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	<title>Archives des Ridha Ben Slama - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Ridha Ben Slama - Kapitalis</title>
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		<title>Non à la captation du patrimoine de la Tunisie !</title>
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		<pubDate>Mon, 20 Apr 2026 11:09:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Tunisie (l’ancienne Ifriqiya) a toujours été le centre névralgique, urbain et intellectuel de toute la région du Maghreb. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/20/non-a-la-captation-du-patrimoine-de-la-tunisie/">Non à la captation du patrimoine de la Tunisie !</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>L’enseignement de l’histoire devient un outil détourné de </em></strong><strong><em>légitimation politique</em></strong><em> <strong>plutôt qu’une discipline de recherche scientifique. </strong></em><strong><em>Le débat sur l’usurpation vient souvent du fait que les frontières d’aujourd’hui ne correspondent pas aux réalités historiques durant des siècles. Une grande partie du patrimoine «numide» ou «punique» est partagée entre la Tunisie et ses voisins de l’Est comme de l’Ouest. Cependant, la Tunisie (l’ancienne Ifriqiya) a toujours été le centre névralgique, urbain et intellectuel de toute la région.&nbsp;</em></strong><strong><em></em></strong></p>



<p><strong>Ridha Ben Slama</strong> *</p>



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<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg" alt="" class="wp-image-16957652" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Faut-il rappeler encore à ceux qui se confinent dans une posture pathétique et feignent d’ignorer que notre pays possède une identité étatique propre, bien antérieure à la colonisation (1881), et ce contrairement à beaucoup d’autres pays&nbsp;? Faut-il répéter que la Tunisie actuelle est l’aboutissement d’une longue succession de civilisations qui ont chacune contribué à son assise territoriale et culturelle&nbsp;? Depuis des millénaires, elle possède l’une des identités étatiques les plus anciennes et les plus continues au monde, dépassant largement le cadre des frontières coloniales du dernier siècle.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">1- La Tunisie (Ifriqiya) le centre névralgique, urbain et intellectuel de toute la région</h2>



<p>La justesse de l’approche exige de dépasser un exercice trop contemporain, qui envisage une souveraineté territoriale définie seulement par des frontières, à savoir le <em>«contour extérieur d’une nation pleinement consciente d’elle-même»</em> <sup>(1)</sup>.</p>



<p>Pratiquement, durant des siècles, l’autorité d’un État s’exerçait non sur un espace borné par des frontières identifiées, mais également sur son rayonnement culturel. Les limites de l’État enfermeraient aussi celles, mouvantes, des terrains de parcours de ces tribus vassales à un État.</p>



<p>Carthage (IX<sup>e</sup>-II<sup>e</sup> siècle av. J.-C.) avait déjà structuré le territoire sous une forme étatique puissante, avec une administration, une monnaie et une diplomatie propre. Ce n’était pas seulement une cité, mais le centre d’un empire maritime thalassocratique qui comprenait la majeure partie de la Tunisie actuelle (le Zeugitane et la Byzacène). L’empire s’étendait sur toutes les côtes de la Méditerranée occidentale, de l’actuelle Libye (Tripolitaine) jusqu’au sud de l’Espagne, en passant par la Sardaigne, la Corse, la Sicile et les côtes actuellement algériennes et marocaines.&nbsp;</p>



<p>Quant à Thugga (actuelle Dougga) <sup>(2)</sup>, elle est reconnue par les historiens comme l’une des premières capitales, foyer majeur du <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/07/06/carthage-la-tunisienne-nos-ancetres-les-massyles-2-2/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">royaume Massyle</a> au IV<sup>e</sup> siècle av. J.-C. Elle est décrite par Diodore de Sicile comme une <em>«ville d’une belle grandeur»</em>, servant de résidence royale avant l’unification des différentes tribus. Cette dynastie était traditionnellement une alliée de Carthage. Les rois Massyles participaient grâce à ses cavaliers, réputés au combat, avec les troupes carthaginoises, notamment en Sicile ou en Espagne. Les textes des auteurs de l’antiquité soulignent que des rois comme Zelalsen (grand-père de Massinissa) ou l&rsquo;ancêtre Aylimas y avaient établi leur centre de pouvoir. Le roi Gaïa, père de Massinissa, maintenait cette alliance étroite, envoyant même son fils combattre aux côtés des Carthaginois en Espagne contre Rome. La cavalerie numide, considérée comme l’une des meilleures cavaleries légères de l’Antiquité, reposait sur une organisation unique centrée sur la mobilité extrême et une symbiose parfaite entre le cavalier et sa monture. </p>



<p>L’influence carthaginoise à Thugga était manifeste à travers l’architecture et les inscriptions. Le célèbre Mausolée libyco-punique témoigne de ce mélange des cultures libyque et punique au sein de la noblesse massyle. Les Massyles occupaient la région entre l’Ampsaga (correspondant aujourd’hui à l’Oued el-Kebir, dont le Rhummel est le principal affluent en Algérie actuelle) et les terres carthaginoises, avec pour capitale Sarim Batim (actuelle Constantine) qui était le nom donné à la ville par les Carthaginois lorsqu’ils y ont établi un comptoir commercial, bien avant qu’elle ne devienne à une certaine époque la capitale de la Numidie.Né à Thugga, Massinissa servit d’abord dans les rangs de l’armée carthaginoise avant de s’allier à Rome en 206 av. J.-C. après avoir été évincé de son trône par Syphax (roi des Massæsyles soutenu par Carthage). Sa victoire lui avait permis d’unifier les deux royaumes.</p>



<p>Le revirement de Massinissa a été l’un des tournants majeurs de l’histoire antique. Ce n’était pas une défection soudaine, mais une décision stratégique dictée par la survie du royaume de ses ancêtres mais aussi pour des motifs personnels.&nbsp;Plusieurs facteurs avaient poussé Massinissa à abandonner l’alliance carthaginoise pour rejoindre Scipion l’Africain (Rome). À la mort de son père Gaïa, le trône massyle était disputé entre les héritiers. Les suffètes de Carthage, au lieu de soutenir Massinissa (pourtant l’un de leurs généraux en Espagne), jouèrent double jeu pour garder le contrôle sur la Numidie.</p>



<p>Massinissa était d’abord fiancé à la belle Sophonisbe, fille du général carthaginois Hasdrubal Gisco. Pour sceller une alliance politique plus <em>«utile»</em>, Carthage la donna finalement en mariage à son rival, Syphax (roi des Massæsyles). Humilié et spolié de ses terres par Syphax avec l’appui de Carthage, Massinissa rompit définitivement. En combattant en Espagne, il put observer de près la puissance militaire de Rome. Il comprit que le vent tournait et que Rome était un allié plus solide pour réaliser son ambition. Après la guerre, il annexa les territoires de Syphax et unifia les tribus sous un seul sceptre, de la Moulouya jusqu’aux frontières de Carthage. Il poursuivit la sédentarisation des populations et développa l’agriculture. Les quartiers <em>«numides»</em> à Thugga, sous le forum romain, montrent que la ville était déjà une cité organisée et prospère sous son règne.</p>



<p>Après la chute de Carthage en 146 av. J.-C., les Romains conservèrent cette unité territoriale. Le nom <em>«Africa»</em> désignait spécifiquement la Tunisie avant de s’étendre à tout le continent. Situé au cœur de la Méditerranée, le territoire constituait une entité historique qui contrôlait des contrées s’étendant à travers l’Afrique du Nord et la Méditerranée. Cela correspondait au nord et à l’est de la Tunisie actuelle, avant de s’étendre pour inclure l’actuelle Tripolitaine (Libye) et une partie de l’Est actuellement algérien (Constantinois).</p>



<p>Massinissa était donc né à Dougga (Thugga). Pour les historiens, c’est un enfant du pays, à savoir la Tunisie. Pourtant, quelques faussaires prétendent que Massinissa serait <em>«le père de l’État algérien moderne»</em>, puisqu’il avait unifié les tribus numides. Une statue lui a d’ailleurs été érigée au cœur d’Alger en 2021, ce qui a été perçu comme une tentative de <em>«captation»</em> d’une figure massyle, issue d’une dynastie établie à Thugga.&nbsp;</p>



<p>La seconde <em>«captation»</em> est celle de Saint Augustin qui était certes né à Thagaste (Souk Ahras, en Algérie actuelle). Thagaste est située à environ 240 km de Carthage, mais elle faisait partie d’une région profondément <em>«punicisée»</em>. Saint Augustin lui-même, bien que citoyen romain de culture latine, se revendiquait fier de ses origines puniques. Car le punique était encore parlé par les populations rurales autour de Thagaste au IV<sup>e</sup> siècle apr. J.-C., soit plus de 500 ans après la chute de Carthage.</p>



<p>Augustin s’était formé intellectuellement à Carthage, y avait enseigné et avait passé une grande partie de sa vie dans la sphère d’influence carthaginoise. Il se définissait lui-même comme un <em>«fils de Carthage»</em> <sup>(3)</sup>, ce qui pousse les historiens tunisiens à rappeler que son héritage philosophique et théologique appartient à l’école de pensée de l’actuelle Tunisie.</p>



<p>À l&rsquo;époque, il se considérait comme un <em>«Africain»</em> au sens de la province d’Africa (Tunisie), et non selon des frontières nationales nées en 1962.</p>



<p>Même si ces grandes figures appartenaient à une époque où les frontières actuelles n’existaient pas formellement (la Numidie ou l’Afrique proconsulaire), leur existence résulte d’une culture et d’une civilisation punique incarnées par Carthage. Les transformer en <em>«citoyens»</em> d’un pays parce qu’ils auraient vécu, à un certain moment, dans des villes <em>«recouvrées»</em> est une incongruité.</p>



<p>Quelques mythomanes invétérés mènent aujourd’hui une politique active de <em>«patrimonialisation»</em> (colloques sur Massinissa, promotion du circuit de Saint Augustin) pour assoir une profondeur historique nationale qui fait défaut dans le récit colonial.&nbsp;Il est indubitable que même leurs concitoyens en Algérie, qui font preuve de discernement, ne peuvent que se dissocier de leurs supercheries. Saint Augustin et Massinissa ont agi dans un cadre géographique et politique dont Tunis-Carthage était le pôle majeur.</p>



<p>Cette territorialisation de l’histoire, où un pays cherche par tous les moyens à construire un récit national exclusif, est un anachronisme qui sert surtout des agendas politiques douteux. L’objectif serait vraisemblablement de créer un lien fictif direct. Il y a une inexactitude géographique qui utilise les frontières actuelles, imposées par le colonialisme, pour diviser des empires (Carthage, la Numidie, la Proconsulaire).</p>



<p>L’enseignement de l’histoire devient un outil détourné de légitimation politique plutôt qu’une discipline de recherche scientifique. Un exemple parmi d’autres, le Haut-Commissariat à l&rsquo;Amazighité en Algérie milite activement pour l’unification de ces concepts dans les manuels afin de consacrer l’image d’un État numide précurseur de l’Algérie ! Le débat sur l’usurpation vient souvent du fait que les frontières d’aujourd’hui ne correspondent pas aux réalités historiques durant des siècles. Une grande partie du patrimoine <em>«numide»</em> ou <em>«punique»</em> est partagée entre la Tunisie et ses voisins de l’Est comme de l’Ouest. Cependant, la Tunisie (l’ancienne Ifriqiya) a toujours été le centre névralgique, urbain et intellectuel de toute la région. </p>



<p>Une mise au point sur la situation de toutes ces figures historiques et du patrimoine, permet de distinguer les faits historiques des dynamiques de <em>«nationalisation»</em> de l’histoire.</p>



<p>Le concept d’Ifriqiya est un patrimoine centralisé à Tunis. Par contre historiquement, le terme<em> «Algérie»</em> est une création administrative bien plus tardive, alors que le terme Ifriqiya (dont dérive le nom Tunisie) désignait un ensemble cohérent incluant l’Est algérien actuel et la Tripolitaine.&nbsp;Quant à la controverse historique sur Cirta, j’ai eu l’occasion de l’aborder amplement dans un article précédent (4).</p>



<p>Ce procédé apocryphe appliqué à la géographie et à l’histoire sert à faire des raccourcis pour imposer une lecture biaisée. Cela s’apparente à de l’instrumentalisation ou <em>«mésusage»</em> de l’histoire et de la géographie. Lorsqu’on simplifie à l’extrême ou qu’on manipule ces disciplines, l’objectif est généralement de créer un récitqui semble, de premier abord, indiscutable parce qu’il s’appuie sur des <em>«faits»</em> — même si ces derniers sont sortis de leur contexte.</p>



<p>On projette arbitrairement des concepts modernes (nations, frontières…) sur des époques anciennes où ils n’existaient pas réellement sous ces formes. Le fait d’utiliser des toponymes anciens ou spécifiques pour nier l’identité actuelle d’un lieu, en modifiant légèrement le curseur, on transforme une analyse complexe en un outil de triviale propagande.</p>



<p>Après les guerres puniques, Carthage fut reconstruite par Rome, devenant l’une des provinces les plus prospères (Africa proconsulaire 146 av. J.-C. &#8211; 439 ap. J.-C.). Puis, elle a été envahie par les Vandales, suivie de la reconquête byzantine sous Justinien I<sup>er</sup> en 533. L’année 698 marqua un tournant définitif avec la fin de l’influence byzantine en Afrique du Nord. La confrontation décisive opposa les armées du Hassan Ibn Numan, aux forces de l’Exarchat de Carthage. Plutôt que de reconstruire Carthage, trop exposée aux attaques maritimes de la flotte byzantine, Tunis fut choisie en tant que site plus protégé.</p>



<p>En 705, Kairouan devint officiellement la capitale de l’Ifriqiya et la base de rayonnement au Maghreb. Sous la dynastie Aghlabide (800–909), la Tunisie connut une prospérité immense. On lança la conquête de la Sicile, le pays devient une puissance maritime majeure. Kairouan dirigeait la Tunisie, l’Est algérien, la Tripolitaine et avait même conquis la Sicile et Malte. L’Ifrîqiya proprement dite, comprenait les anciennes Proconsulaire (ou Zeugitane) et Byzacène, séparées depuis Dioclétien, d’autre part le Zâb (une province stratégique entre le Sahara et la Méditerranée, servant de carrefour commercial majeur). On rencontre également l’expression d’<em>«Ifrîqiya proprement dite»</em> chez H. R. Idris qui écrit : <em>«À l’Ifrîqiya proprement dite, ensemble de plaines où les communications sont faciles, rares les passages obligés et les massifs fermés, pays fortement organisé autour de Kairouan, s’oppose le Maghreb central, complexe de massifs montagneux, plus ou moins anarchiquement isolés les uns des autres»</em> <sup>(5)</sup>. Il retrouve là une distinction strictement géographique, voire topographique, qui rejoint implicitement des considérations plus politiques (opposition entre l’<em>«organisation»</em> autour de Kairouan et l’<em>«anarchie»</em> à l’ouest).</p>



<p>En 909, une nouvelle dynastie s’établit. L’Empire Fatimide avait englobé tout le Maghreb.&nbsp;Il fonda une nouvelle capitale sur la côte, Mahdia, avec son port militaire fortifié. Les Fatimides finirent par partir conquérir l’Égypte pour y fonder Le Caire, laissant la Tunisie sous la gestion des Zirides. Lorsque ces derniers rompirent avec le Caire, le calife fatimide envoya les tribus bédouines des Banu Hilal et des Banu Salim pour punir l’Ifriqiya. Avec les invasions hilaliennes (XI<sup>e</sup> siècle), c’était un tournant dramatique. Ces invasions entrainèrent une désorganisation immense, notamment de l’agriculture sédentaire.</p>



<p>Tunis devint la capitale de la Tunisie (Ifriqiya) en deux étapes majeures : elle fut d’abord promue sous les Almohades en 1159, puis son statut est définitivement scellé sous la dynastie des Hafsides en 1228. Les Almohades (1121-1269) chassaient les Normands Tunisie (qui occupaient les côtes) et unifiait le Maghreb. Au cours de cette période la notion de territoire tunisien <em>«central»</em> se cristallisa le mieux sous le nom d’Ifriqiya. L’empire almohade, affaibli militairement et idéologiquement, se désagrégea, perdant sa cohésion sous le règne d’Al-Ma’moun (1227-1232). C’est dans ce contexte de déclin que la Tunisie s’émancipa de fait sous la tutelle de la dynastie hafside.</p>



