{"id":89225,"date":"2017-03-31T15:09:59","date_gmt":"2017-03-31T14:09:59","guid":{"rendered":"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/?p=89225"},"modified":"2017-03-31T15:09:59","modified_gmt":"2017-03-31T14:09:59","slug":"rouvrez-les-bordel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/2017\/03\/31\/rouvrez-les-bordel\/","title":{"rendered":"Rouvrez-les, bordel !"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-89229\" src=\"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/Prostitution.jpg\" alt=\"\" width=\"626\" height=\"380\" \/><\/p>\n<p><em><strong>La volont\u00e9 d\u2019interdire la prostitution l\u00e9gale est souvent sous-tendue par une id\u00e9ologie inquisitoriale qui vise \u00e0 contr\u00f4ler rigoureusement le comportement sexuel des Tunisiens.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Par <strong>Mohamed Sadok Lejri<\/strong> *<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><em>J\u2019ai r\u00e9dig\u00e9 ce texte \u00e0 la suite d\u2019une conversation que j\u2019ai eue avec un intellectuel et sympathisant d\u2019une association qui se trouve \u00e0 Sousse, l\u2019Union culturelle Sidi Yahia.<\/em><\/p>\n<p><em>Depuis quelque temps, d\u2019anciennes pensionnaires du bordel de Sousse fr\u00e9quentent la place Sidi Yahia \u2013 c\u2019est une place qui est situ\u00e9e \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la ville m\u00e9di\u00e9vale de Sousse \u2013 et les membres et sympathisants de l\u2019Union en sont indign\u00e9s.<\/em><\/p>\n<p><em>L\u2019intellectuel \u00e9voqu\u00e9 ci-dessus avait m\u00eame publi\u00e9, il y a de cela quelques semaines, un article dans la rubrique Forum des lecteurs de \u2018\u2018Tunis Hebdo\u2019\u2019 sur ces femmes qui fr\u00e9quentent la place Sidi Yahia pour y exhiber leurs charmes au vu et au su de tout le monde.<\/em><\/p>\n<p><em>Cet article m\u2019a sembl\u00e9 un peu s\u00e9v\u00e8re \u00e0 l\u2019endroit des prostitu\u00e9es. Je lui ai avanc\u00e9 quelques arguments pour d\u00e9fendre ces femmes. Ce sont des arguments qui font \u00e9galement appel \u00e0 la r\u00e9ouverture du quartier r\u00e9serv\u00e9 de Bab El Finga de Sousse. Il \u00e9tait enti\u00e8rement d\u2019accord avec ce que je disais et m\u2019a propos\u00e9 de r\u00e9diger un article sur ce sujet dans l\u2019espoir de susciter un d\u00e9bat, quitte \u00e0 ce que ce dernier soit circonscrit aux colonnes d\u2019un journal.<\/em><\/p>\n<p><em>Comme j\u2019ai men\u00e9 plusieurs \u00e9tudes sur les prostitu\u00e9es, et comme l\u2019app\u00e9tit vient en mangeant, j\u2019ai r\u00e9dig\u00e9 un long article et effectu\u00e9 une mise au point qui me semblait n\u00e9cessaire \u00e0 r\u00e9aliser. Dans ce texte, je reviens sur la prostitution qui se pratique depuis longtemps dans les quartiers r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 la prostitution l\u00e9gale, mais sans m\u2019y attarder.<\/em><\/p>\n<p><em>Toutefois, ce texte a pour principal objectif de d\u00e9celer les motivations r\u00e9elles qui se cachent derri\u00e8re la fermeture des maisons de passe&#8230; (Note de l&rsquo;auteur).<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>* * *<\/strong><\/p>\n<p><strong>De Bab El Finga \u00e0 la place Sidi Yahia<\/strong><\/p>\n<p>Depuis la fermeture du quartier r\u00e9serv\u00e9 aux prostitu\u00e9es l\u00e9gales de la ville de Sousse, d\u2019anciennes pensionnaires du bordel de Bab El Finga se sont mises \u00e0 fr\u00e9quenter la place Sidi Yahia, sise \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la ville m\u00e9di\u00e9vale de la capitale du Sahel tunisien, pour y exhiber leurs charmes au vu et au su de tout le monde.