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	<title>Archives des Mohammed Harbi - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Mohammed Harbi - Kapitalis</title>
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		<title>Tunisie &#8211; Algérie &#124; Le grand reniement de l’été 1962</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Aug 2026 11:40:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment l’«armée algérienne des frontières», logée et nourrie par la Tunisie, s'est retournée contre son hôte dès l’indépendance algérienne, en 1962. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/08/18/tunisie-algerie-le-grand-reniement-de-lete-1962/">Tunisie &#8211; Algérie | Le grand reniement de l’été 1962</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Comment l’«armée algérienne des frontières», logée et nourrie par la Tunisie, a retourné ses armes contre son hôte dès l’indépendance algérienne, acquise en 1962. Ce rappel historique ne cherche pas à enfoncer un coin entre deux pays «frères, amis et voisins», comme on dit habituellement, et qui ont appris, au fil des décennies, à coopérer dans le respect de leurs intérêts mutuels, mais à maintenir présent à l’esprit des faits qui ne doivent jamais être oubliés ou passés sous silence au prétexte de ne pas remuer l’eau stagnante du conformisme. </em></strong><em>(Photo: Combattants de l&rsquo;ALN à Ghardimaou en Tunisie en mars 1962).</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Elyes Kasri</strong> *</p>



<span id="more-19458401"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/06/Elyes-Kasri.jpg" alt="" class="wp-image-352204"/></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">La mémoire des relations maghrébines contemporaines reste profondément marquée par la fracture de l’été 1962. Au cœur de cette rupture se trouve la trajectoire de l’Armée de libération nationale (ALN) algérienne basée à l’extérieur, surnommée <em>«l’Armée des frontières»</em>, dont le passage sur le sol tunisien et les choix politiques post-indépendance ont durablement redéfini la géopolitique régionale. (Lire à ce sujet <em><a href="https://www.jeuneafrique.com/1309681/politique/algerie-reportage-dans-les-rangs-de-larmee-de-liberation-nationale-en-1962/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">« Algérie 1962 : reportage dans les rangs de l’Armée de libération nationale »</a></em>, par Béchir Ben Yahmed (<em>Jeune Afrique</em>, mars 1962). </p>



<h2 class="wp-block-heading">Le confort de la base arrière face au sacrifice des maquis :</h2>



<p class="wp-block-paragraph">À partir de 1958, le conflit algérien subit un tournant stratégique. Le commandement militaire français érige les lignes Morice et Challe, des barrières électrifiées et minées qui coupent hermétiquement l’Algérie de ses voisins tunisien et marocain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette situation engendre une scission majeure au sein des forces nationalistes entre :</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; celles de l’ALN de l’intérieur confinées dans les wilayas historiques&nbsp;: les maquisards subissent de plein fouet les grandes offensives françaises. Privés d’approvisionnement en armes et en soins, ils paient un tribut humain considérable&nbsp;;</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; et celles de l’ALN de l’extérieur&nbsp;: sous la direction du colonel Houari Boumédiène, près de 30 000 hommes se structurent en Tunisie, notamment autour du quartier général de Ghardimaou.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Préservée du gros des combats par le blocus de la frontière, cette force s’entraîne, s’arme lourdement auprès du bloc de l’Est et bénéficie d’une infrastructure logistique stable offerte par l’État tunisien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette asymétrie suscite rapidement de vives tensions critiques. Dans les maquis exsangues de l’intérieur, l’armée de l’extérieur commence à être désignée sous les qualificatifs sévères d’<em>«armée des planqués»</em> ou de <em>«touristes de Tunis»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le politologue et historien Mohammed Harbi, lui-même ancien cadre du FLN, a largement analysé cette réalité : <em>«L’Armée des frontières s&rsquo;est constituée en dehors des combats réels du territoire national. Elle représentait une force d’appareil, un instrument de pouvoir politique plutôt qu’une force de libération active sur le terrain»</em> (Mohammed Harbi, <em>‘‘Le FLN, mirage et réalité’’</em>, 1980).</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’été 1962, lors de la crise dite <em>«de l’été»</em>, cette armée intacte et disciplinée marche sur Alger, écartant le Gouvernement provisoire (GPRA) et prenant le contrôle des structures de l’État pour fonder l’Armée nationale populaire (ANP).