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	<title>Archives des Yahya Ould Amar - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Yahya Ould Amar - Kapitalis</title>
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	<item>
		<title>L’Iran a tenu &#124; La fin de l’ère américaine</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 09 Apr 2026 09:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La guerre contre l'Iran a pulvérisé l’illusion d’une Amérique encore capable de dicter seule ce qui est permis, puni ou toléré. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/09/liran-a-tenu-la-fin-de-lere-americaine/">L’Iran a tenu | La fin de l’ère américaine</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Il est des guerres qui rasent des villes. Et il en est d’autres – comme celle que les Etats-Unis et Israël viennent de livrer à l’Iran – qui rasent des hiérarchies. En quelques semaines, cette guerre a pulvérisé l’illusion la plus tenace du XXI<sup>e</sup> siècle, celle d’une Amérique encore capable de dicter seule ce qui est permis, puni ou toléré. Ce qui s’est joué n’est pas une simple bataille de plus au Moyen-Orient. C’est la fin d’une ère.</em></strong></p>



<p><strong>Yahya Ould Amar *</strong></p>



<span id="more-18604472"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/02/Ould-Amar-Yahya.jpg" alt="" class="wp-image-335526"/></figure>
</div>


<p>Cette guerre a certes ravagé des infrastructures, bouleversé les flux énergétiques et mis en tension tout le Moyen-Orient et l’économie à l’échelle du globe, mais elle a révélé la distribution réelle de la puissance dans cette partie du monde.</p>



<p>Les gagnants ne sont pas ceux que l’on désigne spontanément. Les perdants non plus. Car, dans les guerres modernes, le vainqueur n’est pas celui qui frappe le plus fort, mais celui qui modifie à son avantage la perception du possible, du durable et du coûteux. La victoire n’y est pas seulement militaire. Elle est politique, psychologique et civilisationnelle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le premier gagnant</h2>



<p>Le premier gagnant est l’Iran – même s’il a payé un prix élevé. Une puissance ne se juge pas seulement à l’étendue des destructions subies, mais à sa capacité à empêcher l’adversaire d’atteindre ses objectifs. Or les objectifs américains n’étaient pas seulement de punir l’Iran. Ils étaient principalement de le faire plier au dictat des Etats-Unis, de reprendre la maîtrise du détroit d’Ormuz, de protéger sans faille ses alliés, d’imposer à Téhéran une capitulation stratégique.</p>



<p>Rien de cela n’a été obtenu. Le cessez-le-feu lui-même a été suspendu à la réouverture du détroit par l’Iran – il avait toujours été ouvert gratuitement à la navigation avant les hostilités – et les discussions ont fait émerger jusqu’à l’acceptation de la question de compensations et de frais de passage pour les réparations des préjudices subis par l’Iran, signe qu’Ormuz n’est pas redevenu un espace organisé par Washington, mais un levier dont Téhéran demeure le seul vrai arbitre.</p>



<p>C’est là le fait majeur. L’Iran confirme qu’une puissance sous sanctions, isolée, visée depuis près d’un demi-siècle par une pression militaire, financière et diplomatique continue, peut encore faire échec à l’entreprise américaine de domination régionale. Il démontre qu’à l’âge des missiles, des drones, des capacités de déni d’accès et de la vulnérabilité des routes énergétiques, la supériorité technologique ne suffit plus à produire la soumission politique. Il suffit de tenir, de durer, d’absorber le choc et de rendre le coût de la victoire adverse supérieur à ses bénéfices. C’est une nouvelle dissuasion qui n’est pas celle des puissants. C’est celle du faible qui a compris que, à l’âge des drones et des missiles hypersoniques, tenir suffit parfois à vaincre.</p>



<p>Sun Tzu l’avait déjà murmuré il y a vingt-cinq siècles : <em>«La victoire suprême est de briser la volonté de l’ennemi sans combattre»</em>. L’Iran n’a pas brisé l’Amérique, il a simplement montré qu’elle pouvait être contrainte. Et cela change tout.</p>



<p>La leçon dépasse l’Iran. Elle concerne tous les États qui observent le système international se transformer. La force n’y disparaît pas, elle change de rendement. Elle détruit encore, mais elle convainc moins, elle ouvre des fronts qu’elle ne referme pas.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le second gagnant</h2>



<p>Le second gagnant est Israël, l’initiateur de cette guerre. Vu de Jérusalem, le résultat stratégique de celle-ci est limpide. Israël n’a jamais recherché seulement des trêves. Il a recherché une architecture régionale dans laquelle son utilité sécuritaire deviendrait indispensable aux monarchies arabes et, pourquoi pas au-delà, à une partie du monde sunnite. Or les frappes iraniennes contre des sites du Golfe et l’incapacité du parapluie américain à garantir une invulnérabilité réelle produisent exactement cet effet.</p>



<p>Cette dynamique ne relève pas uniquement du calcul stratégique. Elle s’inscrit aussi dans une vision du monde où la menace iranienne est érigée en péril existentiel. Depuis des décennies, Benjamin Netanyahu porte cette lecture et n’a cessé d’en convaincre Washington, jusqu’à peser décisivement dans l’engagement américain. Cette vision trouve un écho puissant aux États-Unis auprès des milieux évangélistes, pour lesquels le destin d’Israël s’inscrit dans une lecture quasi prophétique de l’histoire.</p>



<p>Entre stratégie, croyance et projection, la guerre s’est aussi jouée dans cet espace où l’irrationalité se mêle à la conviction.</p>



<p>La nouveauté n’est donc pas seulement militaire, elle est psychologique. Pendant des années, les monarchies ont cru acheter la sécurité en important des armes, en finançant des partenariats occidentaux et en s’abritant sous la bannière américaine. Cette guerre leur révèle qu’on peut acheter des systèmes d’armement sophistiqués, mais on n’achète ni la décision politique de se battre jusqu’au bout pour vous, ni la certitude d’un ciel hermétique.</p>



<p>Entre la richesse et la sécurité, il y a un vide que les gros contrats d’armements et les investissements des recettes pétrolières des monarchies dans l’économie américaine ne comblent pas.</p>



<p>Israël, lui, vend moins une promesse qu’une compétence sur la défense antimissile, le renseignement, la guerre électronique, les frappes préventives, la profondeur stratégique partagée avec les monarchies. Dans le nouvel imaginaire sécuritaire de celles-ci, cela compte davantage que les déclarations solennelles de Washington.</p>



<p>Cette angoisse sécuritaire rencontre un vieux soubassement historique. Dans l’imaginaire politique du Golfe, la rivalité avec la puissance perse n’est jamais tout à fait dissociable de la vieille fracture entre univers chiite et monde sunnite – la guerre Iran/Irak en est un exemple.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le premier perdant</h2>



<p>Les États-Unis, eux, sortent de cette séquence comme le premier grand perdant. Ils ont perdu sur le terrain de la dissuasion. Une puissance dissuade lorsqu’elle persuade l’adversaire que résister est inutile. Or l’Iran a résisté. Il a encaissé, répliqué, tenu le verrou d’Ormuz et imposé la perspective d’une guerre longue, coûteuse, politiquement corrosive.</p>



<p>À partir de là, l’Amérique a cessé d’être une puissance qui impose pour redevenir une puissance qui menace puis négocie.</p>



<p>Le recours à une médiation extérieure, en l’occurrence pakistanaise, dit beaucoup. On n’est plus dans l’âge du commandement, on entre dans celui des transactions sous contrainte.</p>



<p>Les États-Unis ont perdu aussi sur le terrain du leadership. Cette guerre le montre avec force en rappelant la dévaluation ancienne de la parole américaine, de la rupture de tous les traités avec les nations amérindiennes aux retraits contemporains d’accords majeurs, qu’il s’agisse du traité sur les missiles antibalistiques, de l’accord nucléaire iranien, du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, de l’accord de Paris ou d’autres encore.</p>



<p>Une puissance qui fait de l’engagement une option finit par transformer sa propre signature en instrument provisoire. Or une signature provisoire ne fonde aucun ordre international. Elle produit de la méfiance, puis de la distance, puis des stratégies de contournement. C’est ainsi que les empires cessent d’être des centres de gravité pour devenir des facteurs d’incertitude.</p>



<p>Aujourd’hui, l’Amérique populiste a accentué dans l’arrogance ce constat, elle ne structure plus l’ordre international, elle l’expose à l’aléa – devenant ainsi une puissance du désordre. Le leadership appartient à celui qui rétablit l&rsquo;ordre et non le contraire.</p>



<p>Washington n’a pas seulement été incapable de rétablir à lui seul la liberté de navigation, demandant sans succès une aide des puissances alliées – on se rappelle des insultes proférées contre Macron après son refus d’envoyer la marine française dans le détroit d’Ormuz pour ne pas cautionner une guerre illégale.</p>



<p>Washington a dû également constater qu’au Conseil de sécurité, la volonté américaine ne suffisait plus, puisque la Russie et la Chine ont bloqué une résolution, tandis que d’autres acteurs se sont installés dans la médiation et la gestion de crise.</p>



<p>L’ordre international ne répond plus à une seule capitale. Il se fragmente autour de centres de décision concurrents.</p>



<p>À cela s’ajoute une défaite morale. Lorsqu’une grande puissance en vient à menacer l’anéantissement d’une civilisation, à banaliser l’idée de frapper des infrastructures civiles et à laisser prospérer une rhétorique d’éradication, elle détruit le socle de légitimité dont elle avait besoin pour se présenter comme gardienne d’un ordre mondial. La condamnation de ces menaces par des voix internationales de premier plan (à commencer par le Pape) a montré qu’une ligne rouge avait été franchie.</p>



<p>Une puissance qui prétend défendre le droit tout en parlant le langage de l’anéantissement ne fait plus peur seulement à ses ennemis. Elle inquiète le monde entier. Et ce que le monde a entendu du Président Trump, c’est la fin de l’Amérique comme référence éthique. Il ne reste plus qu’une superpuissance… imprévisible, et désormais dangereuse pour tous, y compris pour ses propres alliés.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le second perdant</h2>



<p>Les monarchies du Golfe, elles aussi, comptent parmi les perdants. Leur faiblesse n’est pas seulement militaire. Elle est structurelle. Elles ont découvert que des économies prospères, des infrastructures ultramodernes et des budgets de défense massifs ne suffisent pas à fabriquer une autonomie stratégique. Leurs ports, leurs installations énergétiques, leurs réseaux vitaux et jusqu’à leurs horizons urbains dépendent d’un environnement régional qu’elles ne contrôlent pas. Leur vulnérabilité n’est pas un accident de parcours. Elle tient à leur position même dans le système régional. Elles sont riches, mais exposées. Centrales pour les marchés, mais périphériques dans la décision stratégique. Redoutées pour leur influence financière, mais incapables d’imposer seules une dissuasion crédible à leurs frontières.</p>



<p>Les frappes ayant visé des infrastructures du Golfe (pétrolières, de dessalement d’eau de mer…) &nbsp;l’ont rendu visible au grand jour. Sachant que le bombardement des installations nucléaires iraniennes par les Etats-Unis et Israël, pourra empoisonner tout le Golfe Persique avec des matériaux radioactifs. Cela mettrait instantanément hors service les usines de dessalement dans les monarchies qui fournissent 100 % de l’eau potable, même si ces usines peuvent éliminer les éléments radioactifs avec une efficacité de 90 %, mais les risques à long terme pour l’approvisionnement alimentaire (poissons) et les sédiments resteront radioactifs pendant au moins un siècle voire plus.</p>



<p>Les monarchies ne peuvent ni rompre avec Washington sans risque, ni continuer à s’en remettre exclusivement à lui sans naïveté. Elles ne peuvent pas davantage ignorer Israël, dès lors que la protection américaine a montré ses limites et que l’Iran s’est affirmé comme menace concrète pour leurs équilibres internes et leurs intérêts vitaux.</p>



<p>Ce que cette guerre installe, c’est moins une alliance sentimentale qu’une convergence de nécessité. Les monarchies du Golfe se rapprochent inexorablement d’Israël non parce qu’elles l’auraient soudainement souhaité, mais parce qu’elles ne peuvent plus penser leur sécurité comme avant.</p>



<p>La marge pour les monarchies est réduite, se soumettre à Israël ou à l’Iran qui était – pour sa survie – obligé de les bombarder.</p>



<p>Cette guerre leur a rappelé la loi implacable de l’histoire que la richesse sans puissance est une invitation au chantage. Et le chantage, Israël et l’Iran le maîtrisent à la perfection.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La fin du pouvoir d’organiser le monde</h2>



<p>C’est pourquoi cette guerre marque un basculement. Le passage vers un ordre multipolaire est la traduction politique d’un ensemble de bouleversements déjà à l’œuvre comme la diffusion irréversible des capacités militaires de précision, la montée des puissances intermédiaires, l’érosion du leadership américain, le retour de la géographie contre les empires de projection, l’affaiblissement du monopole occidental sur les normes, la contestation croissante de la centralité du dollar, la fragmentation des chaînes logistiques.</p>



<p>La multipolarité ne signifie pas l’avènement d’un nouvel ordre stable. Elle signifie d’abord qu’aucune puissance ne peut plus convertir seule sa supériorité militaire en obéissance régionale durable. Elle signifie aussi que les médiations se diversifient, que les dépendances monétaires se relativisent, que les routes commerciales deviennent des instruments de négociation, et que la géographie reprend ses droits contre les empires de projection.</p>



<p>Aucune puissance, désormais, n’est assez forte pour organiser seule le monde. Plusieurs le sont assez pour empêcher les autres de l’organiser.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’équilibre iranien-israélien au Moyen-Orient </h2>



<p>Dans cette nouvelle configuration, un équilibre régional se dessine. D’un côté, l’Iran s’impose comme la puissance qui a opposé à l’hégémonie américaine une résistance suffisamment efficace pour imposer le respect de ses lignes rouges et porter à la table des discussions des exigences de non-agression, de compensation et de contrôle politique accru sur Ormuz. De l’autre, Israël consolide sa place comme pivot sécuritaire pour les monarchies du Golfe et, par extension, pour une partie du système sunnite.</p>



<p>Ce face-à-face n’est pas la paix. Mais c’est un équilibre. Or, dans l’histoire du Moyen-Orient, les équilibres comptent souvent davantage que les proclamations, parce que la stabilité n’y naît pas des discours, mais de l’acceptation contrainte, parfois tacite, d’un rapport de forces que nul ne peut abolir sans risquer l’embrasement général.</p>



<p>Paradoxalement, cet équilibre peut rouvrir l’espace d’un règlement de la question palestinienne. Non par générosité soudaine, mais par logique stratégique.</p>



<p>Les monarchies qui se rapprocheront davantage d’Israël auront besoin de présenter à leurs opinions publiques et au monde arabe un dividende politique, et aucun dividende n’est plus structurant que la perspective d’un règlement négocié de la question palestinienne. Car aucune architecture régionale ne sera durable si elle prétend intégrer Israël dans la sécurité du monde arabe tout en laissant en suspens la question qui structure depuis des décennies la conscience politique de la région.</p>



<p>Israël, de son côté, découvrira qu’une intégration régionale durable ne peut reposer sur la seule force militaire, surtout dans un environnement où la profondeur des menaces s’est élargie.</p>



<p>Quant à l’Iran, s’il veut convertir sa résilience en rang durable, il lui faudra montrer qu’il peut être autre chose qu’une puissance de perturbation, et que sa capacité d’empêchement peut aussi servir une stabilisation négociée.</p>



<p>Lorsque les rapports de force se clarifient, les guerres par procuration perdent une partie de leur utilité. Elles ne disparaissent pas par enchantement. Mais elles deviennent plus coûteuses politiquement pour des acteurs désormais contraints de composer dans un espace moins unipolaire, plus interdépendant, plus surveillé par les marchés, les opinions et les puissances rivales.</p>



<p>La vraie lecture de cette guerre est là. Elle ne consacre pas la toute-puissance d’un camp. Elle enterre une illusion. Celle d’une Amérique capable de punir sans limite, de protéger sans faille, de dicter les termes de l’ordre et de rester, malgré tout, le centre moral du système international. Cette illusion s’est brisée sur l’Iran. Et, dans le même mouvement, elle a rapproché Israël du cœur de la sécurité arabe.</p>



<p>Au terme de cette séquence, le bilan est net. L’Iran a gagné en statut et en respect. Israël a gagné en centralité stratégique. Les États-Unis ont perdu en dissuasion, en crédibilité et en autorité morale. Les monarchies du Golfe ont perdu leur dernière illusion d’invulnérabilité. </p>



<p>C’est ainsi que s’achèvent les cycles impériaux. Ils ne se ferment pas dans l’effacement de la puissance, mais dans son incapacité à produire de l’ordre. Les armes peuvent continuer de frapper, elles ne suffisent plus à convaincre, ni à soumettre, ni à stabiliser.</p>



<p>L’Amérique ne disparaît pas ; elle change de nature et glisse d’un centre organisateur vers une force de désordre qui dérègle ce qu’elle prétendait structurer. Car une puissance cesse de dominer lorsque se fissurent les garanties qui fondaient sa légitimité : la sécurité des routes maritimes, le respect du droit, la solidité de la parole donnée, la protection effective des alliés. À cet instant, elle ne façonne plus l’histoire ; elle y prend place, comme l’une de ces puissances qui ont perdu la capacité de l’organiser.</p>



<p><em>* Economiste, banquier et financier.</em></p>
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			</item>
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		<title>Les monarchies du Golfe à l’heure du choix stratégique</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/16/les-monarchies-du-golfe-a-lheure-du-choix-strategique/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 16 Mar 2026 07:45:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
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		<category><![CDATA[pétrodollar]]></category>
		<category><![CDATA[Yahya Ould Amar]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour les monarchies du Golfe, la guerre contre l’Iran a mis fin à la fiction de la protection américaine. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/16/les-monarchies-du-golfe-a-lheure-du-choix-strategique/">Les monarchies du Golfe à l’heure du choix stratégique</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>La guerre contre l’Iran a déplacé les lignes militaires mettant fin à la fiction de la protection américaine qui repose sur un calcul de priorités, de coûts, de risques. Or un calcul se révise. Pendant des décennies, les monarchies du Golfe ont cru pouvoir convertir leur rente en sécurité durable en achetant des armes, hébergeant des bases, déléguant l’essentiel de la dissuasion à Washington. La guerre des Etats-Unis et Israël contre l’Iran a révélé la faiblesse de ce modèle. Le parapluie sécuritaire cesse d’être un bouclier lorsqu’il transforme le territoire qu’il couvre en cible avancée.</em></strong></p>



<p><strong>Yahya Ould Amar</strong> *</p>



<span id="more-18480820"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/02/Ould-Amar-Yahya.jpg" alt="" class="wp-image-335526"/></figure>
</div>


<p>Cette dépendance est aussi monétaire et financière. Le pétrole des monarchies du Golfe est vendu en dollars et leurs excédents sont largement placés dans des actifs libellés dans cette devise, au premier rang desquels les obligations du Trésor américain.</p>



<p>Les monnaies de la région sont arrimées au dollar avec une parité quasi-fixe ; leurs fonds souverains déploient l’essentiel de leurs portefeuilles sur les marchés financiers américains ; leurs importations stratégiques — de l’armement aux technologies — se règlent dans cette même monnaie, tandis que de grands fonds américains détiennent des participations dans une partie du système bancaire régional. Autrement dit, une part significative de la richesse du Golfe est structurellement dollarisée.</p>



<p>Cette architecture du pétrodollar a longtemps reposé sur un pacte implicite, les monarchies du Golfe fournissent l’énergie et recyclent leurs excédents financiers dans des actifs en dollars renforçant de facto la demande en cette devise, tandis que les États-Unis garantissent la stabilité du système et la sécurité des routes maritimes par lesquelles transitent pétrole et commerce international, eux-mêmes largement libellés en dollars.</p>