<p>En 1229, les Hafsides rejettent l’autorité des Almohades et deviennent maîtres de l’Ifriqiya. L’Empire Hafside (1229-1574) représenta l’âge d’or de l’État tunisien médiéval. À son apogée, le royaume hafside de Tunis s’étendait de Bougie (Béjaïa en Algérie actuelle) à l’ouest jusqu’à Tripoli à l’est. Tunis était alors la capitale culturelle et politique incontestée du Maghreb central et oriental. C’était sans doute la période la plus stable et la plus riche de la Tunisie médiévale. Des liens commerciaux intenses se nouèrent avec les cités italiennes (Venise, Gênes) et l’Espagne. La capitale Tunis était devenue l’une des cités les plus peuplées et les plus riches, au rayonnement intellectuelreconnu. C’est l’époque du grand historien et philosophe Ibn Khaldoun, père de la sociologie moderne.&nbsp;</p>



<p>Pour le pouvoir central de Tunis, la frontière incluait la province de Bougie, avec à sa tête un gouverneur doté de compétences élargies. Les premiers souverains hafsides maintinrent un contrôle direct sur cette région. Dès 1280 le sultan nomme son fils gouverneur de Bougie et de sa région, avec une autonomie de commandement (<em>Ibar</em>, VI, p. 685, <em>Berbères</em>, II, p. 384), reconnaissant la nécessité de donner à ce gouverneur les moyens de faire face à la menace des Abdelwadides ou des Mérinides à l’ouest. Vers 1370, le sultan de Tunis nomma à son tour à Bougie son fils aîné. Il lui céda son autorité sur les impôts et sur l’armée<em> (Ibar</em>, VI, p. 88, <em>Berbères</em>, III, p. 88.), lui donna <em>«le commandement absolu </em>[de sa ville et de sa province] <em>et la permission de prendre le titre, le cérémonial et les insignes de la royauté»</em> (<em>Ibar</em>, VI, p. 876, <em>Berbères</em>, III, p. 90.). Ces prérogatives exceptionnelles ne sont pas sans risque. On connaît le passage de la <em>Muqaddima </em>dans lequel Ibn Khaldûn explique que <em>«toute dynastie est plus forte à son centre qu’à ses frontières»,</em> où se manifeste souvent en premier la perte de vitalité de la dynastie <sup>(6)</sup>.</p>



<p>Cette situation provoqua en effet, à plusieurs reprises, des sécessions par rapport à Tunis. Néanmoins ces dernières étaient davantage motivées par les prétentions des émirs de Bougie au sultanat que par une réelle volonté d’indépendance, donc par un sentiment centrifuge. Lorsque le sultan Abû Zakariyâ’ (1228-1249) confie à son fils et héritier Abû Zakariyâ’ Yahyâ le gouvernement de Bougie, il étend la domination de ce dernier à l’ensemble des anciens territoires hammadides, avec des villes comme Alger, Constantine, Bône, et le territoire du Zâb : <em>«il donna à son fils le gouvernement de la marche de Bougie, capitale du royaume des Banû Hammâd et lui confia l’administration de l’ensemble de sa région»</em> (<em>Ibar</em>, VI, p. 619, <em>Berbères</em>, II, p. 329).</p>



<p>Ibn Khaldûn définit donc ce territoire frontière avant tout par un ensemble de villes dominées par Bougie, avec leurs arrière-pays. L’allégeance de ces villes envers le pouvoir central se manifeste par l’acceptation des gouverneurs envoyés par le souverain et par la <em>bay‘a</em> prononcée au moment de l’accession au trône de ce dernier, renouvelée régulièrement par la <em>khutba </em>prononcée en son nom.</p>



<p>La délimitation du territoire de cette marche occidentale repose donc sur une autre unité de base, la tribu. Mais il serait erroné de considérer ces tribus d’un point de vue purement ethnique, sans référence à l’espace<sup>(7)</sup>. Outre le fait que certaines de ces tribus sont sédentaires, le nomadisme n’exclut nullement la conscience d’un territoire tribal articulé autour de points d’eau et de zones de pâturages, à l’intérieur duquel se font les déplacements saisonniers. Il n’exclut pas plus le fait que ce territoire soit perçu comme faisant partie de l’espace de souveraineté d’un pouvoir d’État auquel la tribu faisait allégeance <sup>(8)</sup>.</p>



<p>Il s’agit de relever un fait authentifié, sous les Aghlabides, les Fatimides puis l’État Hafside qui s’étendait sur l’Ifriqiya, ce qui signifie que la Tunisie englobait des territoires allant de Bougie (Béjaïa) jusqu’aux environs de Tripoli, et incluait des zones de la Grande Kabylie notamment Alger et contrôlant des territoires jusqu’à la Grande Syrte (1228 à 1574). Le pays avait maintenu une autonomie politique forte, centrée sur Mahdia, Kairouan puis Tunis.</p>



<h2 class="wp-block-heading">2- Alerte, face aux tentatives d&rsquo;expropriation mémorielle</h2>



<p>En 1574, la Tunisie fut appariée à l’Empire Ottoman, avant d’acquérir une autonomie relative à partir de 1705. Le règne de Hammouda Pacha (1782-1814) marqua l’apogée de la dynastie husseinite en Tunisie. Son autorité a été testée par plusieurs conflits armés contre la Régence d’Alger, où Mustapha Pacha a été assassiné et les chroniques mentionnent Ahmed II Pacha comme successeur, une période marquée par de forte agitation et de successions rapides. La milice des janissaires jouait un rôle prédominant dans la destitution ou l’assassinat des deys d’Alger, rendant le pouvoir instable.</p>



<p>Cherchant à mettre fin au tribut versé à Alger, Hammouda Pacha fit réparer les remparts de la Médina de Tunis, de la Kasbah, et fit construire de nouvelles casernes comme celle d’El Attarine. Il déclara la guerre au Dey d’Alger en 1807. Le conflit culmina lors de la bataille de Constantine, où les troupes d’Alger subirent une défaite décisive. La victoire la plus emblématique contre les Algériens (ou plutôt Algérois) a été celle de juillet 1807. Le vizir Youssouf Saheb Ettabaâ intercepta l’armée algérienne à l’Oued Sarrat et l’écrasa, l’obligeant à fuir et à abandonner son artillerie. Cette victoire permit à la Tunisie de ne plus payer le tribut annuel à Alger. Une seconde guerre éclata en 1813. Les défenses tunisiennes ont tenu bon. Les troupes algériennes ont tenté de pénétrer en Tunisie mais ont été maintenues à la frontière. Le conflit s’est achevé par un traité en décembre 1813, signé par le Dey Hadj Ali d’Alger et le Bey Hammouda Pacha de Tunis.</p>



<p>Avec les Husseinites, la Tunisie avait agi comme un État quasi indépendant du pouvoir ottoman, avec ses propres traités internationaux et son premier texte constitutionnel en 1861 (le premier de la sphère proche orientale).&nbsp;Il est documenté que cette quête d’autonomie s’est manifestée par des actions symboliques, les navires tunisiens utilisaient leur propre pavillon et refusaient de se conformer strictement à l’usage des fanions ottomans, surtout lors de la période d’autonomie croissante sous Ahmed Bey I (1837-1855). Mais, avec la signature du Traité du Bardo en 1881, la Tunisie fut placée sous domination française.</p>



<p>À travers ce rapide périple historique, il a été possible de constater que, depuis l’antiquité et durant des siècles, le pouvoir central sur une vaste superficie était basé à Carthage-Dougga, Le Kef, Kairouan, Mahdia puis à Tunis. Par conséquent, son autorité se déployait sur des espaces territoriaux plus vaste que ceux de la Tunisie actuelle, aussi bien à l’Est qu’à l’Ouest. Des villes comme Annaba (Hippone) ou Constantine étaient administrativement et culturellement rattachées à la mouvance tunisienne. Cette antériorité historique explique pourquoi de nombreux Tunisiens perçoivent les digressions actuelles comme une tromperie et une forme d’expropriation mémorielle.&nbsp;Dès la fin du Moyen Age, le discours comme la pratique montrent l’émergence d’une appréhension politique de l’espace, qui se développe à l’époque moderne et contemporaine. La marche de Bougie à l’époque hafside en offre un bon exemple <sup>(9)</sup>.</p>



<p>Depuis quelques années, de nombreux Tunisiens relèvent avec étonnement la diffusion de contrevérités instillées notamment sur les réseaux sociaux, traduisant des tentatives de captation du patrimoine tunisien par certains individus qui manquent de tact et souffrent d’une carence éducative. Cette posture fourbe touche au cœur de l’identité nationale et de la légitimité historique, elle représente une tentative de réappropriation patrimoniale. Ajoutant à ces divagations, les propos d’un ancien parlementaire algérien et expert économique, du nom de Houari Tigharsi, qui ont suscité une vive controverse. En juillet 2022 <sup>(10)</sup>, lors d’une intervention télévisée, ce quidam a qualifié la Tunisie de <em>«wilaya»</em> (province ou gouvernorat) de l’Algérie, dans une interview accordée à la chaîne <em>Sky News Arabia</em>.</p>



<p>Bien que ces propos n’engagent pas -heureusement- l’État algérien, ils ont provoqué une vague d’indignation et ont été largement relayés par des médias comme une ébauche de velléités hégémoniques. Certains observateurs notent que ce type de discours (qualifier la Tunisie de <em>«wilaya»</em>) circule parfois dans des cercles proches du pouvoir des voisins de l’Ouest sans être ouvertement approuvé, ce qui contribue à alimenter les critiques sur une volonté d’hégémonie régionale qui avancerait à pas de loup. Cette <em>«maladresse»</em> n’est pas un hasard. Elle répondrait à un besoin intériorisé de forger une identité nationale (sur le dos des autres) dans une profondeur historique mythique dépassant l’ère coloniale. Surtout, il n’y a pas eu de dénonciation officielle spécifique du gouvernement algérien concernant ces propos, alors qu’ils avaient provoqué une vive indignation en Tunisie, les autorités n’ont pas émis de condamnation publique directe à propos de ses déclarations.</p>



<p>Au-delà de ce personnage, la même expression est parfois utilisée de manière condescendante dans certains débats médiatiques algériens. En mai 2023, l’ambassadeur d’Algérie en Italie avait déclaré que Rome et Alger s’entendaient pour <em>«préserver la stabilité de la Tunisie»</em>, une phrase perçue à Tunis comme une forme d’ingérence (D’aucuns diront&nbsp;: de quoi je me mêle).</p>



<p>L’absence de justifications est précisément ce qui alimente régulièrement la rancœur d’une partie importante de l’opinion tunisienne, qui n’y voit non pas un dérapage isolé, mais le reflet d’une certaine perception condescendante persistante.</p>



<p>L’ancien diplomate Elyes Kasri <sup>(11)</sup> a été l’une des voix les plus critiques, alertant sur ce qu’il perçoit comme une <em>«dérive»</em>, certains observateurs allant jusqu’à évoquer ironiquement une transformation en <em>«70<sup>e</sup> wilaya algérienne»</em>. Il a récemment remis sur le tapis la question des territoires frontaliers (environ 20 000 km²) qui ont été intégrés à l’Algérie après l’indépendance, perçus par certains Tunisiens comme une spoliation historique.</p>



<p>Cette perception d’une <em>«main basse»</em> sur le patrimoine tunisien alimente effectivement de vifs débats, où la question de l’appropriation culturelle est devenue un sujet de tension récurrent.</p>



<p>Le conflit le plus emblématique concerne la zone saharienne et la célèbre Borne 233 (Garet El Hamel).&nbsp;La Tunisie revendiquait une bande de territoire au sud-ouest, s’étendant de la borne 222 (Fort Saint) jusqu’à la borne 233. Ce territoire, riche en ressources pétrolières (gisement d’Edjelé), aurait permis à la Tunisie d’étendre sa souveraineté sur environ 20 000 km². En plein conflit de Bizerte (1961), le président Habib Bourguiba a tenté de matérialiser cette souveraineté en envoyant un commando planter le drapeau tunisien sur la borne 233. Un affrontement armé avec les troupes françaises stationnées sur place fit 13 morts côté tunisien.</p>



<p>Il y a lieu de souligner que la frontière tuniso-algérienne a été historiquement une zone complexe, avec des barrages érigés pendant la guerre d’Algérie et des conflits territoriaux passés (1628, 1807). Les frontières actuelles sont en partie le résultat de négociations laborieuses, notamment le traité de 1628 entre la Régence indépendante de Tunis et la Régence du Dey d’Alger, qui est resté la base jusqu’à ce que les autorités militaires françaises en Algérie ne le remettent en cause en 1845.&nbsp;Les frontières modernes commencent à se dessiner, souvent au prix de conflits avec la Régence d’Alger à l’ouest (appelé traité d’Es-Settara), qui mit fin à la guerre et confirma la fixation de l’Oued Serrat comme frontière ouest. Les traités successifs ont fini par fixer les limites que nous connaissons aujourd’hui, bien que les tribus frontalières aient longtemps circulé librement.</p>



<p>L’examen des documents cartographiques coloniaux révèle que le tracé des frontières actuelles est le produit d’une série de conventions et de décisions administratives françaises qui ont systématiquement favorisé l’Algérie (alors considérée comme un prolongement de la métropole) au détriment de la Régence de Tunis.&nbsp;La Convention de 1901: un procès-verbal entre le gouverneur général d’Algérie et le résident général de France en Tunisie amorce le détachement de portions territoriales au profit de l’administration algérienne.</p>



<p>La Convention de Tripoli (1910)signée entre le Bey de Tunis et l’Empire Ottoman (pour la Tripolitaine), délimite la frontière sud. Bien qu’elle reconnaisse la borne 233 <sup>(12)</sup> (Garet El Hamel) comme point ultime du territoire tunisien, la France refusa par la suite d’appliquer strictement ce tracé pour conserver le contrôle sur des zones qu’elle considérait comme stratégiques.</p>



<p>Le grignotage du Sahara s’est effectué à travers les conventions successives en 1910 et 1929 qui ont entériné un<em> «découpage imaginaire»</em>. Avant que la France et l’Italie ne figent les frontières par des traités (comme celui de 1910 avec la Libye), les tribus et populations (comme les Werghemma) évoluaient dans un espace fluide, défiant les tentatives coloniales de fixer des limites territoriales strictes.</p>



<p>Il est clairement établi que la France privilégia l’unité administrative de son<em> «département algérien»</em>, annexant de facto des zones de parcours de tribus tunisiennes (comme les Frachich) pour garantir la sécurité des colons en Algérie.&nbsp;Le contentieux majeur portait donc sur une étendue de près de 20 000 km² (soit la superficie d’un pays comme la Slovénie) située au sud.&nbsp;Ce territoire englobe des zones riches comme El Borma, Ouargla et Berkine, piliers de l’actuelle puissance pétro-gazière algérienne.</p>



<p>Quant à la Borne 233, elle demeure le symbole de la spoliation. La France avait juridiquement reconnu son appartenance à la Tunisie, mais a maintenu une ambiguïté pour protéger le triangle stratégique Bir Romane &#8211; Borne 233 &#8211; Fort Saint.&nbsp;</p>



<p>L’accord de 1964, lors de la conférence du Caire, représentait un arrangement entre Habib Bourguiba et Ahmed Ben Bella. Il prévoyait la restitution de ces 20 000 km² à la Tunisie. Après la chute de Ben Bella en 1965, le nouveau pouvoir algérien (Boumediene) a refusé d’honorer cet accord, s’appuyant astucieusement sur le principe de l’OUA concernant <em>«l’intangibilité des frontières héritées du colonialisme»</em> pour sanctuariser ces gains territoriaux.&nbsp;</p>



<p>Ces documents montrent que la cartographie n’était pas un simple relevé géographique, mais un outil de gestion des conflits et d’expansion coloniale, transformant des limites de parcours tribaux en frontières d’État rigides au profit de l’entité la plus <em>«française»</em> du Maghreb à l’époque.&nbsp;</p>



<p>On ne peut que constater que la Tunisie a dû faire face à des tensions territoriales significatives avec ses voisins, principalement liées au legs de l’administration coloniale française qui avait favorisé l’Algérie (considérée comme un prolongement de la métropole) au détriment de la Tunisie.&nbsp;</p>



<p>Finalement, le pouvoir tunisien abandonna ses revendications pour préserver la paix, par des accords successifs : celui de 1970 sur le tracé sud (Bir Romane &#8211; Fort Saint)&nbsp;et celui de 1983 sur le tracé nord (Méditerranée &#8211; Bir Romane).&nbsp;</p>



