Le drame que vit aujourd’hui le Dr Jalel Taktak, ex-chef de service d’ophtalmologie à l’hôpital universitaire Ibn Al-Jazzar de Kairouan, est une véritable injustice que lui inflige, à 66 ans, la santé publique qu’il avait servie quarante ans durant.
«Après avoir consacré sa vie à soigner les autres, mon père doit aujourd’hui se battre pour obtenir son propre traitement. La CNAM refuse la prise en charge de sa thérapie ciblée sous prétexte que le médicament coûte cher», a rapporté son fils dans un post Facebook.
Firas Taktak raconte : «Mon père a servi la santé publique pendant plus de 40 ans je me souviens très bien de ses jours de consultation où il dépassait les 14h de travail continu. Il avait fait une règle : consultation sans rendez-vous. Peu importe le nombre de patients, peu importe l’heure, il reçoit tout le monde. Je l’ai vu faire ça pendant des années. Dans une ville de près de 700 000 habitants, il dépassait parfois les 1 000 interventions chirurgicales par an, dans une spécialité aussi délicate que l’ophtalmologie. Certains diront que c’est impossible ou surhumain mais ceux qui le connaissent peuvent en témoigner. Et malgré toutes les tentations, il n’a jamais voulu quitter le secteur public parce qu’il croyait profondément que la santé ne devait pas devenir un privilège réservé à ceux qui peuvent payer. Aujourd’hui, il souffre d’un cancer métastatique, et c’est une réalité difficile à accepter, parce qu’il a toujours eu une hygiène de vie irréprochable : il n’a jamais fumé, jamais bu, faisait attention à son alimentation et à sa santé. Le seul facteur de risque que j’ai réellement connu dans sa vie, était ce stress permanent, cette pression quotidienne et ces années de travail intense. Après plus de 40 ans au service de la santé publique, voilà donc comment ce pays remercie ceux qui ont consacré leur vie aux autres : on transforme leur survie en calcul comptable. Il ne demande aucun privilège parce qu’il est médecin. Il demande d’être traité comme un patient, avec dignité et humanité. Mon père n’a jamais compté les patients qu’il soignait. Aujourd’hui, son pays compte le prix de sa vie.»
Beaucoup de collègues du Dr Taktak s’adressent au ministre de la Santé publique, Dr Mustapha Ferjani, médecin lui-même, lui demandant d’intervenir personnellement pour que l’ophtalmologue chirurgien puisse disposer des médicaments sont sa santé a besoin. La balle est dans son camp…
I. B.



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