<p>Mais lorsque la garantie sécuritaire devient incertaine, l’équilibre se fragilise. La dollarisation des richesses expose ces économies à des arbitrages stratégiques qu’elles ne maîtrisent pas entièrement, tandis que les investissements et engagements internationaux au Moyen-Orient pourraient être réévalués – fortement à la baisse – à la lumière d’un risque géopolitique désormais plus direct.</p>



<p>Les monarchies du Golfe découvrent qu’en s’insérant trop profondément dans l’architecture de défense des intérêts d’une puissance extérieure, elles entrent aussi dans la logique de ses conflits. Dès lors, la dépendance apparaît comme une perte de maîtrise de sa propre sécurité.</p>



<p>Ces pays importent ainsi des ennemis, un calendrier, parfois des guerres. Car dans un conflit majeur entre puissances, les petits États riches cessent rapidement d’être maîtres de leur position, leurs ports, leurs infrastructures, leurs capitaux et leurs territoires deviennent des enjeux que l’un des protagonistes cherchera à contrôler afin d’empêcher qu’ils ne renforcent le camp adverse.</p>



<p>C’est là le vrai tournant. La guerre contre l’Iran leur a appris qu’ils étaient faibles ; elle leur a appris que la richesse ne dispense jamais de penser sa propre survie.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La révélation de la guerre</h2>



<p>La guerre contre l’Iran a révélé trois faits que les pays du Golfe ne peuvent plus contourner.</p>



<p>D’abord, les limites de la protection extérieure, même la première puissance militaire du monde ne peut garantir, à coût supportable, l’inviolabilité d’un espace saturé de missiles, de drones, de frappes indirectes et de menaces sur les infrastructures critiques.</p>



<p>Ensuite, la guerre moderne a surtout consacré l’usage massif des technologies de détection, de guidage, de drones, de missiles, de guerre électronique, tandis qu’elle relègue les chars lourds et une large part des quincailleries héritées du siècle précédent au rang d’armes obsolètes, coûteuses et inadaptés.</p>



<p>Enfin, acheter des armes n’équivaut pas à maîtriser la guerre. Un arsenal importé ne remplace ni une doctrine, ni une industrie, ni une compétence, ni une autonomie de décision.</p>



<p>Le diagnostic est implacable, les pays du Golfe sont confrontés à un problème de souveraineté stratégique. Tant que la sécurité reposait sur la rente, les bases alliées et la supériorité technologique occidentale, cette dépendance pouvait sembler rationnelle. Mais dès lors que le territoire peut être frappé vite, à bas coût, en profondeur et de façon répétée, la logique change. Une raffinerie, un port, un aéroport ou un site vital de dessalement d’eau deviennent des points de pression permanents.</p>



<p>Le vrai sujet des guerres asymétriques est d’être résilient, de posséder les moyens industriels, scientifiques, humains et institutionnels de faire durer plus longtemps une confrontation.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Premier choix : la soumission stratégique </strong></h2>



<p>Le premier choix des pays du Golfe est celui de l’alignement assumé sur le bloc américano-israélien. Il a sa logique, et il faut la prendre au sérieux.</p>



<p>Dans un environnement instable, marqué par la prolifération des missiles, la guerre électronique, les drones et l’incertitude nucléaire, s’adosser à la seule architecture militaire encore capable d’intégrer renseignement, défense antimissile, supériorité aérienne, cyberdéfense et profondeur logistique peut sembler rationnel. Pour les pays du Golfe, cette option offre l’accès à des technologies avancées, garanties politiques, coopération sécuritaire, protection diplomatique et insertion dans un système de puissance déjà organisé.</p>



<p>Vue sous cet angle, la dépendance n’apparaît pas comme une faiblesse, mais comme une méthode de survie à court terme dans un monde hiérarchisé où les puissances moyennes n’ont pas toujours les moyens de leur autonomie.</p>



<p>Mais cette stratégie a un prix, et ce prix finit par peser sur la substance même de la souveraineté. Ce prix est aussi politique, historique et symbolique. L’alignement sur le bloc américano-israélien entraîne une reconfiguration de la position arabe sur la question palestinienne. Les accords de normalisation ont déjà déplacé le centre de gravité régional, la cause palestinienne, longtemps présentée comme le socle du consensus diplomatique arabe, tend à devenir une variable secondaire dans une architecture de sécurité dominée par d’autres priorités, au premier rang desquelles l’endiguement de l’Iran chiite et l’intégration technologique et militaire avec Israël.</p>



<p>Mais cette évolution s’inscrit dans un processus plus large de recomposition du Moyen-Orient où certains projets stratégiques — intégration économique régionale, corridors énergétiques et sécuritaires, redéfinition des équilibres territoriaux — pourraient progressivement reléguer les droits nationaux palestiniens à la périphérie du nouvel ordre régional.</p>



<p>Dans ce contexte, l’idée d’un <em>«remodelage»</em> du Moyen-Orient renvoie à la possibilité d’un système régional stabilisé autour de rapports de puissance assumés et de faits accomplis.</p>



<p>Pour les monarchies du Golfe, la difficulté est donc profonde. En se rapprochant d’Israël pour des raisons stratégiques, elles risquent d’apparaître comme les partenaires d’une transformation régionale qui marginalise une cause demeurée centrale dans les opinions arabes et musulmanes. La sécurité obtenue à court terme s’accompagnerait ainsi d’un coût plus diffus de l’érosion progressive de la légitimité politique et symbolique des monarques dans leur propre environnement.</p>



<p>S’aligner sur Washington et Tel-Aviv c’est entrer dans une chaîne de dépendance technique, doctrinale et politique dont il devient difficile de sortir. On reçoit des systèmes, mais on ne maîtrise ni leur architecture profonde, ni leur maintenance complète, ni les conditions réelles de leur emploi. Surtout, on hérite d’un agenda stratégique qui n’est pas le sien. L’alliance dissuade certains adversaires, mais elle en désigne d’autres. À terme, le risque est de ne plus être un acteur qui choisit ses engagements, mais un territoire intégré à la logique de guerre d’autrui. Le confort de la protection se transformerait alors en servitude.</p>



<p>Ainsi, un pouvoir cesse d’être pleinement souverain lorsqu’il ne définit plus seul la hiérarchie de ses menaces, la limite de ses concessions. À ce stade, il ne protège plus ses intérêts ; il administre localement un ordre stratégique conçu par d’autres. La dépendance devient alors plus profonde que la simple alliance, car elle finit par paraître naturelle.</p>



<p>La vraie servitude moderne est là, pas dans la disparition des formes de l’État, mais dans l’aliénation de sa volonté.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Deuxième choix : la neutralité armée</h2>



<p>L’autre voie est celle de la neutralité armée. Elle part de l’idée que dans un monde instable, un État ne demeure libre qu’à la condition de ne dépendre d’aucun protecteur unique pour sa survie. La neutralité armée signifie donc le refus de l’alignement exclusif. Elle vise à parler à tous, commercer avec plusieurs pôles de puissance, diversifier les partenariats, tout en bâtissant une capacité propre de dissuasion, de résilience et de décision.</p>



<p>Pour les pays du Golfe, ce choix offrirait un avantage décisif de réduction du risque d’être entraînés dans des conflits qui ne sont pas les leurs tout en augmentant leur marge de manœuvre face aux Etats-Unis, la Chine, l’Europe, l’Inde, la Turquie ou l’Iran.</p>



<p>Mais la neutralité n’a de sens que si elle est adossée à une force réelle. Sans cela, elle n’est qu’un mot commode pour désigner l’impuissance. Être neutre dans une région saturée d’armements suppose bien davantage que l’achat d’équipements sophistiqués. Il faut une base industrielle capable de produire, entretenir et adapter les systèmes militaires, un tissu scientifique et technologique solide, des infrastructures protégées, une doctrine claire et une chaîne de commandement efficace.</p>



<p>La véritable question, est-ce que les monarchies du Golfe disposent du vivier scientifique, des institutions académiques et de la culture stratégique nécessaires pour soutenir une telle ambition ? Une base industrielle de défense ne s’achète pas sur étagère. Elle se construit dans le temps long, à travers l’éducation, la recherche, la formation des élites techniques et la capacité de l’État à porter des programmes complexes sur plusieurs décennies. C’est à ce niveau que se joue la possibilité réelle d’une neutralité armée.</p>



<p>Une autre trajectoire théorique existerait pourtant. Autour du Golfe s’étend un vaste bassin de compétences scientifiques et techniques, de l’Afrique du Nord à l’Égypte, jusqu’au Pakistan, où se trouvent des universités anciennes, des écoles d’ingénieurs de haut niveau, des chercheurs et des élites techniques capables d’alimenter un écosystème régional d’innovation et de production. En s’ouvrant davantage, ce qui est peu probable, à ces ressources humaines et en organisant une coopération scientifique et industrielle à l’échelle de cet espace, les monarchies du Golfe pourraient progressivement renforcer la base intellectuelle et technologique nécessaire à une forme de neutralité armée crédible. Une telle stratégie supposerait toutefois un changement d’échelle dans la conception de leur environnement régional.</p>



<p>Jusqu’à présent, malgré l’ampleur de leurs capacités financières, les investissements du Golfe dans la structuration industrielle et scientifique de cet espace sont restés limités. Les flux financiers ont souvent pris la forme de soutiens ponctuels ou d’initiatives répondant aux cadres des institutions internationales de développement plutôt que celle d’une politique durable de co-construction économique et technologique avec les sociétés de leur voisinage.</p>



<p>En réalité, la neutralité armée suscite une objection immédiate, les monarchies du Golfe sont trop peu peuplées, trop dépendantes et trop liées aux circuits occidentaux pour prétendre à une autonomie stratégique réelle. Ils n’ont ni la culture stratégique ni la profondeur historique nécessaires pour soutenir une telle trajectoire.</p>



<p>Certes, la culture stratégique n’existe pas à l’état naturel, elle se construit sous la pression du risque, les épreuves, par l’éducation, les institutions, l’expérience, la formation des élites civiles et militaires.</p>



<p>La neutralité armée coûte chère, prend du temps, impose de rompre avec la facilité des achats clés en main et avec l’illusion selon laquelle la richesse dispense de produire sa propre sécurité.</p>



<p>Entre la neutralité stricte et l’alignement servile, on peut imaginer qu’il existe une voie praticable, celle d’une autonomie relative, imparfaite, mais suffisante pour empêcher que la prospérité du Golfe reste à jamais suspendue à la volonté, aux priorités et aux guerres des autres.</p>



<p>Or c’est précisément la masse stratégique qui fait défaut. Les projets évoquant la constitution d’une armée commune des monarchies du Golfe, d’une centaine de milliers d’hommes relèvent davantage de la mise en scène politique que d’une capacité militaire décisive.</p>



<p>Dans une région saturée de missiles balistiques, de drones longue portée, de forces terrestres et de puissances disposant de centaines de milliers de soldats équipés et entrainés, une force régionale de cent mille hommes pèserait peu dans l’équation stratégique. Elle ne disposerait ni de l’autonomie satellitaire, ni du renseignement global, ni de la profondeur logistique, ni des architectures intégrées de défense antimissile qui constituent aujourd’hui le véritable cœur de la puissance militaire moderne.</p>



<p>Autrement dit, même armée, cette neutralité resterait dépendante.</p>



<p>Les monarchies du Golfe incarnent une forme paradoxale de puissance, une richesse financière considérable, mais sans la masse démographique, industrielle et scientifique qui transforme l’argent en puissance stratégique durable. Elles sont des puissances de capitaux, non des puissances de guerre.</p>



<p>Dans ces conditions, la neutralité armée apparaît moins comme une stratégie que comme une aspiration. Faute de pouvoir produire seules leur sécurité dans un environnement géopolitique aussi complexe, les monarchies du Golfe demeurent structurellement ramenées vers l’option qui leur garantit la survie immédiate, c’est-à-dire&nbsp; l’arrimage au système de sécurité dominé par les États-Unis et Israël, au risque d’entamer l’érosion de la légitimité des monarques aux yeux de leurs propres sociétés, où la cause palestinienne demeure un horizon moral que les calculs politiques ne parviennent jamais tout à fait à dissoudre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’extension asiatique</h2>



<p>Ce qui s’y joue concerne toutes les puissances moyennes qui vivent sous protection extérieure tout en redoutant d’en payer le prix. De Taipei à Tokyo, de Séoul à Manille, une même interrogation, jusqu’où une grande puissance peut-elle encore protéger ses alliés sans les mettre en premières lignes d’un affrontement qui les dépasse ?</p>



<p>Le Golfe fonctionne ici comme un laboratoire. Il montre qu’un dispositif de sécurité peut rassurer en temps de paix, puis devenir, en temps de crise, un mécanisme d’exposition. Il rappelle qu’adosser sa défense à une puissance, c’est aussi entrer dans sa géographie de guerre, dans ses priorités, dans ses seuils d’escalade, dans ses arbitrages.</p>



<p>L’Asie regarde donc le Golfe comme une préfiguration. Le XXI<sup>e</sup> siècle ne laissera pas beaucoup de place aux puissances moyennes passives. Il les forcera à choisir entre deux positions : rester des partenaires protégés, mais stratégiquement dépendants, ou construire une autonomie relative, coûteuse mais durable.</p>



<p>En ce sens, de Riyad à Taipei, une même question s’impose, sur deux fronts distincts, que vaut une alliance lorsque le prix de la protection devient voisin du prix de l’exposition ?</p>



<p>Le Golfe devient ainsi un miroir stratégique dans lequel les alliés asiatiques de Washington observent leur propre avenir.</p>



<p>Enfin, les monarchies du Golfe ont bâti un système fondé sur la rente et la protection extérieure. Tant que l’ordre international restait stable, ce compromis pouvait fonctionner. Mais dans un monde de frappes à longue portée, de rivalités entre puissances et de guerres hybrides, ce modèle montre ses limites pour des petits pays riches.</p>



<p>L’alignement garantit une protection mais entraîne dans les logiques de conflit des autres et de soumission. L’autonomie promet la souveraineté mais exige un effort historique de transformation scientifique, industrielle et stratégique.</p>



<p>C’est là que se joue l’avenir du Golfe. Les monarchies disposent du capital et de la stabilité politique nécessaires pour engager cette transformation, mais elles ne disposent pas encore de la masse stratégique qui la rend crédible à court terme et moyen termes. Elles resteront donc, pour un temps, arrimées à l’architecture de sécurité américano-israélienne.</p>



<p>Pourtant la question posée par la guerre dépasse la seule région. Elle concerne toutes les puissances moyennes qui prospèrent sous protection extérieure. Le XXIᵉ siècle les place devant une alternative simple. Accepter une sécurité dépendante et les contraintes qui l’accompagnent, ou entreprendre la construction lente et coûteuse d’une puissance propre.</p>



<p>Le Golfe entre dans ce moment où la richesse ne suffit plus et où l’histoire demande autre chose qu’un équilibre financier. Elle demande une stratégie.</p>



<p><em>* Economiste, banquier et financier.</em></p>



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		<title>La guerre des illusions au Moyen-Orient</title>
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		<pubDate>Sat, 07 Mar 2026 07:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
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		<category><![CDATA[Yahya Ould Amar]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La guerre israélo-américaine contre l'Iran met en lumière une chaîne d’illusions — américaines, israéliennes, régionales et internationales. </p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Il est des guerres qui naissent d’une nécessité stratégique, et d’autres qui prennent forme dans l’ombre des illusions. La campagne militaire américano-israélienne contre l’Iran qui s’est ouverte semble appartenir à cette seconde catégorie. À peine déclenchée, elle révèle déjà une accumulation de certitudes fragiles, de paris stratégiques hasardeux et de doctrines héritées d’un autre temps. Washington poursuit l’objectif d’une transformation politique imposée par la force en espérant provoquer un changement de régime à Téhéran, tandis qu’Israël agit au nom d’une refonte durable de son environnement régional.</em></strong></p>



<p><strong>Yahya Ould Amar *</strong></p>



<span id="more-18443057"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/02/Ould-Amar-Yahya.jpg" alt="" class="wp-image-335526"/></figure>
</div>


<p>Le Moyen-Orient a toujours été le théâtre de projets géopolitiques visant à le transformer ou le redessiner. La guerre actuelle met en lumière une chaîne d’illusions — américaines, israéliennes, régionales et même internationales — qui, combinées, transforment un calcul de puissance en un conflit dont nul ne semble aujourd’hui maîtriser les conséquences.</p>



<p>Comme jadis l’Empire perse — vaste puissance s’étendant de l’Inde à la Méditerranée — se dressa face à l’ambition d’Alexandre Le Grand, comme l’Empire ottoman résista aux entreprises britanniques, comme l’Amérique s’est heurtée aux montagnes afghanes, l’Orient rappelle sans cesse la même leçon, qu’il n’est pas un échiquier que l’on redessine à volonté. C’est une terre ancienne, faite d’empires, de peuples et de mémoires profondes — un sable mouvant qui finit toujours par engloutir ceux qui croient pouvoir le dompter.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Illusion américaine du changement de régime par la force</h2>



<p>La première illusion est américaine. Elle s’inscrit dans une conviction que l’usage de la force provoque un changement politique rapide et fait naître spontanément des <em>«démocraties»</em> dociles.</p>



<p>Depuis l’Irak en 2003 jusqu’à la Libye en 2011, l’hypothèse implicite est la même, il suffit de frapper un régime autoritaire suffisamment fort pour le désorganiser, et les sociétés locales finiront par produire d’elles-mêmes un nouvel ordre politique plus favorable aux Etats-Unis.</p>



<p>Malgré les prétextes évoqués pour déclencher la guerre contre l’Iran, rien ne prouve que le président Trump se soucie de la démocratie ou du peuple iranien, ou des peuples d’autres pays opprimés par des autocrates ou des dictateurs dont certains comptent parmi ses amis.</p>



<p>L’idée que la décapitation du pouvoir iranien, combinée à des frappes massives et à une pression économique extrême – depuis près de cinquante ans – pourrait provoquer une crise interne majeure du régime, a constitué l’un des paris implicites de l’escalade.</p>



<p>Mais la réalité au Moyen Orient est presque inverse. Les sociétés confrontées à une attaque extérieure ont souvent tendance à se rallier à l’État, même lorsque ce dernier est contesté. En Iran, les premiers effets du conflit semblent confirmer ce schéma. Les bombardements n’ont pas provoqué l’effondrement du régime ; ils ont au contraire marginalisé l’opposition interne et renforcé le réflexe de défense nationale.</p>



<p>À cette première illusion s’en ajoute une seconde, plus lourde de conséquences, la croyance que la guerre peut rester un instrument politique contrôlable.</p>



<p>Toute stratégie militaire repose sur une hypothèse implicite de sortie. Or la confrontation actuelle révèle l’érosion profonde de la confiance iranienne dans tout processus de négociation avec les Etats-Unis. Les cycles répétés de pourparlers, brusquement interrompus par des actions militaires de Washington, ont laissé une empreinte durable, aux yeux de Téhéran, la parole américaine n’est plus crédible.</p>



<p>Dans ces conditions, toute tentative de dialogue peut être interprétée comme une manœuvre tactique plutôt que comme une véritable ouverture diplomatique.</p>



<p>Ainsi se met en place un mécanisme redouté, plus la guerre se prolonge, plus il devient difficile de trouver un interlocuteur crédible pour y mettre fin, les principaux dirigeants ayant été éliminés physiquement, le vide politique rend toute négociation non seulement improbable, mais suspecte par avance. Trump peut toujours siffler la fin de la partie, en déclarant <em>«sa»</em> victoire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Illusion israélienne de remodeler le Moyen-Orient par la force</h2>



