{"id":18721903,"date":"2026-05-03T08:28:00","date_gmt":"2026-05-03T07:28:00","guid":{"rendered":"https:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/?p=18721903"},"modified":"2026-05-02T11:48:52","modified_gmt":"2026-05-02T10:48:52","slug":"la-mediterranee-cette-mer-qui-traduit-les-dieux-et-les-langues","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/2026\/05\/03\/la-mediterranee-cette-mer-qui-traduit-les-dieux-et-les-langues\/","title":{"rendered":"La M\u00e9diterran\u00e9e, cette mer qui traduit les dieux et les langues"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Il y a des mers qui s\u00e9parent, et d\u2019autres qui obligent les hommes \u00e0 se regarder. La M\u00e9diterran\u00e9e appartient \u00e0 cette seconde cat\u00e9gorie. Vue de loin, elle semble tracer une fronti\u00e8re nette entre deux rives : au nord, l\u2019Europe chr\u00e9tienne, latine, grecque, romane ; au sud et \u00e0 l\u2019est, le monde arabe, berb\u00e8re, musulman, mais aussi juif, copte, syriaque, ottoman, africain. Pourtant, d\u00e8s que l\u2019on s\u2019approche de son histoire r\u00e9elle, d\u00e8s que l\u2019on quitte les cartes politiques pour entrer dans les ports, les march\u00e9s, les livres, les pri\u00e8res, les cuisines, les chansons et les mots de tous les jours, cette fronti\u00e8re se brouille. La M\u00e9diterran\u00e9e n\u2019est pas une ligne de s\u00e9paration. Elle est une immense zone de frottement, de passage, de traduction et de m\u00e9tissage.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Zouha\u00efr Ben Amor<\/strong> *<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"200\" height=\"200\" src=\"https:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Zouhair-Ben-Amor.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17518909\" srcset=\"https:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Zouhair-Ben-Amor.jpg 200w, https:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Zouhair-Ben-Amor-150x150.jpg 150w, https:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Zouhair-Ben-Amor-120x120.jpg 120w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Depuis l\u2019Antiquit\u00e9, cette mer a moins isol\u00e9 les peuples qu\u2019elle ne les a mis en relation. Elle a transport\u00e9 des marchandises, bien s\u00fbr : bl\u00e9, huile, vin, \u00e9pices, tissus, m\u00e9taux, c\u00e9ramiques. Mais elle a surtout transport\u00e9 des croyances, des alphabets, des rites, des langues, des formes d\u2019art, des mani\u00e8res de prier et de nommer le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Fernand Braudel a montr\u00e9 que la M\u00e9diterran\u00e9e n\u2019est pas seulement un espace g\u00e9ographique : c\u2019est une civilisation lente, faite de montagnes, de ports, de routes, de saisons, de m\u00e9moires superpos\u00e9es (Braudel, 1949). Cette lenteur explique peut-\u00eatre pourquoi les religions et les langues ne s\u2019y effacent jamais compl\u00e8tement. Elles s\u2019y d\u00e9posent comme des couches successives. Une mosqu\u00e9e peut garder le souvenir d\u2019une basilique ; une \u00e9glise peut reprendre les colonnes d\u2019un temple antique ; une langue peut porter dans sa bouche les traces d\u2019une autre langue qu\u2019elle croyait avoir oubli\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La M\u00e9diterran\u00e9e est donc une mer de brassage parce qu\u2019elle a toujours mis en contact des mondes qui se pensaient diff\u00e9rents, parfois ennemis, mais qui finissaient malgr\u00e9 tout par s\u2019emprunter des mots, des techniques, des r\u00e9cits et des gestes. Elle est une mer paradoxale : lieu de guerre et de commerce, de conqu\u00eate et d\u2019hospitalit\u00e9, de croisades et de traductions, d\u2019exils et de retrouvailles. C\u2019est cette complexit\u00e9 qui fait sa richesse. Elle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 pure. Elle n\u2019a jamais appartenu \u00e0 une seule religion, \u00e0 une seule langue, \u00e0 une seule rive.