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	<title>Archives des Mounir Khazri - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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		<title>‘‘Rêve(s)’’ de Baccar et Jaïbi &#124; Autopsie d&#8217;un pays qui ne dort plus</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 26 Sep 2026 09:12:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Rêve(s)" de Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi ou la nuit qui n’offre plus d’échappée mais prolonge le cauchemar du jour.  </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/26/reves-de-baccar-et-jaibi-autopsie-dun-pays-qui-ne-dort-plus/">‘‘Rêve(s)’’ de Baccar et Jaïbi | Autopsie d&rsquo;un pays qui ne dort plus</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Avec</em></strong> <strong><em>‘‘</em></strong><strong><em>Rêve(s)… Comédie noire</em></strong><strong><em>’’</em></strong><strong><em>, présentée au Théâtre des Régions à Tunis, Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi signent bien plus qu</em></strong><strong><em>’</em></strong><strong><em>une nouvelle création de Familia Production. Ils livrent un diagnostic. Celui d</em></strong><strong><em>’</em></strong><strong><em>une société qui a cessé de distinguer la veille du cauchemar, et qui ne sait plus très bien si elle rêve encore ou si elle se contente de survivre à ses nuits.</em></strong><strong><em></em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Abdelhamid Larguèche</strong></p>



<span id="more-19703044"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2.jpg" alt="" class="wp-image-18774922" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Il existe des œuvres qui divertissent, d’autres qui instruisent. Et puis il y a celles qui dérangent parce qu’elles disent tout haut ce que chacun sait tout bas. <em>‘‘Rêve(s)’’</em> appartient à cette dernière catégorie, la plus rare et la plus nécessaire. Dans une Tunisie éreintée par la précarité, désorientée par l’effondrement de ses repères, lassée des discours qui promettent et des institutions qui ne tiennent plus, Baccar et Jaïbi refusent la complaisance. Ils ne consolent pas. Ils montrent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On aurait tort de lire <em>‘‘</em><em>Rêve(s)</em><em>’’</em> comme une pièce isolée. Depuis la fondation de Familia Production en 1993, le tandem Baccar-Jaïbi mène une véritable anthropologie des passions tunisiennes. <em>‘‘</em><em>Junun</em><em>’’</em> (2001) avait exploré la folie, <em>‘‘</em><em>Yahia Yaïch-Amnesia</em><em>’’</em> &nbsp;(2010) l&rsquo;oubli et la chute du pouvoir, <em>‘‘</em><em>Tsunami</em><em>’’</em> (2013) l’angoisse de l’après-révolution. Puis vinrent <em>‘‘</em><em>Violence(s)</em><em>’’</em> (2015) et<em>‘‘</em><em>Peur(s)</em><em>’’</em> (2017), conçus comme les volets d’une trilogie sur la Tunisie post-2011, disséquant les affects qui gouvernent notre vie collective. On est tenté de voir dans <em>‘‘</em><em>Rêve(s)</em><em>’’</em> l’aboutissement de ce cycle. Cette parenthèse devenue signature, ce <em>«(s)»</em> du pluriel, dit l’essentiel : il n’y a pas une violence, une peur, un rêve, mais une multitude d’expériences fragmentées, que seul le théâtre peut rassembler sous un même regard.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>‘‘</em><em>Rêve(s)</em><em>’’</em> prolonge ce travail en descendant d’un étage. Après les passions visibles, voici le territoire intime, celui que l’on croyait inviolable : le songe. Et le constat est terrible. Même là, le désordre du monde s’est installé.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le brutalisme, une éthique avant d’être une esthétique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">On a souvent parlé du dépouillement des mises en scène de Fadhel Jaïbi. Le mot <em>«brutalisme»</em> convient mieux. En architecture, le brutalisme désignait ce choix de laisser le béton à nu, de montrer la structure sans l’enduit qui la dissimule. C’est exactement ce que fait Jaïbi : il retire le décoratif, le confortable, le rassurant, pour ne laisser apparaître que l’ossature. Les corps des comédiens deviennent le seul matériau, la parole le seul ornement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce choix n’a rien d’une coquetterie formelle. Il est moral. Dans une époque saturée d’images lisses, de communication et de faux-semblants, montrer la charpente nue du réel est un acte de vérité. Le théâtre brutaliste ne cherche pas à plaire : il cherche à ce que l’on ne puisse plus détourner le regard.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au centre de la pièce se dresse l’immeuble délabré <em>«El Mauro»</em>. L’historien ne peut s’empêcher d’y reconnaître ces bâtisses du centre-ville de Tunis, héritées d’un autre siècle, que l’on laisse pourrir faute de propriétaires, de volonté ou de mémoire. Patrimoine orphelin, sans héritiers déclarés, habité par ceux que la ville ne voit plus. Chaque fissure y est un chapitre de notre histoire non écrite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais l’immeuble est davantage qu’un décor : c’est un corps social. Ses murs lézardés sont nos institutions, ses escaliers branlants nos trajectoires sans issue, ses appartements cloisonnés nos solitudes juxtaposées. Ce qui s’effondre ici n’est pas seulement la pierre : c’est la transmission elle-même, ce lien fragile entre générations qui permet à une société de savoir d’où elle vient et où elle va.