<p>Du côté israélien, l’illusion est d’une autre nature, plus ancienne et plus ambitieuse. Elle relève d’une doctrine stratégique profondément ancrée, la conviction que le pays peut, par une série d’attaques militaires décisives portées aux autres, transformer durablement son environnement régional et <em>«changer le visage du Moyen-Orient»</em>, selon la formule récurrente de Netanyahu. Cette vision remonte aux analyses formulées dans les années 1980 et 1990, depuis les réflexions d’Oded Yinon jusqu’au rapport <em>A Clean Break</em>. Elle repose sur l’idée que l’affaiblissement militaire de ce que certains qualifient d’<em>«axe de la résistance»</em> pourrait, à terme, ouvrir la voie à un nouvel équilibre régional plus favorable à Israël.</p>



<p>Dans cette lecture, le Moyen-Orient demeure marqué par la fragilité de structures étatiques souvent issues des héritages coloniaux et traversées par de profondes lignes de fracture ethniques, religieuses ou communautaires. L’hypothèse implicite est que l’exploitation ou l’accentuation de ces dynamiques internes pourrait contribuer à redessiner l’environnement géopolitique régional de manière à réduire durablement les menaces pesant sur la sécurité d’Israël.</p>



<p>Dans une telle logique, cela pourrait susciter l’inquiétude d’autres puissances régionales, qui pourraient redouter qu’une dynamique de recomposition ne finisse par affecter l’ensemble du Moyen-Orient.</p>



<p>Des États comme l’Égypte ou la Turquie, dont la stabilité repose sur des équilibres politiques et territoriaux complexes, pourraient difficilement rester indifférents à toute dynamique régionale qui banaliserait l’idée d’une recomposition des États du Moyen-Orient le long de lignes identitaires ou confessionnelles.</p>



<p>Pourtant, cette ambition porte en elle des risques abyssaux et des limites structurelles, car la supériorité technologique et aérienne peut briser des armées, paralyser des infrastructures et éliminer des chefs ; elle ne refaçonne pas les nations ni les âmes. Le risque majeur est celui du boomerang stratégique, un Iran humilié mais uni dans le martyre, un Hezbollah régénéré, une radicalisation régionale qui alimentera de nouvelles générations de résistance asymétrique.</p>



<p>Les limites sont plus profondes encore, les bombardements n’ont jamais, depuis la Seconde Guerre mondiale, renversé durablement un régime déterminé ni fait naître l’ordre espéré. Ils durcissent au contraire les sociétés, transforment les dictatures en symboles nationaux et épuisent l’agresseur lui-même.</p>



<p>L’histoire géopolitique est impitoyable, aucun empire n’a jamais réussi à imposer durablement sa volonté à l’Orient, par la seule force des armes.</p>



<p>Car frapper l’Iran aujourd’hui, c’est réveiller la Perse éternelle, celle qui a vu passer Cyrus, Darius, les Sassanides, les Safavides… et qui sourit encore devant les empires éphémères.</p>



<p>Le Moyen-Orient n’est pas seulement un espace stratégique ; c’est aussi un espace de mémoires, d’identités et de récits historiques profondément enracinés. Les guerres y modifient les équilibres de puissance, mais elles ne transforment pas les imaginaires collectifs qui structurent les sociétés.</p>



<p>Dans une région façonnée par des siècles de conflits et de rivalités, la paix n’est pas une concession mais l’expression la plus élevée de la stratégie. Les guerres peuvent déplacer des frontières, elles ne transforment jamais les sociétés. Seule la paix a la capacité de modifier les perceptions, de reconstruire les imaginaires politiques et de créer les conditions d’un ordre durable.</p>



<p>Dans un Moyen-Orient épuisé par les cycles de violence, la véritable audace est bien de rendre enfin possible la prochaine paix.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Illusion du parapluie sécuritaire américain</h2>



<p>La guerre révèle également les failles d’un autre pilier de l’ordre régional, la sécurité garantie par des alliances avec les Etats-Unis. Depuis plusieurs décennies, les monarchies du Golfe ont construit leur stabilité autour d’un partenariat sécuritaire étroit avec les États-Unis, complété par l’acquisition de systèmes de défense avancés mais technologiquement bridés par rapport à ceux fournis à Israël.</p>



<p>Ce modèle repose sur une double hypothèse que la présence américaine dissuade les adversaires, et la technologie peut neutraliser la plupart des menaces, ce qui n’a pas été observé lors de l’attaque israélienne sur le Qatar en 2025. Mais la guerre actuelle expose les failles de cette architecture. Les bases américaines installées dans la région constituent certes un instrument de dissuasion, mais elles deviennent aussi des cibles dans un conflit ouvert. Quant aux systèmes antimissiles, ils restent confrontés à une limite de saturation ou de stock disponible localement ou produit aux Etats-Unis. Dans une guerre prolongée mêlant drones, missiles balistiques et attaques asymétriques, la défense technologique se révèle bien vulnérable que coûteuse.</p>



<p>Une autre illusion se dissipe à mesure que le conflit se prolonge qui est celle d’une guerre régionale maîtrisable. Les marchés financiers ont immédiatement réagi aux premières frappes par une volatilité brutale et des pertes massives, révélant la sensibilité extrême de l’économie mondiale à toute perturbation dans une région qui concentre encore une part importante de l’approvisionnement énergétique mondial. Les premières estimations évoquent déjà des pertes de plusieurs milliers de milliards de dollars sur les marchés internationaux dans les premiers jours du conflit, sans compter les impacts sur la croissance et l’inflation.</p>



<p>Dans un système économique profondément interconnecté, une guerre régionale au Moyen-Orient devient rapidement un choc systémique pour l’ensemble de l’économie mondiale.</p>



<p>La guerre, qui semblait au départ un calcul stratégique régional, devient ainsi un facteur d’instabilité systémique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Illusion confessionnelle et mémoire des quatorze siècles</h2>



<p>Une autre illusion, plus ancienne et profondément enracinée, tient à la lecture confessionnelle du Moyen-Orient. Depuis quatorze siècles, la fracture entre sunnites et chiites nourrit l’imaginaire politique et alimente périodiquement, dans les Etats sunnites du Moyen Orient, la crainte d’une influence iranienne s’exerçant à travers les communautés chiites présentes. Ces dernières vivent pourtant depuis des siècles au cœur de ces sociétés — du Liban à l’Irak, du Koweït à l’Arabie Saoudite — où les loyautés nationales, sociales et politiques se révèlent bien plus complexes que ne le suggère la seule grille confessionnelle. Mais l’attaque récente de bases américaines et autres lieux dans le Golfe par l’Iran a ravivé des peurs anciennes, réveillant le spectre d’un clivage qui traverse l’histoire islamique depuis près de quatorze siècles. Ainsi, derrière l’affrontement géopolitique ressurgissent des inquiétudes historiques qui continuent de façonner les perceptions stratégiques de la région.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Illusion iranienne</h2>



<p>Il serait toutefois erroné de considérer que seules les Etats-Unis et Israel nourrissent des illusions stratégiques, l’Iran lui-même fonde sa stratégie sur un pari inverse, celui de la résilience. Depuis plusieurs décennies, la doctrine militaire iranienne repose sur la conviction qu’un adversaire technologiquement supérieur peut être épuisé dans une guerre longue, grâce à la profondeur territoriale, à la dispersion des infrastructures et à l’usage de moyens asymétriques. Cette stratégie n’est pas sans rationalité. Mais elle comporte elle aussi des dangers telles que la destruction progressive des infrastructures et la pression économique interne. La résilience peut prolonger une guerre mais ne garantit pas nécessairement une victoire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Illusion de la protection Russe ou chinoise</h2>



<p>Une autre illusion selon laquelle la Chine ou la Russie pourraient offrir aux États menacés un véritable contrepoids face à la puissance occidentale.</p>



<p>Depuis une décennie, l’affirmation de Pékin et le retour militaire de Moscou ont nourri l’idée que l’érosion de l’hégémonie américaine ouvrirait un nouvel espace pour ces puissances. Mais l’expérience récente invite à la prudence. De l’Irak à la Libye, de la Syrie au Venezuela, et aujourd’hui à l’Iran, le soutien des grandes puissances rivales de Washington reste diplomatique, économique ou technologique. Lorsque le risque d’une confrontation directe avec les États-Unis apparaît, les solidarités proclamées cèdent toujours devant les calculs stratégiques.</p>



<p>La guerre actuelle rappelle cependant une réalité constante que la Chine et la Russie ne risquent jamais une confrontation directe pour défendre des partenaires lorsque leurs intérêts vitaux ne sont pas en jeu. Ces partenariats ou alliances sont souvent solides dans les discours et beaucoup plus incertaines lorsque les risques d’escalade deviennent existentiels.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Illusion de l’Onu comme gardienne de la paix</h2>



<p>Mais la désillusion la plus profonde concerne un autre pilier de l’ordre international contemporain, la croyance que le droit international et les institutions multilatérales pouvaient offrir une protection minimale aux États.</p>



<p>Depuis 1945, l’architecture construite autour de l’Onu portait l’ambition d’un système où la force serait, sinon abolie, du moins encadrée par des règles collectives. Pour les États l’existence d’un droit international, d’instances de médiation et d’un Conseil de sécurité chargé de préserver la paix représentait l’espoir d’un monde où la puissance brute ne serait plus l’unique arbitre des conflits. Or les guerres du XXI<sup>e</sup> siècle ont révélé l’écroulement de cet édifice normatif.</p>



<p>Les résolutions paralysées par les rivalités entre grandes puissances, les vetos successifs qui neutralisent toute action collective, ont neutralisé les mécanismes de sécurité conduisant à une Onu devenue simple observateur des crises. Là où les États les plus fragiles espéraient trouver un bouclier juridique, ils découvrent aujourd’hui un système incapable de contraindre les puissances lorsqu’elles décident d’agir.</p>



<p>Aux yeux du Sud global, le droit international n’apparaît plus comme une protection effective mais comme un langage moral incapable de résister aux logiques de puissance. Quant à l’Onu, elle ressemble aujourd’hui à une architecture diplomatique héritée d’un monde disparu.</p>



<p>L’une des conséquences les plus inquiétantes de cette évolution est le retour progressif d’un système international où la sécurité repose avant tout sur la capacité des États à se défendre eux-mêmes. Dans ce monde qui réapparaît, les garanties juridiques se révèlent inopérantes, les alliances incertaines et les institutions internationales impuissantes.</p>



<p>Lorsque les rapports de force deviennent l’arbitre des crises, l’ordre international cesse d’être véritablement juridique pour redevenir essentiellement militaire.</p>



<p>Au fond, les guerres fondées sur des illusions commencent souvent par la promesse d’une victoire rapide ou d’un nouvel ordre régional. Elles se terminent plus fréquemment par des compromis tardifs, négociés après des destructions immenses et des équilibres encore plus fragiles.</p>



<p>Le Moyen-Orient, qui a déjà vu passer tant d’empires et de projets géopolitiques, pourrait bien rappeler une fois de plus à ceux qui prétendent le transformer que la puissance militaire peut briser des États, mais qu’elle ne suffit jamais à refaçonner durablement les sociétés.</p>



<p><em>* Economiste, banquier et financier.</em></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="3Ggg87ATjE"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/06/loncle-sam-entraine-le-monde-vers-le-desastre-humanitaire/">L’Oncle Sam entraîne le monde vers le désastre humanitaire</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« L’Oncle Sam entraîne le monde vers le désastre humanitaire » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/06/loncle-sam-entraine-le-monde-vers-le-desastre-humanitaire/embed/#?secret=to8znjP8L8#?secret=3Ggg87ATjE" data-secret="3Ggg87ATjE" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>Etats-Unis &#8211; Iran &#124; Les négociations sont-elles un écran de fumée ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Feb 2026 07:45:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[armement balistique]]></category>
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		<category><![CDATA[programme nucléaire]]></category>
		<category><![CDATA[Saddam Hussein]]></category>
		<category><![CDATA[Yahya Ould Amar]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les négociations diplomatiques entre les Etats-Unis et l'Iran  s’inscrivent dans une logique de préparation de la guerre.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/02/21/etats-unis-iran-les-negociations-sont-elles-un-ecran-de-fumee/">Etats-Unis &#8211; Iran | Les négociations sont-elles un écran de fumée ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Lorsque des porte-avions et des sous-marins nucléaires se déploient pendant que les diplomates se rencontrent, lorsque les bombardiers changent de base au rythme des communiqués officiels, il ne s’agit plus d’un simple dialogue, il s’agit d’une préparation minutieuse à une confrontation majeure. Les négociations entre Washington et Téhéran s’inscrivent dans cette logique.</em></strong></p>



<p><strong>Yahya Ould Amar *</strong></p>



<span id="more-18389056"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/02/Ould-Amar-Yahya.jpg" alt="" class="wp-image-335526"/></figure>
</div>


<p>Dans les crises contemporaines, la négociation n’est plus l’alternative à la guerre, elle en est souvent l’antichambre. Elle permet d’organiser la responsabilité de l’échec et de transformer une action militaire en réaction légitime. La diplomatie devient ainsi la dernière étape avant l’usage de la force, non la première vers la paix.</p>



<p>Les discussions en cours entre Américains et Iraniens remplissent une fonction classique consistant à gagner du temps, à tester l’adversaire, à façonner la perception internationale et, surtout, à construire la légitimité d’une action future.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La diplomatie comme instrument tactique</h2>



<p>Washington discute tout en renforçant simultanément son dispositif militaire régional avec des déploiements navals, un repositionnement aérien, une coordination stratégique avec ses alliés, notamment Israël. Or l’histoire des crises internationales montre qu’on ne prépare pas un accord durable en augmentant parallèlement la capacité de frappe. La diplomatie devient alors un levier tactique, destiné à accroître la pression et à contraindre l’adversaire à céder et à se plier à un dictat par nature déséquilibré.</p>



<p>Surtout que les exigences des deux parties demeurent incompatibles. Les États-Unis réclament des limitations élargies du programme nucléaire, des restrictions balistiques à une portée maximale de 300 km et un encadrement des réseaux d’influence régionaux iraniens. Téhéran, de son côté, exige une levée substantielle des sanctions et refuse toute négociation sur son programme d’armement balistique. Ces lignes rouges rendent improbable un accord de fond à court terme.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une guerre pensée en Israël </h2>



<p>Si les chances d’un compromis sont faibles, pourquoi maintenir le théâtre diplomatique ? Pour Washington, afficher des discussions en cours permet de démontrer que <em>«toutes les voies ont été explorées»</em> avant toute escalade. Cette séquence construit une légitimité internationale précieuse, ainsi en cas d’échec, l’administration américaine pourra soutenir qu’elle n’a fait que réagir à l’intransigeance iranienne. La diplomatie devient ainsi une assurance politique, une étape nécessaire pour préparer l’opinion publique, les alliés européens et les partenaires régionaux à une confrontation.</p>



<p>Se joindre sans réserve aux guerres du gouvernement de Netanyahu ne renforcerait pas nécessairement les intérêts américains ; cela pourrait au contraire les fragiliser. Une guerre pensée à Jérusalem ne correspond pas toujours aux priorités stratégiques de Washington.</p>



<p>Du côté iranien, le maintien des négociations répond à une logique différente mais tout aussi stratégique. Il s’agit d’espérer desserrer partiellement l’étau des sanctions, de gagner du temps pour consolider les capacités internes, et d’éviter l’image d’un régime fermé à toute solution diplomatique. Les discussions servent également de canal de renseignement, chacune des parties teste l’autre, évalue ses marges de manœuvre et mesure sa tolérance au risque. En réalité, la négociation est devenue un instrument d’observation et de préparation mutuelle — non un chemin vers la paix.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le facteur nucléaire : un prétexte ?</h2>



<p>Officiellement, le cœur du différend reste le nucléaire. Empêcher l’Iran d’accéder à l’arme atomique constitue l’argument central avancé par Washington pour justifier sa fermeté. Pourtant, la question dépasse largement la seule prolifération. Ce qui est en jeu, c’est l’équilibre stratégique régional. Un Iran doté d’une capacité nucléaire militaire — même latente — modifierait profondément la hiérarchie des puissances au Moyen-Orient, affaiblissant la liberté d’action américaine et celle de ses alliés. Le dossier nucléaire sert ainsi de justification visible à une préoccupation plus large de préservation d’une architecture de sécurité régionale favorable aux intérêts occidentaux.</p>



<p>Si le nucléaire constitue l’argument public central, il n’épuise pas les motivations réelles. La nature des cibles frappées lors de la guerre de douze jours de 2025 — bien au-delà des seules installations atomiques — suggère que l’objectif dépasse la simple non-prolifération. Il s’agit moins d’empêcher la construction d’une bombe nucléaire que de remodeler un rapport de force régional.</p>



<p>Mais le paradoxe est cruel. Plus la pression militaire et économique s’intensifie, plus l’incitation iranienne à rechercher une dissuasion crédible augmente. Une frappe préventive pourrait retarder le programme nucléaire sans l’éliminer ; elle pourrait surtout transformer une capacité latente en décision politique assumée d’accéder à l’arme nucléaire.</p>



<p>Dans cette perspective, la négociation actuelle ressemble à une tentative de gestion du calendrier stratégique afin de retarder le seuil critique, sans résoudre le dilemme fondamental. Le nucléaire n’est pas seulement le déclencheur potentiel d’une confrontation ; il est devenu l’outil rhétorique central d’un affrontement plus vaste sur la domination régionale.</p>



<p>Il y a encore quelques mois, les services de renseignement américains estimaient que Téhéran n’avait pas pris la décision politique de construire une arme nucléaire. Ce décalage entre évaluation stratégique et rhétorique publique mérite d’être interrogé.</p>



<p>En juin 2025, le président Trump déclarait solennellement à la nation : <em>«Il y a peu de temps, l’armée américaine a mené des frappes massives et de haute précision contre les trois principales installations nucléaires du régime iranien : Fordo, Natanz et Ispahan… Notre objectif était la destruction de la capacité d’enrichissement nucléaire de l’Iran… Ce soir, je peux annoncer au monde que les frappes ont été un succès militaire spectaculaire. Les principales installations d’enrichissement nucléaire de l’Iran ont été complètement et totalement anéanties.»</em></p>



<p>Si ces installations ont réellement été <em>«complètement et totalement anéanties»</em>, au point d’éliminer la menace, alors invoquer aujourd’hui le nucléaire comme motif central d’une nouvelle intervention révèle une contradiction majeure. Soit la menace a été neutralisée, soit elle sert désormais d’argument commode pour justifier une escalade dont les motivations dépassent la seule non-prolifération. Ce glissement du discours suggère que le nucléaire n’est pas la cause profonde de l’escalade, mais son habillage politique.</p>



<p>On se souvient des accusations martelées sur les prétendues armes de destruction massive de Saddam Hussein, brandies comme justification morale et stratégique de l’invasion de l’Irak — des armes qui, au terme de la guerre, ne furent jamais trouvées, parce qu’elles n’avaient jamais existé.</p>



<p>Même les bombardements les plus massifs — y compris l’usage de munitions de très forte puissance contre des sites enterrés — ne détruisent pas une compétence nucléaire. Ils en retardent le calendrier. Les centrifugeuses peuvent être reconstruites ; le savoir-faire, lui, ne s’anéantit pas sous les décombres.</p>



<p>Derrière le discours officiel sur la non-prolifération se dessine une logique plus profonde, la préservation d’une asymétrie stratégique permanente fondée sur le maintien d’un monopole nucléaire israélien dans la région.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi le moment est stratégique</h2>



<p>Si les négociations paraissent fragiles, c’est aussi parce que le calendrier stratégique pèse lourdement sur les décisions. Du côté américain, la fenêtre d’action militaire pourrait se refermer à mesure que l’Iran consolide et disperse ses capacités nucléaires et balistiques. Plus le temps passe, plus une intervention deviendrait complexe, coûteuse et incertaine. Cette dimension temporelle crée une pression silencieuse, agir tant que la supériorité technologique et opérationnelle est perçue comme décisive.</p>



<p>Du côté iranien, le temps joue différemment. Chaque mois qui passe, permet d’améliorer les capacités d’enrichissement et de tester la résilience économique face aux sanctions. Les protestations internes, quant à elles, introduisent une variable politique instable &#8211; un régime fragilisé peut chercher l’apaisement ou au contraire se durcir. Les négociations actuelles s’inscrivent donc dans une course contre la montre où chacun tente de maximiser son avantage avant un possible point de bascule.</p>



