{"id":350027,"date":"2021-05-25T07:16:03","date_gmt":"2021-05-25T06:16:03","guid":{"rendered":"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/?p=350027"},"modified":"2021-05-25T07:33:13","modified_gmt":"2021-05-25T06:33:13","slug":"bede-cinema-et-plage-souvenirs-denfance-a-sfax-dautrefois","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/2021\/05\/25\/bede-cinema-et-plage-souvenirs-denfance-a-sfax-dautrefois\/","title":{"rendered":"B\u00e9d\u00e9, cin\u00e9ma et plage  : Souvenirs d\u2019enfance \u00e0 Sfax d\u2019autrefois"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Sfax-autrefois-404.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-350028\"\/><figcaption><em>Source : Page facebook \u00ab\u00a0Sfax d&rsquo;antan\u00a0\u00bb. <\/em><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><strong><em>Souvenirs d\u2019enfance dans la ville de Sfax dans les ann\u00e9es 60, sans t\u00e9l\u00e9, game-boy, jeux vid\u00e9o et ordinateur, ni smartphone ni internet ni facebook, mais une enfance riche et heureuse tout de m\u00eame. De quoi donner des ailes un enfant et en faire un homme\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Par <strong>Abdellatif Maatar<\/strong> *<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Abdellatif-Maatar.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-350034\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><em>\u00abOh ! Combien les temps ont chang\u00e9 !\u00bb <\/em>se disent inlassablement, le c\u0153ur serr\u00e9, les gens de ma g\u00e9n\u00e9ration, n\u00e9s au milieu du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent. D\u2019autres plus vieux, ne comprenant rien de ce qui se passe sous leurs yeux, s\u2019abstiennent de tout commentaires, tellement ils sont abasourdis. \u00c0 vrai dire, aucune autre g\u00e9n\u00e9ration n\u2019a connu dans le pass\u00e9 autant de changements de sa condition en l&rsquo;espace d&rsquo;une seule vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s\u2019agit pas en fait de simples changements. C\u2019est des bouleversements \u00e0 tous les niveaux, et l\u2019on ne sait pas ce que cache encore l\u2019avenir. On sait bien pourtant comment on vivait dans le pass\u00e9. On s\u2019en souvient avec beaucoup de nostalgie et on aime bien partager avec d\u2019autres des souvenirs qui d\u00e9voilent l\u2019\u00e9cart qui s\u00e9pare le pass\u00e9 du pr\u00e9sent. Mais \u00e0 quoi \u00e7a pourrait servir ? Assur\u00e9ment, \u00e7a n\u2019arr\u00eatera pas le cours irr\u00e9versible des changements baptis\u00e9s \u00abprogr\u00e8s technologiques\u00bb, ni celui des \u00e9v\u00e9nements sociopolitiques officiellement d\u00e9guis\u00e9s sous la banni\u00e8re de \u00abtransition d\u00e9mocratique\u00bb. \u00c7a pourrait servir \u00e0 se soulager, tant soit peu, d\u2019une perplexit\u00e9 de plus en plus insupportable, entre des personnes qui se sentent \u00e9trang\u00e8res, d\u00e9boussol\u00e9es, sans rep\u00e8res, dans une r\u00e9alit\u00e9 qui leur \u00e9chappe? Peut-\u00eatre. \u00c7a pourrait servir aussi \u00e0 porter des t\u00e9moignages utiles \u00e0 beaucoup de jeunes incapables de concevoir comment vivaient leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs quand ils avaient leur \u00e2ge, dans leur ville qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec ce qu\u2019elle est devenue.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pour cette raison que j\u2019ai r\u00e9pondu favorablement \u00e0 un ami qui m\u2019a demand\u00e9 d\u2019\u00e9crire mes souvenirs d\u2019enfance dans la ville de Sfax dans les ann\u00e9es 60. Je demande \u00e0 mon tour \u00e0 tous mes semblables d\u2019en faire autant.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Blek-Zembla.