<\/p>\n<p>Certains intellectuels Soussiens, notamment ceux qui se consacrent depuis plusieurs ann\u00e9es \u00e0 la sauvegarde de la M\u00e9dina, ne voient pas d\u2019un bon \u0153il ces femmes qui se sont invit\u00e9es \u00e0 la place Sidi Yahia alors qu\u2019elles n\u2019\u00e9taient pas sp\u00e9cialement d\u00e9sir\u00e9es.<br \/>\nUn article est m\u00eame paru, il y a de cela quelques semaines, dans les colonnes d\u2019un vieil hebdomadaire francophone qui jouit d\u2019un large lectorat pour parler de ces femmes. Parmi ceux qui ont manifest\u00e9 leur d\u00e9sapprobation \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la pr\u00e9sence de ces prostitu\u00e9es \u00e0 la place Sidi Yahia, il y a les membres et amis de l\u2019Union culturelle Sidi Yahia, laquelle est une vieille association qui offre aux \u00e9l\u00e8ves et \u00e9tudiants la possibilit\u00e9 de fr\u00e9quenter une biblioth\u00e8que riche en ouvrages et de se connecter gracieusement \u00e0 internet.<\/p>\n<p>L\u2019Union Culturelle compte dans ses loges des hommes dignes de m\u00e9rite. Ces derniers soulignent que, depuis l\u2019arriv\u00e9e inopportune des prostitu\u00e9es de Bab El Finga, le monument historique de Sidi Yahia, dont la coupole abrite le si\u00e8ge de leur association et sa biblioth\u00e8que, s\u2019est vu d\u00e9sert\u00e9 par les \u00e9tudiants et les \u00e9l\u00e8ves qui fr\u00e9quentaient assid\u00fbment ce lieu historique.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-89231\" src=\"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/Photo-Prostituee-2.jpg\" alt=\"prostitu\u00e9e\" width=\"500\" height=\"517\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Une belle \u00e0 sa fen\u00eatre, Quartier r\u00e9serv\u00e9, Tunis, 1947 . **<\/em><\/p>\n<p>Le fait que les prostitu\u00e9es aient \u00e9lu domicile \u00e0 la place Sidi Yahia, qui est en effet un monument charg\u00e9 d\u2019une valeur hautement symbolique, semble les d\u00e9ranger pour des raisons tout \u00e0 fait compr\u00e9hensibles. Les membres et amis de l\u2019Union Culturelle Sidi Yahia semblent \u00eatre gagn\u00e9s par le souci de compr\u00e9hension certes, n\u00e9anmoins ce dernier ne les a pas emp\u00each\u00e9s de condamner les prostitu\u00e9es squatteuses, non sans une certaine rudesse, par le biais d\u2019un article, paru dans l\u2019hebdomadaire \u00e9voqu\u00e9 ci-dessus, qui pr\u00f4ne l\u2019\u00e9vacuation des lieux pour que <em>\u00able nom de Sidi Yahia ne devienne pas un jour un lupanar \u00e0 ciel ouvert\u00bb<\/em> (extrait de l\u2019article en question).<\/p>\n<p>Au lieu de prendre pour cible les prostitu\u00e9es qui squattent la place Sidi Yahia de la ville historique de Sousse, les membres de l\u2019Union Culturelle Sidi Yahia et les d\u00e9fenseurs de la M\u00e9dina de la capitale du Sahel auraient d\u00fb d\u00e9noncer l\u2019offensive moralisatrice qui a eu lieu lorsque la Tunisie \u00e9tait en \u00e9bullition au lendemain du 14 janviers 2011.<\/p>\n<p>Ces attaques \u00e0 caract\u00e8re moraliste ont, finalement, abouti \u00e0 la fermeture du quartier r\u00e9serv\u00e9 de Sousse. Sous la pression des riverains, constitu\u00e9s en ligue de moralit\u00e9, ce haut lieu de la prostitution l\u00e9gale du Sahel a fini par fermer ses portes. Cette p\u00e9rip\u00e9tie a eu pour cons\u00e9quence la mort de la prostitution l\u00e9gale \u00e0 Sousse et l\u2019affluence de quelques ex-pensionnaires du d\u00e9funt quartier r\u00e9serv\u00e9 aux prostitu\u00e9es l\u00e9gales, commun\u00e9ment appel\u00e9 Karti, vers la place Sidi Yahia.