{"id":388578,"date":"2022-04-22T14:17:35","date_gmt":"2022-04-22T13:17:35","guid":{"rendered":"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/?p=388578"},"modified":"2022-04-22T14:21:23","modified_gmt":"2022-04-22T13:21:23","slug":"roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-les-ferments-de-la-discorde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/2022\/04\/22\/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-les-ferments-de-la-discorde\/","title":{"rendered":"Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; \u00abAux origines de l&rsquo;islam\u00bb : Les ferments de la discorde"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Saad-Ibn-Abi-Wakkas.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-388579\"\/><figcaption><em>Saad Ibn Abi Wakkas.<\/em><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><strong><em>Au bord du puits Aris au fond duquel il a perdu le sceau du proph\u00e8te, le vieillard aux traits fins parsem\u00e9s de traces de variole aimait de plus en plus revenir s\u2019asseoir comme s\u2019il esp\u00e9rait par un miracle finir par retrouver la bague du proph\u00e8te.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p> Par <strong>Farhat Othman<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Ce jour-l\u00e0, caressant sa barbe fournie, gu\u00e8re fleurie depuis qu\u2019il s\u2019\u00e9tait mis \u00e0 la teindre, Othmane songeait \u00e0 la sournoise mont\u00e9e des p\u00e9rils autour de lui. D\u00e9j\u00e0, m\u00eame sur les fronts de la conqu\u00eate, les divisions tribales r\u00e9apparaissaient et les victoires n\u2019\u00e9taient plus invariablement au rendez-vous, les troupes musulmanes n\u2019\u00e9tant plus r\u00e9put\u00e9es invincibles. Mais comment la gangr\u00e8ne de la discorde trouva-t-elle un terrain propice au c\u0153ur m\u00eame d\u2019une communaut\u00e9 normalement soud\u00e9e par sa religion autour de son chef supr\u00eame ? Comment cela commen\u00e7a-t-il ? Lancinante \u00e9tait la question dans sa t\u00eate. Tout devait avoir d\u00e9but\u00e9 en Irak, dans la ville d\u2019AlKoufa.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Certes, il y avait nomm\u00e9 un Omeyyade, Sa\u00efd Ibn Al\u2019Ass ; le nouveau gouverneur pouvait cependant se pr\u00e9valoir d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 par Omar Ibn Al Khattab.<\/strong> Au vrai, il \u00e9tait jeune, sans l\u2019exp\u00e9rience de ses a\u00een\u00e9s, notamment parmi les Compagnons du proph\u00e8te, mais il n\u2019\u00e9tait pas sans un certain savoir-faire et surtout un talent de tribun qui lui valut, d\u2019ailleurs, son surnom d\u2019\u00c9loquent. Il \u00e9tait vaillant aussi et avait de la ruse guerri\u00e8re. On rapporta ainsi comment, lors de sa conqu\u00eate de Mazand\u00e9ran, sur les bords de la mer Caspienne, d\u00e9baptis\u00e9e Tabaristane, il obtint la reddition de la population \u00e0 la condition de ne pas tuer une seule personne et qu\u2019il tint sa parole en faisant passer par le fil de l\u2019\u00e9p\u00e9e tout le monde \u00e0 l\u2019exception d\u2019un seul prisonnier.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ses qualit\u00e9s, les gens n\u2019aim\u00e8rent pas cependant sa pr\u00e9tention et son langage d\u2019injures fleuri ; ne les qualifiait-il pas, sans cesse, de supp\u00f4ts du d\u00e9saccord et de la discorde ? Pourtant, Othmane finit par se plier \u00e0 leurs desiderata en acceptant de le rappeler \u00e0 M\u00e9dine et de nommer \u00e0 sa place l\u2019homme plus \u00e2g\u00e9 et vertueux qu\u2019ils r\u00e9clamaient : Abou Moussa Al Ach\u2019ari.<\/p>\n\n\n\n<p>Contre l\u2019ancien gouverneur, la r\u00e9volte a \u00e9t\u00e9 foment\u00e9e par des personnalit\u00e9s de la ville, ses notables et surtout ses lecteurs, ces hommes de religion, mais de guerre aussi, qu\u2019on n\u2019appelait pas encore les encapuchonn\u00e9s. Se fondant sur leur sp\u00e9cialisation dans la r\u00e9citation du Coran, ils s\u2019improvisaient ses plus acharn\u00e9s d\u00e9fenseurs et, surtout, les gardiens z\u00e9l\u00e9s d\u2019une certaine conception du Livre sacr\u00e9 conforme \u00e0 leurs visions des choses, parfois m\u00eame \u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats propres.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains parmi eux \u00e9taient chez le gouverneur qui, dans le feu de la conversation, se permit de leur d\u00e9nier l\u2019appartenance des terres environnantes, en rattachant la propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 sa tribu Qora\u00efch. Il leur \u00e9tait inadmissible et intol\u00e9rable de toucher \u00e0 ce qu\u2019ils consid\u00e9raient comme un bien propre aux tribus de la r\u00e9gion, acquis au fil de l\u2019\u00e9p\u00e9e et gr\u00e2ce \u00e0 leur sang vers\u00e9 sur le champ des batailles. Prompts \u00e0 la riposte, sous son regard m\u00eame, avant d\u2019\u00eatre mis dehors, ils s\u2019en prirent \u00e0 son chef de la police, r\u00e9ussissant \u00e0 le molester. Prenant ensuite dare-dare la direction de la mosqu\u00e9e, ils ameut\u00e8rent les habitants de la ville et se mirent aussit\u00f4t \u00e0 publiquement contester l\u2019autorit\u00e9 du gouverneur. Celui-ci \u00e9crivit au calife pour se plaindre : <em>\u2014 J\u2019ai aupr\u00e8s de moi des gens se pr\u00e9tendant des r\u00e9citateurs et qui ne sont que des effront\u00e9s ; ils ont malmen\u00e9 le chef de ma police et m\u2019ont manqu\u00e9 de respect.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les notables d\u2019AlKoufa qui os\u00e8rent s\u2019en prendre au gouverneur savaient que toute la ville \u00e9tait remont\u00e9e contre lui. <\/strong>On ne lui pardonnait pas certaines de ses initiatives, dont la derni\u00e8re en date fut de diviser par deux les dons publics revenant aux femmes. Dans la rue, vers la fin de son mandat, il \u00e9tait fr\u00e9quent d\u2019entendre les femmes d\u00e9clamer leur haine et chanter les m\u00e9rites de Saad Ibn Abi Wakkas, l\u2019un de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs appel\u00e9, par respect, Abou Ishaq, son surnom :<\/p>\n\n\n\n<p><em>Si seulement Abou Ishaq nous gouvernait !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Et si seulement pour p\u00e9rir Sa\u00efd \u00e9tait le premier !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il diminue les droits des nobles dames en se prot\u00e9geant<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Des lames, des lances ac\u00e9r\u00e9es du corps de leurs enfants.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>AlKoufa n\u2019\u00e9tait pas la seule \u00e0 ex\u00e9crer Sa\u00efd Ibn Al\u2019Ass ; \u00e0 M\u00e9dine, nombreuses \u00e9taient les personnalit\u00e9s qui ne le supportaient pas. Ali en faisait partie ; il le tol\u00e9rait de moins en moins, tout comme il commen\u00e7ait \u00e0 ne plus supporter le comportement du calife diss\u00e9minant sa parent\u00e8le \u00e0 la t\u00eate des services et des provinces.