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	<title>Archives des Africa Corps - Kapitalis</title>
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	<title>Archives des Africa Corps - Kapitalis</title>
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		<title>Le Sahel au bord du gouffre</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 09 May 2026 08:42:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pendant que le monde se focalise sur le Moyen Orient, le Sahel se défait, de la Méditerranée à la mer Rouge, de l’océan Indien aux côtes de l’Atlantique. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/09/le-sahel-au-bord-du-gouffre/">Le Sahel au bord du gouffre</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Pendant que le monde se focalise sur le Moyen Orient, le Sahel se défait, de la Méditerranée à la mer Rouge, de l’océan Indien aux côtes de l’Atlantique. Dans les sables brûlants du Sahel, l’État n’est plus qu’un fantôme, une fiction administrative en dissolution accélérée. Ce n’est pas un accident de l’histoire. C’est l’aboutissement d’une abdication collective, aux responsabilités partagées entre puissances coloniales avec la non viabilité de leurs découpages territoriaux, gouvernants, partenaires extérieurs complaisants et institutions internationales sourdes aux réalités qu’elles prétendaient transformer.</em></strong></p>



<p><strong>Yahya Ould Amar </strong>*</p>



<span id="more-18749973"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/02/Ould-Amar-Yahya.jpg" alt="" class="wp-image-335526"/></figure>
</div>


<p>Les ruines sont désormais visibles – reste à savoir jusqu’où l’onde de choc ira. Le Sahel est devenu le laboratoire mondial de ce qui arrive lorsque l’État cesse d’être une promesse commune et que la souveraineté se fragmente entre milices, trafiquants, juntes, puissances étrangères et communautés abandonnées.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’État fantôme</h2>



<p>Il faut nommer les réalités sans détour, même lorsqu’elles dérangent, l’État sahélien est devenu une anomalie historique faute de viabilité durable.</p>



<p>La racine des conflits armés au Sahel n’est ni exclusivement religieuse, ni seulement ethnique ou climatique, elle réside d’abord dans la faillite de l’État comme arbitre légitime. Le contrat social s’est brisé. Trop souvent replié sur la capitale, capturé par des<em> «élites»</em> prédatrices, incapable de protéger, de redistribuer, de juger équitablement et d’assurer les services publics élémentaires, l’État a cessé d’apparaître comme une promesse commune pour devenir, dans de vastes périphéries, une présence intermittente.</p>



<p>Là où il ne protège plus, d’autres souverainetés s’installent comme les autorités tribales, les réseaux religieux, les milices communautaires, les groupes armés, les trafiquants et entrepreneurs de guerre.</p>



<p>La pauvreté, la corruption, l’exclusion de communautés entières, les rivalités pastorales et foncières, la pression démographique, les chocs climatiques avec la raréfaction de l’eau et des pâturages, la circulation des armes, les trafics transfrontaliers et les ingérences étrangères ne sont donc pas des causes isolées – ce sont les accélérateurs d’un même effondrement politique.</p>



<p>Entre promesses de développement trahies, générations sacrifiées, territoires abandonnés, populations déplacées et armées devenues arbitres du pouvoir, la frontière entre l’État faible et l’État fantôme a été franchie presque partout au Sahel, jusqu’à ce que les ruines rendent l’effondrement visible.</p>



<p>Lorsque l’État échoue trop longtemps, les peuples cessent d’y croire et finissent par accepter n’importe quel ordre, pourvu qu’il donne l’illusion d’une protection.</p>



<p>Il serait abusif d’imputer l’échec de la construction étatique au Sahel à un rejet supposé de l’État par les sociétés sahéliennes, comme si celui-ci n’était qu’une anomalie historique étrangère à leurs réalités.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="SfYDgCPLui"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/04/la-descente-aux-enfers-du-mali-ne-sarrete-pas-depuis-2012/">La descente aux enfers du Mali ne s’arrête pas depuis 2012</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« La descente aux enfers du Mali ne s’arrête pas depuis 2012 » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/04/la-descente-aux-enfers-du-mali-ne-sarrete-pas-depuis-2012/embed/#?secret=pSlsD8SzMK#?secret=SfYDgCPLui" data-secret="SfYDgCPLui" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">De la fiction administrative à l’arc du chaos</h2>



<p>Du Mali en lambeaux au Soudan dévasté, du Niger fragilisé à la Libye morcelée sur les rives méditerranéennes, jusqu’en Somalie aux abords de la mer Rouge et de l’océan Indien en passant par l’Ethiopie, se dessine une vaste continuité de délitement étatique qui reconfigure le flanc sud de l’Europe.</p>



<p>Seul Djibouti, préservé des déchirures qui l’avaient meurtri durant une décennie jusqu’en 2001, échappe aujourd’hui au délitement tragique des États de la région. Par sa stabilité, sa position stratégique en face du détroit de Bab El Mendeb, du Yémen et de l’Arabie Saoudite, son hospitalité et son rôle de carrefour entre la mer Rouge et la Corne de l’Afrique, il s’affirme comme une terre de refuge, de paix et d’investissement dans un environnement régional gagné par les conflits armés.</p>



<p>Il faut regarder cette réalité de délitement sans détour, avant que les foyers de crise aujourd’hui dispersés ne s’agrègent en un arc d’instabilité continu, reliant les rivages de l’océan Indien à ceux de l’Atlantique, la Méditerranée à la mer Rouge, faisant de l’Afrique le continent du chaos et de la désolation.</p>