<\/p>\n<p>Faisons une br\u00e8ve r\u00e9capitulation \u00e0 propos de ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 dans plusieurs M\u00e9dinas de Tunisie, notamment \u00e0 la M\u00e9dina de Sousse, \u00e0 Bab El Finga plus pr\u00e9cis\u00e9ment, quelques ann\u00e9es auparavant.<\/p>\n<p>Au lendemain du 14 janvier 2011, les habitants des M\u00e9dinas se sont violemment oppos\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9sence des quartiers r\u00e9serv\u00e9s en envoyant p\u00e9tition sur p\u00e9tition aux autorit\u00e9s comp\u00e9tentes. Des voisins et quelques commer\u00e7ants soucieux de <em>\u00abnettoyer\u00bb<\/em> leurs quartiers avaient demand\u00e9 de mani\u00e8re pressante la fermeture des maisons closes. Ces esprits cr\u00e9dules ont probablement \u00e9t\u00e9 r\u00e9duits au r\u00f4le d\u2019objets manipul\u00e9s par des forces r\u00e9trogrades sous l\u2019impulsion de circonstances particuli\u00e8res. Les autorit\u00e9s ont vite fait de courber l\u2019\u00e9chine devant les <em>\u00abnouveaux d\u00e9positaires de la haute expression de la moralit\u00e9 publique\u00bb<\/em> et la plupart des quartiers r\u00e9serv\u00e9s n\u2019ont plus rouvert depuis cette croisade abolitionniste. Par exemple, au quartier r\u00e9serv\u00e9 de la M\u00e9dina de Sousse, comme dans celui de l\u2019impasse Sidi Abdallah Gu\u00e8ch de Tunis, des salafistes y avaient donn\u00e9 l\u2019assaut \u00e0 plusieurs reprises au lendemain du 14 janvier et commis des actes de pillage et de d\u00e9vastation. Pour rassurer les extr\u00e9mistes religieux et ramener la tranquillit\u00e9 dans les familles bien pensantes, les autorit\u00e9s se sont compromises en se pliant aux diktats des missionnaires des temps modernes. Le laisser-aller de l\u2019Etat a \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9 par les extr\u00e9mistes religieux comme un aveu de faiblesse et de crainte. Ce laxisme a confort\u00e9 les pourfendeurs du p\u00e9ch\u00e9 de la chair que leur cause \u00e9tait juste et sur le point de triompher.<\/p>\n<p>Ces p\u00e9rip\u00e9ties ont conduit fatalement \u00e0 la prostitution clandestine, elles n\u2019ont fait qu\u2019augmenter le p\u00e9ril sanitaire et s\u00e9curitaire que repr\u00e9sente la prostitution non soumise au contr\u00f4le m\u00e9dical et policier.<\/p>\n<p><strong>Un sentiment mitig\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard des prostitu\u00e9es<\/strong><\/p>\n<p>Je pense que vous ne seriez pas surpris, chers lecteurs, si je vous disais que la compassion pour les prostitu\u00e9es existe. En effet, elle existe, cependant elle est toujours de courte dur\u00e9e. La prostitution, avec son lot de violences et de malheurs individuels, avec la stigmatisation dont les femmes publiques sont victimes, provoque, m\u00eame parmi les franges les plus \u00ab<em>progressistes<\/em>\u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 tunisienne, un sentiment de commis\u00e9ration de pure forme et sans lendemain. Elle ne provoque pas de toll\u00e9 et encore moins une remise en cause des id\u00e9es re\u00e7ues. L\u2019opinion publique est toujours tiraill\u00e9e entre deux sentiments contradictoires : celui de la compassion envers le sort de ces jeunes femmes trait\u00e9es comme des for\u00e7ats du sexe, des femmes charg\u00e9es le plus souvent du poids d\u2019un pass\u00e9 difficile et souvent m\u00e8res d\u2019adolescents ou d\u2019enfants en bas \u00e2ge, et la secr\u00e8te et v\u00e9n\u00e9neuse certitude qu\u2019apr\u00e8s tout elles l\u2019ont bien cherch\u00e9 et qu\u2019elles se sont punies elles-m\u00eames en optant pour le choix de vie le plus \u00ab<em>scandaleux<\/em>\u00bb et \u00ab<em>immoral<\/em>\u00bb qui soit, et cela pour des raisons v\u00e9nales.