<p>En dépit de toutes ces péripéties, Tunisiens et Algériens dans leur ensemble partagent des liens profonds et sont pour une coexistence pacifique. Car la proximité n’est pas seulement géographique, elle est humaine. Les familles transfrontalières, les mariages mixtes et l’histoire commune de la lutte pour l’indépendance créent un sentiment d’appartenance commune qui dépasse les discours politiques ou les polémiques de réseaux sociaux.&nbsp;</p>



<p>Les populations des deux pays aspirent avant tout à la paix, au développement économique et à la libre circulation sans arrière-pensées hégémoniques. La coexistence paisible est perçue comme la seule voie viable pour la prospérité régionale dans un monde de plus en plus instable.</p>



<p>Pourtant, ces <em>«fauteurs de troubles»</em> qui cherchent à semer la discorde, bénéficient souvent d’une visibilité disproportionnée sur internet, mais ils ne représentent pas la volonté des millions de Tunisiens et d’Algériens qui cultivent le respect et l’amitié au quotidien. Cette notion grotesque de <em>«grand frère»</em> est souvent perçue comme paternaliste et ne correspond pas aux aspirations des sociétés modernes qui privilégient le partenariat et l’égalité.</p>



<p>Une logique de respect mutuel est essentielle pour plusieurs raisons. Chaque nation a son propre parcours, ses défis et sa souveraineté à protéger. Le respect de ces spécificités est la base de toute relation saine et durable, c’est le meilleur rempart contre les malentendus. En se traitant d’égal à égal, la coopération devient plus efficace. Il ne s’agit pas de <em>«donner des leçons»</em>, mais de partager des solutions. Les termes de supériorité ou les tentatives d’ingérence sont souvent ceux qui alimentent les réactions de rejet. Toute tentative perçue comme hégémonique risque de compromettre les relations en brisant la confiance et en créant un déséquilibre qui génère inévitablement résistance et conflits. Ce qui crée un terrain propice aux blocages de communication, nuisant à la relation sur le long terme.</p>



<p>En somme, la force de la relation entre deux États souverains et ses citoyens réside dans cette capacité à se considérer comme des partenaires stratégiques, sans qu&rsquo;une tutelle morale ou politique ne vienne entacher cette amitié. À bon entendeur, salut&nbsp;!</p>



<p><em>* Ecrivain.</em></p>



<p><strong><em>Notes&nbsp;:</em></strong></p>



<p><em>1- Lucien Febvre, “Frontières : le mot et la notion”, Bulletin du Centre International de Synthèse, XLV, 1928, repris dans Pour une histoire à entière, Paris, 1962, p. 17-18.</em></p>



<p><em>2- Dougga (Thugga). Études épigraphiques<strong> &#8211; </strong>Sous la direction de Mustapha Khanoussi et Louis Maurin, Ausonius Éditions,1997, 278 pages.</em></p>



<p><em>3- Saint Augustin, numide universel, La Vie, 16/04/2026.</em></p>



<p><em>4- Carthage, la Tunisienne (1-2), Nos ancêtres les Massyles, Kapitalis, 5 et 6 juillet 2025.</em></p>



<p><em>5</em>&#8211; <em>Hady-Roger Idris, La Berbérie orientale sous les Zirides, X<sup>ème</sup>-XII<sup>ème</sup> siècle, Paris, 1962, p. 409.</em></p>



<p><em>6- Ibn Khaldûn, Discours sur l’Histoire universelle. Al-Muqaddima, trad. Vincent Monteil, Paris, 1967-8, p. 318.</em></p>



<p><em>7- Voir notamment les réflexions de Laroussi Amri, et sa critique des thèses d’É.-F. Gautier, Pour une sociologie 8 &#8211; des ruptures. La tribu au Maghreb médiéval, Tunis, 1997, p. 189 sqq.</em></p>



<p><em>8- Sur ce rapport entre allégeance et territoire, voir notamment Vincent Geisser, Rapport préliminaire à l’atelier «formes d’allégeances et territorialisation», Villes et territoires au Maghreb, op.cit., p. 115-117.</em></p>



<p><em>9 &#8211; Cf. Dominique Valérian, Bougie, port maghrébin à la fin du Moyen Age, thèse d’université, Université Paris I, décembre 2000.</em></p>



<p><em>10- Tunisie numérique, 18 juillet 2022.</em></p>



<p><em>11 &#8211;</em> <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/07/05/carthage-la-tunisienne-1-2/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Carthage Tunisienne</a>, <em>Kapitalis, 2 nov. 2025.</em></p>



<p><em>12- Ben Salem, Mohamed Mémoire DES de Droit Public : l&rsquo;affaire de la borne 233</em>&#8211;<em>Faculté Droit de Tunis-1971-1972.</em></p>



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		<title>Tunisie &#124; Que faire et par où commencer ?</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 07:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Comment reconstruire la Tunisie, quand ses fondations ont été fragilisées par trente ans de navigation à vue ? </p>
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<p><strong><em>La Tunisie fait face depuis au moins trois décennies à un défi de transformation socioéconomique et culturelle pour répondre aux attentes des Tunisiens. C’est encore la question centrale qui hante les esprits : Comment reconstruire, quand les fondations ont été fragilisées par trente ans de navigation à vue, entre la sclérose autoritaire et le chaos fragmenté de la transition post-2011&nbsp;? Une feuille de route pour sortir de la crise et se relancer… &nbsp;</em></strong></p>



<p><strong>Ridha Ben Slama *</strong></p>



<span id="more-18590989"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg" alt="" class="wp-image-16957652" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Il arrive que nous prenions de la distance, un instant, pour porter un regard sur notre Tunisie. Lorsque les contingences courantes se dissipent, nous distinguons <em>«la forêt plutôt que l’arbre»</em>. La trame de fond réapparait, on perçoit l’âme d’une nation, on discerne qu’elle représente un cas exceptionnel parmi les autres nations et ce à travers une sédimentation humaine et culturelle qui s’est opérée depuis la nuit des temps. Les traditions, les langues et les architectures se superposent. On construit le <em>«nouveau»</em> sur les fondations de l’ancien. Les vagues humaines successives, jointes aux populations premières, apportent leurs propres sédiments (mots, saveurs, coutumes) qui finissent par se solidifier pour former une culture locale unique et foisonnante.</p>



<p>Les influences extérieures ne sont pas simplement juxtaposées, elles fusionnent. C’est le passage de la<em> «coexistence»</em> à la transculturalité. C’est là que s’est forgée cette identité méditerranéenne, complétée ensuite par les différentes strates civilisationnelles.</p>



<p>Aussi bien par sa situation géographique que par sa capacité de résilience, la Tunisie représente un pont entre les continents africain et européen. Quant à la sociologie et l’identité<strong>,</strong> le concept de la <em>«Tunisité»</em> ou <em>«Tunisianité»</em>, synthétise cette capacité unique de brassage humain et d’assimilation qui a créé une société extraordinairement axée sur la réviviscence et l’ouverture. On reprend des savoir-faire ou des philosophies de la vie pour les adapter aux enjeux contemporains. C’est un socle solide qui ne craint pas les vents de l’histoire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une longue tradition de réformisme</h2>



<p>Le réformisme en Tunisie a été une trajectoire rarissime dans sa sphère géographique d’Est en Ouest, marquée par une volonté précoce de concilier authenticité et modernité.</p>



<p>Il y a quelques similitudes avec le tournant historique qu’illustre l’ère Meiji (1868-1912), une période charnière pour le Japon.</p>



<p>Avant même le protectorat colonisateur qui interrompit cet élan, la Tunisie avait lancé des réformes radicales pour moderniser ses institutions.&nbsp;Sous Mohammed Bey, le Pacte Fondamental (1857)garantissait pour la première fois la liberté de culte et l’égalité devant la loi pour tous les citoyens, sans distinction de religion. La Tunisie devient le premier pays du monde dit arabe à se doter d’une constitution (1861), limitant le pouvoir absolu du Bey. Khaireddine Pacha fonda le Collège Sadiki en 1875. Cette institution devient la pépinière d&rsquo;une nouvelle élite, bilingue et ouverte sur les sciences modernes, qui portera plus tard le mouvement national.&nbsp;</p>



<p>Au début XX<sup>e</sup> siècle, les <em>«Jeunes Tunisiens»</em> réclamèrent une réforme profonde du systèmecolonial pour obtenir l’égalité des droits et militèrent pour l’éducation des masses et la modernisation de la justice et de l’administration.</p>



<p>À l’indépendance, le nouvel État indépendant privilégia l’éducation et les droits sociaux (Le Code du statut personnel en 1956, un investissement massif dans l’éducation…).</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le défi de la transformation structurelle  </h2>



<p>Cependant, le pays fait face depuis au moins trois décennies à un défi de transformation socioéconomique et culturelle pour répondre aux attentes des Tunisiens. C’est encore la question centrale qui hante les esprits : Comment reconstruire, quand les fondations ont été fragilisées par trente ans de navigation à vue, entre la sclérose autoritaire et le chaos fragmenté de la transition post-2011&nbsp;?</p>



<p>Pour s’affranchir et se relever de ces <em>«systèmes autodestructeurs»</em>, le pays pourrait actionner trois leviers de résilience.</p>



<p><em>1. Réhabiliter l’État stratège</em> : sortir du court-termisme pour redonner à l’administration son rôle de planificateur. Cela passe par une réforme de la fonction publique et une lutte réelle contre l’économie de rente qui étouffe l’initiative&nbsp;;</p>



<p><em>2. Miser sur le capital humain par un retour aux sources&nbsp;:</em> la seule véritable richesse de la Tunisie a toujours été son intelligence (<em>«matière grise»)</em>. Relancer la dynamique du système éducatif est l’unique moyen de recréer une classe moyenne (décimée) capable de porter un projet de société soudée et ouverte sur les défis du monde&nbsp;;</p>



<p><em>3. Réconcilier l&rsquo;identité et la modernité</em> : cesser les guerres idéologiques stériles qui n’ont provoqué que des occasions manquées. Le réformisme tunisien a toujours réussi quand il a su marier ses racines méditerranéennes et arabo-africaines avec une vision universelle des droits et du progrès&nbsp;;</p>



<p><em>4. Décentraliser l’économie :</em> la Tunisie exige une valorisation des régions pour transformer des zones de tension en pôles de production.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un nouveau contrat social entre État et citoyens</h2>



<p>Bien que la Tunisie possède une capacité de <em>«résilience silencieuse»</em>, celle-ci risque de s’épuiser faute de sursaut salvateur. La boussole ne pourra être retrouvée que si un nouveau contrat social clair est établi entre l’État et les citoyens. Le double blocage crée un effet de ciseau : l’asphyxie financière réduit la marge de manœuvre de l’État, tandis que le mode de gouvernance, caractérisé par une concentration des pouvoirs, peine à générer les réformes structurelles nécessaires. Surtout que le pays navigue dans une zone de haute turbulence financière, marquée par un isolement relatif sur les marchés internationaux. Cela s’est traduit par une croissance anémique<strong>.</strong></p>



<p>L’économie a enregistré une croissance de 2,5 % en 2025 selon l’Institut national de la statistique (INS), mais elle reste insuffisante pour réduire le chômage ou stabiliser durablement le pouvoir d&rsquo;achat. On constate une dépendance au financement intérieur. L’État sollicite massivement les banques locales et la Banque centrale, ce qui risque d’<em>«évincer»</em> le crédit au secteur privé.</p>



<p>Il y a certes une esquisse timide d’amélioration mais elle est fragile,l’agence Fitch Ratings a relevé la note de la Tunisie à «B-» en septembre 2025, saluant une réduction du déficit courant, il convient de le préciser, grâce aux recettes touristiques et aux transferts des Tunisiens à l’étranger.&nbsp;</p>



<p>Le mode de gouvernance centralisé a épuisé ses effets, il soulève des défis quant à l’élaboration d’une vision économique de long terme. Il y a un manque de prévisibilité un climat d’incertitude pour les partenaires bilatéraux et multilatéraux. Les mesures ponctuelles (sauvetage d’entreprises publiques, budgets de salaires en hausse de 3,6 % pour 2026) ne parviennent pas à engager la grande transformation économique espérée, ce sont plutôt les urgences contre le structurel.</p>



<p>Le pays se trouve à la croisée des chemins, avec une reprise qui dépendra de facteurs externes et de la capacité à rétablir une boussole claire.&nbsp;</p>



<p>Les prévisions du FMI anticipent une croissance de 2,1 % pour 2026, signe d’un ralentissement par rapport à 2025. Les défis sont persistants notamment concernant la vulnérabilité aux chocs climatiques (sècheresse) et l’endettement public record (autour de 90 % du PIB) restent des menaces majeures pour la stabilité.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un contrat de confiance entre Etat et société civile</h2>



<p>Face à tous ces défis, un contrat de confiance est vivement sollicité. Sans un consensus minimal avec les corps intermédiaires (syndicats, patronat, société civile), aucune réforme structurelle — aussi techniquement parfaite soit-elle — ne pourra être acceptée ou appliquée sur le terrain. Cela repose sur une communication claire, une fermeté bienveillante et la connexion plutôt que la contrainte. Il est crucial d&rsquo;adopter une posture calme, de donner des consignes positives et précises à la fois.</p>



<p>Pour que ce dialogue ne soit pas une simple formalité, mais le moteur d’une vision d’avenir, il devrait s’articuler autour de trois chantiers prioritaires :</p>



<p><em>1. Un Pacte de productivité et de soutien.</em> Le dialogue social va au-delà de la question des salaires. Il doit devenir un échange : modernisation de l’outil de production et flexibilité contre garanties de protection sociale (santé, transport, chômage). L’idée est de sortir de la logique de confrontation pour entrer dans une logique de co-construction de la valeur.</p>



<p><em>2. La planification économique de «territoires»</em>. Une vision adaptée à tous les niveaux signifie qu’on ne peut plus décider de tout depuis Tunis. Le dialogue doit inclure les forces vives régionales pour identifier les spécialisations par zone (énergies renouvelables au Sud, industries mécaniques au Sahel, agro-technologie au Nord-Ouest). Cela permet de créer des opportunités là où se trouve la jeunesse, freinant ainsi l’exode, l’expatriation et le découragement.</p>



<p><em>3. La réforme de l’école et de la formation</em>. C’est le choix d’avenir par excellence. Le dialogue avec les corps intermédiaires doit impérativement intégrer les acteurs de l’éducation pour aligner, sur 10 ans, les compétences des jeunes avec les besoins de l’économie de demain (numérique, transition écologique). C’est le seul moyen de recréer l’ascenseur social.</p>



<p><em>4. La transparence comme boussole</em>. Pour que tous les niveaux de la société adhèrent, l’État doit jouer la carte de la vérité sur les chiffres de la dette et des finances publiques. Ce n’est qu’à travers cette clarté que les efforts demandés peuvent être compris et que les fruits de la croissance future peuvent être équitablement répartis.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pour un nouveau collectif de la société civile</h2>



<p>La Tunisie a déjà prouvé par le passé qu’elle est capable de générer des solutions par le dialogue. L’émergence d’un nouveau collectif de la société civile, indépendant des clivages partisans et des appareils traditionnels (parfois perçus comme trop rigides ou accrochés à une forme de clientélisme), semble être la clé pour briser l’immobilisme. Pour que ce collectif, réussisse cette<em> «approche chirurgicale»</em>, il devrait s&rsquo;appuyer sur trois piliers de crédibilité :</p>



<p><em>1. Une expertise de «terrain» et technocratique entrecroisées</em>. Contrairement aux think-tanks classiques, ce collectif doit réunir des praticiens de l’économie (entrepreneurs, agriculteurs, ingénieurs), des universitaires et des acteurs associatifs régionaux. Cette mixité permet de proposer des solutions qui ne sont pas seulement théoriques, mais applicables immédiatement au niveau local.</p>



<p><em>2. Une méthode : le «diagnostic partagé»</em>. La paralysie vient souvent du fait que chaque acteur a sa propre version de la situation. Le collectif doit imposer un audit de vérité sur les comptes de l’État et des entreprises publiques. Une fois les chiffres acceptés par tous, la marge de discussion sur les <em>«sacrifices»</em> et les <em>«investissements»</em> devient rationnelle et non plus émotionnelle ou idéologique.</p>



<p>3<em>. Le collectif pourrait structurer son action autour des axes d’une «sortie planifiée»</em>, et permettrait de porter une vision d’avenir&nbsp;: sécurité alimentaire et énergétique par une transition verte massive (solaire, hydraulique), créatrice d’emplois locaux, suppression des rentes de situation par la digitalisation radicale de l’administration, libérant ainsi l’initiative privée des jeunes, transformation des subventions universelles (souvent inefficaces) en aides directes ciblées sur les familles les plus précaires, tout en finançant un plan d’urgence pour l&rsquo;école publique.</p>