<p>Ce que Paris, Londres et Washington décrivent comme un simple déficit de gouvernance relève en réalité d’une crise plus profonde, liée à l’épuisement d’un modèle étatique de façade, faiblement enraciné et toujours concurrencé par des loyautés plus anciennes — tribales, régionales, confessionnelles ou claniques. Longtemps maintenu par la rente, l’aide internationale et l’assistance militaire, l’État sahélien voit aujourd’hui ses trois béquilles s’écrouler en même temps.<em></em></p>



<p>Les coups d’État militaires survenus ces dernières années au Mali, au Burkina Faso et au Niger constituent des symptômes avancés d’un affaissement profond de l’autorité publique, et des signaux d’alerte pour l’ensemble des États voisins. Les juntes ont pris le contrôle d’appareils bureaucratiques déjà fantomatiques, dont l’autorité est largement contestée à l’intérieur de leurs frontières. Ces régimes peuvent durer comme appareils de coercition, mais non comme projets politiques viables.</p>



<p>La démographie ajoute une dimension explosive que les analyses conventionnelles traitent, par myopie, comme un dividende accélérateur de croissance économique, alors qu’elle constitue&nbsp;le multiplicateur des crises. Une population qui double dans des États – en crise économique &#8211; qui s’affaiblissent, dans un environnement climatique qui se désertifie, cette équation n’a pas de solution pacifique à moyen terme.</p>



<p>Le changement climatique n’est pas une menace future au Sahel — c’est un&nbsp;fait présent et cumulatif. La zone de précipitations utiles recule vers le sud de 50 à 80 km par décennie.</p>



<p>Cette équation démographique et climatique rejoint une loi plus profonde de l’économie, les sociétés ne divergent pas seulement par leurs richesses, mais par les cercles cumulatifs — vertueux ou destructeurs — dans lesquels elles sont enfermées.</p>



<p>En effet, il existe, dans la théorie économique des nations fragiles, un seuil invisible – point critique où le revenu réel, la capacité productive et la puissance fiscale deviennent suffisants pour transformer la survie économique en dynamique cumulative de développement – mais décisif, en deçà, la pauvreté cesse d’être un simple retard de développement pour devenir une force d’aspiration vers le bas ; au-delà, l’accumulation du capital, de la confiance, de l’éducation, des infrastructures et des institutions peut au contraire produire une dynamique cumulative de prospérité.</p>



<p>Gunnar Myrdal avait montré que le sous-développement n’est pas un état immobile, mais un processus circulaire, la faiblesse des revenus réduit l’épargne, l’investissement et la qualité des services publics ; cette faiblesse dégrade à son tour la productivité, nourrit l’exode des compétences, accroît la défiance envers l’État, affaiblit la fiscalité, puis réduit encore davantage la capacité publique à protéger, instruire, soigner et équiper le territoire.</p>



<p>Le Sahel est précisément pris dans cette causalité cumulative négative, des États pauvres administrent des territoires immenses, jeunes, fragmentés et climatiquement vulnérables avec des ressources fiscales dérisoires ; leur impuissance économique devient impuissance politique, puis leur impuissance politique aggrave leur impuissance économique.</p>



<p>Tant qu’un pays ne franchit pas le seuil critique où l’investissement public, la sécurité, l’éducation, la justice et les infrastructures commencent à se renforcer mutuellement, il risque d’être aspiré par une spirale où chaque retard prépare le suivant, et où la pauvreté devient une architecture durable de la guerre.</p>



<p>La question décisive est de savoir si l’Etat sahélien n’est pas, en deçà de ce seuil critique de revenu, de capacité productive, donc condamné à devenir un État fantôme, non viable, trop pauvre pour protéger, trop faible pour administrer, trop absent pour unir, trop discrédité pour gouverner.</p>



<p>Dans cet immense espace sahélien de près de cinq millions de kilomètres carrés, l’État sahélien se défait sous nos yeux. Héritées des conférences coloniales de la fin du XIXᵉ siècle, ces architectures politiques — frontières tracées à l’équerre, découpages imposés à des sociétés complexes, indifférence aux réalités ethniques, linguistiques, religieuses et aux conditions mêmes de viabilité économique — n’ont que rarement réussi à se transformer en véritables nations.</p>



<p>Les groupes armés ne sont plus seulement des acteurs militaires. Ils sont devenus des prestataires de services : justice appliquée de façon cohérente là où les tribunaux étatiques ne sont que corruption organisée, redistribution économique là où l’État prélève sans donner, protection physique là où la sécurité est inexistante, parfois les armées nationales y commettent des atrocités. Leur modèle est l’administration territoriale. Ce sont les Talibans de 1994 à 1996 — et nous savons où cette trajectoire conduit.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="WFbCIVqsby"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/16/entre-crimes-de-guerre-et-genocide-le-soudan-agonise/">Entre crimes de guerre et génocide, le Soudan agonise !</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Entre crimes de guerre et génocide, le Soudan agonise ! » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/16/entre-crimes-de-guerre-et-genocide-le-soudan-agonise/embed/#?secret=S8tr54tZYf#?secret=WFbCIVqsby" data-secret="WFbCIVqsby" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Des dominos à des stades différents d’inclinaison</h2>



<p>L’idée du cordon sanitaire — isoler le Sahel, contenir sa contagion par des frontières renforcées — se fracasse sur une réalité géographique et humaine qui la précède de plusieurs siècles, dans cet espace, les frontières n’ont jamais été des réalités physiques pour les populations y compris les frontières maritimes.</p>



