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	<title>Archives des Carthaginois - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Carthaginois - Kapitalis</title>
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	<item>
		<title>L’origine des habitants de Carthage révélée pour la première fois</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Apr 2025 12:23:22 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Une récente étude prouve que les Carthaginois n’étaient pas apparentés aux fondateurs de la cité, les Phéniciens. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/04/24/lorigine-des-habitants-de-carthage-revelee-pour-la-premiere-fois/">L’origine des habitants de Carthage révélée pour la première fois</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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<p><strong><em>L’origine des habitants de Carthage, la cité antique fondée au IX<sup>e</sup> siècle avant J.-C., a été révélée pour la première fois. Ils n’étaient pas apparentés aux fondateurs de la cité, les Phéniciens, venus des côtes est de la Méditerranée.</em></strong></p>



<span id="more-16271709"></span>



<p>Sur la côte de l’actuelle Tunisie, adversaire de Rome dans les célèbres guerres puniques : l’ADN extrait des restes de 210 individus retrouvés dans 14 sites archéologiques importants au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, en Sicile, en Sardaigne, dans la péninsule ibérique et à Ibiza a en effet révélé que les Carthaginois n’étaient pas apparentés aux fondateurs de leur ville, les Phéniciens, dont ils n’ont hérité que leur culture.</p>



<p>L’étude publiée dans la revue <em>Nature</em> montre, au contraire, que les habitants de Carthage et de ses colonies avaient une grande diversité génétique : cela indique qu’ils se sont mélangés avec de nombreuses populations venues de lieux éloignés, principalement de Sicile et de Grèce.</p>



<p>La civilisation maritime des Phéniciens a transformé toute la Méditerranée au cours du 1<sup>er</sup> millénaire avant J.-C., fondant de nombreuses colonies dont Carthage. Cependant, la composition génétique de ses habitants est restée jusqu’à présent largement inconnue, tout comme l’ampleur des déplacements entre les colonies.</p>



<p>Pour éclairer ces aspects, les chercheurs ont analysé le génome extrait des restes de 210 individus, ce qui a montré que les liens de parenté avec les Phéniciens étaient très peu nombreux malgré d’abondantes preuves archéologiques de liens culturels, historiques, linguistiques et religieux. Au contraire, les héritiers de la culture phénicienne présentent un profil génétique très similaire à celui de ceux qui ont vécu en Sicile et en Grèce, avec des influences minoritaires arrivant également d’Afrique du Nord.</p>



<p>Ce sont là les résultats d’une recherche internationale avec une contribution importante de l’Italie, coordonnée par David Reich de l’Université de Harvard, du Centre de recherche Max Planck-Harvard pour l’archéologie de la Méditerranée antique de Leipzig et du Broad Institute du MIT et de Harvard, Ilan Gronau de l’Université Reichman d’Israël, Carles Lalueza-Fox de l’Institut de biologie évolutive de Barcelone, Ron Pinhasi de l’Université de Vienne, David Caramelli de l’Université de Florence et Alfredo Coppa des Universités de Vienne et Sapienza de Rome. Les universités de Palerme, Bologne et Cagliari, le ministère italien de la Culture et la Fondation Giuseppe Whitaker de Palerme ont également participé à l’étude.</p>



<p class="has-text-align-right"><em>Traduit de l&rsquo;italien.</em></p>



<p>D&rsquo;après <a href="https://www.ansa.it/ansamed/it/notizie/rubriche/cultura/2025/04/24/svelata-per-la-prima-volta-lorigine-degli-abitanti-di-cartagine_ea2f0165-6e5e-4adb-9976-304086652ad3.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Ansamed</a>. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/04/24/lorigine-des-habitants-de-carthage-revelee-pour-la-premiere-fois/">L’origine des habitants de Carthage révélée pour la première fois</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Histoire : Marseille, une cité phénicienne, petite sœur de Carthage</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2025/01/29/histoire-marseille-une-cite-phenicienne-petite-soeur-de-carthage/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Jan 2025 09:24:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans ‘‘Marseille phénicienne’’, Gabriel Chakra affirme que vers 600 avant J.-C., Marseille abritait un comptoir et un sanctuaire phéniciens lies à Carthage,</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/01/29/histoire-marseille-une-cite-phenicienne-petite-soeur-de-carthage/">Histoire : Marseille, une cité phénicienne, petite sœur de Carthage</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Dans ‘‘Marseille phénicienne, chronique d’une histoire occultée’’, Gabriel Chakra remet en question l’idée reçue selon laquelle Marseille serait avant tout une ville d’origine grecque. Selon lui, entre le VIII<sup>e</sup> et le VII<sup>e</sup> siècle avant notre ère, bien avant l’arrivée des Grecs d’Ionie vers 600 avant J.-C., Marseille abritait déjà un comptoir et un sanctuaire phéniciens en lien étroit avec Carthage, la puissante cité phénicienne située sur le site de l’actuelle Tunis.</em></strong></p>