<p>Le moment n’est pas choisi au hasard ; il est dicté par la perception d’une opportunité stratégique — ou d’un risque imminent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Trois scénarios plausibles</h2>



<p>Trois trajectoires se dessinent à l’horizon. La première peu probable, serait celle d’un compromis technique minimal tel qu’un gel de l’enrichissement iranien contre un allègement limité des sanctions. Un accord partiel, sans résolution des différends structurels, permettant à chacun de sauver la face. Ce scénario stabiliserait provisoirement la situation, mais il ne ferait que repousser l’affrontement stratégique sous-jacent.</p>



<p>La seconde hypothèse serait celle d’un échec contrôlé menant à des frappes ciblées américaines et israéliennes contre des installations nucléaires et balistiques iraniennes. </p>



<p>Une fois les hostilités engagées, le président américain ne serait plus seul maître du tempo. Les pressions viendraient de toutes parts, notamment de ses alliés européens, désireux de voir la guerre s’achever au plus vite tant ils en subissent les répercussions — renchérissement des importations énergétiques, perte de points de croissance économique, tensions migratoires accrues — comme d’acteurs politiques intérieurs, sceptiques quant à la possibilité d’un<br>résultat véritablement décisif.</p>



<p>L’escalade, souvent, devient moins stratégique que politique. Aussi, l’histoire des crises régionales montre qu’une action dite <em>«limitée»</em> peut déclencher une riposte asymétrique imprévisible tels que des attaques contre des bases américaines, des activations de proxies, des perturbations énergétiques.</p>



<p>Enfin, le scénario le plus préoccupant demeure celui de l’erreur de calcul. Dans un environnement saturé de méfiance, de démonstrations de force et de pression politique, un incident mal interprété pourrait faire basculer la région dans une escalade rapide. Ce n’est pas toujours l’intention qui déclenche la guerre ; c’est parfois l’accumulation de signaux mal lus.</p>



<p>L’histoire récente du Moyen-Orient devrait inciter à la prudence face aux promesses implicites de changement de régime. L’Irak a produit un enlisement stratégique. La Libye a engendré un chaos durable. Et l’Iran lui-même porte la mémoire d’un coup d’État soutenu de l’extérieur dont les conséquences ont façonné la révolution de 1979. Les renversements imposés créent rarement les démocraties espérées.</p>



<p>Une offensive extérieure provoquerait vraisemblablement un réflexe de ralliement national. Dans les moments de crise, les oppositions internes suspendent leurs divisions. L’hostilité étrangère consolide souvent ce qu’elle prétend affaiblir.</p>



<p>L’issue la plus probable d’une confrontation ne serait pas l’émergence d’un Iran modéré, mais le renforcement des éléments les plus durs du régime — voire une consolidation du pouvoir des structures militaires favorables à une dissuasion nucléaire assumée.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le risque majeur : l’erreur de calcul</h2>



<p>Le danger principal ne réside peut-être ni dans une décision assumée de faire la guerre, ni dans un plan prémédité d’escalade, mais dans une erreur de calcul. Lorsque deux puissances s’observent à travers le prisme de la méfiance, chaque geste défensif peut être interprété comme une provocation, chaque démonstration de force comme un prélude à l’attaque. Dans un contexte où les forces sont déjà déployées, où les alliés régionaux sont en alerte et où les opinions publiques sont polarisées, la marge d’interprétation se réduit dangereusement.</p>



<p>Une frappe présentée comme “préventive” pourrait être perçue à Téhéran comme une tentative de changement de régime. Une riposte calibrée pourrait être jugée insuffisante à Washington et entraîner une seconde vague d’attaques. L’escalade ne serait alors plus le fruit d’une stratégie réfléchie, mais celui d’un engrenage. Les négociations actuelles ne neutralisent pas ce risque, elles l’accompagnent. Car lorsque la diplomatie sert davantage à préparer l’échec qu’à prévenir la crise, elle devient le décor fragile d’un affrontement en attente de déclencheur.</p>



<p>Toute confrontation directe aurait un coût immédiat, pertes humaines, attaques contre des installations abritant des dizaines de milliers de militaires américains dans la région, opérations clandestines en représailles. Mais le coût stratégique serait plus durable encore, affaiblissement du droit international et renforcement des puissances révisionnistes promptes à invoquer les précédents occidentaux pour justifier leurs propres offensives.</p>



<p>Au fond, les négociations actuelles constituent un théâtre diplomatique nécessaire dans toute confrontation moderne, un espace où l’on parle pour mieux se positionner, où l’on négocie pour tester, où l’on dialogue pour légitimer. Mais elles ne traduisent pas une volonté politique claire de compromis durable. Elles accompagnent un rapport de force.</p>



<p>L’histoire des relations internationales enseigne que lorsque la diplomatie se déroule sous la protection des bombardiers, ce sont rarement les mots qui tranchent en dernier ressort. Si les discussions en cours servent avant tout à structurer la confrontation plutôt qu’à l’éviter, alors le véritable enjeu n’est pas la signature d’un accord, mais la capacité des deux puissances à maîtriser l’escalade. Car derrière l’écran de fumée diplomatique se joue une question plus vaste, celle du monopole de puissance au Moyen-Orient — et de la manière dont les grandes nations choisissent d’imposer ou de négocier leur ordre stratégique. Une nouvelle guerre offensive fournirait aux puissances révisionnistes un argument supplémentaire pour relativiser les normes de non-agression. Chaque précédent affaiblit la règle. Et dans un monde déjà fragmenté, l’érosion des principes peut produire des conséquences plus durables qu’une victoire militaire.</p>



<p><em>* Economiste, banquier et financier.</em></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="CZESqX9OpD"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/29/quelles-sont-les-cibles-des-etats-unis-en-iran/">Quelles sont les cibles des États-Unis en Iran?</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Quelles sont les cibles des États-Unis en Iran? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/29/quelles-sont-les-cibles-des-etats-unis-en-iran/embed/#?secret=NlppqlKlCH#?secret=CZESqX9OpD" data-secret="CZESqX9OpD" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<item>
		<title>Crise de confiance mondiale dans les monnaies imprimables</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 07:40:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[création monétaire]]></category>
		<category><![CDATA[inflation]]></category>
		<category><![CDATA[monnaies fiduciaires]]></category>
		<category><![CDATA[planche à billets]]></category>
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		<category><![CDATA[Yahya Ould Amar]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Nous assistons à une remise en cause profonde du système monétaire contemporain, fondé sur des monnaies imprimables « à volonté ». </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/27/crise-de-confiance-mondiale-dans-les-monnaies-imprimables/">Crise de confiance mondiale dans les monnaies imprimables</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>L’accélération, sans précédent, ces dernières années de l’érosion du pouvoir d’achat est devenue une réalité quotidienne dans le monde entier. Les salaires réels progressent plus lentement que le coût de la vie, lorsque leur croissance n’est pas simplement négative, tandis que les ménages constatent que l’épargne accumulée perd continuellement de sa valeur. Pour les investisseurs de long terme, il devient clair que la monnaie ne préserve plus la valeur dans le temps. Cette inquiétude générale nourrit une remise en cause plus profonde du système monétaire contemporain, fondé sur des monnaies imprimables «&nbsp;à volonté&nbsp;», dont l’émission dépend davantage des contraintes budgétaires et financières des États que de la création de richesse réelle. Comme l’écrivait John Maynard Keynes, « la monnaie est un lien entre le présent et le futur ». Lorsque ce lien se distend, ce n’est pas seulement un mécanisme économique qui se fragilise, mais la capacité d’une société à se projeter dans le temps, à transformer l’épargne en investissement et la promesse politique en contrat crédible.</em></strong></p>



<p><strong>Yahya Ould Amar *</strong></p>



<span id="more-18292923"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/02/Ould-Amar-Yahya.jpg" alt="" class="wp-image-335526"/></figure>
</div>


<p>Dans ce contexte, la confiance qui soutient les monnaies fiduciaires (billets et pièces) s’effrite. La multiplication des crises, l’accumulation des dettes publiques et le recours répété à la création monétaire comme solution par défaut ont progressivement affaibli la crédibilité des promesses économiques.</p>



<p>Lorsque la monnaie peut être produite sans ancrage tangible et sans contrainte effective, elle cesse d’apparaître comme une réserve de valeur fiable et tend à devenir un instrument d’ajustement politique.</p>



<p>Cette évolution pose une question centrale pour les années à venir, un système monétaire reposant sur la capacité illimitée à actionner la planche à billets peut-il encore remplir durablement ses fonctions fondamentales, ou doit-il être réformé afin d’introduire des mécanismes de discipline capables de restaurer la confiance, de protéger l’épargne et de réancrer la monnaie dans des limites économiques crédibles ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quand la dette ne crée plus de richesse</h2>



<p>L’économie mondiale a progressivement substitué à la dynamique de la croissance réelle une logique d’expansion des bilans publics et privés. La dette mondiale est estimée entre 350-355 mille milliards de dollars en ce mois de janvier 2026, représentant près de 300% du Produit Intérieur Brut (PIB) mondial – une mesure de la richesse – contre environ 210 % au début des années 2000.</p>



<p>Dans le même temps, la croissance réelle moyenne mondiale est restée inférieure à 3 % sur la période 2015–2025, malgré des politiques monétaires exceptionnellement accommodantes.</p>



<p>Cette divergence se reflète dans le rendement macroéconomique de la dette. Aux États‑Unis, les données du Bureau of Economic Analysis et de la Réserve fédérale (Banque Centrale) indiquent qu’un dollar de dette supplémentaire générait en moyenne entre 0,60 et 0,70 dollar de PIB additionnel au début des années 2000, contre moins de 0,30 dollar dans la période récente. En zone euro, où la dette publique moyenne dépasse désormais 90 % du PIB, plusieurs grandes économies ont enregistré une croissance réelle annuelle inférieure à 1 % sur la dernière décennie, signalant une dissociation croissante entre accumulation financière et capacité de production réelle.</p>



<p>Ce phénomène s’apparente à ce que certains économistes qualifient de trappe de l’endettement, un régime dans lequel l’accumulation financière ne génère plus un surplus de capacité productive, mais alimente principalement la valorisation des actifs existants. Dans ce cadre, la croissance devient une variable résiduelle, dépendante non de l’innovation ou du capital humain, mais de la tolérance des marchés à l’expansion continue des bilans publics et monétaires.</p>



<p>Cette trajectoire rappelle une régularité historique en économie, lorsque le ratio de dette publique par rapport au PIB dépasse durablement certains seuils, la croissance potentielle tend à s’affaiblir de manière persistante. L’endettement cesse alors d’être un pont vers l’avenir pour devenir un héritage transmis au présent, dont le service mobilise une part croissante des ressources productives.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’endettement comme substitut à la croissance</h2>



<p>Depuis plus d’une décennie, l’endettement est devenu une variable d’ajustement structurelle des politiques économiques, pas pour financer des investissements productifs à long terme, mais pour stabiliser des équilibres budgétaires fragilisés par une croissance insuffisante et des dépenses publiques rigides. Cette évolution a transformé la dette en condition permanente de fonctionnement des États.</p>



<p>Depuis 2008, les politiques dites d’assouplissement quantitatif, qui consistent pour les banques centrales à créer de la monnaie afin de racheter massivement des obligations d’État et des actifs financiers aux banques et aux investisseurs, ont conduit à une multiplication sans précédent de la base monétaire et des agrégats de liquidité.</p>



<p>Aux États‑Unis, la masse monétaire M2 (billets + Pieces + Epargne liquide) a été multipliée par 3 entre 2008 et 2025, tandis que la zone euro a suivi une trajectoire comparable sous l’effet des programmes de rachats d’actifs de la Banque centrale européenne, dont le bilan est passé de moins de 2 000 milliards d’euros à plus de 7 500 milliards. Ce mécanisme a permis de maintenir des taux d’intérêt durablement bas et de contenir les crises financières en finançant des dettes, mais il a aussi réduit la capacité des autorités monétaires à intervenir autrement que par de nouvelles injections de liquidité, rendant le système financier structurellement dépendant de la création monétaire publique.</p>



<p>Cette évolution s’accompagne d’une dissociation croissante entre l’abondance monétaire et la performance économique réelle. Alors que la croissance mondiale est restée en moyenne inférieure à 3 % sur la période 2015-2025, la valorisation des actifs financiers et immobiliers a progressé à des rythmes nettement supérieurs, traduisant une orientation de la liquidité vers les marchés d’actifs plutôt que vers l’investissement productif. Dans plusieurs économies, l’expansion rapide de la masse monétaire a coïncidé avec une hausse du coût de la vie et une pression sur les salaires réels, sans amélioration proportionnelle de la productivité.</p>



<p>Selon la Banque des règlements internationaux, la part de la dette publique mondiale détenue ou refinancée indirectement par les banques centrales a atteint des niveaux historiquement élevés depuis 2020, renforçant l’interdépendance entre politiques budgétaires et politiques monétaires dans plusieurs économies.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Crise de confiance</h2>



<p>La dissociation entre création monétaire et croissance réelle se traduit par des signaux de marché de plus en plus explicites. Entre début 2023 et janvier 2026, le prix de l’or a progressé de plus de 170%, franchissant des sommets historiques à plus de 5000 dollars l’once, tandis que l’argent a enregistré une hausse cumulée dépassant 332% sur la même période. Ces records traduisent une préférence accrue pour des actifs perçus comme des réserves de valeur face à l’érosion du pouvoir d’achat des monnaies fiduciaires.</p>



<p>Cette dynamique se reflète également dans les stratégies officielles. Depuis 2022, les banques centrales ont acquis plus de 1 000 tonnes d’or par an, un niveau sans précédent dans l’histoire moderne. Parallèlement, plusieurs monnaies de pays émergents ont subi des dépréciations marquées face aux principales devises. Entre 2022 et 2025, plusieurs monnaies d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie ont perdu entre 20 et 40 % de leur valeur nominale, sous l’effet combiné du resserrement financier mondial, du poids de la dette extérieure libellée en devises fortes et de déficits courants persistants. Cette fragilité alimente une crainte de perte durable de pouvoir d’achat et renforce la perception d’une tension structurelle sur la crédibilité des monnaies imprimables.</p>



<p>Dans une perspective plus longue, ce mouvement rappelle l’observation de Fernand Braudel selon laquelle les sociétés se tournent vers des formes de richesse <em>« hors du temps politique&nbsp;»</em> lorsque la stabilité institutionnelle devient incertaine. L’or n’est alors pas seulement un actif financier, mais une référence symbolique à une valeur qui échappe aux cycles électoraux et aux arbitrages budgétaires de court terme.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Géopolitique et instabilité monétaire</h2>



<p>La résurgence des politiques protectionnistes, la remise en cause des chaînes de valeur mondiales et l’usage des instruments commerciaux comme leviers stratégiques introduisent une incertitude durable dans les anticipations des entreprises et des investisseurs. Les annonces de barrières tarifaires, de restrictions technologiques ou de sanctions financières se traduisent par des ajustements immédiats sur les marchés de change, révélant la sensibilité accrue des monnaies aux décisions politiques.</p>



<p>Dans ce contexte, l’économie mondiale évolue dans un état de déséquilibre structurel marqué par une croissance potentielle affaiblie et des pressions inflationnistes sectorielles persistantes. Les monnaies fiduciaires se trouvent prises dans une triple tension, celle de l’endettement élevé des États, de la nécessité de préserver le pouvoir d’achat intérieur et de la volatilité induite par les chocs géopolitiques. Cette combinaison fragilise leur rôle de repère stable pour le commerce et l’épargne.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le modèle monétaire fiduciaire</h2>



<p>Le modèle monétaire fiduciaire repose sur un socle immatériel, celui de la confiance dans la solidité des institutions et la prévisibilité des politiques publiques. Lorsque cette crédibilité se fragilise, la valeur monétaire devient plus sensible aux anticipations qu’aux fondamentaux productifs. En l’absence d’ancrage tangible, l’expansion monétaire ne rencontre d’autre limite que la tolérance des agents économiques à l’inflation, à la dépréciation externe et à la volatilité financière.</p>



<p>La stabilité de la monnaie est une condition de la liberté économique, une monnaie imprimable donc manipulable <em>«&nbsp;à volonté&nbsp;»</em> affaiblit la capacité des individus à planifier, à épargner et à contracter sur le long terme. Dans cette perspective, l’instabilité monétaire ne constitue pas seulement un déséquilibre macroéconomique, mais une contrainte sur l’autonomie économique des sociétés.</p>



<p>Ce cadre montre un paradoxe structurel, celui d’un endettement qui progresse plus rapidement que la richesse qu’il est censé financer. La dette, soutenue par la création monétaire, permet de différer les ajustements réels mais au prix d’une pression cumulative inflationniste et sur la valeur externe des devises. À moyen terme, cette dynamique tend à déplacer le coût de l’équilibre économique vers les détenteurs de monnaie et d’épargne, à travers l’érosion du pouvoir d’achat.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Perspectives pour l’avenir des monnaies</h2>



<p>Les évolutions récentes suggèrent que l’avenir des systèmes monétaires ne s’inscrira pas dans une rupture brutale mais dans une recomposition progressive des ancrages de confiance. Face aux limites des monnaies exclusivement fiduciaires, les États et institutions peuvent explorer des formes d’adossement partiel à des valeurs réelles, qu’il s’agisse de réserves accrues de métaux précieux, de paniers de matières premières stratégiques ou de dispositifs hybrides associant actifs réels et règles de discipline monétaire renforcées.</p>



<p>Cette recomposition implique également la nécessité d’instaurer des garde‑fous institutionnels empêchant le recours discrétionnaire et répété à la création monétaire, qui conduit naturellement à la dilution de la valeur de la monnaie et à un transfert progressif du coût de l’ajustement vers les détenteurs d’épargne.</p>



<p>La généralisation de la monnaie électronique ouvre la possibilité d’introduire des mécanismes de contrainte et de traçabilité directe sur l’expansion monétaire. Les monnaies numériques de banque centrale permettent d’associer l’émission de nouvelles unités monétaires à des règles programmées, telles que des plafonds quantitatifs ou des conditions macroéconomiques prédéfinies, rendant plus visibles et plus vérifiables les choix de politique monétaire. Cette capacité technique ne saurait toutefois se substituer à une gouvernance crédible. Sans discipline budgétaire et sans cadre institutionnel garantissant la prévisibilité des décisions, la monnaie programmable risque de devenir un outil de contrôle plus qu’un instrument de stabilité. La confiance durable ne naît pas de la technologie seule, mais de la cohérence entre règles d’émission, soutenabilité des finances publiques et responsabilité politique dans l’usage du pouvoir monétaire.</p>



<p>Enfin, l’avenir des monnaies imprimables touche au cœur du contrat social qui lie les États à leurs citoyens et les économies nationales au système mondial. Une monnaie est une promesse de stabilité entre le présent et l’avenir, un lien de confiance entre l’effort productif et la valeur conservée. Lorsque cette promesse est discréditée, les comportements d’épargne, d’investissement et de travail se transforment, révélant une société qui doute de la capacité de ses institutions à préserver la valeur de ce qu’elle produit.</p>



<p>Entre la contrainte de dettes accumulées, la fragmentation géopolitique et les limites d’une création monétaire devenue structurelle, le système fiduciaire est placé devant une exigence de réinvention.</p>



<p>L’enjeu est de redéfinir des cadres où la flexibilité nécessaire à la gestion des chocs s’accompagne de bornes crédibles à l’expansion monétaire. De cette capacité à réancrer la monnaie dans des règles lisibles, des institutions responsables et une discipline budgétaire durable dépend la confiance des sociétés dans la valeur du temps qu’elles investissent, des richesses qu’elles créent et de l’avenir qu’elles transmettent.</p>