<p>Le principal obstacle pour un tel collectif reste sa tolérance par la bureaucratie en place et sa capacité à ne pas être récupéré politiquement.</p>



<p>En Tunisie, la force de la société civile a toujours été sa capacité à s’unir dans les moments de péril imminent. C’est une approche à la fois stratégique et rationaliste. En se positionnant comme un mécanisme de proposition consultative, ce collectif ne cherche pas de conflit frontal, mais utilise la puissance de l’expertise et de l’adhésion citoyenne pour rendre ses solutions incontournables et admises.</p>



<p>Pour <em>«prescrire»</em> ce nouveau contrat social sans passer par la contrainte politique classique, le collectif doit transformer la réflexion technique en une exigence citoyenne.</p>



<p>Trois leviers pourraient être actionnés pour réussir ce pari :</p>



<p><em>1. La légitimité de l’évidence</em> : en produisant des études chiffrées, sourcées et sans idéologie, le collectif place les décideurs devant leurs responsabilités. Quand une solution est techniquement imparable et socialement juste, ne pas l’appliquer se traduit par un coût politique majeur.</p>



<p><em>2. La pédagogie de masse</em> : ce nouveau contrat social ne doit pas rester dans les lieux fermés. Il doit être communiqué. Si le citoyen comprend qu’une réforme (même difficile) garantit l’avenir de ses enfants ou la baisse de l’inflation à moyen terme, il devient le premier défenseur du collectif.</p>



<p><em>3. Le rôle de «médiateur» </em>: ce collectif peut servir de passerelle. Il offrirait une porte de sortie honorable à toutes les parties, basée sur l’intérêt national plutôt que sur les intérêts corporatistes.</p>



<p>Cette démarche permettrait de briser le <em>«centralisme bureaucratique»</em> qui a démontré son échec en Tunisie. Un <em>«Livre Blanc»</em> serait publié, il ne consiste pas seulement à aligner des statistiques, mais à réaliser un électrochoc de vérité. En dissipant le brouillard des chiffres, souvent perçus comme opaques ou embellis, le collectif installe d’emblée sa crédibilité scientifique et son indépendance. Ce document devrait être le miroir sans complaisance de la Tunisie, structuré autour de la vérité financière, en dressant l’inventaire réel de la dette publique, de la situation des entreprises étatiques et des réserves de change. C’est le préalable pour que chaque Tunisien comprenne l&rsquo;urgence des réformes.</p>



<p>Concernant la vérité sociale, il s’agirait de mesurer le coût réel de la vie, l’état de dégradation des services publics (santé, transport, école) et le niveau de précarité des classes moyennes, souvent les grandes oubliées des statistiques.</p>



<p>La vérité du potentiel gâché devrait être chiffré, ce que l’économie perd chaque année à cause de la corruption, de la bureaucratie et de l’économie informelle. Cela permettrait de transformer la frustration en une volonté de changement productif.</p>



<p>Le <em>«Livre Blanc»</em> serait ensuite soumis à l’épreuve du terrain. Ces assises ne sont pas des réunions de doléances, mais des ateliers de solutions locales par l’identification des verrous (pourquoi tel projet agricole à tel endroit ou telle usine sont bloqués ?), la valorisation des spécificités, en transformant chaque région en un pôle de compétitivité (tourisme médical, énergies propres, artisanat d’exportation…), faire des acteurs locaux (agriculteurs, diplômés chômeurs, entrepreneurs) des co-auteurs du projet.</p>



<p>L’intégrité et l’absence d’ambition politique de ce noyau d’experts garantiraient que le diagnostic sera reçu comme une <em>«vérité sur l’état des lieux»</em> et non comme une opinion partisane.</p>



<p>La force de cette équipe (économistes, sociologues, statisticiens) résiderait dans l’impartialité des données, en utilisant des méthodologies internationales incontestables, ils ôtent tout argument de manipulation. Le statisticien apporte la rigueur, l’économiste la viabilité, et le sociologue l’acceptabilité humaine. C’est cette synthèse qui manque cruellement. Leur réputation d’experts désintéressés protège le collectif contre les tentatives de décrédibilisation. La clause d’inéligibilité volontaire (par exemple sur une période de 5 à 10 ans) est l’acte qui sépare l’expertise de l’attentisme.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le maillon nécessaire des expatriés</h2>



<p>L’inclusion des expatriés est le maillon nécessaire pour parfaire cette <em>«synthèse tunisienne»</em>. Ces experts expatriés sont souvent les gardiens des standards de performance mondiaux et possèdent un recul critique que le quotidien tunisien peut parfois embrumer. Leur intégration dans ce noyau dur apporte des avantages stratégiques, dont le transfert de <em>«best practices»</em>. Qu’il s&rsquo;agisse de gestion de la dette, de transition énergétique ou de réforme de la santé, ils ont vu ce qui fonctionne ailleurs. Ils peuvent adapter ces modèles aux spécificités locales pour éviter à la Tunisie de <em>«réinventer la roue»</em> avec des méthodes obsolètes.</p>



<p>Ces figures occupent souvent des postes clés dans de grandes institutions internationales ou des centres de recherche. Leur présence au sein du collectif rassure les marchés et facilite l’accès à des expertises de pointe souvent inaccessibles. Vivant à l’extérieur des circuits de pouvoir locaux, ils renforcent la garantie d’indépendance du groupe. Ils n’ont aucun lien d’intérêt avec l’administration ou les lobbys de rente tunisiens.</p>



<p>L’enjeu serait de créer une osmose, les experts résidents apporteraient la connaissance viscérale du terrain et de l’administration, tandis que les experts tunisiens exerçant à l’étranger injecteraient l’exigence et la rigueur des normes internationales. Ensemble, ils formeraient une équipe capable de rédiger un Livre Blanc d’une crédibilité mondiale. L’objectif serait de créer un processus <em>«ascendant»</em> où la légitimité naîtrait de la compétence reconnue et non d’une nomination administrative.</p>



<p>En commençant par le social, le collectif toucherait au quotidien des Tunisiens tout en posant les bases d&rsquo;une réforme financière rigoureuse.</p>



<p>Le calcul du coût de l’inaction d’ici 2030 serait utile, il agirait comme un électrochoc rationnel qui transforme l’apathie en urgence nationale. Il y a une réalité comptable immuable&nbsp;: réformer coûte cher, mais ne rien faire coûte infiniment plus. Ce chapitre du Livre Blanc devrait chiffrer le coût de&nbsp;:</p>



<p><em>&#8211; la «Génération Perdue» (Éducation)</em><strong> :</strong> calculer la perte de PIB sur 10 ans due au décrochage scolaire et à l’inadéquation des diplômes. Si 100 000 jeunes quittent l’école chaque année sans qualification, quel est le manque à gagner en productivité et le coût en sécurité sociale/chômage en 2030 ?;</p>



<p><em>&#8211; l’hémorragie du capital santé :</em> chiffrer le coût pour l’État de le départ massif à l’étranger des médecins et des cadres de santé (investissement de formation perdu au profit de l’étranger) combiné à la dégradation des hôpitaux. Quel sera le prix à payer pour importer des soins ou gérer des crises sanitaires avec un système exsangue dans 5 ans ?;</p>



<p><em>&#8211; l’impact sur la souveraineté financière</em>&nbsp;: démontrer que sans réforme profonde du service public, la part du budget dévorée par les <em>«pansements»</em> (subventions inefficaces, gestion de l’urgence) rendra le pays totalement dépendant de l’aide extérieure pour sa simple survie quotidienne d’ici 2030.</p>



<p>Cette approche est dépourvue de toute prétention, elle tente simplement de favoriser un échange authentique et serein, permettant une communication honnête et constructive. C’est exactement ce qui permet de passer d’un débat en sourdine à une véritable intelligence collective. En retirant l’enjeu du <em>«qui a raison»</em>, on libère de l’espace pour que les idées se libèrent.</p>



<p><em>* Essayiste et écrivain. &nbsp;</em></p>
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		<title>Chronique d’un monde en perte d’humanité</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Feb 2026 08:26:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[droit international]]></category>
		<category><![CDATA[écocide]]></category>
		<category><![CDATA[Gaza]]></category>
		<category><![CDATA[génocide]]></category>
		<category><![CDATA[Nations unies]]></category>
		<category><![CDATA[Ridha Ben Slama]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Nous constatons aujourd'hui une recrudescence dans la perte des qualités essentielles qui définissent l’humanité. </p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Lorsqu’on porte la réflexion sur notre époque, on ne peut que constater une recrudescence dans la perte des qualités essentielles qui définissent l’humanité. Il y a en effet un écroulement des stratégies d’inhibition des pulsions par l’éducation et l’humanisme. Et quand le masque tombe, on découvre que l’homme est un loup pour l’homme, pour emprunter la célèbre phrase de Thomas Hobbes, mais avec une technologie de destruction massive</em></strong>.</p>



<p><strong>Ridha Ben Slama</strong> *</p>



<span id="more-18348105"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg" alt="" class="wp-image-16957652" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>La <em>«perte de l’humain»,</em> à travers les guerres, les catastrophes et les manipulations diverses répandues, a mené à une rupture avec la normalité et à une remise en question de la nature humaine.</p>



<p>Le génocide de Gaza, les conflits armés au Soudan, au Yémen, en Ukraine, en Birmanie (Myanmar)… témoignent de l’horreur et de la déshumanisation qui marquent la mémoire collective. Le <em>«mal du siècle»</em> est souvent lié aux intérêts financiers, à l’armement de plus en plus sophistiqué et dévastateur&nbsp;; il reflète aussi une aversion de la vie, une forme de perte d’essence humaine face au monde dit <em>«moderne»</em>.&nbsp;</p>



<p>Même la technologie, censée être un élément de progrès, risque de devenir un facteur potentiel de <em>«perte de l’humain»</em> en raison de l’utilisation excessive des smartphones, des réseaux sociaux et des jeux en ligne qui entrainent une dépendance, altèrent la communication naturelle et affectent les relations interpersonnelles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Technologie et perte de l’humain</h2>



<p>L’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur le chômage, à titre d’exemple, est une réalité en pleine accélération. Les données récentes confirment des vagues de licenciements ciblées et une transformation structurelle profonde du marché du travail.</p>



<p>La progression de l’automatisation et de l’IA soulève des questions sur la place de l’humain dans le marché du travail et la société, et sur la nécessité de trouver un équilibre pour que ces outils aident l’humain sans le remplacer.&nbsp;Aucun progrès technologique (IA, biotechnologies) ne devrait être imposé sans un débat démocratique sur son utilité sociale et son impact humain, ce n’est pas une fatalité subie. L’abus démesuré et dévié de technologie risque aussi de saturer la cognition par un excès d’informations comme par la désinformation, impactant potentiellement l’attention, le raisonnement et la mémorisation.</p>



<p>La société dite <em>«moderne»</em> façonne de plus en plus nos comportements à travers des normes et ses attentes, mais elle contribue aussi à la <em>«perte de l’humain»</em> lorsque les structures sociales s’opposent à la nature et créent des tensions entre les exigences sociales et l’essence naturelle de l’être humain. Dans un monde complexe, l’indifférence envahissante face aux enjeux éthiques et politiques entraine à une chute de l’humain vers la bestialité.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Erosion du droit et impunité</h2>



<p>Le constat de l’érosion du droit international et de l’impunité croissante des dirigeants reflète la crise profonde de l’ordre mondial actuel, souvent décrite comme une amplification dans le recours à la <em>«loi du plus fort»</em>.</p>



<p>Les mécanismes de justice internationale, bien qu&rsquo;essentiels, font face à une hostilité accrue de la part des États dominants et de leurs apparentés. Les leçons du passé sont oubliées. Le droit international est fréquemment bafoué lors de conflits armés, entrainant des bilans humains tragiques. La crise de la Cour Pénale Internationale (CPI) en est une illustration. Bien que la CPI ait franchi des étapes historiques en émettant des mandats d’arrêt contre des dirigeants en exercice (comme Benjamin Netanyahou en 2024), son efficacité dépend largement de la coopération des États. Elle est souvent critiquée pour une application perçue comme <em>«à géométrie variable»</em>, ménageant parfois les puissances.</p>



<p>Finalement, on peut dire sans exagérer que <em>«les masques sont tombés»</em> au cours des premières décennies de ce siècle. Cette expression résonne aujourd’hui avec une amertume particulière. Elle marque la fin des faux-semblants diplomatiques et l’entrée dans une ère de réalisme brutal et infernal. Quand les institutions internationales sont paralysées et que les discours sur les <em>«droits de l’homme»</em> ne correspondent plus aux actions sur le terrain, on assiste à plusieurs ruptures majeures. La fin de l’hypocrisie civilisationnelle s’impose désormais à notre esprit.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Double standard et indignation sélective</h2>



<p>Après la seconde guerre mondiale, l’ordre international s’était appuyé, approximativement, sur un langage universel de paix et de droit. Aujourd’hui, le masque des <em>«droits de l’Homme»</em> ou de la <em>«défense de la démocratie»</em> tombe pour révéler le double standard, l’indignation sélective selon l’identité des victimes ou des agresseurs. Le pur rapport de force commande à travers la reconnaissance que, pour certaines puissances, le droit n’est qu’un outil rhétorique qu’on utilise contre ses ennemis et qu’on ignore pour soi-même.</p>



<p>Ce véritable retour à l’état de nature révèle une forme de <em>déshumanisation décomplexée</em>. Les dirigeants ne cherchent même plus à nier les crimes ou à s’excuser, ils les justifient par la <em>«nécessité sécuritaire»</em> ou la <em>«survie nationale»</em>. L’impunité devient une stratégie de communication : montrer qu’on peut enfreindre la loi internationale sans conséquences est une démonstration de puissance. La contamination a touché les systèmes politiques nationaux avec le brutal envahissement du populisme, des autoritarismes, des dictatures…</p>



<p>On a longtemps cru que le commerce mondial et les traités techniques suffiraient à <em>«civiliser»</em> les rapports entre États. Le voile de la raison économique s’est défait face au retour des idéologies radicales, de la vengeance et du mépris de la vie humaine. Cette situation crée un sentiment de vertige, celui de vivre dans un monde où les garde-fous n’étaient pas plus que du papier. La question qui se pose alors est de savoir ce qui reste. Est-ce le chaos total, ou la possibilité de reconstruire quelque chose de vrai, d’humain, débarrassé des truquages ?</p>



<p>Pour sortir de la logique du <em>«gain par tous les moyens»</em> et restaurer une dignité humaine bafouée, il ne suffit plus d’ajuster le système international, il faut en réviser les axiomes fondamentaux. Cette refondation repose sur trois piliers : la primauté du vivant sur le profit, une démocratie reconstituée et une éthique de la responsabilité globale. Il s’agit d’une révision systémique basée sur des principes humanistes en inversant la hiérarchie des normes : le vivant avant le chiffre. </p>



<p>Le monde actuel est régi en principe par le <em>«droit commercial»</em> et surtout par la finance. Nous sommes passés d’une économie de production à une économie de marchés financiers, où la valeur d’une entreprise dépend souvent plus de ses algorithmes et de sa capitalisation boursière que de sa main-d’œuvre réelle. Une révision humaniste placerait la dignité humaine et la préservation de la biosphère au-dessus de la liberté débridée dans les échanges commerciaux au profit de plus puissants. </p>



<p>Il est vital de réhabiliter le concept d’économie sociale et solidaire à l’échelle globale. Le succès d’un État ou d’une entreprise ne devrait plus être mesuré par le PIB ou le bénéfice, mais par des indicateurs de bien-être, de santé mentale et d’empreinte écologique. Il conviendrait de déclarer l’eau, l’air, la santé et l’éducation comme <em>«biens communs de l’humanité»</em>, les rendant inaccessibles à la spéculation et au profit privé.</p>



<p>La démocratie représentative actuelle est en pleine crise, car elle est souvent captée par des lobbies économiques et par une manipulation corruptive des élections vidées de leurs principes. La remettre à niveau nécessite un droit de regard sur la nature du progrès, Concernant les dirigeants, il est impératif de créer une réelle responsabilité pénale et politique pour ceux d’entre eux dont les choix bafouent délibérément les droits fondamentaux ou l’avenir des générations futures.</p>



