{"id":100856,"date":"2017-06-09T21:02:10","date_gmt":"2017-06-09T20:32:10","guid":{"rendered":"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/?p=100856"},"modified":"2017-06-09T18:19:34","modified_gmt":"2017-06-09T17:49:34","slug":"in-memoriam-juan-goytisolo-et-la-beaute-du-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/2017\/06\/09\/in-memoriam-juan-goytisolo-et-la-beaute-du-monde\/","title":{"rendered":"In memoriam : Juan Goytisolo et la beaut\u00e9 du monde"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-100864\" src=\"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Juan-Goytisolo-Ban.-jpeg.jpg\" alt=\"\" width=\"626\" height=\"380\" \/><\/p>\n<p><em><strong>Juan Goytisolo, l\u2019un des plus grands \u00e9crivains espagnols de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, vient de nous quitter \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 86 ans, dimanche 4 juin 2017 \u00e0 l\u2019aube.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Par <strong>Abdellatif Ben Salem<\/strong><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Le c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Marrakech o\u00f9 il \u00e9lut domicile depuis une quarantaine d\u2019ann\u00e9es.<\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Barcelone en 1931 dans une famille bourgeoise d\u2019origine basque, il perd sa m\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e2ge de sept ans, tu\u00e9e au cours de la Guerre civile par un bombardement de l\u2019aviation nationaliste sur la ville de Barcelone. Cet \u00e9pisode tragique marquera sa vie et son \u0153uvre d\u2019un seau ind\u00e9l\u00e9bile.<\/p>\n<p>Anti-franquiste militant, il s\u2019exile en France en 1956 pour s\u2019installer \u00e0 Paris, o\u00f9 il entame une carri\u00e8re d\u2019\u00e9crivain \u00e0 succ\u00e8s malgr\u00e9 son jeune \u00e2ge, en m\u00eame temps qu\u2019il fr\u00e9quente les cercles des r\u00e9sistants espagnols en exil. Ses livres seront d\u00e8s lors interdits par la censure franquiste jusqu\u2019\u00e0 la mort du dictateur et le retour \u00e0 la d\u00e9mocratie.<br \/>\nAuteur dissident, Juan Goytisolo s\u2019inscrit dans la tradition h\u00e9t\u00e9rodoxe espagnole qui a donn\u00e9 \u00e0 la culture hispanique ses meilleurs repr\u00e9sentants, comme l\u2019archipr\u00eatre de Hita Juan Ru\u00edz, Mat\u00e9o Alem\u00e1n, Francisco Delicado, Fernando de Rojas, Saint Jean de la Croix, Miguel de Cervant\u00e8s, etc.<\/p>\n<p>En bon continuateur de ce courant culturel qui n\u2019a pas son pareil en Europe, Goytisolo \u00e0 ressuscit\u00e9, \u00e0 partir de son roman <em>\u2018\u2018Makbara\u2019\u2019<\/em> (Seuil 1980), le Mud\u00e9jarisme litt\u00e9raire (al-adab al-mudajjan), reflet magnifique de cette Espagne m\u00e9tiss\u00e9e de trois peuples, trois langues et trois cultures.<\/p>\n<p>En 2015, apr\u00e8s de d\u00e9cennies d\u2019ignorance et de d\u00e9ni, l\u2019Espagne lui accorde enfin la plus haute distinction litt\u00e9raire espagnole le Prix Cervant\u00e8s.<\/p>\n<p>Kapitalis rend hommage \u00e0 l\u2019auteur de vertus de l\u2019oiseau solitaire par la publication, pour la premi\u00e8re fois en langue fran\u00e7aise, d\u2019un des plus passionnants entretiens qu\u2019il avait accord\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>A. B. S.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-100865\" src=\"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/wp-content\/uploads\/2017\/06\/Juan-Goytisolo-Marrakech.jpg\" alt=\"Juan Goytisolo chez lui \u00e0 Marrakech.\" width=\"500\" height=\"270\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Juan Goytisolo chez lui \u00e0 Marrakech.