</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’accueil tunisien et le compromis de la Borne 233 :</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’installation de l’appareil politique et militaire algérien en Tunisie s’est faite avec l’appui direct du président Habib Bourguiba. Ce soutien s’est traduit par des coûts matériels et humains significatifs pour la jeune République tunisienne, illustrés notamment par le bombardement par l’armée française du village frontalier de Sakiet Sidi Youssef, le 8 février 1958, qui fit des dizaines de victimes civiles tunisiennes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parallèlement, un contentieux territorial existait concernant le tracé de la frontière saharienne. Durant la période coloniale, l’administration française avait unilatéralement modifié les délimitations au profit des Territoires du Sud de l’Algérie, englobant des zones potentiellement riches en hydrocarbures au détriment de la Tunisie (notamment autour de la Borne 233 / Garat El Hamel et du secteur d’El Borma).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour préserver la cohésion de la lutte de libération, Habib Bourguiba accepte de formaliser un compromis temporaire. Le 6 juillet 1961, un accord est signé à Tunis entre le gouvernement tunisien et Ferhat Abbas, président du GPRA.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cet accord stipulait explicitement que les revendications territoriales tunisiennes étaient légitimes, mais que leur règlement définitif et la restitution des portions sahariennes contestées seraient traités de manière fraternelle au lendemain de l’indépendance de l’Algérie.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’accord du 6 juillet 1961 ou le contrat de confiance bafoué :</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’argument souvent avancé par la suite selon lequel les frontières coloniales étaient intangibles occulte un document historique capital : cet accord officiel de 1961.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce texte prévoyait noir sur blanc la création d’une commission mixte tuniso-algérienne chargée de redéfinir le tracé frontalier saharien (autour de la borne 233) immédiatement après l’indépendance. Le GPRA y reconnaissait formellement le préjudice territorial subi par la Tunisie sous l’administration coloniale française.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En reniement complet de la signature du GPRA à l’été 1962, le clan militaire de Houari Boumédiène n’a pas seulement appliqué le droit international de l’époque ; il a orchestré un coup de force politique contre les engagements solennels de ses propres pères fondateurs civils.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La rupture de 1962 et l’établissement du rapport de force :</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dès l’accès à l’indépendance en juillet 1962 et l’évincement des cadres civils du GPRA par le commandement militaire de Boumédiène, les nouveaux dirigeants d’Alger opèrent un revirement complet sur la question des frontières.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le principe de l’<em>uti possidetis juris</em> (l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation) est immédiatement opposé à Tunis, annulant de fait les engagements contractés en 1961.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec le recul historique et géopolitique, ce principe adopté par l’Organisation de l’unité africaine lors du sommet du Caire (1964) prend de plus en plus l’allure d’une supercherie et d’une tentative de blanchiment du partage colonial fait par les puissances européennes lors du Congrès de Berlin de 1878.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les diplomates et historiens soulignent le sentiment d’amertume engendré par cette volteface algérienne : <em>«Le revirement algérien de 1962 sur la Borne 233 fut un choc pour Tunis. L’Algérie nouvelle, forte de l’arsenal militaire accumulé sur le sol tunisien, a immédiatement adopté un rapport de force hégémonique, opposant une fin de recevoir absolue aux requêtes de Bourguiba et menaçant d’utiliser la force si la Tunisie n’actait pas l’abandon de son Sahara»</em>, notait à ce propos Chantal Chanson-Jabeur, dans <em>‘‘Le différend frontalier tuniso-algérien’’</em> (in<em> Cahiers de la Méditerranée</em>).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Face aux revendications persistantes de Tunis, l’État algérien déploie des unités militaires le long de la frontière saharienne. Confronté à une disproportion manifeste des forces militaires, le gouvernement tunisien choisit la voie de la désescalade diplomatique pour éviter un conflit ouvert.