<\/p>\n\n\n\n<p>Tant qu\u2019il fut gouverneur, pourtant, Ibn Al\u2019Ass ne manqua pas d\u2019envoyer au cousin du proph\u00e8te une part des biens et cadeaux qu\u2019il adressait r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 M\u00e9dine. Ce jour o\u00f9 il lui fit dire que, hormis ce qui allait au Tr\u00e9sor du calife, il n\u2019avait envoy\u00e9 \u00e0 personne d\u2019autres plus que ce qu\u2019il lui faisait parvenir, Ali ne sut retenir sa col\u00e8re. D\u00e9rogeant \u00e0 son silence habituel, en pr\u00e9sence du messager du gouverneur, il se laissa aller haut et fort aux r\u00e9criminations : <em>\u2014 Combien les Omeyyades sont prompts \u00e0 poss\u00e9der le patrimoine de Mohamed, que Dieu le b\u00e9nisse et le salue ! Par Dieu, si seulement j\u2019avais le pouvoir, je les d\u00e9pouillerais \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un fauve d\u00e9piautant une brebis !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cherchant \u00e0 r\u00e9duire la contestation d\u2019AlKoufa, Othmane \u00e9crivit aux meneurs leur enjoignant de rallier le front de Syrie<\/strong> pour participer \u00e0 la guerre sainte. Ils se pli\u00e8rent \u00e0 son ordre et se pr\u00e9sent\u00e8rent devant son gouverneur de Damas, Mouawiya Ibn Abi Soufiane, l\u2019un de ses rares proches parents \u00e0 ne pas lui devoir sa place obtenue depuis le r\u00e8gne d\u2019Omar. Diplomate n\u00e9, ambitieux et disposant de la ruse n\u00e9cessaire \u00e0 ses larges vis\u00e9es, Mouawiya les re\u00e7ut bien. Sollicitant leur coop\u00e9ration, il chercha \u00e0 d\u00e9samorcer la crise par la douceur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Vous \u00eates dans un pays dont les habitants ne savent qu\u2019ob\u00e9ir,<\/em> leur dit-il; <em>je vous demanderais de ne pas discuter avec eux afin de ne pas les faire douter de leur foi.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Une forte personnalit\u00e9, un chef de guerre qui avait pris part \u00e0 la bataille de Yarmouk \u00e9tait parmi les hommes venus d\u2019AlKoufa. Appel\u00e9 Malik Ibn AlHarith, surnomm\u00e9 AlAchtar \u00e0 cause de sa l\u00e8vre inf\u00e9rieure fendue, il fut parmi les plus virulents dans la contestation contre le gouverneur de sa ville. Au premier responsable de Damas, il r\u00e9pondit du tac au tac : <em>\u2014 Dieu, grand et puissant, a impos\u00e9 aux d\u00e9tenteurs d\u2019une science l\u2019engagement de la faire conna\u00eetre aux hommes et de ne pas la dissimuler. Si quelqu\u2019un nous questionne sur ce que nous savons, nous ne le dissimulerons point.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Irrit\u00e9, mais ne perdant pas moins son sang-froid, essayant de se donner, \u00e0 son habitude, une chance d\u2019atteindre son objectif par la ma\u00eetrise de soi, alli\u00e9e \u00e0 la patience et \u00e0 la mansu\u00e9tude, Mouawiya r\u00e9torqua : <em>\u2014 J\u2019avais peur que vous ne pr\u00e9pariez ainsi la d\u00e9sunion ; craignez donc Dieu ! <\/em><em>\u00abEt ne soyez pas comme ceux qui se sont divis\u00e9s et ne se sont pas accord\u00e9s apr\u00e8s avoir re\u00e7u les preuves \u00e9videntes\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019extrait du verset 105 de la sourate <em>\u00abLa Lign\u00e9e Amr\u00e2m\u00bb<\/em> par lequel le gouverneur finit sa r\u00e9plique, l\u2019un des r\u00e9citateurs rench\u00e9rit, hautain : <em>\u2014 Nous sommes ceux que Dieu a bien guid\u00e9s !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Perdant l\u2019espoir d\u2019arriver \u00e0 ses fins par la n\u00e9gociation, Mouawiya se r\u00e9solut de les mettre en prison pour un temps. <\/strong>Puis, cherchant \u00e0 faire l\u2019\u00e9conomie de difficult\u00e9s que son flair d\u2019animal politique lui faisait pressentir, il finit par les \u00e9loigner de sa province.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils s\u2019en retourn\u00e8rent dans leur ville o\u00f9, du haut de la chaire de la mosqu\u00e9e, AlAchtar se mit de nouveau \u00e0 vilipender Othmane \u00e0 loisir, rappelant le bon exemple de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs qu\u2019il violait manifestement. Et c\u2019est en ameutant les habitants d\u2019AlKoufa qu\u2019il r\u00e9ussit \u00e0 en chasser le gouverneur et le peu de ses fid\u00e8les.<\/p>\n\n\n\n<p>Le m\u00e9contentement allant partout crescendo dans des provinces o\u00f9 l\u2019on n\u2019arr\u00eatait plus de lui reprocher d\u2019utiliser exclusivement ses parents pour les postes de responsabilit\u00e9, le vieux calife fut dans l\u2019obligation de changer de politique \u2014 ou de faire mine d\u2019en changer \u2014 afin de calmer la situation. Aussi proposa-t-il le choix par chaque province m\u00e9contente de son propre gouverneur&nbsp;; ce que ne manqua pas de faire AlKoufa, \u00e0 la d\u00e9cision de laquelle il se plia. Cette concession ne calma la situation qu\u2019un temps ; la contestation d\u2019Irak eut en \u00c9gypte un large \u00e9cho que prolong\u00e8rent des troubles au sein des troupes.<\/p>\n\n\n\n<p>Des visages charg\u00e9s de douloureux souvenirs revenaient \u00e0 la m\u00e9moire d\u2019Othmane et ne cessaient de le hanter. Abou Dharr Al Ghifari \u00e9tait l\u2019un des Compagnons parmi les premiers croyants ; il \u00e9tait r\u00e9put\u00e9 pour sa vie de pi\u00e9t\u00e9, d\u2019asc\u00e8se, de mortification et \u00e9tait fort respect\u00e9. L\u2019honora-t-il assez ? Autour de cet homme, en Syrie, pauvres, mendiants, gueux et va-nu-pieds, de plus en plus nombreux, se rassemblaient pour l\u2019\u00e9couter r\u00e9citer les dires du proph\u00e8te. Le gouverneur damasc\u00e8ne en eut peur et l\u2019\u00e9loigna de sa province, le dirigeant vers M\u00e9dine. Pour la m\u00eame raison que son agent, le calife le bannit hors de la cit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Abou Dharr avait une pr\u00e9dilection pour les propos du proph\u00e8te bl\u00e2mant les riches. Alert\u00e9 par ses pr\u00eaches virulents, craignant le risque d\u2019\u00e9meute devenu r\u00e9el, Mouawiya le convoqua et lui demanda de lui faire \u00e9couter ce qu\u2019il r\u00e9citait aux foules. Il lui fit une lecture de la fin du verset 34 de la sourate \u00ab La R\u00e9sipiscence \u00bb : <em>\u00ab\u00c0 ceux qui th\u00e9saurisent l\u2019or et l\u2019argent et ne les d\u00e9pensent pas pour la cause de Dieu, annonce l\u2019heureuse nouvelle d\u2019un ch\u00e2timent douloureux\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le gouverneur garda un instant le silence, le temps de se rem\u00e9morer le d\u00e9but du verset avant d\u2019oser discuter de son sens. Il s\u2019en souvenait parfaitement ; n\u2019avait-il pas \u00e9t\u00e9 parmi ceux qui consignaient la R\u00e9v\u00e9lation pour le proph\u00e8te ? Il y \u00e9tait dit : <em>\u00abCroyants ! Nombre de pr\u00e9lats et de moines usurpent trop les biens d\u2019autrui par vanit\u00e9 et d\u00e9tournent de la cause de Dieu.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Par-devers ce Compagnon vers\u00e9 dans la science religieuse, doctement, il s\u2019autorisa une interpr\u00e9tation du texte coranique, protestant : <em>\u2014 Mais il ne concerne que les gens du Livre !