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-350032\" width=\"500\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00abLes albums du grand Blek le Roc\u00bb<\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019ai pass\u00e9 mon enfance sans game-boy, jeux vid\u00e9o et ordinateur. Il n\u2019y avait pas d\u2019internet et ses d\u00e9riv\u00e9s (Facebook, Youtube, Instagram, et que sais-je encore). M\u00eame pas de t\u00e9l\u00e9. Les nouveaut\u00e9s technologiques \u00e0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9tait la T.S.F et le t\u00e9l\u00e9phone qui n\u2019\u00e9taient pas \u00e0 la port\u00e9e de tout le monde. Pourtant, les moments de joie et de bonheur n\u2019y manquaient pas. Une joie qui me para\u00eet maintenant plus authentique, et un bonheur in\u00e9galable. Trois activit\u00e9s me procuraient de tels sentiments d\u2019\u00e9panouissement : lecture de BD \u2013 en premier lieu : les albums du grand Blek, rencontre avec des amis dans une salle de cin\u00e9ma et baignade dans la plage d\u00e9nomm\u00e9e Le Casino.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai d\u00e9couvert<em> \u00ables albums du grand Blek\u00bb<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e2ge de dix ans, quand je commen\u00e7ais \u00e0 balbutier quelques phrases en fran\u00e7ais. Je dois cette d\u00e9couverte \u00e0 mon fr\u00e8re a\u00een\u00e9. Il \u00e9tait alors en sixi\u00e8me et moi en quatri\u00e8me primaire, et donc il d\u00e9chiffrait mieux que moi les textes fran\u00e7ais. J\u2019\u00e9tais curieux de savoir ce qu\u2019il lisait avec d\u00e9lectation, ces petits bouquins qu\u2019il apportait je ne sais d\u2019o\u00f9. Zembla, Akim, Kiwi, Blek le Roc\u2026 Je les ai feuillet\u00e9s et l\u2019hame\u00e7on a vite pris. Les images et les onomatop\u00e9es aidant, les phrases dans les bulles ou dans les r\u00e9citatifs ne me semblaient pas aussi s\u00e8ches et difficiles que dans les textes opaques de la classe. J\u2019ai appris qu\u2019il les \u00e9changeait p\u00e9riodiquement chez un bouquiniste dans la m\u00e9dina, pas tr\u00e8s loin de la grande mosqu\u00e9e, appel\u00e9 Trigui si j\u2019ai bonne m\u00e9moire. Je lisais tout apr\u00e8s lui, mais je ne tarde pas \u00e0 me cramponner aux albums du grand Blek. Lui, il pr\u00e9f\u00e9rait Zembla et je ne pouvais plus rester d\u00e9pendant de ce qu\u2019il voulait apporter \u00e0 la maison. Le bouquiniste servait tout le monde et je pouvais me d\u00e9brouiller pour avoir le prix de l\u2019\u00e9change de mon album pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. \u00c7a co\u00fbtait cinq millimes (<em>dourou<\/em>) par livre. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, il ne m\u2019\u00e9tait pas facile de me donner le luxe d\u2019\u00e9changer plus qu\u2019un livre par semaine. Dourou, ce n\u2019\u00e9tait pas peu pour les enfants pauvres ! Mais Blek le Roc m\u00e9rite bien quelques sacrifices, beaucoup plus qu\u2019un croissant de chez le vendeur ambulant devant l\u2019\u00e9cole. Quand je revenais chez moi avec un ou deux albums, c\u2019\u00e9tait un v\u00e9ritable r\u00e9gal que je ne pouvais pas reporter pour plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est vrai, avec le recul du temps, que les aventures de Blek, cr\u00e9\u00e9es par leurs trois auteurs italiens1 (Je ne savais pas que c\u2019\u00e9tait traduit de l\u2019italien) et d\u00e9vor\u00e9es par un grand nombre de lecteurs-gamins en Tunisie et en France, \u00e9taient un peu trop simplistes, illustr\u00e9es par des dessins pas moins simplistes et pas toujours en couleurs et fonctionnaient toujours selon le m\u00eame principe: un h\u00e9ros courageux et intr\u00e9pide, second\u00e9 par des acolytes pittoresques