{"id":23793,"date":"2015-11-07T09:38:33","date_gmt":"2015-11-07T08:38:33","guid":{"rendered":"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/?p=23793"},"modified":"2015-11-07T09:45:14","modified_gmt":"2015-11-07T08:45:14","slug":"alain-rey-et-salah-stetie-lhommage-a-abdelwahab-meddeb","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/2015\/11\/07\/alain-rey-et-salah-stetie-lhommage-a-abdelwahab-meddeb\/","title":{"rendered":"Alain Rey et Salah St\u00e9ti\u00e9 : L\u2019hommage \u00e0 Abdelwahab Meddeb"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-22114 aligncenter\" src=\"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/wp-content\/uploads\/2015\/10\/Abdelwahab-Meddeb.jpg\" alt=\"Abdelwahab-Meddeb\" width=\"626\" height=\"380\" \/><\/p>\n<p><em><strong>Un an apr\u00e8s la mort de Abdelwahab Meddeb, la Tunisie est orpheline d&rsquo;un intellectuel engag\u00e9 et d&rsquo;un farouche militant contre l&rsquo;obscurantisme.<\/strong> <\/em><\/p>\n<p><em>Transcrit et pr\u00e9sent\u00e9 par<\/em><strong> Mohamed Sadok Lejri<\/strong><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Abdelwahab Meddeb fut un penseur courageux et de grand talent, un \u00e9crivain et universitaire prodigue, et un po\u00e8te d&rsquo;une remarquable envergure. Ses ouvrages, plus d&rsquo;une trentaine, contribu\u00e8rent \u00e0 lever la m\u00e9connaissance de l&rsquo;islam par les Occidentaux, \u00e0 explorer ses diverses facettes, mais \u00e9galement \u00e0 pointer les maux qu\u2019il n\u2019avait cess\u00e9 d\u2019\u00e9crire et de d\u00e9crire, parmi lesquels l&rsquo;extr\u00e9misme, dont soufrent les musulmans d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Il n&rsquo;a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 analyser et \u00e0 critiquer la vision qu&rsquo;ont ces derniers des textes sacr\u00e9s. Avec sa mort, c&rsquo;est une perte immense, colossale pour la pens\u00e9e arabe.<br \/>\nUn hommage lui a \u00e9t\u00e9 rendu, le vendredi 30 et le samedi 31 octobre 2015, \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale de Tunisie. Les communications ont \u00e9t\u00e9 d\u2019une tr\u00e8s grande qualit\u00e9 et de prestigieux invit\u00e9s y ont particip\u00e9. On a enregistr\u00e9 et retranscrit deux d\u2019entre elles sous forme de verbatims, celles d\u2019Alain Rey et de Salah St\u00e9ti\u00e9, pour qu\u2019elles ne sombrent pas dans l\u2019oubli. Ces communications \u00e9mises par deux des derniers dinosaures vivants sont d\u2019une grande valeur intellectuelle et humaine. Amina, l\u2019\u00e9pouse du regrett\u00e9 Abdelwahab Meddeb, fut appel\u00e9e au r\u00f4le de mod\u00e9ratrice. Alain Rey et Salah St\u00e9ti\u00e9 ont parl\u00e9 de l\u2019\u00e9crivain \u00e0 b\u00e2tons rompus, ce qui pourrait expliquer cette impression d\u2019\u00eatre en face d\u2019un texte d\u00e9sorganis\u00e9 et incoh\u00e9rent. Toujours est-il que leurs t\u00e9moignages sont sinc\u00e8res et profonds.<\/p>\n<p><strong>Amina Meddeb<\/strong> : C\u2019est une table-ronde prestigieuse pour la langue fran\u00e7aise. Je vous pr\u00e9sente rapidement les trois intervenants, bien qu\u2019ils soient c\u00e9l\u00e8bres. A ma gauche, Alain Rey, linguiste, lexicographe, directeur litt\u00e9raire des \u00e9ditions le <em>\u2018\u2018Robert\u2019\u2019<\/em> : le <em>\u2018\u2018Grand Robert\u2019\u2019<\/em>, le <em>\u2018\u2018Petit Robert\u2019\u2019<\/em>, le <em>\u2018\u2018Dictionnaire Historique de la langue fran\u00e7aise\u2019\u2019<\/em>, le <em>\u2018\u2018Robert des noms propres\u2019\u2019<\/em>\u2026 Abdelwahab Meddeb a collabor\u00e9 \u00e0 ce dernier, soit le <em>\u2018\u2018Robert des noms propres\u2019\u2019.<\/em> Il a toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s reconnaissant \u00e0 Alain Rey pour lui avoir donn\u00e9 la chance d\u2019y participer et d\u2019avoir donn\u00e9 une place beaucoup plus grande qu\u2019habituellement \u00e0 la culture arabo-islamique (\u2026). La premi\u00e8re r\u00e9daction du \u2018\u2018Robert\u2019\u2019 a eu lieu \u00e0 Alger. C\u2019est amusant de voir que le plus important dictionnaire de langue fran\u00e7aise a commenc\u00e9 en Afrique du nord. Cette grande aventure du dictionnaire Robert s\u2019\u00e9tend entre les deux rives de la M\u00e9diterran\u00e9e. Alain Rey est aussi auteur de nombreux ouvrages passionnants sur l\u2019Histoire des mots. Il a \u00e9crit tout un livre sur le mot <em>\u00abr\u00e9volution\u00bb<\/em> (<em>\u2018\u2018R\u00e9volution, histoire d\u2019un mot\u2019\u2019<\/em>) qui est sorti \u00e0 l\u2019occasion du bicentenaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u2026 Je ne citerai pas tous ses ouvrages, il y en a beaucoup. Vous avez la parole Alain.<\/p>\n<p><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-23795 aligncenter\" src=\"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/Alain-Rey.jpg\" alt=\"Alain-Rey\" width=\"626\" height=\"380\" \/><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Alain Rey.<\/em><\/p>\n<p><strong>Alain Rey<\/strong> : Merci beaucoup Amina. Je pr\u00e9ciserais qu\u2019Amina a collabor\u00e9 au Dictionnaire <em>\u2018\u2018Robert\u2019\u2019<\/em> d\u2019une mani\u00e8re tout \u00e0 fait significative, pour un des dictionnaires qui \u00e9tait en \u00e9laboration \u00e0 Paris, et qu\u2019elle aussi est lexicographe. Je dis elle aussi parce que le lexicographe dont je vais parler n\u2019est pas tr\u00e8s c\u00e9l\u00e9br\u00e9 et est insuffisamment connu : c\u2019est Abdelwahab Meddeb. Il est venu me trouver, il venait d\u2019arriver \u00e0 Paris depuis peu de temps, et je pense que son recrutement et sa collaboration ont une signification.