{"id":71529,"date":"2016-11-09T09:41:12","date_gmt":"2016-11-09T08:41:12","guid":{"rendered":"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/?p=71529"},"modified":"2016-11-09T09:43:05","modified_gmt":"2016-11-09T08:43:05","slug":"le-mythe-de-l-exception-tunisienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/2016\/11\/09\/le-mythe-de-l-exception-tunisienne\/","title":{"rendered":"Le mythe de l\u2019\u00ab exception tunisienne \u00bb"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-71530 aligncenter\" src=\"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Michel-Camau-Tunisiens.jpg\" alt=\"michel-camau-tunisiens\" width=\"626\" height=\"380\" \/><\/p>\n<p><em><strong>Retranscription de la conf\u00e9rence donn\u00e9e par le professeur Michel Camau sur le mythe de l&rsquo;exception tunisienne au si\u00e8ge des Archives nationales de Tunisie, le 29 octobre dernier.<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>Par<strong> Michel Camau<\/strong><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><em>Le politologue fran\u00e7ais Michel Camau, professeur \u00e9m\u00e9rite des universit\u00e9s \u00e0 l\u2019Institut d\u2019\u00e9tudes politiques d\u2019Aix-en-Provence et sp\u00e9cialiste r\u00e9put\u00e9 de la Tunisie, \u00e9tait r\u00e9cemment \u00e0 Tunis pour participer \u00e0 des rencontres nationales et internationales et prendre part aux journ\u00e9es d\u2019\u00e9tude, co-organis\u00e9es par l\u2019Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC), l\u2019Institut d\u2019\u00e9tudes et de recherches sur le monde arabe et musulman (Iremam), l\u2019organisation When Authoritarianism Fails in the Arab World (Wafaw) et l\u2019Institut fran\u00e7ais de Tunisie (IFT), qui ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9es \u00e0 \u00ab<\/em>la question autoritaire en Tunisie<em>\u00bb et qui se sont d\u00e9roul\u00e9es autour de l\u2019\u0153uvre du c\u00e9l\u00e8bre chercheur. <\/em><\/p>\n<p><em>Un colloque international organis\u00e9 conjointement par l\u2019IRMC et la Konrad-Adenauer-Stiftung (KAS) sur \u00ab<\/em>la transformation des r\u00e9gimes et la recomposition des \u00e9lites dans le monde arabe apr\u00e8s 2010-2011<em>\u00bb a eu lieu le jeudi 20 et le vendredi 21 octobre dans un h\u00f4tel du centre-ville de Tunis. Le professeur Camau a prononc\u00e9 la conf\u00e9rence inaugurale de cette manifestation, intitul\u00e9e : \u00ab<\/em>Etude des \u00e9lites dans le monde arabe. Retour d\u2019exp\u00e9rience<em>\u00bb. <\/em><\/p>\n<p><em>Le samedi 29 octobre, il a donn\u00e9 une autre conf\u00e9rence au si\u00e8ge des Archives nationales de Tunisie. Son titre, \u00abLe mythe de l\u2019\u201cexception tunisienne\u201c\u00bb, peut para\u00eetre provocateur, mais cette modalit\u00e9 de pr\u00e9sentation n\u2019alt\u00e8re en rien la substance de son propos. L\u2019on se rend compte, en l\u2019\u00e9coutant, de la profondeur de son analyse et l\u2019on acc\u00e8de \u00e0 une synth\u00e8se de connaissances ainsi qu\u2019\u00e0 plusieurs r\u00e9f\u00e9rences scientifiques \u00e9trang\u00e8res autant au grand public qu\u2019\u00e0 bon nombre d\u2019universitaires. <\/em><br \/>\n<em>La conf\u00e9rence de Michel Camau s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e dans une salle comble. Le public, compos\u00e9 majoritairement d\u2019universitaires et intellectuels tunisiens, \u00e9tait venu nombreux \u00e9couter le professeur. Nous avons d\u00e9cid\u00e9 de transcrire cette conf\u00e9rence mot \u00e0 mot pour deux raisons principalement. Comme les conf\u00e9rences de cette qualit\u00e9 n\u2019ont pas lieu tous les jours en Tunisie, nous nous sommes dit qu\u2019il serait raisonnable d\u2019immortaliser l\u2019\u00e9v\u00e9nement en enregistrant cette conf\u00e9rence et en la transcrivant par la suite. Ensuite, la publication de cette conf\u00e9rence dans Kapitalis permettrait \u00e0 ceux qui n\u2019ont pas pu faire le d\u00e9placement d\u2019en profiter pleinement. Certes, la conf\u00e9rence en question leur parvient avec un l\u00e9ger retard, mais \u00ab<\/em>ce qui est diff\u00e9r\u00e9 n\u2019est pas perdu<em>\u00bb comme dit le proverbe. <\/em><\/p>\n<p><em>Nous tenons \u00e0 pr\u00e9venir nos chers lecteurs qu\u2019\u00e0 certains moments les propos du conf\u00e9rencier devenaient inaudibles et nous ne manquons pas de le mentionner \u00e0 chaque fois. Quoi qu\u2019il en soit, nous avons fait de notre mieux pour restituer tels quels les propos qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9mis lors de cette conf\u00e9rence.