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le président Habib Bourguiba exprimera publiquement, lors d’un discours officiel devant l&rsquo;Assemblée nationale, en 1962, cette frustration lors de plusieurs allocutions officielles : <em>«Nous avons partagé notre pain, nos terres et notre sécurité avec nos frères algériens. Nous avons essuyé les bombes de Sakiet Sidi Youssef pour leur cause. Voir aujourd’hui une armée que nous avons aidé à nourrir et à abriter se retourner contre nos frontières et nous menacer par les armes pour garder les terres que la France nous avait volées est une amère démonstration d’ingratitude.»</em>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Du sanctuaire au chantage ou le crépuscule de la fraternité:</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’amertume tunisienne face à cet épisode ne relève pas seulement de la perte géopolitique, mais du cynisme de la méthode. Les troupes de l’ALN, incapables de briser le blocus français, avaient trouvé en Tunisie un sanctuaire inespéré où elles ont été nourries, soignées et protégées au prix de vies tunisiennes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La tragédie de l’été 1962 réside dans ce basculement : cette même force militaire, devenue puissante grâce à l’hospitalité tunisienne, s’est retournée contre son bienfaiteur dès le lendemain de sa libération.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Face aux demandes légitimes de restitution de la Borne 233, Alger n’a pas répondu par le dialogue, mais par le déploiement de blindés et des menaces d’invasion.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce grand reniement a brutalement dissipé les illusions d’une fraternité maghrébine désintéressée — souvent résumée par le slogan populaire <em>«Khawa Khawa»</em> —, installant à sa place la dure réalité d’un rapport de force militaire dicté par la découverte des gisements de pétrole d’El Borma.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce différend frontalier a abouti le 16 avril 1970 à la signature d’un accord de délimitation de la frontière entre les deux États, entérinant le tracé colonial au profit de l’Algérie et taisant les revendications tunisiennes sur le secteur d’El Borma.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La conjoncture de cet accord et les modalités de sa signature rappellent de nombreux accords internationaux signés sous la pression et qui ont fini par s’estomper en raison de l’évolution de la conjoncture bilatérale ou internationale car bien mal acquis ne profite jamais.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">فلا عاش في تونس من خانها</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">و لا عاش من ليس من جندها</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">نموت و نحيا على عهدها</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">حياة الكرام و موت العظام</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Ancien ambassadeur.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Éléments bibliographiques:</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>&#8211; Harbi, Mohammed, Le FLN, mirage et réalité : des origines à l&rsquo;indépendance (1945-1962), Éditions Jeune Afrique, 1980.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>&#8211; Meynier, Gilbert, Histoire intérieure du FLN (1954-1962), Fayard, 2002.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>&#8211; Toumi, Mohsen, La Tunisie de Bourguiba à Ben Ali, PUF, 1989.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>&#8211; Stora, Benjamin, Histoire de la guerre d&rsquo;Algérie (1954-1962), La Découverte, 2004.</em></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="dzCsX2VwD3"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/08/09/tunisie-algerie-non-a-la-spoliation-a-lintimidation-et-a-la-vassalisation/">Tunisie &#8211; Algérie | Non à la spoliation, à l’intimidation et à la vassalisation !</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie – Algérie | Non à la spoliation, à l’intimidation et à la vassalisation ! » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/08/09/tunisie-algerie-non-a-la-spoliation-a-lintimidation-et-a-la-vassalisation/embed/#?secret=VkH9Gj1GAX#?secret=dzCsX2VwD3" data-secret="dzCsX2VwD3" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>Mohammed Harbi et les dérives du nationalisme algérien</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 02 Jan 2026 08:06:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Mohammed Harbi a produit des analyses éclairant la dynamique révolutionnaire en Algérie et ses limites idéologiques.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Acteur dans le mouvement national algérien dès son jeune âge, <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/02/deces-de-mohammed-harbi-historien-majeur-du-nationalisme-algerien/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Mohammed Harbi qui vient de décéder</a>, jeudi 1<sup>er</sup> janvier 2026, à Paris, à l’âge de 92 ans, est aussi un intellectuel qui, après l’indépendance de l’Algérie, a produit des analyses qui éclairent la dynamique révolutionnaire du FLN historique et ses limites idéologiques.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lahouari Addi *</strong></p>