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une mer o\u00f9 les religions se croisent avant de s\u2019opposer<\/h2>\n\n\n\n<p>On pr\u00e9sente souvent la M\u00e9diterran\u00e9e comme un th\u00e9\u00e2tre d\u2019affrontement religieux : Rome contre Carthage, Byzance contre l\u2019islam, croisades chr\u00e9tiennes contrepouvoirs musulmans, Reconquista ib\u00e9rique, conqu\u00eates ottomanes, colonisations europ\u00e9ennes. Ces conflits ont exist\u00e9, parfois avec une grande violence. Mais r\u00e9duire la M\u00e9diterran\u00e9e \u00e0 ces affrontements serait oublier tout ce qui, dans le silence des jours ordinaires, a permis aux religions de cohabiter, de s\u2019observer et parfois de s\u2019influencer.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons l\u2019exemple de la Sicile. Cette \u00eele, situ\u00e9e au c\u0153ur de la mer, est presque un r\u00e9sum\u00e9 de la M\u00e9diterran\u00e9e. Elle fut grecque, romaine, byzantine, arabe, normande, espagnole. \u00c0 Palerme, les traces de cette histoire sont visibles dans l\u2019architecture : la Chapelle Palatine, construite au XII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle sous les rois normands, associe des mosa\u00efques byzantines, des inscriptions arabes, des motifs islamiques et une structure chr\u00e9tienne latine. On y voit une sc\u00e8ne \u00e9tonnante : un pouvoir chr\u00e9tien qui fait travailler des artistes grecs et arabes, et qui assume une esth\u00e9tique venue de plusieurs mondes. Ce n\u2019est pas seulement de la d\u00e9coration. C\u2019est une mani\u00e8re de gouverner un espace pluriel. La Sicile normande montre que le religieux, dans la M\u00e9diterran\u00e9e, n\u2019est jamais totalement s\u00e9par\u00e9 du politique, de l\u2019art et de la langue.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut dire la m\u00eame chose d\u2019Al-Andalus, l\u2019Espagne musulmane m\u00e9di\u00e9vale. Cordoue, Tol\u00e8de, Grenade furent des lieux o\u00f9 musulmans, chr\u00e9tiens et juifs v\u00e9curent dans des rapports in\u00e9gaux, parfois tendus, mais \u00e9galement f\u00e9conds.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Tol\u00e8de, apr\u00e8s la reconqu\u00eate chr\u00e9tienne de la ville en 1085, se d\u00e9veloppa un grand mouvement de traduction. Des textes grecs, arabes et h\u00e9breux furent traduits vers le latin, souvent gr\u00e2ce \u00e0 des \u00e9quipes o\u00f9 un savant juif ou mozarabe expliquait le texte arabe \u00e0 un clerc chr\u00e9tien, lequel le rendait en latin. Aristote, Galien, Ptol\u00e9m\u00e9e, Avicenne, Averro\u00e8s pass\u00e8rent ainsi d\u2019une rive \u00e0 l\u2019autre de la pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La transmission du savoir antique \u00e0 l\u2019Europe m\u00e9di\u00e9vale s\u2019est donc faite en grande partie par l\u2019interm\u00e9diaire du monde arabe et juif m\u00e9diterran\u00e9en. David Abulafia rappelle que la M\u00e9diterran\u00e9e a \u00e9t\u00e9 moins un espace ferm\u00e9 qu\u2019un r\u00e9seau de routes o\u00f9 les hommes, les id\u00e9es et les objets circulaient en permanence (Abulafia, 2011).