apportant la note d\u2019humour, tous jouant aux redresseurs de torts. \u00c7a fr\u00f4lait parfois la niaiserie, l\u2019inadmissible. Mais peu importe. C\u2019est fait pour des enfants, comme dans les contes de f\u00e9es qui se moquent de la logique rigide des adultes. Ce qu\u2019il en reste maintenant dans ma m\u00e9moire, c\u2019est que mon rapport avec la langue fran\u00e7aise a commenc\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t sous le signe de l\u2019\u00e9merveillement gr\u00e2ce aux albums du grand Blek et non gr\u00e2ce aux cours de classe, que mes lectures de b\u00e9d\u00e9s ont fray\u00e9 le chemin \u00e0 mes lectures ult\u00e9rieures de grands romans et que mon premier h\u00e9ros s\u2019appelle Blek le Roc d\u2019abord parce qu\u2019il est une colosse aux longs cheveux blonds et \u00e0 la musculature impressionnante, aussi parce qu\u2019il incarne les grandes valeurs de libert\u00e9, de bravoure et de dignit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Cinema-Rex.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-350030\" width=\"500\"\/><figcaption><em>Cin\u00e9ma Rex aujourd&rsquo;hui disparu. <\/em><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Il y a avait sept salles de cin\u00e9ma dans la seule ville de Sfax<\/h3>\n\n\n\n<p>La seconde activit\u00e9 indissociable de mes beaux souvenirs d\u2019enfance se passait dans les salles de cin\u00e9ma. Il y en avait sept 2 dans Bab Bhar de la ville de Sfax et elles animaient bien la vie des Sfaxiens, particuli\u00e8rement pendant les weekends. On faisait la queue \u00e0 plusieurs m\u00e8tres devant les guichets quand il s\u2019agissait de films \u00abcin\u00e9mascopes et en couleurs\u00bb, surtout les films western dont les r\u00f4les de h\u00e9ros \u00e9taient interpr\u00e9t\u00e9s par Bud Spenser et Therence Hill et les derniers films \u00e9gyptiens avec en t\u00eate d\u2019affiche le monstre de l\u2019\u00e9cran arabe Farid Chawki. Le comble de la joie, c\u2019est voir deux grands films \u00e0 la fois au prix de cent millimes uniquement dans la salle Le Majestic.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me rappelle l\u2019ambiance euphorique dans le hall du Majestic avant l\u2019ouverture de la porte d\u2019entr\u00e9e \u00e0 la grande salle, sur fond musical de la c\u00e9l\u00e8bre chanson de Om Kalthoum <em>\u2018\u2018Anta Omri\u2019\u2019<\/em>. D\u00e8s que la porte s\u2019ouvrit, on se bousculait, on envahissait la salle pour occuper avec les amis les bonnes places. Le vacarme des rires et des plaisanteries ne c\u00e9dait au silence qu\u2019avec l\u2019extinction des lumi\u00e8res et le commencement du film. Le silence n\u2019\u00e9tait pas toujours de r\u00e8gle. Il est ponctu\u00e9 de temps \u00e0 autre par un soupir venant de quelque part de la salle, par un cri d\u2019admiration ou d\u2019impatience, parfois par des applaudissements. On se partageait les moments de suspens, la peur de la d\u00e9faite du h\u00e9ros ou la joie de sa victoire; on se partageait les rires suite aux prouesses comiques de Abdessalem Nabolsi et les Ah de compassion suite au coup dur encaiss\u00e9 par le jeune pauvre amoureux trahi par sa bien aim\u00e9e de la haute soci\u00e9t\u00e9. Quand on est dans une telle ambiance dans une grande salle dans le noir, devant un grand \u00e9cran qui fait voir \u00e0 tous les m\u00eames images, les m\u00eames histoires, les m\u00eames \u00e9motions\u2026 on ne cherche pas \u00e0 comprendre le sens du partage, on le vit. Et cela continue jusqu\u2019au moment de la sortie de la salle. On ne voulait pas garder pour soi les derni\u00e8res impressions avant de se quitter.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Salle-Majestic-Sfax.