<\/p>\n<p>La voici : il est arriv\u00e9 \u00e0 Paris et on lui avait demand\u00e9 de s\u2019occuper pour ce dictionnaire, qui est un dictionnaire des noms propres, donc encyclop\u00e9dique d\u2019une certaine mani\u00e8re, de l\u2019art italien parce qu\u2019il venait de faire un travail universitaire remarquable sur Michel-Ange. \u00c7a a toujours \u00e9t\u00e9 un immense admirateur de la Renaissance italienne et un connaisseur admirable et \u00e9tonnant de l\u2019art italien.<\/p>\n<p>Je me suis trouv\u00e9 un jour avec lui, beaucoup plus tard, \u00e0 Florence, et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 un peu \u00e9bloui. Nous avons convers\u00e9 sur les lieux que nous visitions et ses connaissances, sa sensibilit\u00e9\u2026 Parce que, chez Abdelwahab, la connaissance allait de pair avec l\u2019\u00e9motion. Je pense que c\u2019est cela qui a fond\u00e9 sa capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019engager dans les attitudes qu\u2019il a pu prendre politiquement et culturellement par la suite.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019il est arriv\u00e9 \u00e0 Paris, j\u2019ai trouv\u00e9 quelqu\u2019un d\u2019extr\u00eamement intelligent, tr\u00e8s fin, mais sur ses gardes. Nous avons discut\u00e9 assez longuement et j\u2019ai tout de suite senti qu\u2019il avait une m\u00e9fiance fondamentale envers cette institution, celle de l\u2019ensemble des dictionnaires le <em>\u2018\u2018Robert\u2019\u2019<\/em>, peut-\u00eatre parce que l\u2019instigateur, qui n\u2019y travaillait plus beaucoup, mais qui avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine du projet, \u00e9tait un pied noir d\u2019Alg\u00e9rie\u2026 Avec cette mentalit\u00e9 d\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise qui a eu tellement de mal \u00e0 se dissoudre dans la r\u00e9alit\u00e9 au cours de l\u2019Histoire.<\/p>\n<p>Abdelwahab Meddeb a, par la suite, vous allez le voir, produit des textes qui n\u2019ont pas eu l\u2019heur de plaire \u00e0 la direction de cette maison d\u2019\u00e9dition. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de jouer les mod\u00e9rateurs et les conciliateurs. Vous allez voir ce qui s\u2019est pass\u00e9.<\/p>\n<p>Parlons d\u2019abord d\u2019Abdelwahab lui-m\u00eame : j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9\u2026 par sa beaut\u00e9 d\u2019abord ! Par son regard ! J\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par son intelligence et sa retenue. C\u2019\u00e9tait quelqu\u2019un, je ne dirais pas forc\u00e9ment modeste, car je pense qu\u2019il avait conscience de sa valeur et de ses qualit\u00e9s, c\u2019\u00e9tait quelqu\u2019un qui \u00e9tait un peu sur ses gardes dans ce milieu franco-fran\u00e7ais et parisien. Loin de tomber dans le parisianisme, il a toujours \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement m\u00e9fiant, puisque ses pulsions l\u2019amenaient vers l\u2019universel, ce qui \u00e9tait admirable pour le genre de travaux qu\u2019on lui proposait. Je lui ai dit, tr\u00e8s vite, pourquoi voulez-vous vous en tenir \u00e0 l\u2019Histoire de l\u2019art ? Et, plus tard, il va collaborer \u00e0 un projet de l\u2019Histoire de l\u2019art, dans un dictionnaire plus d\u00e9velopp\u00e9, mais j\u2019ai tr\u00e8s vite vu que c\u2019\u00e9tait la personne qu\u2019il fallait pour avoir une vision synth\u00e9tique, mais en profondeur, de la culture arabo-islamique classique. Je me suis dit que jamais je ne trouverai quelqu\u2019un d\u2019aussi apte \u00e0 le faire. Il n\u2019\u00e9tait pas encore connu, il \u00e9tait tout jeune, mais, visiblement, sa connaissance, et sa connaissance des langues en particulier, \u00e9tait remarquable\u2026 Ce qui me fait faire une petite parenth\u00e8se sur l\u2019intitul\u00e9 de cette table-ronde qui, comme vous le constatez, ne l\u2019est pas ! C\u2019est la perversit\u00e9 de la langue. Une table-ronde et longitudinale\u2026 Il faut dire que la langue fran\u00e7aise n\u2019est pas l\u00e0 pour la langue fran\u00e7aise, elle est l\u00e0 pour le langage. Toute langue de culture\u2026 Et toute langue est une langue de culture, y compris quand elle est parl\u00e9e par cinq personnes au fin fond de l\u2019Amazonie, est capable d\u2019acc\u00e9der \u00e0 cette dimension sup\u00e9rieure qu\u2019est le langage dans l\u2019absolu.<\/p>\n<p>Abdelwahab me l\u2019a montr\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re concr\u00e8te par sa double connaissance d\u2019une part d\u2019une langue tr\u00e8s vivante, d\u2019une langue tr\u00e8s bouillonnante, qui est l\u2019arabe de Tunisie, et d\u2019autre part d\u2019une langue \u00abmorte\u00bb, mais avec un impact culturel consid\u00e9rable comparable \u00e0 celui du latin ou du grec ancien, qui est l\u2019arabe classique qu\u2019il connaissait parfaitement. Cette double connaissance, ce bilinguisme interne, entre une langue de grande culture, l\u2019arabe classique, qui n\u2019est la langue maternelle d\u2019aucun locuteur et d\u2019une langue tr\u00e8s vivante impr\u00e9gn\u00e9e de cette pr\u00e9sence profonde en terre tunisienne\u2026 Tout ceci faisait que je voyais dans ce jeune homme l\u2019id\u00e9al de la collaboration que je cherchais pour traiter d\u2019Averroes, pour traiter de tous les grands noms de la civilisation arabo-islamique qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9s tout \u00e0 l\u2019heure, d\u2019une mani\u00e8re simple et accessible aux lecteurs.