<span id="more-18176569"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/10/Lahouari-Addi.jpg" alt="" class="wp-image-10082582" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/10/Lahouari-Addi.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/10/Lahouari-Addi-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/10/Lahouari-Addi-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Dans une perspective d’anthropologie politique, ouverte à l’histoire du pays, à la sociologie des groupes et à la psychologie des individus, Mohammed Harbi a esquissé les traits structurels qui ont façonné la formation de l’Etat indépendant. Ses principaux ouvrages (‘‘<em>Aux origines du FLN : contribution à l’histoire du populisme en Algérie</em>’’<em>, </em>‘‘<em>Le FLN, mirage et réalité</em>’’<em>, </em>‘‘<em>L’Algérie et son destin</em>’’<em>, </em>‘‘<em>Le FLN, document et histoire</em>’’ &#8211; avec G. Meynier &#8211;<em>, </em>‘‘<em>Les Archives de la révolution algérienne</em>’’<em>, </em>‘‘<em>Une vie debout</em>’’) sont des références obligées pour tous ceux qui veulent connaître les logiques contradictoires de la construction nationale en Algérie.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’Algérie et ses malheurs</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Je reproduis ci-dessous le compte-rendu que j’avais fait de son ouvrage <em>‘‘Une vie debout. Mémoires politiques, tome 1 : 1945-1962’’</em> et qui a constitué le tome 1 de ses mémoires politiques s’étalant de 1945 à 1962.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Embrassant la période historique cruciale pour l’Algérie allant de la fin des années 1940 à l’Indépendance, les mémoires de Mohammed Harbi constituent un ouvrage qui va au-delà de l’autobiographie où il n’y a ni narcissisme ni autojustification chez cet intellectuel engagé dès son jeune âge dans la vie militante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les mémoires sont un genre où, souvent, l’égo, démesuré, se désigne comme le centre de gravité des événements dont l’auteur est témoin. Avec Harbi, la vanité laisse place à l’humilité qui fait les grands hommes. Car il s’agit moins de l’auteur dans ces mémoires que de l’Algérie et des malheurs qu’elle a traversés et dont elle continue de payer le prix fort aujourd’hui avec le sang de ses enfants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que Harbi nous donne à lire est d’abord un livre d’histoire où sont relatés des événements décisifs qui ont marqué l’évolution du mouvement de libération nationale, de la veille de l’insurrection de novembre 1954 à la crise de l’été 1962.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le récit s’ouvre sur un tableau pittoresque et vivant de ce qu’était la société algérienne dans la région de Skikda, à travers une famille – les Harbi – dont l’auteur décrit les évolutions et les contradictions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’emblée, le lecteur prend la mesure du poids du système colonial dans la trajectoire individuelle de chacun, soit sur le plan de la mobilité, plus géographique que sociale, soit sur le plan politique. Le jeune Harbi, alors collégien, est en désaccord avec son père en raison de son engagement précoce dans la politique. Mais constatant que son fils n’abandonne pas ses convictions nationalistes, le père se résigne à un choix auquel il n’a pu s’opposer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Responsable de la section du lycée qu’il fréquente, Harbi est déjà témoin des conflits au niveau central du mouvement national et qui ont des prolongements sur le plan local. Des conflits, il en connaîtra toute sa vie de militant. Il essaiera de s’en démarquer, ce qui paradoxalement l’affaiblit, car n’étant affilié à aucun clan, il sera vulnérable dans le climat de suspicion généralisé qui ne fera que s’accroître, au point <em>«où tout, jusqu’à des conversations entre amis, pouvait s’inscrire en actes d’accusation»</em> (p. 312).</p>