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-350031\"\/><figcaption><em>Salle Le Majestic d&rsquo;antan.<\/em> <\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La cin\u00e9philie comme \u00e9cole de pens\u00e9e et de bon go\u00fbt<\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019ai entendu plusieurs fois<span style=\"text-decoration: underline;\"> \u00abquand on aime la vie, on va au cin\u00e9ma\u00bb<\/span>. Oui, mais pas seulement. On va aussi au cin\u00e9ma quand on aime le combat pour une vie meilleure et qu\u2019on veut s\u2019y initier. Cela, je l\u2019ai saisi plus tard pendant mon adolescence dans les cin\u00e9-clubs. Sfax ne se contentait pas d\u2019un seul club affili\u00e9 \u00e0 la F\u00e9d\u00e9ration tunisienne des cin\u00e9-clubs (FTCC). Pendant des ann\u00e9es (milieu des ann\u00e9es70, je crois), elle en avait trois pour adultes (cin\u00e9-club Louis Lumi\u00e8res, cin\u00e9 club des jeunes et cin\u00e9 club des travailleurs) et un autre pour enfants. L\u00e0, on a droit \u00e0 des films d\u2019auteurs. J\u2019y ai vu les chefs d\u2019\u0153uvre d\u2019Eisenstein, de Costa Cavras, de Jean-Luc Godard, de Federico Fellini\u2026 et j\u2019ai assist\u00e9 aux d\u00e9bats qui s\u2019en suivaient. Et voil\u00e0 que j\u2019appris que les films de western am\u00e9ricains et d\u2019amour \u00e9gyptiens qui m\u2019avaient passionn\u00e9 n\u2019\u00e9taient que des films commerciaux ab\u00eatissants et abrutissants. Je compris pourquoi les propri\u00e9taires des salles de cin\u00e9ma affichaient dans leurs vitrines les photos illustrant les sc\u00e8nes les plus sexy ou les plus violentes dans le film au programme, pourquoi ils tenaient \u00e0 montrer en grande lettre sur les affiches de certains films <em>\u00abPour la premi\u00e8re fois\u00bb<\/em> ou<em> \u00abInterdit au moins de 18 ans\u00bb<\/em>. Ce n\u2019\u00e9tait pas vraiment pour interdire.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout ce qui se passait dans les cin\u00e9-clubs (nature, contenu et qualit\u00e9 des films, niveau et \u00e2ge des cin\u00e9philes, ambiance et contenu des d\u00e9bats) m\u2019attirait pour un grand id\u00e9al de changement dans ma vie et dans la vie de tous. Je devins plus tard un cin\u00e9phile militant, fondateur d\u2019un cin\u00e9-club \u00e0 Zarzis en 1980 et membre hyperactif dans le comit\u00e9 du cin\u00e9-club des jeunes \u00e0 Sfax de 1983 \u00e0 1986.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout \u00e7a, c\u2019\u00e9tait autrefois avant que les salles de cin\u00e9ma ne soient condamn\u00e9es \u00e0 c\u00e9der la place aux espaces de commerce, faute de public. Les causes profondes de leur disparition sont \u00e0 rechercher dans ce qu\u2019on appelle<em> \u00abprogr\u00e8s des moyens d\u2019information et de communication\u00bb<\/em>, \u00e0 commencer par les r\u00e9cepteurs analogiques. Ce qui saute aux yeux, c\u2019est que leur disparition a entra\u00een\u00e9 la disparition de la joie de vivre des Sfaxiens d\u2019antan.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Sfax-Page-Casino-rehabilitee.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-350029\" width=\"500\" height=\"380\"\/><figcaption><em>Plage Le Casino r\u00e9habilit\u00e9e. <\/em><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les belles plages envahies par des usines, pollu\u00e9es et pourries<\/h3>\n\n\n\n<p>Venons maintenant \u00e0 mes baignades \u00e0 la plage Casino. Elle n\u2019\u00e9tait pas la seule plage \u00e0 Sfax. Il y avait la plage Poudri\u00e8re, la plage Madagascar, la plage Natation, la plage Farhat Hached. On n\u2019entendait pas encore parler de la plage Chaffar avant 1975 parce qu\u2019elle \u00e9tait trop loin et n\u2019\u00e9tait pas encore