<\/em><\/p>\n<p>H\u00e9di Jallab, le directeur g\u00e9n\u00e9ral des Archives nationales, a inaugur\u00e9 cette conf\u00e9rence avant de c\u00e9der la parole au sociologue et politologue fran\u00e7ais Vincent Geisser, lequel s\u2019est livr\u00e9 \u00e0 une vive allocution en guise de pr\u00e9liminaires. Et professeur Camau a entam\u00e9 sa conf\u00e9rence juste apr\u00e8s. Bonne lecture.<\/p>\n<p><strong>Transcription de la conf\u00e9rence de Michel Cameau<\/strong><\/p>\n<p><em><strong>H\u00e9di Jallab<\/strong><\/em> : Bonsoir. Aujourd\u2019hui, nous avons le plaisir d\u2019accueillir Michel Camau, premier directeur de l\u2019IRMC de Tunis et \u00e9minent sp\u00e9cialiste de la Tunisie contemporaine. Il donnera, ce soir, une conf\u00e9rence sur le <em>\u00abmythe de l\u2019exception tunisienne\u00bb<\/em>. A pr\u00e9sent, et avant de lui c\u00e9der la parole, Vincent Geisser, organisateur de cette rencontre et chercheur au CNRS, apportera quelques pr\u00e9cisions sur le contexte de cette conf\u00e9rence.<\/p>\n<p><em><strong>Vincent Geisser<\/strong><\/em> : Merci pour l\u2019invitation. Nous sommes tr\u00e8s honor\u00e9s d\u2019\u00eatre dans ce haut lieu de la culture et des sciences. Merci \u00e0 monsieur le directeur g\u00e9n\u00e9ral des Archives nationales et au public qui est venu nombreux un samedi soir\u2026 On a plut\u00f4t envie de partager d\u2019autres plaisirs un samedi soir, pas qu\u2019une conf\u00e9rence, mais \u00e9couter Michel Camau est un plaisir qui concurrence de mani\u00e8re efficace d\u2019autres d\u00e9sirs auxquels on aurait pu penser. Je parlerai au nom d\u2019Amin Allal qui est le co-organisateur et co-concepteur de ces journ\u00e9es d\u2019\u00e9tude autour de Michel Camau. Nous avons longuement r\u00e9fl\u00e9chi avec Michel Camau \u00e0 l\u2019intitul\u00e9 et au th\u00e8me de cette conf\u00e9rence et, finalement, nous lui avons donn\u00e9 l\u2019enti\u00e8re libert\u00e9 de choisir le sujet qu\u2019il abordera ce soir.<\/p>\n<p>Il a voulu, effectivement, aborder un th\u00e8me qui se situe dans la continuit\u00e9 des journ\u00e9es d\u2019\u00e9tude, \u00e0 savoir une r\u00e9flexion sur ce mythe de l\u2019exception tunisienne. Je ne crois pas trahir Michel quand j\u2019employais la notion de mythe non pas comme quelque chose qui rel\u00e8ve de la non v\u00e9rit\u00e9 ou comme quelque chose qui serait faux, mais, au contraire, comme quelque chose qui mobilise et qui finit par produire des effets de r\u00e9alit\u00e9, le mythe de l\u2019exception tunisienne qui a finalement travers\u00e9 l\u2019Histoire de la Tunisie : celle du mouvement national, un mouvement national qui s\u2019est souvent pens\u00e9 comme exceptionnel par rapport aux autres mouvements nationaux du Maghreb ou, d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, aux mouvements anticolonialistes; mythe de l\u2019Etat nouveau, pour reprendre la formule de Mohamed Sayah parlant de l\u2019Etat bourguibien qui s\u2019est pens\u00e9 comme un Etat exceptionnel \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du Maghreb, du monde arabe, voire m\u00eame de ce l\u2019on appelait \u00e0 l\u2019\u00e9poque les pays du tiers-monde; mythe qui s\u2019est poursuivi durant tout le bourguibisme dans la politique interne et la politique externe, cette Tunisie du juste milieu : le juste milieu diplomatique, le juste milieu politique, le juste milieu \u00e9conomique\u2026 Et puis le mythe qui a \u00e9t\u00e9 repris de mani\u00e8re beaucoup plus instrumental et cynique par Ben Ali pour pr\u00e9senter la Tunisie comme un pays qui n\u2019\u00e9tait pas comme les autres: un pays qui \u00e9tait, certes, arabe, m\u00e9diterran\u00e9en et maghr\u00e9bin, mais exceptionnel par son d\u00e9veloppement \u00e9conomique et sa gestion politique avec, bien s\u00fbr, l\u2019id\u00e9e de sup\u00e9riorit\u00e9.<\/p>\n<p>Donc, ce mythe, si je puis dire, a exist\u00e9 et produit des effets sociaux, politiques et a travers\u00e9 l\u2019Histoire tunisienne. Et, bien s\u00fbr, mythe de cette Tunisie qui va se rebeller contre le r\u00e9gime autoritaire, se r\u00e9volter contre la dictature, chasser son dictateur et produire un nouveau mythe : celui du seul pays arabe \u00e0 avoir accompli, r\u00e9ussi et respect\u00e9 quelque part sa r\u00e9volution.