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les habitants de ce lieu, portés par Jalila Baccar, Jamel Madani, Mohamed Châabane, Mounir Khazri et Meriem Ben Hamida avec une justesse sans faille, ne sont ni des héros ni des victimes exemplaires. Ce sont des vivants cabossés, des êtres au bord de la déraison, qui ressemblent à nos voisins, à nos proches, à nous-mêmes.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="538" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Reves-Baccar-Jaibi-3-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-19703059" style="width:800px;height:auto" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Reves-Baccar-Jaibi-3-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Reves-Baccar-Jaibi-3-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Reves-Baccar-Jaibi-3-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Reves-Baccar-Jaibi-3-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Reves-Baccar-Jaibi-3-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Reves-Baccar-Jaibi-3-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Reves-Baccar-Jaibi-3.jpg 1200w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">Le cadavre et la police : ce que l’ordre ne sait pas voir</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Puis survient la découverte d’un cadavre, et avec elle l’irruption de l’appareil policier. Tout bascule. Le mort, c’est ce que la communauté porte en elle sans oser le nommer : un deuil inachevé, une promesse enterrée, peut-être ces espérances de 2011 que personne n’a pris la peine d’inhumer dignement. La police, elle, arrive non pour comprendre mais pour classer, interroger, soupçonner. Face au mystère, l’État n’a qu&rsquo;un réflexe : l’ordre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est là que la pièce touche au plus juste. Elle montre une société où la rationalité administrative ne sait plus répondre à la détresse humaine, où l’on traite les symptômes par la contrainte faute de savoir les écouter. Le masque de la normalité se fissure, et derrière lui apparaît le vertige d’une collectivité qui ne se reconnaît plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant, on rit. Pas de ce rire léger qui fait oublier, mais d’un rire qui griffe, qui dérange, qui arrive par effraction. Le texte de Jalila Baccar, ciselé jusqu’à la dernière réplique, fait de la comédie noire la seule langue encore capable de dire l’indicible. Quand la tragédie devient quotidienne, elle ne peut plus être racontée sur le mode tragique : elle bascule dans l’absurde, et l’absurde appelle le rire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce rire s’inscrit dans une vieille tradition tunisienne, celle de la satire populaire qui, face aux puissants comme face au malheur, a toujours préféré la dérision au silence. Rire de sa propre folie, c’est encore refuser d’y sombrer entièrement. C’est une forme de dignité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reste la question centrale, que la pièce pose sans jamais y répondre à notre place. Le rêve était le dernier territoire de liberté, l’espace où chacun pouvait encore imaginer autre chose que ce qui est. Que devient une société lorsque même ce refuge est envahi par l’angoisse, lorsque la nuit n’offre plus d’échappée mais prolonge le cauchemar du jour ?</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img decoding="async" width="1024" height="538" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Reves-Baccar-Jaibi-2-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-19703062" style="width:800px;height:auto" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Reves-Baccar-Jaibi-2-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Reves-Baccar-Jaibi-2-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Reves-Baccar-Jaibi-2-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Reves-Baccar-Jaibi-2-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Reves-Baccar-Jaibi-2-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Reves-Baccar-Jaibi-2-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/09/Reves-Baccar-Jaibi-2.jpg 1200w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">Un acte de santé publique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Un peuple qui ne rêve plus est un peuple qui a cessé de se projeter. Il ne se révolte plus, il ne construit plus, il endure. C’est ce danger que Baccar et Jaïbi mettent en scène, avec une gravité que la comédie ne fait qu’aiguiser. Plus le tableau est sombre, plus l’exigence de lumière devient pressante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On ne sort pas de <em>‘‘</em><em>Rêve(s)</em><em>’’</em> apaisé. On en sort secoué, inquiet, mais réveillé. Et c’est précisément ce qui fait de ce spectacle une nécessité. Dans un pays qui souffre de toutes parts et risque de s’habituer à sa propre déchéance, ce théâtre n’est pas un luxe réservé à quelques initiés. C’est un service rendu à la collectivité, une forme de santé publique de l’esprit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tant qu’il se trouvera des artistes pour nous tendre ce miroir sans fard, et un public pour oser s’y regarder, cette société n’aura pas tout à fait renoncé à elle-même. La folie que nous voyons sur scène est la nôtre. La reconnaître, c’est déjà commencer à en guérir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>*</em> <em>Historien, professeur émérite à l</em><em>’</em><em>Université de la Manouba</em><em>.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/09/26/reves-de-baccar-et-jaibi-autopsie-dun-pays-qui-ne-dort-plus/">‘‘Rêve(s)’’ de Baccar et Jaïbi | Autopsie d&rsquo;un pays qui ne dort plus</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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