<p>Pour que les masques ne tombent pas sur un vide juridique, le droit international doit évoluer en réformant le Conseil de Sécurité de l’Onu, en supprimant le droit de veto en cas de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité. Aucun État ne devrait être juge et partie. Aussi, faudrait-il renforcer la compétence universelle des tribunaux pour que les crimes financiers et environnementaux majeurs (écocides) soient poursuivis avec la même rigueur que les génocides et les crimes de guerre.</p>



<p>L’éducation des jeunes générations doit servir comme <em>«Éveil à l&rsquo;Altérité»</em>, une remise à niveau qui doit être culturelle avant d’être législative. Le système éducatif actuel forme des <em>«producteurs»</em>, hypothétiquement performants. Une réforme appropriée éduquerait des <em>«citoyens»</em> capables de pensée critique, d&#8217;empathie et de coopération. La philosophie et l’éthique seraient enseignées dès le plus jeune âge comme des outils de navigation essentiels, pour que la science sans conscience ne soit plus la norme.</p>



<p>Dans un monde lancé à toute vitesse vers l’inconnu, la sagesse consiste à savoir faire escale. Marquer un temps d’arrêt. Le gain par tous les moyens a créé un monde riche en objets mais pauvre en sens. Une approche réfléchie et apaisée propose de choisir la tempérance et le respect non comme des contraintes, mais comme les conditions de notre survie.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pour une économie de la mesure</h2>



<p>Pourquoi ne pas établir une Charte des Principes pour une Gouvernance Humaniste et Durable à travers la primauté de la Dignité sur la Rentabilité&nbsp;? Aucune décision économique ou politique ne peut être justifiée si elle entraine la déshumanisation d’un individu ou d’un groupe (esclavage moderne, conditions de travail dégradantes, sacrifice de populations au nom de la croissance). L’accès aux besoins fondamentaux (eau, nourriture, logement, santé) est un droit inaliénable qui doit être garanti hors des lois du marché. Le PIB serait remplacé par des indicateurs mesurant le niveau de santé mentale, l’accès à la culture, la qualité du lien social et la régénération de la biodiversité comme Indicateurs de Progrès Humain.</p>



<p>Il s’agit, par ailleurs, de concevoir une Démocratie de la Conscience et de la Transparence, pour tout grand projet technologique ou industriel, une <em>«Convention Citoyenne»</em> disposant d’un droit de blocage ou de refus si l’impact humain ou environnemental est jugé irréversible. Tout outil d’intelligence artificielle ou algorithme influençant l’opinion publique ou les choix de vie devrait être auditable, neutre et soumis au contrôle éthique citoyen.</p>



<p>Il est primordial de réfléchir ensemble à l’établissement d’une économie de la mesure et de la transmission, plafonnant l’accumulation, par la mise en place d’un écart maximal de revenus au sein d’une même organisation afin de restaurer le sentiment de destin commun. La spéculation financière à haute fréquence serait remplacée par un soutien massif aux investissements de <em>«transmission»</em> (éducation, infrastructures durables, recherche fondamentale non-orientée). Le droit international doit s’appliquer de manière universelle. Aucun État, quelle que soit sa puissance militaire ou financière, ne peut s’extraire des traités de protection des droits humains.</p>



<p>La création d’une instance juridique en tant que tribunal de l’Écocide et des Crimes Économiques pouvant juger les entités (États ou multinationales) dont les activités détruisent les conditions de vie sur terre, ainsi que le bannissement strict de toute technologie de guerre capable de donner la mort.</p>



<p>La mise en œuvre de cet éventail d’options permettrait d’opérer le passage de la conception à la pratique, ce qui nécessite une <em>«bascule de la légitimité»</em>. Cela signifie que les citoyens devront cesser de reconnaitre comme légitimes les entités qui violent ces normes.</p>



<p>Souvent, ce que les cyniques qualifient d’ingénuité ou de candeur est en réalité de la lucidité : choisir de croire en une possibilité meilleure, c’est refuser de laisser les chiffres et la fatalité dicter l’horizon. C’est un acte de résistance.</p>



<p>* <em>Ecrivain. </em></p>
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		<title>Histoire &#124; Bahi Ladgham et «l’affaire Lehmann»</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/02/04/histoire-bahi-ladgham-et-laffaire-lehmann/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Feb 2026 09:08:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Ahmed Ben Salah]]></category>
		<category><![CDATA[Bahi Ladgham]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Hedi Nouira]]></category>
		<category><![CDATA[Ridha Ben Slama]]></category>
		<category><![CDATA[Robert Lehmann]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retour sur l’«affaire Lehmann» qui a été instrumentalisée pour justifier le limogeage de l'ancien Premier ministre Bahi Ladgham. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/02/04/histoire-bahi-ladgham-et-laffaire-lehmann/">Histoire | Bahi Ladgham et «l’affaire Lehmann»</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>L’«affaire Lehmann» s’inscrit dans la période de transition marquant la mise en échec de l’expérience des coopératives, soutenue par Habib Bourguiba et appliquée par Ahmed Ben Salah. Ce revirement avait mené à la restructuration du gouvernement et à la nomination de Bahi Ladgham comme Premier ministre en novembre 1969, avant qu’il ne soit lui-même écarté au profit de Hédi Nouira en novembre 1970. Il n’existe pas trace documentée d’une «affaire Lehmann» (parfois orthographiée Robert Lehman) dans les archives académiques ou historiographiques classiques. Pourtant, cette affaire fait référence à un scandale financier et politique majeur en Tunisie à la fin des années 1960.</em></strong> <em>(Ph. Bourguiba et le gouvernement Ladgham, à droite du président).</em> </p>



<p><strong>Ridha Ben Slama</strong></p>



<span id="more-18321188"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg" alt="" class="wp-image-16957652" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Il s’agit d’un homme d’affaires de nationalité étrangère, influent dans les milieux financiers tunisiens de l’époque. Il était lié à des projets de développement industriel et touristique, accusé de malversations financières, de corruption et de transferts illicites de devises. L’affaire est restée dans les mémoires comme l’un des premiers grands scandales de <em>«corruption»</em> ou de<em> «copinage»</em>, servant de levier politique dans les luttes de succession internes.</p>



<p>Selon une source ayant participé à l’enquête sur cette affaire, le traitement de Robert Lehmann a été marqué par une sévérité judiciaire et politique. D’après un ancien haut fonctionnaire qui détient des informations précises et qui préfère garder l’anonymat, Lehmann a été arrêté et incarcéré en Tunisie. Les autorités l’avaient accusé de graves malversations financières, notamment de fraude fiscale, de transferts illégaux de devises vers l’étranger et de corruption de fonctionnaires.</p>



<p>Son procès a été utilisé par le pouvoir pour montrer une volonté de <em>«nettoyage»</em> après l’échec de la politique coopérativiste de Ben Salah.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un homme d’affaires véreux</h2>



<p>Lehmann a été présenté comme un homme d’affaires véreux ayant profité de ses entrées au sommet de l’État. Il a été lourdement condamné à une peine de prison ferme et à des amendes considérables. Les biens qu’il possédait en Tunisie ont été saisis. Après avoir purgé une partie de sa peine, il a été expulsé ou autorisé à quitter le pays, mettant fin à sa présence dans les affaires tunisiennes.</p>



<p>C’était donc un dossier financier et politique sensible qui éclaire la fin du passage de Ladgham à la tête du gouvernement et les tensions internes du régime.</p>



<p>Ladgham est nommé Premier ministre du 7 novembre 1969, poste qu’il n’occupa que jusqu’à novembre 1970, après avoir été un chef du gouvernement de facto pour Bourguiba. Il a été critiqué dans le temps pour son manque de vigilance face aux activités de l’homme d’affaires Lehmann. Après une réunion houleuse avec Bourguiba, il présenta sa démission ainsi que celle de son gouvernement le 26 juillet 1970. Bourguiba la refusa et lui demanda de rester à son poste, pour permettre à son successeur Nouira de prendre la relève, qui survint le 2 novembre 1970.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ostracisation médiatique et politique</h2>



<p>Ladgham jouissait à l’époque d’une certaine popularité, confirmée ensuite lors du congrès de Monastir (11-15 octobre 1971) où il obtint le plus grand nombre de voix. Cette renommée a été perçue, par Bourguiba et son épouse Wassila, comme une menace, conduisant par la suite à son ostracisation médiatique et politique. Bourguiba l’avait progressivement éloigné des affaires intérieures en le chargeant de missions diplomatiques.</p>



<p>Ce n’est que dix ans plus tard que Ladgham se réconcilia avec Bourguiba grâce à l’entremise de Mohamed Mzali. La brouille entre les deux hommes avait duré jusqu’à juin 1981 où Mzali avait joué un rôle pour les concilier. À cette occasion, Bourguiba évoqua les fameux vers de Samawaal (poète ayant vécu pendant la Jahilya, la période antéislamique)&nbsp;:&nbsp;<em>«Si l’honneur d’un homme n’a pas été souillé par la vilénie, tout habit qu’il portera ne sera que magnifique»</em>. Cette allusion a permis aux deux anciens amis de se réconcilier.</p>



<p><strong>إِذا المَرءُ لَم يُدنَس مِنَ اللُؤمِ عِرضُهُ</strong><strong></strong></p>



<p><strong>فَكُلُّ رِداءٍ يَرتَديهِ جَميلُ</strong><strong></strong></p>



<p>L’intérêt de revenir sur cet épisode de l’histoire est de déceler finalement le motif réel, l’étincelle à l’origine de la disgrâce de Ladgham. Le public l’ignore encore et se posait à l’époque des questions au sujet des raisons justifiant cette destitution si précipitée. C’est un exercice salutaire pour mieux appréhender la raison occultée, qui avait été instrumentalisée par les rivaux politiques de Ladgham, motivant sa destitution inattendue par Bourguiba, alors qu’il achevait à peine une année en tant que Premier ministre.</p>



<p>Dans ses mémoires <sup>1</sup>, Ladgham évoque la période 1969-1970, le contexte financier difficile et les pressions internes, en admettant des choix risqués. L’expression <em>«affaire Lehmann»</em> n’apparait en aucun cas dans son livre, c’est ce qui intrigue le plus. Il aurait pu l’évoquer et fournir tout au moins sa version. Le fait de l’omettre suscite des interrogations.</p>



<p>Il faut noter que l’affaire Lehmann n’est pas un titre très médiatisé avec ce mot-clé exact dans les archives publiques. En revanche, les périodes de débat politique entourant Ladgham dans les journaux de l’époque couvrent très probablement les mêmes questions de financements et critiques politiques que cette affaire représente historiquement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Menées politiques sur fond de crise financière</h2>



<p>La version sous-jacente de Ladgham donne une lecture défensive à propos des initiatives dictées par l’urgence économique, dans un contexte de crise profonde de liquidités après l’échec de la coopérativisation, et de méfiance des institutions financières classiques envers la Tunisie. Pour lui, la responsabilité est collective (État, Banque centrale, entourage présidentiel). Il minimise les aspects techniques (opacité, commissions, imprudence financière) et insiste surtout sur les menées politiques&nbsp;: <em>«Je vais ici parler de la période que je considère personnellement comme cruciale, à savoir l’année 1969/1970– l’année irritante. Elle fut déplaisante car les valeurs sur lesquelles l’État avait fondé sa politique, et que le peuple tunisien considérait comme les composantes essentielles de sa vie politique et le repère de ses espoirs, avaient changé. Il apparaissait aux citoyens, comme au monde entier, que les politiques de développement menées par le gouvernement tunisien avaient échoué»</em> <sup>2</sup>.</p>



<p>La lecture politique de l’éviction de Ladgham peut être interprétée comme une utilisation de l’affaire Lehmann en tant que prétexte, instrumentalisée par des courants favorables à un virage libéral plus net, incarnés par Nouira.</p>



<p>Au-delà du volet judiciaire, Lehmann a été traité comme un <em>«bouc émissaire»</em> politique. Son cas avait servi d’outil pour discréditer Ladgham (son protecteur présumé), en suggérant que ce dernier avait couvert des activités illicites. Les éléments documentés suggèrent qu’en tant que secrétaire d’État à la Présidence, Ladgham avait une supervision sur les secteurs dans lesquels Lehmann était actif (banque, industrie). Cette position a pu créer une perception de lien étroit entre les deux hommes.</p>



<p>La version de Nouira (discours publics, pratiques gouvernementales, récits indirects) est une lecture technocratique et normative, il ne cite pas cette affaire, mais en tire parti pour dénoncer des dérives du bricolage financier, illustration de la nécessité d’une orthodoxie financière stricte. L’affaire devient un cas d’école négatif, elle incarne les méthodes aventureuses de la transition post-Ben Salah, la Tunisie doit désormais passer par le FMI, la Banque mondiale, restaurer la crédibilité monétaire, bannir les intermédiaires privés douteux.</p>



<p>Nouira évite d’accuser frontalement Ladgham, mais laisse entendre une incompétence technique grave, ce qui justifie un changement d’équipe et de doctrine. Il ne questionne pas la contrainte structurelle (dépendance financière) qui rendait ces montages tentants.</p>



<h2 class="wp-block-heading">De l’héritage socialisant au tournant libéral</h2>



<p>Les observateurs avisés tendent à voir l’affaire Lehmann comme un symptôme, non une cause de la crise de l’État développemental tunisien à la fin des années 1960. Lehmann n’est ni un accident, ni un simple scandale, mais le produit d’un État en quête de financement rapide dans un contexte de dépendance externe. D’ailleurs, la plupart des travaux récents écartent l’hypothèse d’une corruption personnelle, parlent plutôt d’imprudence, de faiblesse institutionnelle, d’absence de garde-fous juridiques. Ladgham apparaît comme un homme de transition, coincé entre l’héritage socialisant et le tournant libéral et l’affaire Lehmann sert aussi à légitimer à posteriori ce virage, jouant un rôle de détonateur, sinon de cause directe, dans la chute de Ladgham.</p>



<p>On peut aller plus loin que la version <em>«responsabilité politique abstraite»</em> sans tomber dans l’accusation gratuite, à condition de distinguer les niveaux d’implication. Ladgham n’est pas un simple spectateur. Contrairement à l’image longtemps diffusée, il suivait personnellement les dossiers financiers stratégiques après 1969. L’affaire Lehmann n’était pas un dossier technique de second rang, elle touchait à la recherche de financements d’urgence, donc au cœur de l’action gouvernementale. Il est hautement improbable que des engagements financiers de ce type aient été pris sans son aval explicite, même si l’exécution a été déléguée. Il aurait accepté des circuits non orthodoxes en connaissance de cause. Plusieurs témoignages ultérieurs (administration, diplomatie) suggèrent qu’il court-circuite parfois les ministères techniques, qu’il favorise un cercle restreint de décideurs, réduisant les garde-fous.</p>



<p>La position la plus mesurée est que Ladgham, en tant que chef de gouvernement, avait accepté des montages risqués, mal encadrés, dans un contexte de crise, et en avait sous-estimé les conséquences. Aux historiens de défricher les circonstances de cette affaire et de clarifier ses tenants et ses aboutissants. Le recoupement des témoignages et l’examen des preuves matérielles est sollicité pour sortir des passions partisanes et établir une chronologie froide et factuelle des évènements.</p>



<p><em>* Ecrivain.</em></p>



<p><strong><em>Notes : </em></strong></p>



<p>1-  نوفمبر 2019 &#8211; éditions Nirvana &#8211; الزعامة الهادئة &#8211; ذكريات وشهادات وخواطر » &#8211; « </p>



<p>2- Page 525.</p>
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		<title>Carthage, la «Tunisienne» &#124; Nos ancêtres les Massyles (2-2)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 06 Jul 2025 09:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dougga, au nord-ouest de l'actuelle Tunisie chef-lieu de la grande circonscription punique de la Tusca, qui englobait une cinquantaine de cités.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Souvent, les historiens de l’antiquité, aussi bien latins que grecs, ne faisaient allusion aux royaumes limitrophes à la grande cité qu’incidemment, lorsqu’ils étaient associés pour soutenir Carthage dans ses conflits contre Rome. Le meilleur exemple est celui du royaume Massyle qui bordait le territoire de Carthage et entretenait des relations étroites à tous les niveaux.</em></strong><em> (Ph. Dougga, au nord-ouest de l&rsquo;actuelle Tunisie fut le chef-lieu de la grande circonscription punique de la Tusca, qui englobait une cinquantaine de cités)</em>.</p>