<p>La Libye est le cas le plus éloquent. Elle n’est pas une victime de l’instabilité sahélienne — elle en est l’amplificateur structurel. La destruction de l’État libyen par l’intervention de l’Otan en &nbsp;2011 a ouvert dans tout le Sahel un immense marché noir des armes, transformant les arsenaux libyens en carburant militaire du chaos régional.</p>



<p>Aujourd’hui bicéphale — Tripoli soutenue par la Turquie et le Qatar, Benghazi par les Émirats, l’Égypte et les successeurs de Wagner — la Libye entretient une partition dont chaque parrain tire profit et que personne n’a réellement intérêt à résoudre. Ses 1700 kilomètres de frontière commune avec le Niger, le Tchad, le Soudan et l’Algérie sont des artères vitales pour les trafics de migrants, d’armes et de drogue.</p>



<p>Plus au Sud, le Nigéria — 230 millions d’habitants, premier producteur pétrolier du continent — vit une guerre civile rampante que les observateurs s’obstinent à traiter comme un problème de gouvernance régionale. Boko Haram et l’ISWAP (l’État islamique Afrique de l’Ouest) contrôlent des portions entières des États du Nord-Est depuis 2009. Leur connexion avec le GSIM sahélien est opérationnelle. Le Sahel et le Nigéria forment désormais un continuum sécuritaire. Un Nigéria en décomposition partielle serait une recomposition comparable en impact géopolitique à la désintégration soviétique — mais à une échelle démographique dix fois supérieure. Les États côtiers qui avaient été présentés comme des succès — Côte d’Ivoire, Ghana, Sénégal — voient leurs régions septentrionales pénétrées selon exactement le même modèle de diffusion qu’au Mali d’avant 2012, d’abord les zones rurales frontalières, ensuite les axes routiers, enfin les villes secondaires. La fenêtre d’action préventive se ferme dans les trois à cinq ans.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Si le verrou algérien céderait…</h2>



<p>Il est un pays, l’Algérie, dont l’effondrement, que personne de la région ne souhaite, concentrerait en un seul choc géopolitique toutes les catastrophes évoquées jusqu’ici — et auquel les capitales occidentales consacrent une réflexion stratégique désespérément insuffisante, considérant le pays comme une menace en cas de conflit majeur. Non pas parce qu’une catastrophe est imminente mais parce qu’elle est <em>calculable</em>, et que ses effets seraient proprement incommensurables avec le basculement dans le chaos de plusieurs états de la région et au-delà.</p>



<p>L’Algérie est un pôle de stabilité régionale dont la continuité repose sur deux variables, le prix du pétrole et le pari sur son développement industriel. Le pays est engagé dans une transition industrielle réelle, soutenue par des investissements massifs et des projets structurants, réduisant à l’horizon 2030 sa dépendance aux hydrocarbures.</p>



<p>Les revenus des hydrocarbures financent la paix sociale avec des subventions massives sur les carburants, l’alimentation, emploi public à environ 34 % de la population active. Les réserves de change sont passées de 143 milliards de dollars en 2014 à 47 milliards en 2025. La fenêtre de viabilité financière se ferme dans cinq à sept ans, peut-être moins si la transition énergétique européenne et mondiale vers la décarbonisation réduit les prix et achats du gaz algérien.</p>



<p>Mais la menace algérienne brandie par une partie des élites et médias en Occident est tripolaire — et c’est précisément pourquoi elle est si difficile à articuler dans les chancelleries occidentales habituées à des diagnostics binaires.</p>



<p><strong><em>Premier pôle : le risque d’effondrement interne</em></strong></p>



<p>L’Algérie est solide, mais si le régime vacille sous la pression conjuguée d’une crise économique ou sanctions imposées et d’une déstabilisation orchestrée de l’extérieur, ce sont les 6000 kilomètres de frontières avec la Libye, le Niger, le Mali et la Mauritanie qui deviennent des passoires absolues. Si Alger bascule dans une instabilité ouvrant sur la Méditerranée, c’est une vague migratoire d’une ampleur sans précédent vers la France, l’Italie et l’Espagne, avec tout ce que cela aura comme impact politique en Europe.</p>



<p><strong><em>Deuxième pôle : l’Algérie comme menace aux intérêts occidentaux</em></strong></p>



<p>Ici, il faut nommer ce que les diplomates occidentaux ne formulent pas publiquement, que l’Algérie est un acteur hostile aux intérêts stratégiques de l’Occident sur plusieurs dossiers simultanés. Entre autres, ses achats d’armements russes massifs — Alger est le troisième importateur mondial d’armes russes après l’Inde et la Chine — envoient un signal explicite sur ses alignements stratégiques réels. Sa relation entretenue avec Moscou pendant et après l’invasion de l’Ukraine, son refus de condamner la Russie à l’Onu, et sa politique de non-alignement revendiquée, considérée comme une couverture diplomatique pour un penchant structurel anti-occidental. En cas de crise majeure, les bases aériennes et navales algériennes pourraient être utilisées — ou proposées — à des acteurs hostiles à l’Otan.</p>



<p><strong><em>Troisième pôle : l’Algérie dans l’axe des puissances menaçantes</em></strong></p>



