Le 29 octobre 2026, la chaîne France 24 a diffusé une émission consacrée aux familles tunisiennes restées sans nouvelles de leurs enfants enrôlés dans l’armée russe pour aller combattre sur le front avec l’Ukraine. Ils seraient entre 1400 et 3 000 africains dans cette situation, venant du Kenya, d’Afrique du Sud, du Ghana, du Cameroun ou de la Tunisie, et dont les familles commencent à faire entendre leurs voix.
Latif Belhedi
L’émission de France 24 montre des familles venues des différentes régions de Tunisie qui se sont rassemblées devant le ministère des Affaires étrangères (MAE) pour demander des nouvelles de leurs enfants disparues en Russie après avoir été enrôlés pour faire la guerre en Ukraine. «Mon fils travaillait en Russie et il s’est marié avec une Russe. Après quatre ans de travail, il s’est fait enrôler dans l’armée là-bas. Au bout d’un mois, il était sur le front à la frontière ukrainienne», rapporte le père de l’un de ces «soldats», Hamadi Ben Kheher, père de Zied Ben Khedher, dont la famille a reçu un certificat de décès sept mois après son déploiement mais n’arrive pas à avoir d’autres informations de la part du MAE ni de l’ambassade de Russie en Tunisie. «Je n’arrive pas à faire des allers-retours mais on ne me dit rien. Je veux savoir dans quelles circonstances il est mort et surtout, s’il est mort, qu’on me ramène son corps», raconte Hamadi, le père éploré.
Dans la maison familiale, à une soixantaine de kilomètres de Tunis, Hamadi communique toujours avec la femme de son fils restée en Russie. Selon elle, il aurait été enrôlé après qu’on lui ait promis la nationalité russe. Selon un rapport de l’ONG Amnesty International, ces méthodes de recrutement dans l’armée russe sont coercitives et visent surtout des personnes étrangères en situation irrégulière. «Nous, tout ce qu’on a, ce sont ses dernières photos et son matricule qu’il nous a envoyées. Après la communication a coupé. Le pire pour nous c’est de n’avoir aucune information, de ne pas savoir ce qui leur est arrivé là-bas», raconte encore le père.


France 24 rapporte le cas, encore plus complexe, d’une autre famille, dont le fils, Aymen Dhaouadi, était parti étudier en 2021 et travaillait parallèlement pour envoyer l’argent à sa famille. Il a été arrêté en 2022 dans une vague affaire de trafic de stupéfiants liée à la société de livraison dans laquelle il travaillait. «Ils l’ont mis en prison pendant 19 mois. On a payé un avocat. On a tout fait. L’avocat nous a dit que son dossier était vide et qu’il n’a rien fait. Et puis, du jour au lendemain, on a appris qu’il est enrôlé dans l’armée», raconte sa mère, Mounia Dhaouadi, en pleurs.
Pendant son incarcération, les autorités russes ont fait pression sur Aymen Dridi pour qu’il accepte de rejoindre l’armée. Cette méthode de recrutement des détenus a été institutionnalisée par le ministère de la défense russe depuis 2024. En mai 2025, le jeune Tunisien informe sa famille qu’il a enfin conclu un contrat avec les autorités militaires en échange de la suspension de sa détention. Quelques mois plus tard, il est déployé sur le front. Dans la dernière note vocale qu’il a envoyée à sa mère, il lui disait : «Maman, ça y est, on part. Il n’y a pas de réseau. Dès que j’arrive là-bas, je vous appelle et je vous en dirais plus. S’il te plaît, maman, ne pleure pas. Moi, je ne pleure pas parce que je suis dans l’armée. Je pleure parce que je suis fatigué, surtout à cause de la prison. Espérons que tout ira bien. Ne vous inquiétez pas !».
Aujourd’hui, la famille de Aymen ne sait pas où se trouve son fils, ni s’il est vivant ou mort.
A l’occasion du 3e sommet Russie-Afrique, l’ONG Amnesty International a demandé de nouveau dans une lettre ouverte du 27 octobre la fin de recrutement de soldats africains dans l’armée russe et appelé les dirigeants africains à ne pas rester silencieux sur ce drame. On ne sait pas si l’un d’eux l’a évoqué avec Vladimir Poutine. Mais rien n’a filtré dans les médias sur ce sujet.



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