<p><strong>Djamal Ghettala</strong></p>



<span id="more-15331941"></span>



<p>Mais pour l’auteur, cette thèse ne relève en aucun cas d’une simple<em> «réévaluation audacieuse»</em> de l’histoire de la ville. Dans un échange avec ses lecteurs, Gabriel Chakra insiste sur le fait que tout ce qu’il rapporte est corroboré par des faits précis et datés : <em>«Tant l’onomastique (le nom du lieu) que les vestiges qu’on y a trouvés, sans le crier sur les toits. Avant l’arrivée des Phocéens, les Ligures qui vivaient sur le littoral marseillais avaient été en contact avec les navigateurs phéniciens. De Tyr à Gibraltar (contraction de Djebel Tarik), ces célèbres navigateurs furent les maîtres de la mer Méditerranée cinq siècles avant les Grecs»</em>, écrit-il.</p>



<p>Cette enquête, qu’il qualifie lui-même de contre-enquête, vise à débarrasser Marseille des <em>«extravagances de sa mémoire»</em>. Chakra pointe du doigt une réticence académique à reconnaître cette filiation phénicienne, qu’il attribue à une vision idéalisée du passé hellénique de Marseille : <em>«Je dérange nombre d’érudits mais aucun d’entre eux n’ose débattre avec moi. Et pour cause : il est plus noble et prestigieux à leurs yeux de rattacher Marseille à une filiation grecque, ou gréco-romaine, qu’à celle d’un peuple de race sémitique. J’y ai perçu un relent de xénophobie que je dénonce dans mon opus.»</em></p>



<p>Gabriel Chakra, journaliste honoraire et membre correspondant de l’Académie des Lettres, Sciences et Arts de Marseille, a consacré plus de cinquante ans à observer la cité phocéenne sous toutes ses facettes. Ancien correspondant pour <em>L’Aurore, Le Quotidien de Paris </em>et <em>Le Figaro</em>, il est l’auteur de plusieurs ouvrages et poursuit son exploration historique avec une curiosité insatiable.</p>



<p>Dans <em>‘‘Marseille phénicienne, chronique d’une histoire occultée’’</em>, il invite à replacer la ville dans un mouvement méditerranéen plus large, où toutes les civilisations, des Phéniciens aux Carthaginois, ont joué un rôle central. Son livre, loin d’être une simple spéculation, s’appuie sur une longue et minutieuse investigation, et une fois la lecture terminée, il devient difficile de continuer à considérer Marseille sous le seul prisme grec.</p>



<p>À travers cette œuvre, Gabriel Chakra propose une lecture inédite et dérangeante de l’histoire marseillaise, une lecture qui, malgré la solidité des faits avancés, continue de susciter des résistances.</p>



<p><strong><em>‘‘Marseille phénicienne, chronique d’une histoire occultée’’, de Gabriel Chakra, Éditions Maïa, 168 pages.</em></strong></p>
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		<title>‘‘Histoire de Ia Sicile’’: au confluent de deux mondes, une nation sous le boisseau</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/01/28/histoire-de-ia-sicile-au-confluent-de-deux-mondes-une-nation-sous-le-boisseau/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 28 Jan 2024 08:14:09 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La Sicile constitue envers et contre tout le miroir qui réfléchit vers nous, arabes et musulmans, notre propre visage inquiétant de réfractaires au modernisme.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/01/28/histoire-de-ia-sicile-au-confluent-de-deux-mondes-une-nation-sous-le-boisseau/">‘‘Histoire de Ia Sicile’’: au confluent de deux mondes, une nation sous le boisseau</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>La Sicile est cette île, la plus grande de toute la Méditerranée, que seuls 200 kilomètres  séparent de notre pays, la Tunisie, à travers cette mer tragiquement devenue un cimetière, alors que la côte italienne se situe à seulement trois kilomètres de ses rivages. Il ne faut pas croire pour autant qu’elle ait par la force de sa proximité géographique gravité constamment dans le sillage de la botte, même si elle a souvent subi le contrecoup des événements qui s’y déroulaient.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Dr Mounir Hanablia</strong></p>



<span id="more-11430492"></span>



<p>Cependant la Sicile est entrée dans l’histoire avec l’arrivée des colons grecs et la fondation de villes importantes telles que Syracuse. Au cours de la guerre du Péloponnèse entre Athènes et Sparte, un corps expéditionnaire athénien ne peut prendre la ville et est décimé pour avoir écouté les augures défavorables et tardé à embarquer. L’île devient ensuite l’enjeu de la lutte entre Puniques et Grecs; une armée syracusaine débarque même au Cap Bon et tente de marcher sur Carthage, créant ainsi un précédent que les Romains n’oublieront pas.&nbsp;L’intervention de&nbsp;Rome pour mettre en échec le projet colonial Carthaginois déclenche la première guerre punique. La Sicile devient alors une province romaine pour plusieurs siècles.</p>