<p>Et c’est ici que le tableau géopolitique prend sa dimension la plus inquiétante pour l’Occident. L’Algérie s’inscrit dans un axe de puissances dont chacune, à des degrés divers et selon des logiques propres, représente aujourd’hui un défi existentiel pour l’ordre occidental en Méditerranée et en Afrique. La Turquie d’Erdogan a construit une présence militaire en Libye, noué des alliances avec les juntes sahéliennes via la Diyanet et les marchands d’armes, et utilisé les flux migratoires comme levier de chantage systématique sur l’Europe. Elle est membre de l’Otan tout en sapant méthodiquement ses intérêts — combinaison paradoxale qui paralyse pour le moment toute réponse collective occidentale. L’Égypte du maréchal Sissi soutient Haftar en Libye, maintient des contacts réguliers avec Moscou et Pékin, et conduit une politique sahélienne visant à contrebalancer l’influence européenne et à sécuriser son flanc occidental — notamment via le Soudan, aujourd’hui en guerre civile avec des ramifications qui s’étendent jusqu’à la mer Rouge. Ces trois pays — Algérie, Turquie, Égypte — ne forment pas un bloc homogène. Mais ils partagent une caractéristique stratégique décisive en cas de conflit majeur, ils occupent les positions-clés du verrou méditerranéen, et leur politique étrangère est, dans les faits, structurellement incompatible avec les intérêts de sécurité européens.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="tp7l75vnPH"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/30/lavenir-de-la-libye-en-suspens/">L’avenir de la Libye en suspens</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« L’avenir de la Libye en suspens » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/30/lavenir-de-la-libye-en-suspens/embed/#?secret=0qOjiD2FZ2#?secret=tp7l75vnPH" data-secret="tp7l75vnPH" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Personne n’a intérêt à la paix</h2>



<p>La Russie a déployé l’Africa Corps au Mali, au Burkina, au Niger, en Libye et en République centrafricaine pour un coût financé en partie via des concessions minières. Elle chasse l’Occident de ses zones d’influence historiques, accède à l’or malien, à l’uranium nigérien, aux diamants centrafricains, et — point capital — génère délibérément des flux migratoires supplémentaires qui alimentent les populismes européens et fragilisent l’Union Européenne.</p>



<p>La Chine prend les ressources sans faire la guerre et sans créer d’ennemis. Pékin est le premier partenaire commercial africain depuis 2009 déployant une stratégie d’offre sans conditionnalités avec des prêts sans exigences démocratiques, des investissements sans transparence. Elle installe des entreprises d’extraction dans les zones contestées, négocie avec les groupes armés aussi facilement qu’avec les gouvernements reconnus.</p>



<p>La réalité la plus difficile à accepter est qu’aucun des acteurs qui ont le pouvoir de stabiliser la région n’a réellement intérêt à le faire – exceptée l’Algérie en raison de sa région Touareg. C’est un système d’intérêts croisés, d’une cohérence perverse, qui maintient le chaos comme équilibre optimal pour chacun de ses participants — sauf pour les populations sahéliennes, qui en paient le prix de leur vie.</p>



<p>Le drame sahélien tient précisément à cette convergence monstrueuse, ainsi pour les populations, le chaos est une tragédie ; pour plusieurs acteurs extérieurs, il est devenu une ressource. Il ouvre des accès miniers, justifie des présences militaires, affaiblit les concurrents et permet à des puissances moyennes ou globales de peser à faible coût sur l’équilibre du monde. La guerre devient, dans certains espaces, une modalité de gestion des rapports de force. Le Sahel n’est donc pas abandonné par hasard, il est aussi exploité parce que son désordre produit des dividendes stratégiques.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’âge des souverainetés fantômes</h2>



<p>L’hypothèse d’un effondrement total de l’Etat sahélien est aussi peu probable que celle d’une stabilisation. Ce qui s’installe, c’est une souveraineté à géométrie variable, où l’État subsiste comme enveloppe formelle — siège à l’Onu, drapeau, monnaie — pendant que le territoire réel est administré par une mosaïque d’acteurs. Groupes armés, milices ethniques tiennent les axes routiers, juntes militaires dans les capitales, compagnies étrangères dans les périmètres miniers. Chacun prélève, chacun protège, chacun gouverne à sa manière. C’est un ordre parallèle, fonctionnel et durable, précisément parce qu’il rend services là où l’État a failli.</p>



<p>Ce qui s’installe, c’est la privatisation de la souveraineté sur le monopole public de la contrainte, de l’impôt, de la justice et de la protection qui se disperse entre entrepreneurs de guerre, milices identitaires, compagnies étrangères, réseaux criminels et appareils militaires concurrents.</p>



<p>L’Alliance des États du Sahel — Mali, Burkina, Niger — est moins une construction politique qu’une posture anticoloniale commune. Les juntes partagent un discours, pas une vision. Elles se heurtent aux mêmes contraintes structurelles que les régimes qu’elles ont renversés, sans l’aide internationale qui en masquait la fragilité, ni la légitimité démocratique qui en différait l’implosion. Africa Corps ne peut pas remplacer un État. L’or malien et l’uranium nigérien financeront un temps les appareils sécuritaires, pas le développement. D’ici 2028-2030, ces régimes auront soit négocié un retour partiel à une légitimité civile, soit sombré dans une violence interne que leurs propres armées ne maîtriseront plus.</p>



<p>Le vrai basculement géopolitique ne viendra pas du Mali ou du Burkina mais du Sénégal, du Ghana et surtout de la Côte d’Ivoire. Ces États ont servi de contre-exemples, de preuves que la gouvernance pouvait fonctionner en Afrique de l’Ouest. Leur déstabilisation partielle — déjà engagée dans leurs régions septentrionales — invaliderait définitivement le paradigme du développement par la gouvernance, promu depuis trente ans par les institutions de Bretton Woods.</p>