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Juan Goytisolo, la fin d\u2019une \u00e9tape : <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00abLa beaut\u00e9 du monde dure plus longtemps que la souffrance humaine\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em><strong>* Quand on lit \u2018\u2018Et quand le rideau tombe\u2019\u2019(1) (Tel\u00f3n de boca), on se rend compte que la disparition de votre \u00e9pouse, la romanci\u00e8re Monique Lange, en 1996, fut durement ressentie par vous. Est-ce que je me trompe en disant que sa mort vous a brutalement mis en face d\u2019un miroir qui vous renvoie l\u2019image de la proximit\u00e9 de votre propre mort? Les premiers chapitres de ce roman sont tr\u00e8s durs. Le narrateur dit en effet : \u00abSa propre existence, ne ressemble-elle pas d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019\u00e9clat trompeur d\u2019un astre mort\u00bb?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Toutes les existences, pas seulement la mienne, ressemblent \u00e0 des \u00e9clats trompeurs. C\u2019est la triste r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle nous sommes confront\u00e9s. Non. Tout au d\u00e9but, quand j\u2019ai entam\u00e9 la r\u00e9daction de ce texte, je n\u2019avais pas \u00e9prouv\u00e9 des sentiments d\u2019amertume, alors que ce travail m\u2019ait pris six ans, je n\u2019en pense pas moins qu\u2019\u00e0 la fin il y eut tout simplement beaucoup de lucidit\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 quoi je suis parvenu, en rendant hommage \u00e0 Monique, c\u2019est d\u2019avoir peut-\u00eatre recherch\u00e9 la beaut\u00e9 du texte \u00e0 travers les mots les plus beaux et les plus justes possibles. La po\u00e9sie v\u00e9hicule un langage probablement plus profond que celui de la philosophie. Je pense en particulier \u00e0 H\u00f6lderlin et \u00e0 Nietzsche.<\/p>\n<p>Le but du roman consiste \u00e0 trouver un \u00e9quilibre, difficile \u00e0 obtenir, entre la po\u00e9sie et l\u2019argument ou la trame. Distill\u00e9, le roman peut, au travers du processus de d\u00e9cantation, se changer en po\u00e8me en prose ou en simple sc\u00e9nario cin\u00e9matographique. Il y a des romans qui sont \u00e9crits pour \u00eatre adapt\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cran, ce sont des simples arguments. Mais les romans qui m\u2019int\u00e9ressent ce sont ceux qui, soumis \u00e0 un processus de d\u00e9cantation, aboutissent \u00e0 un condens\u00e9 de prosodie, de musique des mots, de beaut\u00e9 du langage, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 quelque chose qui n\u2019est pas tout \u00e0 fait un argument. Reste qu\u2019il faut atteindre cet \u00e9quilibre, difficile d\u2019obtenir en r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p><em><strong>* Ce texte n\u2019est pas un roman conventionnel comme ceux qu\u2019on peut, d\u2019apr\u00e8s vous, adapter facilement \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Il ressemble plut\u00f4t \u00e0 un po\u00e8me en prose.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Oui, mais il renferme un argument. Je crois que les diff\u00e9rentes sections ou chapitres peuvent \u00eatre lus ind\u00e9pendamment les uns des autres, toujours est-il que l\u2019argument existe, il y a une logique argumentale qui court jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du r\u00e9cit. J\u2019ai toujours op\u00e9r\u00e9 une distinction entre le texte litt\u00e9raire et le produit \u00e9ditorial. Tous les deux sont bien entendu n\u00e9cessaires pour le bon fonctionnement de l\u2019\u00e9dition, mais c\u2019est le texte litt\u00e9raire qui m\u2019int\u00e9resse le plus. J\u2019\u00e9tablirai bien une autre distinction entre les auteurs qui \u00e9crivent pour vendre et ceux qui le font pour \u00eatre lus, disons pour \u00eatre lus et relus. Je souhaiterai quant \u00e0 moi avoir le plus grand nombre de relecteurs possible. Je ne cherche pas \u00e0 avoir le plus grand nombre de lecteurs, mais de relecteurs.