<\/p>\n<p>Nous sommes, l\u00e0, au c\u0153ur du mythe de l\u2019exception qui relie pleinement le pass\u00e9 de la Tunisie au pr\u00e9sent. Jusqu\u2019\u00e0 ce jour, les experts internationaux, les gouvernements \u00e9trangers, les acteurs politiques et institutionnels tunisiens nous parlent de l\u2019\u00ab<em>exception tunisienne<\/em>\u00bb. D\u2019ailleurs, cette exception a valu \u00e0 un certain nombre d\u2019acteurs tunisiens de recevoir un prix Nobel. Nous allons maintenant rentrer dans le mythe, l\u2019ausculter, le d\u00e9cortiquer, le d\u00e9construire avec, comme vous l\u2019avez pr\u00e9cis\u00e9 monsieur le directeur g\u00e9n\u00e9ral et je vous en remercie, le plus \u00e9minent sp\u00e9cialiste de la Tunisie politique.<\/p>\n<p>Rendons hommage, encore une fois, \u00e0 Abdelkader Zghal, Lilia Ben Salem\u2026 Et \u00e0 bien d\u2019autres chercheurs qui ont travaill\u00e9 sur la Tunisie. Nous rendons hommage, bien s\u00fbr, \u00e0 ceux qui ne sont plus l\u00e0. Une grande pens\u00e9e \u00e0 Lilia et Abdelkader\u2026 A Mohamed Charfi aussi, lequel, m\u00eame s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas politiste, a travaill\u00e9 sur le politique. Une tr\u00e8s forte pens\u00e9e pour eux ce soir. Merci.<\/p>\n<p><em><strong>Michel Camau<\/strong><\/em> : Merci Monsieur le directeur g\u00e9n\u00e9ral des Archives nationales de nous recevoir, ici, dans ce lieu du pass\u00e9 et du pr\u00e9sent et qui est un lieu de grand prestige. Merci Vincent pour votre pr\u00e9sentation. Je pensais que je n\u2019avais plus grand-chose \u00e0 ajouter apr\u00e8s tout ce que vous avez dit. Mais, comme vous l\u2019avez indiqu\u00e9, vous m\u2019avez laiss\u00e9 toute libert\u00e9, donc il est possible qu\u2019il y ait une l\u00e9g\u00e8re dissonance. Ainsi nous introduirons directement la discussion.<br \/>\nMesdames, messieurs, je vous remercie d\u2019\u00eatre ici, comme le disait Vincent, un samedi pour m\u2019\u00e9couter. Il est difficile de parler de la Tunisie devant un public de Tunisiens alors qu\u2019on est soi-m\u00eame \u00e9tranger. C\u2019est quelque chose de difficile, qui plus est je le fais \u00e0 partir d\u2019un titre qui peut para\u00eetre provocateur, ou du moins sensible.<\/p>\n<p>Depuis 2011, une nu\u00e9e s\u2019est abattue sur la Tunisie, une nu\u00e9e d\u2019analystes, de journalistes, de commentateurs\u2026 Une esp\u00e8ce de nu\u00e9e de sauterelles qui est de nature \u00e0 irriter. Je dirais que, quant \u00e0 moi, je ne suis qu\u2019un vieux criquet qui a \u00e9t\u00e9 longtemps esseul\u00e9 et qui \u00e9crivait, en 1987, dans un ouvrage auquel ont particip\u00e9 de nombreux chercheurs tunisiens et qui s\u2019intitule \u2018<em>\u2018Tunisie au pr\u00e9sent : une modernit\u00e9 au-dessus de tout soup\u00e7on?\u2019\u2019.<\/em> Il est sorti en 1987, mais c\u2019\u00e9tait une co\u00efncidence. Nous n\u2019avions pas pr\u00e9vu, pas plus que Bourguiba, que Ben Ali [une voix fuse, prononce quelque chose d\u2019inaudible et provoque l\u2019hilarit\u00e9 de Michel Camau]\u2026 Et, dans cet ouvrage, je regrettais que peu de gens s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la Tunisie. Les temps ont chang\u00e9\u2026 Moi aussi, d\u2019ailleurs ! Mais la vieille question demeure : <em>\u00abD\u2019o\u00f9 parles-tu, camarade?\u00bb<\/em> Alors, maintenant, on ne dirait plus <em>\u00abD\u2019o\u00f9 parles-tu, camarade ?\u00bb<\/em>, mais \u00ab<em>D\u2019o\u00f9 parles-tu ?<\/em>\u00bb ou <em>\u00abD\u2019o\u00f9 parles-tu? Toi qui es l\u00e0?\u00bb<\/em> Alors, je r\u00e9pondrais : par la fen\u00eatre, dans un langage qui est celui des sciences sociales et qui pr\u00e9tend \u00e0 une forme d\u2019universalit\u00e9. Un propos qui proc\u00e8de d\u2019un regard ext\u00e9rieur et d\u2019un type de rationalit\u00e9 qui doit \u00eatre su comme tel pour en juger.