7e Congrès du SNJT | La presse tunisienne à la croisée des chemins

Ouvert samedi 10 octobre 2026 à Tunis, le 7e congrès électif du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) se poursuit ce dimanche à un moment charnière où la profession fait face à d’importants défis liés à la liberté de la presse, à l’indépendance des médias et aux conditions difficiles d’exercice dans un contexte économique marqué par la récession.

Latif Belhedi

Ce 29e congrès de la profession doit aboutir au renouvellement du bureau exécutif pour le mandat 2026-2029, mais après avoir abordé les questions relatives à l’avenir du syndicat des journalistes et à sa capacité à accompagner les mutations du secteur, dans un contexte marqué par une accumulation de défis juridiques, professionnels, économiques et sociaux.

Le congrès se tient en présence de journalistes et de représentants de diverses organisations nationales.

Les 14 candidats en lice pour le nouveau bureau exécutif sont censés élaborer des propositions concrètes pour défendre les droits des journalistes, améliorer leurs conditions de travail et préserver l’indépendance de l’organisation ainsi que sa capacité à dialoguer et à négocier avec les autorités.

Les atteintes à la liberté de la presse au cœur des débats

La question des libertés et des garanties juridiques encadrant l’exercice du journalisme a dominé une partie des discours d’ouverture du congrès, dans un contexte marqué par l’incarcération de plusieurs professionnels du secteur, notamment quatre de ses figures les plus en vue : Mourad Zeghidi, Borhen Bsaies, Zied El Hani et Mohamed Yousfi.

Le président sortant du SNJT, Zied Dabbar, a, dans ce contexte, réclamé la libération immédiate des journalistes incarcérés ainsi que l’arrêt des poursuites et des procès visant des dizaines de professionnels du secteur. Selon lui, le paysage médiatique traverse une phase critique, marquée par l’emprisonnement de certains journalistes, les poursuites judiciaires visant d’autres, et l’exil forcé de certains de leurs confrères.

La liberté de la presse ne constitue pas un privilège professionnel réservé à une catégorie spécifique, mais un droit de la société à l’information, a souligné Dabbar, ajoutant que l’indépendance des médias demeure indissociable de celle du journaliste lui-même et de la garantie de ses droits professionnels et sociaux au sein d’entreprises viables et pérennes.

L’indépendance du syndicat ne signifie pas son isolement de son environnement civil et social ; elle exige au contraire l’élargissement des partenariats avec les organisations nationales et les instances de défense des droits, afin de préserver son rôle professionnel et de renforcer sa capacité à défendre ses adhérents, a encore précisé Dabbar.

Tout en appelant à la libération de toutes les personnes détenues pour des affaires d’opinion et à l’arrêt des poursuites liées à la liberté d’expression, à la divergence d’opinions, ainsi qu’à la liberté d’association et d’action syndicale, le Bâtonnier des avocats, Boubaker Bethabet, a estimé, pour sa part, que l’espace dévolu à la presse indépendante connaît un recul qui affecte la vie démocratique dans le pays.

Loin de toute logique de rupture ou d’escalade

Une presse libre et indépendante constitue l’un des piliers de la République fondée sur le respect de la Constitution et des lois, a souligné Bethabet, en réaffirmant la solidarité du barreau tunisien avec les journalistes dans la défense de leurs droits et des garanties nécessaires à l’exercice de leur métier.

C’est dans le contexte de cette solidarité agissante que s’inscrit, selon lui, la marche nationale pour la défense des droits et des libertés, qui sera organisée par une coordination d’organisations nationales, le 17 octobre courant.

Cette action soulève à nouveau la question des relations entre les institutions officielles et les structures professionnelles ; une relation qui, par nature, n’est pas exempte de divergences d’appréciation ou de points de vue, mais qui nécessite des canaux de dialogue réguliers permettant de traiter les problématiques juridiques et professionnelles, loin de toute logique de rupture ou d’escalade.

En effet, la défense de la liberté de la presse ne s’oppose pas, par essence, au respect des institutions de l’État et de l’État de droit ; elle implique plutôt la nécessité d’offrir des garanties claires pour l’exercice du journalisme, tout en respectant la responsabilité professionnelle et la déontologie du métier.