<\/p>\n<p>J\u2019ai tout de suite vu qu\u2019Abdelwahab Meddeb \u00e9tait un vulgarisateur-n\u00e9. Quand je dis vulgarisateur, je le dis en tremblant parce que c\u2019est un mot affreux, un mot affreux qui recouvre une r\u00e9alit\u00e9 merveilleuse. Car rien n\u2019est plus beau que de vulgariser. Mais, malheureusement, le mot <em>\u00abvulgaire\u00bb<\/em> a eu des malheurs en fran\u00e7ais avec des connotations que l\u2019on aimerait voir dispara\u00eetre. C\u2019est le probl\u00e8me avec la langue, les mots sont pleins de pi\u00e8ges, ce sont des farceurs, ce sont des attrapeurs, ce sont des\u2026 Non pas des \u00eatres vivants, mais des entit\u00e9s que seuls les locuteurs font vivre. La m\u00e9taphore qui fait qu\u2019on a parl\u00e9 tr\u00e8s longtemps, un peu trop longtemps, trop facilement, de la vie des mots (et de la mort des mots), une expression qui doit \u00eatre reprise compl\u00e8tement parce que ce ne sont pas les mots qui vivent, les mots sont \u00e9ternels; les mots de Virgile, les mots d\u2019Hom\u00e8re sont absolument \u00e9ternels. En tout les cas, sur le plan culturel et universel et dans la mesure o\u00f9 ils sont traduisibles, on peut les passer dans toutes les langues. Il se trouve que je suis un sp\u00e9cialiste de la langue fran\u00e7aise, c\u2019est un hasard, c\u2019est ma langue maternelle. J\u2019ai toujours eu la plus grande admiration pour ceux et celles dont la langue maternelle n\u2019est pas le fran\u00e7ais, mais qui l\u2019ont choisie et qui savent s\u2019en servir d\u2019une mani\u00e8re admirable. Je n\u2019ai qu\u2019\u00e0 regarder cette table ronde en m\u2019oubliant et vous verrez qu\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi il y a quelqu\u2019un [Salah St\u00e9ti\u00e9] qui, venant de l\u2019arabe comme Abdelwahab Meddeb, a su devenir un des grands po\u00e8tes en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Et l\u00e0, je ferais une petite parenth\u00e8se pour critiquer un mot qui, par ailleurs, est con\u00e7u comme sympathique : <em>\u00abfrancophone\u00bb<\/em> (et <em>\u00abfrancophonie\u00bb<\/em>). Un grand \u00e9crivain marocain, quand on lui dit <em>\u00abvous \u00eates un \u00e9crivain francophone\u00bb<\/em>, il r\u00e9pond <em>\u00abnon, je suis un \u00e9crivain marocain qui \u00e9crit en fran\u00e7ais\u00bb<\/em>. Je pense que c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019il faut voir les choses. C\u2019est qu\u2019une langue, \u00e0 partir d\u2019un certain moment de maturation, de pratique historique, de profondeur, de pens\u00e9es naturellement h\u00e9rit\u00e9es de grands cerveaux du pass\u00e9, monte tellement en importance jusqu\u2019\u00e0 repr\u00e9senter \u00e0 elle seule la totalit\u00e9 des possibilit\u00e9s du langage en tant que fonctionnalit\u00e9s et possibilit\u00e9s humaines. On est donc tout \u00e0 fait dans la d\u00e9finition de l\u2019humanisme; l\u2019humaniste est forc\u00e9ment quelqu\u2019un qui est dans le langage.<\/p>\n<p>De m\u00eame que l\u2019inconscient, disait Lacan, est structur\u00e9 comme un langage et qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019autre moyen que le langage pour acc\u00e9der au conscient et \u00e0 l\u2019inconscient, au collectif et \u00e0 l\u2019individuel, au sentiment et au rationnel, mais aussi, ne l\u2019oublions pas, au mensonge. Le langage est la meilleure et la pire des choses \u00e0 la fois. Et c\u2019est cette ambigu\u00eft\u00e9 qui fait que l\u2019on peut s\u2019en servir de mille fa\u00e7ons, vers la beaut\u00e9, vers la po\u00e9sie et vers l\u2019horreur, avec la langue de bois, avec toutes les d\u00e9formations du langage, qui sont le propre d\u2019une partie du discours politique et publicitaire, ce sont des rh\u00e9toriques tr\u00e8s fortement apparent\u00e9es.<\/p>\n<p>Ce que nous essayions collectivement de faire, quand on pr\u00e9parait ce \u2018<em>\u2018Dictionnaire des noms propres\u2019\u2019<\/em> du monde entier, c\u2019\u00e9tait de sortir de toute apparence de conviction pour transmettre une \u00e9motion et un contenu mental tr\u00e8s complexe. Et l\u00e0, Abdelwahab s\u2019est manifest\u00e9 parmi les r\u00e9dacteurs que j\u2019\u00e9tais cens\u00e9 conduire, mais, en r\u00e9alit\u00e9, ils me conduisaient\u2026 Vous savez, c\u2019est toujours le renversement des perspectives\u2026<\/p>\n<p>On dit que l\u2019\u00e9crivain est ma\u00eetre des mots, on se demande souvent si ce ne sont pas les mots qui sont les ma\u00eetres des \u00e9crivains, parce qu\u2019un \u00e9crivain peut \u00eatre conduit par le langage qui est si riche et rempli de tellement d\u2019intentions disparues, de continuit\u00e9s du pass\u00e9, de messages culturels qui ne sont plus enti\u00e8rement d\u00e9codables, que le langage nous apporte quelque chose de plus que ce que nous disons. Il suffit de recourir \u00e0 l\u2019\u00e9tymologie pour faire dire \u00e0 une phrase, fut-elle la plus banale, autre chose que ce qu\u2019elle dit et plus que ce qu\u2019elle dit. Ceci justifie ma propre passion qui consiste \u00e0 chercher des mots derri\u00e8re les mots et \u00e0 faire partager le savoir \u00e0 des gens qui connaissent parfaitement ces mots, mais qui ignorent en partie ce qu\u2019ils transmettent et ce qu\u2019ils ont pu transmettre par le pass\u00e9 (\u2026).