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Simple et courte, ne supportant aucune contestation fut la r\u00e9ponse du vieil homme, s\u00fbr d\u2019un savoir qu\u2019il tenait d\u2019un compagnonnage assidu et notoire : <em>\u2014 Il nous concerne autant qu\u2019eux.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et il prolongea son propos par une attaque en r\u00e8gle contre le gouverneur, son entourage de notables et de riches. Il lui reprocha notamment d\u2019user de subterfuges pour d\u00e9tourner de leurs vrais destinataires les butins et les biens par les musulmans acquis. Au pr\u00e9texte qu\u2019ils \u00e9taient \u00e0 Dieu, on se les r\u00e9servait, en usant, en abusant. Et il martela : <em>\u2014 Les Riches n\u2019ont point droit \u00e0 ces biens destin\u00e9s aux n\u00e9cessiteux.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Avec une pareille assurance et tant de science, l\u2019homme \u00e9tait en mesure de faire se soulever les nombreux d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s de la province qui le traitaient d\u00e9j\u00e0 en saint. Aussi Mouawiya demanda-t-il au calife de le rappeler aupr\u00e8s de lui. Othmane savait bien que le malin fils d\u2019Abou Soufiane lui faisait ainsi un cadeau empoisonn\u00e9 ; mais il ne pouvait lui opposer une fin de non-recevoir. De la famille alli\u00e9e de Harb \u2013 le fr\u00e8re d\u2019Abou Al\u2019Ass, grand-p\u00e8re d\u2019Othmane \u2013 Mouawiya \u00e9tait, apr\u00e8s la disparition de son fr\u00e8re Yazid, la personne la plus en vue, dont l\u2019avenir \u00e9tait prometteur. Pour cela, d\u00e8s la deuxi\u00e8me ann\u00e9e de son califat, il n\u2019h\u00e9sita pas \u00e0 lui permettre de r\u00e9unir sous sa f\u00e9rule le gouvernement de l\u2019ensemble de la province syrienne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Recevant l\u2019asc\u00e8te \u00e0 M\u00e9dine, Othmane le pria de rester pr\u00e8s de lui en abandonnant le pr\u00eache, <\/strong>lui assurant qu\u2019en sa qualit\u00e9 de prince des croyants, il ne pouvait agir autrement que d\u2019assumer ses devoirs. Ceux-ci consistaient \u00e0 demander l\u2019ob\u00e9issance aux gouvern\u00e9s, \u00e0 leur recommander la guerre sainte et \u00e0 leur conseiller l\u2019\u00e9pargne \u00e0 la d\u00e9pense ; en aucun cas, ils ne permettaient d\u2019imposer qu\u2019on f\u00fbt asc\u00e8te, qu\u2019on se d\u00e9tourn\u00e2t des biens terrestres ! Martela-t-il. Refusant l\u2019offre, Abou Dharr pr\u00e9f\u00e9ra s\u2019isoler dans le d\u00e9sert, hors de la ville du proph\u00e8te, pour finir sa vie en solitaire comme ce dernier le lui avait pr\u00e9dit. Le calife pouvait-il faire davantage que lui recommander \u00e0 se garder de trop s\u2019\u00e9loigner de la cit\u00e9 pour ne pas verser dans le nomadisme et mettre \u00e0 sa disposition un troupeau de chameaux ainsi que deux esclaves ?<\/p>\n\n\n\n<p>Abou Dharr \u00e9tait un homme au caract\u00e8re aussi rev\u00eache que son choix de vie. Ce jour o\u00f9 il revint demander au calife de ne pas se contenter d\u2019accepter que les gens ne fassent pas le mal, mais de les inciter au bien en sa qualit\u00e9 de dirigeant de la communaut\u00e9, Othmane avait aupr\u00e8s de lui Kaab AlAhbar, l\u2019ami d\u2019Omar.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand l\u2019asc\u00e8te exigea que l\u2019on ne se content\u00e2t pas de s\u2019acquitter de l\u2019aum\u00f4ne, mais aussi de faire la charit\u00e9 aux voisins et aux parents, Kaab intervint pour rappeler le principe selon lequel celui qui se conforme au pr\u00e9cepte accomplit son devoir. \u00c0 peine Kaab finit-il de parler qu\u2019il re\u00e7ut sur la t\u00eate un violent coup du gros b\u00e2ton crochu qu\u2019Abou Dharr avait toujours \u00e0 la main, l\u2019utilisant comme une b\u00e9quille&nbsp;; le frappant, Abou Dharr \u00e9ructait : <em>\u2014 Fils de Juive ! Mais qui tu es pour discuter de cela ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cette blessure ouvrait droit \u00e0 r\u00e9paration ou \u00e0 la vengeance pour la victime. Cherchant \u00e0 calmer les esprits, le calife obtint de son h\u00f4te qu\u2019il lui abandonn\u00e2t son droit et, pardonnant \u00e0 son tour \u00e0 l\u2019agresseur, il le tan\u00e7a \u00e0 peine quelque peu : <em>\u2014 Abou Dharr, crains Dieu et retiens ta main et ta langue !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un autre visage revenait sous les yeux fatigu\u00e9s d\u2019Othmane ; c\u2019\u00e9tait celui d\u2019un homme originaire de la ville d\u2019AlKoufa. Lors du p\u00e8lerinage, pr\u00e8s de la grande tente d\u2019A\u00efcha, il le retrouva dans un groupe d\u2019inconnus qui, \u00e0 son passage, se mirent \u00e0 le maudire \u00e0 haute voix. Othmane n\u2019eut pas le courage de s\u2019adresser \u00e0 tous les hommes, d\u2019affronter leur nombre ; avisant le Koufite qui le d\u00e9visageait, il concentra sur lui toute sa fureur : <em>\u2014 Tu oses m\u2019insulter, toi !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard, \u00e0 M\u00e9dine, mettant la main sur lui, il voulut prendre sa vengeance, jurant de lui donner cent coups de fouet comme s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 coupable d\u2019adult\u00e8re selon la loi coranique. Les jurisconsultes r\u00e9ussirent \u00e0 l\u2019en dissuader, mais ne surent rien faire contre sa d\u00e9cision de le priver de la part qui lui revenait normalement du Tr\u00e9sor.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la galerie visuelle des revenants s\u2019invitant aux souvenirs du calife, il y avait aussi ce r\u00e9gisseur des biens de la ville d\u2019AlKoufa, un honn\u00eate homme qu\u2019il releva n\u00e9anmoins de ses fonctions. Il \u00e9tait de sa parent\u00e8le, pourtant ; mais il eut le tort de d\u00e9noncer des malversations en r\u00e9v\u00e9lant, un matin, aux habitants de la ville qu\u2019on venait la veille de pr\u00e9lever sur le Tr\u00e9sor une grosse somme sans lui en donner quitus selon l\u2019habitude, un re\u00e7u ou un \u00e9crit du calife.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait aussi ce messager qui accepta d\u2019\u00eatre le porteur d\u2019une liste \u00e9crite des r\u00e9criminations des gens. Ne se retenant plus \u00e0 la fin de sa lecture, Othmane le poussa par terre et le foula aux pieds en s\u2019\u00e9criant : <em>\u2014 Sois avili par Dieu et humili\u00e9 !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans ses souvenirs, bien distincte \u00e9tait encore la voix de ce pauvre messager qui, bien qu\u2019atteint, gardait ses esprits, lui r\u00e9pondant simplement mais hautainement : <em>\u2014 Ainsi, tu humilies Abou Bakr et Omar aussi !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Certes, il regretta sa col\u00e8re et envoya quelqu\u2019un \u00e0 sa victime lui dire de choisir entre pardonner, prendre le prix du sang vers\u00e9 ou se venger. Mais, \u00e0 la fois fier et orgueilleux, celui-ci n\u2019accepta aucune des propositions, disant laisser \u00e0 Dieu le soin de lui rendre justice.