;Altérité»</em>, une remise à niveau qui doit être culturelle avant d’être législative. Le système éducatif actuel forme des <em>«producteurs»</em>, hypothétiquement performants. Une réforme appropriée éduquerait des <em>«citoyens»</em> capables de pensée critique, d&#8217;empathie et de coopération. La philosophie et l’éthique seraient enseignées dès le plus jeune âge comme des outils de navigation essentiels, pour que la science sans conscience ne soit plus la norme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un monde lancé à toute vitesse vers l’inconnu, la sagesse consiste à savoir faire escale. Marquer un temps d’arrêt. Le gain par tous les moyens a créé un monde riche en objets mais pauvre en sens. Une approche réfléchie et apaisée propose de choisir la tempérance et le respect non comme des contraintes, mais comme les conditions de notre survie.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pour une économie de la mesure</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi ne pas établir une Charte des Principes pour une Gouvernance Humaniste et Durable à travers la primauté de la Dignité sur la Rentabilité&nbsp;? Aucune décision économique ou politique ne peut être justifiée si elle entraine la déshumanisation d’un individu ou d’un groupe (esclavage moderne, conditions de travail dégradantes, sacrifice de populations au nom de la croissance). L’accès aux besoins fondamentaux (eau, nourriture, logement, santé) est un droit inaliénable qui doit être garanti hors des lois du marché. Le PIB serait remplacé par des indicateurs mesurant le niveau de santé mentale, l’accès à la culture, la qualité du lien social et la régénération de la biodiversité comme Indicateurs de Progrès Humain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il s’agit, par ailleurs, de concevoir une Démocratie de la Conscience et de la Transparence, pour tout grand projet technologique ou industriel, une <em>«Convention Citoyenne»</em> disposant d’un droit de blocage ou de refus si l’impact humain ou environnemental est jugé irréversible. Tout outil d’intelligence artificielle ou algorithme influençant l’opinion publique ou les choix de vie devrait être auditable, neutre et soumis au contrôle éthique citoyen.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est primordial de réfléchir ensemble à l’établissement d’une économie de la mesure et de la transmission, plafonnant l’accumulation, par la mise en place d’un écart maximal de revenus au sein d’une même organisation afin de restaurer le sentiment de destin commun. La spéculation financière à haute fréquence serait remplacée par un soutien massif aux investissements de <em>«transmission»</em> (éducation, infrastructures durables, recherche fondamentale non-orientée). Le droit international doit s’appliquer de manière universelle. Aucun État, quelle que soit sa puissance militaire ou financière, ne peut s’extraire des traités de protection des droits humains.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La création d’une instance juridique en tant que tribunal de l’Écocide et des Crimes Économiques pouvant juger les entités (États ou multinationales) dont les activités détruisent les conditions de vie sur terre, ainsi que le bannissement strict de toute technologie de guerre capable de donner la mort.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La mise en œuvre de cet éventail d’options permettrait d’opérer le passage de la conception à la pratique, ce qui nécessite une <em>«bascule de la légitimité»</em>. Cela signifie que les citoyens devront cesser de reconnaitre comme légitimes les entités qui violent ces normes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Souvent, ce que les cyniques qualifient d’ingénuité ou de candeur est en réalité de la lucidité : choisir de croire en une possibilité meilleure, c’est refuser de laisser les chiffres et la fatalité dicter l’horizon. C’est un acte de résistance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">* <em>Ecrivain. </em></p>
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