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	<title>Archives des Emmanuel Todd - Kapitalis</title>
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	<title>Archives des Emmanuel Todd - Kapitalis</title>
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		<title>Le dernier homme et sa machine</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 Oct 2026 07:15:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Lecture nietzschéenne et khaldounienne d’une civilisation en crise de sens. Mort de Dieu ou fin de la civilisation ? </p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em><strong><em>L’intelligence artificielle peut-elle remplacer Dieu ? Lecture nietzschéenne et khaldounienne d’une civilisation en crise de sens.</em></strong></em></strong> <strong><em>Mort de Dieu ou fin de la civilisation ? L’IA ne remplacera pas Dieu. Mais pourrait-elle remplacer l’homme dans ce qu’il a de plus précieux : sa capacité à se demander pourquoi ?</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Abdelhamid Larguèche</strong><strong>&nbsp;*</strong><strong><em><strong><em></em></strong></em></strong></p>



<span id="more-19845309"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2.jpg" alt="" class="wp-image-18774922" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Abdelhamid-Largueche-Portrait-2-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">À mon retour d’un séminaire scientifique dans le Golfe, où j’ai longuement abordé la figure et la pensée d’Ibn Khaldoun (plus que jamais notre contemporain), une image m’a profondément frappé : celle d’une jeunesse saisie d’une véritable frénésie pour les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle&nbsp;(IA), absorbée par une sorte d’envolée mystique numérique. Pourtant, cette surconsommation technologique contraste de manière saisissante avec un vide intellectuel troublant : l’absence presque totale de débat d’idées, d’interrogation critique ou de remise en question du monde. Comme si l’IA offrait une ivresse immédiate dispensant de toute pensée. Face à cet engouement sans transcendance ni profondeur, une question s’impose : l’IA est-elle devenue la nouvelle idole d’une époque qui a cessé de chercher le sens ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">On pose aujourd’hui à l’IA les questions que l’on posait autrefois aux oracles, aux prophètes et aux théologiens : que dois-je faire, que dois-je croire, qui suis-je, que va-t-il advenir ? La machine répond. Elle répond vite, avec assurance, sans jamais se taire. Et c’est précisément ce flot ininterrompu de réponses qui doit nous alerter. La question n’est pas de savoir si l’IA peut remplacer Dieu, mais de comprendre pourquoi une humanité désorientée se met à lui en confier la place.</p>



<h2 class="wp-block-heading">I. Le vide laissé par la mort de Dieu</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En 1882, dans <em>Le Gai Savoir</em>, Nietzsche fait entrer sur la place du marché un <em>«insensé»</em>&nbsp;qui, lanterne allumée en plein midi, annonce que Dieu est mort et que c’est nous qui l’avons tué. Ce n’était ni un cri de triomphe athée ni une provocation de salon. C’était un diagnostic de civilisation. Nietzsche voyait que l’Occident moderne avait détruit le fondement transcendant de ses valeurs sans avoir le courage d’en créer de nouvelles. Ce qui s’ouvrait alors, c’était le nihilisme : le moment où les valeurs suprêmes se dévalorisent, où le <em>«pourquoi ?»</em>&nbsp;ne trouve plus de réponse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nietzsche distinguait deux nihilismes. Le nihilisme passif, celui de la lassitude, de l’anesthésie, du confort qui se contente de survivre. Et le nihilisme actif, qui détruit les idoles pour libérer la possibilité d’une création. Entre les deux se tient la figure redoutable du <em>«dernier homme»</em>, celui qui a inventé le bonheur, qui cligne de l’œil, qui ne veut plus rien sinon sa petite tranquillité et son petit plaisir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous y sommes. Le dernier homme a désormais un assistant. Il ne cherche plus le sens, il demande une réponse. Il ne veut plus la vérité, il veut une recommandation. Les algorithmes qui organisent nos désirs, nos lectures, nos amitiés et nos colères ne sont pas des dieux : ils sont les prothèses du nihilisme passif. Ils comblent le vide sans jamais le nommer. Ils offrent l’omniscience apparente sans la sagesse, la providence sans la justice, la présence sans la transcendance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’IA ne remplace pas Dieu. Elle occupe la place vacante qu’il a laissée, et elle la remplit de bruit. Le dernier homme a trouvé sa machine : elle lui ressemble, elle le rassure, et elle le dispense de penser.</p>