<p>Avec la chute de Rome et les invasions germaniques en Italie et en Afrique, la Sicile subit le contrecoup des entreprises des vandales et des ostrogoths, qui y laissent cependant peu de traces, l’île demeurant sous la domination de l’empire romain d’Orient et sa capitale, Byzance, grâce à sa marine de guerre, la plus importante de la Méditerranée. Néanmoins ce sont alors les dynasties arabo-musulmanes de l’Ifriqiya, les Aghlabides qui prennent alors l’initiative de créer une flotte de combat pour conquérir l’île au IXe siècle. Celle-ci demeurera musulmane pendant deux siècles jusqu’à l&rsquo;arrivée des Normands à partir de 1031, d’abord comme mercenaires de Byzance, puis des émirs siciliens, avant d’opérer pour leur&nbsp;propre compte.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La fin d’Ibn Abbad, le dernier émir de Sicile &nbsp;</h2>



<p>Les Normands&nbsp; conquièrent l’Angleterre en une seule bataille, celle de Hastings en 1066. Ils mettent 31 ans à conquérir la totalité de la Sicile. Mais en fin de compte après les horreurs de la guerre et son lot de massacres et de trahisons, le dernier émir, Ibn Abbad, est pris et exécuté dans l’ouest de l&rsquo;île,&nbsp;là où la population arabe s’était réfugiée. Les Normands créent alors un Etat&nbsp;multiethnique et multiculturel arabe, latin grec, et normand, unique en son genre, qui s’étend sur toute l’Italie du Sud. La cour de Sicile compte de nombreux savants dont le fameux géographe Al-Idrissi. Et l’Italie du Sud étant également sous domination normande, le comte Roger se voit couronner&nbsp;et reconnaître le titre royal par le pape reconnaissant d’avoir été débarrassé de ses adversaires byzantins et lombards,&nbsp;ainsi que de ses opposants au sein de l’Eglise.</p>



<p>L’État normand&nbsp;est ainsi&nbsp;tributaire dans sa légitimité du pape de Rome dont la politique est d’empêcher l’émergence en Italie de tout pouvoir unificateur, et même de tout pouvoir fort susceptible de menacer son propre territoire. Qu’à cela ne tienne! Mais le comte Guillaume le Bon après son&nbsp;échec à conquérir Byzance&nbsp;meurt sans laisser d’héritiers et c’est sa tante, Constance, la fille du Roi Roger II qui constitue alors sa seule héritière en vie. Celle-ci épouse l’empereur du Saint Empire Romain germanique Henry&nbsp;VI qui ne connaît rien aux affaires de la Sicile ou de l’Italie. Mais cela a pour conséquence d’abord de créer un Etat s’étendant de la mer Baltique au Nord au détroit de Sicile au Sud, ensuite de plonger l’île dans les tourments de la politique allemande.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Frédéric II, la merveille du monde</h2>



<p>A la mort de Henri VI, Otton de Brunswick déclenche le courroux du pape en tentant de mettre la main sur la Sicile et après avoir traversé toute l’Italie sans résistance, ne peut franchir les trois kilomètres du détroit de Messine et est obligé de rebrousser chemin pour courir affronter le Roi de France à Bouvines en 1214 où il est vaincu avec son allié le Roi d’Angleterre. La couronne échoit alors au fils de Constance et de Henri, Frédéric II, la merveille du monde ainsi qu’on l’a nommé,&nbsp;qui pour créer l’université de Naples, respecter ses sujets musulmans, parler l&rsquo;arabe, et entretenir un harem,&nbsp;devient la bête noire du pape qui l’excommunie&nbsp;alors qu’il reprend le contrôle de Jérusalem pacifiquement par la négociation avec le sultan d’Egypte Al-Achraf.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le Roi des Deux Sicile</h2>



<p>A sa mort en 1250, après avoir sondé les ducs anglais&nbsp;Henry&nbsp;de Cornouailles et Edmond de Lancastre, le pape confie la Sicile à Charles d’Anjou, frère de Louis IX le Roi de France, qui envahit le sud de l’Italie et la Sicile, affronte les héritiers de Frédéric II qu’il vainc, et en fait exécuter le dernier, Conradin, âgé de 16 ans.</p>



<p>Charles d’Anjou dépossède les nobles siciliens de leurs terres pour les confier à ses compatriotes provoquant ainsi la colère de la population. Un premier soulèvement a lieu en 1267 et il est noyé dans le sang, la répression est impitoyable et fait des&nbsp;milliers de&nbsp;morts. Un second a lieu en mars 1282 qui cette fois réussit et se termine par un massacre général des Français. Charles d’Anjou s’enfuit à Naples, mais continue de revendiquer le titre de Roi des Deux Sicile. L’île est conquise par le Roi d’Aragon Pierre III, époux de Constance, petite-fille de Frédéric II par son fils&nbsp;Manfred, qui accorde un parlement à ses nouveaux sujets et promet de respecter leurs droits et leurs coutumes Le traité de Caltabellotta&nbsp; marque le début de quatre siècles de domination ibérique.</p>