<p><strong>Ridha Ben Slama</strong> *</p>



<span id="more-16958003"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg" alt="" class="wp-image-16957652" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Ce royaume est mentionné par Hésianax, dès l’époque de la première guerre punique<sup>(1)</sup>. Son existence aurait débuté avec Zelalsen puisqu’à la fin du II<sup>e</sup> siècle Av. J.-C., son roi, Gaia, fils de Zelalsen et père de Massinissa, est déjà l’héritier d&rsquo;une dynastie, sinon son descendant direct<sup>(2)</sup>. L’apparition du royaume au IV<sup>e</sup>&nbsp;siècle&nbsp;av. J.-C. comme une entité stable et établie, avec l’émergence d’une dynastie régnant sur des territoires qui s’étendent de Thugga (Dougga) à l’Ampsaga (Oued Rhumel) est confirmée. Cependant, il va décroitre progressivement durant le règne de Gaïa.</p>



<p>En effet, à partir de 240 av. J.-C., Carthage procède à une occupation progressive de la sphère Massyle.</p>



<p>Cependant, on est bien obligé de constater une connaissance encore rudimentaire et insuffisante de la géographie historique des confins de Carthage, traduite d’ailleurs par l’absence, jusqu’ici, d’un véritable travail monographique et détaillé sur le sujet.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le rôle de Dougga dans l’antiquité carthaginoise ?</h2>



<p>Ce qui est par contre prouvé, c’est que <em>«Thugga était déjà, à la fin du IV<sup>e</sup> siècle avant J.-C., au dire de Diodore de Sicile, “d’une belle grandeur”»</em>. Cité importante, ce qui a amené certains historiens à l’identifier comme la première capitale du royaume Massyle et le foyer originel de la dynastie. Selon d’autres, elle serait même le chef-lieu de la grande circonscription punique de la Tusca, qui englobait une cinquantaine de cités comme l’affirme Appien. Ce rôle de premier plan, qu’elle semble avoir joué dans l’histoire de la région, a livré les plus anciennes inscriptions libyques datées&nbsp;: <em>«C’est le seul site où se trouve attestée l’utilisation de l’épigraphie libyque pour des inscriptions publiques. Le plus connu de ses vestiges est le célèbre mausolée dit d’Atban, monument, datable de la 2<sup>e</sup> moitié du II<sup>e</sup> siècle avant J.-C. Promue au rang de résidence royale sous Massinissa et ses successeurs, elle devint l’une des villes principales du royaume numide&#8230;»</em><sup>(3)</sup>. Le célèbre mausolée dit d’Atban situé à la lisière sud du site était vraisemblablement un cénotaphe dédié au roi Massinissa<sup>(4)</sup>.</p>



<p>La chronologie du royaume Massyle et de sa dynastie commencerait donc avec Zelalsen, le père de Gaïa. Cependant, les données archéologiques pourraient faire remonter l’hypothèse de l’émergence du royaume des Massyles au IV<sup>e</sup>&nbsp;siècle&nbsp;av. J.-C. Le roi Aylimas est mentionné comme régnant en 310 av. J.-C. sur le territoire directement voisin de Carthage dans le récit de Diodore. Par ailleurs, un site officiel précise que Massinissa (203-148 av. J.-C.)<sup>(5)</sup> était né à Thugga (Dougga) <em>«au nord de l’actuelle Tunisie»</em>, ce qui témoigne encore de la justesse de la localisation du foyer principal de la dynastie à Thugga.</p>



<p>Entre 212 et 206 av. J.-C. le roi des Massyles, Gaia, envoya son fils Massinissa à la tête d’un contingent de troupes, en Espagne aux côtés des Carthaginois. Le décès de Gaia nécessita le retour précipité de Massinissa, pour défendre ses droits à la succession, menacés tant par des prétendants que par le royaume voisin des Masayesyles. Mais s’il obtint gain de cause en écartant ses rivaux, il fut dépossédé de son trône par Syphax le roi des Masaesyles. Massinissa fut contraint à l’exil avant de reprendre ses possessions et de régner pendant 54 ans jusqu’à sa mort en 148 av. J.-C.</p>



<p>Jugurtha, le petit-fils de Massinissa, est <em>«revendiqué par la Tunisie»</em>, légitimement parmi les personnalités marquantes. La Table de Jugurtha&nbsp;est un site historique à Kalâat-Es-Senan dans la région du Kef en Tunisie. D’autres illustres figures le sont comme Saint-Augustin (354-430), Saint-Cyprien (200-258), Tertullien (150-230), Apulée (125-170), représentent ce grand héritage intellectuel dans lequel les Tunisiens se reconnaissent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les marqueurs indélébiles de l’histoire tunisienne</h2>



<p>Tous ces marqueurs de l’histoire tunisienne et leurs relations avec un territoire à un moment donné, sont des indices sur la formation et les transformations des frontières. L’archéologie en tant que segmentation de l’espace, montre une frontière perçue – et vécue – tout au long de l’histoire.</p>



<p>La configuration territoriale du royaume massyle se situe <em>«entre la rivière Ampsaga et les territoires de Carthage»</em><sup>(6)</sup>. Sous l’empereur Constantin (306-337), toute la partie orientale fut gouvernée de fait par un légat représentant le proconsul de Carthage. Cette région était riche en terroirs et en villes&nbsp;: notamment Madaure, Thagaste, mais aussi Calama, Thibilis, Théveste…</p>



<p>Outre cet élément géographique, il y a le rayonnement culturel linguistique. Cette influence a été profonde et le punique faisait aussi partie, on l’a démontré, de la filiation linguistique. Saint- Augustin&nbsp;témoigne :<strong> «</strong><em>Demandez à nos paysans qui ils sont : ils répondent en punique qu’ils sont des&nbsp;Chenani </em>(Cananéens)». Il mentionnait aussi que dans les environs d’Hippone (<em>Fussalla</em>), les habitants parlaient un patois punique. Dans une lettre au Pape&nbsp;<em>Celestin</em>&nbsp;en 422, il recommandait un évêque<strong> (</strong><em>punica lingua esset instructus</em><strong>&nbsp;) </strong>pour une localité proche. Dans d’autres écrits il laissait comprendre que les habitants de Calama (Guelma) utilisaient le punique et que lui-même avait besoin d’un&nbsp;<em>punicum interpreteus</em>&nbsp;pour s’entretenir avec les donatistes.</p>



<p>Après 146 av. J.-C., Rome découpa les territoires carthaginois en quatre provinces : <em>la Proconsulaire </em>(désignation comme le grenier à blé de Rome et qui couvrait les espaces s&rsquo;étendant autour de Tunis et incluant Annaba). <em>La Numidie </em>au centre et au sud jusqu&rsquo;aux confins sahariens. <em>La Maurétanie césarienne</em>, <em>La Maurétanie tingitane</em><sup>(7)</sup>. Carthage connait une nouvelle période de prospérité même sous l’occupation romaine, jusqu’à la chute de l’empire romain, au 5<sup>e</sup>&nbsp;siècle. La domination romaine fut remplacée, brièvement, par celle des Vandales, qui font de Carthage la capitale de leur royaume. Carthage est ensuite conquise, temporairement, par l’Empire byzantin, jusqu’à l’avènement de la religion musulmane, au 7<sup>e</sup>&nbsp;siècle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La résilience de l’État tunisien à travers les siècles </h2>



<p>La longue période de transition de l’Antiquité à l’époque médiévale témoigne de la résilience de l’État tunisien sous plusieurs dynasties. Un éclairage rapide atteste de la permanence d’un État dont les frontières dépassent de loin celle que le colonialisme français fixera.</p>



<p>La dynastie aghlabide, entre 800 et 909, gouverne depuis Kairouan, comprenant la Tunisie, le Constantinois et la Tripolitaine, une période riche donnant une réelle autonomie à la Tunisie.</p>



<p>Le troisième temps concerne la période fatimide (909-973)avec comme capitale Mahdia, englobant la Tunisie, s’étendant de l’est de l’ancien Constantinois à la Tripolitaine. Puis les zirides, un Émirat vassal de l’Empire fatimide (972-1048), puis Émirat indépendant (1048-1148), avec pour capitale Kairouan (984-1057) Mahdia (1057-1148). Les Hafsides (1228-1574) s’émancipent à la faveur de la chute de l’Empire almohade et en deviennent indépendants en 1236 avec pour capitale Tunis.</p>



<p>Après la disparition des califats arabes, les pachas de l’Empire ottoman organisaient Ifrikya en trois provinces : Alger en 1518, Tunis et Tripoli 1574. En 1613,Mourad Corso fonde la première dynastie des beys de Tunis qui jouit d’une certaine autonomie par rapport au sultan ottoman. Le territoire est géré dans le cadre de l’empire ottoman, successivement par deux dynasties : les Mouradites (1612-1705)&nbsp;: et les Husseinites (1705-1957) avec Hussein Ben Ali en tant que bey de Tunis. Il instaure une monarchie placée sous la souveraineté des Ottomans…</p>



<h2 class="wp-block-heading">Stopper le pillage de notre patrimoine</h2>



<p>L’évolution des frontières tunisiennes a été un processus complexe, marqué par des périodes de conflits, de négociations et de consolidations territoriales. Finalement, c’est l’administration coloniale française qui les a tracés au cordeau, en tant qu’entreprise de domination fondée sur la prise de possession d’un espace par une puissance étrangère dans le but d’y imposer sa souveraineté et de l’exploiter dans son intérêt.</p>



<p>Cette modeste contribution ne prétend pas <em>«refaire»</em> l’Histoire mais aspire participer à rétablir quelques aspects constitutifs de notre conscience nationale que certains tentent d’usurper, car il est grand temps de se débarrasser des rognures de l’époque coloniale. Beaucoup de faits ont été déconstruits parce qu’ils ne favorisent pas un nouveau projet suprématiste en reptation, dont j’ai constaté les ébauches au cours de mes lectures et de mes navigations sur le net, -et je ne dois pas être le seul à le percevoir- en étant stupéfié par des gratte-papiers aux ordres, qui revendiquent ni plus ni moins des monuments de la conscience nationale tunisienne : Jugurtha et Massinissa, Saint-Augustin, etc…</p>



<p>Ces omissions ne se font-elles pas à l’ombre d’un patronage idéologique, dont l’objectif principal était d’ancrer l’idée que nos figures emblématiques ne font pas partie de l’histoire et du patrimoine tunisiens&nbsp;?</p>



<p>Je lance un appel à nos historiens, archéologues et chercheurs pour déployer un effort salutaire afin de stopper le pillage de notre patrimoine qui prend plusieurs formes. La plus manifeste est l’adoption par des supplétifs des thèses du colonialisme avec tout ce qui lui est sous-jacent, qui consiste à dépouiller un pays, par le mensonge et la négation de la vérité, de sa mémoire, de sa culture et des composants fondamentaux de sa conscience nationale.</p>



<p><em>* Écrivain.</em></p>



<p><strong><em>Notes&nbsp;:</em></strong></p>



<p><em>1-&nbsp; </em><em>Fragmenta Historicorum Graecorum, III, p. 10, n° 11.</em><em></em></p>



<p><em>2- Camps G., Origines du royaume massyle, 1967, p. 29-38.</em></p>



<p><em>3- Ali Dabbaghi dans&nbsp;Sites et Monuments L’Institut National du Patrimoine – Tunisie.</em></p>



<p><em>4- Khanoussi Mustapha. L&rsquo;évolution urbaine de Thugga (Dougga) en Afrique proconsulaire : de l&rsquo;agglomération numide à la ville africo-romaine. In: Comptes rendus des séances de l&rsquo;Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 147ᵉ année, N. 1, 2003. pp. 131-155.</em></p>



<p>5- <em>https://www.poste.dz › philately.</em></p>



<p>6- <em>Lugan, Bernard, Histoire des Algéries, Edition Ellipses, pages 6 et 7, janvier 2025.</em></p>



<p>7- <em>Epistola. CCIX. 2 &amp; 3. 75.</em></p>



<p><em>8- Euromed-IHEDN Conférence du 16 novembre 2021 Cycle 2021-2022 par M. Sadok Boubaker.</em></p>



<p><strong><em>Article précédent: </em></strong></p>



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<p></p>
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		<title>Carthage, la «Tunisienne» ! (1-2)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 05 Jul 2025 11:55:50 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p> L’État tunisien actuel est sans conteste le prolongement historique et culturel de l’État carthaginois antique qui s'étend une bonne partie de l'Afrique du nord. </p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Un énorme manque d’intérêt pour l’histoire de notre pays, de la part d’une grande frange de nos concitoyens, est constaté par de nombreux observateurs. Une «distraction» qui serait due peut-être aux difficultés immenses que les Tunisiens endurent pendant des années. Cette apathie teintée de lassitude incite des parties étrangères à se permettre de retoucher des faits historiques et de s’arroger des figures emblématiques de notre patrimoine, dans l’indifférence générale. Ce sujet peut paraitre assez anodin à la base, mais il joue un rôle crucial dans la formation et la cohésion de la conscience nationale tunisienne, qui n’est certes pas figée, elle est à la fois ancrée à un héritage et représente un processus dynamique en constante évolution.</em></strong></p>



<p><strong>Ridha Ben Slama</strong> *</p>



<span id="more-16957596"></span>


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<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg" alt="" class="wp-image-16957652" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Chaque nation se définit tant par ses caractéristiques identitaires que par les territoires qui sont les siens. Il arrive que la toponymie doublée ou redondante, qui est un phénomène ordinaire lié à l&rsquo;Histoire, survient et bouleverse la pertinence de ces déterminants. On pourrait évoquer à ce titre la problématique concernant l’emplacement de Cirta, pour le situer à l’actuelle El Kef ou bien à Constantine.&nbsp;Plusieurs chercheurs soutiennent que les descriptions de Cirta dans les textes anciens correspondent incontestablement à la topographie du Kef, au nord-ouest de la Tunisie actuelle.&nbsp;D’autres, guidés par une approche plutôt <em>«sélective»</em>, considèrent que Cirta était située sur l’emplacement de l’actuelle ville de Constantine, au nord-est de l’Algérie actuelle. D’autres encore pensent que le site de Sicca, nom antique du Kef, pourrait être le même que celui de Cirta…</p>



<h2 class="wp-block-heading">Fausses controverses toponymiques et géographiques</h2>



<p>Somme toute, la plupart des historiens situent Cirta sur le site de l’actuelle ville du Kef, qui s’appellera d’ailleurs plus tard Sicca Veneria et <em>Colonia Iulia Veneria Cirta Nova</em>. <strong><em></em></strong></p>



<p>Ce débat autour de la localisation géographique de Sica (Sicca Veneria) et Cirta persiste encore. En d’autres termes, la controverse perdure pour préciser si elles sont deux villes distinctes ou si elles désignent la même cité à différentes époques ou sous différents noms dans l’Antiquité, ainsi que sur l’histoire de ces deux villes au temps de Carthage et de Rome.&nbsp;Les interactions entre Cirta et Sicca sont étudiées, ainsi que leur rôle dans un contexte plus large et sur l’histoire des deux.&nbsp;</p>



<p>A. Berthier, J. Juillet et R. Charlier estimaient que ce qui est appelé <em>«la Numidie de Jugurtha»</em>, reposait sur l’identification, par ces auteurs, du fleuve Mulucha à l’oued Mellègue, principal affluent de la Medjerda, et de Cirta à la ville que les Romains appellent Cirta nova Sicca (Le Kef). Dans une étude collective sur <em>‘‘Le Bellum Iugurthinum et le problème de Cirta’’</em>, parue en 1950, A. Berthier revient à la charge et procède à une démonstration, faisant du Kef la Cirta de Salluste et non pas Constantine. Cette thèse a été approfondie dans son livre, paru en 1981, intitulé <em>‘‘La Numidie, Rome et le Maghreb’’</em> <sup>(1)</sup>, qui se traduit essentiellement par une localisation du domaine du royaume massyle vers l’Est. Elle apporte de nouveaux éléments sur les controverses toponymiques de la géographie décrite par Salluste, relative à son époque.</p>



<p>Il est préconisé de considérer que l’archéologie fonde ses déductions sur un terrain variable et les données qu’on a aujourd’hui peuvent être demain contestée, surtout lorsque les sources historiques anciennes sont écrites majoritairement par des étrangers qui constituent par conséquent des témoins indirects.</p>