<\/p>\n<p><em>La d\u00e9finition du mythe <\/em><\/p>\n<p>Vous parliez de mythe, Vincent. Oui, il y a une liaison sor\u00e9lienne si je consid\u00e8re que le mythe est une condition fond\u00e9e plut\u00f4t sur la foi que sur des faits empiriques. Je m\u2019en tiendrais l\u00e0 pour la d\u00e9finition du mythe parce que ce que je veux signifier, c\u2019est que l\u2019exceptionnalisme rel\u00e8ve d\u2019un mode de pens\u00e9e mythique qui hypostasie les diff\u00e9rences entre les soci\u00e9t\u00e9s. Je ne vais pas vous assommer, vous ennuyer, avec toute une s\u00e9rie de cat\u00e9gories ou de classes d\u2019exceptionnalisme, mais je mentionnerais quand m\u00eame quatre :<\/p>\n<p>\u2022 La premi\u00e8re occurrence est celle d\u2019une repr\u00e9sentation valorisante de soi, par contraste avec les autres. L\u2019exceptionnalisme am\u00e9ricain est le paradigme de ce type d\u2019exceptionnalisme. L\u2019exceptionnalisme participe d\u2019un r\u00e9cit national, une prospection des origines et de la distinction.<\/p>\n<p>\u2022 Une deuxi\u00e8me forme d\u2019exceptionnalisme, qui est plus rare, c\u2019est une version n\u00e9gative du pr\u00e9c\u00e9dent, c\u2019est-\u00e0-dire une repr\u00e9sentation d\u00e9valorisante de soi, souvent dans un but pol\u00e9mique, et que l\u2019on retrouve fr\u00e9quemment en France chez les d\u00e9clinistes.<\/p>\n<p>\u2022 Une troisi\u00e8me occurrence de l\u2019exceptionnalisme : la repr\u00e9sentation n\u00e9gative d\u2019un tiers sous l\u2019angle d\u2019une \u00e9tranget\u00e9 qui est assimil\u00e9e \u00e0 une sorte de manque. Je vous renvoie au clich\u00e9 de <em>\u00abl\u2019exception autoritaire arabe\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>\u2022 Une quatri\u00e8me forme d\u2019exceptionnalisme, c\u2019est celle qui m\u2019int\u00e9resse ici : la repr\u00e9sentation louangeuse de quelque \u00e9tranger sous l\u2019effet d\u2019un Autre presque comme soi-m\u00eame. Dans <em>\u2018\u2018Le gai savoir\u2019\u2019,<\/em> et plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans le paragraphe 190 du livre troisi\u00e8me,<em> \u2018\u2018Contre les louangeurs\u2019\u2019<\/em>, Nietzsche \u00e9crit et ce n\u2019est pas la formulation d\u00e9finitive : <em>\u00abOn n\u2019est lou\u00e9 que par son semblable!\u00bb<\/em> Mais ce qui est important, c\u2019est ce qu\u2019il ajoute ensuite : <em>\u00abCelui qui te loue te dit : tu es mon semblable!\u00bb<\/em> L\u2019exceptionnalisme tunisien, le mythe de l\u2019exception tunisienne, correspond \u00e0 ce quatri\u00e8me type de figure.<\/p>\n<p><em>La critique du mythe<\/em><\/p>\n<p>Comme vous l\u2019avez compris, mon propos est contre les louangeurs. Je voudrais critiquer ce mythe de l\u2019exception tunisienne dans sa dimension politique parce que je pense qu\u2019il y a une confusion entre l\u2019exceptionnel et le sp\u00e9cifique. Je voudrais ensuite \u00e9voquer en quoi la Tunisie est sp\u00e9cifique, c\u2019est-\u00e0-dire en quoi elle constitue un cas d\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>Le th\u00e8me de l\u2019exception tunisienne s\u2019inscrit dans une longue tradition sous la plume des acteurs les plus divers. On ne refera pas l\u2019Histoire, \u00e7a remonte \u00e0 tr\u00e8s loin, et ce th\u00e8me r\u00e9current connait une nouvelle gen\u00e8se depuis 2011. On dit exception, mais exception par rapport \u00e0 quelle \u00e9chelle? Alors, bien s\u00fbr, on r\u00e9pondra : par rapport au monde arabe. Avant, dans les ann\u00e9es 1960, c\u2019\u00e9tait par rapport \u00e0 ce l\u2019on appelait les pays du tiers-monde. Cependant, la d\u00e9finition politique du monde arabe ne va pas de soi. On peut prendre le monde arabe comme \u00e9chelle de comparaison \u00e0 condition de ne point le r\u00e9ifier. Exception! Mais par rapport \u00e0 quelle r\u00e8gle? Par rapport \u00e0 quelle loi empirique? C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 le b\u00e2t blesse. Le monde arabe existe dans la mesure o\u00f9 les acteurs le font advenir dans leurs \u00e9changes, leurs interactions, leurs repr\u00e9sentations\u2026 Il n\u2019y a pas de politique au sens de \u00abpolitics\u00bb qui serait \u00e0 proprement parler arabe, du moins qui permettrait de discerner une r\u00e8gle ou de proc\u00e9der \u00e0 des g\u00e9n\u00e9ralisations.<\/p>\n<p>Je pense que certains d\u2019entre vous sont en train de se dire:<em> \u00abMais, \u00e7a commence mal ! Il coupe les cheveux en quatre.