<p>La Sicile de par la volonté des papes qui se succèdent de la détacher de la couronne d’Aragon, est en fin de compte coupée de l’Italie et de la renaissance, elle demeure sous le contrôle de l’obscurantisme catholique ibérique jusqu’à la réunification de l’Aragon avec la Castille et la formation du Royaume d’Espagne. En 1348, elle est frappée par un autre fléau, la peste. L’inquisition y est introduite en 1486. Et la Sicile demeure un pays où seuls les nobles souvent d’origine espagnole détiennent la plupart des terres alors que la population est maintenue dans un grand Etat d’ignorance et de pauvreté.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’irruption des puissances maritimes</h2>



<p>Les choses se&nbsp;prolongent ainsi jusqu’au règne de Louis XIV de France. L’irruption de la puissance maritime anglaise en Méditerranée bouleverse modifie les enjeux stratégiques autour de l’île, en particulier avec la guerre de succession d’Espagne. La marine française appuie la rébellion de la ville de Messine contre Palerme mais finit par se retirer.</p>



<p>En fin de compte Philippe VI le petit fils de Louis XIV accède au trône espagnol mais la Sicile est confiée à son beau père le duc Victor Amédée de Savoie qui essaie d’implanter une administration efficace dans un pays dont le peuple est indolent,&nbsp;paresseux et peu entreprenant. Il ouvre même une université à Catane, mais les intrigues de la nouvelle reine d’Espagne, la jeune noble italienne Elisabeth Farnèse, finissent par le déposséder de l&rsquo;île, en échange de laquelle il reçoit celle de la Sardaigne. La maison de Savoie se nommera dès lors royaume de Sardaigne jusqu’à la réunification italienne sous son égide.</p>



<p>Cependant l’Angleterre peu désireuse de voir de nouveau la Sicile réunifiée avec l’Espagne détruit la flotte espagnole&nbsp;sans déclaration de guerre et assure le transport des troupes autrichiennes sur l’île. Celles-ci sont battues mais privée de flotte l’Espagne ne peut amener de renforts et finit par évacuer l’île. Au bout de quatorze années l’Autriche finit également par abandonner la partie, sans résultat notable. La Sicile n&rsquo;est pour autant pas indépendante, elle est rattachée au Royaume des Bourbons de Naples. Ferdinand IV de Naples devient Ferdinand III de Sicile puis Ferdinand Ier des deux Siciles. Mais l’heure est à la&nbsp;révolution française.</p>



<p>Les troupes de Napoléon arrivent jusqu’à Naples où une république Parthénopéenne est proclamée, et Ferdinand Ier se réfugie à Palerme grâce à la flotte anglaise. Puis Murat, mari de la sœur de Napoléon, Caroline, devient&nbsp;roi de Naples et il obtient de se maintenir sur le trône moyennant de se ranger aux côtés des ennemis de son illustre beau-frère. Cependant Murat dont le faste a séduit les Napolitains a d’autres ambitions, il veut conquérir la totalité de l’Italie malgré l’opposition de l’Autriche et de l&rsquo;Angleterre. Et lors de ce qu’on a appelé les Cent Jours, il fait le mauvais choix et se range du côté de Napoléon lors de son retour de l’île d’Elbe. Cela lui coûtera le royaume et la vie.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le printemps des peuples</h2>



<p>Avec la disparition définitive de Napoléon, Ferdinand Ier retrouve donc son trône, Palerme est de nouveau abandonnée au profit de Naples,&nbsp;et la Sicile retrouve son statut de province oubliée, malgré un appel aux Anglais, en vue de l’instauration d’un parlement et d’institutions démocratiques. L’île se rappelle rapidement au souvenir du roi.&nbsp;En 1820 y a lieu un premier soulèvement, inspiré par celui de généraux espagnols contre Ferdinand VII, leur souverain.&nbsp;</p>



<p>En 1848 a lieu le grand soulèvement des peuples européens qualifié de printemps des peuples, et celui-ci débute à Palerme. Le parlement constitué destitue le roi Ferdinand II des Deux Sicile. Celui-ci envoie alors ses troupes pour mater le soulèvement. La ville de Messine, qui s’était pourtant rendue sans combattre, est impitoyablement bombardée. Ferdinand&nbsp;II passera ainsi à la postérité comme le Roi Bomba. Pourtant il construit le premier chemin de fer italien au sud de Naples,&nbsp;le télégraphe,&nbsp;le transport maritime.</p>



<p>Mais 1848 marque aussi l’apparition du fameux Garibaldi et de ses chemises rouges qui, quelques années plus tard en 1861, avec l’aide des Américains et des Anglais, conquiert la Sicile, sans la participation des Siciliens, demeurés dans l’expectative,&nbsp;en l’espace d’un mois, puis débarque en Calabre et conquiert Naples. Cela fournit l’occasion au Royaume piémontais de Sardaigne du roi Victor Emmanuel et de Cavour d’intervenir et de réunifier la péninsule italienne en un seul Etat.</p>



<p>Napoléon III, l’empereur des français dont les troupes étaient stationnées à Rome, n’a pas bougé et reçoit en échange la Savoie et Nice, la ville natale de Garibaldi. La Sicile est désormais une province du nouveau royaume d’Italie,&nbsp;et des fonctionnaires venus du nord de la péninsule y sont nommés qui ne comprennent&nbsp;rien à la mentalité et aux coutumes des Siciliens, et à peine leur dialecte.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La mafia à la manœuvre</h2>