<p>Si un scénario mérite d’être qualifié de systémique, c’est la décomposition partielle du Nigéria. Avec une économie déjà sous pression, un Nord-Est en guerre depuis quinze ans et une fédération dont les lignes de fracture ethniques et religieuses n’ont jamais été véritablement suturées, le Nigéria n’est pas un État fragile au sens conventionnel — c’est un agrégat sous tension dont la rupture provoquerait un déversement humain sans équivalent dans l’histoire africaine contemporaine.</p>



<p>Le Soudan et la Somalie sont l’exemple de ce que devient un territoire quand l’État a définitivement cessé d’être le cadre de référence des populations. Deux géographies distinctes, deux trajectoires différentes, une même conclusion, l’irréversibilité à court terme.</p>



<p>Dans ce contexte, la stabilisation durable au Sahel est improbable avant plusieurs décennies.</p>



<p>Enfin, le Sahel révèle ce que devient le monde lorsque l’État cesse de protéger et d’unir, une souveraineté de façade, livrée aux milices, aux trafiquants et aux puissances extérieures. Ce naufrage est l’échec d’États sans contrat social, sans justice et sans enracinement. Le choix est entre la reconstruction patiente d’États légitimes, capables de rendre justice et de protéger les peuples, ou l’acceptation d’un monde où la peur remplacera la loi, où les milices remplaceront les institutions, et où la souveraineté ne sera plus qu’un mot imprimé sur des cartes.</p>



<p><em>* Economiste, banquier et financier.</em></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="lT4ns1dkJh"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/26/troubles-au-mali-la-tunisie-doit-securiser-ses-frontieres-terrestres/">Troubles au Mali | La Tunisie doit sécuriser ses frontières terrestres !</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Troubles au Mali | La Tunisie doit sécuriser ses frontières terrestres ! » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/26/troubles-au-mali-la-tunisie-doit-securiser-ses-frontieres-terrestres/embed/#?secret=AYz2DAMY30#?secret=lT4ns1dkJh" data-secret="lT4ns1dkJh" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>La descente aux enfers du Mali ne s’arrête pas depuis 2012</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/04/la-descente-aux-enfers-du-mali-ne-sarrete-pas-depuis-2012/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 May 2026 08:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis 2012, le Mali vit au rythme de l’insurrection des Touaregs du Front de libération de l’Azawad et le JNIM, lié à Al-Qaïda.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/04/la-descente-aux-enfers-du-mali-ne-sarrete-pas-depuis-2012/">La descente aux enfers du Mali ne s’arrête pas depuis 2012</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Depuis 2012, le Mali vit au rythme de l’insurrection menée par les Touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) et le JNIM, groupe lié à Al-Qaïda. En 2020, des officiers soutenus par la Russie ont mené un coup d’État contre le pouvoir civil de Ibrahim Boubacar Keïta estimant que ce pouvoir soutenu par la France a échoué dans la lutte contre l’alliance des séparatistes et des djihadistes. Cependant, depuis six ans, la junte militaire qui a fait appel à Wagner -remplacé depuis par Africa Corps, un autre groupe paramilitaire russe- a elle-même complètement échoué et la situation n’a fait que se dégrader. </em></strong><em>(Photo : Monument à la gloire de l&rsquo;armée malienne à Bamako. AFP/Getty).</em> </p>



<p><strong>Imed Bahri</strong></p>



<span id="more-18725773"></span>



<p>Dans une enquête sur la situation au Mali, <a href="https://www.theguardian.com/world/2026/apr/30/mali-bamako-violence" target="_blank" rel="noreferrer noopener">The Guardian</a> évoque le <em>«Grand Bal de Bamako»</em>, nom donné par les organisateurs à la soirée du samedi 25 avril 2026 à l’Hôtel de l’Amitié, dans la capitale malienne, qui devait faire la une des journaux du pays.</p>



<p>De nombreux sponsors, dont Orange Mali, filiale locale de l’opérateur français, avaient financé l’événement. Les organisateurs espéraient qu’il démontrerait la capacité du Mali à organiser de grands événements malgré une crise sécuritaire qui sévit sur plusieurs fronts. La veille du concert, un convoi de voitures est venu chercher la tête d’affiche, le chanteur sénégalais Youssou N’Dour, lauréat d’un Grammy Award, à l’aéroport international Modibo Keita.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Combats entre insurgés et forces de sécurité</h2>



<p>Finalement, N’Dour, l’une des voix les plus célèbres du continent, n’a pas pu se produire. Avant le début du concert, les invités se sont levés des tables nappées de blanc et ont quitté les lieux, après avoir appris que la junte au pouvoir avait imposé un couvre-feu de 72 heures dans toute la ville.</p>



<p><em>«Nous sommes confrontés à une situation qui nous échappe»</em>, a déclaré l’organisateur principal. Abdoulaye Guitteye a déclaré sur scène : <em>«Nous avons vraiment fait de notre mieux, nous avons essayé»</em>.</p>



<p>Le couvre-feu a été instauré en réponse à une attaque coordonnée contre plusieurs villes maliennes, menée par une alliance improbable de djihadistes et de séparatistes.</p>