\u00bb<\/em> Car, pas la peine de chercher midi \u00e0 quatorze heures, tout un chacun peut observer une particularit\u00e9 de la loi tunisienne par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9volution de l\u2019ensemble du monde arabe depuis 2011. Oui, bien s\u00fbr, sans aucun doute ! Mais parler \u00e0 ce propos d\u2019exception tunisienne rel\u00e8ve d\u2019une commodit\u00e9 de langage. La particularit\u00e9 ou la singularit\u00e9 en tant que telle n\u2019est pas synonyme d\u2019exception. Sauf \u00e0 consid\u00e9rer que tous les cas sont exceptionnels en raison de leurs singularit\u00e9s ou \u00e0 reconna\u00eetre qu\u2019ils sont tous susceptibles de singularit\u00e9.<\/p>\n<p>Observons, par exemple, que le th\u00e8me de l\u2019exception marocaine, presque aussi ancien que l\u2019exception tunisienne, a rebondi en 2011. Autant d\u2019exceptions, autant de r\u00e8gles, autant d\u2019\u00e9chelles\u2026 Yadh Ben Achour l\u2019observait il y a de cela deux ou trois ans. Quelqu\u2019un dans la salle pourrait me dire : \u00abOui, mais la Tunisie est le seul des Etats arabes dont la r\u00e9volution a d\u00e9bouch\u00e9 sur de nouveaux arrangements institutionnels.\u00bb C\u2019est vrai, c\u2019est incontestable, mais je crois qu\u2019en la mati\u00e8re il faut raisonner en fonction de logiques de situation li\u00e9es \u00e0 des configurations d\u2019Etats, de r\u00e9gimes ou d\u2019espaces protestataires. Et, s\u2019il devait y avoir une comparaison, ce serait la comparaison de la Tunisie avec l\u2019Egypte parce que ces deux pays ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s au m\u00eame dilemme : le dilemme d\u2019un changement politique dans le cadre d\u2019une hypoth\u00e9tique coordination entre des \u00e9l\u00e9ments de l\u2019ancien r\u00e9gime et d\u2019anciens adversaires politiques. La question a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e en Tunisie comme en Egypte : dans quelle mesure des interactions domin\u00e9es par la m\u00e9fiance r\u00e9ciproque entre des factions et des coalitions peuvent produire des effets vertueux et valider ce pari raisonn\u00e9 de jeunes sph\u00e8res sur ce qu\u2019on appelle <em>\u00abla force civilisatrice de l\u2019hypocrisie\u00bb<\/em>? Nous connaissons la r\u00e9ponse, la Tunisie a amorc\u00e9 un cercle vertueux dans la perspective des sph\u00e8res et cette issue a conduit beaucoup de louangeurs \u00e0 pr\u00e9senter la Tunisie comme, ce que j\u2019appellerais \u00e0 la suite de l\u2019historien italien Edoardo Grendi, l\u2019\u00ab<em>exceptionnel normal<\/em>\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire le seul pays arabe qui aurait acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la normalit\u00e9 d\u00e9mocratique, d\u2019o\u00f9 l\u2019oxymore l\u2019\u00ab<em>exceptionnel normal<\/em>\u00bb. Je vous renvoie \u00e0 tout ce qui a pu \u00eatre d\u00e9clar\u00e9, \u00e9crit et dit par des louangeurs dans des rencontres officielles en Tunisie. Ce type de satisfecit, quand bien m\u00eame il ne serait pas paternaliste, est d\u00e9pourvu d\u2019\u00e9paisseur historique, il fige un moment en le d\u00e9connectant de processus et de contradictions.<\/p>\n<p><em>Un cas d\u2019esp\u00e8ce <\/em><\/p>\n<p>Je disais, ce matin, que je me r\u00e9f\u00e9rais volontiers \u00e0 Paul Veyne, je me r\u00e9f\u00e9rerais encore une fois \u00e0 lui lorsqu\u2019il \u00e9tablit une distinction entre l\u2019 <em>\u00abexceptionnel\u00bb<\/em> et le <em>\u00absp\u00e9cifique\u00bb<\/em>. Paul Veyne nous donne une d\u00e9finition du sp\u00e9cifique : le sp\u00e9cifique signifie tout \u00e0 la fois le particulier et le g\u00e9n\u00e9ral. Le sp\u00e9cifique d\u00e9signe un cas dans tout ce qui le diff\u00e9rencie et le relie \u00e0 une esp\u00e8ce commune. Une esp\u00e8ce qui, de mon point de vue, est irr\u00e9ductible au monde arabe. Il s\u2019agit de consid\u00e9rer la Tunisie comme un cas d\u2019esp\u00e8ce, c\u2019est l\u2019actualisation particuli\u00e8re d\u2019un probl\u00e8me de port\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>Les \u00e9lites tunisiennes ont franchi un pas significatif dans le sens de ce que Schumpeter appelait la \u00abm\u00e9thode d\u00e9mocratique\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire la d\u00e9signation des dirigeants \u00e0 l\u2019issue d\u2019une confrontation \u00e9lectorale, mais l\u2019adh\u00e9sion des gouvern\u00e9s \u00e0 cette \u00abm\u00e9thode d\u00e9mocratique\u00bb pose question : elle d\u00e9pend d\u2019un probl\u00e8me consid\u00e9rable qui est celui du ph\u00e9nom\u00e8ne de croyance, la croyance dans la l\u00e9gitimit\u00e9 et l\u2019efficacit\u00e9 des institutions.