<\/p>\n<p>Les prostitu\u00e9es attirent la piti\u00e9 du commun des mortels, mais elles demeurent toujours g\u00eanantes. Leur pr\u00e9sence au c\u0153ur de la M\u00e9dina demeure troublante car elle est per\u00e7ue par les plus conservateurs comme une incitation \u00e0 la d\u00e9bauche. Malgr\u00e9 l\u2019\u00e9volution des m\u0153urs, leur activit\u00e9 est toujours per\u00e7ue comme une menace aux valeurs culturelles et \u00e0 l\u2019ordre moral de la soci\u00e9t\u00e9 tunisienne, un ordre moral qui en l\u2019occurrence diabolise la sexualit\u00e9 extraconjugale. Au mieux, on accepte l\u2019existence des prostitu\u00e9es du quartier r\u00e9serv\u00e9 car, apr\u00e8s tout, elles sont l\u00e0 depuis longtemps, mais on les tol\u00e8re pour mieux les transformer en m\u00e9caniques de d\u00e9sir, en ignorant leurs itin\u00e9raires personnels et exp\u00e9riences personnelles, on les tol\u00e8re afin de mieux annuler leur identit\u00e9.<\/p>\n<p>Depuis la r\u00e9alisation du projet des quartiers r\u00e9serv\u00e9s par l\u2019autorit\u00e9 coloniale, les prostitu\u00e9es se perdent dans les d\u00e9dales obscurs de ces quartiers que l\u2019on voulait invisibles et \u00e0 l\u2019abri du regard des \u00ab<em>gens honn\u00eates<\/em>\u00bb. D\u2019ailleurs, on ne retrouve leur trace que dans certains documents du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur ou qu\u2019en termes de visites m\u00e9dicales et de maladies v\u00e9n\u00e9riennes.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019il faut savoir, c\u2019est que pour un grand nombre de nos compatriotes, le Karti, et je p\u00e8se bien mes mots, se vit surtout comme une annexe de la voirie. Le discours de bon nombre de Tunisiens, notamment des riverains des quartiers r\u00e9serv\u00e9s et de certains agents de la police, est on ne peut plus clair \u00e0 ce propos, avec toujours en toile de fond cette question lancinante : comment se d\u00e9barrasser des prostitu\u00e9es aussi efficacement que des ordures? Comme si les gens voyaient dans le quartier r\u00e9serv\u00e9 un gigantesque \u00e9gout s\u00e9minal, creus\u00e9 en plein c\u0153ur de la M\u00e9dina, o\u00f9 les prostitu\u00e9es viennent s\u2019y confondre et non une multitude de destins individuels.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-89233\" src=\"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/Photo-Prostituee-3.jpg\" alt=\"Prostitu\u00e9es\" width=\"500\" height=\"531\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00a0L&rsquo;entraide, Quartier r\u00e9serv\u00e9, Tunis, 1947. **<\/em><\/p>\n<p><strong>Le Karti, lieu historico-symbolique de la prostitution l\u00e9gale<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019existence des quartiers r\u00e9serv\u00e9s part d\u2019une philosophie propre au puritanisme bourgeois du XIXe si\u00e8cle : de la diss\u00e9mination des filles de joie, na\u00eet le d\u00e9sordre des passions et des maladies. Les autorit\u00e9s aidait et prot\u00e9geait toute localisation de la d\u00e9bauche. Le r\u00e8glement draconien qui r\u00e9git le Karti vise essentiellement \u00e0 contenir les exc\u00e8s et \u00e0 contrecarrer les maladies v\u00e9n\u00e9riennes. Manifestement, l\u2019Etat tunisien n\u2019agit plus \u00e0 dessein de concentrer le \u00abvice\u00bb et de permettre la transparence et la surveillance de la <em>\u00abd\u00e9bauche\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>En mati\u00e8re de prostitution l\u00e9gale, la politique de l\u2019Etat post-ind\u00e9pendance se traduisait par une volont\u00e9 de rester fid\u00e8le au syst\u00e8me r\u00e9glementariste fran\u00e7ais qui avait pour ambition de fixer le vice dans des lieux aux fronti\u00e8res bien d\u00e9limit\u00e9es. Ces quartiers r\u00e9serv\u00e9s des M\u00e9dinas tunisiennes sont l\u2019expression d\u2019une obsession bien d\u00e9finie : faire des prostitu\u00e9es des m\u00e9canismes \u00e9jaculatoires invisibles aux yeux chastes et plac\u00e9es sous la houlette de l\u2019Etat.