<h2 class="wp-block-heading">Conflictualité structurelle pour le leadership</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des faits rapportés qui nourrissent la réflexion sur la genèse du système politique algérien, ce livre pose une question cruciale : Pourquoi le nationalisme algérien suscite tant de conflictualité en son sein alors qu’il est censé réunir dans la communion les militants autour de l’attachement au pays ? Une question subsidiaire vient à l’esprit du lecteur : Pourquoi un intellectuel militant comme Harbi n’a pas été un chef national comme l’ont été Krim Belkacem, Abdelhafid Boussouf, Houari Boumediene&#8230; ? L’auteur ne répond pas à ces questions, mais il met le lecteur sur des pistes d’analyse du mouvement national sur les plans idéologique, culturel, politique, et même sociologique et psychologique, en s’attardant sur un événement majeur qui aura des conséquences sur l’évolution ultérieure du pays : la crise du PPA-MTLD. Celle-ci, opposant Messali Hadj aux centralistes fidèles à la direction du parti, contient en elle les contradictions qui minent à ce jour le système politique algérien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui était en jeu dans ce conflit, c’était le formidable potentiel de violence prêt à s’investir pour la libération du pays. Messali Hadj avait fait de ce potentiel un patrimoine privé dont il voulait disposer à sa guise. Il avait des atouts : il était le symbole de ce potentiel, il l’a incarné, mais en même temps, il se l’est approprié, confondant l’Algérie et son destin avec sa propre personne ; d’où le culte de la personnalité dont il était l’objet, en particulier de la part de militants intéressés de recevoir la légitimité par délégation des mains propres du leader ; cette même légitimité était revendiquée aussi par la direction du parti qui reprochait à son leader de court-circuiter les décisions prises en comité central, en mandatant personnellement des fidèles pour telle ou telle tâche sans en référer aux instances du parti.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le <em>zaïm</em> (leader) refusait de se soumettre aux règles du parti qu’il présidait, préférant s’appuyer sur des fidélités personnelles reposant sur la mystique populiste et le respect sacré du chef qui dispensent ce dernier de rendre compte à la base. Le chef national gérait le potentiel de violence anticolonial en le thésaurisant, cherchant à l’accroître pour voir sa propre puissance grandir, comme s’il craignait de le perdre s’il venait à se déclencher.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A l’opposé, il y a le parti, représenté par ses cadres fonctionnant à la règle hiérarchique préfigurant la froide bureaucratie de l’administration d’Etat. La direction du parti n’était pas pressée, elle non plus, à appeler à l’action, préférant utiliser le potentiel de révolte comme atout dans la négociation avec l’administration coloniale pour n’avoir à jamais s’en servir tout en espérant obtenir quelques réformes et quelques sièges d’élus.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La formation d’une armée-Etat</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Entre-temps, les clandestins du PPA, pourchassés par la police, s’impatientaient et étaient exaspérés par l’étalage public des désaccords. Ils décidèrent alors de passer à l’action un 1<sup>er</sup> novembre 1954.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si Messali et les centralistes ont été dépassés par les clandestins qui ont déclenché l’insurrection, c’est parce que ces derniers ne se sont pas contentés de revendiquer le potentiel de violence révolutionnaire, ils l’ont sollicité, ils l’ont utilisé, ils l’ont déclenché, d’où leur succès. Ils ont créé une situation irréversible où il fallait choisir : pour ou contre le FLN créé par les clandestins sans autre alternative possible. Trop orgueilleux pour se rallier à eux, le <em>zaïm</em>, sans contact direct avec la réalité du terrain depuis plusieurs années, entreprit des actions qui allaient mettre fin à son mythe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A partir de ce moment, le mouvement national va se militariser et sera peu à peu contrôlé par des militaires dont l’objectif est de constituer une armée classique qui formera l’ossature de l’Etat indépendant. Cela aura des conséquences qui marqueront irrémédiablement le système politique algérien plusieurs décennies après l’Indépendance.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Si on veut vraiment comprendre le devenir de l’Algérie,</em> écrit Harbi,<em> c’est à la formation d’une armée-Etat qu’il faut se référer»</em> (p. 298).</p>



<p class="wp-block-paragraph">La militarisation croissante de la révolution ne va pas pour autant faire cesser les conflits entre dirigeants ; au contraire, elle va les exacerber culminant dans l’assassinat de Abbane Ramdane.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La militarisation s’est faite au détriment des hommes politiques et des intellectuels, méprisés et soupçonnés de compromis avec la France coloniale, ce qui est un moyen commode de cacher l’inculture et la brutalité des mœurs devenues des valeurs distinctives de l’élite dirigeante. <em>«A l’exception notable du colonel Lotfi,</em> se souvient Harbi,<em> les chefs militaires dénigraient, dans leur discours, les `politiques’, l’esprit critique, le libre arbitre et la théorie»</em> (p. 264).</p>