<\/p>\n<p>Soyons plus pr\u00e9cis, la Tunisie dans sa particularit\u00e9 actualise une esp\u00e8ce de probl\u00e8me qui a trait \u00e0 la diff\u00e9renciation du rapport \u00e0 la politique et \u00e0 l\u2019Etat suivant des secteurs ou des groupes sociaux. Et, en ce sens, je peux vous dire qu\u2019elle constitue un cas d\u2019esp\u00e8ce de la polys\u00e9mie de la politique et du droit.<\/p>\n<p>J\u2019aborde le second point : la Tunisie, un cas d\u2019esp\u00e8ce de la polys\u00e9mie de la politique et du droit. Je ne vais pas citer toutes les r\u00e9f\u00e9rences que je peux utiliser, je mentionnerais simplement que dans mes lectures (quelqu\u2019un a rappel\u00e9, ce matin, que la recherche est \u00e9galement une affaire de lecture) il y a Partha Chatterjee qui est un sociologue de l\u2019Union indienne\u2026 Je dis de l\u2019Union indienne parce que dire \u00ab<em>sociologue indien<\/em>\u00bb peut pr\u00eater \u00e0 confusion\u2026 Son livre s\u2019intitule<em> \u2018\u2018Politique des gouvern\u00e9s\u2019\u2019<\/em>. J\u2019ai lu les travaux d\u2019Axel Honneth sur la \u00ab<em>lutte pour la reconnaissance<\/em>\u00bb et appr\u00e9ci\u00e9 les travaux de Jo\u00ebl Feinberg sur les<em> \u00abdroits moraux\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Dans de nombreux pays, c\u2019est-\u00e0-dire dans la plupart des pays, l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de la structuration sociale affecte le r\u00f4le et la port\u00e9e des institutions. Les mod\u00e8les effectifs de l\u2019int\u00e9gration sociale et politique d\u2019une grande partie des citoyens ne correspondent que formellement ou partiellement aux normes de la citoyennet\u00e9 : la souverainet\u00e9 populaire, l\u2019\u00e9galit\u00e9 de droits, l\u2019autonomie\u2026 Ces citoyens, qui sont objets de contr\u00f4le et sujets de besoins et d\u2019aspirations, constituent du point de vue des gouvernants des populations au sens de Foucault, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 g\u00e9rer et \u00e0 surveiller. Le rapport au politique de ces citoyens se noue autour de l\u2019affirmation morale du droit au bien-\u00eatre. Morale au sens o\u00f9 ces droits et leur satisfaction sont affirm\u00e9s comme un devoir de reconnaissance sociale de la part des gouvernants. Comment les institutions composeront-elles avec cette polys\u00e9mie de la politique et du droit? Quelle formule de compromis dessineront-elles entre, d\u2019une part, les valeurs normatives de la modernit\u00e9 et, d\u2019autre part, l\u2019affirmation morale des demandes populaires? Une formule de compromis entre la rationalit\u00e9 l\u00e9gale de l\u2019Etat constitutionnelle et la revendication des droits moraux au bien-\u00eatre.<\/p>\n<p>C\u2019est un probl\u00e8me qui ne se pose pas simplement en Tunisie. Ce probl\u00e8me se pose en Tunisie en fonction de toute une Histoire, d\u2019une Histoire tunisienne, ce probl\u00e8me se pose en Tunisie en des termes contraints par des d\u00e9cennies de solutions autoritaires, des d\u00e9cennies qui ont emprunt\u00e9es la forme d\u2019un paternalisme d\u2019Etat (\u2026). Je ne m\u2019attarderais pas sur la d\u00e9finition et les caract\u00e9ristiques du paternalisme d\u2019Etat. Je dirais que les \u00e9lites gouvernantes ont produit, en interaction avec les attentes, les r\u00e9ticences et les r\u00e9sistances des gouvern\u00e9s, des r\u00e8gles du jeu transposant le mod\u00e8le familial d\u2019autorit\u00e9 dans les relations politiques. Et le formalisme juridique et politique [Michel Camau prononce quelques mots de fa\u00e7on inaudible]\u2026 un \u00e9videment de la r\u00e8gle de droit. Et les droits s\u2019apparentent alors \u00e0 des faveurs. [Il poursuit son raisonnement de mani\u00e8re inaudible]\u2026 \u00e0 des oblig\u00e9s d\u00e9pendant de la bienveillance paternelle des gouvernants.