<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut aussi \u00e9voquer les communaut\u00e9s juives de M\u00e9diterran\u00e9e. Elles constituent l\u2019un des plus beaux exemples de circulation religieuse et linguistique. Les juifs s\u00e9farades, expuls\u00e9s d\u2019Espagne en 1492, trouv\u00e8rent refuge dans plusieurs villes du sud et de l\u2019est m\u00e9diterran\u00e9en : Salonique, Istanbul, Tunis, Alger, Livourne, Alexandrie. Ils y apport\u00e8rent le jud\u00e9o-espagnol, ou ladino, langue de m\u00e9moire et d\u2019exil, qui conserva pendant des si\u00e8cles des mots venus de l\u2019Espagne m\u00e9di\u00e9vale tout en int\u00e9grant des \u00e9l\u00e9ments turcs, arabes, grecs, italiens. Salonique, longtemps appel\u00e9e la <em>\u00abJ\u00e9rusalem des Balkans\u00bb,<\/em> fut ainsi une ville o\u00f9 l\u2019on pouvait entendre le grec, le turc, le ladino, l\u2019arabe, l\u2019italien et le fran\u00e7ais. La religion y \u00e9tait ins\u00e9parable de la langue : prier, commercer, chanter, \u00e9crire une lettre, tout cela r\u00e9v\u00e9lait l\u2019appartenance \u00e0 une communaut\u00e9, mais aussi son ouverture aux autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les villes du Maghreb, les voisinages religieux furent \u00e9galement nombreux. \u00c0 Tunis, \u00e0 Djerba, \u00e0 F\u00e8s, \u00e0 Tlemcen, les communaut\u00e9s musulmanes et juives ont partag\u00e9 des espaces, des m\u00e9tiers, des musiques, des traditions culinaires, des f\u00eates parfois observ\u00e9es par les uns et les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>La Ghriba de Djerba, l\u2019un des plus anciens lieux de p\u00e8lerinage juif en Afrique du Nord, existe dans un environnement majoritairement musulman. Elle t\u00e9moigne de cette profondeur m\u00e9diterran\u00e9enne o\u00f9 les lieux sacr\u00e9s ne sont pas seulement des monuments : ils sont des m\u00e9moires vivantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, il ne faut pas id\u00e9aliser cette cohabitation. La M\u00e9diterran\u00e9e a connu des exclusions, des massacres, des conversions forc\u00e9es, des hi\u00e9rarchies humiliantes. Mais m\u00eame dans les p\u00e9riodes de domination, la rencontre continuait. Un artisan musulman pouvait travailler pour une \u00e9glise ; un m\u00e9decin juif pouvait soigner un prince chr\u00e9tien ou musulman ; un marchand chr\u00e9tien pouvait parler arabe pour vendre ses tissus \u00e0 Alexandrie ; un marin grec pouvait jurer dans une langue m\u00eal\u00e9e comprise de tous les ports.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les langues, ces bateaux invisibles<\/h2>\n\n\n\n<p>Si les religions ont travers\u00e9 la M\u00e9diterran\u00e9e avec leurs livres et leurs rites, les langues l\u2019ont travers\u00e9e avec une souplesse encore plus grande. Elles sont les bateaux invisibles de cette mer. Elles transportent des mots sans que l\u2019on sache toujours d\u2019o\u00f9 ils viennent. Elles se glissent dans la bouche des peuples, changent d\u2019accent, se d\u00e9guisent, deviennent naturelles.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019arabe, par exemple, a laiss\u00e9 une trace profonde dans les langues du nord m\u00e9diterran\u00e9en, notamment en espagnol, en portugais, en sicilien et m\u00eame en fran\u00e7ais. En espagnol, des mots comme <em>aceituna<\/em> pour l\u2019olive, <em>az\u00facar<\/em> pour le sucre, <em>almohada<\/em> pour l\u2019oreiller, <em>alcalde<\/em> pour le maire, <em>ojal\u00e1<\/em> venant de l\u2019expression arabe <em>in sh\u00e2\u2019 Allah<\/em>, rappellent la longue pr\u00e9sence arabe en Ib\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>En sicilien, plusieurs termes agricoles, culinaires ou administratifs proviennent de l\u2019arabe. Cela prouve que la conqu\u00eate n\u2019est pas seulement militaire : elle devient linguistique lorsqu\u2019elle touche la vie quotidienne. Les mots qui restent sont souvent ceux de la maison, du march\u00e9, de la terre, de la nourriture. Ils sont plus durables que les empires.