<\/p>\n<p>Les filles qui vivent de leurs charmes au quartier r\u00e9serv\u00e9 sont r\u00e9pertori\u00e9es. Elles sont consign\u00e9es sur un registre au minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur et disposent d\u2019une carte. Les prostitu\u00e9es qui se livrent \u00e0 la prostitution au quartier r\u00e9serv\u00e9 sont en contact permanent avec les autorit\u00e9s qui la leur d\u00e9livre et subissent r\u00e9guli\u00e8rement des visites m\u00e9dicales. Enregistr\u00e9es officiellement, les filles sont tenues, en cas de contr\u00f4le, de pr\u00e9senter certains documents aux agents de police. Elles sont soumises \u00e0 de nombreuses interdictions et ne peuvent entrer en circulation sur la voie publique, c\u2019est-\u00e0-dire en dehors du quartier r\u00e9serv\u00e9, sans permission des autorit\u00e9s de tutelle.<\/p>\n<p>Les missionnaires des temps modernes sont d\u00e9nu\u00e9s de tout pragmatisme et dans l\u2019id\u00e9ologie la plus imp\u00e9rieuse. La pr\u00e9sence de bordels dans les M\u00e9dinas les rend litt\u00e9ralement fous, ils veulent purifier la soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re de cette vue puante que sont pour eux les quartiers r\u00e9serv\u00e9s. Leur obstination obsessionnelle d\u2019\u00e9radiquer le vice co\u00fbte que co\u00fbte en fermant les maisons closes rel\u00e8ve du nihilisme et aboutit \u00e0 un effet inverse. Ils veulent faire dispara\u00eetre la prostitution l\u00e9gale pour une raison que j\u2019ai expos\u00e9e ci-dessous (cf. Les desseins non avou\u00e9s des islamo-conservateurs). On leur parle sant\u00e9, ils r\u00e9pondent morale. L\u2019argument sanitaire fond\u00e9 sur la communication du mal v\u00e9n\u00e9rien les laisse de marbre.<\/p>\n<p>En outre, l\u2019on s\u2019acharne sur les prostitu\u00e9es comme si elles pouvaient, \u00e0 elles seules, infester la ville en semant la \u00ab<em>gangr\u00e8ne du vice<\/em>\u00bb et entra\u00eener l\u2019homme dans la spirale du libertinage et le p\u00e9ch\u00e9, alors que l\u2019on oublie souvent que la prostitution, la l\u00e9gale comme celle qui se pratique dans la clandestinit\u00e9, est une histoire de couples avant toutes choses : prostitu\u00e9e\/client, prostitu\u00e9e\/maquerelle, prostitu\u00e9e\/maquereau, prostitu\u00e9e\/flic\u2026<\/p>\n<p>Pour finir cette partie, j\u2019aimerais ouvrir une petite parenth\u00e8se relative au profil de la client\u00e8le qui fr\u00e9quente le Karti. La client\u00e8le du quartier r\u00e9serv\u00e9 n\u2019est pas compos\u00e9e exclusivement de gens dignes de la plus vile canaille. En effet, des hommes respectables s\u2019y rendent, notamment des petits bourgeois, des gens du peuple et de la classe moyenne: fonctionnaires, commer\u00e7ants, boutiquiers, gar\u00e7ons de caf\u00e9, artisans, ouvriers, \u00e9tudiants&#8230; Mais aussi les d\u00e9butants, les timides, les disgracieux de nature, les \u00e9poux sexuellement insatisfaits, les hommes mari\u00e9s \u00e0 des femmes \u00e0 la sant\u00e9 fragile, les hommes qui ne sont pas assez fortun\u00e9s pour fonder un foyer ou entretenir une ma\u00eetresse. Chacun a ses raisons.