<\/p>\n<p>L\u2019on trouve dans cet esp\u00e8ce d\u2019\u00e9ventail qu\u2019est le dictionnaire, le vocabulaire d\u2019une \u00e9poque, c\u2019est-\u00e0-dire la quasi-totalit\u00e9 des attitudes, des passions, des erreurs aussi et des savoirs d\u2019une \u00e9poque \u00e0 un moment donn\u00e9. Et cela, nous en avons souvent parl\u00e9, Abdelwahab et moi-m\u00eame, il se trouve que l\u00e0 le vecteur \u00e9tait la langue fran\u00e7aise. Je dirais presque par hasard. S\u2019il \u00e9tait tomb\u00e9 sur un dictionnaire qui se faisait \u00e0 Rome, en italien, avec son amour de l\u2019Italie, je crois qu\u2019il aurait fait la m\u00eame chose. Donc l\u00e0, la langue fran\u00e7aise, nous le voyons clairement, n\u2019est jamais que la repr\u00e9sentante tout \u00e0 fait partielle, mais en m\u00eame temps assez puissante (une parmi beaucoup d\u2019autres), d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 commune qui est \u00e0 transmettre.<\/p>\n<p>Quand j\u2019ai propos\u00e9 \u00e0 Abdelwahab de prendre en charge la culture islamique g\u00e9n\u00e9rale, ne pensez pas qu\u2019il a accept\u00e9 avec enthousiasme, il a commenc\u00e9 par refuser. J\u2019ai tout de suite vu qu\u2019il ne refusait pas parce qu\u2019il \u00e9tait inquiet du niveau de ses connaissances; il refusait parce qu\u2019il se demandait s\u2019il allait vraiment donner le fond de sa pens\u00e9e pour un projet qui lui paraissait encore un peu douteux et color\u00e9 de ce nationalisme r\u00e9tro qui se cache dans beaucoup de dictionnaires.<\/p>\n<p>Vous savez, au XIX\u00e8me si\u00e8cle, la grande mode \u00e9tait d\u2019appeler le dictionnaire et la grammaire, dictionnaire national et grammaire nationale. Ceci est un terrible p\u00e9ch\u00e9 parce que c\u2019est tout sauf national. Une langue comme le fran\u00e7ais en particulier, \u00e7a sera encore plus vrai de l\u2019anglais, c\u2019est \u00e9videmment vrai de l\u2019arabe et c\u2019est vrai du chinois, est une langue qui peut transmettre de multiples cultures de mani\u00e8re spontan\u00e9e. J\u2019estime que quand un \u00e9crivain africain, un \u00e9crivain maghr\u00e9bin ou un \u00e9crivain des Cara\u00efbes, un \u00e9crivain chinois ou un \u00e9crivain afghan (nous avons des exemples de prix Goncourt r\u00e9cents), s\u2019expriment par choix en langue fran\u00e7aise, ce n\u2019est pas la langue fran\u00e7aise qui lui fait un cadeau, c\u2019est lui qui fait un cadeau \u00e0 la langue fran\u00e7aise en lui donnant un aspect de sa culture.<\/p>\n<p>J\u2019ai une immense admiration pour beaucoup d\u2019\u00e9crivains maghr\u00e9bins et africains, je pense toujours \u00e0 Amadou Hamp\u00e2t\u00e9 B\u00e2 que j\u2019ai tenu \u00e0 rencontrer et qui a su faire passer dans un fran\u00e7ais admirable quelque chose qui n\u2019\u00e9tait ni dans les g\u00e8nes celtes, ni latins, ni germaniques, ni francs\u2026 Quelque chose qui n\u2019\u00e9tait pas du tout dans les racines de la langue fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Toute langue est par nature impure, c\u2019est cette impuret\u00e9 qui fait sa qualit\u00e9. La langue pure est une vision fictive et un danger parce que \u00e7a am\u00e8ne \u00e0 la normalisation : la normalisation, c\u2019est la mort. J\u2019ai fait, r\u00e9cemment, un livre qui s\u2019appelle \u2018\u2018L\u2019amour du fran\u00e7ais\u2019\u2019 dont le sous-titre est \u00abContre les puristes et autres censeurs de la langue\u00bb. Des gens de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, certains sont mes amis, comme Pierre Nora, n\u2019\u00e9taient pas tout \u00e0 fait contents de cela. Tout essai de normalisation d\u2019une langue a vocation \u00e0 ne pas transmettre autre chose qu\u2019elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>L\u00e0, je vais honorer le travail de traducteur en la personne de Abdelwahab Meddeb parce qu\u2019on s\u2019est demand\u00e9 s\u2019il \u00e9tait un passeur ou non ? Bon, <em>\u00abpasseur\u00bb<\/em> est un mot qui, aujourd\u2019hui, a des malheurs et qu\u2019on a du mal \u00e0 \u00e9voquer, mais l\u00e0 c\u2019est dans le sens de passeur d\u2019id\u00e9es, passeur de sentiments, au sens g\u00e9n\u00e9ral du verbe <em>\u00abpasser\u00bb<\/em>. Je dirais plus volontiers traducteur, mais traducteur au sens propre du latin <em>\u00abtrans + ducere\u00bb<\/em> qui veut dire <em>\u00abconduire \u00e0 travers\u00bb, \u00abconduire ailleurs\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Je reprendrais une partie du tr\u00e8s beau d\u00e9bat que nous avons eu tout \u00e0 l\u2019heure pour dire que si Abdelwahab se voulait ailleurs que quelque part, ce n\u2019\u00e9tait pas pour \u00eatre nulle part, c\u2019\u00e9tait pour \u00eatre autre part, autre part et ici en m\u00eame temps. C\u2019est \u00e7a, bien \u00e9videmment, qui fait cette dialectique que l\u2019on peut reprendre philosophiquement, que l\u2019on peut reprendre aussi d\u2019une mani\u00e8re vulgaire et spontan\u00e9e. Une dialectique que j\u2019ai vue chez lui entre la m\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce qu\u2019on lui demandait de faire et l\u2019amour de cela. Sa d\u00e9cision positive (celle de collaborer au <em>\u2018\u2018Dictionnaire Robert\u2019\u2019<\/em>) est pass\u00e9e par l\u2019amour de la Tunisie, et par l\u2019amour de la Tunisie l\u2019amour pour la langue arabe, et par l\u2019amour pour la langue arabe le d\u00e9sir de \u00abfaire passer\u00bb simplement et en langue fran\u00e7aise. Il en \u00e9tait, bien \u00e9videmment, plus que capable.