<\/p>\n\n\n\n<p>Inversement, les langues europ\u00e9ennes ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 la rive sud. En Tunisie, en Alg\u00e9rie, au Maroc, l\u2019italien, l\u2019espagnol et surtout le fran\u00e7ais ont laiss\u00e9 des traces consid\u00e9rables. Mais avant m\u00eame la colonisation moderne, les ports du Maghreb vivaient d\u00e9j\u00e0 dans un plurilinguisme intense. \u00c0 Tunis, \u00e0 Alger, \u00e0 Tripoli, \u00e0 Alexandrie, des marchands venus de Livourne, de Marseille, de G\u00eanes, de Malte ou de Barcelone \u00e9changeaient avec des Arabes, des Turcs, des Juifs, des Grecs, des Berb\u00e8res. On parlait ce qu\u2019il fallait parler pour vendre, acheter, n\u00e9gocier, survivre.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans ce contexte qu\u2019appara\u00eet la fameuse <em>lingua franca<\/em> m\u00e9diterran\u00e9enne, langue de contact utilis\u00e9e pendant plusieurs si\u00e8cles dans les ports, les bagnes, les march\u00e9s et les navires. Elle m\u00ealait principalement des \u00e9l\u00e9ments italiens, espagnols, proven\u00e7aux, arabes, turcs et grecs. Ce n\u2019\u00e9tait pas une langue de litt\u00e9rature, mais une langue de n\u00e9cessit\u00e9. Une langue sans acad\u00e9mie, sans puret\u00e9, sans grammaire officielle. Une langue faite pour se comprendre vite. Jocelyne Dakhlia a bien montr\u00e9 que cette langue m\u00e9tisse r\u00e9v\u00e8le une v\u00e9rit\u00e9 profonde : les M\u00e9diterran\u00e9ens, m\u00eame lorsqu\u2019ils se combattaient, avaient besoin d\u2019un idiome commun pour n\u00e9gocier, travailler, racheter des captifs ou organiser la vie portuaire (Dakhlia, 2008).<\/p>\n\n\n\n<p>La <em>lingua franca<\/em> est peut-\u00eatre l\u2019un des plus beaux symboles de cette mer : elle na\u00eet non pas d\u2019une identit\u00e9 unique, mais de l\u2019impossibilit\u00e9 de vivre sans l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>La Tunisie offre ici un exemple tr\u00e8s concret. Son parler quotidien contient des mots venus de l\u2019arabe classique, du berb\u00e8re, du turc, de l\u2019italien, du fran\u00e7ais, parfois de l\u2019espagnol. Le mot <em>koujina<\/em>, pour la cuisine, rappelle l\u2019italien <em>cucina<\/em>. <em>Fattura<\/em>, pour facture, vient de l\u2019italien. <em>Bosta<\/em>, pour poste, circule entre plusieurs langues m\u00e9diterran\u00e9ennes. Le fran\u00e7ais, lui, a marqu\u00e9 les domaines de l\u2019\u00e9cole, de l\u2019administration, de la technique, de la m\u00e9decine. Dans une m\u00eame phrase tunisienne, on peut entendre l\u2019arabe dialectal, un verbe fran\u00e7ais adapt\u00e9, une intonation italienne, un mot turc fossilis\u00e9. Ce m\u00e9lange n\u2019est pas une pauvret\u00e9 linguistique. C\u2019est une m\u00e9moire historique en action.<\/p>\n\n\n\n<p>La M\u00e9diterran\u00e9e se lit donc aussi dans les accents. L\u2019accent marseillais porte des traces du sud, de l\u2019Italie, du Maghreb, de la mer. Le maltais, langue s\u00e9mitique \u00e9crite en alphabet latin, est un cas exceptionnel : il descend de l\u2019arabe siculo-maghr\u00e9bin, mais il a int\u00e9gr\u00e9 de nombreux mots italiens, siciliens, anglais et fran\u00e7ais. Malte est ainsi une \u00eele o\u00f9 la langue elle-m\u00eame raconte l\u2019histoire des dominations et des \u00e9changes. Elle prouve qu\u2019une langue peut \u00eatre \u00e0 la fois arabe par sa structure, europ\u00e9enne par son \u00e9criture, catholique par son environnement religieux et m\u00e9diterran\u00e9enne par son esprit.