pr\u00e9destin\u00e9e \u00e0 remplacer toutes les plages de Sfax envahies par des usines, pollu\u00e9es et pourries. Beaucoup de familles Sfaxiennes campaient pendant des semaines sur la plage Poudri\u00e8re qui s\u2019\u00e9tendait jusqu\u2019au village Sidi Mansour ou sur la plage Madagascar, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan du centre ville Bab Bhar, mais les enfants, les jeunes et les hommes chics pr\u00e9f\u00e9raient aller se baigner \u00e0 la Natation ou au Casino. Moi, je pr\u00e9f\u00e9rais toujours le Casino. C\u2019\u00e9tait \u00e0 un quart d\u2019heure de marche \u00e0 pieds du centre-ville. La mer n\u2019y est pas partout tr\u00e8s profonde comme \u00e0 la natation ni trop peu profonde comme \u00e0 la poudri\u00e8re. Ses eaux \u00e9taient pures, sans algues ni aucun d\u00e9chet. Il y avait un plongeoir \u00e0 deux \u00e9tages. Il y avait des cabanes \u00e0 louer, un peu retir\u00e9es de la plage. Il y avait un resto-bar qui servait ses clients dans une belle ambiance, \u00e9gay\u00e9e surtout en fin de journ\u00e9e par une troupe musicale, surtout quand le chanteur humoriste de peau noire appel\u00e9e Kaladima (Mange-Tout-Le-Temps) montait sur sc\u00e8ne. J\u2019aimais beaucoup y passer toute la journ\u00e9e avec mes deux fr\u00e8res ou quelques amis, bien qu\u2019on ne soit pas toujours les bienvenus par les gardiens et les serveurs \u00e0 qui on ne commandait rien du tout.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aimais me rafra\u00eechir la peau dans l\u2019eau douce et fra\u00eeche, sauter du plongeoir, m\u2019\u00e9tendre sur le sable fin et manger un sandwich et quelques fruits apport\u00e9s dans mon sac, \u00e9pier la beaut\u00e9 des dames et des jeunes filles \u00e9tendues en bikini au bord de la plage. \u00c0 cette \u00e9poque, il \u00e9tait incongru de voir des filles en <em>\u00abmaillots religieux\u00bb<\/em> (sic) et encore moins en niqab. Il n\u2019y avait pas encore les r\u00e9cepteurs analogiques et les cha\u00eenes satellitaires des pays du Golfe, \u00e0 l\u2019instar de la cha\u00eene Iqra, pour diffuser au grand public les pr\u00eaches venimeux des tartuffes comme Amrou Khaled. On n\u2019entendait pas parler d\u2019islam politique. On menait une vie douce et calme sans grands complexes d\u00e9guis\u00e9s en pi\u00e9t\u00e9. On n\u2019avait pas besoin de d\u00e9fendre le droit \u00e0 la libert\u00e9 de conscience, on l\u2019exer\u00e7ait.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait le bon vieux temps quand Sfax \u00e9tait une ville c\u00f4ti\u00e8re pour de bon, une ville gaie avec ses plages et ses salles de cin\u00e9ma, une ville tol\u00e9rante o\u00f9 il faisait bon vivre, o\u00f9 les enfants s\u2019abreuvaient de films et de b\u00e9d\u00e9s. Un peu moins que d\u2019autres villes sah\u00e9liennes, c\u2019est vrai, mais beaucoup plus qu\u2019elle l\u2019est maintenant apr\u00e8s la disparition de ses plages, de ses salles de cin\u00e9ma\u2026 et du bouquiniste Trigui.<\/p>\n\n\n\n<p><em>* Inspecteur p\u00e9dagogique \u00e0 la retraite.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Notes :<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>1) Giovanni Sinchetto (1925-1991), Dario, Gusson (1926) et Pietro Sartoris (1926- 1989).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>2) L\u2019\u00e9toile, Baghdad, Le colis\u00e9e, l\u2019Atlas, le Majestic, Rex et cin\u00e9ma Kawkab.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souvenirs d\u2019enfance dans la ville de Sfax dans les ann\u00e9es 60, sans t\u00e9l\u00e9, game-boy, jeux vid\u00e9o et ordinateur, ni smartphone ni internet ni facebook, mais une enfance riche et heureuse tout de m\u00eame. 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