<\/p>\n<p><em><strong>* Citer Nietzsche, a-t-il pour vous une signification particuli\u00e8re, puisqu\u2019on peut en effet faire une lecture de Et quand le rideau tombe \u00e0 partir d\u2019un certain nombre de phrases qui sonnent comme des aphorismes. Dans ce r\u00e9cit, il y a trois personnages : Elle, le narrateur et Dieu\u2026<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Oui, le d\u00e9miurge ou M\u00e9phisto qui se fait passer pour Dieu <em>(rire)<\/em>.<\/p>\n<p><em><strong>* Mais oui, ce dernier fait m\u00eame des r\u00e9flexions terribles. A un moment donn\u00e9 il dit : \u00abVous n\u2019avez qu\u2019une certitude, mais vous refusez de la regarder en face : c\u2019est l\u2019\u00e9galit\u00e9 dans la mort\u00bb.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Oui, c\u2019est la seule \u00e9galit\u00e9 qui existe.<\/p>\n<p><em><strong>* Est-il vrai qu\u2019\u00e0 75 ans, il n\u2019existe qu\u2019une seule \u00e9galit\u00e9 pour vous, celle de l\u2019\u00e9galit\u00e9 dans \/devant la mort ?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Oui, bien s\u00fbr. C\u2019est bien la seule \u00e9galit\u00e9; il faut bien l\u2019admettre. <em>(Silence prolong\u00e9).<\/em> M\u00eame si on maltraite beaucoup les morts.<\/p>\n<p><em><strong>* Que voulez-vous dire ?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Bon, n\u2019est-on pas en train d\u2019exhumer des fosses communes les morts de la Guerre civile espagnole. J\u2019ai tellement acquis d\u2019exp\u00e9riences des zones des conflits que j\u2019ai une id\u00e9e ASSEZ pr\u00e9cise de la fa\u00e7on dont les vainqueurs malm\u00e8nent les morts du camp des vaincus.<\/p>\n<p><em><strong>* Cela veut-il dire qu\u2019il n\u2019y a m\u00eame plus d\u2019\u00e9galit\u00e9 dans la mort.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Il devrait y avoir, et pourtant on continue \u00e0 maltraiter les morts.<\/p>\n<p><em><strong>* Ce r\u00e9cit est plut\u00f4t autobiographique, non ?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; C\u2019est une fiction autobiographique. Lorsque la vie entre dans la litt\u00e9rature elle se change en litt\u00e9rature et il faut la prendre telle quelle. On y trouve des nombreux \u00e9l\u00e9ments autobiographiques, mais ils y sont interpol\u00e9s en fonction des n\u00e9cessit\u00e9s de la fiction autobiographique. Bien \u00e9videmment je n\u2019ai parl\u00e9 ni avec M\u00e9phisto, ni avec le d\u00e9miurge, ni avec Dieu.<\/p>\n<p><em><strong>* On note dans votre r\u00e9cit la pr\u00e9sence d\u2019un enfant, on y lit \u00e9galement nombre de r\u00e9flexion autour de l\u2019enfance du narrateur. Vous \u00e9crivez : \u00abIl n\u2019avait jamais voulu avoir une descendance, assumer la responsabilit\u00e9 d\u2019une existence accul\u00e9e \u00e0 une condamnation irr\u00e9m\u00e9diable\u00bb. Cela me para\u00eet autobiographique : vous n\u2019avez jamais voulu avoir d\u2019enfants.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Non, je n\u2019ai jamais voulu assumer une telle responsabilit\u00e9. En revanche, je l\u2019ai assum\u00e9 avec des enfants qui ne sont pas les miens. Je suis heureux de pouvoir aider ces enfants sans \u00eatre le responsable de leur existence.<\/p>\n<p><em><strong>* Quelle diff\u00e9rence ?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Ces petits existent en dehors de moi et je les aide. Je ne suis pas responsable de leur venue au monde. Je n\u2019ai jamais voulu perp\u00e9tuer l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p><em><strong>* Monique a-t-elle d\u00e9sir\u00e9 avoir des enfants avec vous ?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Je ne le pense pas. Elle avait une fille d\u2019un premier mariage et je doute fort qu\u2019elle n\u2019ait jamais eu l\u2019id\u00e9e d\u2019avoir un enfant avec moi. Elle a bien compris ma d\u00e9cision de ne perp\u00e9tuer d\u2019aucune mani\u00e8re le d\u00e9sastre.