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ports, march\u00e9s, exils : la vraie g\u00e9ographie m\u00e9diterran\u00e9enne<\/h2>\n\n\n\n<p>Pour comprendre ce brassage, il faut quitter l\u2019id\u00e9e des nations ferm\u00e9es et regarder les villes portuaires. La M\u00e9diterran\u00e9e a \u00e9t\u00e9 faite par ses ports : Alexandrie, Carthage, Tunis, Palerme, Naples, Marseille, G\u00eanes, Venise, Barcelone, Smyrne, Istanbul, Beyrouth, Tripoli. Ces villes sont des seuils. Elles ne sont jamais compl\u00e8tement tourn\u00e9es vers l\u2019int\u00e9rieur du pays ni totalement livr\u00e9es \u00e0 la mer. Elles vivent entre deux fid\u00e9lit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Alexandrie, fond\u00e9e par les Grecs en \u00c9gypte, est l\u2019un des plus grands symboles de ce m\u00e9lange. Ville hell\u00e9nistique, romaine, chr\u00e9tienne, arabe, ottomane, cosmopolite, elle a accueilli des Grecs, des Juifs, des Arabes, des Arm\u00e9niens, des Italiens, des Fran\u00e7ais, des Maltais. Au XIX<sup>e<\/sup> et au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, on y parlait plusieurs langues dans les rues, les caf\u00e9s, les \u00e9coles, les journaux. Cavafy, po\u00e8te grec d\u2019Alexandrie, \u00e9crivait dans une ville \u00e9gyptienne o\u00f9 la m\u00e9moire grecque survivait au milieu de l\u2019arabe et des langues europ\u00e9ennes. Alexandrie n\u2019\u00e9tait pas une ville pure. C\u2019\u00e9tait une ville-palimpeste.<\/p>\n\n\n\n<p>Marseille, de son c\u00f4t\u00e9, a toujours \u00e9t\u00e9 une ville ouverte au sud. Fond\u00e9e par des Grecs venus de Phoc\u00e9e, elle a entretenu des liens anciens avec le Levant, l\u2019Afrique du Nord, l\u2019Italie, la Corse. Au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, l\u2019arriv\u00e9e de populations arm\u00e9niennes, italiennes, espagnoles, maghr\u00e9bines, comoriennes, juives s\u00e9farades, a prolong\u00e9 cette vocation. Marseille n\u2019est pas seulement une ville fran\u00e7aise sur la M\u00e9diterran\u00e9e ; elle est une ville m\u00e9diterran\u00e9enne en France. Dans ses march\u00e9s, ses quartiers, ses cuisines, ses musiques, elle montre que la rive nord n\u2019est jamais s\u00e9par\u00e9e de la rive sud. Le couscous, la pizza, la harissa, l\u2019ancho\u00efade, la chorba, les p\u00e2tes, les sardines grill\u00e9es y composent une g\u00e9ographie plus profonde que les fronti\u00e8res politiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Tunis aussi est une ville de brassage. La m\u00e9dina, avec ses souks, ses mosqu\u00e9es, ses zaou\u00efas, ses anciennes demeures, rappelle l\u2019ancrage arabe et islamique. Mais la ville moderne, les quartiers de La Goulette, de Lafayette, de Mutuelleville, les traces italiennes, fran\u00e7aises, maltaises et juives, disent une autre histoire. La Goulette, en particulier, fut un espace m\u00e9diterran\u00e9en exemplaire : musulmans, juifs, chr\u00e9tiens, Italiens, Maltais, Fran\u00e7ais, Tunisiens y ont v\u00e9cu dans une proximit\u00e9 faite de voisinage, de cuisine, de langues crois\u00e9es, de f\u00eates populaires.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 encore, il ne s\u2019agit pas de r\u00eaver un \u00e2ge d\u2019or sans conflit, mais de reconna\u00eetre une r\u00e9alit\u00e9 : les soci\u00e9t\u00e9s m\u00e9diterran\u00e9ennes ont longtemps su vivre dans une pluralit\u00e9 concr\u00e8te, souvent plus souple que les id\u00e9ologies modernes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les exils ont renforc\u00e9 ce brassage. Les Andalous chass\u00e9s d\u2019Espagne ont apport\u00e9 au Maghreb des savoir-faire artisanaux, des musiques, des techniques agricoles, des formes architecturales. En Tunisie, leur pr\u00e9sence a marqu\u00e9 des villes comme Testour, o\u00f9 l\u2019on retrouve une m\u00e9moire andalouse dans l\u2019urbanisme, la musique et certains usages. Les Morisques ont travers\u00e9 la mer avec leurs blessures, mais aussi avec leurs comp\u00e9tences. La M\u00e9diterran\u00e9e est souvent cela : une douleur qui devient culture.