<p>Les Siciliens ont de nouveau l’impression d’être colonisés,&nbsp;et leur repli sur soi aboutit à la diffusion du brigandage et des activités illégales sous l’égide de sociétés clandestines instaurant leur pouvoir par la violence, la mafia.</p>



<p>Un violent tremblement de terre détruit en 1908 la ville de Messine et fait des dizaines de milliers de réfugiés dont personne ne soucie. Les Siciliens fuyant la misère, la sécheresse et les mauvaises récoltes émigrent en masse aux Etats-Unis où ils seront tristement connus. Cependant avec l’arrivée de Mussolini au pouvoir, un préfet de police, Cesare Mori, dit le préfet de fer, est investi des pleins pouvoirs pour purger l’île de la mafia. Malgré cela, celle-ci survit et à l’instigation des gangsters siciliens de New York ses&nbsp;membres aident les armées américaine&nbsp;et britannique lors de leur débarquement en Sicile en juillet 1943. Ils reçoivent en rétribution la responsabilité d’assurer le ravitaillement de leurs affaires et sont nommés aux postes de responsabilités laissés vacants par la disparition du parti fasciste.</p>



<p>La mafia investit et anime alors le parti démocrate chrétien en Sicile,&nbsp;ce dont elle tirera&nbsp;tout son pouvoir durant une cinquantaine d’années et expliquera largement l’impunité dont jusqu’à présent elle continue de jouir.</p>



<p>L’île finit après la guerre par être reconnue comme territoire autonome avec un parlement et un gouvernement régional, achevant son intégration dans l’Etat italien et les institutions européennes. Le problème de l’émigration en provenance des pays du sud la recadre cependant à l’avant scène de l’histoire. De nouveau la Sicile constitue un point chaud, et pas seulement à cause de ses volcans.</p>



<p>En conclusion, la Sicile est-elle une nation avortée? On peut effectivement s’en poser la question. Si on examine les faits, il n’y existe pas de différence notable avec l’Italie du Sud,&nbsp;à part peut-être&nbsp;les deux siècles de domination arabo-musulmane. Durant&nbsp;les périodes grecque, phénicienne, romaine, byzantine, arabe, la Sicile ne fut au mieux qu’une province, au pis un champ de bataille.&nbsp;Cependant l’État normand avait sa capitale à Palerme, à la différence notable de celle des deux Sicile, située à Naples.</p>



<p>Si donc un Etat a représenté le mieux la volonté nationale des Siciliens, c’est bien à celui des Normands qu’il faut se référer. Son rattachement au Saint Empire Romain germanique en a fait un jouet au gré des conflits entre l’Aragon, l’État&nbsp;pontifical, les différentes cités Etats italiennes, l’Espagne, l’Autriche, la France, l’Angleterre. La Sicile a fini par se hispaniser, et culturellement elle en garde toujours une empreinte qui semble indélébile. Et elle a fini par tomber dans l’escarcelle de l’État italien nouvellement constitué grâce à l’entreprise d’un anarchiste idéaliste qui n’était même pas sicilien.</p>



<p>Il y a certes une comparaison à établir entre les royaumes insulaires normands, d’Angleterre et de Sicile. Le premier a résisté aux Français et au pape, même après avoir été dominé pendant près de quatre siècles par une dynastie angevine, celle des Plantagenêts, pour&nbsp;établir d’une manière pérenne un Etat qui a fini par devenir une puissance mondiale de premier ordre, grâce à sa marine. Le second situé entre les bassins oriental et occidental de la Méditerranée, et doté d’une marine de premier plan qui l’a mené jusqu’à&nbsp;Constantinople, a été détruit par ces mêmes Angevins, et de surcroît à l’instigation du pape, pour ne plus devenir que l’appendice des protagonistes de différents affrontements européens qui ne l’ont jamais vraiment concerné. Mais la fragilité sicilienne s’explique aussi par sa structure interne. La classe noble amenée par chaque envahisseur n’a eu de cesse de détrôner et de déposséder celle qui l’avait précédée,&nbsp;contrairement à celle anglaise où la noblesse d’origine normande malgré les déprédations de la conquête contre les Saxons a constitué l’ossature de l’État, et en dépit des conflits entre les différentes factions. La conséquence en a été qu’en Sicile la noblesse a toujours cherché à s’accommoder avec l’envahisseur, afin de garder ses privilèges et ses possessions. Et le Parlement concédé par les souverains d’Aragon dès le XIVe siècle n’a jamais servi à faire écouter sa voix ou ses revendications, à la notable exception de l’opposition à l’interdiction du commerce avec les pays musulmans dont l’île retirait de substantiels profits.</p>



<p>En fin de compte, la noblesse sicilienne n’a pas été un véhicule de progrès et la féodalité y a perduré alors qu’elle disparaissait ailleurs en Europe. Quant à la mafia, n’étant pas présente en Espagne, il est plus juste de la qualifier de phénomène américain et de cesser de la rattacher à une quelconque origine arabe. Cependant, si la sicilitude ainsi que la qualifie Leonardo Sciascia est cette part psychologique et sociale qui se traduit par un comportement présomptueux et arrogant, alors la Sicile constitue envers et contre tout le miroir qui réfléchit vers nous, arabes et musulmans, notre propre visage inquiétant de réfractaires au modernisme.</p>