<h2 class="wp-block-heading">La fonction comme patrimoine privé</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Harbi trace des tableaux psychologiques de responsables nationaux dont le comportement est révélateur de la volonté de puissance à laquelle fait pendant la tendance à la soumission des subordonnés, celle-ci n’étant le plus souvent qu’une ressource pour gravir les échelons de la responsabilité. <em>«Les gens avaient intériorisé le principe d’obéissance et ne semblaient pas prêts à réagir contre le recours à l’arbitraire dans la conduite des affaires publiques»</em> (p. 261).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le respect servile de la hiérarchie du clan clientéliste, l’obéissance aveugle aux ordres même quand ils contreviennent à l’esprit de la révolution, la mystique du chef… ont alimenté les conflits parce qu’ils ont constitué des ressources inépuisables, chacun se taillant un fief et organisant un réseau de fidèles, et cherchant à contrôler le maximum de forces mobilisables contre l’occupant colonial pour s’imposer comme dirigeant national. La logique du mouvement poussait les officiers à se tailler <em>«des fiefs en s’appuyant sur des djounouds recrutés dans leur clan ou dans leur région»</em> (p. 271).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au sommet, la compétition était féroce entre Belkacem, d’un côté, et Bentobbal et Boussof de l’autre. Ils seront cependant tous les trois évincés par le colonel Houari Boumediene dont l’ascension fulgurante a révélé qu’il était un fin stratège et un manipulateur d’hommes hors pair. Sans avoir de passé dans le PPA-MTLD, sans être un maquisard de l’intérieur, il est arrivé à écarter Boussof, dont il a été l’adjoint, Belkacem dont il a été le subordonné en sa qualité de ministre de la Guerre, et enfin le GPRA dont il dépendait institutionnellement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Houari Boumediene, qui a intronisé Ahmed Ben Bella en s’emparant du pouvoir en 1962, a été un chef politique redoutable à qui cependant il a manqué, pour être un homme d’Etat, la culture de la citoyenneté qui fonde la communauté politique sur le concept de sujet de droit et sur les valeurs de respect des individus. Cette faiblesse renvoie cependant à la société algérienne dominée par un populisme apolitique, et Harbi a vu juste en rappelant l’état de développement culturel et social de l’Algérie à majorité rurale. Sans justifier les erreurs et les violences commises par les responsables, il ne faut pas oublier, dit-il, que <em>«la résistance, par son matériau rural, s’est faite avec un héritage intellectuel et culturel peu favorable à la modernité et la démocratie»</em> (p. 297). Ce qui signifie aussi que l’élite dirigeante (Abdelaziz Bouteflika, Chadli Bendjedid, Liamine Zeroual, Belaïd Abdeslam, Chérif Messaadia…) n’a pas la capacité intellectuelle pour mener le pays vers la construction de l’Etat de droit et vers le développement économique et social dont ils n’ont pas la moindre idée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui caractérise cette caste, pour qui la révolution a été un ascenseur social dont ils ont usé et abusé, c’est la soif insatiable du pouvoir. <em>«Depuis l’élimination de Abbane,</em> écrit Harbi, <em>ces chefs se sont constitués en club fermé, selon des conceptions qui ne correspondent pas aux impératifs de la formation d’une nation ; et ils considéraient leur fonction comme partie intégrante de leur patrimoine personnel. J’ai ainsi entendu Bentobbal déclarer le 5 février 1961, lors d’une conférence aux cadres à Tunis : `celui qui veut le pouvoir n’a qu’à prendre le fusil pour nous l’enlever’»</em> (p. 359). Phrase prémonitoire qui ouvre le champ à la violence qui endeuille aujourd’hui tant de familles. Logique implacable qui a mené des décennies plus tard, l’Etat à la faillite totale et à la rupture complète avec la population.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le détournement de la cause nationale</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Finalement, Harbi nous invite à réfléchir sur les limites du nationalisme algérien exprimé par des hommes porteurs d’une culture politique de désespoir, faite de convictions nationalistes et de valeurs communautaires qui glorifient le groupe, défini selon les circonstances, et qui censurent l’individu soupçonné de mettre en danger l’unité de la communauté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est ainsi que la liberté d’expression est perçue comme une rébellion et la critique, fut-elle constructive, comme un dénigrement de responsables.