<\/p>\n<p><strong>Les desseins non avou\u00e9s des islamo-conservateurs<\/strong><\/p>\n<p>Il faut \u00e9galement parler du r\u00f4le ou du statut que veulent attribuer les islamo-conservateurs aux prostitu\u00e9es. Ils refusent de comprendre la philosophie qui r\u00e9git le quartier r\u00e9serv\u00e9 et balaient toute tentative de r\u00e9habilitation en ayant recours aux clich\u00e9s, \u00e0 la diabolisation de l\u2019activit\u00e9 prostitutionnelle (ou plut\u00f4t de la fornication, de la sexualit\u00e9 extraconjugale) et aux arguments fallacieux (la prostitution est une forme d\u2019esclavage et la gangr\u00e8ne du vice une menace \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre social). Il faut savoir que ceux qui sont derri\u00e8re la fermeture des lupanars des M\u00e9dinas, ceux qui pr\u00f4nent l\u2019interdiction de la prostitution l\u00e9gale, n\u2019en ont cure de celle qui se pratique dans la clandestinit\u00e9.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, la prostitution clandestine et d\u00e9guis\u00e9e n\u2019inqui\u00e8te pas ces moralistes inquisiteurs car, pour eux, l\u2019essentiel est que l\u2019Etat ne cautionne pas cette activit\u00e9 licencieuse, le haram, une activit\u00e9 qu\u2019ils redoutent comme la peste.<\/p>\n<p>Sous la pression des ligues de moralit\u00e9, et \u00e0 grand renfort de citoyens manipul\u00e9s, ils ont fini par obtenir gain de cause, ou plut\u00f4t par imposer leurs diktats. En effet, outre les deux quartiers r\u00e9serv\u00e9s qui font encore de la r\u00e9sistance, en l\u2019occurrence celui de Tunis et de Sfax, les autres ont tous ferm\u00e9 leurs portes. Le message des autorit\u00e9s \u00e9tait clair : nous ne pouvons plus cautionner une activit\u00e9 moralement r\u00e9pr\u00e9hensible et r\u00e9sister \u00e0 une pression sociale culpabilisante.<\/p>\n<p>Les moralistes estiment que, dans un pays musulman, l\u2019Etat doit s\u2019inscrire dans une logique prohibitive concernant la prostitution et les pratiques de sexualit\u00e9 extraconjugales d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale. La fermeture des quartiers r\u00e9serv\u00e9s ne s\u2019est pas faite parce que des bigots se sentaient investis de la mission de veiller aux bonnes m\u0153urs, elle est motiv\u00e9e par la strat\u00e9gie d\u2019islamisation de l\u2019Etat tunisien et de l\u2019espace public.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, ceux qui d\u00e9sirent interdire la prostitution qui se pratique au sein des quartiers r\u00e9serv\u00e9s ne sont pas vraiment abolitionnistes, ils ne r\u00e9clament pas la disparition du m\u00e9tier de prostitu\u00e9e en Tunisie, mais pr\u00f4nent la fin de la prostitution l\u00e9gale, celle qui est reconnue et r\u00e9glement\u00e9e par l\u2019Etat. La philosophie liberticide doit, selon eux, pr\u00e9valoir d\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019agit de fornication et l\u2019Etat doit mettre un point d\u2019honneur \u00e0 r\u00e9primer toute sexualit\u00e9 extraconjugale.<\/p>\n<p>Cette volont\u00e9 d\u2019interdire la prostitution l\u00e9gale est \u00e9galement sous-tendue par une id\u00e9ologie inquisitoriale qui vise \u00e0 moraliser la vie publique pour que l\u2019on puisse \u00e0 terme contr\u00f4ler rigoureusement le comportement sexuel de l\u2019ensemble des Tunisiens dans l\u2019espoir de n\u00e9antiser \u00e0 terme la <em>\u00abd\u00e9bauche\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-89235\" src=\"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/unnamed.jpg\" alt=\"Prostitu\u00e9e\" width=\"500\" height=\"506\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>L&rsquo;aguicheuse