<p>Une monnaie stable est une promesse tenue entre générations ; une monnaie instable est une dette transmise dans le temps. Un ordre monétaire qui ne parvient plus à convertir la confiance en investissement productif cesse d’être un moteur de développement pour devenir un simple mécanisme de préservation des équilibres passés, appelant, à terme, une refondation de ses principes et de sa légitimité.</p>



<p><em>* Economiste, banquier et financier.</em></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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		<item>
		<title>Etats-Unis &#124; Le fardeau de l’ordre international devient une semence du déclin</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/21/etats-unis-le-fardeau-de-lordre-international-devient-une-semence-du-declin/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Jan 2026 07:18:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Arctique]]></category>
		<category><![CDATA[dette]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[Giovanni Arrighi]]></category>
		<category><![CDATA[Groenland]]></category>
		<category><![CDATA[mer de Chine]]></category>
		<category><![CDATA[mondialisation]]></category>
		<category><![CDATA[Moyen-Orient]]></category>
		<category><![CDATA[ordre international]]></category>
		<category><![CDATA[Yahya Ould Amar]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les Etats-Unis face au dilemme de la puissance ou quand le leadership mondial devient un facteur de vulnérabilité voire de déclin.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/21/etats-unis-le-fardeau-de-lordre-international-devient-une-semence-du-declin/">Etats-Unis | Le fardeau de l’ordre international devient une semence du déclin</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>En 1945, le Plan Marshall pose les bases d’un ordre international où l’Amérique échange sécurité et prospérité contre une centralité durable ; aujourd’hui, avec une dette proche de 39 000 milliards de dollars, cet investissement fondateur s’est mué en contrainte structurelle, révélant le dilemme d’une puissance dont le rôle de garant du système devient lui-même un facteur de vulnérabilité voire de déclin.</em></strong></p>



<p><strong>Yahya Ould Amar</strong> *<strong><em></em></strong></p>



<span id="more-18262502"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/02/Ould-Amar-Yahya.jpg" alt="" class="wp-image-335526"/></figure>
</div>


<p>Derrière ce chiffre de la dette se cache une histoire humaine, celle de régions désindustrialisées, de classes moyennes fragilisées et de sociétés sommées de financer, génération après génération, le coût d’un rôle mondial dont les bénéfices se diffusent au-delà de leurs propres frontières.</p>



<p>Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, l’ordre international s’est présenté comme une promesse de stabilité, de prospérité et de règles partagées, mais il s’est en réalité construit comme une architecture portée par un pays, les États-Unis fournissant au monde des biens publics qu’aucune autre puissance ne pouvait assumer seule — monnaie de référence le dollar, sécurité des routes maritimes, liquidité des marchés, crédibilité des institutions multilatérales.</p>



<p>Ce système a permis l’essor des échanges, l’intégration des économies émergentes et l’expansion sans précédent des chaînes de valeur, mais il a aussi concentré sur les Etats-Unis les coûts de la stabilité globale, transformant le leadership en charge budgétaire, sociale et politique.</p>



<p>À mesure que la dette s’accumule – aujourd’hui près de 39 000 milliards de dollars – que les fractures intérieures se creusent et que la concurrence stratégique s’intensifie, la question n’est plus de savoir si l’ordre mondial est juste ou injuste, mais s’il demeure soutenable pour ceux qui en ont été les principaux garants — et ce que signifie, pour le reste du monde, une Amérique qui ne cherche plus à préserver l’architecture entière, mais à en sauver la part qu’elle peut encore porter.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La charge de la stabilité</h2>



<p>Dans la mondialisation actuelle, les États-Unis constituent un pilier structurel du système avec leur monnaie, leurs marchés et leur capacité de projection stratégique formant une infrastructure invisible sur laquelle repose une part décisive de la circulation mondiale des biens, des capitaux et de la confiance.</p>



<p>Le dollar est devenu l’ossature monétaire d’un ordre international où la liquidité, le refuge et la prévisibilité sont fournis comme des biens publics informels à l’ensemble des économies, des centres financiers aux périphéries émergentes.</p>



<p>Cette centralité confère à Washington une influence qui dépasse la logique classique de la puissance, mais elle l’enchaîne aussi à une responsabilité systémique d’absorber les excédents du monde, recycler ses déséquilibres en dette souveraine et garantir, souvent au-delà de ses intérêts immédiats, la continuité d’un espace économique global dont la stabilité conditionne l’accès au financement, la trajectoire de développement et la sécurité monétaire de la majorité des nations.</p>



<p>Concrètement, ce rôle de garant s’est traduit dans une chaîne continue de coûts visibles et différés — budgets de défense pour entretenir un maillage mondial de bases et d’alliances, guerres lointaines de la péninsule coréenne aux déserts du Moyen-Orient, soins et pensions versés à des générations de vétérans, intérêts d’une dette contractée pour financer la stabilité globale. À cela s’ajoute une diplomatie de l’aide et des institutions, destinée à contenir les crises avant qu’elles ne deviennent systémiques. Additionnée et corrigée de l’inflation, cette facture à plus de 60 000 milliards de dollars, oscillant, selon les époques, entre 3% et 10% (guerre froide) de la richesse produite chaque année par les États-Unis.</p>



<p>L’ordre international peut se lire comme un contrat d’assurance implicite dont les États-Unis sont devenus l’assureur de dernier ressort. En temps de crise, le monde se tourne vers leur liquidité, leur sécurité et leurs marchés, tandis que les primes se transforment en dettes, déficits et engagements supportés par ce même pays au bénéfice de l’ensemble du système.</p>



<p>Ainsi, ce qui apparaît comme un privilège hégémonique se révèle être une charge structurelle, où la capacité de tenir le centre devient la condition même de la survie de l’ordre international qu’il soutient.</p>



<p>Giovanni Arrighi, théoricien des cycles hégémoniques, nous avertit que les puissances déclinantes s&rsquo;effondrent non par des menaces extérieures, mais par une résistance interne à l’adaptation – un avertissement qui s’applique à l’Amérique, enchaînée à son rôle systémique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La facture du leadership mondial</h2>



<p>La centralité américaine a inscrit la stabilité du monde dans le bilan de sa propre société, où la liquidité, la sécurité et l’ouverture se sont progressivement traduites en dettes, en déficits et en lignes de fracture.</p>



<p>Le privilège du dollar a longtemps différé les choix entre puissance extérieure et investissement intérieur, faisant de l’endettement le régulateur silencieux d’un ordre aux bénéfices mondialisés mais aux coûts largement supportés par les Etats-Unis.</p>



<p>À cette pression financière s’est ajoutée une géographie des gagnants et des perdants, où certaines régions se sont intégrées aux flux globaux tandis que d’autres – comme l’Amérique – se sont désindustrialisées.</p>



<p>Dès lors, la soutenabilité n’est plus un débat comptable, mais une épreuve politique, jusqu’où une démocratie peut-elle porter la stabilité du monde sans entamer la cohésion qui fonde sa propre légitimité ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">La mondialisation asymétrique</h2>



<p>L’ordre économique mondial s’est construit comme un mécanisme d’expansion collective reposant sur une dissymétrie structurelle, où les gains de la croissance ont été largement diffusés tandis que les coûts de la stabilité se sont progressivement concentrés sur le pays capable d’absorber les déséquilibres du reste du système. Les excédents industriels et commerciaux de l’Asie, les stratégies d’accumulation de réserves des économies émergentes et la recherche globale d’actifs sûrs ont trouvé dans la dette américaine un réceptacle naturel, transformant les déficits des Etats-Unis en contrepartie financière de la prospérité mondiale. Ce schéma a offert aux pays du Sud un accès inédit aux marchés, au capital et aux chaînes de valeur, mais il les a aussi arrimés aux cycles monétaires et budgétaires des Etats-Unis, faisant de chaque inflexion de la politique américaine une onde de choc transmise aux monnaies, aux investissements et aux équilibres sociaux des pays du Sud.</p>



<p>Ainsi, la mondialisation apparaît comme une architecture hiérarchisée de dépendances – et non un espace neutre d’échanges – où la promesse d’intégration s’accompagne d’une vulnérabilité systémique, et où la soutenabilité de la croissance de tous demeure étroitement liée à la capacité des Etats-Unis à continuer de porter le poids financier et politique de l’ensemble.</p>



<p>L’histoire offre un miroir troublant. Athènes finançait la sécurité de la mer Égée au prix de son trésor, Venise garantissait les routes du Levant en échange de sa prospérité, l’Empire britannique garantissait les mers au prix d’un endettement croissant. Toutes ont découvert que le centre du monde devient aussi son principal point de fatigue. L’Amérique s’inscrit aujourd’hui dans cette lignée, où la stabilité globale fut à la fois la source de la grandeur et la semence du déclin.<strong></strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Droit international et survie stratégique</h2>



<p>À mesure que l’ordre international se complexifie et empile les règles, les traités et les institutions, une tension s’exacerbe entre l’universalité proclamée du droit international et la réalité des intérêts vitaux des grandes puissances, pour lesquelles la sécurité nationale, la continuité économique et la stabilité intérieure demeurent des lignes de survie non négociables.</p>



<p>En Ukraine, à Gaza ou au Venezuela, le droit international se heurte aux impératifs de sécurité, de dissuasion et d’accès aux ressources stratégiques, révélant les limites d’un ordre fondé sur des règles, oubliées lorsque celles-ci entrent en conflit avec les intérêts des grandes puissances.</p>



<p>Cette fracture interroge sur la soutenabilité de l’ordre international lorsque ses garants – Etats Unis – considèrent que le respect strict du droit international affaiblit leur capacité à maintenir l’équilibre global.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La géopolitique des nœuds vitaux</h2>



<p>Le Moyen-Orient – avec 30 % du pétrole mondial et 17 % du gaz naturel – demeure le cœur énergétique du monde, dont la stabilité conditionne l’inflation mondiale et les équilibres budgétaires des États importateurs.</p>



<p>La mer de Chine méridionale – où transite plus de 20% du commerce mondial dont 45 % de pétrole brut – concentre les chaînes technologiques et industrielles dont dépendent les industries numériques et de défense.</p>



<p>Enfin, l’Arctique avec une superficie de 14 millions de kilomètres carrés, s’ouvre comme une frontière d’un avenir proche en raison de la fonte accélérée de la calotte glaciaire, où l’émergence de routes transpolaires, l’accès à des ressources critiques et le déploiement de capacités de dissuasion modifient la cartographie des corridors de navigation maritimes et aériens.</p>



<p>Dans cette configuration des espaces stratégiques, le Groenland s’impose comme un point de jonction entre la sécurité nord-américaine, la gouvernance des nouvelles routes et la définition des règles des espaces émergents.</p>



<p>L’intérêt américain pour le Groenland s’inscrit dans une logique ancienne de prévention stratégique, dès 1940, après l’invasion du Danemark par l’Allemagne, les Etats-Unis s’y sont positionnés pour empêcher que cette dernière ne fasse de l’Atlantique Nord et de l’Arctique une zone de projection contre le continent nord-américain.</p>



<p>Pour l’Administration de Trump, sécuriser ces différents points d’appui revient à protéger l’infrastructure physique de l’ordre international ; pour les pays du Sud, dont près de quatre cinquièmes du commerce transitent par ces corridors maritimes et numériques, chaque tension dans ces espaces se traduit par des coûts immédiats sur les prix, les devises et l’accès aux marchés.</p>



<p><strong>L’«affaire» du Groenland</strong></p>



<p>Le Groenland dépasse la seule question des territoires et des ressources, il révèle une mutation de la puissance au XXIᵉ siècle, où l’influence se mesure autant à la capacité de définir les règles des espaces émergents qu’à la maîtrise des zones déjà intégrées à l’économie mondiale.</p>



<p>Tandis que le réchauffement climatique ouvre des routes transarctiques, rapproche l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord et rend accessibles des minerais critiques pour la transition énergétique et les technologies avancées, l’enjeu central devient la maîtrise stratégique de ces nouveaux espaces.</p>



<p>Les corridors transarctiques offrent des trajets jusqu’à trois fois plus rapides entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord, tout en réduisant l’exposition aux goulets d’étranglement et aux vulnérabilités sécuritaires qui caractérisent aujourd’hui des passages comme le canal de Suez ou Bab El Mendeb (mer Rouge).</p>



<p>Pour les États-Unis, investir le Groenland, c’est projeter la sécurité nord-américaine dans le futur, sécuriser les corridors de demain et éviter que des puissances concurrentes ne définissent seules les standards d’accès, d’exploitation et de navigation.</p>



<p>Pour les pays émergents, cette reconfiguration annonce un monde où les centres de gravité du commerce et de l’influence peuvent se déplacer brutalement, reconfigurant les avantages comparatifs et les dépendances.</p>



<p>À mesure que ces recompositions se dessinent, une question s’impose, un ordre international peut-il durer lorsque la charge de sa stabilité devient plus lourde que les bénéfices qu’en retirent ses garants, et lorsque ceux qui en dépendent le plus n’en participent que marginalement à sa gouvernance ?</p>



<p>La soutenabilité devient une épreuve morale et institutionnelle, où se confrontent la promesse d’un monde régi par des règles communes et la réalité d’un système structuré par des rapports de force.</p>



<p>Préserver l’ordre international implique d’en redistribuer les coûts, d’en élargir la légitimité et d’en pluraliser les centres de décision ; assumer la rupture, c’est accepter une fragmentation où la stabilité cède la place à des équilibres régionaux concurrents, plus flexibles mais aussi plus instables. Entre ces deux voies se joue le destin des décennies à venir.</p>



<p>L’histoire ne jugera pas l’Amérique sur la puissance qu’elle a exercée, mais sur la capacité du monde à rester stable le jour où elle cessera d’en porter seule le poids.</p>



<p><em>* Economiste, banquier et financier.</em></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="1D7pT7wJkF"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/05/qui-payera-la-dette-colossale-des-etats-unis/">Qui payera la dette colossale des Etats-Unis ?</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Qui payera la dette colossale des Etats-Unis ? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/05/qui-payera-la-dette-colossale-des-etats-unis/embed/#?secret=03wu7XGcQu#?secret=1D7pT7wJkF" data-secret="1D7pT7wJkF" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>
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			</item>
		<item>
		<title>Du Venezuela au reste du monde &#124; L’âge des dominations</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/06/du-venezuela-au-reste-du-monde-lage-des-dominations/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Jan 2026 08:29:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
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		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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		<category><![CDATA[doctrine Monroe]]></category>
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		<category><![CDATA[Nicolas Maduro]]></category>
		<category><![CDATA[Simón Bolívar]]></category>
		<category><![CDATA[Venezuela]]></category>
		<category><![CDATA[Yahya Ould Amar]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En rebaptisant la force en droit, les grandes puissances ne se contentent pas d’agir, elles réécrivent la grammaire de l’ordre international. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/06/du-venezuela-au-reste-du-monde-lage-des-dominations/">Du Venezuela au reste du monde | L’âge des dominations</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Imaginez un instant le fantôme de Simón Bolívar errant dans les rues de Caracas, témoin muet d’un renversement du sens de l’histoire, le libérateur de 1813 contemplant l’extraction du dirigeant qui se proclame son héritier, emporté par une puissance étrangère. La scène dépasse la provocation symbolique. Elle dit la dissonance d’une époque où l’indépendance, conquise au nom de la souveraineté des peuples, se voit réinterprétée à l’aune d’une doctrine de domination qui se dispense des formes. Ce n’est plus seulement une transgression ; c’est le retour d’un impérialisme qui se drape dans les habits du droit pour mieux fragiliser l’architecture normative qu’il prétend défendre. Comme l’avait pressenti Hannah Arendt dans Les Origines du totalitarisme, la banalisation de l’exception finit par transformer la violence en routine administrative — et la routine en horizon politique.</em></strong></p>



<p><strong>Yahya Ould Amar *</strong></p>



<span id="more-18203322"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/02/Ould-Amar-Yahya.jpg" alt="" class="wp-image-335526"/></figure>
</div>


<p>L’extraction du président vénézuélien Nicolás Maduro décrite par Donald Trump, appartient à cette catégorie rare d’événements qui comptent moins par ce qu’ils font que par ce qu’ils autorisent à penser. En rebaptisant la force en droit, les grandes puissances ne se contentent pas d’agir, elles réécrivent la grammaire de l’ordre international. Ce texte interroge ainsi un monde qui apprend à vivre sans l’illusion de l’égalité souveraine, où les hiérarchies s’exercent à visage découvert, et où la puissance cesse de se contenir par les règles pour s’autoriser d’elles. Quand cette frontière se déplace, ce ne sont pas seulement des dirigeants qui tombent, ni des régimes qui changent, ce sont les cartes mentales du monde — et les limites du pensable — qui se redessinent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le basculement d’époque</h2>



<p>Parler d’<em>«arrestation»</em> pour qualifier l’extraction de Nicolás Maduro hors du Venezuela par les États-Unis n’est pas une simple facilité de langage. Les mots tracent des frontières. Nommer <em>«arrestation»</em> une opération menée sans juridiction locale, sans coopération judiciaire, sans extradition, c’est brouiller la ligne entre police et armée, entre justice et stratégie, entre ordre public et ordre international. C’est ici que commence la gravité morale de l’époque, lorsque la puissance ne se contente plus d’agir, mais de requalifier son acte. Elle ne dit plus <em>«nous avons frappé»</em>, elle affirme <em>«nous avons fait respecter la loi»</em>. Dans ce glissement, la force perd sa honte — et le précédent naît.</p>



<p>Si l’on accepte qu’une opération coercitive extraterritoriale puisse devenir une opération de <em>«justice»</em>, alors le monde entre dans un âge où la guerre se rebaptise police et où l’exception cesse d’être une transgression pour devenir une méthode de gouvernement. Hier les <em>«cas»</em> Noriega, Saddam, Gbagbo ou Kadhafi ; aujourd’hui le <em>«cas Maduro»</em> ; demain un <em>«cas X»</em>.</p>



<p>L’acte importe, mais le message est plus lourd encore, la souveraineté n’est plus un droit, elle devient une tolérance conditionnelle. Et lorsque Washington évoque la possibilité de <em>«gérer»</em> le Venezuela, le basculement est total, de la sanction d’un homme à la tutelle d’un pays de 27 millions d’habitants. Quand la frontière entre droit et puissance se déplace, les cartes du monde, elles aussi, finissent toujours par bouger.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le retour silencieux de la tutelle comme horizon</h2>



<p>L’enlèvement de Nicolás Maduro réactive une idée que l’ordre international contemporain croyait avoir reléguée à l’histoire, celle selon laquelle certains États peuvent, au nom d’un bien supérieur qu’ils définissent seuls, suspendre la souveraineté des autres. Le glissement est subtil mais décisif. On ne parle plus de conquête ni même d’intervention, mais de <em>«gestion»</em>, de <em>«stabilisation»</em>, de <em>«remise en ordre»</em>. Le vocabulaire est propre, technique, presque managérial ; il transforme l’État en problème à administrer. Dès lors, la violence cesse d’être tragique pour devenir instrumentale, et la morale se déplace, la responsabilité invoquée remplace la légitimité consentie.</p>



<p>Ainsi la tutelle devient acceptable. On affirme qu’un dirigeant ne représente plus son peuple, que le peuple doit être protégé, que l’économie doit être réparée, que l’État doit être réorganisé.</p>



<p>Chaque étape paraît raisonnable ; ensemble, elles recomposent une hiérarchie où certains décident pour d’autres. Le message envoyé, surtout aux États vulnérables, est limpide, la souveraineté n’est plus un principe égalitaire, mais une permission conditionnelle. Cette <em>«bienveillance»</em> stratégique, comme l’avait averti Amartya Sen dans ‘‘<em>L’Idée de justice’’</em>, risque moins de corriger les injustices que de les perpétuer, en parlant au nom des peuples tout en faisant taire leurs voix.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La doctrine Monroe : l’aveu d’un monde qui régresse</h2>