<p>Pour <em>«agrémenter»</em> encore les différentes démonstrations, le nom de <em>«Sarim Batim»</em> avait été évoqué aussi comme ancien nom de Constantine. C’est une hypothèse formulée et défendue par Ph. Berger lors du onzième congrès des Orientalistes tenu à Paris en 1897. Il s’était demandé si<em> «l’expression Sarim Batim, que l’on trouve sur quelques inscriptions néo-puniques de Constantine, n’est pas un nom de lieu désignant Cirta»</em>, et aussi par André Berthier qui proposait la dénomination de Sarim Batim pour désigner Constantine.</p>



<p>La recherche dans les sources lexicales des langues anciennes affirme que <em>Sarrim</em>, signifie en akkadien <em>«roi, prince, seigneur, maitre»</em> et <em>Batim</em>, signifie <em>«maison»</em><sup>(2)</sup>. Il a été établi que la langue punique adopte un système consonantique, c’est-à-dire, qu’elle se base sur la transcription des <em>«consonnes»</em>. D’où la difficulté d’avoir une seule et unique prononciation. Ainsi, il y a lieu de ne considérer que la racine des deux vocables à savoir SRM et BTM renvoient à <em>«maison royale, maison du prince, ville royale…»</em>.</p>



<p>Il convient de souligner que les centaines de fragments trouvés à Constantine portent des inscriptions avec la décoration habituelle de stèles trouvées à Carthage. D’après M. Berthier, parmi les objets l’image de Tanit se rencontre très fréquemment.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des atteintes au récit historique</h2>



<p>Cette controverse, connue sous le nom de<em> «problème de Cirta»</em>, fait l’objet de publications et de discussions continues, interminables.&nbsp;S’il ne s’agissait que d’une recherche académique sur la localisation de deux cités et sur leur dénomination, personne ne trouverait rien à en redire. Mais, cette démarche académique à l’origine a eu pour conséquence indirecte une posture équivoque de certains milieux, dont le dessein est de s’attribuer des figures historiques, de s’approprier ou d’utiliser leur image ou leur héritage indument, ce qui implique des atteintes à la conscience nationale et à la construction du récit historique.</p>



<p>Ainsi, on observe depuis quelques temps que les explorations fondées en vue d’établir la véracité historique a ouvert le champ à des tentatives de déformation et de falsifications des faits historiques, d’une manière inqualifiable, qui témoignent d’une vision fantasmée de l’Histoire.</p>



<p>Ces assertions anachroniques qui circulent dans certains médias et réseaux sociaux trahissent une volonté de présenter un récit construit, sélectif et qui sert les visées de ceux qui les promeuvent.</p>



<p>L’idéologie, dans son orientation péjorative, se glisse pour déformer l’histoire en présentant une version biaisée du passé, souvent pour servir des agendas politiques et des arrière-pensées suprématistes. Cette déviation peut prendre la forme d’omissions, de distorsions, de simplifications excessives ou de reconstructions idéologiques du passé. Il faut bien le préciser, il s’agit tout simplement d’une forme de spoliation, à l’instar du transfert illicite d’objets d’art et de biens historiques. Cette action est récupérée par des milieux allogènes qui l’instrumentalisent, elle peut avoir des conséquences graves pour l’affirmation de notre conscience nationale et la mémoire de notre pays.</p>



<p>Il est donc essentiel de <em>«remettre les pendules à l’heure»</em> comme on dit, de clarifier et de mettre fin à toute ambigüité à ce sujet, en se référant à la rigueur scientifique autant que faire se peut.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Au commencement était Carthage… &nbsp;&nbsp;</h2>



<p>Il convient tout d’abord de rappeler ce que représentait Carthage sur le continent et pour toute la Méditerranée.</p>



<p>Dès l’antiquité, Aristote (384-322 av. J.-C) inclut l’exemple de Carthage parmi ceux des meilleures constitutions dans son livre II et au livre V de sa <em>Politique</em> (335 av. J.-C. environ). Le mérite de cette constitution aurait été, d’après Socrate, celui de l’équilibre entre les pouvoirs. D’autres auteurs anciens font également allusion à son organisation<sup>(3)</sup>.</p>



<p>L’État carthaginois était une puissance maritime, il étendit sa prééminence en établissant des comptoirs et en exerçant un contrôle commercial le long des côtes, maintenant une influence politique souvent indirecte dans l&rsquo;intérieur des terres, notamment en s&rsquo;appuyant sur ses relations avec les chefs tribaux. Vers 510Av. J-C, Rome reconnaissait par traité le monopole commercial de Carthage dans la Méditerranée occidentale. Le caractère maritime et commercial de la puissance carthaginoise n’a pas pour autant atténué son assise terrienne. La ville continentale prise par les troupes carthaginoises (Général Hannon, III<sup>e</sup> siècle av. J.-C.) est l’ancienne <em>Theveste</em> (Tebessa) qui appartenait aux Gétules.</p>



<p>À Carthage, différentes populations ont non seulement cohabité, mais un véritable brassage humain s’était effectué : carthaginois évidemment, tribus autochtones (massyle, gétule, musulame…), grecs, italiens et ibères, ce qui a contribué au rayonnement de la civilisation punique. Elle est renommée notamment par son navigateur-explorateur Hannon, par son agronome Magon et par ses grands militaires et stratèges de génie Hamilcar Barca et son fils Hannibal. Elle est connue par l’écrivain Apulée, fondateur de la littérature latine africaine, par Saint-Cyprien et par Saint-Augustin qui y fit sa formation et de fréquents séjours.</p>



<p>Grâce à sa résonance historique et littéraire, la civilisation de Carthage a toujours nourri l’imaginaire universel. En substance, <strong>l’État tunisien est sans conteste le prolongement historique et culturel de l’État carthaginois, alors que d’autres entités étatiques régionales n’ont vu le jour que très récemment</strong>.</p>



<p class="has-text-align-left">* <em>Écrivain.</em></p>



<p class="has-text-align-right"><strong>A suivre&#8230; </strong> </p>



<p><em><strong>Notes&nbsp;:</strong></em></p>



<p><em>1- Préface d’André Wartelle; Paris: Picard, 1981; in-8°, 224 pages, 12 figures, 8 cartes.</em></p>



<p><em>2- Hein Bernd et All. Les langues africaines. Ed. Karthala. 2004. en p.110.</em></p>



<p><em>3- Diodore de Sicile, Trogue Pompée/Justin, dont la source est encore une fois Timée, Polybe, Appien, et Tite-Live surtout.</em></p>



<p><strong><em>Article lié: </em></strong></p>



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		<title> ‘‘L’effondrement’’ de Ridha Ben Slama &#124; Jeux de pouvoir et désintégration de l’Etat</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 01 Mar 2025 06:11:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Ridha Ben Slama]]></category>
		<category><![CDATA[William Zartman]]></category>
		<category><![CDATA[Youssef Seddik]]></category>
		<category><![CDATA[Zine El Abidine Ben Ali]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>‘L’effondrement’’ de Ridha Ben Slama offre un regard inédit sur les mécanismes ayant conduit à l’effritement des institutions tunisiennes post-indépendance.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Il est toujours enrichissant de lire des récits et des témoignages qui apportent un nouvel éclairage sur les événements majeurs qui ont marqué notre pays, la Tunisie. Lorsqu’ils sont rigoureusement documentés, ces ouvrages nous permettent de mieux comprendre des périodes que nous avons vécues avec émotion et intérêt, mais dont certaines dimensions restaient obscurcies par les jeux de pouvoir opérant en coulisses.</em></strong></p>



<p><strong>Khemaïs Gharbi</strong></p>



<span id="more-15745527"></span>



<p>Le livre <em>‘‘L’effondrement’’</em> de Ridha Ben Slama – paru en arabe aux éditions Nirvana en 2024 et dont la traduction française va bientôt paraître aux éditions Santillana – est un travail remarquable. Par une analyse approfondie et rigoureuse, il offre un regard inédit sur les mécanismes ayant conduit à l’effritement progressif des institutions tunisiennes post-indépendance.</p>



<p>Ce livre est un véritable trésor d’informations pour quiconque cherche à percer les mystères de cette époque et à obtenir des réponses claires aux questions restées en suspens. Il permet notamment de mieux comprendre les circonstances ayant conduit au coup d’État du 7 novembre 1987, qui a vu Zine El Abidine Ben Ali renverser le fondateur de la République tunisienne et père de la nation, Habib Bourguiba.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Etouffement progressif des aspirations à la liberté</h2>



<p>Présenté dans sa version arabe au grand public par l’anthropologue Youssef Seddik, cet ouvrage est désormais en librairie dans sa version française, répondant ainsi à l’attente forte du lectorat francophone. Cette œuvre essentielle viendra combler un vide, s’imposant comme un témoignage incontournable à lire sans modération.</p>



<p>L’ouvrage s’appuie sur des concepts de science politique et mobilise les théories de chercheurs tels que William Zartman, David Easton, Gaetano Mosca ou encore Vilfredo Pareto pour décrypter les dynamiques de pouvoir et les processus de déliquescence des institutions. L’auteur y met en évidence l’accumulation des facteurs ayant conduit à l’effondrement de l’État tunisien sous l’ère Ben Ali, soulignant le rôle de la gouvernance, des élites politiques et des tensions sociétales dans ce processus.</p>



<p>Il met également en lumière le paradoxe d’un système politique qui, tout en se réclamant de la modernité et de l’éducation généralisée, a progressivement étouffé les aspirations des citoyens à la liberté et à l’épanouissement.</p>



<p>Loin d’une simple chronique des événements, <em>‘‘L’effondrement’’</em> est une analyse profonde des mécanismes du pouvoir et des choix qui ont façonné le destin de la Tunisie jusqu’à la révolution du 14 janvier 2011.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Eloignement entre les dirigeants et le peuple</h2>



<p>À travers cet ouvrage, l’auteur rappelle que l’histoire politique du pays a été marquée par des figures fortes, de Bourguiba à ses compagnons de lutte, dont l’éloquence et la capacité à mobiliser les foules constituaient un élément clé de leur leadership. Il oppose cette tradition à l’érosion progressive de l’art oratoire et de la vision politique structurée, conduisant à une crise de la représentation et à un éloignement entre les dirigeants et le peuple.</p>



<p>Ainsi, <em>‘‘L’effondrement’’</em> offre une grille de lecture essentielle pour comprendre les failles du régime qui a précédé la révolution et les leçons à en tirer pour l’avenir. En s’appuyant sur des faits documentés et une analyse rigoureuse, l’ouvrage constitue une contribution précieuse à l’histoire politique tunisienne et un témoignage incontournable sur une période charnière de notre pays.</p>



<p>Ce livre nous éclaire sur de nombreux points qui étaient dans l’ombre et que, grâce au travail sérieux de l’auteur et surtout au recul dont il a pu disposer, il analyse avec pertinence. En nous offrant une lecture approfondie et documentée de cette période de notre histoire contemporaine, il nous rappelle l’importance d’un regard distancié dans l’interprétation des événements politiques. Il constitue un modèle pour ceux qui souhaitent analyser avec recul les soubresauts de la scène politique, sans se laisser emporter par l’urgence de l’instant. Car une analyse rigoureuse exige du temps, de la perspective et une compréhension des dynamiques profondes qui nous échappent souvent sur le moment.</p>



<p><em>Traducteur et écrivain. &nbsp;&nbsp;</em><em></em></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="mFCErha6UX"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/07/27/la-tunisie-face-a-ses-rendez-vous-manques-et-ses-opportunites-perdues-a-jamais/">La Tunisie face à ses rendez-vous manqués et ses opportunités perdues à jamais</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« La Tunisie face à ses rendez-vous manqués et ses opportunités perdues à jamais » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/07/27/la-tunisie-face-a-ses-rendez-vous-manques-et-ses-opportunites-perdues-a-jamais/embed/#?secret=AXIeHCgbFQ#?secret=mFCErha6UX" data-secret="mFCErha6UX" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>Histoire : Retour sur la chute de Mzali et son conflit feutré avec Ben Ali</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/09/16/histoire-retour-sur-la-chute-de-mzali-et-son-conflit-feutre-avec-ben-ali/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 16 Sep 2024 09:05:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Ameur Ghedira]]></category>
		<category><![CDATA[Amor Chedly]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Mansour Skhiri]]></category>
		<category><![CDATA[Mezri Chekir]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed Mzali]]></category>
		<category><![CDATA[Rachid Ammar]]></category>
		<category><![CDATA[Rachid Sfar]]></category>
		<category><![CDATA[Ridha Ben Slama]]></category>
		<category><![CDATA[Vernon Walters]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La disgrâce finale de Mohamed Mzali tient au fait que durant ses six années à la tête du gouvernement il ne s’est jamais assuré d’alliés solides dans le sérail. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/09/16/histoire-retour-sur-la-chute-de-mzali-et-son-conflit-feutre-avec-ben-ali/">Histoire : Retour sur la chute de Mzali et son conflit feutré avec Ben Ali</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Je viens de terminer le livre de Ridha Ben Slama, ‘‘La Chute’’ ou ‘‘Les dessous du démantèlement de l’Etat de l’indépendance (1980-1987)’’ (éditions Nirvana, Tunis, gévrier 2024, 242 pages) qui évidemment s’efforce de réhabiliter la mémoire du regretté Mohamed Mzali dont l’auteur a été un proche collaborateur. Puisque <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/07/27/la-tunisie-face-a-ses-rendez-vous-manques-et-ses-opportunites-perdues-a-jamais/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Kapitalis en a déjà fait le commentaire</a>, je m’efforcerai à titre privé de soulever les points qui m’ont paru dignes d’intérêt. </em></strong></p>



<p><strong>Dr Mounir Hanablia</strong> *</p>



<span id="more-13998601"></span>



<p>1- Je doute que Ben Ali eût été capable de planifier sur plusieurs années son ascension au pouvoir, selon ce qu’en a évoqué l’auteur, en faisant le vide dans l’entourage de Bourguiba. Cela aurait supposé de sa part une intelligence qu’il n’a en fait jamais démontrée ni avant ni pendant sa présidence.&nbsp;</p>



<p>2- La disgrâce finale de Mohamed Mzali tient au fait que finalement durant ses six années à la tête du gouvernement il ne s’est jamais assuré d’alliés solides dans le sérail, le parti au pouvoir, ni même au sein du ministère de l’Intérieur, mis à part son cousin Ameur Ghedira. Il est ainsi demeuré isolé, une simple courroie de transmission de Bourguiba, un exécutant qui n’exerçait apparemment aucune influence sur de dernier, dont il dépendait entièrement.</p>



<p>Plus que cela, il a été marginalisé au sein même du clan de Monastir, sa ville natale où il s’est trouvé face à l’hostilité de Mansour Skhiri, Mezri Chekir, pour ne pas dire Saïda Sassi. Sa responsabilité se situe dans le fait qu’il ait accepté d’être privé de ses attributions normales de Premier ministre et qu’il n’ait pas cherché à y remédier.</p>



<p>C’est déjà un exploit que sans le passé de militant historique du parti destourien à même de lui assurer le prestige nécessaire, sans la base partisane ou régionale nécessaires, sans le contrôle solide des ministères régaliens, il soit demeuré aussi longtemps à la tête du gouvernement.&nbsp;</p>



<p>3- Concernant la mort de feu Farid El-Mokhtar, je me bornerai à l’évoquer selon mes souvenirs. Etant alors résident de garde d’urgence à l’hôpital Abderrahmane Mami de l’Ariana, je me souviens un soir de Ramadan, sans doute à la date indiquée par l’auteur, avoir vu le corps ensanglanté du défunt, que je ne connaissais pas, mais qui a été reconnu par l’infirmier qui face à mon ignorance a précisé que c’était le président du Club Africain et le frère de l’épouse du Premier ministre. Il avait été amené probablement par ambulance, et une personne, dont j’ai cru comprendre qu’il s’agissait d’un policier en civil, avait dit qu’il avait eu un accident en revenant de Ras Jebel. Sa voiture avait paraît-il quitté la chaussée et heurté l’entrée d’un pont de plein fouet, et on avait mis cela sur le compte de l’excès de vitesse et du sommeil du chauffeur.</p>