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c0 ses oreilles, le calife avait aussi des vers du po\u00e8te satirique AlHoutay\u2019a <\/strong>racontant, \u00e0 sa mani\u00e8re et par solidarit\u00e9 po\u00e9tique, les frasques d\u2019AlWalid Ibn Okba, le po\u00e8te, gouverneur et guerrier :<\/p>\n\n\n\n<p><em>AlHoutay\u2019a t\u00e9moignera le jour de sa mort,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Que, d\u2019excuse, AlWalid est bien plus m\u00e9ritant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il leur cria, la pri\u00e8re termin\u00e9e,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je vous en rajoute ? Car, ivre, il \u00e9tait.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ils refus\u00e8rent, Abou Wahb ; mais s\u2019ils l\u2019avaient autoris\u00e9,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c0 la Double de la matin\u00e9e, tu aurais r\u00e9uni l\u2019Unique de la soir\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>On te retint la bride alors que tu as couru, et si seulement<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>On te l\u2019avait rel\u00e2ch\u00e9e, tu serais \u00e0 courir encore.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Abou Wahb (AlWalid Ibn Okba), ce fr\u00e8re de par sa m\u00e8re, tr\u00e8s port\u00e9 sur la boisson, fut nomm\u00e9 \u00e0 AlKoufa en remplacement d\u2019Ibn Abi Wakkas. Ce dernier \u00e9tait gouverneur de la ville depuis un an quand il se disputa avec son tr\u00e9sorier pour une somme emprunt\u00e9e dont il ne put s\u2019acquitter. Confirmant le tr\u00e9sorier dans ses fonctions, Othmane destitua Saad et nomma \u00e0 sa place ce parent qui \u00e9tait jusque-l\u00e0 gouverneur d\u2019Omar pour les tribus arabes de la presqu\u2019\u00eele. Les gens l\u2019aim\u00e8rent bien, d\u2019autant plus qu\u2019il \u00e9tait lettr\u00e9 et g\u00e9n\u00e9reux. Cela dura cinq ans pendant lesquels le gouverneur n\u2019avait m\u00eame pas eu besoin de mettre une porte \u00e0 sa maison, ayant su conqu\u00e9rir le coeur de la masse, faisant bon usage du Tr\u00e9sor, en donnant aux hommes libres aussi bien qu\u2019aux esclaves. On ne manqua pas d\u2019entendre ces derniers le pleurer \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de son successeur Sa\u00efd<\/p>\n\n\n\n<p>Ibn Al\u2019Ass :<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00d4 malheur ! AlWalid a \u00e9t\u00e9 destitu\u00e9 ;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Et vint Sa\u00efd pour nous affamer ;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il diminue le boisseau, ne sachant rien rajouter ;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Servantes et esclaves, ainsi, il a affam\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Comme tout homme politique, Ibn Okba ne manquait pas d\u2019ennemis qui voulaient avoir sa peau.<\/strong> Cherchant le d\u00e9faut de l\u2019armure pour lui nuire, ils s\u2019attaqu\u00e8rent \u00e0 sa vie priv\u00e9e sur laquelle la masse et tous ceux qui l\u2019estimaient en tant qu\u2019homme public fermaient les yeux, consid\u00e9rant que le vice n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 bl\u00e2mer tant qu\u2019il \u00e9tait cach\u00e9. On pr\u00e9tendit l\u2019avoir vu pr\u00e9sider la pri\u00e8re du matin so\u00fbl, faisant trois g\u00e9nuflexions au lieu de deux et, se retournant vers les hommes align\u00e9s en rang derri\u00e8re lui, osant leur dire par bravade : <em>\u2014 Et si vous le voulez, je vous en rajouterai !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Bien \u00e9videmment, on assura aux faits un \u00e9cho \u00e0 M\u00e9dine. Othmane suivit la proc\u00e9dure consacr\u00e9e; devant la concordance des dires des t\u00e9moins, il fit subir au coupable \u2014 qu\u2019il r\u00e9voqua \u2014 les coups de fouet pr\u00e9vus pour consommation d\u2019alcool. Si, en la mati\u00e8re, son comportement fut sans reproche, le calife n\u2019en sortit pas indemne pour autant ; on pointa ses choix mauvais pour les postes de responsabilit\u00e9, sa confiance plac\u00e9e en des gens moralement corrompus, pr\u00e9varicateurs, m\u00e9cr\u00e9ants et impies.<\/p>\n\n\n\n<p>Irr\u00e9prochable, Othmane le fut aussi avec Amr Ibn Al\u2019Ass, gouverneur d\u2019\u00c9gypte, qui ne m\u00e9nageait aucun effort, usant volontiers de rouerie, pour mettre la main sur les rentr\u00e9es fiscales de la province. Pour cause de querelles incessantes avec le nouveau responsable des finances qui lui reprochait de g\u00eaner les rentr\u00e9es fiscales et, qu\u2019en retour, il accusait de casser l\u2019outil de guerre, Othmane commen\u00e7a par lui enlever le service des imp\u00f4ts qu\u2019il confia \u00e0 un fr\u00e8re de lait avant d\u2019oser le destituer, lui donnant tort dans ce diff\u00e9rend. Amr ne le lui pardonna pas. De retour \u00e0 M\u00e9dine, portant un manteau fourr\u00e9 de coton y\u00e9m\u00e9nite, Ibn Al\u2019Ass se pr\u00e9senta devant le calife, les traits renfrogn\u00e9s, l\u2019\u0153il m\u00e9chant. Cherchant \u00e0 le calmer, Othmane lui demanda de quoi \u00e9tait fourr\u00e9 son manteau, et il s\u2019entendit r\u00e9pondre : <em>\u2014 De moi, Amr.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Saisissant la port\u00e9e de la col\u00e8re de cet homme qui n\u2019oubliait pas avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine de son arriv\u00e9e au pouvoir, mais tentant de l\u2019ignorer, Othmane feignit la na\u00efvet\u00e9 de la bonhomie : <em>\u2014 Je le savais bien fourr\u00e9 d\u2019Amr. Je voulais plut\u00f4t savoir s\u2019il \u00e9tait de coton ou d\u2019autre chose !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Puis, au prix d\u2019un grand effort sur lui-m\u00eame, le calife se ravisa, d\u00e9cidant de ne pas se laisser intimider. Il fallait lui reprocher ses propos publics acerbes, voire insultants \u00e0 son \u00e9gard, ainsi que sa sympathie non dissimul\u00e9e pour les fauteurs de troubles.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Que le col de ton manteau a \u00e9t\u00e9 rapide \u00e0 fourmiller de poux !<\/em> Lui dit-il sur son faux ton na\u00eff, parlant volontiers \u00e0 son tour par parabole.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Amr n\u2019\u00e9tait pas pr\u00eat \u00e0 accepter la moindre critique ; il feignit une innocence rev\u00eache, pr\u00eate \u00e0 se d\u00e9fendre de toute attaque : <em>\u2014 Souvent est inexact ce que rapportent les gens sur leurs gouverneurs ; aussi, sois juste avec tes sujets !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Refusant pour une fois de passer pour un idiot du fait de son exc\u00e8s de mansu\u00e9tude, Othmane continua \u00e0 se faire violence,<\/strong> pers\u00e9v\u00e9rant dans le ton du reproche : <em>\u2014 Dieu m\u2019est t\u00e9moin ! Je t\u2019avais nomm\u00e9 gouverneur malgr\u00e9 tes d\u00e9fauts et les critiques nombreuses \u00e0 ton \u00e9gard !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 un agent d\u2019Omar Ibn AlKhattab et il \u00e9tait parti content de moi,<\/em> fit Amr, simulant une hautaine indiff\u00e9rence \u00e0 la col\u00e8re contenue du calife.