<p>À Bamako, les habitants se sont réveillés à l’aube au son des tirs, le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le JNIM, groupe lié à Al-Qaïda, ayant pris pour cible l’aéroport par lequel N’Dour était arrivé. Selon certaines sources, la junte aurait accordé une autorisation spéciale pour la réouverture temporaire de l’aéroport afin que le chanteur puisse rejoindre Dakar.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="6iJ30LAp57"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/26/troubles-au-mali-la-tunisie-doit-securiser-ses-frontieres-terrestres/">Troubles au Mali | La Tunisie doit sécuriser ses frontières terrestres !</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Troubles au Mali | La Tunisie doit sécuriser ses frontières terrestres ! » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/26/troubles-au-mali-la-tunisie-doit-securiser-ses-frontieres-terrestres/embed/#?secret=SrOXVq46Jq#?secret=6iJ30LAp57" data-secret="6iJ30LAp57" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Un kamikaze tue le ministre de la Défense</h2>



<p>À Kati, ville de garnison hautement sécurisée située à seulement 15 kilomètres de Bamako, de violents combats ont éclaté entre insurgés et forces de sécurité devant la résidence du ministre de la Défense, Sadio Camara. Un kamikaze a ensuite lancé une voiture piégée contre la propriété, tuant Camara et plusieurs membres de sa famille.</p>



<p>Depuis 2012, le Mali est confronté à une grave crise sécuritaire, alimentée notamment par les violences de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, ainsi que par des bandes criminelles locales et des groupes indépendantistes. Le JNIM a imposé un blocus de carburant sévère à Bamako l’année dernière mais celui-ci s’était allégé dans la période précédant les attaques du samedi 25 avril.</p>



<p>Camara était une figure clé de la junte et un russophone considéré comme l’artisan du rapprochement de la junte avec la Russie, en particulier son accord avec le groupe de mercenaires Wagner –qui s’est ensuite transformé en Africa Corps, contrôlé par le Kremlin– pour assurer la protection du régime et un soutien à la lutte contre l’insurrection.</p>



<p>À l’instar de ses voisins, le Burkina Faso et le Niger, le Mali avait expulsé les forces françaises et américaines après le coup d’État qui a porté la junte au pouvoir.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Il y a forcément des complices</h2>



<p>Les théories du complot se répandent librement : certains affirment que les djihadistes disposaient de sources proches de Camara qui les ont aidés à pénétrer dans son complexe lourdement gardé. <em>«Les militaires eux-mêmes admettent qu’il y avait forcément des complices»</em>, a déclaré au <em>Guardian</em> un consultant basé à Bamako, sous couvert d’anonymat.</p>



<p>Des attaques simultanées ont eu lieu dans des villes et des villages de tout le pays, notamment à Gao, Mopti, Sévaré et Bourem.</p>



<p>À Kidal, ancien bastion séparatiste près de la frontière avec le sud de l’Algérie, l’armée malienne et l’Africa Corps ont été submergées par les combattants. Les autorités algériennes auraient aidé les troupes à négocier leur retrait de la ville.</p>



<p>Ces attaques –les plus importantes perpétrées dans le pays depuis près de 15 ans– marquent une nouvelle escalade d’un conflit qui a débuté en 2012.</p>



<p>Des Touaregs, se sentant marginalisés depuis l’indépendance du Mali en 1960, ont alors lancé une offensive, aidés par des armes récupérées après la chute du régime Kadhafi en Libye. Des extrémistes du nord ont ensuite instrumentalisé le soulèvement et l’ont amplifié à tel point que les interventions de l’armée française et d’une force de maintien de la paix de l’Onu n’ont pas permis de rétablir l’ordre.</p>



<p>Ce conflit a également conduit à trois coups d’État successifs dont celui de mai 2021 qui a porté Assimi Goïta à la tête de l’État. Quelques années plus tard, il a retiré le Mali de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), en même temps que ses homologues chefs de junte au Burkina Faso et au Niger.</p>



<p>Goïta est resté introuvable, alimentant les spéculations : les rebelles auraient-ils déjoué les plans des mercenaires turcs qui le protégeaient ? Ou bien aurait-il été destitué par ses complices putschistes ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les Russes à la manœuvre</h2>



<p>Mardi après-midi, Goïta a démenti les rumeurs en réapparaissant sur une photo le montrant en compagnie de l’ambassadeur de Russie, photo publiée par la présidence malienne sur X. Il s’est ensuite adressé à la nation, déclarant : <em>«Le plan meurtrier de l’ennemi a été déjoué»</em>. <em>«Ces attaques ne sont pas des incidents isolés mais s’inscrivent dans un vaste plan de déstabilisation conçu et mis en œuvre par des groupes terroristes et des commanditaires, tant extérieurs qu’intérieurs, qui leur fournissent renseignements et soutien logistique»</em>, a-t-il déclaré, reprenant le discours du ministère de la Défense russe, qui affirmait, sans preuve, avoir déjoué un coup d’État soutenu par les forces occidentales.</p>



<p>Les autorités de Bamako et de Moscou ont confirmé des pertes civiles et militaires, sans toutefois communiquer de chiffres précis. L’armée a également annoncé avoir tué plus de 200 terroristes.</p>



<p>Selon les analystes, les Russes vont désormais se concentrer sur la protection de la capitale et de la présidence. Le consultant basé à Bamako doute que la capitale puisse être prise compte tenu de la supériorité numérique des Russes mais il sait que la menace est omniprésente. <em>«Les djihadistes et les séparatistes connaissent les montagnes et les sentiers mieux que l’armée et se déplacent à moto. Ils maîtrisent la situation. Ils s’y étaient préparés»</em>, explique-t-il.&nbsp;</p>



<p>Tandis que la population poursuit ses activités quotidiennes, la ville reste en état d’alerte maximale. <em>«Ce matin encore, les enfants sont allés à l’école mais la panique règne et beaucoup de gens restent chez eux»</em>, a déclaré le consultant, qui vit dans une banlieue de Bamako et n’a pas quitté son domicile depuis samedi 25 avril.</p>