<p>Selon ce que j’en avais vu, ainsi que la quantité de sang qui se trouvait sous le corps, il était évident qu’il avait subi un traumatisme de grande ampleur compatible avec un grave accident de la voie publique.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="ASR6ctU3Ci"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/07/27/la-tunisie-face-a-ses-rendez-vous-manques-et-ses-opportunites-perdues-a-jamais/">La Tunisie face à ses rendez-vous manqués et ses opportunités perdues à jamais</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« La Tunisie face à ses rendez-vous manqués et ses opportunités perdues à jamais » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/07/27/la-tunisie-face-a-ses-rendez-vous-manques-et-ses-opportunites-perdues-a-jamais/embed/#?secret=lzdKavCUCF#?secret=ASR6ctU3Ci" data-secret="ASR6ctU3Ci" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Quelques minutes après son arrivée, une personne dont on a dit qu’il s&rsquo;agissait du Dr Rifaat Daly, le gendre de Mohamed Mzali, est arrivée, a vu le corps. Il me semble qu’il est ensuite immédiatement reparti après avoir posé quelques questions au surveillant de l’hôpital et au policier. Environ une heure plus tard, sont arrivées Mme Mzali et Mme Mokhtar, une française sans doute, qui ont reconnu le corps. Mme Mokhtar a éclaté en sanglot, et s’est mise à crier&nbsp;: <em>«Mais pourquoi? Pourquoi?»</em> et Mme Mzali qui était très digne l’a étreinte de ses bras et l’a rapidement menée dehors. A noter que Mohamed Mzali n’est pas apparu cette nuit là à l’hôpital.</p>



<p>4- J’ignore si le général Vernon Walters a bien joué le rôle que l’auteur lui attribue. Je suis même étonné que selon le récit de Rachid Sfar, c’est Ben Ali, alors ministre de l’Intérieur, qui a accompagné l’Américain pour venir le voir, et qui s’est même permis de s’absenter deux fois au cours de la réunion pour une histoire relative à un incident grave sur le bac de Radès; Vernon Walters profitant de cette absence aurait demandé au Premier ministre ce qu’il pensait de son ministre de l’Intérieur. A mon avis c’est plutôt le ministre de la Défense ou celui des Affaires étrangères qui aurait dû accompagner le général américain. Cela ne semble pas logique.</p>



<p>5- Si Mohamed Mzali a été considéré par les Américains comme un témoin gênant devant disparaître parce qu’il leur a transmis en 1982 l’accord de Arafat pour la modification de la charte de l’OLP,&nbsp;et que l’invasion israélienne du Liban s’est produite quelques semaines plus tard, il demeure nécessaire de savoir pourquoi il a fallu 4 ans pour l’éliminer de la scène. C’est là encore une argumentation peu convaincante. Israël avait attaqué le Liban avec le plein soutien américain pour briser l’infrastructure politico-militaire de l’OLP, parce que les maires palestiniens de la Cisjordanie occupée clamaient leur allégeance à l’organisation de Yasser Arafat et empêchaient ainsi les Israéliens d’établir l’autonomie prévue par les accords de Camp David signés avec l’Egypte, et qui en fait revenaient à légaliser l’annexion des territoires occupés par les sionistes.</p>



<p>6- Une autre raison du désir&nbsp;des Américains de mettre à l’écart&nbsp; Mohamed Mzali aurait été son refus de souscrire à la demande américaine d’établir des bases militaires en Tunisie. Si tel est le cas, force est de constater que Ben Ali non plus ne l’a pas fait lorsqu’il a accédé à la présidence, ce qui met en question la pertinence de l’argument.</p>



<p>Quant à l’usine d&rsquo;acide phosphorique établie en Chine avec des capitaux koweïtiens et le savoir-faire tunisien, pour peu qu’elle ait démontré le soutien accordé au Premier ministre par le Koweït, quel intérêt la Tunisie aurait-elle pu véritablement en retirer en termes d’emplois et de transfert de technologie, au point de susciter l’ire des Américains?&nbsp;</p>



<p>7- Ben Ali complice d’Ennahdha dans le coup d’Etat? Je pense plutôt qu’il les a manipulés, peut-être pourquoi pas avec l’aide des Italiens du SIM; il n’aurait pas pu mener sans l’aide de services étrangers et avec succès une intox aussi complexe. Si le complot, le sien, avait échoué, il aurait eu beau jeu prétendre avoir découvert celui des militaires islamistes&nbsp;et avoir agi pour le faire avorter. C’est l’explication la plus logique concernant le chevauchement des acteurs et des calendriers des deux complots que l’auteur a fort justement fait remarquer.</p>



<p>8- Rachid Ammar patron des snipers? Il faudrait encore le prouver, les douilles des balles n’ayant jamais été versées dans le dossier de la justice.</p>



<p>Pour finir, la méthodologie adoptée par l’auteur, celle de chercher à prouver des préétablis à partir de faits réels ou supposés comme tels, ne conduit qu’à des conclusions fausses. On peut comprendre sa volonté de régler son compte à un&nbsp; passé&nbsp; douloureux qui s’est conclu d’une manière aussi dramatique, par la fuite sans gloire de la personne qu’il a servie et à laquelle il a fini par s’attacher. Mais fallait-il pour cela en charger d’autres personnes sans apporter les preuves nécessaires pour le faire?</p>



<p>Concernant les cas de conscience tardifs, j’en reviens toujours à feu Amor Chedly, illustre professeur fondateur de la faculté de médecine de Tunis, directeur de l’Institut Pasteur, ministre, médecin personnel de Bourguiba n’ayant jamais mis en doute son équilibre mental et sa lucidité, qui avait avoué dans son livre écrit après la Révolution, que Mezri Chekir lui avait appris que Ben Ali préparait un coup d’Etat. Il a simplement exprimé 23 ans après ses regrets de ne pas l’avoir dénoncé. Dans ces conditions, mieux vaut s’abstenir de tout autre commentaire sur tous ceux qui à cette époque gravitaient autour de Bourguiba. <em>«Souvenez-vous de vos défunts en bien»</em>, disait le Prophète Mohamed, béni soit-il. </p>



<p>* <em>Médecin de libre pratique.</em></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="yqZB9jcszF"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2018/04/04/les-enfants-de-feu-mohamed-et-fathia-mzali-treve-dinjustice-et-de-mauvaise-foi/">Les enfants de feu Mohamed et Fathia Mzali : Trêve d’injustice et de mauvaise foi</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Les enfants de feu Mohamed et Fathia Mzali : Trêve d’injustice et de mauvaise foi » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2018/04/04/les-enfants-de-feu-mohamed-et-fathia-mzali-treve-dinjustice-et-de-mauvaise-foi/embed/#?secret=FQvYSuLpNV#?secret=yqZB9jcszF" data-secret="yqZB9jcszF" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/09/16/histoire-retour-sur-la-chute-de-mzali-et-son-conflit-feutre-avec-ben-ali/">Histoire : Retour sur la chute de Mzali et son conflit feutré avec Ben Ali</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>La Tunisie face à ses rendez-vous manqués et ses opportunités perdues à jamais</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/07/27/la-tunisie-face-a-ses-rendez-vous-manques-et-ses-opportunites-perdues-a-jamais/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 27 Jul 2024 11:46:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’histoire contemporaine de la Tunisie est une suite de crises, ponctuées de limogeages brutaux et de changements de cap, pas toujours bien menés,</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/07/27/la-tunisie-face-a-ses-rendez-vous-manques-et-ses-opportunites-perdues-a-jamais/">La Tunisie face à ses rendez-vous manqués et ses opportunités perdues à jamais</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>L’histoire contemporaine de la Tunisie, c’est-à-dire de l’indépendance du pays à nos jours, est une suite interminable de crises, ponctuées de limogeages brutaux et de changements de cap, pas toujours bien menés, car portant souvent l’empreinte d’hommes ambitieux, sans véritables programmes et n’ayant pour seul souci que d’accéder au pouvoir, et de le garder le plus longtemps possible, parfois au-delà de toute raison.</em></strong></p>



<p><strong>Ridha Kefi</strong></p>



<span id="more-13633982"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2019/03/Ridha-Kefi.jpg" alt="" class="wp-image-203122"/></figure>
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<p>De cette histoire, nous croyons tout connaître, mais notre connaissance est souvent biaisée par des partis-pris idéologiques, des préjugés régionalistes ou même des détestations personnelles. Pour ne rien arranger, celui qui accède à la magistrature suprême réécrit l’histoire selon ses vues pas toujours objectives, se donnant souvent le beau rôle et accablant injustement ses adversaires. Une fois éjecté du pouvoir, il subit lui-même l’injustice qu’il a infligée aux autres. Et ainsi de suite…</p>



<p>Généralement, quand le temps passe et que le pouvoir échoit à une nouvelle génération de dirigeants, les anciens croient devoir se justifier en commettant des autobiographies ou des mémoires. Dans leurs fausses confessions et pseudo-témoignages, ils s’arrangent pour soigner leur parcours, passer sous silence les manœuvres et les coups bas qu’ils ont commis pour se maintenir au cœur du pouvoir, accabler leurs adversaires ou minimiser leurs apports respectifs et poser devant le jugement de l’histoire comme des démocrates empêchés de réaliser leurs grands desseins pour la nation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Fausses confessions et mémoires biaisées</h2>



<p>Bien sûr, toutes ces confessions et ces mémoires sont à prendre avec les réserves d’usage, mais les dizaines d’ouvrages de ce genre qu’affectionnent certains éditeurs fournissent une bonne matière brute et c’est aux historiens d’y séparer le bon grain de l’ivraie, pour emprunter le titre des mémoires de feu Béji Caïd Essebsi, écrites avant son accession à la magistrature suprême en 2015 et consacrées aux années qu’il avait passées dans le cercle du pouvoir, durant les règnes respectifs de Bourguiba et Ben Ali auxquels il a succédé (après la parenthèse du <em>«provisoire»</em> Moncef Marzouki) au Palais de Carthage.</p>



<p><em>«Séparer le bon grain de l’ivraie»</em>, c’est ce que Ridha Ben Slama affirme avoir fait dans son dernier ouvrage en arabe intitulé <em>‘‘La chute’’</em> et sous-titré <em>‘‘Les dessous du démantèlement de l’Etat de l’indépendance 1980-1987’’</em> (éditions Nirvana, Tunis, février 2024, 242 pages, prix&nbsp;: 25 DT).</p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="NlCFCOkZpr"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/09/23/tunisie-un-pays-ou-la-responsabilite-a-desormais-un-gout-amer/">Tunisie, un pays où la responsabilité a désormais un goût amer</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie, un pays où la responsabilité a désormais un goût amer » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/09/23/tunisie-un-pays-ou-la-responsabilite-a-desormais-un-gout-amer/embed/#?secret=53VLVKjPqi#?secret=NlCFCOkZpr" data-secret="NlCFCOkZpr" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>Pourquoi ces deux dates précisément, sachant que l’Etat de l’indépendance, fondé par Bourguiba, est né le 25 juillet 1957, avec la proclamation de la république ?</p>



<p>La réponse est simple&nbsp;: c’est la période durant laquelle l’auteur était directement associé lui-même à la gestion des affaires publiques en étant attaché au cabinet de l’ancien Premier ministre Mohamed Mzali et a donc été, à certains moments, un témoin privilégié des manœuvres des uns et des coups bas des autres dans le cadre d’une guerre de succession au Combattant suprême.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une guerre de succession fratricide</h2>



<p>Cette guerre de succession, commencée depuis l’annonce des problèmes de santé de l’ancien président en 1970, était conduite d’une main de maître par sa seconde épouse, Wassila Bourguiba, puis, dans un second temps, après le divorce de celle-ci, par Saïda Sassi, la très entreprenante nièce du Combattant suprême. </p>



<p>Les deux femmes, qui avaient de l’ascendant sur le <em>«malade de Carthage»</em> , s’étaient appuyées sur des membres de l’establishment politique animés par des ambitions de pouvoir, les montant les uns contre les autres, au gré d’alliances changeantes, quitte à provoquer des crises en série se traduisant, souvent, par des mouvements sociaux, des affrontements, des morts et des blessés, comme ce fut le cas en janvier 1980 (occupation de la ville de Gafsa par un groupe armé), janvier 1978 (affrontement entre le pouvoir et la centrale syndicale) ou encore janvier 1984 (les émeutes du pain).</p>



<p>Ridha Bouslama affirme avoir effectué un travail d’investigation en puisant la matière de son livre dans ses souvenirs personnels, les témoignages directs des protagonistes ou à travers leurs ouvrages publiés au cours des trente dernières années. Il n’en est pas moins vrai que, malgré son souci de vérité historique, son livre n’est pas exempt de subjectivité, puisqu’il se donne pour objectif principal de défendre l’honneur personnel et le bilan politique et économique de l’homme qu’il avait lui-même servi au Palais de la Kasbah, Mohamed Mzali en l’occurrence, dont l’image a été quelque peu brouillée par ceux qui l’ont longtemps combattu et obtenu son limogeage, en juillet 1986, en espérant se frayer un chemin vers le Palais de Carthage, destin auquel Mzali était un moment destiné en tant que fils spirituel et successeur putatif de Bourguiba.</p>



<p>Parmi ces grands manœuvriers, l’auteur cite, dans un premier temps, les sbires de Wassila Bourguiba&nbsp;: Tahar Belkhodja, Béji Caïd Essebsi et Driss Guiga, et, dans un second temps, l’homme à tout faire de Saïda Sassi, Zine El-Abidine Ben Ali, le seul militaire infiltré dans l’establishment politique, qui finit par coiffer tous ces ambitieux au poteau un certain 7 novembre 1987.</p>



<p>Une fois arrivé à la tête de l’Etat, au terme d’une longue série de manipulations, roulant dans la farine libéraux, démocrates progressistes et autres islamistes, l’<em>«artisan du changement»</em> a tenté de réécrire l’histoire de la république à sa guise. Mais ironie de l’histoire&nbsp;: il perdra lui aussi le pouvoir, 23 ans plus tard, dans des conditions assez semblables à celles qui l’ont vu y accéder, et ce pour avoir laissé son épouse Leïla Trabelsi animer, autour de lui, une camarilla de sbires et d’obligés qui finirent par ternir son image et accélérer sa chute, un certain 14 janvier 2011, dans des circonstances qui restent à ce jour très mystérieuses.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un sentiment d&rsquo;énorme gâchis</h2>



<p>Nous n’entrons pas dans les détails des manœuvres <em>«politichiennes»</em> mises en œuvre par tous ces protagonistes, et dont ont été victimes, tour à tour et successivement, Bahi Ladgham, Ahmed Ben Salah, Hedi Nouira et Mohamed Mzali, qui eurent tous le malheur d’être cités comme des successeurs potentiels de celui qui les utilisera comme des boucliers avant de les laisser tomber et de chercher même ensuite à les humilier. Mais on remarquera, avec Ridha Ben Slama, que ceux qui parvenaient au Palais de la Kasbah, en subissaient tous la malédiction, en devenant la cible de toutes les manœuvres de déstabilisation qui finissaient par les faire tomber sous les coups de boutoir de conspirateurs intéressés, pressés et ambitieux, manipulant le président de la république et se faisant manipuler par lui, dans une sorte de jeu de la roulette russe au terme duquel la Tunisie et les Tunisiens sortent toujours perdants.</p>



<p>On lira avec un intérêt le livre de Ridha Ben Slama qui explique comment ce système autodestructeur mis en place par Bourguiba depuis 1970 a fonctionné durant le règne du Premier ministre Mzali dont l’image brouillée par ses adversaires mérite d’être rectifiée et son action en faveur du pluralisme et de la démocratie enfin reconnue par l’histoire. C’est là le but de ce livre, et l’auteur y a en partie réussi grâce aux informations qu’il a réunies et aux analyses qu’il a développées.</p>



<p>Reste qu’en fermant le livre, on reste sur un sentiment de frustration face aux rendez-vous manqués, aux opportunités perdues à jamais, au temps précieux gaspillé dans de vaines querelles et aux haines stupides infusées dans la vie de la nation et qui ont empêché un peuple éduqué et ambitieux d&rsquo;avancer sur la voie du progrès.</p>



<p>Derrière ce gâchis, que nous constatons encore aujourd’hui, il y a comme un péché originel ou un <em>«paradoxe originel»</em> pour emprunter l’expression de l’auteur, celui d’<em>«un système politique qui a fait de la modernité et de la généralisation de l’enseignement un but suprême, qu’il a contrebalancé par un pouvoir personnel, certes charismatique, mais qui refuse d’accepter les conséquences de cette généralisation de l’enseignement, qui a donné naissance à des générations de compétences dans tous les domaines et d’intellectuels, laissant ainsi échapper plusieurs occasions pour le progrès»</em>.</p>



<p>En cette année 2024, sommes-nous vraiment sortis de cette auberge-là? Je crains que non…</p>



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<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/07/27/la-tunisie-face-a-ses-rendez-vous-manques-et-ses-opportunites-perdues-a-jamais/">La Tunisie face à ses rendez-vous manqués et ses opportunités perdues à jamais</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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