La Tunisie et la Libye relancent leur coopération énergétique en Méditerranée grâce à un nouvel appel d’offres international portant sur l’exploration d’une zone offshore d’environ 3 000 kilomètres carrés et sur la mise en valeur du gisement de pétrole et de gaz de Zarat, à cheval sur la frontière maritime entre les deux pays : une zone offshore située dans le bassin prolifique de Gabès-Tripoli, au centre de la Méditerranée.
Cette opportunité est proposée par la Joint Oil Exploration, Exploitation and Petroleum Services Company (Joint Oil) — une coentreprise tuniso-libyenne active depuis 1988, chargée de la gestion des ressources en hydrocarbures dans la zone offshore partagée — avec le cabinet de conseil en amont Moyes & Co. agissant en tant que conseiller désigné.
S’appuyant sur des informations communiquées par Joint Oil et son conseiller stratégique, Moyes & Co, Energy-Pedia a dévoilé le calendrier de l’opération : le processus débute le 7 septembre et s’achève le 31 décembre 2026, les entreprises intéressées devant soumettre leurs offres au plus tard le 8 janvier 2027. Le résultat sera annoncé le 26 février, et l’attribution définitive des contrats pour le 30 avril.
Le projet comprend deux volets distincts. Le premier concerne le «bloc Joint Oil», une zone d’environ 3 000 kilomètres carrés située dans le bassin offshore Gabès-Tripoli, par des profondeurs d’eau allant de 80 à 120 mètres. Le partenaire sélectionné devra poursuivre l’exploration de nouvelles structures pétrolières et gazières dans le cadre d’un accord de partage de production.
Environ 6 500 kilomètres de données sismiques 2D et 1 900 kilomètres carrés de relevés 3D sont déjà disponibles pour cette zone, auxquels s’ajoutent les données issues de cinq puits d’exploration forés entre 1976 et 2010.
Le second volet porte sur Zarat, un gisement avéré s’étendant de part et d’autre de la frontière maritime tuniso-libyenne ; Joint Oil entend le développer comme une ressource pétrolière et gazière unique, via des accords de développement, d’unification («unitization») et de gestion conjointe.
La zone se trouve également à proximité d’infrastructures et de gisements déjà en production — notamment Bouri, Al Jurf et Bahr Essalam côté libyen, ainsi qu’Ashtart, Miskar, Didon et Hasdrubal côté tunisien — une proximité susceptible de réduire les coûts de traitement et de transport des nouveaux hydrocarbures.
Joint Oil est détenue conjointement par des entreprises publiques des deux pays : l’Entreprise tunisienne d’activités pétrolières (Etap) pour la Tunisie et Ola Energy Holdings pour la partie libyenne.
La société a chargé le groupe américain Moyes & Co. de rechercher des partenaires internationaux expérimentés dans le développement offshore. C’est un cabinet de conseil international spécialisé dans l’amont pétrolier et actif depuis 1983. Enregistrée au Texas, l’entreprise opère à l’échelle mondiale depuis ses bureaux de Houston, Dallas, Londres et Singapour, fournissant des services de conseil en transactions et en marketing au secteur de l’énergie.
Ce nouvel appel d’offres offre aux sociétés internationales d’exploration et de développement l’opportunité de participer à la prochaine phase d’exploration et de mise en valeur du bassin offshore partagé, avec la découverte de Zarat et le bloc Joint Oil au cœur de l’offre.
Cette nouvelle démarche marque la relance d’un projet présenté au marché en 2023, mais qui n’avait pas suscité un intérêt suffisant de la part des investisseurs.
Le calendrier annoncé au printemps — qui prévoyait initialement le lancement de l’appel d’offres au 1er août — a depuis été reporté au mois de septembre.
Joint Oil a souligné le potentiel du bloc pétrolier conjoint et de la découverte de Zarat, stratégiquement situés le long de la marge sud du bassin pélagien et dans le prolongement géologique du bassin de Sabratha-Gabès.
La zone se trouve à proximité de plusieurs gisements majeurs en production, de part et d’autre de la frontière maritime tuniso-libyenne. Il s’agit notamment des champs d’Al Jurf, Bahr Essalam et Bouri au large de la Libye, ainsi que d’Ashtart, Didon et Miskar au large de la Tunisie.
Cette proximité avec des actifs productifs établis et des infrastructures régionales offre un accès potentiel à des capacités opérationnelles existantes, à des synergies d’infrastructure et à des voies d’exportation.
Le bloc pétrolier conjoint et la découverte de Zarat sont également bordés par des zones d’exploration libyennes actives et des concessions offshore majeures, ce qui met en évidence le potentiel global en hydrocarbures du bassin offshore partagé entre la Tunisie et la Libye.
Pour Tunis, cette initiative revêt une importance particulière compte tenu du déclin continu de la production nationale. Selon les dernières données de l’Observatoire national de l’énergie, la production tunisienne de pétrole brut a reculé de 6 % en glissement annuel à fin juin 2026, tandis que le taux d’indépendance énergétique du pays est tombé à 34 %, contre 38 % à la même période en 2025.
Toutefois, cet appel d’offres ne signifie ni l’annonce d’une nouvelle découverte ni le démarrage immédiat de la production. À ce stade, l’objectif est de sélectionner des opérateurs et de réunir les capitaux nécessaires pour transformer le potentiel de la zone offshore partagée — ainsi que la découverte de Zarat, déjà identifiée — en un projet industriel économiquement viable.
Il convient de rappeler dans ce contexte que lors d’une visite, le 16 mars 2023, à l’Etap, le président de la république Kaïs Saïed avait déclaré que dans l’affaire du partage du plateau continental avec la Libye, «la Tunisie a reçu des miettes». Et à réclamer un partage du gisement pétrolier d’El Bouri et du plateau continental à parts égales entre les deux voisins. Selon lui, avec ses 23 000 barils par jour, le gisement, situé à 120 kilomètres des côtes libyennes, peut couvrir les besoins de la Tunisie et au-delà.
I. B.



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