<\/p>\n<p>Les contenus majeurs d\u2019\u0153uvres dont certaines m\u2019\u00e9taient assez famili\u00e8res\u2026 J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 un tr\u00e8s grand admirateur d\u2019Ibn Khaldoun qui, je pense, est le p\u00e8re de la sociologie d\u2019une mani\u00e8re absolue et le p\u00e8re de la sociolinguistique d\u2019une certaine mani\u00e8re parce que ses remarques sur la langue arabe, sur la modification du langage des b\u00e9douins quand il y a eu urbanisation etc. sont un mod\u00e8le de ce qui va pouvoir se passer plus tard, beaucoup plus tard. Il m\u2019est arriv\u00e9 de discuter sur la langue fran\u00e7aise avec Abdelwahab, \u00e7a l\u2019int\u00e9ressait, il aimait bien \u00e7a. Encore plus tard, il m\u2019a invit\u00e9 \u00e0 son \u00e9mission, \u2018<em>\u2018Cultures d\u2019Islam\u2019\u2019<\/em>, apr\u00e8s la sortie d\u2019un de mes livres qui s\u2019appelle<em> \u2018\u2018Dictionnaire amoureux des dictionnaires\u2019\u2019<\/em>.<\/p>\n<p>Dans <em>\u2018\u2018Dictionnaire amoureux des dictionnaires\u2019\u2019,<\/em> probablement pour la premi\u00e8re fois en langue fran\u00e7aise, une part tr\u00e8s importante \u00e9tait consacr\u00e9e aux dictionnaires arabes, pour une raison bien simple, c\u2019est que le mot \u00abdictionnaire\u00bb appara\u00eet en fran\u00e7ais et dans les langues occidentales \u00e0 la Renaissance, il en est de m\u00eame pour <em>\u00abencyclop\u00e9die\u00bb,<\/em> alors que la chose avait \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9e par la civilisation arabo-islamique \u00e0 partir du II\u00e8me si\u00e8cle\/III\u00e8me si\u00e8cle de l\u2019H\u00e9gire. Je ne l\u2019avais pas mal d\u00e9velopp\u00e9, ceci, et Abdelwahab, comme toujours, allait un cran plus loin de ce que l\u2019on pouvait dire.<\/p>\n<p>Abdelwahab m\u2019a montr\u00e9 par un article, il n\u2019\u00e9tait pas de lui mais d\u2019un historien des sciences, que l\u2019apparition du dictionnaire arabe \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s contemporaine du d\u00e9veloppement de l\u2019alg\u00e8bre, \u00e7a\u00a0 repr\u00e9sentait la possibilit\u00e9 combinatoire de cr\u00e9er de la parole \u00e0 partir de ce qui est virtuel. C\u2019est le secret du passage du langage comme aptitude abstraite \u00e0 la langue et au discours. En fait, c\u2019est le r\u00e9sum\u00e9 de tout le programme de la linguistique moderne. Tout ceci montre \u00e0 quel point l\u2019interrelation ente les deux cultures, l\u2019occidentale et l\u2019orientale&#8230; <em>\u00abOriental\u00bb<\/em> \u00e9tant d\u2019ailleurs un mot curieux puisque les r\u00e9f\u00e9rences \u00e9taient souvent maghr\u00e9bines et <em>\u00abMaghreb\u00bb<\/em> veux dire<em> \u00abOccident\u00bb<\/em>. Tout \u00e7a est relatif. Il m\u2019est arriv\u00e9, tout r\u00e9cemment, de participer \u00e0 un d\u00e9bat passionnant \u00e0 Naples, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 <em>\u00abOrientale\u00bb<\/em> justement, o\u00f9 il y a beaucoup de travaux sur la culture arabo-islamique, sur la nature m\u00eame de ces mots <em>\u00aborient\u00bb<\/em> et <em>\u00aboccident\u00bb<\/em>, lesquels sont des p\u00f4les, des p\u00f4les incertains, des p\u00f4les relatifs, qui ont \u00e9t\u00e9 manipul\u00e9s dans tous les sens, mais il ne reste pas mois qu\u2019orient veut dire <em>\u00able soleil qui se l\u00e8ve\u00bb<\/em> et occident <em>\u00able soleil qui se couche\u00bb<\/em> (du latin <em>cadere<\/em>, tomber). C\u2019est peut-\u00eatre pr\u00e9monitoire de ce qui allait se passer dans la globalisation tragique de l\u2019Histoire actuelle.<\/p>\n<p>Le pessimisme et l\u2019optimisme m\u00e9lang\u00e9s, la v\u00e9rit\u00e9 et le mensonge, les horreurs de l\u2019Histoire et en m\u00eame temps la course vers la beaut\u00e9, tout ceci \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 par Abdelwahab Meddeb d\u2019une mani\u00e8re irrempla\u00e7able. Je finirais par une touche d\u2019\u00e9motion parce que je ne peux pas penser \u00e0 ce pass\u00e9 qui, pour moi, est tr\u00e8s r\u00e9cent, alors qu\u2019il est ancien (quand on est vieux, le temps se contracte, surtout le pass\u00e9)\u2026 Le d\u00e9sespoir dans l\u2019absurdit\u00e9 de la vie et de la mort fait que des gens ex\u00e9crables vivent des si\u00e8cles et que des gens merveilleux meurent trop jeunes. Merci.<\/p>\n<p><strong>Amina Meddeb<\/strong> : Pour l\u2019anecdote, je voudrais juste rappeler que lorsqu\u2019Abdelwahab a collabor\u00e9 au <em>\u2018\u2018Robert des noms propres\u2019\u2019<\/em>, c\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019article \u00ab<em>Alg\u00e9rie<\/em>\u00bb qui avait caus\u00e9 des probl\u00e8mes. Paul Robert \u00e9tait un pied noir et a d\u00e9cid\u00e9 de le r\u00e9\u00e9crire compl\u00e8tement\u2026<\/p>\n<p><strong>Alain Rey<\/strong>: Je rajoute un mot pour blanchir un petit peu la m\u00e9moire de Paul Robert. Je me suis arrang\u00e9 pour qu\u2019ils se rencontrent et je peux vous dire que Paul Robert a fondu devant la personnalit\u00e9 d\u2019Abdelwahab. Il disait \u00ab<em>Mon petit Abdou<\/em>\u00bb de lui. Du coup, tout a pass\u00e9 ou \u00e0 peu pr\u00e8s\u2026<\/p>\n<p><strong>Amina Meddeb<\/strong> : Paul Robert a quand m\u00eame r\u00e9\u00e9crit l\u2019article \u00abAlg\u00e9rie\u00bb ?<br \/>\nAlain Rey : Il a chang\u00e9 trois phrases. Ou plut\u00f4t, Paul Robert a fait changer trois phrases. J\u2019ai ensuite repris le texte pour le rendre\u2026 compatible.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-23797\" src=\"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/Salah-Stetie.jpg\" alt=\"Salah-Stetie\" width=\"626\" height=\"380\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Salah St\u00e9ti\u00e9.