et le b\u00e9douin, Quartier r\u00e9serv\u00e9, Tunis, 1947. **<\/em><\/p>\n<p><strong>Dans la clandestinit\u00e9 \u00e0 leur corps d\u00e9fendant<\/strong><\/p>\n<p>La fermeture du bordel de Sousse a pouss\u00e9 les prostitu\u00e9es \u00e0 exercer leur activit\u00e9 dans la clandestinit\u00e9. Quoi qu\u2019il en soit, m\u00eame si les conditions du quartier r\u00e9serv\u00e9 \u00e9taient tr\u00e8s difficiles (le quartier a \u00e9t\u00e9 incendi\u00e9 et saccag\u00e9, il s\u2019\u00e9croule de v\u00e9tust\u00e9, et les agents de police les brutalisent et les terrorisent r\u00e9guli\u00e8rement), les filles du Karti de Bab El Finga ne voulaient pas passer dans la clandestinit\u00e9.<\/p>\n<p>Elles se rendent \u00e0 pr\u00e9sent dans des bars, des h\u00f4tels ou battent le pav\u00e9 le jour comme la nuit pour poursuivre la seule activit\u00e9 qui leur permette de gagner de l\u2019argent, du moins qui leur permette de gagner des sommes plus ou moins respectables, sans oublier celles qui ont rejoint les maisons de d\u00e9bauche clandestines.<\/p>\n<p>Les quartiers ont ferm\u00e9 et le nombre de filles qui travaillent au quartier r\u00e9serv\u00e9 de Tunis a curieusement diminu\u00e9, alors que l\u2019on pensait que l\u2019abolition non officielle et quasi tacite de la prostitution l\u00e9gale dans la plupart des r\u00e9gions de Tunisie allait conduire \u00e0 une cons\u00e9quence inverse. Le bordel de Tunis par exemple recrute de moins en moins de filles, alors que, d\u2019apr\u00e8s certaines sources, la prostitution, dans sa conception la plus vaste, a pris plus d\u2019ampleur ces derni\u00e8res ann\u00e9es. La prostitution l\u00e9gale, celle qui s\u2019exerce dans les maisons closes, d\u00e9cline et dispara\u00eet. Et, pourtant, la prostitution augmente.<\/p>\n<p>L\u2019Etat tunisien a laiss\u00e9 faire les extr\u00e9mistes au lendemain du 14 janvier 2011, eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019incertitude et la f\u00e9brilit\u00e9 qui avaient envahi le pays suite au grand bouleversement qui s\u2019\u00e9tait produit apr\u00e8s la fuite du dictateur. Beaucoup d\u2019eau a coul\u00e9 sous les ponts depuis lors. Les circonstances jouent aujourd\u2019hui en d\u00e9faveur des islamistes, lesquels font le gros dos dans l\u2019attente d\u2019un meilleur avenir.<\/p>\n<p>Cette strat\u00e9gie de fermeture des quartiers r\u00e9serv\u00e9s s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, quelques ann\u00e9es plus tard, dans les faits, un \u00e9chec total. A part ceux de Tunis et Sfax, les quartiers r\u00e9serv\u00e9s ont ferm\u00e9s, mais le nombre de prostitu\u00e9es clandestines augmente et la r\u00e9pression qui s\u2019abat ponctuellement sur elles rel\u00e8ve de l\u2019arbitraire et est totalement d\u00e9pourvue d\u2019efficacit\u00e9. En d\u2019autres termes, la fermeture les maisons closes des M\u00e9dinas ne rime \u00e0 rien, elle est contre-productive.<\/p>\n<p>La prostitution l\u00e9gale meurt. La fermeture des quartiers r\u00e9serv\u00e9s des M\u00e9dinas a modifi\u00e9 et dissoci\u00e9 spatialement l\u2019offre et la demande prostitutionnelle. Les mentalit\u00e9s et le prix des terrains ne permettent plus la reconstruction de bordels, mais rend possible la location de garnis (notamment des petits studios et appartements) ou de maisons de passe. C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui a pris beaucoup d\u2019ampleur au cours des six derni\u00e8res ann\u00e9es. Se dirige-t-on vers une privatisation totale de la prostitution?