<\/p>\n<p><em><strong>* Dans la lucidit\u00e9 pessimiste de ce r\u00e9cit\u2026<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; \u2026 Pessimiste non. C\u2019est de la pure lucidit\u00e9. Pour l\u2019heure je suis la personne la moins pessimiste au monde. Ce qui est arriv\u00e9 en 1996 (la mort de Monique) fut pour moi un coup tr\u00e8s dur. Mais maintenant je ne suis plus pessimiste. Une amie m\u2019a dit : <em>\u00abVois-tu, quand tu auras soixante-dix ans, tu dois accepter chaque nouveau jour comme un don, comme un cadeau\u00bb<\/em>. Et c\u2019est ce que je fais. Je ne veux pas faire quelque chose dont je n\u2019ai pas envie. Je refuse de me laisser programmer; je pr\u00e9f\u00e8re programmer moi-m\u00eame mon existence; je vis avec qui je veux, o\u00f9 je veux, je choisis la famille ou les enfants avec lesquels je veux vivre. Je ne suis pas du tout pessimiste, je vis au jour le jour.<\/p>\n<p><em><strong>* Redonnons la parole au d\u00e9miurge de votre r\u00e9cit : \u00abJe serais l\u00e0 pour clore la parenth\u00e8se entre le n\u00e9ant et le n\u00e9ant\u00bb. O\u00f9 se situe la litt\u00e9rature dans tout cela ? Ecrire pourquoi faire ?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Si je savais pourquoi, je n\u2019\u00e9crirais pas. Je n\u2019ai jamais su pourquoi j\u2019\u00e9cris, je crois que je suis g\u00e9n\u00e9tiquement programm\u00e9 pour l\u2019\u00e9criture, d\u2019autant que je ne sais rien faire d\u2019autre; je suis d\u2019une impuissance pratique totale. Je ne sais pas ce que je ferais si je n\u2019\u00e9tais pas entour\u00e9 de gens qui ont le sens pratique. A part \u00e9crire, je ne sais rien faire d\u2019autre. Pourquoi j\u2019\u00e9cris? Je ne le sais pas.<\/p>\n<p><em><strong>* Ne seriez-vous pas anim\u00e9 d\u2019un certain d\u00e9sir d\u2019\u00e9ternit\u00e9, d\u2019avoir une descendance? N\u2019est-il pas vrai que quoique vous affirmiez qu\u2019\u00abapr\u00e8s moi, le n\u00e9ant\u00bb, vous souhaitez secr\u00e8tement que vos livres vous survivraient ?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Dites-moi, croyez-vous vraiment que l\u2019Espagne ou l\u2019Europe existeraient dans mille ans?<\/p>\n<p><em><strong>* Non, probablement pas.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Probablement pas. Lorsqu\u2019on sait qu\u2019il existe des gens qui pensent \u00e0 l\u2019immortalit\u00e9 ou bien ils programment leur immortalit\u00e9, comme Camilo Jos\u00e9 Cela, \u00e0 travers les fondations, les universit\u00e9s, les noms des rues, je trouve cela ridicule. Si mon \u0153uvre vaut quelque chose, elle sera lue. Les hommages et les fondations n\u2019ont aucun sens pour moi. Je ne crois rien de tous cela. Il y a des \u0153uvres qui traversent les si\u00e8cles parce qu\u2019elles ont ajout\u00e9 quelque chose \u00e0 l\u2019arbre de la litt\u00e9rature. Mais l\u2019\u0153uvre qui n\u2019apporte rien de nouveau elle ne sera plus lue quelque soient les hommages ou les statues que les <em>\u2018\u2018Autonomies\u2019\u2019<\/em>(2) \u00e9rigeraient en l\u2019honneur de son auteur, pour qu\u2019en fin de compte les pigeons viennent faire leurs d\u00e9jections dessus. Si on veut marquer du respect pour ses messieurs il aurait mieux fallu leur \u00e9riger des statues en position assise pour qu\u2019ils puissent se reposer\u2026 Les voir souvent en position d\u00e9bout, me semble comme un terrible ch\u00e2timent.<\/p>\n<p><em><strong>* A un autre moment vous \u00e9crivez : \u00abLa litt\u00e9rature unissait et distillait l\u2019essence des deux passions de sa jeunesse \u2013 l\u2019histoire et la g\u00e9ographie \u2013 de mani\u00e8re unique\u00bb. Ce furent celles-ci donc les passions de l\u2019enfant Juan Goytisolo ?