Renforcement des moyens d’enquête face aux réseaux internationaux de trafic de drogue ; 15 000 affaires liées à ce fléau enregistrées en 2025 (contre «seulement» 5000 en 2022) : la Tunisie envisage de réviser la loi n° 52 de 1992 relative aux stupéfiants afin d’adapter les moyens d’enquête à l’évolution des réseaux criminels et des trafics internationaux, de plus en plus liés aux nouvelles technologies et aux itinéraires transfrontaliers.
C’est ce qu’a indiqué à la télévision nationale Mohamed Ali Chaïbi, responsable du service antidrogue de la police judiciaire d’El Gorjani.
Selon lui, le ministère de l’Intérieur travaille à la révision de cette réglementation, qui n’avait été que partiellement modifiée en 2017.
Parmi les outils réclamés par les forces de sécurité figurent des techniques d’enquête spéciales — telles que l’interception des communications et les opérations d’infiltration — qui doivent faire l’objet d’un encadrement législatif explicite.
15 253 affaires en 2025, impliquant 27 338 suspects
Le dossier est déjà à l’étude auprès des institutions concernées. La Commission de la législation générale de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) examine actuellement la proposition de loi n° 11/2025 visant à modifier la loi n° 52, tandis que des représentants du ministère de l’Intérieur ont informé le Parlement qu’une commission interministérielle travaillait sur un projet plus vaste de refonte globale de la législation antidrogue.
Cette initiative législative est motivée par l’évolution rapide du phénomène. Selon les données du ministère de l’Intérieur présentées au Parlement, 15 253 procédures pour des infractions liées aux stupéfiants ont été enregistrées en Tunisie en 2025, impliquant 27 338 personnes. 89 % d’entre elles étaient âgées de 19 à 40 ans. Le Grand Tunis, la bande côtière et certaines zones du nord-ouest figurent parmi les régions les plus touchées par la consommation et le trafic.
La Tunisie, carrefour des routes maritimes, aériennes et terrestres
Les autorités soulignent tout particulièrement le caractère de plus en plus transnational de ce trafic. M. Chaïbi a qualifié la Tunisie de carrefour des routes maritimes, aériennes et terrestres et a désigné la frontière avec la Libye comme l’un des points d’entrée pour la cocaïne, l’ecstasy et les substances psychotropes. La propagation de la prégabaline, commercialisée sous des marques telles que Lyrica, suscite également des inquiétudes, cette substance ayant désormais alimenté un véritable marché intérieur.
Selon le responsable de la lutte contre la drogue, les quantités de cocaïne et de comprimés psychotropes saisies ont considérablement augmenté au cours des cinq dernières années. En septembre 2025, les autorités avaient annoncé la saisie, au port de Radès, d’environ 12 millions de comprimés à base de prégabaline dissimulés dans un conteneur en provenance d’Europe, l’une des plus importantes opérations de ce type jamais réalisées dans le pays.
Le débat sur la réforme porte toutefois aussi sur le traitement réservé aux consommateurs. Des médecins spécialistes des addictions et des représentants des pharmaciens, auditionnés ces derniers mois par le Parlement, ont demandé une distinction plus nette entre le consommateur et le trafiquant ; ils préconisent une approche sanitaire, psychologique et sociale pour les personnes souffrant d’addiction, tout en concentrant la réponse répressive sur les organisations criminelles et le trafic, notamment en milieu scolaire. Cette question a pris une importance accrue à l’approche de la rentrée scolaire.
Le 11 septembre, le président Kaïs Saïed a accordé sa grâce à un groupe d’étudiants et d’élèves incarcérés pour consommation ou détention de stupéfiants — sans lien avec des activités de trafic — dans le but déclaré de leur permettre de reprendre leurs études.
Parallèlement, le ministère de la Famille a lancé un programme national de prévention ciblant en priorité les enfants, les adolescents et les familles.
I. B.



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