<\/p>\n<p>Je ne m\u2019attarderai pas sur l\u2019\u00e9volution des derni\u00e8res d\u00e9cennies et des derni\u00e8res ann\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire des ann\u00e9es 2000 : le r\u00e8gne de l\u2019arbitraire, le projet de relations sociales dans l\u2019infra-juridique qui a syst\u00e9matis\u00e9 l\u2019absence de droit\u2026 Pour les populations que l\u2019on dit d\u00e9favoris\u00e9es, marginalis\u00e9es, pour les populations des p\u00e9riph\u00e9ries, des p\u00e9riph\u00e9ries urbaines et des r\u00e9gions de l\u2019int\u00e9rieur, l\u2019absence de droit peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme une exp\u00e9rience du m\u00e9pris dans leur rapport \u00e0 l\u2019Etat pr\u00e9tendument bienveillant. Ce n\u2019est pas une affirmation qui m\u2019est personnelle, je pense que tout un chacun a pu l\u2019observer ou le vivre, ces populations l\u2019ont montr\u00e9.<\/p>\n<p>J\u2019ajouterais un commentaire, ce que Jo\u00ebl Feinberg \u00e9crivait : <em>\u00abCe qu\u2019on appelle la dignit\u00e9 humaine peut \u00eatre tout simplement la capacit\u00e9 reconnue de revendiquer des droits.\u00bb<\/em> Je pense que cette assertion entre pleinement en r\u00e9sonnance avec la demande de reconnaissance sociale \u00e9manant d\u2019outsiders sociaux. En s\u2019insurgeant, ces derniers ont oppos\u00e9 \u00e0 leur mani\u00e8re la dimension morale de leurs droits aux pratiques paternalistes, ils se sont oppos\u00e9es au m\u00e9pris dont ils se sentaient\/percevaient victimes. Ils exigeaient ce qu\u2019ils consid\u00e9raient comme leur d\u00fb au regard des conventions sociales engageant les gouvernements. Et c\u2019est cette revendication de droits, vous me l\u2019accorderez, et non point \u00e0 proprement parler l\u2019aspiration \u00e0 une r\u00e9habilitation de l\u2019Etat de droit, qui a impuls\u00e9 les d\u00e9buts de l\u2019insurrection.<\/p>\n<p>Ensuite l\u2019entr\u00e9e en lice d\u2019autres acteurs sociaux a sorti de ces revendications des significations issues du lexique juridico-politique de la citoyennet\u00e9 et de la souverainet\u00e9 du pays. A un moment donn\u00e9, l\u2019on a pu penser que les exigences morales d\u2019avoir des droits et les exigences formelles de l\u2019Etat de droit se confondaient. Pourtant, le langage des droits moraux et celui de l\u2019Etat de droit ne partagent pas n\u00e9cessairement la m\u00eame\u2026 [mot inaudible]. D\u2019ailleurs, les juristes, les th\u00e9oriciens du droit, d\u00e9battent sur la possibilit\u00e9 de consid\u00e9rer qu\u2019il y ait des droits moraux.<\/p>\n<p>Tout cela pour dire que la port\u00e9e de nouveaux arrangements institutionnels n\u2019est pas simplement en une r\u00e9habilitation de l\u2019Etat de droit avec une bonne constitution, des \u00e9lections concurrentielles&#8230; Bref, la \u00abm\u00e9thode d\u00e9mocratique\u00bb de Schumpeter. Cette port\u00e9e des nouveaux arrangements institutionnels a trait \u00e0 la capacit\u00e9 de r\u00e9pondre aux exigences populaires de reconnaissance, et cela \u00e0 travers des politiques publiques.<\/p>\n<p>Il y a une esp\u00e8ce de probl\u00e8me que rencontre tout Etat constitutionnel : la croyance en l\u2019\u00e9galit\u00e9 en tant qu\u2019\u00e9manation de la souverainet\u00e9 populaire ne peut pas se suffire \u00e0 elle-m\u00eame, elle est largement tributaire d\u2019un sentiment de justice parmi le peuple des gouvern\u00e9s. C\u2019est un probl\u00e8me que rencontre tout Etat constitutionnel et, bien entendu, la Tunisie connait et actualise ce type de probl\u00e8me en fonction de sch\u00e8mes et de clivages h\u00e9rit\u00e9s des pratiques du paternalisme d\u2019Etat.<\/p>\n<p><em>Le grand malentendu de la r\u00e9volution<\/em><\/p>\n<p>Permettez-moi de dire que le grand malentendu de la r\u00e9volution est, en d\u00e9finitive, que les \u00e9lites n\u2019ont eu pour horizon que la r\u00e9alisation d\u2019un consensus politique autour de nouvelles institutions. Elles \u00e9taient dans leur r\u00f4le. En tant que professionnels de la politique, c\u2019\u00e9tait leur r\u00f4le. Simplement, ces \u00e9lites n\u2019ont pas su, ou n\u2019ont pas pu (je crois qu\u2019il y a les deux), adopter des mesures \u00e0 m\u00eame de susciter un sentiment de justice qui est la condition de la croyance des gouvern\u00e9s dans les institutions.<\/p>\n<p>Le langage de l\u2019autorit\u00e9 ou du prestige de l\u2019Etat, un langage abondamment pratiqu\u00e9, se heurte \u00e0 l\u2019incompr\u00e9hension des outsiders sociaux qui, tout \u00e0 la fois, attendent tout de l\u2019Etat et d\u00e9sesp\u00e8rent de ne pas \u00eatre entendus. Alors, au regard de la polys\u00e9mie de la politique et du droit, les institutions apparaissent \u00e0 la fois comme le probl\u00e8me et la solution.