<\/p>\n<p>Qu\u2019elles pratiquent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur ou hors du quartier, les prostitu\u00e9es sont battues et fustig\u00e9es. Les prostitu\u00e9es ont le sentiment de leur \u00ab<em>abjection<\/em>\u00bb. En se livrant \u00e0 la prostitution, elles estiment s\u2019\u00eatre rendues indignes. Par le fait m\u00eame de leur m\u00e9tier, elles sont dans l\u2019impossibilit\u00e9 de r\u00e9clamer leurs droits. Leur \u00ab<em>mauvaise vie<\/em>\u00bb leur fait perdre le titre de citoyennes \u00e0 part enti\u00e8re et leurs droits \u00e0 la protection publique. Cela encourage tous les abus et violation de droits. Chacun peut imaginer le sort r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 celles qui exercent aujourd\u2019hui dans la clandestinit\u00e9, dans la rue, \u00e0 la suite de la fermeture des quartiers r\u00e9serv\u00e9s, notamment celui de la M\u00e9dina de la ville de Sousse.<\/p>\n<p>Revenons aux membres \u00ab<em>indign\u00e9s<\/em>\u00bb de l\u2019association Union Culturelle Sidi Yahia : qu\u2019est-ce donc exhiber ses charmes \u00e0 deux pas du mausol\u00e9e Sidi Yahia? Cette place n\u2019a gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9e pour accueillir des femmes publiques certes, toujours est-il que ces femmes ne peuvent s\u2019encombrer des nobles sentiments li\u00e9s au respect du patrimoine culturel. Elles gagnent \u00e0 leur mani\u00e8re leur pain quotidien. Elles ne sont pas peut-\u00eatre pas d\u2019une exquise politesse, cependant il ne s\u2019agit pas non plus de femmes hyst\u00e9riques qui agressent sauvagement de paisibles passants. Loin de recourir aux propositions obsc\u00e8nes ou aux regards appuy\u00e9s, et encore moins aux attouchements ind\u00e9cents, ce sont des femmes qui viennent des maisons de tol\u00e9rance de la vieille ville de Sousse et ont \u00e9t\u00e9 victimes d\u2019une radiation collective, pour des raisons id\u00e9ologiques et encourag\u00e9e par la l\u00e2chet\u00e9 et le silence complice des Tunisiens.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas de tomber dans le pi\u00e8ge des clich\u00e9s les plus romantiques de la prostitution r\u00e9glementaire des quartiers r\u00e9serv\u00e9es qui a perdur\u00e9 dans les M\u00e9dinas tunisiennes pendant plusieurs d\u00e9cennies, certaines \u00e9vidences m\u00e9ritent toutefois d\u2019\u00eatre rappel\u00e9es : aujourd\u2019hui, les femmes qui squattent la place Sidi Yahia sont, avant toutes choses, de malheureuses victimes d\u2019un Etat d\u00e9missionnaire et d\u2019une politique de connivence avec l\u2019islamo-fascisme. Mais elles sont surtout victimes de la l\u00e2chet\u00e9 et de l\u2019hypocrisie de toute une soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, elles sont dans la d\u00e8che et ont besoin de gagner leur vie. Et c\u2019est une v\u00e9rit\u00e9 de La Palice de dire que le manque d\u2019argent reste la raison unique de la prostitution. Alors, de gr\u00e2ce, faites preuve d\u2019indulgence envers ces femmes, ne vous perdez pas en consid\u00e9rations moralisatrices et exhortons les autorit\u00e9s \u00e0 rouvrir les bordels\u2026<\/p>\n<p><em>* Universitaire, chercheur.\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>** Photos tir\u00e9es d&rsquo;un livre de Denise Bellon, \u2018\u2018Tunisie photographies, 1947-1960\u2019\u2019, paru en 2009 aux \u00e9ditions C\u00e9r\u00e8s.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La volont\u00e9 d\u2019interdire la prostitution l\u00e9gale est souvent sous-tendue par une id\u00e9ologie inquisitoriale qui vise \u00e0 contr\u00f4ler rigoureusement le comportement sexuel des Tunisiens. 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