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les déboires de Harbi avec l’Etat-Major Général, qui l’a accusé de fractionnisme, sont révélateurs de l’absence de confiance dans les militants qui ne font pas allégeance aux chefs et aux sous-chefs. Ali Mendjeli et Kaid Ahmed ont le mieux exprimé cette logique qui broie toute résistance à la mystique populiste incarnée par leur chef, Houari Boumediene. Ils étaient prêts à tuer des Algériens en chair et en os pour sauver leur propre idée abstraite de l’Algérie à laquelle ils s’identifiaient. Exprimer un avis différent de celui de Kaid Ahmed, de Ali Mendjeli ou de Houari Boumédiène, c’était trahir l’Algérie et donc mériter la mort. Ces responsables se sont arrogé un pouvoir exorbitant sur leurs compatriotes sous prétexte qu’ils sont les seuls patriotes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aucun Etat ne peut se construire sur une telle culture qui fait du chef le dépositaire exclusif du bien commun, soupçonnant tous les autres de porter atteinte au pays. Ce n’est pas la sincérité dans l’engagement de ces responsables qui est en cause ; mais un chef vit son engagement à partir de sa personne et donc de ses intérêts personnels, dont il croit inconsciemment qu’ils sont conformes aux intérêts du pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tous les responsables du mouvement national, de Messali Hadj à Houari Boumediene, ont glissé du rôle de militant de la cause nationale à celui de propriétaire de celle-ci. C’est là que s’opère le premier détournement du bien commun, et qui trouvera son prolongement dans l’Etat indépendant, dans la privatisation du pouvoir qui, par définition, est une institution publique. Ce qui manque le plus à l’élite issue de la révolution, c’est la culture et la conviction du caractère public de l’autorité, fondement indispensable à l’Etat de droit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La désignation de Bouteflika comme Président de la République après 20 ans de tourisme, le retour de Messaadia après 15 de vacances aux frais de l’Etat, attestent si besoin est, que pour cette caste, l’Etat algérien est leur bien immobilier dont il faut juste espérer qu’ils ne le vendront pas un jour pour aller s’installer en Suisse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si le pouvoir n’est pas public, s’il n’est pas institutionnellement protégé contre l’arbitraire et l’abus, il ne peut y avoir de modernité politique, et donc de développement, dont il faut rappeler qu’il est intrinsèquement lié à dé-privatisation du pouvoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La révolution algérienne contenait en elle-même une formidable force mécanique, mais il lui a manqué les valeurs de respect de l’individu et de l’autorité publique pour déboucher sur un Etat de droit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le livre de Harbi devrait être lu par le maximum d’Algériens dans les villes et villages à des fins de thérapie collective, ce qui aiderait probablement à sortir de la tragédie nationale qui a résulté des limites idéologiques de notre nationalisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par cet ouvrage, Harbi a fait une seconde contribution à son pays, en tant que militant et en tant qu’intellectuel engagé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je voudrais terminer par une note optimiste : rien n’est encore perdu dans une société qui donne naissance à des militants et intellectuels comme Mohamed Harbi.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Universitaire. </em></p>



<p class="wp-block-paragraph">** <em>Le titre et les intertitres sont de la rédaction. </em></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="AzTnQE0QAJ"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/11/02/la-necessite-historique-dune-transition-democratique-consensuelle-en-algerie/">La nécessité historique d’une transition démocratique consensuelle en Algérie</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« La nécessité historique d’une transition démocratique consensuelle en Algérie » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/11/02/la-necessite-historique-dune-transition-democratique-consensuelle-en-algerie/embed/#?secret=iRj5Hn3GBO#?secret=AzTnQE0QAJ" data-secret="AzTnQE0QAJ" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>Décès de Mohammed Harbi, historien majeur du nationalisme algérien</title>
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		<pubDate>Fri, 02 Jan 2026 07:17:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’historien de la révolution algérienne Mohammed Harbi est décédé le 1ᵉʳ janvier 2026 à Paris, à l’âge de 92 ans, </p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>L’historien algérien Mohammed Harbi est décédé le 1ᵉʳ janvier 2026 à Paris, à l’âge de 92 ans, après avoir lutté plusieurs jours contre une infection pulmonaire. La disparition de cette figure intellectuelle de premier plan marque la fin d’un parcours exceptionnel, à la croisée du militantisme politique, de la recherche historique et de la critique du pouvoir postcolonial.</em></strong></p>