<p>* <em>Médecin de libre pratique.</em></p>
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		<title>L’art tunisien de négocier : Une lecture trans-historique</title>
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		<pubDate>Fri, 22 May 2020 09:13:41 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le don de négociation hérité de leurs ancêtres, qui ont bâti la Tunisie suivant de nombreuses stations et épreuves, témoignant d’un fort attachement à leur terre, les Tunisiens d’aujourd’hui peinent à le retrouver et à le fructifier, pris qu’ils sont dans d’inextricables querelles fratricides. Par Taha Masmoudi * Occupant depuis toujours une parcelle réduite de...</p>
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<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/05/Port-punique-de-Carthage.jpg" alt="" class="wp-image-300219"/><figcaption><em>L&rsquo;ancien port punique de Carthage: symbole d&rsquo;une civilisation ouverte sur la mer.</em></figcaption></figure>



<p><strong><em>Le don de négociation hérité de leurs ancêtres, qui ont bâti la Tunisie suivant de nombreuses stations et épreuves, témoignant d’un fort attachement à leur terre, les Tunisiens d’aujourd’hui peinent à le retrouver et à le fructifier, pris qu’ils sont dans d’inextricables querelles fratricides.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Taha Masmoudi</strong> *</p>



<span id="more-300218"></span>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignleft size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/05/Taha-Masmoudi.jpg" alt="" class="wp-image-300220"/></figure></div>



<p>Occupant depuis toujours une parcelle réduite de terre, la Tunisie a toujours été la plus petite de ses deux autres grandes sœurs voisines, celles qu’on s’accorde aujourd’hui à nommer Algérie et Libye.</p>



<p>Depuis l’Antiquité, les Romains ont accordé à la Province Romaine d’Afrique, ancienne Carthage et future Africa Vetus puis Afrique Proconsulaire, la contrée la plus restreinte de toutes.</p>



<p>Quelques siècles plus tard, devenu musulman, le Maghreb a conservé, non seulement les principaux aspects de la structure administrative et sociale hérités de l’antiquité tardive, mais aussi sa formation territoriale.</p>



<p>Durant les périodes les plus prospères, les gouverneurs/princes/sultans de la province d’Ifriqiya ont réussi à s’étendre pour atteindre les confins de Tripoli à l’est et celles d’Annaba à l’ouest.</p>



<p>Tout ceci pour dire que, conscients de l’étroitesse de leur champs d’action et par conséquence de leurs ressources, les habitants de ce pays ont vite compris que, pour s’affirmer sur la scène méditerranéenne, à l’époque réel centre d’une <em>«économie-monde»</em>, pour reprendre l’expression de Fernand Braudel, il faut miser bien plus sur d’autres moyens, afin de transformer le peu de ressources qu’offre la terre, aussi fertile soit-elle, en une richesse effective, en or et en argent.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les Carthaginois, acteurs majeurs dans la Méditerranée antique</h3>



<p>Héritiers de leurs ancêtres phéniciens, les Carthaginois étaient les premiers à avoir transformé cette petite terre lointaine, qui n’était pas plus grande que leur terre d’origine non plus, en un acteur principal dans la Méditerranée antique, durant leur sept siècles d’existence, puis en un empire qui a tant irrité son rival romain, qui n’a pris son aise qu’en détruisant la rayonnante cité antique qu’était Carthage. Qu’est-ce qui faisait la puissance des Carthaginois et qui a tant indigné les Romains, au point de lui déclarer trois guerres consécutives ?</p>



<p>En effet, le terme empire carthaginois ne fait pas référence à un empire au sens territorial ni politique du terme, mais plutôt au sens commercial. Les comptoirs commerciaux carthaginois s’étendaient sur la quasi-totalité des littoraux de la Méditerranée occidentale. À cette époque, détenir un comptoir signifiait que telle puissance détenait un ancrage dans une région. Sans la nécessité d’y établir un gouvernement ou de contrôler sa population, ces comptoirs servaient de point d’attache pour les commerçants dans la région.</p>



<p>Ainsi, partant d’une superficie infime, qui n’excédait pas celle de la peau d’un taureau, Carthage est devenue une puissance pratiquant tout genre de commerce, de gros ou de détail. Les Carthaginois vendaient aussi bien les produits de leur terre (huile d’olive, blé, etc.) que des produits<em> «importés» </em>tels que l’or, l’argent, le cuivre, l’étain, le plomb, l’ivoire, les esclaves, les épices, pour ne citer que ces exemples, grâce au rôle d’intermédiaire commercial qu’ils jouaient entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le don de <em>«commercer»</em> ou de <em>«négocier»</em></h3>