<p>Sur les réseaux sociaux, des vidéos circulent, montrant des djihadistes exhortant la population, en bambara (la langue la plus parlée du pays), à ne pas quitter la capitale. Une vidéo, accompagnée d’une musique entraînante, semble montrer un combattant en train de taguer les panneaux du gouvernement dans le centre de Kidal, tout en faisant le signe de la paix face à la caméra. <em>The Guardian</em> n’a pas pu vérifier l’authenticité de ces images.</p>



<p>Tout au long de la journée du samedi 25 avril, les organisateurs du concert ont résisté aux appels à l’annulation de l’événement face à l’évolution rapide de la situation sécuritaire, notamment parce que le lieu, situé à quelques rues de l’ambassade de France, est considéré comme l’un des plus sûrs de la capitale.</p>



<p>Cette volonté de maintenir le concert témoigne du désir, partagé par de nombreux habitants de Bamako, de mener une vie aussi normale et dynamique que possible. Cette attitude est encouragée par la junte qui cherche depuis longtemps à projeter une image de stabilité.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Continuer à vivre malgré tout</h2>



<p>En décembre, alors même que le blocus des carburants bouleversait le quotidien de millions de personnes, une biennale se tenait dans la cité antique de Tombouctou. Et le week-end dernier, des couples ont célébré leurs mariages à Bamako malgré les violences.</p>



<p>Une habitante de Bamako, présente au festival de Tombouctou, a déclaré cette semaine : <em>«Voici ce que je dis aux gens : Soit nous choisissons de vivre, soit nous choisissons de rester terrorisés. Beaucoup ont également écrit sur les réseaux sociaux : Nous ne céderons pas, nous devons résister, nous devons continuer à vivre!»</em>.</p>



<p>Il est à indiquer que les groupes paramilitaires russes qui se sont succédés à savoir Wagner puis Africa Corps afin de soutenir la junte militaire pro-russe ont non seulement échoué à mater l’insurrection menée par l’alliance des séparatistes et des djihadistes mais ont perpétré beaucoup de crimes au nord du Mali comme nous l’avons vu dans un précèdent article intitulé <em><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/12/les-crimes-sans-fin-des-mercenaires-russes-au-mali/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">«Les crimes sans fin des mercenaires russes au Mali»</a></em>.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="nv3apuA6WP"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/12/les-crimes-sans-fin-des-mercenaires-russes-au-mali/">Les crimes sans fin des mercenaires russes au Mali</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Les crimes sans fin des mercenaires russes au Mali » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/12/les-crimes-sans-fin-des-mercenaires-russes-au-mali/embed/#?secret=u5NBl6bV0M#?secret=nv3apuA6WP" data-secret="nv3apuA6WP" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>Les crimes sans fin des mercenaires russes au Mali</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 Dec 2025 09:33:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>De vastes régions du Mali sont le théâtre de graves exactions perpétrées par l'Africa Corps, une organisation paramilitaire russe.  </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/12/les-crimes-sans-fin-des-mercenaires-russes-au-mali/">Les crimes sans fin des mercenaires russes au Mali</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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<p><strong><em>Alors que les flux des migrants subsahariens s’intensifient vers les pays d’Afrique du Nord, notamment la Tunisie, fuyant les guerres et les violences, de vastes régions du Mali sont devenues le théâtre de graves exactions perpétrées ces derniers mois par l&rsquo;Africa Corps, une organisation paramilitaire russe qui a pris le relais de la sulfureuse société russe de mercenaires <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/03/13/wagner-seme-la-terreur-au-mali/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Wagner </a>depuis la mort de son dirigeant Evgueni Prigojine.</em></strong></p>



<p><strong>Imed Bahri</strong></p>



<span id="more-18078678"></span>



<p>Cette <em>«Légion africaine»</em> sème la terreur et les populations civiles se retrouvent à la fois la proie des terroristes islamistes mais aussi des mercenaires russes.&nbsp;</p>



<p>La présence russe dans la région du Sahel qui a supplanté celle des militaires français a non seulement échoué à éradiquer le terrorisme et à pacifier la région mais pire, elle s’en prend aux civils. C&rsquo;est l’exil ou la mort.&nbsp;</p>



<p>Monica Brontsuk et Caitlin Kelly ont recueilli pour le compte du <a href="https://www.latimes.com/world-nation/story/2025-12-07/as-russias-successor-to-wagner-fights-in-mali-witnesses-tell-of-atrocities" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Los Angeles Times</a> les témoignages de dizaines de réfugiés ayant fui vers la frontière mauritanienne qui révèlent des massacres, des viols, des décapitations et des pillages de villages perpétrés sans distinction, dans le cadre d’une campagne conjointe des forces maliennes et de l’unité russe opérant sur place à la demande des autorités maliennes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Africa Corps remplace Wagner</h2>



<p>Le journal souligne que les autorités maliennes n’ont jamais reconnu publiquement la présence de Wagner ni de Africa Corps mais les médias d’État russes ont publié ces dernières semaines des reportages en provenance du Mali faisant l’éloge de cette <em>«Légion africaine»</em> pour sa défense du Mali contre les terroristes. Le ministère russe des Affaires étrangères a également confirmé que cette unité opère à la demande des autorités maliennes.&nbsp;</p>