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait multiplier les exemples : les Grecs d\u2019Asie Mineure install\u00e9s ailleurs apr\u00e8s les bouleversements du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ; les Italiens de Tunisie rentr\u00e9s ou dispers\u00e9s apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance ; les juifs du Maghreb partis vers la France ou Isra\u00ebl ; les travailleurs maghr\u00e9bins venus reconstruire l\u2019Europe d\u2019apr\u00e8s-guerre ; les migrants contemporains qui traversent la mer au p\u00e9ril de leur vie. Chaque \u00e9poque a ses circulations, volontaires ou forc\u00e9es. La M\u00e9diterran\u00e9e n\u2019a jamais cess\u00e9 d\u2019\u00eatre un espace de d\u00e9parts et d\u2019arriv\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ce que les mots et les rites nous apprennent encore<\/h2>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, on parle souvent de choc des civilisations, de fronti\u00e8res \u00e0 prot\u00e9ger, d\u2019identit\u00e9s menac\u00e9es. La M\u00e9diterran\u00e9e est parfois d\u00e9crite comme une fracture entre Europe et Afrique, entre christianisme et islam, entre richesse et pauvret\u00e9, entre Nord et Sud. Cette vision contient une part de r\u00e9alit\u00e9 politique, mais elle oublie l\u2019histoire longue. Elle oublie que le nord et le sud de la M\u00e9diterran\u00e9e se sont fabriqu\u00e9s mutuellement.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Europe m\u00e9di\u00e9vale a re\u00e7u par le monde arabe une partie essentielle de la philosophie grecque, des math\u00e9matiques, de la m\u00e9decine et de l\u2019astronomie. Le Maghreb moderne a re\u00e7u de l\u2019Europe des institutions, des langues, des formes scolaires et administratives, parfois dans la violence coloniale, mais aussi dans des appropriations cr\u00e9atrices. Les cuisines se sont m\u00e9lang\u00e9es : la tomate venue des Am\u00e9riques a transform\u00e9 l\u2019Italie et le Maghreb ; les p\u00e2tes ont voyag\u00e9 ; le caf\u00e9, venu d\u2019Orient, est devenu europ\u00e9en ; le sucre, les agrumes, les \u00e9pices ont travers\u00e9 les ports. M\u00eame les musiques racontent cette circulation : le malouf tunisien porte la m\u00e9moire andalouse ; le flamenco conserve des traces gitanes, arabes, juives et populaires ; le ra\u00ef alg\u00e9rien a dialogu\u00e9 avec les sons occidentaux ; les chants napolitains et les m\u00e9lodies orientales partagent parfois la m\u00eame nostalgie.<\/p>\n\n\n\n<p>Les religions elles-m\u00eames, malgr\u00e9 les dogmes qui les distinguent, partagent des paysages. Le juda\u00efsme, le christianisme et l\u2019islam sont n\u00e9s dans un espace proche, autour de la M\u00e9diterran\u00e9e orientale et du Proche-Orient. Ils ont en commun des figures, des r\u00e9cits, des proph\u00e8tes, des lieux saints, une conception du Livre, une m\u00e9moire d\u2019Abraham. Les p\u00e8lerinages, les tombeaux de saints, les cultes populaires montrent souvent des proximit\u00e9s plus fortes que les th\u00e9ologies officielles. Dans plusieurs r\u00e9gions m\u00e9diterran\u00e9ennes, des sanctuaires ont \u00e9t\u00e9 fr\u00e9quent\u00e9s par des fid\u00e8les de religions diff\u00e9rentes. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne rappelle que la foi v\u00e9cue par les peuples est parfois plus poreuse que la foi d\u00e9finie par les autorit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>S. D. Goitein, \u00e0 partir des documents de la Geniza du Caire, a montr\u00e9 l\u2019existence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9diterran\u00e9enne m\u00e9di\u00e9vale travers\u00e9e par des marchands, des lettres, des contrats, des familles dispers\u00e9es entre \u00c9gypte, Maghreb, Sicile, Y\u00e9men, Syrie et Inde (Goitein, 1967). Ces archives r\u00e9v\u00e8lent une M\u00e9diterran\u00e9e concr\u00e8te, quotidienne, o\u00f9 les hommes \u00e9crivent pour demander de l\u2019argent, organiser un mariage, r\u00e9gler une dette, recommander un voyageur, vendre une marchandise. Ce ne sont pas les grands discours qui parlent ici, mais la vie ordinaire. Et cette vie ordinaire est d\u00e9j\u00e0 mondialis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 peut-\u00eatre la grande le\u00e7on m\u00e9diterran\u00e9enne : l\u2019identit\u00e9 n\u2019est pas un bloc, c\u2019est une circulation. \u00catre m\u00e9diterran\u00e9en, ce n\u2019est pas appartenir \u00e0 une origine unique. C\u2019est porter plusieurs h\u00e9ritages, parfois contradictoires. C\u2019est savoir que le mot que l\u2019on prononce vient peut-\u00eatre d\u2019un ancien conqu\u00e9rant, que le plat que l\u2019on mange a travers\u00e9 trois empires, que la musique que l\u2019on aime contient une m\u00e9moire d\u2019exil, que la ville que l\u2019on habite a \u00e9t\u00e9 pri\u00e9e dans plusieurs langues.<\/p>\n\n\n\n<p>La M\u00e9diterran\u00e9e nous enseigne donc une forme de modestie. Aucune rive ne peut pr\u00e9tendre \u00eatre seule \u00e0 l\u2019origine de ce qu\u2019elle est. Le nord doit reconna\u00eetre ce qu\u2019il doit au sud et \u00e0 l\u2019est : les savoirs, les chiffres, les traductions, les marchandises, les r\u00e9cits. Le sud doit reconna\u00eetre ce qu\u2019il a absorb\u00e9, transform\u00e9, adapt\u00e9 des langues et des institutions venues du nord. Entre les deux, il n\u2019y a pas seulement domination ou d\u00e9pendance ; il y a aussi cr\u00e9ation, emprunt, r\u00e9sistance, imitation, invention.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un monde o\u00f9 les fronti\u00e8res se durcissent, cette m\u00e9moire est pr\u00e9cieuse. Elle ne nie pas les conflits. Elle ne transforme pas l\u2019histoire en carte postale. Elle rappelle simplement que la M\u00e9diterran\u00e9e a toujours \u00e9t\u00e9 plus forte lorsqu\u2019elle a accept\u00e9 son m\u00e9lange. La puret\u00e9 y est une fiction. Le brassage y est la v\u00e9rit\u00e9 profonde.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma M\u00e9diterran\u00e9e, si l\u2019on peut dire ainsi, n\u2019est donc pas seulement bleue. Elle est arabe et latine, berb\u00e8re et grecque, juive et musulmane, chr\u00e9tienne et la\u00efque, fran\u00e7aise et italienne, turque et espagnole, populaire et savante. Elle parle avec plusieurs accents. Elle prie dans plusieurs directions. Elle \u00e9crit de droite \u00e0 gauche et de gauche \u00e0 droite. Elle chante la s\u00e9paration et invente pourtant des voisinages. Elle est cette mer qui, depuis des si\u00e8cles, oblige les hommes \u00e0 traduire \u2014 et traduire, au fond, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 reconna\u00eetre que l\u2019autre existe.<\/p>\n\n\n\n<p><em>* Universitaire.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bibliographie s\u00e9lective<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Abulafia, David. <em>The Great Sea: A Human History of the Mediterranean<\/em>. Oxford University Press, 2011.<\/p>\n\n\n\n<p>Braudel, Fernand. <em>La M\u00e9diterran\u00e9e et le Monde m\u00e9diterran\u00e9en \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Philippe II<\/em>. Armand Colin, 1949.<\/p>\n\n\n\n<p>Dakhlia, Jocelyne. <em>Lingua franca : histoire d\u2019une langue m\u00e9tisse en M\u00e9diterran\u00e9e<\/em>. Actes Sud, 2008.<\/p>\n\n\n\n<p>Goitein, S. D. <em>A Mediterranean Society: The Jewish Communities of the Arab World as Portrayed in the Documents of the <\/em><em>Cairo Geniza<\/em>. University of California Press, 1967.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a des mers qui s\u00e9parent, et d\u2019autres qui obligent les hommes \u00e0 se regarder. 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