<p>En fait, dès le VIe siècle, navigateurs et explorateurs carthaginois se sont lancés dans de lointains périples, s’aventurant dans des contrées jusque-là inconnues et <em>«dangereuses»</em> : Hannon a emmené son équipage, nous racontent les sources anciennes, vers les côtes africaines, probablement dans l’actuel Ghana. Himilcon, lui, s’est hasardé en Europe du Nord, vers les îles britanniques.</p>



<p>Vraisemblablement, c’était l’intuition, la persistance et la volonté qui animaient ces deux précurseurs des grandes découvertes géographiques, ces ancêtres de Christophe Colomb et de Vespucci, à bien mener leur odyssée et à traverser la mer des ténèbres, bien avant les Portugais. Mais quelle fut la nature de cette intuition ?</p>



<p>En fait c’était la même qui a poussé leurs ancêtres phéniciens à quitter leur belle cité qu’était Tyr et venir s’installer en Afrique, la même aussi qui a fait la grandeur et la prépondérance de la cité carthaginoise. Cette intuition dont on parle ressemble plutôt à un don. Ce dernier dont étaient munis les colons phéniciens devenus maîtres d’une grande civilisation, s’appelle le don de <em>«commercer»</em> ou de <em>«négocier»</em>.</p>



<p>Sans que cela ne représente une surprise, la littérature antique fourmillait de références au sens de commerce qui caractérisait les Phéniciens. L’image d’un peuple aventurier bravant les mers à la recherche des richesses et animé par l’appât du gain véhicule chez les historiens de l’Antiquité.<br>Toutefois, un commerçant habile est un commerçant qui sait convaincre.</p>



<p>C’est sans doute le talent de persuasion qui fait le génie du commerçant et qui le différencie des autres corps de métier. Ce talent s’est traduit dans <em>‘‘L’Odyssée’’</em> d’Homère par le terme <em>«ruse»</em>. Racontant l’épisode de son enlèvement par des marchands phéniciens, Eumée accuse ces derniers d’avoir pratiqué la ruse pour distraire sa famille, alors que la servante, elle-même d’origine phénicienne, quitte la maison et l’emmène avec elle.</p>



<p>Justinien, lui, narrant l’épisode de la fondation de Carthage, évoque le talent de négociation ainsi que la subtilité de la princesse Elyssa-Didon qui réussit à transformer une surface équivalant à une peau de bœuf en une «sorte de cité», selon son expression.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le Tunisien, sagace négociateur à l’image de ses aïeux carthaginois</h3>



<p>Qu’est-ce qui a changé plus de 23 siècles plus tard ? Rien ! Si l’or, l’argent et l’ivoire ou les épices constituaient les produits de luxe de l’Antiquité, rapportant les plus hauts revenus commerciaux, l’or noir, le pétrole, représente aujourd’hui la ressource la plus consommée, échangée et convoitée.</p>



<p>Vers le milieu du 20e siècle, les prospections entreprises par les sociétés françaises et européennes ont abouti à la découverte de très importants gisements pétroliers aussi bien en Algérie qu’en Libye, leur permettant d’être parmi les plus gros producteurs mondiaux de la matière. Ironie du sort ? Peut-être. La Tunisie reste sensiblement privée de cette ressource si précieuse, qui lui aurait peut-être permis «d’émerger» et d’avoir un poids plus pesant sur la scène méditerranéenne, arabe ou tiers-mondiste.</p>



<p>Toutefois, le Tunisien, sagace négociateur à l’image de ses aïeux carthaginois, a su néanmoins minimiser l’ampleur du <em>«pétrin»</em> de son pays et vendre ses propres produits. De fait, si l’extraction des matières premières en minerais et en hydrocarbure d’Afrique se fait aujourd’hui directement par les grandes firmes transnationales sans besoin d’intermédiaire nord-africain et si encore les routes commerciales et le commerce de transit sont aujourd’hui mieux contrôlés, les Tunisiens réussissent bon gré mal gré à commercialiser ce qu’ils avaient à vendre.</p>



<p>Dans un monde mondialisé comme le nôtre, où tout se marchandise, les Tunisiens se trouvent, dès la première heure de l’indépendance, face au défi qui leur impose de s’intégrer à cette dynamique mondiale, s’ils ne veulent pas rester à sa marge. Ainsi, le sage et perspicace Bourguiba, au lieu de suivre le même chemin que ses contemporains et lutter pour des causes selon lui perdues (l’unité arabe, le tiers-mondisme rebelle, le socialisme, etc.), a plutôt essayé de <em>«vendre»</em> au monde une certaine image de la Tunisie. Cette image consiste en un pays ayant obtenu son indépendance sans faire couler des rivières de sang, d’un peuple paisible et uni, d’un projet de développement humain qui repose sur l’éducation et la santé, bref un pays de Lumières, qui lutte contre tout genre d’obscurantisme et toutes forces archaïques.</p>



<p>La révolution de 2011 fait renaître le talent de négociant du Tunisien<br>Encore des années, le régime benaliste fait aussi véhiculer une nouvelle image de la Tunisie. Maintenant que le monde post-guerre froide exige «un enlargement démocratique», pour reprendre l’expression de Bill Clinton, la Tunisie devient bien le pays de la démocratie, des droits de l’Homme et de la liberté d’expression et de communication. La réalité des choses importe peu.</p>