<\/em><\/p>\n<p><strong>Amina Meddeb<\/strong> : (\u2026) Je vous pr\u00e9sente rapidement un autre ami d\u2019Abdelwahab : le grand po\u00e8te Salah St\u00e9ti\u00e9. Salah vient souvent en Tunisie, tout le monde le connait. Il avait une proximit\u00e9 avec Abdelwahab, une proximit\u00e9 intellectuelle, une proximit\u00e9 de parcours aussi. Salah St\u00e9ti\u00e9 est aussi bilingue. Il est n\u00e9 et a grandi au Liban. Il a fait une partie de ses \u00e9tudes au Liban, ensuite, comme Abdelwahab, il a rejoint la Sorbonne. Il a commenc\u00e9 par \u00e9crire de la po\u00e9sie et est devenu ami des grands po\u00e8tes fran\u00e7ais comme Andr\u00e9 Pieyre de Mandiargues, Yves Bonnefoy, Andr\u00e9 du Bouchet, Michel Deguy (qui est l\u00e0). Salah St\u00e9ti\u00e9 s\u2019int\u00e9resse beaucoup \u00e0 la peinture et a collabor\u00e9 avec de grands peintres, je cite Pierre Alechinsky et Antoni T\u00e0pies. Il est aussi, comme Abdelwahab, un grand connaisseur de la tradition litt\u00e9raire arabe, de la po\u00e9sie arabe. Il est aussi traducteur et a \u00e9t\u00e9 traduit en arabe. Il a \u00e9crit plusieurs essais sur l\u2019art. Il a \u00e9crit un livre sur Fez\u2026<\/p>\n<p><strong>Salah St\u00e9ti\u00e9<\/strong> : Sur les trois m\u00e9dinas : Tunis, Alger et Fez.<\/p>\n<p><strong>Amina Meddeb<\/strong> : Tout \u00e7a pour vous dire \u00e0 quel point Abdelwahab et Salah \u00e9taient amis. Je lui c\u00e8de la parole.<\/p>\n<p><strong>Salah St\u00e9ti\u00e9<\/strong> : Merci Amina. C\u2019est, pour moi, un moment d\u2019\u00e9motion, un moment tr\u00e8s particulier que d\u2019\u00e9voquer Abdelwahab \u00e0 Tunis, chez lui, ville o\u00f9 il m\u2019a promen\u00e9 quelquefois. Il connaissait cette ville sur le bout des doigts et sur le bout de la langue. Il m\u2019emmenait dans des <em>\u00abzanqa\u00bb<\/em>, dans des petites rues, o\u00f9 il me montrait des choses que je n\u2019avais jamais vues auparavant, moi qui ai tr\u00e8s souvent circul\u00e9 dans la m\u00e9dina de Tunis en regardant tout.<\/p>\n<p>Le hasard veut que je pense \u00e0 Abdelwahab tous les jours. Au Liban, j\u2019ai une maison toute en longueur avec un mur, une surface de vitrage, sur le jardin. Et, Abdelawahab, chaque fois qu\u2019il venait d\u00e9jeuner chez moi, apportait avec lui son saumon cru. Il n\u2019apportait pas avec lui sa bouteille de vin. Il savait que ma cave \u00e9tait pleine de bouteilles de vin, une cave de vieil ambassadeur, il y avait du vin que je ne buvais plus; j\u2019\u00e9tais trop vieux pour descendre dans la cave. Abdelwahab descendait dans la cave et remontait cinq ou six bouteilles, il les ouvrait et puis versait leur contenu dans le levier en me disant : <em>\u00abCe vin est mad\u00e9ris\u00e9 !\u00bb<\/em> C\u2019\u00e9tait un Mouton Rothschild de quarante ans. Il redescendait et trouvait le vin qu\u2019il voulait, en passant devant mon jardin\u2026<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a tous les jours. Je crois que je pense \u00e0 lui autant qu\u2019Amina et Hind par la force des choses. Je pense \u00e0 lui parce qu\u2019il y a peu de morts qui laissent ce qu\u2019on appelle un <em>\u00abvide\u00bb<\/em>. Et, Abdelwahab, dans la vie de beaucoup d\u2019entre nous, a laiss\u00e9 un vide.<\/p>\n<p>Je le dis comme t\u00e9moin de l\u2019islam, Abdelwahab a laiss\u00e9 un vide consid\u00e9rable au niveau de la Oumma enti\u00e8re, m\u00eame si la Oumma ne le sait pas. Il \u00e9tait dot\u00e9 d\u2019une immense culture arabe, fran\u00e7aise et occidentale, chinoise et japonaise aussi ; il avait une vision globale de la culture du XX\u00e8me et du XXI\u00e8me si\u00e8cle. Abdelwahab avait v\u00e9ritablement une esp\u00e8ce d\u2019ouverture qui faisait qu\u2019on pouvait parler avec lui de choses qu\u2019on croyait \u00eatre parmi les rares \u00e0 conna\u00eetre\u2026 Mais qu\u2019il connaissait !<\/p>\n<p>Je me souviens d\u2019un colloque \u00e0 Berlin o\u00f9 on avait \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 parler des villes arabes d\u2019Orient et d\u2019Occident. Il y avait Adonis, moi\u2026 Disons des \u00abautorit\u00e9s en la mati\u00e8re\u00bb. Je connaissais bien le Liban, je connaissais bien la Syrie, je connaissais bien le Proche-Orient, y ayant beaucoup circul\u00e9, et Abdelwahab est arriv\u00e9 en retard. Nous avons pratiquement \u00e9puis\u00e9 ce que nous avions \u00e0 dire et on s\u2019appr\u00eatait \u00e0 lever la s\u00e9ance. Abdelwahab a pris la parole, d\u2019abord par politesse, il l\u2019a gard\u00e9e pendant une heure\u2026 Et tout ce qu\u2019il a dit, nous ne l\u2019avions pas dit ! C\u2019est dire \u00e0 quel point cet homme avait des r\u00e9serves. Ces r\u00e9serves, il les montrait d\u2019une mani\u00e8re extraordinaire quand il recevait quelqu\u2019un dans son \u00e9mission \u2018\u2018<em>Cultures d\u2019Islam<\/em>\u2019\u2019, j\u2019y \u00e9tais quatre ou cinq fois. Vous parlez de ce que vous avez fait, du livre que vous venez pr\u00e9senter, d\u2019une id\u00e9e que vous venez explorer en public\u2026 Abdelwahab, dans son \u00e9mission, prenait la parole et puis la gardait, \u00e7a pouvait durer jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019\u00e9mission ! C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s \u00e9tonnant, c\u2019\u00e9tait d\u2019une certaine fa\u00e7on des \u00e9missions pas toujours gratifiantes, parce qu\u2019on se disait qu\u2019on n\u2019a pas eu le temps de tout dire, mais Abdelwahab avait tout dit! A vrai dire, ses \u00e9missions \u00e9taient aussi reposantes !