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Par Dieu, si je t\u2019avais ch\u00e2ti\u00e9 pour ce dont Omar te reprocha souvent, tu aurais \u00e9t\u00e9 droit et probe ; mais j\u2019ai adopt\u00e9 avec toi la souplesse et tu as tout os\u00e9 contre moi, <\/em>r\u00e9pondit Othmane d\u00e9sabus\u00e9, ne sachant plus manifester une col\u00e8re qui vite retombait comme un soufflet.<\/p>\n\n\n\n<p>Il voulut bien \u00e9voquer sa noblesse et celle de sa famille, en tirer un motif de fiert\u00e9 selon la tradition arabe ; mais, sur ce terrain, Amr Ibn Al\u2019Aass \u00e9tait bien plus fort que lui ; il \u00e9tait un fin connaisseur de la g\u00e9n\u00e9alogie de Qora\u00efch et de ses plus nobles lign\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>En le voyant repartir de ce pas rapide des jours de col\u00e8re, Othmane savait que cet homme qui l\u2019avait pourtant aid\u00e9 \u00e0 gagner le pouvoir n\u2019h\u00e9siterait pas \u00e0 tout faire pour l\u2019en d\u00e9poss\u00e9der. Et, pour arriver \u00e0 ses fins, tel qu\u2019il le connaissait, il s\u2019allierait au diable, s\u2019il le fallait ! Il le voyait bien exciter encore plus les gens contre lui et apporter son soutien \u00e0 Ali, Talha et Azzoubeyr dans leurs critiques de moins en moins d\u00e9tourn\u00e9es et leurs pr\u00e9tentions de plus en plus affich\u00e9es \u00e0 prendre sa place. Ainsi, au moment o\u00f9 il en avait le plus besoin, ses plus proches soutiens l\u2019abandonnaient et le raillaient !<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans les provinces, le nombre de ses d\u00e9tracteurs augmentait et touchait m\u00eame des figures marquantes de l\u2019Islam.<\/strong> Il eut beau ordonner \u00e0 ses agents de faire subir \u00e0 tout d\u00e9tracteur, quels que fussent son rang et sa qualit\u00e9, le plus humiliant des traitements, comme de le fouetter cent fois, lui raser la t\u00eate et la barbe et le retenir en prison jusqu\u2019\u00e0 nouvel ordre. Cela ne servit qu\u2019\u00e0 envenimer la situation. \u00c0 M\u00e9dine, nombre d\u2019anciens Compagnons ont \u00e9crit des lettres incendiaires \u00e0 leurs alli\u00e9s dans les arm\u00e9es aux confins de l\u2019\u00c9tat. Les agents envoy\u00e9s aux nouvelles dans les provinces \u00e9taient depuis peu nettement plus alarmistes que certains de leurs gouverneurs ; ils r\u00e9ussirent \u00e0 lui faire parvenir une de ces missives. On osait y \u00e9crire :<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00abVous n\u2019\u00eates sortis qu\u2019afin de combattre pour la gloire de Dieu, Puissant et Grand, et pour m\u00e9riter de la religion de Mohamed ; or, derri\u00e8re votre dos, la religion de Mohamed a \u00e9t\u00e9 pervertie et d\u00e9laiss\u00e9e. Revenez donc ici redresser la religion bafou\u00e9e !\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ses principaux gouverneurs rappel\u00e9s \u00e0 M\u00e9dine pour consultation \u00e9taient divis\u00e9s sur le traitement \u00e0 appliquer. Autour de lui, il y avait tous ses agents auxquels il tint aussi \u00e0 adjoindre deux de ses anciens gouverneurs, Sa\u00efd et Amr Ibn Al\u2019Ass. Manifestement d\u00e9sempar\u00e9, il leur demanda : <em>\u2014 Conseillez-moi, les gens me veulent du mal et usent de menaces \u00e0 mon \u00e9gard.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Son gouverneur \u00e0 Damas fut le premier \u00e0 prendre la parole : <em>\u2014 Je suis d\u2019avis que chacun des commandants de tes arm\u00e9es s\u2019occupe des gens qui rel\u00e8vent de sa province ; pour ce qui est des perturbateurs de la Syrie, j\u2019en r\u00e9ponds.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un autre lui fit part d\u2019une recette infaillible : <em>\u2014 Il faut les mobiliser dans les arm\u00e9es que tu dirigeras vers les pays ennemis o\u00f9 tu les cantonneras ; ils y trouveront de quoi les occuper et te laisseront en paix.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ses hommes se relayaient \u00e0 proposer leurs solutions ; il en avait entrevu la plupart. L\u2019un d\u2019eux l\u2019\u00e9tonna, cependant, en se faisant d\u2019une originalit\u00e9 frisant l\u2019irrespect. Il avan\u00e7a une hypoth\u00e8se \u00e0 laquelle il n\u2019osa jamais penser et \u00e0 laquelle il ne s\u2019attendait point venant d\u2019un proche. C\u2019\u00e9tait Amr Ibn Al\u2019Ass qui, sur un ton s\u00e9v\u00e8re, visiblement affect\u00e9, tenait ces propos des plus \u00e9tonnants : <em>\u2014 Othmane, tu as provoqu\u00e9 les gens avec ta politique familiale. Ils ont dit du mal de toi et tu en as dit autant d\u2019eux. Tu t\u2019es \u00e9cart\u00e9 du droit chemin tout comme ils en ont d\u00e9vi\u00e9. Sois donc juste et \u00e9quitable ou alors d\u00e9missionne ; et si tu le refuses, prends une d\u00e9cision ferme et tiens-toi \u00e0 elle !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il l\u2019injuria, se demandant juste s\u2019il \u00e9tait s\u00e9rieux. Il le savait parfois fac\u00e9tieux et souvent roublard ; qu\u2019avait-il en t\u00eate en se comportant de la sorte ? Une fois tout le monde parti, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 ne manqua pas de lui apporter la r\u00e9ponse. Il tint \u00e0 rester seul avec lui pour s\u2019expliquer : <em>\u2014 Tu es bien trop digne pour m\u00e9riter ce que j\u2019avais os\u00e9 te dire&nbsp;; mais je savais qu\u2019\u00e0 ta porte, les gens nous \u00e9piaient et arrivaient \u00e0 s\u2019informer sur la teneur de nos entretiens. Aussi ai-je voulu que leur parvienne mon propos afin de les induire en erreur ; ainsi, ils ne me compteront pas parmi tes soutiens inconditionnels et, de la sorte, je garderai une certaine marge de man\u0153uvre pour pouvoir te venir en aide, le cas \u00e9ch\u00e9ant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Suivant les recommandations des plus s\u00e9v\u00e8res de ses hommes, Othmane mobilisa les contestataires dans les arm\u00e9es<\/strong> et se proposa m\u00eame de priver les r\u00e9calcitrants de ce que leur versait le Tr\u00e9sor. Mais cette r\u00e9action \u00e9tait par trop tardive ; elle ne fit qu\u2019enflammer encore plus les provinces et il se sentit oblig\u00e9 de faire marche arri\u00e8re, de jouer la carte de la conciliation. De la sanction, il passa aussit\u00f4t au pardon. C\u2019est ce qu\u2019il fit avec des conspirateurs se r\u00e9clamant d\u2019Ali, m\u00eame si l\u2019int\u00e9ress\u00e9 les reniait. Il s\u2019agissait des fid\u00e8les d\u2019AbdAllah Ibn Saba\u2019a, un juif originaire de Sanaa, au Y\u00e9men, converti \u00e0 l\u2019islam apr\u00e8s la mort d\u2019Omar. Il sillonnait le Hijaz puis Basra et AlKoufa, en Irak, ensuite la Syrie et finalement l\u2019\u00c9gypte o\u00f9 il s\u2019assurait de l\u2019\u00e9coute \u00e0 ses pr\u00eaches.