<p>La doctrine Monroe appartient à un siècle prédateur (XIX<sup>e</sup>), celui où l’ordre international ne se fondait pas sur des règles communes, mais sur la capacité des puissants à réserver des espaces. Elle ne proclamait pas la liberté des peuples ; elle bornait un territoire d’influence. Ce n’était pas une doctrine de droit, mais un acte de possession : <em>«ici, nous déciderons»</em>.</p>



<p>Si elle a été abandonnée, ce n’est pas par vertu, mais par intelligence stratégique. Après 1945, les États-Unis ont compris qu’une hégémonie durable se dissimule dans les règles. Le droit, les institutions, l’universalisme imparfait étaient plus efficaces que la tutelle assumée. Gouverner par la norme stabilisait ; gouverner par l’exception exposait. La doctrine Monroe devenait alors un archaïsme nuisible, incompatible avec la crédibilité morale nécessaire pour contenir les autres empires.</p>



<p>Son retour aujourd’hui sonne comme un aveu de déclin. Les puissances véritablement assurées n’ont pas besoin de sanctuariser ; ce sont les puissances inquiètes qui bornent, administrent et prétendent <em>«gérer»</em>. La réactivation de la doctrine Monroe n’exprime pas une force retrouvée, mais une légitimité qui s’effrite. Lorsque les règles cessent de servir le plus fort, celui-ci revient à la géographie et à la contrainte. Le coût est immédiat, moralement, la souveraineté devient une permission conditionnelle ; géopolitiquement, la hiérarchie remplace l’ordre, et la stabilité cède la place à la domination assumée.</p>



<p>Le danger est systémique. Les sphères d’influence obéissent à une loi de conservation, ce qui est toléré ici est reproduit ailleurs. La logique qui s’affirme à Caracas trouve ses échos en mer de Chine méridionale comme en Ukraine. À force d’exceptions, l’universalisme se délite et l’ordre post-1945 se fragmente en un archipel de dominations. Le monde ne devient pas plus pacifique ; il devient plus pensable pour la force. Et dans un tel monde, la stabilité n’est plus garantie par les règles communes, mais par les rapports de puissance.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La tentation de l’urgence stratégique</h2>



<p>Il faut pourtant accepter, ne serait-ce qu’un instant, de regarder l’épisode depuis la rationalité de la puissance. Du point de vue des États-Unis, la tentation de l’exception ne procède ni d’un cynisme gratuit ni d’un mépris abstrait du droit, mais d’un sentiment d’urgence stratégique : monde fragmenté, institutions multilatérales paralysées, adversaires qui testent les lignes rouges, alliés jugés hésitants, opinion publique fatiguée de l’impuissance. Dans cette lecture, agir vite, frapper fort et requalifier l’action en <em>«justice»</em> serait une manière de restaurer la dissuasion, de reprendre l’initiative, de montrer que la puissance sait encore décider quand les règles s’enlisent. Cette logique est intelligible — et c’est précisément ce qui la rend dangereuse. Car en substituant l’efficacité immédiate à la légitimité durable, elle confond capacité d’agir et capacité de structurer. L’histoire des grandes puissances est pourtant sans appel, celles qui gouvernent par l’exception finissent par multiplier les coups, mais perdent la maîtrise de l’époque. La rationalité de l’urgence est compréhensible ; son coût stratégique, lui, est systémique. À l’horizon 2030, des simulations du Rand Corporation prévoient une multiplication par trois des conflits hybrides si cette logique persiste.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les risques s’ordonnent dans le temps</h2>



<p>À court terme, la normalisation de l’exception abaisse le seuil d’acceptabilité de l’usage de la force, les crises deviennent plus fréquentes, moins encadrées. À moyen terme, elle fragilise les alliances, politise durablement l’économie mondiale et installe une méfiance structurelle entre partenaires qui ne savent plus si la règle protège encore. À long terme enfin, le risque est civilisationnel, un monde où la souveraineté est conditionnelle, où le droit est sélectif, devient un monde structurellement instable, condamné à gérer par la domination ce qu’il n’a plus la capacité de gouverner par des normes communes. Ce risque civilisationnel évoque la chute de Rome, non par invasion barbare, mais par érosion interne des normes. Dans un monde interconnecté, cette instabilité pourrait accélérer les migrations climatiques et les pandémies, transformant les exceptions en catastrophes globales.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La souveraineté redevient une variable du rapport de force</h2>



<p>Pour le Sud global, l’enlèvement de Nicolás Maduro n’est p0as un fait divers géopolitique. Il dit, sans détour, que la souveraineté n’est pas un droit inaliénable garanti par des normes universelles, mais une fonction conditionnelle, elle vaut tant qu’elle ne contrarie pas l’utilité stratégique des puissants.</p>



<p>Pendant des décennies, l’intégration économique, la conformité réglementaire, la reconnaissance diplomatique ont été présentées comme des assurances implicites. L’épisode vénézuélien fissure cette croyance. Il suggère que l’alignement ne protège pas nécessairement, que la vertu normative n’est pas un bouclier, et que l’ordre mondial n’est pas injuste par accident mais hiérarchique par construction. À partir de là, la rationalité dominante change, la question n’est plus <em>«comment être conforme ?»</em>, mais <em>«comment survivre politiquement ?»</em>.</p>



<p>Les États du Sud global doivent diversifier leurs alliances par calcul existentiel. Ils doivent réduire les dépendances réversibles demain en leviers de contrainte : monnaies, systèmes de paiement, infrastructures critiques, données, approvisionnements stratégiques. Ils doivent durcir leur appareil sécuritaire au nom de la stabilité préventive — non par goût de l’autoritarisme, mais parce qu’un monde où la tutelle est pensable rend la fragilité interne dangereuse. La mondialisation, autrefois promesse de convergence, se reconfigure en espace de vulnérabilité<strong>.</strong></p>



<p>L’universalisme occidental cesse d’être une promesse crédible pour devenir un récit parmi d’autres. Cela peut produire deux trajectoires opposées. La première est défensive : repli, fragmentation, cynisme, où la politique devient une gestion permanente du risque d’ingérence. La seconde est celle de l’émergence d’un Sud global plus conscient de lui-même, moins demandeur de reconnaissance, plus soucieux de bâtir des équilibres autonomes — régionaux, financiers, technologiques. Des pays comme le Brésil ou l’Inde, via les Brics+, accélèrent déjà leurs alliances alternatives, avec une augmentation de 25% des échanges intra-Sud en 2025 selon la Banque mondiale, signe d’une multipolarité émergente qui défie l’hégémonie occidentale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Économie mondiale</h2>



<p>Le premier effet de cet épisode vénézuélien est que les investisseurs ne se demandent plus seulement si un projet est rentable, mais s’il est exposable à une requalification juridique, à une sanction, à une tutelle soudaine, à une <em>«gestion»</em> externe. Les chaînes de valeur se régionalisent, la redondance remplace l’optimisation, et la liquidité se concentre dans les juridictions perçues comme<em>«amies»</em>. Ce mouvement n’est pas idéologique ; il est prudentiel. Mais la prudence, à l’échelle globale, renchérit le capital et ralentit la productivité.</p>



<p>La finance internationale, elle, réagit par rétrécissement de l’horizon. Le temps long — celui des infrastructures, de l’énergie, de l’éducation, de la transformation productive — devient plus difficile à financer quand la souveraineté peut être suspendue et les actifs requalifiés. Les flux se raccourcissent, les garanties se multiplient, les conditions se durcissent. Les pays perçus comme <em>«exposés»</em> paient plus cher leur dette, voient leurs IDE se raréfier ou se politiser, et apprennent que la discipline macroéconomique ne suffit plus à compenser le risque d’exception.</p>



<p>Le Venezuela devient alors un laboratoire involontaire. Non pas pour ses fondamentaux — déjà fragiles — mais pour ce qu’il autorise à penser ailleurs : que des actifs stratégiques puissent être administrés au nom de la stabilité, que des contrats soient relus à l’aune d’une tutelle, que la gouvernance d’un pays devienne une variable de valorisation. À partir de là, les marchés internalisent un principe simple qui est que la géopolitique n’est plus un choc exogène, c’est une hypothèse permanente.</p>



<p>Ainsi, l’enjeu économique de cette séquence dépasse le cas vénézuélien. Il tient en une phrase : plus la puissance politise l’ordre international, plus le monde devient coûteux. Coûteux en capital, en temps, en croissance potentielle. La stabilité obtenue par l’exception se paie d’une instabilité diffuse, intégrée dans les prix, les contrats et les anticipations. Et cette facture, comme toujours, est d’abord réglée par ceux qui vivent loin du centre de décision — là où la règle était censée compenser l’absence de puissance. Selon le FMI, cette géopolitisation pourrait réduire la croissance mondiale de 1,5% par an, avec les pays émergents supportant 60% du fardeau, exacerbant les inégalités et risquant des soulèvements comme ceux vus en 2024 au Sri Lanka et au Pakistan.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le droit subsiste, mais il n’arbitre plus l’exception</h2>



<p>Face à l’enlèvement de Maduro, l’Onu apparaît dans sa vérité contemporaine structurellement impuissante lorsque l’exception est assumée par les puissants. Les textes existent, les principes sont clairs, l’indignation est possible ; pourtant, quand la coercition est requalifiée en <em>«police»</em> et la tutelle en <em>«gestion»</em>, l’Onu ne tranche plus — elle consigne. Le Conseil de sécurité devient un théâtre de récits concurrents où le veto fige le droit au moment précis où il devrait agir. Cette scène n’est pas singulière, elle se répète de Ukraine à Gaza, partout où les intérêts vitaux des grandes puissances se heurtent. Là aussi, les résolutions s’empilent, les condamnations se répondent, mais l’arbitrage se dérobe. Ce n’est pas un effondrement spectaculaire ; c’est une neutralisation silencieuse du droit par saturation politique.</p>



<p>À horizon dix à quinze ans, le monde qui se dessine n’est ni celui du chaos pur, ni celui d’un ordre stabilisé. C’est un monde plus dur, plus cher, plus hiérarchique. Les conflits n’y seront pas nécessairement plus nombreux, mais plus localisés, plus ambigus, plus difficiles à contenir. Le droit continuera d’exister, mais comme ressource argumentative, non comme barrière. Les économies fonctionneront, mais sous prime géopolitique permanente. La paix, quand elle existera, sera moins le produit des règles que de la fatigue des puissants. Ce monde-là ne s’effondre pas, il s’use.</p>



<p>Pourtant, l’Onu pourrait renaître via une réforme élargissant son Conseil de Sécurité et supprimant le droit de véto au sein de celui-ci. Sans cela, elle risque de devenir un vestige, comme la Société des Nations post-1919.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Elections de mi-mandat, novembre 2026</h2>



<p>Il faut enfin introduire une variable politique décisive, celle du temps électoral américain. La réactivation d’une doctrine Monroe opérationnelle repose sur une fenêtre politique étroite, fragile, et potentiellement réversible. À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, plus de deux cents sondages nationaux et locaux convergent vers un constat défavorable aux Parti républicain : perte de la Chambre, Sénat incertain, et surtout érosion du mandat politique nécessaire pour assumer une doctrine de puissance aussi coûteuse symboliquement. Or la doctrine Monroe n’est pas une politique de consensus ; c’est une doctrine clivante, qui exige continuité, crédibilité et acceptation durable des coûts normatifs. Une alternance — ou même une majorité divisée — suffirait à la fragiliser, car elle expose immédiatement ses contradictions : contradiction entre primauté régionale et alliances globales, entre discours de droit et pratiques d’exception, entre leadership moral revendiqué et tutelle assumée. À cela s’ajoutent d’autres forces de rappel, la fatigue stratégique de l’électorat, la priorité donnée aux enjeux domestiques (inflation, dette, immigration), et la pression des milieux économiques, peu enclins à soutenir une doctrine qui politise les marchés et renchérit durablement le coût du capital. Autrement dit, la doctrine Monroe réactivée pourrait bien être un pari de fin de cycle : spectaculaire à court terme, mais structurellement vulnérable à la sanction démocratique. Dans l’histoire américaine, les doctrines durables sont celles qui survivent aux alternances ; celles qui disparaissent avec les majorités révèlent moins une stratégie qu’un moment politique.</p>



<p>Ces élections pourraient marquer un tournant, similaire à 1974 post-Watergate, où l’Amérique réaffirme son attachement aux normes, ou au contraire accélérer le déclin, comme en 1930 avant l’isolationnisme.</p>



<p>Au terme de cet article, les risques de guerres ne sont pas seulement ceux liés à des enchaînements de crises, mais d’un glissement de civilisation. Un monde où la force se rebaptise droit, est un monde qui abaisse le seuil de la guerre, multiplie les rapports de sujétion et prépare des conflits d’autant plus violents qu’ils auront été longtemps normalisés.</p>



<p>L’enlèvement de Nicolás Maduro n’est pas en soi la cause de ces périls ; il en est le signal. Car lorsque la souveraineté devient conditionnelle, lorsque le droit cesse de contenir la puissance, lorsque les hiérarchies cessent d’être dissimulées, alors la rivalité stratégique se mue en lutte existentielle.</p>



<p>Les guerres ne naissent pas seulement de l’agression, mais de l’échec collectif à maintenir des limites crédibles; les dominations ne durent qu’au prix d’un ressentiment accumulé ; et les civilisations échouent moins par faiblesse que par excès de certitude.</p>



<p>En croyant sécuriser l’ordre international par l’exception, on fragilise ce qui rendait encore la coexistence possible. L’histoire nous enseigne qu’un monde qui accepte facilement la domination finit par découvrir que la paix sans règles n’est jamais qu’une guerre différée.</p>



<p>Sommes-nous prêts à vivre dans un monde où la paix dépend moins du droit que de la patience des puissants ?</p>



<p><em>* Economiste, banquier et financier. &nbsp;</em></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="3jxHjPzs5D"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/05/venezuela-lenlevement-du-couple-maduro-ou-le-retour-du-gringo/">Venezuela | L’enlèvement du couple Maduro, ou le retour du Gringo</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Venezuela | L’enlèvement du couple Maduro, ou le retour du Gringo » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/05/venezuela-lenlevement-du-couple-maduro-ou-le-retour-du-gringo/embed/#?secret=GPZB9SA4QP#?secret=3jxHjPzs5D" data-secret="3jxHjPzs5D" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>Tech, or et «légitimité» des Etats &#124; Le triangle du XXIᵉ siècle</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 Oct 2025 08:20:22 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les actions des géants de l’IA s’envolent, alors que l’or, valeur archaïque, atteint simultanément des sommets historiques. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/10/19/tech-or-et-legitimite-des-etats-le-triangle-du-xxi%e1%b5%89-siecle/">Tech, or et «légitimité» des Etats | Le triangle du XXIᵉ siècle</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Jamais les marchés n’auront autant incarné nos contradictions. Alors que les actions des géants de l’intelligence artificielle (IA) s’envolent —Nvidia +1531 %, Palantir +2265 % en trois ans —, l’or atteint simultanément des sommets historiques à 4 250 dollars l’once, une envolée de +157 % sur la même période. La planète financière célèbre le triomphe de la raison artificielle tout en se ruant vers le refuge le plus archaïque qui soit, comme si l’avenir prometteur des transformations de l’IA et la fin du monde cotaient désormais sur le même marché. Deux actifs censés s’exclure montent ensemble : le risque et la peur, la promesse du futur et la couverture contre la fin. Les investisseurs n’ont plus une foi unique, ils en ont deux, contradictoires mais simultanées. Ils croient à la toute-puissance du code informatique et à la fragilité de la civilisation. Ils misent sur l’IA pour reconstruire la croissance, et sur l’or pour survivre à l’échec de cette promesse.</em></strong></p>



<p><strong>Yahya Ould Amar</strong> *</p>



<span id="more-17698452"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/02/Ould-Amar-Yahya.jpg" alt="" class="wp-image-335526"/></figure>
</div>


<p>Ce qui se joue ici dépasse les courbes : c’est le récit même du capitalisme contemporain qui vacille. Là où autrefois le progrès et la stabilité marchaient main dans la main, ils avancent désormais dos à dos.</p>



<p>Les investisseurs des pays développés s’abandonnent à une nouvelle mystique, celle de l’IA. Ils croient que les machines sauveront la croissance, que les algorithmes répareront ce que les gouvernements ont détruit, et que les data remplaceront la diplomatie. Le progrès technique devient la dernière idéologie universelle, une théologie du calcul où le code se substitue à la loi, et la prédiction à la politique. Les ingénieurs remplacent les hommes d’État comme gardiens du destin collectif. Les citoyens doutent des institutions, mais croient aux mises à jour logicielles. Les investisseurs ne font plus confiance aux devises, mais aux start-ups. Le capitalisme ne cherche plus à produire, il cherche à croire.</p>



<p>Pour la première fois depuis la machine à vapeur, le capitalisme s’imagine infini. L’IA promet d’abolir la rareté, la fatigue, l’erreur — jusqu’à la mort du doute. Les bénéfices futurs sont actualisés à l’infini, comme si la technologie annulait le temps. Les marchés, eux, se sont faits métaphysiques, s’ils pensent que l’IA peut tout prédire, alors plus rien ne peut surprendre — et donc tout vaut plus, les entreprises technologiques n’ont plus de prix.</p>



<p>Derrière cet enthousiasme algorithmique se cache cependant un autre récit, celui du désespoir d’un monde qui ne croit plus en ses dirigeants. La tech est devenue le dernier substitut à la confiance politique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Détresse du Sud : des États fantomatiques</h2>



<p>Pendant que les investisseurs du Nord se laissent envoûter par les promesses de l’IA, les peuples du Sud, eux, fuient des États devenus fantomatiques, incapables de s’imposer comme entités tangibles : infrastructures en déliquescence, institutions minées par la suspicion, populations délaissées se repliant sur des réseaux informels ou choisissant l’exode.</p>



<p>À quoi bon un drapeau flottant au vent avec une monnaie nationale, si les territoires qu’il surplombe ne recèlent que du néant ?</p>



<p>Lorsque la protection, l’équité et l’espérance se réfugient dans des enclaves communautaires, des factions armées ou des migrations forcées, l’État se mue en abstraction bureaucratique – tolérée par les puissances étrangères, mais reléguée à l’insignifiance par ceux qu’elle devrait élever.</p>



<p>Aujourd’hui, la planète des investisseurs s’enflamme pour les promesses de l’IA, tandis que des centaines de millions de personnes dans le Sud Global cherchent encore un abri, une justice, une école ou un dispensaire pour se soigner. L’Occident parie sur la machine; le Sud réclame encore la légitimité de ses Etats. L’un veut abolir les contraintes de la réalité, l’autre cherche simplement à en retrouver une.</p>



<p>Ce contraste n’est pas seulement économique, il est existentiel. Le Nord rêve d’un monde dématérialisé; le Sud réclame encore de la matière — des routes, de la nourriture, de l’eau, de la dignité. Les uns déploient des réseaux neuronaux ; les autres cherchent des réseaux électriques. Le fossé n’est plus entre riches et pauvres, mais entre ceux qui croient encore à la promesse d’un futur, et ceux qui peinent à tenir le présent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’or : la revanche du réel</h2>



<p>Pendant que les entreprises de la tech fabriquent des promesses, la planète redécouvre la plus vieille valeur refuge : l’or.</p>



<p>Le métal ne produit rien, n’innove pas, ne distribue aucun dividende ni intérêt — et pourtant il redevient la seule vérité quand tout vacille. Chaque lingot acheté est un aveu de doute, un bulletin de défiance silencieux. La Chine, la Russie, l’Inde, la Turquie ou le Brésil en remplissent leurs coffres, c’est la dédollarisation par la gravité.</p>



<p>L’or est la monnaie des nations méfiantes, des économies blessées, des peuples trahis. Dans les villages du Sahel ou les ruelles du Venezuela, il circule comme une contre-monnaie de la confiance. Quand la parole de l’État ne vaut plus rien, le métal pèse ce que la légitimité ne vaut plus.</p>