Ce 7e congrès des journalistes se tient dans un contexte où les revendications traditionnelles des journalistes — portant sur les salaires, la stabilité de l’emploi et la couverture sociale — se conjuguent à des problématiques plus vastes liées aux mutations numériques, à l’évolution des modes de consommation de l’information et aux difficultés économiques auxquelles sont confrontées plusieurs entreprises médiatiques.

Si certains au sein de la profession soulignent la nécessité d’une direction syndicale plus présente et plus influente, réduire les défis actuels aux seules personnalités des candidats ou à leur charisme individuel ou encore à leur positionnement politique risque de masquer une problématique plus profonde : celle de la capacité de l’organisation syndicale elle-même à moderniser ses méthodes de travail et à renouveler ses mécanismes de négociation et de communication avec sa base.

En tant qu’institution élue, le syndicat ne saurait voir sa présence dépendre d’une personnalité spécifique, quels que soient le parcours syndical ou l’expérience professionnelle de celle-ci. L’un des enjeux majeurs de ce congrès réside sans doute dans la consolidation d’un syndicat qui tire sa force de ses membres, de ses structures et de ses programmes, plutôt que de la quête permanente d’une figure de référence chargée, à elle seule, de porter le poids de la défense du secteur.

Les enjeux pour le nouveau bureau exécutif

Les discours d’ouverture du congrès ne se sont pas limités aux revendications spécifiques des journalistes ; ils ont également abordé des questions sociales et civiles plus larges, témoignant ainsi de l’ancrage du syndicat au sein d’un réseau de relations unissant diverses organisations professionnelles et nationales.

Le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Slaheddine Selmi, a évoqué, lors de son intervention, la marche nationale sociale et pacifique prévue pour le 17 octobre, en soulignant que cette initiative intervient dans un contexte marqué, selon lui, par le refus du pouvoir exécutif d’ouvrir la voie à la négociation, tout en insistant sur l’importance d’unir les efforts des organisations ainsi que des structures civiles et sociales pour défendre les droits, les libertés et les revendications communes.

Selmi a précisé que cette marche se tiendra dans le cadre d’un front civil et social regroupant diverses organisations, instances et associations, en précisant qu’il ne s’agit pas d’un front politique, bien que cela n’exclue pas, selon ses dires, la participation de partis politiques aux actions programmées.

Les revendications syndicales ne se limitent plus aux seuls aspects professionnels et sectoriels, mais englobent désormais des questions d’intérêt général telles que les libertés individuelles et publiques, la liberté d’expression, de presse, d’organisation et de manifestation pacifique, ainsi que le droit à l’emploi et à une vie décente.

Ces déclarations remettent au premier plan une question qui a accompagné le syndicat à diverses étapes de son histoire : comment préserver l’indépendance de ses décisions professionnelles tout en s’inscrivant dans des alliances civiles et sociales partageant certaines de ses revendications ?

Il ne s’agit pas nécessairement de choisir entre ouverture et isolement, mais plutôt d’évaluer la capacité de la future direction à définir ses priorités et à préserver la spécificité de l’action syndicale dans le secteur de la presse, sans pour autant se couper des enjeux d’intérêt général qui affectent, directement ou indirectement, l’exercice de la profession.

Par ailleurs, le volet social demeure l’un des principaux défis qui attendent le nouveau bureau exécutif, notamment en ce qui concerne les conditions de travail au sein des établissements médiatiques publics et privés, la régularité du versement des salaires, l’amélioration de la couverture sociale et la résolution des situations de précarité de l’emploi, sans oublier l’adaptation aux mutations imposées par les médias numériques.

Le futur bureau sera également appelé à développer ses relations avec les différentes institutions et structures officielles du secteur des médias, en privilégiant le dialogue et la clarté des revendications, afin de défendre les intérêts des journalistes tout en tenant compte des difficultés économiques et organisationnelles auxquelles sont confrontées les entreprises employeuses.

Ces responsabilités ne semblent pas liées à un candidat en particulier ; elles exigent plutôt un travail collectif et un programme réalisable, capable de définir les priorités et de distinguer les revendications urgentes des réformes nécessitant un processus de négociation plus long.

En attendant le verdict des urnes ce dimanche, l’enjeu majeur de ce septième congrès réside dans la capacité du syndicat à sortir de cet événement plus soudé et mieux organisé, et à transformer les revendications en acquis concrets et durables pour les journalistes.

 (Avec Diwan).

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