<\/p>\n\n\n\n<p>Ibn Saba\u2019a affirmait qu\u2019il serait \u00e9tonnant de croire que J\u00e9sus put revenir \u00e0 la vie et non pas Mohamed, citant en appui \u00e0 ses dires un verset (le 85e) de la sourate \u00abLe R\u00e9cit\u00bb. Il pr\u00e9cisait ensuite que tous les proph\u00e8tes pr\u00e9c\u00e9dant Mohamed ayant eu un successeur d\u00e9sign\u00e9, ce dernier aussi devait en avoir un n\u00e9cessairement, et c\u2019\u00e9tait Ali. Enfin, il assurait que, si Mohamed \u00e9tait bien le dernier des proph\u00e8tes, Ali \u00e9tait aussi le dernier des successeurs d\u00e9sign\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi, il adjurait ses adeptes de h\u00e2ter le r\u00e8gne d\u2019Ali en critiquant la mauvaise conduite de leurs princes, en incitant les gens au bien et en d\u00e9sapprouvant tout acte illicite. Constituant autour de lui une poign\u00e9e d\u2019activistes z\u00e9l\u00e9s, il diffusa ses th\u00e8ses par une propagande soutenue \u00e0 travers les diff\u00e9rentes tribus et les habitants des cit\u00e9s. En dressant minutieusement les torts et les injustices des gouvernants, ses fid\u00e8les r\u00e9ussissaient, pour le moins, \u00e0 s\u2019assurer de la sympathie pour leurs convictions.<\/p>\n\n\n\n<p>On mit la main sur deux de ces activistes ; ils soutenaient \u00eatre venus \u00e0 M\u00e9dine pour confondre le calife sur des questions fondamentales essentiellement religieuses et lui faire abandonner ses errements sinon attenter \u00e0 sa vie. Othmane se h\u00e2ta d\u2019appeler pour une r\u00e9union \u00e0 la mosqu\u00e9e tous les habitants majeurs de la ville et notamment les Compagnons du proph\u00e8te. Debout pr\u00e8s de la chaire, les deux hommes arr\u00eat\u00e9s \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s entre leurs gardes, il d\u00e9non\u00e7a leur mission \u00e0 l\u2019assistance. Alors, dans une mosqu\u00e9e qui semblait unanime dans la r\u00e9probation, des cris s\u2019\u00e9lev\u00e8rent : <em>\u2014 \u00c0 mort ! Tue-les, Prince des croyants !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sa nature lui fit choisir la magnanimit\u00e9 ; bon prince, il dit : <em>\u2014 Bien au contraire, nous pardonnerons et nous ferons tout l\u2019effort n\u00e9cessaire pour leur ouvrir les yeux. Nous ne les sanctionnerons pas tant qu\u2019ils n\u2019auront pas enfreint une loi ou manifest\u00e9 une h\u00e9r\u00e9sie. Ces gens pr\u00e9tendent me confondre avec des inepties et je vais vous montrer leurs mensonges.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Reprenant les diff\u00e9rents points cens\u00e9s servir les deux hommes comme angle d\u2019attaque du calife sur sa pratique religieuse, il les d\u00e9monta un \u00e0 un, sollicitant et obtenant chaque fois l\u2019assentiment de l\u2019assembl\u00e9e. Ali \u00e9tait parmi les pr\u00e9sents et approuvait aussi. Pourtant, il s\u2019\u00e9tait souvent fait l\u2019interpr\u00e8te des m\u00e9contents ; nombre de fois, il fit des reproches au calife concernant la nomination de ses agents. Un jour, Othmane tenta une parade en citant les noms de certains de ses gouverneurs : <em>\u2014 Ils me reprochent de nommer ces parents et de ne pas \u00eatre comme mon pr\u00e9d\u00e9cesseur ; mais ne les avait-il pas lui-m\u00eame nomm\u00e9s&nbsp;? Je n\u2019ai fait que les maintenir en poste. Tu sais parfaitement bien que si Mouawiya est aujourd\u2019hui gouverneur de Syrie, c\u2019est bien Omar qui l\u2019a voulu ainsi.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Son cousin, dont l\u2019\u00e9loquence \u00e9tait proverbiale, avait parfois les r\u00e9ponses cinglantes ; ce jour-l\u00e0, elle fut imparable : <em>\u2014 Omar tenait en laisse ceux qu\u2019il nommait et, \u00e0 la moindre incartade, il les sanctionnait de la plus s\u00e9v\u00e8re fa\u00e7on. Toi, par contre, tu les as laiss\u00e9s faire ; tu as \u00e9t\u00e9 faible avec tes parents et ils ont abus\u00e9 de cette faiblesse. Ainsi, et tu le sais bien, Mouawiya d\u00e9cide de tout sans te consulter en pr\u00e9tendant agir selon tes ordres et en ton nom ; tu n\u2019oses le contredire. Tu sais bien aussi que Mouawiya avait peur d\u2019Omar et le craignait beaucoup, bien plus que ne le redoutait son propre esclave.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Mais ce sont tes parents aussi, que je sache, r\u00e9pliqua Othmane, atteint, tentant une nouvelle parade pour se disculper.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>C\u2019est bien vrai ; mais les meilleurs ne sont pas n\u00e9cessairement parmi eux ! Le cingla Ali, particuli\u00e8rement cruel.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une autre fois, toujours de la part et au nom des m\u00e9contents et des adversaires, Ali revint le voir. <\/strong>Sa voix grave, aux intonations rigides comme les principes \u00e9maillant souvent ses paroles, r\u00e9sonnait encore aux oreilles d\u2019Othmane : <em>\u2014 Les gens me harc\u00e8lent pour te parler. Par Dieu, je ne sais quoi te dire. Je ne sais rien que tu ne connais et je ne t\u2019apprends rien que tu aurais ignor\u00e9. Abou Bakr n\u2019\u00e9tait pas plus digne que toi de servir la v\u00e9rit\u00e9 ni Omar n\u2019\u00e9tait plus m\u00e9ritant du bien que toi. On ne t\u2019ouvre point des yeux qui seraient ferm\u00e9s ; tu n\u2019es nullement ignorant de ce qu\u2019on t\u2019apprend. Bien \u00e9vidente et toute manifeste est la voie. Tu sais bien, Othmane, que le meilleur des hommes pour Dieu est un chef de file juste, bien guid\u00e9 et guidant bien, faisant vivre une tradition connue et mettant un terme \u00e0 toute nouveaut\u00e9 inconnue ; et tu sais que le pire des hommes pour Dieu est un chef de file qui est dans l\u2019erreur, \u00e9gar\u00e9 et \u00e9garant, faisant vivre une nouveaut\u00e9 inconnue, mettant un terme \u00e0 une tradition connue.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Son cousin \u00e9tait assez s\u00e9v\u00e8re avec lui ; nonobstant, il fit souvent appel \u00e0 lui pour user de son influence en interm\u00e9diaire aupr\u00e8s de ses d\u00e9tracteurs. Outre Ali, il eut aussi recours \u00e0 quelques bonnes volont\u00e9s parmi les rares Compagnons qui accept\u00e8rent d\u2019intervenir en sa faveur aupr\u00e8s des troupes arm\u00e9es campant \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la ville. Cette intercession permit d\u2019\u00e9viter \u00e0 la cit\u00e9 du proph\u00e8te d\u2019\u00eatre profan\u00e9e par les armes. Mais, \u00e0 chaque intervention aupr\u00e8s des soldats, \u00e0 plusieurs reprises, il fallut au calife s\u2019engager \u00e0 adopter un comportement et faire les plus fermes promesses pour s\u2019y tenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Se laissant convaincre de se rendre \u00e0 la mosqu\u00e9e et d\u2019y faire amende honorable, il y tint, un jour, un discours fort \u00e9mouvant, s\u2019attirant du coup la sympathie du public. Puis, c\u00e9dant \u00e0 la pression de son entourage, davantage adepte des rodomontades et n\u2019ayant en vue que ses propres int\u00e9r\u00eats, il ne tarda pas \u00e0 faire volte-face, finissant par se laisser convaincre de ne rien c\u00e9der de ses droits et de ses privil\u00e8ges.