<\/p>\n<p>L\u2019homme avait un nom pr\u00e9destin\u00e9. J\u2019y ai quelquefois pens\u00e9. Je crois \u00e0 la vertu des noms. En fran\u00e7ais, Abdelwahab Mouaddab, c\u2019est \u00abDieudonn\u00e9 l\u2019initiateur\u00bb ou \u00able formateur\u00bb, celui qui conduit vers la science, vers la sagesse. Abdelwahab <em>\u00abDieudonn\u00e9\u00bb<\/em> et <em>\u00abMouaddab\u00bb<\/em> celui qui initie. Abdelwahab Meddeb, un nom admirable pour quelqu\u2019un qui a fait de l\u2019inspiration (il \u00e9tait po\u00e8te) et de la transmission les deux axes de sa vie. Il l\u2019a fait du d\u00e9but jusqu\u2019\u00e0 la fin.<\/p>\n<p>Les d\u00e9buts d\u2019Abdelwahab ont \u00e9t\u00e9 dans l\u2019\u00e9dition. Il a \u00e9t\u00e9 un des premiers \u00e0 s\u2019int\u00e9resser avec Pierre Bernard, un \u00e9diteur qui avait ses bureaux \u00e0 Montmartre, \u00e0 la litt\u00e9rature arabe. Abdelwahab avait \u00e9t\u00e9 son collaborateur imm\u00e9diat et cet \u00e9diteur \u00e9trange, parce qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque (nous sommes dans les ann\u00e9es 1960) peu d\u2019\u00e9diteurs s\u2019int\u00e9ressaient \u00e0 la litt\u00e9rature arabe vivante. Eh ben, cet \u00e9diteur, Pierre Bernard dont je salue la m\u00e9moire, a d\u00e9cid\u00e9 de traduire non seulement les classiques arabes, avec de grands traducteurs\u2026 Il a eu Berque comme traducteur pour les \u2018\u2018<em>Mou\u00e2allaq\u00e2t<\/em>\u2019\u2019 et d\u2019autres noms admirables\u2026 Pierre Bernard est all\u00e9 chercher un peu partout des auteurs de romans, au Liban, en Egypte\u2026 Il passait son temps \u00e0 voyager dans le monde arabe, on ne savait pas que le monde arabe produisait des romans et Pierre Bernard le savait. Son bras droit, celui \u00e0 qui il confiait les clefs de la boutique quand il n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0, c\u2019\u00e9tait Abdelwahab Meddeb, lequel devait avoir \u00e0 l\u2019\u00e9poque, autant que je m\u2019en souvienne, 27 ou 28 ans.<\/p>\n<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 un des premiers lecteurs des romans d\u2019Abdelwahab Meddeb. Romans int\u00e9ressants parce que les \u00e9crivains arabes, qu\u2019ils \u00e9crivissent en arabe, en fran\u00e7ais ou dans d\u2019autres langues, parlent toujours de ce qu\u2019ils sont \u00e0 l\u2019origine, de leurs pays, de leurs exp\u00e9riences. Prenez de grands \u00e9crivains, prenez celui qui va peut-\u00eatre obtenir le prix Goncourt, H\u00e9di Kaddour : son premier roman parle de Tunis et de la pr\u00e9sence fran\u00e7aise \u00e0 Tunis. Prenez Ben Jelloun, il ne parle que de ce qui se passe au Maroc. Ceux qui \u00e9crivent en arabe, c\u2019est la m\u00eame chose. Je connais un \u00e9crivain arabe, un Norv\u00e9gien d\u2019origine irakienne, qui parle de Bagdad. Ses romans paraissent exotiques aux lecteurs norv\u00e9giens parce qu\u2019il leur parle de Bagdad, ces gens des neiges r\u00eavent autour de Bagdad. C\u2019est un \u00e9crivain arabe qui ne peut pas s\u2019arracher \u00e0 sa terre.<\/p>\n<p>Abdelwahab, dans \u2018<em>\u2018Talismano\u2019\u2019<\/em> et <em>\u2018\u2018Phantasia\u2019\u2019,<\/em> quitte le monde arabe. Je l\u2019ai compar\u00e9 \u00e0 Nerval; il y a chez lui une province du r\u00eave qui vient p\u00e9n\u00e9trer la r\u00e9alit\u00e9 de son s\u00e9jour parisien, mais aussi tunisien et marocain\u2026 Il s\u2019en sortait tr\u00e8s bien, Abdelwahab.<br \/>\nIl a curieusement une affiliation, une esp\u00e8ce de polarisation orientale. Ce Tunisien, ce Marocain, car, pour lui, la Tunisie et le Maroc sont deux pays compl\u00e9mentaires, c\u2019est pourquoi il a arrach\u00e9 au Maroc la plus belle marocaine qu\u2019il y e\u00fbt au moment o\u00f9 ils se sont mari\u00e9s\u2026 Et qui continue d\u2019\u00eatre aussi belle\u2026<\/p>\n<p>Cet homme r\u00eavait de l\u2019Orient. Ce n\u2019est pas d\u2019une mani\u00e8re innocente qu\u2019il traduit et commente admirablement l\u2019exil occidental. Pour Abdelwahab, l\u2019Occident \u00e9tait une forme d\u2019exil. Il a souvent \u00e9t\u00e9 \u00e0 Damas, parce que qu\u2019il aimait le Moyen-Orient, \u00e0 Beyrouth, parce que Beyrouth le traduisait. Il a \u00e9t\u00e9 traduit par une des meilleures maisons d\u2019\u00e9dition du Liban, Dar al-Nahar. Il n\u2019y a que les Libanais pour traduire en Orient du fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019arabe. Il allait souvent au Liban et en Syrie, il s\u2019arr\u00eatait chez Ibn Arabi, dont la tombe est dans une montagne, l\u00e0 o\u00f9 il y a la r\u00e9sidence de l\u2019ambassadeur de France qui m\u2019y a re\u00e7u une ou deux fois. Ce dernier m\u2019avait dit : <em>\u00abVoil\u00e0 votre chambre, voil\u00e0 votre lit.\u00bb<\/em> C\u2019\u00e9tait un lit immense parce qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 fait pour le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, avant qu\u2019il ne devienne le pr\u00e9sident de la r\u00e9publique fran\u00e7aise, quand il \u00e9tait encore \u00e0 la t\u00eate de la France libre. Donc, j\u2019ai dormi dans le lit du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, dans un lit h\u00e9ro\u00efque ! Moi, j\u2019allais plus loin parce que j\u2019avais \u00e9t\u00e9 form\u00e9 par Massignon.<\/p>\n<p>Massignon, c\u2019\u00e9tait \u00e9videmment Al-Hallaj. Je ne m\u2019arr\u00eatais pas \u00e0 Ibn Arabi, j\u2019allais vers Al-Hallaj, lequel \u00e9tait enterr\u00e9\u2026 Enfin, son c\u00e9notaphe \u00e9tait \u00e0 Bagdad, au bord du Tigre. Et, malheureusement, Abdelwahab et moi, nous ne sommes jamais retrouv\u00e9s devant la tombe d\u2019Al-Hallaj, ni devant celle d\u2019Ibn Arabi. Cela me d\u00e9sole parce que j\u2019aurais voulu intens\u00e9ment communiquer avec lui.