<p>Ainsi, la ruée vers l’or et la foi dans la tech ne s’opposent pas, elles se complètent. Elles disent la même chose que le monde a perdu confiance. Le Nord se protège de la faillite du système; le Sud, de la faillite de l’État. Les uns achètent des puces ; les autres, de la poussière d’or. Mais tous achètent la même chose : une assurance contre la fin.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Faillites jumelles des monnaies et des États</h2>



<p>Ce que les marchés vivent sur les écrans, les peuples du Sud le vivent dans la chair. La perte de confiance monétaire et la perte de légitimité politique ne sont que les deux faces d’un même effondrement économique, politique et moral. Là où les investisseurs n’ont plus foi en la valeur de leurs monnaies, les citoyens n’ont plus foi en la parole de leurs gouvernants. Le capital symbolique – celui de la confiance – s’est évaporé.</p>



<p>Le résultat est identique : la fuite. Fuite vers les cryptos ou vers les exils. Fuite des capitaux au Nord, des cerveaux au Sud. Les deux mondes fuient la même chose, la promesse trahie d’un ordre stable. Il n’y a plus d’hommes ou femmes d’Etat, il n’y a dans plusieurs pays que des gestionnaires du déclin ou des comptables du chaos.</p>



<p>Dans les marchés comme dans les institutions, la crédibilité s’est dissoute. Et dans cette érosion, l’humanité redécouvre son vide : sans foi, il n’y a ni monnaie, ni État, ni avenir.<br>La légitimité : la vraie valeur refuge. </p>



<p>La seule ressource durable du XXI<sup>e</sup> siècle, ce n’est ni le pétrole, ni le lithium, ni les data, c’est la légitimité. C’est elle qui convertit le pouvoir en autorité, la richesse en prospérité, la loi en justice. Sans elle, les États se désagrègent en zones grises, et les marchés se perdent dans les bulles.</p>



<p>Dans le Sud global, la légitimité devient la frontière entre l’effondrement et la renaissance. L’Indonésie ou Singapour l’ont compris, la confiance se gagne par la performance, l’inclusion et la justice. Un État est légitime, non pas parce qu’il est reconnu internationalement, mais parce qu’il répond aux besoins de ses citoyens. Un peuple ne croit pas à un drapeau, mais à une promesse tenue.</p>



<p>Demain, la technologie construira des outils, mais seule la confiance construira des nations. L’IA pourra anticiper des famines, prévenir des crises, détecter la corruption, mais encore faut-il que les gouvernants veuillent s’en servir pour le bien commun. La technologie sans légitimité des Etats n’est qu’un pouvoir sans boussole.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le Sud, laboratoire de la refondation mondiale</h2>



<p>C’est au cœur de l’instabilité que naissent les grandes renaissances. Et si la fracture du Sud global, loin d’être une fatalité, devenait l’opportunité fondatrice du XXIᵉ siècle ?Berceau des défis majeurs de notre temps — climatiques, démographiques, technologiques, le Sud n’est pas condamné à subir le désordre du monde, il peut en devenir l’architecte du renouveau.</p>



<p>Déjà, des expériences émergent : plateformes citoyennes pour suivre la gestion des budgets publics, IA prédictives pour anticiper les famines ou les sécheresses. Autant d’initiatives qui prouvent qu’une autre modernité est possible<strong>, </strong>enracinée dans la réalité du terrain.</p>



<p>Le Sud peut ainsi transformer la technologie en instrument de légitimité, et non en bulle spéculative. Car l’innovation, lorsqu’elle sert la justice, la transparence et la dignité, devient le ciment d’un nouvel ordre mondial, un ordre fondé sur la <strong>confiance</strong>, non sur la domination.</p>



<p>Le monde de demain ne se divisera plus entre riches et pauvres, mais entre sociétés crédibles et sociétés désavouées, entre celles qui inspirent confiance et celles qui la perdent. Et sur ce terrain décisif, le Sud détient un avantage, celui d’avoir connu la fragilité, et d’avoir appris à rebâtir. Le Sud pourrait réconcilier progrès et légitimité, technologie et humanité.</p>



<p>Enfin, le XXIᵉ siècle s’ouvre sur une équation inédite : la technologie promet l’infini, l’or rappelle la peur, et la légitimité des Etats devient la condition de survie. Entre la foi dans les machines et la fuite vers les refuges anciens, l’humanité cherche un cap — un sens, une boussole, un horizon commun.</p>



<p>Or, cette boussole ne se trouve ni dans les algorithmes ni dans les lingots d’Or, mais dans la confiance retrouvée entre les peuples et leurs États. C’est elle, et elle seule, qui transformera la puissance en civilisation, la richesse en avenir, le progrès en justice.</p>



<p>*<em> Economiste, banquier et financier.</em></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="TAclsk9psR"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/10/12/fin-de-la-democratie-vers-une-gouvernance-algorithmique/">Fin de la démocratie | Vers une gouvernance algorithmique ?</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Fin de la démocratie | Vers une gouvernance algorithmique ? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/10/12/fin-de-la-democratie-vers-une-gouvernance-algorithmique/embed/#?secret=vWm1d9bQKk#?secret=TAclsk9psR" data-secret="TAclsk9psR" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>Le divorce Nord-Sud &#124; La fracture du siècle ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Jul 2025 06:47:33 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le divorce Nord-Sud, s’il menace, n’est pas une fatalité. Il est une alerte. Un monde plus harmonieux et plus juste est possible.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/07/23/le-divorce-nord-sud-la-fracture-du-siecle/">Le divorce Nord-Sud | La fracture du siècle ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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<p><strong><em>Quelque chose d’essentiel est en train de se briser dans le silence des sommets internationaux. Ce n’est pas seulement une crise de confiance. C’est peut-être la fin d’un pacte, vieux de trois quarts de siècle, entre les deux mondes. Le Nord et le Sud. L’ordre et la marge. L’universel proclamé et l’univers ignoré.</em></strong></p>



<p><strong>Yahya Ould Amar *</strong></p>



<span id="more-17086563"></span>


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<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/02/Ould-Amar-Yahya.jpg" alt="" class="wp-image-335526"/></figure>
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<p>Les pays du Nord, avec leurs sanctions, tarifs douaniers, taxes carbone et normes strictes, cherchent-ils à s’isoler du Sud global ? Cette dynamique, qui s’intensifie à l’approche de 2030 (objectifs de l’Accord de Paris), soulève des enjeux décisifs pour l’économie mondiale, le commerce et la coopération internationale.</p>



<p>La question est de savoir si un divorce est déjà en cours, entre ceux qui croient incarner les règles… et ceux qui en subissent les conséquences.</p>



<p>Quelles sont les motivations des pays du Nord, les conséquences pour le Sud global et quelles sont les pistes pour un avenir équilibré&nbsp;?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une mondialisation à sens unique</h2>



<p>La mondialisation s’est bâtie sur une promesse : l’ouverture des marchés, le progrès partagé, le développement par la coopération. Cette promesse, renouvelée à Bandung en 1955 puis recyclée à chaque sommet du G7 ou de l’Onu, portait en elle un espoir : celui d’un monde qui, malgré les asymétries, finirait par se stabiliser dans la réciprocité.</p>



<p>Or, ce monde vacille. Les faits sont là : explosion des sanctions économiques unilatérales, extraterritorialité du droit américain, retrait des aides publiques au développement, fermeture implicite des marchés par le biais de normes environnementales, sociales, numériques.</p>



<p>À cela s’ajoute le retour d’un protectionnisme vert déguisé, où la taxe carbone devient barrière douanière, où la norme ESG (Environnemental Social et Gouvernance) devient instrument de tri géopolitique, où les chaînes de valeur sont reconfigurées non pour l’efficacité… mais pour la sécurité.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="Kh18hrzpMf"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/03/20/leconomie-mondiale-en-panne-un-dereglement-temporaire-ou-une-mutation-irreversible/">L’économie mondiale en panne | Un dérèglement temporaire ou une mutation irréversible ?</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« L’économie mondiale en panne | Un dérèglement temporaire ou une mutation irréversible ? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/03/20/leconomie-mondiale-en-panne-un-dereglement-temporaire-ou-une-mutation-irreversible/embed/#?secret=6S7DykDi3A#?secret=Kh18hrzpMf" data-secret="Kh18hrzpMf" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">Les valeurs universelles à l’épreuve des conflits</h2>



<p>Le Nord, longtemps chantre de l’universalisme moral, s’est lui-même piégé dans les contradictions de ses positions. En Ukraine, il invoque avec justesse le droit international, la souveraineté des États et la protection des civils. Mais ces principes deviennent soudain malléables, silencieux lorsqu’il s’agit de Gaza, du Yémen, de l’Iran, du Sahel ou d’autres théâtres oubliés. Le deux poids, deux mesures est devenu une constante : on arme certains au nom de la légitime défense, on condamne d’autres au nom de la paix. On célèbre la résistance ici, on la criminalise là. Cette dissonance creuse un fossé : celui d’un monde qui entend encore le discours du Nord, mais n’y croit plus. Car ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement la politique, c’est la crédibilité morale de tout un récit civilisationnel.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Démocratie : principe proclamé, réalité relativisée</h2>



<p>Régulièrement érigée en condition de partenariat, la démocratie est, pour les pays du Nord, un idéal sacralisé… mais souvent relativisé lorsqu’elle entre en conflit avec les intérêts géostratégiques. Ainsi, l’Occident continue de s’allier, d’armer, de financer ou de protéger des régimes autoritaires dès lors qu’ils garantissent la stabilité, l’accès à des ressources ou la limitation de l’influence d’un rival. On tolère l’oppression au nom de la <em>«stabilité régionale»</em>, on ferme les yeux sur la répression pour préserver un accord militaire ou énergétique.</p>



<p>Ce double discours ne fait que renforcer l’idée, dans les opinions du Sud, que la démocratie n’est pas une valeur universelle défendue par principe, mais un instrument de tri utilisé selon les convenances du moment. Un monde qui prêche la démocratie mais soutient l’autoritarisme mine, à terme, sa propre légitimité.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’extrême droite au Nord : un miroir que le Sud observe</h2>



<p>Pendant que le Nord exige du Sud qu’il réforme ses institutions et respecte les droits de l’homme et ses minorités, l’extrême droite progresse spectaculairement dans les urnes occidentales. En Europe comme en Amérique du Nord, les discours de repli, de xénophobie, d’ethno-nationalisme ou de rejet de l’immigration s’installent au cœur des démocraties libérales. Les partis prônant la fermeture des frontières, la préférence identitaire ou la rupture avec les engagements internationaux gouvernent déjà, ou s’en approchent dangereusement.</p>



<p>Ce glissement n’échappe pas aux peuples du Sud : comment prendre au sérieux les injonctions démocratiques venues de nations qui peinent à protéger elles-mêmes l’universalité des droits ? La montée des extrêmes n’est pas qu’un phénomène local : elle entame le socle commun des valeurs partagées, et nourrit l’idée que l’ordre libéral occidental n’est peut-être plus qu’un vernis fragile sur une réalité profondément fracturée.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="pUUt867x3M"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/06/11/la-finance-mondiale-au-service-des-guerres-sans-fin/">La finance mondiale au service des guerres sans fin</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« La finance mondiale au service des guerres sans fin » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/06/11/la-finance-mondiale-au-service-des-guerres-sans-fin/embed/#?secret=sS7ytTCv9v#?secret=pUUt867x3M" data-secret="pUUt867x3M" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">Une muraille économique : sanctions, tarifs, taxe carbone et normes strictes</h2>



<p>Les pays du Nord ont multiplié les outils économiques pour encadrer leurs relations avec le reste du monde. A titre d’exemple, depuis 2018, les sanctions économiques ont explosé, touchant des pays comme la Russie, la Chine, l’Iran… Mais pas Israël, accusé de génocide par la Cour pénale internationale (CPI).</p>



<p>Selon le <em>Global Sanctions Database</em>, plus de 12 000 sanctions étaient actives en 2024, un record historique, visant à limiter les échanges commerciaux avec des nations jugées en décalage avec les priorités stratégiques du Nord.</p>



<p>À cela s’ajoutent les tarifs douaniers, souvent utilisés comme vecteurs de supériorité. Par exemple ceux imposés en 2025 par l’Administration Trump. En 2023, l’Union européenne a imposé des droits de douane de 25 % sur certaines importations chinoises, notamment dans le secteur des véhicules électriques.</p>



<p>Ces mesures, combinées à des taxes environnementales comme la taxe carbone européenne (<em>Carbon Border Adjustment Mechanism</em> – CBAM ou Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières), qui entrera pleinement en vigueur au premier janvier 2026, visent à protéger les industries locales et à promouvoir des standards environnementaux élevés. Le CBAM taxera fortement les importations de produits à forte empreinte carbone notamment celles provenant du Sud global dans les secteurs de l’acier (Maghreb, Afrique australe, Inde), du ciment (Afrique de l’Ouest, Asie du Sud), de l’engrais (Afrique du Nord, Russie, Golfe), de l’aluminium (Guinée, Mozambique) et de l’électricité et hydrogène (Moyen-Orient, Afrique du Nord).</p>



<p>Mais ces politiques ne sont pas sans coût. Selon une étude de l’OCDE, le CBAM pourrait augmenter les coûts d’exportation pour les pays émergents de 1,5 à 2 % de leur PIB d’ici 2030, affectant particulièrement les économies dépendantes des matières premières. Les normes techniques et sanitaires, de plus en plus rigoureuses, compliquent également l’accès des produits du Sud aux marchés du Nord. Ainsi, les exportateurs agricoles doivent se conformer à des normes européennes sur les pesticides, souvent inaccessibles faute de moyens technologiques ou financiers.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La peur stratégique du Nord : perdre la maîtrise du récit</h2>



<p>Le Nord se referme essentiellement par peur. Peur de la démographie du Sud, environ 2,5 milliards de jeunes de moins de 25 ans. Peur du poids croissant de l’Inde, de la Chine, du Brésil. Peur de l’effondrement de la hiérarchie construite depuis ces deux derniers siècles (révolution industrielle). Peur de perdre le contrôle de l’Onu et des différentes institutions internationales, conçues autrefois comme des instruments au service de la domination. Peur, enfin, que les valeurs qu’il dit incarner — droits de l’homme, démocratie, État de droit — soient utilisées contre lui, à l’aune de ses propres contradictions.</p>



<p>Cette peur engendre un réflexe défensif : remplacer l’universel par l’identitaire, l’interdépendance par la méfiance, et l’aide par le tri. On sélectionne les partenaires. On sanctionne les désobéissants. On normativise les flux commerciaux. Le Sud global n’est plus vu comme un acteur, mais comme un problème à gérer, une instabilité à contenir, une énergie à canaliser.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="CX5IqR9otN"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/02/06/la-boite-de-pandore-americaine-lordre-mondial-au-bord-de-la-rupture/">La boîte de Pandore américaine : l’ordre mondial au bord de la rupture</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« La boîte de Pandore américaine : l’ordre mondial au bord de la rupture » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/02/06/la-boite-de-pandore-americaine-lordre-mondial-au-bord-de-la-rupture/embed/#?secret=8UqGksmhAQ#?secret=CX5IqR9otN" data-secret="CX5IqR9otN" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">Une stratégie de repli ou une quête d’hégémonie ?</h2>



<p>Pourquoi les pays du Nord adoptent-ils des mesures de repli ?</p>



<p>D’un côté, ces mesures reflètent une volonté de protéger leurs économies face à la montée en puissance du Sud global, notamment la Chine et l’Inde, qui représentent respectivement 18 % et 7 % du PIB mondial en 2024 (selon le FMI). Pour le Nord, l’ascension économique et politique du Sud – illustrée par la montée du PIB combiné des Brics (36 % du PIB mondial en 2024, contre 31 % pour le G7) – représente une menace existentielle à sa domination historique. Les industries du Nord, confrontées à une concurrence accrue, cherchent à préserver leurs parts de marché. Par exemple, l’industrie solaire européenne, qui ne représente plus que 3 % de la production mondiale face à la domination chinoise (80 %), bénéficie de subventions massives et de barrières douanières.</p>



<p>D’un autre côté, ces mesures traduisent une ambition stratégique plus large : imposer un modèle économique et environnemental global. En imposant des normes strictes, le Nord cherche à forcer le Sud à adopter ses standards, sous peine d’exclusion économique. Cette approche, bien que justifiée par des impératifs climatiques, crée un déséquilibre. Les pays du Sud, souvent en phase d’industrialisation, n’ont ni les ressources ni les infrastructures pour se conformer rapidement.</p>



<p>Enfin de telles mesures risqueraient d’asphyxier économiquement les pays du Sud en affaiblissant la compétitivité de leurs produits.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un Sud plus lucide, mais pas moins coopératif</h2>



<p>Le Sud, pourtant, ne réclame ni charité ni rupture. Il demande une parole respectée, une place équitable, une dignité retrouvée. Il ne rejette pas la mondialisation, mais souhaite en réécrire les termes. Il ne récuse pas les valeurs démocratiques, mais refuse qu’elles soient imposées à géométrie variable. Il ne cherche pas à humilier le Nord, mais à ne plus s’humilier lui-même en acceptant des partenariats fondés sur le soupçon.</p>



<p>De Johannesburg à Djakarta, de Brasilia à Tunis, un mot revient : co-souveraineté. Pas pour se replier. Mais pour bâtir des échanges qui ne soient plus des rapports de force. Le Sud veut une Onu réformée, un Bretton Woods repensé, plus représentatif qui tienne compte des réalités du XXI<sup>e</sup> siècle. Il veut que la coopération cesse d’être conditionnelle et devienne contractuelle. Que l’aide cesse d’être outil d’influence et redevienne levier de justice.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="Pl06zuYd00"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/21/trump-2024-nouvelle-fracture-mondiale-ou-reveil-strategique-du-sud-global/">Trump 2024 : Nouvelle fracture mondiale ou réveil stratégique du Sud Global ?</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Trump 2024 : Nouvelle fracture mondiale ou réveil stratégique du Sud Global ? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/21/trump-2024-nouvelle-fracture-mondiale-ou-reveil-strategique-du-sud-global/embed/#?secret=4bX2ZJfcVr#?secret=Pl06zuYd00" data-secret="Pl06zuYd00" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">Le coût du divorce Nord-Sud</h2>



<p>Le coût du divorce Nord-Sud ne se mesure pas seulement en milliards de dollars de commerce perdu. Il se chiffre aussi en instabilité géopolitique, en rancœurs durables et en opportunités gâchées pour l’ensemble de l’humanité. Un monde où le Sud se referme par défiance et le Nord par crainte est un monde qui se prive de la moitié de ses talents, de ses ressources, de son dynamisme démographique. Selon la Banque mondiale, plus de 60 % de la croissance mondiale d’ici 2050 viendra du Sud global. Rompre les ponts, c’est refuser d’investir dans cette croissance, de participer à son encadrement, d’en tirer les fruits. C’est aussi risquer l’émergence de systèmes concurrents de normes, de monnaies, de récits, qui tourneraient le dos à la coopération multilatérale. Ce coût stratégique serait bien plus élevé que tous les bénéfices supposés du repli.</p>



<p>Pour le Sud, le coût est tout aussi redoutable : exclusion des chaînes de valeur, renchérissement des exportations, désindustrialisation prématurée. L’Afrique pourrait perdre jusqu’à 16 milliards de dollars par an d’accès préférentiel aux marchés occidentaux si les barrières environnementales ne sont pas rééquilibrées. À cela s’ajoute une perte d’espoir. Car un monde où les règles du jeu sont écrites sans ceux qui les vivent est un monde où la radicalisation, l’exode des talents, ou les conflits trouvent un terreau fertile. L’illusion d’un découplage serein est donc une chimère. Le divorce Nord-Sud serait un appauvrissement mutuel, un gaspillage tragique d’intelligence collective, un échec de civilisation. À l’heure où les défis sont mondiaux, la séparation est non seulement coûteuse — elle est absurde.</p>