<\/p>\n<p>Il y a un dilemme inh\u00e9rent \u00e0 toute communaut\u00e9 politique : comment garantir la confiance entre les membres d\u2019une communaut\u00e9 politique d\u00e8s lors qu\u2019ils sont de fait \u00e9trangers les uns pour les autres bien que concitoyens en droits. Klaus Offe argue, dans un raisonnement qui n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 la circularit\u00e9 mais qui nous offre peut-\u00eatre un rep\u00e8re, que la confiance entre les citoyens d\u00e9pend de qu\u2019il appelle de la \u00ab<em>qualit\u00e9 substantielle<\/em>\u00bb ou encore de la \u00abplausibilit\u00e9 morale des institutions\u00bb. Il faut entendre par l\u00e0 l\u2019incorporation dans les institutions de valeurs et de formes de vie qui font suffisamment sens pour inciter le plus grand nombre \u00e0 soutenir activement l\u2019ordre institutionnel et \u00e0 se conformer aux r\u00e8gles qui les dictent. Et Offe dit : <em>\u00abSi je suis enclin \u00e0 consid\u00e9rer que ceux qui partagent avec moi le m\u00eame espace institutionnel et ses valeurs, alors mes concitoyens sont dignes de confiance. En revanche, si la signification des institutions s\u2019av\u00e8re opaque \u00e0 mes yeux ou si les valeurs normatives dont elles se r\u00e9clament entrent en contradiction avec la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue, mes suppos\u00e9s concitoyens demeureront pour moi des \u00e9trangers. Et alors la m\u00e9diation de la confiance passera non pas par les institutions, mais par des formes dites communautaires telles que le r\u00e9gionalisme.\u00bb<\/em><\/p>\n<p>La configuration tunisienne s\u2019av\u00e8re-t-elle proche de cette figure? Je vous laisse juges! Je constate qu\u2019un certain nombre de chercheurs font appara\u00eetre l\u2019emprise des formes communautaires comme r\u00e9seaux privil\u00e9gi\u00e9s de confiance\u2026 Des r\u00e9seaux privil\u00e9gi\u00e9s de confiance, je pense notamment \u00e0 ce qu\u2019a \u00e9crit B\u00e9chir Khiari, qui n\u2019impliquent pas n\u00e9cessairement une d\u00e9fiance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, mais qui filtrent la confiance envers les \u00e9trangers et la subordonnent \u00e0 des examens circonstanci\u00e9s.<\/p>\n<p>En d\u00e9pit de la nuance, le dilemme demeure plus que jamais et nous ram\u00e8ne \u00e0 la probl\u00e9matique du sentiment de justice. Klaus Offe, pour sa part, pense que ce sentiment de justice peut \u00eatre diffus\u00e9, renforc\u00e9, \u00e0 travers des politiques de discrimination positive\u2026 J\u2019imagine qu\u2019il y a l\u00e0 un sujet de d\u00e9bat en Tunisie\u2026 Et il dit que s\u2019il y a des politiques publiques qui assurent une discrimination positive, ces politiques, en allant au-del\u00e0 du principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 devant la loi, pourront attester d\u2019une solidarit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ratrice de confiance.<\/p>\n<p>Vous voyez pourquoi je vous disais que la Tunisie est loin d\u2019\u00eatre une exception [propos inaudibles]\u2026 Avec des probl\u00e8mes de port\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale : la polys\u00e9mie de la politique, la grammaire diff\u00e9rentielle de l\u2019Etat de droit et libre, la plausibilit\u00e9 morale des institutions\u2026 La Tunisie n\u2019est pas une exception, la Tunisie constitue un cas d\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>Mon propos, comme tout propos, est critiquable. Toutefois, puisse-t-on le reconna\u00eetre, qu\u2019\u00e0 l\u2019encontre des louangeurs, il cherche \u00e0 prendre au s\u00e9rieux la Tunisie, les Tunisiennes et les Tunisiens. Je vous remercie.*<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Pr\u00e9sentation et retranscription r\u00e9alis\u00e9es<\/em> par <strong>Mohamed Sadok Lejri<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em>* Les intertitres sont de la r\u00e9daction.\u00a0<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Retranscription de la conf\u00e9rence donn\u00e9e par le professeur Michel Camau sur le mythe de l&rsquo;exception tunisienne au si\u00e8ge des Archives nationales de Tunisie, le 29 octobre dernier. 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