<\/p>\n\n\n\n<p>Il le reconnaissait volontiers ; il avait vieilli et \u00e9tait devenu facilement influen\u00e7able. \u00c9coutant tant\u00f4t les conseils d\u2019Ali, se rangeant tant\u00f4t \u00e0 l\u2019avis de ses gens, il finit par donner l\u2019impression d\u2019\u00eatre une girouette, ce qui fit encore plus de tort \u00e0 sa personne et \u00e0 la fonction incarn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la mosqu\u00e9e, sur la m\u00eame chaire o\u00f9 il fit le discours de la contrition et de la p\u00e9nitence, il en fit un autre tout d\u2019imp\u00e9nitence et de col\u00e8re. Haranguant la foule r\u00e9unie \u00e0 ses pieds, il n\u2019h\u00e9sita pas \u00e0 dire, cet autre jour : <em>\u2014 Il est pour toute chose un fl\u00e9au ; \u00e0 chaque objet, il est un vice. Le fl\u00e9au de cette nation, le vice de sa prosp\u00e9rit\u00e9 sont ces critiques et ces d\u00e9tracteurs, calomniateurs et diffamateurs qui vous montrent ce qui vous pla\u00eet tout en susurrant ce qui vous d\u00e9pla\u00eet. De creux propos, ils vous tiennent que vous r\u00e9p\u00e9tez comme des animaux ; et eux-m\u00eames suivent le premier venu haineux, croassant. Vous avez critiqu\u00e9 et vou\u00e9 aux g\u00e9monies, venant de moi, ce que vous avez reconnu et admis, venant d\u2019Omar. Vous avez \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 lui de gr\u00e9 et de force parce qu\u2019il vous pi\u00e9tinait, vous tenant d\u2019une main de fer, ne manquant pas de vous insulter. Moi, je me suis fait souple et flexible, je vous ai tendu la main et me suis retenu de vous faire du tort, physiquement ou verbalement ; alors vous vous \u00eates enhardis et vous avez os\u00e9 vous attaquer \u00e0 moi. Seulement, je suis bien plus digne que vous ne le pensez. Je ne suis pas d\u00e9nu\u00e9 de partisans et ne manque pas de soutien ; il suffit que je le demande pour qu\u2019afflue le secours d\u2019arm\u00e9es d\u2019hommes pr\u00eats \u00e0 en d\u00e9coudre. Aujourd\u2019hui, si je vous montre mes dents, c\u2019est que vous m\u2019avez mis dans des humeurs que je ne connaissais pas en me faisant tenir des propos qu\u2019habituellement je ne tiens pas. Alors, retenez vos langues, cessez vos calomnies et arr\u00eatez de diffamer vos gouverneurs&nbsp;; sinon je cesserai de m\u2019interposer entre vous et ceux qui vous materaient si seulement je les laissais agir. Et soyez certains que je ne n\u00e9glige point vos int\u00e9r\u00eats autant que ceux qui m\u2019avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Son secr\u00e9taire et cousin Marouane Ibn AlHakam se tenait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la chaire. \u00c0 peine Othmane eut-il fini qu\u2019on le vit se lever et laisser s\u2019exprimer librement dans l\u2019intonation de sa voix et sa gesticulation une d\u00e9termination farouche \u00e0 s\u2019accrocher au pouvoir et \u00e0 ses privil\u00e8ges : <em>\u2014 Et si vous le voulez, nous nous d\u00e9partagerons avec le glaive ! Par Dieu, nous et vous sommes comme dit le po\u00e8te :<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>De notre honneur, nous vous avons pav\u00e9 le sol ;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Incommode, vous l\u2019avez trouv\u00e9 pourtant,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Un tas de fumier lui pr\u00e9f\u00e9rant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Descendant de la chaire en col\u00e8re, Othmane le houspilla : <em>\u2014 Que tu sois muet ! Ferme-la et laisse-moi avec mes gens ; de quel droit tu t\u2019y immisces ? Ne t\u2019avais-je pas d\u00e9j\u00e0 dit de te taire ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Campant aux portes de la ville, les troupes venues d\u2019\u00c9gypte \u00e9taient pr\u00eates \u00e0 l\u2019investir <\/strong>; certains soldats s\u2019y risquaient et annon\u00e7aient une arriv\u00e9e imminente. De nouveau, Othmane fit demander aux interm\u00e9diaires habituels d\u2019user de leur influence aupr\u00e8s de ces gens pour les emp\u00eacher de troubler la qui\u00e9tude de la ville du proph\u00e8te. Certains refus\u00e8rent ; Ali accepta et vint le voir. Il lui dit h\u00e9siter d\u00e9sormais \u00e0 lui porter secours ; tant de fois, il le fit pour voir le b\u00e9n\u00e9fice de ses efforts aussit\u00f4t annul\u00e9s par l\u2019influence n\u00e9faste de son entourage. Othmane insista, promettant de l\u2019\u00e9couter dor\u00e9navant. Ali interc\u00e9da une nouvelle fois aupr\u00e8s des \u00c9gyptiens et r\u00e9ussit cette fois-ci \u00e0 les \u00e9loigner de la ville. Certains dirent m\u00eame les avoir vus rebrousser chemin vers leur province.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour t\u00e9moigner sa reconnaissance \u00e0 Ali, Othmane se mit un temps \u00e0 l\u2019\u00e9coute de ses conseils, allant jusque chez lui. Quand ce dernier lui demanda de faire, du haut de la chaire de la mosqu\u00e9e, une adresse publique \u00e0 ses sujets en vue de pr\u00e9venir l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019autres marches militaires sur M\u00e9dine, il n\u2019h\u00e9sita point. Improvis\u00e9e, l\u2019allocution fut forte en \u00e9motion&nbsp;; en parlant, des larmes perlaient dans ses yeux et se retrouvaient aussit\u00f4t dans ceux des auditeurs subitement acquis \u00e0 la cause du calife, gagn\u00e9s \u00e0 lui par son excessive humilit\u00e9. Ce jour-l\u00e0, Othmane fit de la fa\u00e7on la plus spectaculaire son mea culpa : <em>\u2014 Ceux qui m\u2019ont critiqu\u00e9 parmi vous n\u2019ont pas d\u00e9plor\u00e9 des choses que j\u2019ignorais, car je n\u2019ai nullement rien fait dont je n\u2019\u00e9tais conscient ; mais je me suis laiss\u00e9 aller \u00e0 la fatuit\u00e9 et \u00e0 la fausset\u00e9 des apparences, y perdant ma raison. Or, j\u2019ai entendu le proph\u00e8te de Dieu \u2013 que Dieu le b\u00e9nisse et le salue \u2013 dire : \u00abQui faute, qu\u2019il se repente; qui se trompe, qu\u2019il fasse amende honorable et qu\u2019il ne pers\u00e9v\u00e8re pas dans la perdition; car qui pers\u00e9v\u00e8re dans l\u2019injustice est bien loin du droit chemin. \u00bb Or, je suis le premier \u00e0 en tirer le\u00e7on ; je demande pardon \u00e0 Dieu de ce que j\u2019ai fait et je reviens \u00e0 Lui. Je ne suis pas le premier \u00e0 fauter et \u00e0 demander pardon. D\u00e8s ma descente de cette chaire, que les plus nobles d\u2019entre vous viennent \u00e0 moi me faire part de leurs opinions. Par Dieu ! Je m\u2019asservirai volontiers comme le serviteur au service de la v\u00e9rit\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Attendris, le prenant au mot, les gens vinrent nombreux chez lui sollicitant une entrevue. Il \u00e9tait honteux, non pas d\u2019avoir eu \u00e0 reconna\u00eetre ses torts, mais de devoir les assumer sans fin face \u00e0 cette foule de visiteurs perdant patience sur le pas de sa porte. D\u2019autant que ses familiers autour de lui faisaient tout pour lui faire regretter ce qu\u2019ils consid\u00e9raient comme un pur moment de faiblesse. Le plus critique \u00e9tait son cousin Marouane qui disait : <em>\u2014 J\u2019aurais aim\u00e9 que tu tiennes pareil discours en position de force ; je t\u2019y aurais alors encourag\u00e9 sans aucun doute. Mais tu as battu ta coulpe quand a d\u00e9bord\u00e9 la coupe et que la situation, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s critique, est devenue d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Dans ces conditions, demeurer dans le p\u00e9ch\u00e9 dont on demande \u00e0 Dieu pardon est bien pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 un repentir dont on craint les cons\u00e9quences. Au demeurant, tu aurais pu te contenter de demander pardon sans reconna\u00eetre le moindre p\u00e9ch\u00e9. Et, comme cons\u00e9quence \u00e0 tout cela, voil\u00e0 \u00e0 ta porte, comme une montagne, la foule qui t\u2019attend !