Suisse | Comment sont bloqués des milliers de sites de jeu

La dernière liste des offres de jeux en ligne bloquées en Suisse porte la date du 25 août 2026 et compte 3567 entrées. Depuis 2019, la Confédération met ce document à jour régulièrement et impose aux fournisseurs d’accès à internet d’en appliquer le contenu. Le procédé intéresse aujourd’hui bien au-delà des frontières helvétiques. À Tunis, une proposition de loi déposée en janvier dernier reprend presque à l’identique ce mécanisme pour les plateformes de paris accessibles depuis le pays.

Une liste noire mise à jour régulièrement

Le cadre figure dans la loi sur les jeux d’argent (LJAr), en vigueur depuis 2019. Le texte prévoit que l’accès à une offre de jeu proposée sans autorisation doit être bloqué dès lors que son exploitant a son siège à l’étranger ou le dissimule. La Commission fédérale des maisons de jeu (CFMJ) établit la liste des offres bloquées et la publie par un renvoi dans la Feuille fédérale. Les fournisseurs d’accès appliquent ensuite la restriction sur le territoire suisse. Les paris sportifs et les loteries relèvent d’une autre autorité, la Gespa, qui tient sa propre liste de blocages.

La mécanique s’est nettement accélérée. Selon son rapport d’activité 2025, la CFMJ a fait bloquer 580 offres de jeux en ligne non autorisées l’an dernier, près de 30 % de plus qu’en 2024, tout en menant 28 perquisitions et en rendant 75 décisions pénales. Au 31 décembre, 209 procédures restaient ouvertes. Le joueur suisse, lui, ne risque rien sur le plan pénal. La législation ne le sanctionne pas et vise uniquement les exploitants. La question n’est donc pas celle de la volonté des autorités, mais celle de l’efficacité réelle du filtre.

Le blocage DNS montre ses limites

La restriction s’applique au niveau du système de noms de domaine. Le fournisseur d’accès empêche la résolution de l’adresse et redirige l’internaute vers une page d’avertissement officielle. Le procédé se déploie vite et se contourne avec des outils que tout le monde a sous la main. Un changement de serveur DNS ou un réseau privé virtuel rétablit l’accès en quelques secondes.

Les exploitants disposent d’un moyen plus direct encore. Un domaine bloqué réapparaît sous une autre extension, avec le même opérateur et le même catalogue de jeux. Les casinos en ligne internationaux qui acceptent toujours les dépôts en francs suisses restent nombreux, selon SwissCasinoZen.ch, qui recense les licences de Curaçao ou d’autres juridictions offshore derrière ces plateformes. La liste enregistre l’état du marché au jour de sa publication.

Chaque réapparition oblige l’autorité à rouvrir une procédure et à refaire le parcours administratif en entier. Le blocage n’en est pas pour autant sans effet. Il retire les offres concernées des chemins d’accès les plus courants et impose une démarche volontaire à qui veut les rejoindre. Son rendement dépend donc de la motivation du joueur autant que de la robustesse technique du filtre.

Un marché offshore qui se recompose

Les exploitants visés ne quittent donc pas le marché. Leur modèle repose sur des sociétés enregistrées loin du continent et sur une infrastructure technique volontairement mobile. Créer un nouveau domaine prend une journée. Instruire un dossier et faire appliquer une décision prend plusieurs mois. Le rapport de vitesse joue contre l’autorité, et le nombre d’entrées progresse sans que l’offre réellement accessible recule d’autant.

En parallèle, le marché autorisé avance lentement. Le produit brut des jeux en ligne des casinos suisses a augmenté de 1,2 % en 2025, tandis que les établissements terrestres reculaient de 3,9 %. L’impôt sur les maisons de jeu, versé à l’AVS et à l’AI, a atteint 353 millions de francs. Chaque joueur resté sur une plateforme non autorisée sort de ce circuit fiscal. Le dispositif suisse porte sur l’accès aux sites. L’argent qui alimente les comptes de jeu circule par d’autres canaux.

Le débat tunisien reprend les mêmes outils

Ce second levier, le blocage des paiements, figure au centre du texte déposé à Tunis. Vingt-trois députés ont présenté le 19 janvier 2026 une proposition de loi qui étend la définition des jeux de hasard aux activités exercées par des moyens numériques. Son article 4 oblige les fournisseurs d’accès et les prestataires de paiement à bloquer techniquement l’accès aux plateformes interdites et à interrompre les flux qui y sont liés. L’article 2 interdit l’organisation comme la promotion de tout jeu de hasard, avec des dérogations strictement encadrées. Le texte a été renvoyé le 29 janvier à la commission de la législation générale.

La situation de départ diffère des deux côtés de la Méditerranée. La Suisse encadre une offre domestique autorisée et cherche à y ramener les joueurs. La Tunisie ne dispose d’aucun régime de licence pour le jeu en ligne, et ses casinos physiques restent réservés aux visiteurs étrangers. Le pays se maintient dans une zone grise que la régulation du secteur cherche précisément à réduire ailleurs.

Ce que sept ans de blocages montrent

Sept ans de pratique suisse livrent un enseignement mesurable. Le blocage réduit la visibilité d’une offre, allonge le chemin pour y accéder et détourne une partie du public. Il ne supprime ni la demande ni les sociétés qui la servent depuis l’étranger. La mesure utile d’un dispositif reste la part du jeu qui passe par le circuit autorisé. La prochaine liste suisse apportera de nouvelles entrées, et la question posée à Tunis restera la même.

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