<p>Le divorce Nord-Sud aurait un coût géopolitique incalculable : celui de la paix mondiale. Car l’exclusion nourrit la frustration, et la frustration engendre l’instabilité. En marginalisant le Sud, le Nord affaiblit les équilibres déjà précaires d’un monde traversé par les tensions identitaires, les fractures économiques et les chocs climatiques. Sans perspective d’équité, des pans entiers de la jeunesse du Sud — plus de deux milliards et demi de jeunes de moins de 25 ans — risquent de sombrer dans les bras de l’extrémisme, de l’exode ou de l’hostilité stratégique. En s’éloignant des mécanismes de dialogue et d’intégration, le système international s’expose à une multiplication de foyers de conflit — ouverts, hybrides ou silencieux — des Balkans à la bande sahélienne, du Pacifique à la mer Rouge.</p>



<p>La paix, dans un monde interdépendant, n’est jamais durable si elle est asymétrique. Rompre avec le Sud, c’est miner les fondations de la sécurité collective. C’est transformer la carte du monde en un archipel de méfiances. Et c’est surtout hypothéquer l’avenir d’un ordre mondial coopératif, fondé sur la reconnaissance mutuelle plutôt que sur la confrontation permanente.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="p50fkodZyV"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/07/14/le-sud-global-face-a-lillusion-de-la-croissance-verte/">Le Sud Global face à l’illusion de la croissance verte</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Le Sud Global face à l’illusion de la croissance verte » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/07/14/le-sud-global-face-a-lillusion-de-la-croissance-verte/embed/#?secret=zTdCQE2B77#?secret=p50fkodZyV" data-secret="p50fkodZyV" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">Des solutions pour un avenir commun</h2>



<p>Le divorce n’est pas inéluctable. Mais la thérapie de couple devra être honnête. Le Nord doit comprendre que la reconnaissance de la pluralité n’est pas un renoncement. Qu’un monde multipolaire n’est pas un monde anarchique. Qu’ouvrir la gouvernance des institutions internationales, ce n’est pas s’effacer, mais s’assurer de durer.</p>



<p>Quant au Sud, il devra prouver qu’il ne remplace pas un paternalisme par une victimisation. Qu’il construise, propose, réforme. Qu’il est capable d’unir ses voix non pas contre l’Occident, mais pour un monde mieux équilibré. Il devra enfin convaincre que la coopération reste un choix stratégique, non un réflexe du passé.</p>



<p>L’urgence aujourd’hui est d’éviter une fracture systémique entre le Nord et le Sud. Pour cela, des mesures concrètes et équilibrées doivent être mises en œuvre afin de transformer la relation historique de dépendance en un partenariat de codéveloppement.</p>



<p>Première urgence : réduire les barrières non tarifaires qui étranglent les PME du Sud, en particulier dans les secteurs agricoles et manufacturiers. L’assouplissement ciblé des normes techniques, couplé à des dispositifs de certification financés par les pays du Nord, permettrait d’ouvrir l’accès aux marchés tout en élevant les standards locaux.</p>



<p>En parallèle, le développement des infrastructures vertes dans le Sud constitue un impératif à la fois climatique et économique. Mobiliser au moins 100 milliards de dollars par an — via des fonds multilatéraux pilotés par la Banque mondiale — permettrait d’accélérer la mise en œuvre de projets d’énergie renouvelable en Afrique, en Asie du Sud-Est et en Amérique latine. Ce rééquilibrage géo-énergétique renforcerait l’autonomie du Sud, créerait des millions d’emplois et réduirait significativement les émissions globales. Parallèlement, il conviendrait de réformer le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) pour qu’il ne pénalise pas les économies vulnérables. L’introduction d’exemptions transitoires (2026–2030), accompagnées d’un appui technique à la transition bas-carbone, permettrait d’éviter que cet outil environnemental ne devienne un levier de désindustrialisation forcée.</p>



<p>En somme, repenser la coopération passe par la consolidation des marchés régionaux du Sud et la mise en place d’un dialogue multilatéral structurant. En soutenant des initiatives comme la Zlecaf ou l’Asean par des transferts technologiques, le Nord contribuerait à la résilience du commerce mondial tout en limitant les effets de dépendance asymétrique. Mais au-delà de l’économique, un dialogue politique permanent sous l’égide de l’Onu, intégrant gouvernance, fiscalité équitable, normes et transition écologique, est nécessaire pour rétablir la confiance. Dans un monde incertain, c’est par le dialogue, la justice économique et la codécision que l’on évitera la fragmentation, en construisant non un monde cloisonné, mais un avenir réellement commun.</p>



<p>Enfin, malgré les dissonances, les fractures et les ressentiments accumulés, l’Histoire n’est pas écrite au passé. Le divorce Nord-Sud, s’il menace, n’est pas une fatalité. Il est une alerte. Un moment charnière où les nations doivent choisir entre la crispation ou la co-construction, entre l’égoïsme stratégique et l’intelligence partagée. Ce qui se joue aujourd’hui dépasse les équilibres commerciaux ou les querelles normatives : il s’agit de redéfinir, ensemble, les fondations morales, politiques et économiques d’un monde habitable pour tous.</p>



<p>Car il n’y aura pas de prospérité durable dans un monde à deux vitesses. Pas de stabilité si l’on continue à nier l’égalité des dignités. Pas de transition écologique réussie si elle s’accompagne d’une exclusion systémique. L’humanité est face à un mur, mais elle en détient les briques. À condition de reconstruire non pas un nouveau rideau de fer, mais une architecture de confiance. De parler enfin d’égal à égal. D’échanger savoirs, capitaux, innovations et modèles, dans le respect des histoires, des cultures et des aspirations.</p>



<p>Le XXI<sup>e</sup> siècle peut encore être celui d’un sursaut collectif. Si le Nord accepte de ne plus imposer, et si le Sud choisit de ne plus subir. Si les deux s’engagent à bâtir un monde multipolaire non pas comme champ de rivalités, mais comme creuset de solidarités. C’est à cette condition que l’humanité pourra relever ses défis communs : climat, santé, paix, technologies. Et faire émerger non pas deux mondes qui s’ignorent, mais un destin partagé, fondé non sur la domination… mais sur la reconnaissance. L’avenir reste une promesse, à condition d’oser le rêver ensemble.</p>



<p><em>* Economiste, banquier et financier.</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/07/23/le-divorce-nord-sud-la-fracture-du-siecle/">Le divorce Nord-Sud | La fracture du siècle ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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			</item>
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		<title>L’économie mondiale en panne &#124; Un dérèglement temporaire ou une mutation irréversible ?</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2025/03/20/leconomie-mondiale-en-panne-un-dereglement-temporaire-ou-une-mutation-irreversible/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Mar 2025 07:29:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
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		<category><![CDATA[Yahya Ould Amar]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Seuls les pays qui sauront adapter leurs structures aux nouvelles réalités du XXIᵉ siècle émergeront comme les gagnants de cette ère de recomposition économique.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/03/20/leconomie-mondiale-en-panne-un-dereglement-temporaire-ou-une-mutation-irreversible/">L’économie mondiale en panne | Un dérèglement temporaire ou une mutation irréversible ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Loin d’un simple ajustement conjoncturel, l’économie mondiale traverse une mutation structurelle d’ampleur inédite. Le paradigme cyclique, longtemps considéré comme une loi immuable du capitalisme, s’efface au profit d’une transformation permanente où l’innovation, la démographie et le climat redessinent les dynamiques de croissance.</em></strong><strong><em></em></strong></p>



<p><strong>Yahya Ould Amar *</strong></p>



<span id="more-15937165"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/02/Ould-Amar-Yahya.jpg" alt="" class="wp-image-335526"/></figure>
</div>


<p>Faut-il encore parler de <em>«crise économique»</em> quand le monde ne connaît plus de reprise? Depuis longtemps on s’est habitué à voir l’économie comme une alternance de hauts et de bas, de prospérité et de récession. Mais aujourd’hui, ce modèle semble obsolète.</p>



<p>L’intelligence artificielle (IA) redéfinit le travail, le vieillissement des populations dans les économies dominantes transforme profondément les modèles de consommation et de production, et les dérèglements climatiques ne sont plus des chocs isolés, mais un nouveau facteur permanent de déstabilisation perturbant durablement les chaînes de production.</p>



<p>Désormais, l’économie ne fonctionne plus en cycles, mais en perpétuelle adaptation à des mutations systémiques : c’est un changement de paradigme.</p>



<p>Sommes-nous entrés dans un monde où la croissance n’est plus qu’un mirage, où l’innovation profite davantage aux rentes qu’à la prospérité collective?</p>



<p>Face à ces bouleversements systémiques, l’État redevient le grand architecte de l’économie, redessinant de nouvelles règles du jeu puisque celles existantes sont devenues inopérantes pour de bon. Une seule certitude demeure : les vieux repères économiques ne tiennent plus.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le grand dérèglement économique est-il une mutation permanente ?</h2>



<p>Les cycles économiques traditionnels, fondés sur l’alternance de phases d’expansion, de surchauffe, de récession et de reprise, apparaissent de plus en plus obsolètes face à des transformations structurelles profondes. L’IA et l’automatisation bouleversent le facteur travail, entraînant une dé-corrélation entre croissance et emploi, un phénomène inédit dans l’histoire économique.</p>



<p>Par ailleurs, le vieillissement démographique, notamment en Europe, aux USA, en Chine, au Japon et dans le reste de l’Asie, modifie la structure de la demande en réduisant la consommation de biens durables et en réorientant l’économie vers les services aux seniors.</p>



<p>Simultanément, les dérèglements climatiques introduisent des chocs asymétriques permanents, perturbant les chaînes de production et imposant une restructuration continue des infrastructures énergétiques et industrielles. Contrairement aux crises cycliques classiques, ces bouleversements ne sont pas temporaires mais s’inscrivent dans un horizon de long terme, modifiant en profondeur les dynamiques macroéconomiques.</p>



<p>L’ampleur des transformations en cours s’observe déjà à travers plusieurs tendances concrètes. Aux États-Unis, en Chine ou au Japon, la montée en puissance des robots et de l’IA dans de nombreux domaines et pour ne citer que l’industrie automobile (Tesla, Toyota…) réduit l’élasticité emploi-croissance, rendant obsolètes les politiques traditionnelles de stimulation par l’emploi.</p>



<p>En parallèle, le vieillissement de la population a provoqué un basculement vers une économie de services à la personne. A titre d’exemple, ceci est illustré au Japon par la forte expansion des entreprises de soins aux seniors comme Nichii Gakkan.</p>



<p>De même, la fréquence croissante des catastrophes climatiques – ouragans aux États-Unis, sécheresses en Afrique et inondations en Asie et en Europe – entraîne une reconfiguration constante des chaînes logistiques. L’exemple du canal de Panama, où la baisse du niveau de l’eau force à limiter le trafic maritime, illustre bien la nécessité d’une adaptation structurelle continue face aux chocs climatiques.</p>



<p>Ces mutations confirment que l’économie mondiale ne suit plus des cycles de crise et de reprise, mais des transformations systémiques permanentes.</p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="p9rfta7s3n"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/02/06/la-boite-de-pandore-americaine-lordre-mondial-au-bord-de-la-rupture/">La boîte de Pandore américaine : l’ordre mondial au bord de la rupture</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« La boîte de Pandore américaine : l’ordre mondial au bord de la rupture » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/02/06/la-boite-de-pandore-americaine-lordre-mondial-au-bord-de-la-rupture/embed/#?secret=404Pp6Cdud#?secret=p9rfta7s3n" data-secret="p9rfta7s3n" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">La stagnation économique est-elle notre avenir ?</h2>



<p>Les transformations susmentionnées orientent l’économie vers un régime de croissance plus linéaire et stagnante, marqué par une tendance structurelle à la faible productivité et aux taux d’intérêt bas.</p>



<p>L’hypothèse de stagnation séculaire, théorisée par Lawrence Summers, devient une réalité observable, où les politiques monétaires perdent de leur efficacité et où la relance de la demande par l’investissement productif se heurte aux rigidités structurelles du marché du travail et du capital.</p>



<p>De plus, l’émergence d’un capitalisme de plateformes et de la finance algorithmique génère une concentration extrême des richesses, favorisant des logiques de rente plutôt que d’innovation et limitant les effets redistributifs de la croissance. Dans ce contexte, les cycles économiques traditionnels sont remplacés par des dynamiques de long terme, où les marchés ne répondent plus aux mêmes impulsions cycliques qu’auparavant.</p>



<p>L’économie japonaise illustre parfaitement ce nouveau régime de faible croissance et de taux bas structurels : depuis les années 1990, malgré des politiques monétaires ultra-accommodantes – comme également observé depuis plus de dix ans en Europe – l’investissement privé peine à se traduire en productivité accrue.</p>



<p>Par ailleurs, l’essor du capitalisme de plateforme renforce les positions dominantes de quelques grandes entreprises. En Chine, Alibaba et Tencent concentrent des pans entiers de l’économie numérique, captant la majorité des flux de paiements, de commerce en ligne et de données, ce qui freine l’émergence de nouveaux acteurs innovants. Dans la finance, l’essor du trading algorithmique amplifie les tendances spéculatives plutôt que l’investissement productif, comme en témoignent les mouvements erratiques sur les marchés boursiers déclenchés par les algorithmes à haute fréquence. De grands investisseurs préfèrent aujourd’hui la spéculation à l’investissement dans l’économie réelle.</p>



<p>L’accumulation de ces facteurs déforme la logique classique des cycles économiques et installe un capitalisme plus centré sur la captation de valeur que sur la création de richesse.</p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="LK5NnBeILQ"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/09/17/nouvel-ordre-international-numerique-en-construction-et-pays-du-sud-global/">Nouvel ordre international numérique en construction et pays du Sud global</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Nouvel ordre international numérique en construction et pays du Sud global » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/09/17/nouvel-ordre-international-numerique-en-construction-et-pays-du-sud-global/embed/#?secret=Csc8W4lCRr#?secret=LK5NnBeILQ" data-secret="LK5NnBeILQ" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">Vers une économie sous pilotage permanent ?</h2>



<p>Dès lors, l’économie mondiale semble évoluer vers un nouveau paradigme économique, où l’interventionnisme public devient une variable permanente pour gérer les transitions écologiques et technologiques. La nécessité d’une planification à long terme, notamment dans le cadre d’un Green New Deal permanent, impose un cadre où l’État joue un rôle central dans l’orientation des investissements et la stabilisation des déséquilibres. Les politiques économiques ne cherchent plus seulement à moduler les cycles, mais à réorganiser en profondeur les structures productives pour répondre aux défis de la transformation numérique, du vieillissement et du climat. Ce basculement remet en cause les fondements même de l’analyse économique classique et ouvre la voie à de nouvelles théories, davantage axées sur la soutenabilité et la régulation proactive des mutations&nbsp;en&nbsp;cours.</p>



<p>L’importance croissante de l’État se manifeste dans de nombreux pays à travers des plans d’investissement massifs. Aux États-Unis, l’Inflation Reduction Act (IRA) vise à réindustrialiser le pays en orientant les capitaux vers l’énergie et la relocalisation des semi-conducteurs. En Europe, le Green Deal impose une régulation forte pour transformer les infrastructures énergétiques et les transports, forçant les entreprises à intégrer la transition écologique dans leurs stratégies. La Chine, quant à elle, adopte une approche dirigiste avec son plan Made in China 2025, qui vise à renforcer sa souveraineté technologique en réduisant sa dépendance aux technologies occidentales.</p>



<p>Ces politiques marquent un tournant : plutôt que de simplement corriger les cycles, elles redessinent les structures économiques elles-mêmes. Dès lors, la macroéconomie classique, centrée sur l’ajustement conjoncturel, cède la place à une économie de transition permanente, nécessitant de nouveaux cadres théoriques pour penser la soutenabilité et la résilience face aux mutations en cours.</p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="XYCs6chpFx"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/04/14/montee-du-sud-global-et-declin-de-la-domination-de-loccident/">Montée du Sud Global et déclin de la domination de l’Occident</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Montée du Sud Global et déclin de la domination de l’Occident » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/04/14/montee-du-sud-global-et-declin-de-la-domination-de-loccident/embed/#?secret=kgufZlw69i#?secret=XYCs6chpFx" data-secret="XYCs6chpFx" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">Quels choix stratégiques pour le Sud global ?</h2>



<p>Une première voie consiste à accélérer l’industrialisation de préférence verte et la montée en gamme des chaînes de valeur. Au cœur de cette voie, l’industrialisation des biens intermédiaires, qui sont naturellement exemptés de contraintes de certification ou de normes imposées habituellement sur les marchés étrangers, constitue un levier clé de montée en gamme et de compétitivité.</p>



<p>Plutôt que de rester cantonnés à l’exportation de matières premières, les économies du sud doivent favoriser la transformation locale des ressources. Ce qui permet de créer des emplois qualifiés, d’augmenter la valeur ajoutée locale et de réduire la vulnérabilité aux fluctuations des prix des matières premières.</p>



<p>Une seconde priorité stratégique pour le Sud global est de renforcer sa souveraineté technologique et son intégration dans l’économie numérique mondiale. À l’image de l’Inde, qui s’est imposée comme un acteur clé dans le développement de logiciels et de services informatiques, d’autres économies émergentes peuvent tirer parti de la révolution numérique, ce qui leur permettrait d’accélérer leur diversification économique, d’améliorer leur productivité et d’attirer des investissements étrangers.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’interventionnisme d’État est-il une arme à double tranchant ?</h2>



<p>Alors que les grandes économies mondiales réhabilitent le rôle de l’État dans l’orientation économique, les pays du Sud global doivent trouver un équilibre entre interventionnisme stratégique et efficacité du marché. Un État stratège peut jouer un rôle déterminant en stimulant l’investissement dans les infrastructures, l’éducation et la recherche, autant de secteurs essentiels pour garantir une croissance soutenable à long terme.</p>



<p>De même, une intervention ciblée permettrait de réduire les inégalités économiques et sociales grâce à des politiques publiques renforçant les mécanismes de protection sociale.</p>



<p>Le retour de l’interventionnisme présente aussi des risques majeurs. Une implication excessive de l’État peut conduire à une bureaucratie inefficace, une allocation sous-optimale des ressources et une corruption accrue, transformant les bonnes initiatives économiques en rentes pour des groupes restreints.</p>



<p>Loin d’un simple ajustement conjoncturel, l’économie mondiale traverse une mutation structurelle d’ampleur inédite. Le paradigme cyclique, longtemps considéré comme une loi immuable du capitalisme, s’efface au profit d’une transformation permanente où l’innovation, la démographie et le climat redessinent les dynamiques de croissance.</p>



<p>Face à ces bouleversements, l’intervention de l’État s’impose non plus comme un instrument de stabilisation, mais comme un architecte de long terme, réorientant les investissements, encadrant les nouvelles formes de création de valeur et arbitrant les tensions entre souveraineté et ouverture économique. Mais ce retour du dirigisme n’est pas sans risque : un interventionnisme mal calibré pourrait étouffer l’initiative individuelle et rigidifier des économies déjà fragilisées par la concentration des richesses et l’érosion de la productivité.</p>



<p>Dès lors, le véritable défi pour les économies du Sud comme du Nord n’est pas de choisir entre marché et État, mais d’inventer un modèle hybride, capable d’accompagner les transitions sans compromettre la dynamique entrepreneuriale.</p>



<p>Si les anciennes certitudes s’effondrent, une chose demeure : seuls les pays qui sauront anticiper et adapter leurs structures aux nouvelles réalités du XXIᵉ siècle émergeront comme les gagnants de cette ère de recomposition économique.</p>



<p>* <em>Economiste, banquier et financier.</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/03/20/leconomie-mondiale-en-panne-un-dereglement-temporaire-ou-une-mutation-irreversible/">L’économie mondiale en panne | Un dérèglement temporaire ou une mutation irréversible ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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