<p>Seulement, le prétendu <em>«vent de liberté»</em> vient de souffler lui aussi en Tunisie depuis 2011, amenant<em> «un printemps»</em> qui vient chasser ce qui s’est avéré être un long automne. Nouveau cycle, nouvelles exigences. La révolution tunisienne fait renaître le talent de négociant du Tunisien. Désormais, parallèlement au commerce parallèle qui envahit le marché national, une multitude d’intervenants eux aussi parallèles les uns aux autres, affluent sur le pays, prétendant chacun détenir la <em>«clé»</em> d’une politique commerciale efficace, qui nous permettra enfin de <em>«décoller»</em>.</p>



<p>À cet effet, les nouveaux dirigeants se sont précipités à commercialiser le nouveau produit issu de la révolution de 2011 : la transition démocratique.</p>



<p>Bénéficiant du <em>«succès»</em> tunisien à organiser des élections libres et à éviter le spectre des guerres civiles et des coups d’États militaires, ce qui leur valut le Prix Nobel de la paix en 2015, ils ont essayé d’exploiter leur talent hérité de négociants.</p>



<p>Aujourd’hui encore, neuf ans après la sainte et glorieuse révolution, et dans un contexte marqué par la pandémie mondiale du Covid-19, l’État tunisien, contre toutes attentes, se trouve bien en avance par rapport à plusieurs autres pays dans le contournement du virus. Suite à son dernier passage sur la chaîne française France24, plusieurs journalistes et analystes politiques ont reproché à ce dernier de ne pas être assez efficace dans l’exploitation de la <em>«success story»</em> tunisienne. Ils considéraient qu’une meilleure commercialisation de la réussite tunisienne pourrait procurer autant de bénéfices pour le pays, misant sur la sympathie occidentale avec la réussite tunisienne.</p>



<p>Sans citer tous les exemples, il semble ainsi que le penchant du Tunisien pour le commerce soit inscrit dans son acide nucléique. Les Tunisiens ont essayé de ne rater aucune occasion pour exporter leur modèle au reste du monde. Politique, histoire, football, cinéma… Pour le Tunisien, tout est commercialisable.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une transition démocratique fortement affectée par des luttes de pouvoir</h3>



<p>Cependant, les résultats en disent le contraire. La multiplication des acteurs n’a point amélioré le sort du pays. Au lieu de susciter des profits, elle a engendré un déficit. Autrement dit, la Tunisie n’arrive toujours pas à se positionner et à se relever de son écroulement. Le proverbe tunisien : « كثرة بلا بركة » littéralement «une abondance sans bénédiction» en dit long.</p>



<p>En réalité, s’il y a quelque chose qui manquait et qui entravait la réussite, c’est ce qu’on appelle de nos jours «une politique de marketing» et qui représente une condition sine qua none pour toute opération commerciale réussie. Les négociants tunisiens (hommes politiques et dirigeants) peinent à s’accorder sur la nature du produit à commercialiser. Si certains plaident pour le seul pays arabe à connaître une transition démocratique, d’autres considèrent que c’est la république islamique qu’il faut promouvoir, alors que d’autres prétendent être conformes aux valeurs tunisiennes incarnées par le bourguibisme, autre fonds de commerce préféré dans cette Tunisie postrévolutionnaire.</p>



<p>Certaines de ces images ont réussi à être diffusées. Elles n’ont pas toutefois attiré les acheteurs mais plutôt les spéculateurs. Les représentations de la Tunisie qu’on veut faire circuler sont en effet illusoires. Elles ne reflètent en aucun cas la réalité du pays.</p>



<p>Quelle serait <em>«l’authenticité»</em> d’une transition démocratique fortement affectée par des luttes de pouvoir entre une classe politique corruptible, qui, au lieu de mettre les bases d’une vie démocratique saine, où un combat d’idées et de visions prime, se lance plutôt dans des actes de lynchage public, d’insultes et de dénigrements ? Quelle serait l’utilité de diffuser une image d’un pays <em>«ayant réussi à battre le coronavirus»</em> sans qu’on n’ait aucune explication scientifiquement plausible pour cette prétendue réussite ?</p>



<p>Il faut dire que le don hérité des ancêtres, qui ont bâti le pays suivant de nombreuses stations et épreuves, témoignait d’un attachement à cette terre. Ils comprenaient bien que la réussite personnelle ne vaut rien si elle ne se traduit pas en une réussite collective, celle du pays, de la nation. Nos ancêtres étaient lucides. Ils savaient bien ce qu’ils désiraient et ceux qui ont cherché à vendre le pays, et non les produits du pays, ont toujours fini par perdre. Mais où nos politiciens d’aujourd’hui en sont-ils de leurs ancêtres ? L’Histoire est pleine de leçons, mais seulement pour ceux qui veulent apprendre. À bon entendeur, salut !</p>



<p><em>* Professeur agrégé et enseignant d’histoire-géographie à l’Ecole internationale de Tunis.</em></p>
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