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Othmane ne savait plus quoi faire ; il \u00e9tait las de tout ; surtout, il ne voulait voir personne <\/strong>; la honte se boit en solitaire. Aussi demanda-t-il \u00e0 son secr\u00e9taire de recevoir \u00e0 sa place les visiteurs. \u00c0 peine le quitta-t-il que sa voix se fit entendre, si peu avenante, hurlant m\u00eame : <em>\u2014 Que voulez-vous de nous pour vous r\u00e9unir tous ici comme si vous veniez \u00e0 un pillage ? Pensiez-vous nous enlever des mains notre pouvoir ? Allez-vous-en ! Par Dieu ! Si vous vous attaquez \u00e0 nous, vous nous trouverez et vous le regretterez. Rentrez chez vous, nous ne nous laisserons pas faire !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Atterr\u00e9 \u00e9tait Othmane ! Il n\u2019avait pas voulu que ces gens fussent ainsi accueillis ni m\u00eame renvoy\u00e9s de chez lui. Voulut-il sortir rattraper la b\u00e9vue de son secr\u00e9taire ? D\u00e9j\u00e0, il \u00e9tait trop tard pour les ramener. Le mal \u00e9tait fait, bel et bien ! Bient\u00f4t, viendra Ali pour, encore une fois, le bl\u00e2mer et, de nouveau, menacer de ne plus r\u00e9pondre \u00e0 ses appels au secours. Lass\u00e9 de ses sautes d\u2019humeur, celui-ci se retint finalement de revenir aupr\u00e8s de lui, se contentant d\u2019envoyer \u00e0 sa place le petit-fils du proph\u00e8te, AlHassan, son fils a\u00een\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand on vint \u00e0 encercler sa demeure, AlHassan \u00e9tait l\u00e0, devant sa porte, accompagn\u00e9 notamment de son fr\u00e8re AlHoussayn, mais aussi d\u2019autres jeunes dont les fils d\u2019Azzoubeyr et de Talha ; il tenait avec ses compagnons \u00e0 prot\u00e9ger le calife contre toute agression. Othmane l\u2019avait pourtant rabrou\u00e9, une fois, l\u2019amenant \u00e0 d\u00e9serter les lieux avant d\u2019y revenir quand la situation devant la maison devint s\u00e9rieuse du fait du si\u00e8ge. Ce jour, le calife \u00e9tait remont\u00e9 contre Ali et il avait tenu \u00e0 le dire \u00e0 son fils : <em>\u2014 Ton p\u00e8re croit poss\u00e9der un savoir que personne ne conna\u00eetrait ; or nous savons ce que nous faisons bien plus que lui. Alors, qu\u2019il arr\u00eate !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame s\u2019il n\u2019avait pas rejoint leurs rangs, se gardant bien ostensiblement \u00e0 l\u2019\u00e9cart, Ali ne pouvait s\u2019emp\u00eacher de sympathiser avec les censeurs du calife au point qu\u2019il se sentit oblig\u00e9 d\u2019agir d\u2019urgence afin de faire baisser l\u2019ardeur sans cesse en \u00e9bullition de ses adversaires. Venant d\u2019\u00c9gypte, le plus gros des m\u00e9contents souhaitait voir le vicariat du proph\u00e8te confi\u00e9 au cousin du proph\u00e8te. D\u2019autres, qui les rejoignirent, ne voulaient plus d\u2019Othmane non plus, mais souhaitaient un autre Compagnon. Certains pr\u00e9f\u00e9raient l\u2019ap\u00f4tre du proph\u00e8te, Azzoubeyr; ils \u00e9taient originaires d\u2019AlKoufa pour l\u2019essentiel. D\u2019autres, venant surtout de Basra, penchaient pour celui qui \u00e9tait r\u00e9put\u00e9 pour sa bont\u00e9, le riche Talha, au nom duquel on accolait nombre de qualit\u00e9s morales.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que sensibles aux reproches et aux arguments des r\u00e9volt\u00e9s, ces trois Compagnons se gardaient de le manifester publiquement et r\u00e9pugnaient \u00e0 cautionner les d\u00e9marches de leurs sympathisants dont ils n\u2019h\u00e9sit\u00e8rent pas \u00e0 se d\u00e9solidariser quand leurs chefs firent part \u00e0 chacun d\u2019eux de leur intention d\u2019investir M\u00e9dine en vue d\u2019introniser l\u2019un d\u2019eux en lieu et place du calife. Ce triple refus essuy\u00e9, les troupes rebelles \u00e9taient revenues camper \u00e0 quelques lieues de la ville. On crut \u00e0 M\u00e9dine qu\u2019elles allaient se retirer. \u00c0 ce moment, Othmane fit appeler le fils d\u2019AlAbbas, l\u2019oncle d\u2019Ali. Quand il arriva aupr\u00e8s de lui, il le trouva en train d\u2019implorer Dieu, r\u00e9p\u00e9tant, par trois fois, d\u2019une voix chevrotante : <em>\u2014 \u00d4 Mis\u00e9ricordieux, aide-moi !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Se plaignant de son cousin, il le chargea de lui demander de cesser de le critiquer et de bien vouloir quitter la ville quelque temps. Ali voulut bien le faire, mais le pouvait-il ? Il se sentait encercl\u00e9 tout autant que lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, dans les rues de la cit\u00e9, des cris ne tard\u00e8rent pas \u00e0 s\u2019\u00e9lever. Les rebelles avaient fait volte-face; d\u00e9cidant de passer outre l\u2019accord des Compagnons, ils investirent la ville, arm\u00e9s jusqu\u2019aux dents. Le d\u00e9sordre le plus total qui y r\u00e9gnait et l\u2019absence de la majorit\u00e9 des Renforts et des \u00c9migrants, terr\u00e9s chez eux, permirent aux r\u00e9volt\u00e9s de la contr\u00f4ler rapidement. Ils firent savoir aux habitants qu\u2019il ne serait fait de mal \u00e0 personne si on ne les attaquait pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Le temps pass\u00e9 par les troupes insurg\u00e9es aux abords de M\u00e9dine leur permit de v\u00e9rifier que celle-ci \u00e9tait bel et bien une ville ouverte. L\u2019essentiel de ses d\u00e9fenseurs avait d\u00e9cid\u00e9, en effet, de refuser leur secours au calife, esp\u00e9rant le faire pousser, de la sorte, \u00e0 la d\u00e9mission. Et Othmane ne tarda pas \u00e0 envoyer un nouveau message \u00e0 Ali ; c\u2019\u00e9tait un appel au secours, cette fois-ci. Parsemant sa missive de vers, selon la meilleure des traditions et \u00e0 son habitude d\u2019en r\u00e9citer r\u00e9guli\u00e8rement deux ou trois, il l\u2019appelait \u00e0 son secours : <em>\u2014 La coupe a d\u00e9bord\u00e9 et m\u00eame le plus poltron s\u2019est enhardi contre moi ! Viens vite et sois ce que tu veux, pour moi ou contre moi, ami ou ennemi :<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Des mangeurs, sois le meilleur, si je suis \u00e0 d\u00e9vorer ;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Sinon, accours \u00e0 moi avant que je ne sois d\u00e9membr\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong><em>\u00c0 suivre&#8230;<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Aux origines de l\u2019islam. Succession du proph\u00e8te, ombres et lumi\u00e8res&nbsp;\u00bb, roman de Farhat Othman, \u00e9d. Afrique Orient, Casablanca, Maroc, 2015.<\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au bord du puits Aris au fond duquel il a perdu le sceau du proph\u00e8te, le vieillard aux traits fins parsem\u00e9s de traces de variole aimait de plus en plus revenir s\u2019asseoir comme s\u2019il esp\u00e9rait par un miracle finir par retrouver la bague du proph\u00e8te. 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