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; C\u2019\u00e9tait l\u2019unique chose \u00e0 laquelle je m\u2019int\u00e9ressais. J\u2019ai con\u00e7u \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quinze ans l\u2019id\u00e9e absurde de devenir diplomate rien que parce que le diplomate pouvait voyager. Je ne voyais pas d\u2019autres fa\u00e7ons de voyager, car sortir de l\u2019Espagne pour voir le monde \u00e9tait ma plus grande obsession.<\/p>\n<p><em><strong>* Vous avez r\u00e9ussi \u00e0 donner corps \u00e0 cette obsession. Votre litt\u00e9rature n\u2019est pas faite \u00e0 base d\u2019Atlas et autres encyclop\u00e9dies, elle est b\u00e2tie sur l\u2019exp\u00e9rience accumul\u00e9e au cours de nombreux voyages. Dans Et quand le rideau tombe vous \u00e9voquiez un voyage en Tch\u00e9tch\u00e9nie en guerre, sur les pas de Tolsto\u00ef.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Oui, ce fut pour moi une exp\u00e9rience extraordinaire que de partir en Tch\u00e9tch\u00e9nie avec comme compagnon le roman de Tolsto\u00ef. De retour je relus tout Tolsto\u00ef, son t\u00e9moignage sur les guerres du Caucase est magnifique.<\/p>\n<p><em><strong>* Pourquoi avez-vous inject\u00e9 ce t\u00e9moignage dans \u2018\u2018Et quand le rideau tombe\u2019\u2019 ?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Parce qu\u2019il constitue l\u2019un des fils de la trame. L\u2019image du chardon meurtri, pi\u00e9tin\u00e9 par les bottes de la soldatesque russe, les bottes du tsar, celles d\u2019Eltsine et celles de Poutine. C\u2019est l\u2019un des fils de la trame : le recommencement absurde de la barbarie humaine. Entre les progr\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019h\u00e9ritage bestial, c\u2019est parfois l\u2019h\u00e9ritage bestial qui l\u2019emporte. De ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0 les choses n\u2019ont gu\u00e8re \u00e9volu\u00e9. Les brutalit\u00e9s de la Guerre civile espagnole se perp\u00e9tuent dans toutes les guerres civiles. Vous avez connu la guerre au Liban (3), moi j\u2019ai vu celle de l\u2019Alg\u00e9rie. Tu te demandes en quoi l\u2019esp\u00e8ce humaine s\u2019est am\u00e9lior\u00e9e? Mais ne serait-il pas plus juste de l\u2019appeler plut\u00f4t esp\u00e8ce inhumaine?<\/p>\n<p><em><strong>* Il est effrayant de constater que cette brutalit\u00e9 n\u2019est plus l\u2019apanage des peuples d\u00e9munis et analphab\u00e8tes, elle existe \u00e9galement chez les peuples prosp\u00e8res et scientifiquement avanc\u00e9s.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; C\u2019est ce que nous constatons actuellement, comme ces invocations r\u00e9currentes de Dieu, venant tout aussi bien des terroristes de Ben Laden que de ceux de Bush. Nous devrions apprendre \u00e0 laisser Dieu en paix. Pourquoi continue-t-on \u00e0 invoquer Dieu pour justifier les atrocit\u00e9s, les massacres et la barbarie.<\/p>\n<p><em><strong>* Le M\u00e9phisto de votre r\u00e9cit dit ceci : \u00abQuand j\u2019ai chi\u00e9 votre monde physique et que de L\u00e0-haut j\u2019ai contempl\u00e9 mon \u0152uvre, j\u2019en ai frissonn\u00e9 d\u2019horreur : ce que je voyais \u00e9tait pire qu\u2019une crotte, qu\u2019une bouse puante, qu\u2019une masse p\u00e2teuse et f\u00e9tide moul\u00e9e comme de la cr\u00e8me fouett\u00e9e\u00bb. Et il ajoute qu\u2019un \u00e2ne vint arroser ce monde d\u2019un petit besoin.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Il existe des ant\u00e9c\u00e9dents \u00e0 cela dans la litt\u00e9rature espagnole. Mateo Al\u00e9man disait que quand Jupiter cr\u00e9a le monde, il cr\u00e9a en premier lieu l\u2019\u00e2ne, ensuite il cr\u00e9a l\u2019homme, et quand l\u2019\u00e2ne a contempl\u00e9 le monde il l\u2019arrosa de son urine. Mateo Alem\u00e1n consid\u00e9rait d\u00e9j\u00e0 que la cr\u00e9ation m\u00e9ritait d\u2019\u00eatre noy\u00e9e dans la pisse d\u2019un \u00e2ne, j\u2019en conviens que c\u2019est un jugement extr\u00eamement dur mais c\u2019est un jugement qui s\u2019inscrit dans une tradition litt\u00e9raire.