<\/p>\n<p>J\u2019ai curieusement aid\u00e9 Abdelwahab \u00e0 d\u00e9couvrir (il ne s\u2019y int\u00e9ressait pas vraiment) le probl\u00e8me des camps d\u2019extermination nazis. J\u2019avais \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 par des organisations juives, \u00e0 la t\u00eate desquelles op\u00e9rait un de mes \u00e9diteurs chez Albin Michel, Jean Mouttapa, \u00e0 visiter le camp d\u2019Auschwitz. Je ne sentais pas que je pouvais le faire encore. Il y avait le conflit isra\u00e9lo-arabe, j\u2019\u00e9tais ambassadeur du Liban, le Liban avait re\u00e7u des coups tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8res de la part d\u2019Isra\u00ebl, vous me direz que \u00e7a n\u2019a rien \u00e0 voir, dans l\u2019inconscient \u00e7a a beaucoup \u00e0 voir. J\u2019ai dit \u00e0 Mouttapa : \u00ab<em>Je ne peux pas y aller encore. J\u2019irai. Tu connais mes amiti\u00e9s juives, elles sont nombreuses, mais je ne peux pas le faire. Il y a un cadavre dans l\u2019armoire et je ne veux pas le sortir, ce n\u2019est pas mon travail de diplomate.<\/em>\u00bb Je le faisais dans l\u2019ar\u00e8ne diplomatique. J\u2019\u00e9tais, \u00e0 un moment donn\u00e9, ambassadeur \u00e0 l\u2019Unesco, j\u2019avais des d\u00e9bats avec la partie d\u2019en face, c\u2019est-\u00e0-dire avec le repr\u00e9sentant d\u2019Isra\u00ebl. Et j\u2019ai dit \u00e0 Abdelwahab : <em>\u00abPourquoi n\u2019irais-tu pas \u00e0 ma place? Tu connais mes sentiments, tu connais ma position diplomatique. Pourquoi ne le ferais-tu pas, toi ?\u00bb<\/em> Il a dit : <em>\u00abD\u2019accord, j\u2019y vais.\u00bb<\/em> Il y a \u00e9t\u00e9 et il a gagn\u00e9 \u00e0 la fois une esp\u00e8ce de dimension qu\u2019il n\u2019avait pas encore connu de l\u2019int\u00e9rieur (il vivait dans un milieu purement li\u00e9 \u00e0 la litt\u00e9rature et \u00e0 l\u2019\u00e9dition fran\u00e7aises dans ses rapports avec la culture arabe). Et l\u00e0, il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s impressionn\u00e9 ! Il a gagn\u00e9 un \u00e9diteur, ses grands livres dont celui avec Benjamin Stora,<em> \u2018\u2018Histoire des relations entre juifs et musulmans\u2019\u2019<\/em>, sont parus chez Albin Michel. Il a gagn\u00e9 aussi une troisi\u00e8me dimension dont il parle admirablement bien dans ses livres : l\u2019accueil de l\u2019Autre, que cet accueil fut d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ou de l\u2019autre.<\/p>\n<p>Abdelwahab Meddeb \u00e9tait directeur d\u2019une revue. Le titre de cette revue est tout \u00e0 fait \u00e0 l\u2019image d\u2019Abdelwahab, qui dit \u00e0 la fois la difficult\u00e9, la complexit\u00e9, mais aussi la n\u00e9cessit\u00e9 de traverser la v\u00e9rit\u00e9 tr\u00e8s difficultueuse de l\u2019existence. Sa revue admirable, th\u00e9matique, paraissait une fois par an : <em>\u2018\u2018D\u00e9dale\u2019\u2019<\/em>. Cette revue me rappelle un peu un journal y\u00e9m\u00e9nite que j\u2019ai eu entre les mains, <em>\u2018\u2018L\u2019\u00e9toile du Y\u00e9men\u2019\u2019,<\/em> dont le sous-titre disait : \u00ab<em>Quotidien qui para\u00eet quand les conditions le permettent<\/em>\u00bb. La revue d\u2019Abdelwahab, <em>\u2018\u2018D\u00e9dale\u2019\u2019,<\/em> formidable revue (si vous la trouvez, n\u2019h\u00e9sitez pas \u00e0 vous la procurer), paraissait une fois par an. Le titre de cette revue, <em>\u2018\u2018D\u00e9dale\u2019\u2019,<\/em> dit \u00e0 la fois le h\u00e9ros de la travers\u00e9e, celui qui va emprunter le labyrinthe le plus difficile, avec tous les dangers de se perdre, et qui r\u00e9ussit tout de m\u00eame \u00e0 passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 et \u00e0 sortir du d\u00e9dale\u2026<\/p>\n<p>J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 Abdelwahab, je l\u2019aime beaucoup, et tous les jours, en passant devant mon jardin, je pense \u00e0 Abdelwahab.<br \/>\nAmina Meddeb : Merci beaucoup, Salah ! Je voulais juste dire que lors de la parution de son ouvrage publi\u00e9 par Michel Deguy, <em>\u2018\u2018Portrait du po\u00e8te en soufi\u2019<\/em>\u2019, tu lui as envoy\u00e9 un message pour lui dire combien tu avais aim\u00e9 ce texte. Il \u00e9tait \u00e9mu aux larmes par les paroles que tu lui avais envoy\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Salah St\u00e9ti\u00e9<\/strong> : J\u2019allais \u00e0 la m\u00e9diath\u00e8que de Montpellier pour y donner une conf\u00e9rence. J\u2019avais re\u00e7u un exemplaire de \u2018<em>\u2018Po\u00e8te du po\u00e8te en soufi\u2019\u2019<\/em>, un tr\u00e8s beau recueil ! J\u2019avais \u00e9crit \u00e0 Abdelwahab un e-mail pour lui dire que ce livre \u00e9tait pour moi un \u00ablingot de limpidit\u00e9\u00bb. Il ne r\u00e9pondait plus au t\u00e9l\u00e9phone. J\u2019arrive \u00e0 ma conf\u00e9rence, le t\u00e9l\u00e9phone sonne et j\u2019ai Abdelwahab au bout du fil. Il me dit : <em>\u00abSalah, merci infiniment de ce que tu as dit de mon livre\u00bb.<\/em> Je lui dis : <em>\u00abC\u2019est un tr\u00e8s beau livre. Et, comment va ta sant\u00e9, Abdelwahab ?<\/em>\u00bb Et cet homme qui avait toujours la ma\u00eetrise de lui-m\u00eame, je ne l\u2019ai connu que ma\u00eetre de lui-m\u00eame, \u00e9clate en sanglots et s\u2019\u00e9crie : \u00ab<em>\u00c7a ne va pas, Salah, \u00e7a ne va pas !\u00bb<\/em> \u00c7a a \u00e9t\u00e9 notre adieu, j\u2019en pleure encore.<\/p>\n<p><em><strong>\u00a0<\/strong><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un an apr\u00e8s la mort de Abdelwahab Meddeb, la Tunisie est orpheline d&rsquo;un intellectuel engag\u00e9 et d&rsquo;un farouche militant contre l&rsquo;obscurantisme. 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