<p>Malgré l’espoir des civils que le départ de Wagner et son remplacement par l’Africa Corps atténuerait la brutalité du conflit, les réfugiés ont confirmé que rien n’avait changé. Les mêmes tactiques persistaient : incendies de villages, exécutions sommaires, enlèvements de femmes et insultes racistes proférées à l’encontre des habitants. En réalité, seule la dénomination de l’entité de mercenaires a changé.&nbsp;</p>



<p>Tenant son plus jeune fils dans ses bras, Boukar a déclaré avoir compté tous les hommes tués ou enlevés par Wagner et l’armée malienne dans sa ville natale, un total de 214. <em>«Seul le nom a changé. Les vêtements, les véhicules et les hommes sont les mêmes. Les méthodes sont les mêmes voire pires. C’est pourquoi nous sommes repartis»</em>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Entre le marteau et l’enclume</h2>



<p>Le journal rapporte que les civils se retrouvaient pris en étau entre la violence des groupes extrémistes comme Jama&rsquo;at Nasr al-Islam wal Muslimin (JNIM) et la répression de l&rsquo;armée malienne et de l’Africa Corps. Obéir aux ordres des extrémistes les exposait à des représailles de l’État, tandis que les ignorer faisait d’eux des cibles pour les mercenaires.</p>



<p>Dans ce chaos, les exactions se multiplient dans des zones difficiles d’accès pour les journalistes et les organisations humanitaires. Selon certains témoignages, des corps ont été retrouvés mutilés, une pratique précédemment attribuée à Wagner.</p>



<p>Si certaines statistiques indiquent une baisse du nombre de victimes civiles imputées aux Russes, les experts remettent ces chiffres en question. Un ancien d’un village témoigne : <em>«C’est la politique de la terre brûlée. Les soldats ne parlent à personne. Ils tirent sur tous ceux qu’ils voient. Sans poser de questions, sans prévenir et les gens ignorent pourquoi ils sont tués»</em>.</p>



<p>Ainsi, le Sahel et l’Afrique de l’Ouest sont devenus la région la plus dangereuse du monde en matière d’extrémisme. Cette situation a encore davantage isolé le Mali après le retrait des forces de maintien de la paix de l’Onu et son exclusion de la Cour pénale internationale, rendant les enquêtes criminelles encore plus difficiles.</p>



<p>Les témoignages des réfugiés font état d&rsquo;histoires tragiques : une mère a vu son fils se faire massacrer sous ses yeux avant que sa fille ne soit enlevée. Une autre a perdu ses enfants en fuyant. Une troisième raconte avoir fui, prise de panique, au point d’oublier son bébé. Dans chaque récit, les <em>«hommes blancs»</em>, comme les appellent les habitants, apparaissent comme les plus terrifiants.</p>



<p>Fatima, une réfugiée à la frontière mauritanienne, raconte que lorsque les hommes blancs sont arrivés au village de Koura, tout le monde a fui, sauf elle, car sa fille s’est évanouie en entendant des coups de feu. Les hommes allaient de maison en maison, volant les bijoux des femmes et tuant les hommes. Lorsqu’ils sont entrés chez elle, ils ont cru sa fille morte et l’ont laissée là.</p>



<p>Fatima ne voulait pas parler des sévices que les hommes blancs lui avaient infligés. Mais lorsqu’ils sont partis, elle a découvert le corps de son fils, il avait été tué dans sa boutique. Puis elle a trouvé son frère blessé et alors qu’elle entamait son voyage vers la Mauritanie, sa fille est décédée.</p>



<p><em>«Avant le conflit, j&rsquo;étais forte et courageuse»</em>, a dit Fatima avant d&rsquo;ajouter: <em>«Maintenant, la vie n’a plus de sens. Je ne suis plus qu’un être vivant, qui a l’apparence de ce que j’étais, mais en réalité, je ne suis plus vivante. Je ne sais pas ce que nous avons fait pour mériter cela»</em>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Personnes violées, torturées et tuées</h2>



<p>Les experts affirment qu’il est impossible de connaître le nombre exact de personnes tuées et agressées au Mali, en particulier dans les zones reculées où l’accès des journalistes et des travailleurs humanitaires est de plus en plus restreint. <em>«De nombreuses personnes ont été violées, torturées et tuées»</em>, a déclaré Şükrü Cansızoğlu, représentante du HCR en Mauritanie, ajoutant : <em>«Il est parfois difficile d’identifier précisément les auteurs de ces crimes»</em>.&nbsp;</p>



<p>Des experts juridiques ont souligné que l’intégration formelle de l’Africa Corps au sein du ministère russe de la Défense rend Moscou directement responsable de tout crime que cette force pourrait commettre au Mali. Pourtant, les opérations se poursuivent sans transparence ni contrôle tandis que les témoignages s’accumulent, faisant état d’une spirale de violence qui ne montre aucun signe d’apaisement.</p>



<p>Pour les personnes en fuite, la question la plus pressante est : pourquoi subissent-elles tout cela ? La réponse, conclut le journal, se perd dans le conflit qui oppose une force russe opaque, une armée affaiblie et des extrémistes tout aussi brutaux. Et ce sont les populations civiles qui, hélas, sont les victimes qui subissent les atrocités des belligérants.</p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="vIGZdkLFpH"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/03/13/wagner-seme-la-terreur-au-mali/">Wagner sème la terreur au Mali</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Wagner sème la terreur au Mali » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/03/13/wagner-seme-la-terreur-au-mali/embed/#?secret=ms6n1McobL#?secret=vIGZdkLFpH" data-secret="vIGZdkLFpH" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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