<\/p>\n<p><em><strong>* Voyez-vous les choses de cette mani\u00e8re ?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Disons que je ne suis pas d\u2019accord \u00e0 cent pour cent avec mon personnage, mais cela n\u2019emp\u00eache pas la brutalit\u00e9 de se perp\u00e9tuer dans le monde, m\u00eame si les intellectuels modernes et postmodernes ne veulent rien savoir, la brutalit\u00e9 se perp\u00e9tue toujours. Pas seulement \u00e0 travers les guerres, mais \u00e0 travers aussi les famines qui frappent l\u2019Afrique ou le continent sud-am\u00e9ricain.<\/p>\n<p><em><strong>* Tout au long de votre vie vous \u00e9tiez rest\u00e9s toujours fid\u00e8les \u00e0 vous-m\u00eame, vous n\u2019avez jamais d\u00e9pos\u00e9 les armes, malgr\u00e9 la perp\u00e9tuation de la brutalit\u00e9 et de l\u2019injustice. Vous vous refusez \u00e0 vous enfermer dans une tour d\u2019ivoire.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Je pense qu\u2019il s\u2019agit des deux choses distinctes. Le v\u00e9ritable engagement du cr\u00e9ateur se fait avec sa propre langue. Il peut y avoir des cr\u00e9ateurs canailles, comme par exemple Quevedo, qui fut l\u2019incarnation du parfait salaud. Il \u00e9tait misogyne, il vomissait les homosexuels, les juifs, les noirs et les Maures ; il arborait un patriotisme sans t\u00e2che et puis un jour on a d\u00e9couvert qu\u2019il \u00e9tait un agent \u00e0 la solde de l\u2019Ambassade de France : Le parfait salaud quoi. Mais il fut un po\u00e8te g\u00e9nial. Prenons aussi le cas de C\u00e9line, antis\u00e9mite, collaborateur et tout ce que vous voulez, mais auteur du Voyage au bout de la nuit, l\u2019une des plus grandes \u0153uvres du XXe si\u00e8cle. Pour moi il s\u2019agit de deux choses diff\u00e9rentes. Mon engagement fut toujours avec les mots, restituer \u00e0 la culture et \u00e0 la communaut\u00e9 litt\u00e9raire \u00e0 laquelle j\u2019appartiens une \u00e9criture nouvelle, un langage diff\u00e9rent en tout, de ce qui existait et que j\u2019ai re\u00e7u d\u2019elle quand j\u2019ai entam\u00e9 mon travail de cr\u00e9ation. J\u2019ai assum\u00e9 \u00e9galement des engagements au profit des causes civiques. D\u2019abord contre le franquisme et aujourd\u2019hui contre les nationalismes et les fondamentalismes y compris le fondamentalisme de la technoscience qui me para\u00eet actuellement le plus dangereux.<\/p>\n<p><em><strong>* Quand on lit \u2018\u2018Et quand le rideau tombe\u2019\u2019, on est d\u2019embl\u00e9e frapp\u00e9 par la duret\u00e9 des r\u00e9flexions ; mais vers la fin on est surpris par les propos optimistes du narrateur. Apr\u00e8s avoir affirm\u00e9 que la vie est une parenth\u00e8se, et r\u00eav\u00e9 sa propre mort, ce dernier se r\u00e9veille pour dire : \u00able rendez-vous sera pour un autre jour : le jour o\u00f9 le rideau de sc\u00e8ne se l\u00e8verait et qu\u2019il aurait \u00e0 affronter le vertige du vide. Oui il \u00e9tait pour quelque temps encore dans le th\u00e9\u00e2tre, parmi les spectateurs du parterre\u00bb.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Oui c\u2019est la r\u00e9alit\u00e9, le narrateur dispose d\u2019un jour de plus dans sa vie. Il constate que la peine dispara\u00eet avant la beaut\u00e9. La beaut\u00e9 du monde subsiste, mais la douleur humaine non. L\u2019oubli est plus fort que toute autre chose.<\/p>\n<p><em><strong>* Huit ans apr\u00e8s ces \u00e9v\u00e9nements qui vous ont occasionn\u00e9e tant de souffrances, avez-vous le sentiment que la peine a disparu ?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Oui, la douleur de la perte s\u2019att\u00e9nue, la peine s\u2019amenuise et les souvenirs p\u00e2lissent. Tout s\u2019estompe, cela para\u00eet impossible mais c\u2019est comme \u00e7a. Ainsi va la vie.<\/p>\n<p><em><strong>* C\u2019est une mis\u00e9ricorde, autrement la vie serait plus difficile \u00e0 vivre.