<span id="more-18175994"></span>



<p class="wp-block-paragraph">Né le 16 juin 1933 à El Harrouch, dans l’Est de l’Algérie alors sous domination coloniale française, Mohammed Harbi s’engage très tôt dans le mouvement nationaliste. Il rejoint successivement le Parti du peuple algérien (PPA) puis le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), organisations qui constitueront le socle politique du futur Front de libération nationale (FLN).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Arrivé à Paris en 1952 pour poursuivre ses études, Harbi combine activité universitaire et engagement militant, notamment au sein de la Fédération de France du FLN pendant la guerre de libération.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De l’activisme politique à l’historiographie</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après l’indépendance de l’Algérie en 1962, il participe aux premières expériences politiques du nouvel État. Proche du président Ahmed Ben Bella, il devient conseiller technique et s’investit dans la revue <em>Révolution africaine</em>. Défenseur d’un socialisme inspiré du marxisme, il soutient l’expérience de l’autogestion, perçue alors comme un projet de transformation sociale et politique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le coup d’État de Houari Boumediene en 1965 constitue un tournant décisif. Opposé à l’instauration d’un régime autoritaire, Harbi entre en dissidence. Il est arrêté, emprisonné, puis placé en résidence surveillée. Cette rupture avec le pouvoir marque une étape essentielle dans son itinéraire intellectuel : l’ancien acteur politique va progressivement se consacrer à l’analyse critique de l’histoire contemporaine algérienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1973, il parvient à quitter clandestinement l’Algérie et s’installe en France. Il entame alors une carrière universitaire, notamment à l’université Paris-VIII, où il enseigne l’histoire et développe une œuvre historiographique qui fera date. Harbi devient l’un des premiers historiens algériens à interroger de manière méthodique les récits officiels de la guerre de libération et de la construction de l’État post-indépendance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son ouvrage ‘‘<em>Le FLN, mirage et réalité</em>’’, publié en 1980, constitue une référence incontournable. S’appuyant sur une documentation rigoureuse et une connaissance intime des mécanismes internes du mouvement nationaliste, il y analyse les luttes de pouvoir, les exclusions et la progressive confiscation de la souveraineté populaire. Il poursuivra ce travail avec ‘‘<em>Les Archives de la révolution algérienne’’</em>, contribuant à ouvrir un champ historiographique longtemps verrouillé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rigueur intellectuelle et indépendance d’esprit</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reconnu pour sa rigueur intellectuelle, son indépendance d’esprit et son refus des mythes politiques, Harbi a constamment défendu la liberté de recherche et le pluralisme historiographique. Jusqu’à la fin de sa vie, il a insisté sur la nécessité de regarder le passé avec lucidité afin de construire des sociétés fondées sur le droit, la citoyenneté et la responsabilité politique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son dernier ouvrage publié, la traduction en tamazight du premier tome de ses mémoires, <em>‘‘Tudert deg iseɣ’’</em> (Koukou Éditions, 2024), témoigne de son attachement à la transmission et à la pluralité culturelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec la disparition de Mohammed Harbi, l’Algérie et le Maghreb perdent un historien majeur, dont l’œuvre demeure une référence essentielle pour comprendre le nationalisme algérien, ses espoirs, ses impasses et ses héritages.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Djamal Guettala&nbsp;</strong></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="SfEGM79B3d"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/02/mohammed-harbi-et-les-derives-du-nationalisme-algerien/">Mohammed Harbi et les dérives du nationalisme algérien</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Mohammed Harbi et les dérives du nationalisme algérien » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/02/mohammed-harbi-et-les-derives-du-nationalisme-algerien/embed/#?secret=jswV6F8Hn5#?secret=SfEGM79B3d" data-secret="SfEGM79B3d" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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