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Bien \u00e9videmment. Heureusement que les choses sont ainsi faites. Je pense que je n\u2019\u00e9crirai plus de fiction, ce que j\u2019avais voulu exprimer sur le plan de la cr\u00e9ation romanesque, je l\u2019ai condens\u00e9 dans ce r\u00e9cit. A pr\u00e9sent je vais me mettre \u00e0 \u00e9crire des articles et des essais. Je pr\u00e9pare en ce moment un essai sur Manuel Aza\u00f1a \u00e9crivain, je voudrais lui donner pour titre Aza\u00f1a ou la passion critique. Aza\u00f1a fut un auteur formidable. Je vais participer comme acteur dans le film de Jean-Luc Godard qui sera tourn\u00e9 \u00e0 Sarajevo. Ne trouvez-vous pas amusant qu\u2019\u00e0 mon \u00e2ge j\u2019entame une carri\u00e8re d\u2019acteur de cin\u00e9ma !<\/p>\n<p><em><strong>* La r\u00e9daction de ce livre vous a pris six ans, ce texte n\u2019en demeure pas moins le plus bref que vous ayez jamais \u00e9crit au cours de votre carri\u00e8re.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&#8211; Oui, j\u2019ai taill\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce que ce travail d\u2019\u00e9criture devienne un travail de r\u00e9duction, j\u2019ai cisel\u00e9 jusqu\u2019au noyau m\u00e9dullaire de cette m\u00eame \u00e9criture. Ce bref opuscule a au moins l\u2019avantage dont parlait C\u00e9line : Un de ses admirateurs lui avait \u00e9crit un jour ceci : \u00able grand avantage de vos livres, c\u2019est quand ils me tombent des mains ils ne m\u2019\u00e9crasent pas les pieds\u00bb. Je consid\u00e8re cela comme un \u00e9loge extraordinaire. J\u2019ose esp\u00e9rer que Et quand le rideau tombe n\u2019\u00e9crasera les pieds de personne, s\u2019il lui arrive de tomber des mains des lecteurs, une \u00e9ventualit\u00e9 dont il faut malgr\u00e9 tout tenir compte.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Propos recueillis par<\/em> <strong>Javier Valenzuela<\/strong><br \/>\n(<em>Traduit de l\u2019espagnol par<\/em> <strong>Abdelatif Ben Salem<\/strong>)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em><strong>Source<\/strong><\/em> :<em> \u2018\u2018El Pa\u00eds\u2019\u2019<\/em> du 15 f\u00e9vrier 2003.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em><strong>Notes :<\/strong><\/em><br \/>\n<em>1- Juan Goytisolo, \u2018\u2018Et quand le rideau tombe\u2019\u2019, traduit de l\u2019Espagnol par Aline Shulmann, Fayard, Paris, 2005.<\/em><br \/>\n<em>2- L\u2019auteur \u00e9voque avec ironie la course des r\u00e9gions autonomes d\u2019Espagne \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration de leurs gloires locales. (N.d.T).<\/em><br \/>\n<em>3- Javier Valenzuela \u00e9tait correspondant permanent du quotidien \u2018\u2018El Pais\u2019\u2019 au Liban.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em><strong>Articles de et sur Goytisolo dans Kapitalis: <\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"http:\/\/www.kapitalis.com\/a-la-une\/62-fokus\/national\/9148-juan-goytisolo-et-la-tunisie.html\"><em>Juan Goytisolo et la Tunisie<\/em><\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.kapitalis.com\/tribune\/9191-abd-al-rahman-ibn-khaldun-et-les-revolutions-arabes-.html\"><em>Abd al-Rahm\u00e2n Ibn Khald\u00fbn et les r\u00e9volutions arabes<\/em><\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.kapitalis.com\/culture\/29039-portrait-de-l-ecrivain-en-don-quichotte.html\"><em>Portrait de l&rsquo;\u00e9crivain en Don Quichotte<\/em><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Juan Goytisolo, l\u2019un des plus grands \u00e9crivains espagnols de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, vient de nous quitter \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 86 ans, dimanche 4 juin 2017 \u00e0 l\u2019aube. 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