<h2 class="wp-block-heading">II. Le regard d’Ibn Khaldoun : une civilisation à l’âge de la décrépitude</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre ce qui se joue, il faut sortir de la seule généalogie européenne et revenir à celui qui, au XIVᵉ siècle, pensa la naissance et la mort des civilisations avec une lucidité que l’Europe découvrira bien plus tard. Ibn Khaldoun, Tunisois de naissance, ne posait pas la question de Dieu en métaphysicien, mais il savait ce qu’il advient des sociétés lorsque se défait ce qui les tient ensemble.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au cœur de la <em>Muqaddima</em>&nbsp;se trouve la <em>‘asabiyya</em>&nbsp;: cette force de cohésion, de solidarité et de loyauté qui permet à un groupe de fonder un pouvoir et de bâtir une civilisation (<em>‘umrân</em>). Ibn Khaldoun montre que cette cohésion s&rsquo;use. La dynastie qui naît dans la rudesse et l’exigence glisse peu à peu vers le luxe (<em>taraf</em>), la sédentarité confortable, l’abandon de l’effort. La troisième ou quatrième génération ne sait plus pourquoi ses ancêtres se sont battus. Elle hérite de la puissance sans en connaître la source. Alors vient le temps de la sénilité (<em>haram</em>), puis de l’effondrement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Relisons notre époque à cette lumière. La civilisation technique mondialisée est entrée dans son âge du <em>taraf</em>. Jamais l’humanité n’a disposé d’autant de moyens, et jamais elle n’a semblé aussi incapable de dire à quoi ils servent. La puissance de calcul croît de manière exponentielle tandis que la <em>‘asabiyya</em>&nbsp;humaine se dissout : liens familiaux distendus, communautés fragmentées en bulles numériques, solidarités remplacées par des <em>«communautés d</em><em>’</em><em>utilisateurs»</em>. L’individu, isolé, se tourne vers la machine comme vers le dernier interlocuteur disponible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ibn Khaldoun avait formulé une loi que nos ingénieurs feraient bien de méditer : l’injustice annonce la ruine de la civilisation. Or l’économie qui produit l’IA repose sur une concentration inédite de pouvoir, de données et de richesse entre quelques mains. Elle extrait des savoirs produits par tous pour les restituer, monnayés, sous forme de services. Une nouvelle<em>‘asabiyya</em>&nbsp;s’est formée, celle des empires numériques, mais elle ne fonde aucune civilisation commune : elle prélève sur toutes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">III. Emmanuel Todd et l’«état zéro» de la religion</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Un contemporain vient prolonger, sans s’y référer explicitement, ce double diagnostic. Dans <em>La Défaite de l&rsquo;Occident</em>&nbsp;(2024), Emmanuel Todd, historien et anthropologue des structures familiales, place au cœur de l’affaiblissement occidental non pas d’abord l’économie ou la géopolitique, mais l’effondrement religieux, et singulièrement celui du protestantisme qui avait façonné le monde anglo-américain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Todd décrit une séquence en trois temps. D’abord la religion active, qui structure la vie et la morale. Puis la religion <em>«zombie»</em>&nbsp;: la pratique a disparu, mais les valeurs qu’elle portait (le sens du devoir, l’éthique du travail, l’exigence éducative, la discipline collective) survivent encore, par inertie, une ou deux générations. Enfin l’<em>«état zéro»</em>, où même ces valeurs résiduelles s’évanouissent. Ce qui en sort, selon lui, n’est pas une sagesse rationnelle libérée de la croyance, mais un nihilisme : une difficulté croissante à reconnaître le réel, une tentation de diviniser le néant, une perte de la capacité collective à agir et à produire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On reconnaît là, traduit en langage d’anthropologue, ce que Nietzsche avait prophétisé : la mort de Dieu n’est pas un événement, c’est un processus long, dont les effets moraux arrivent avec retard. Et l’on reconnaît aussi la mécanique khaldounienne : les générations héritières consomment le capital moral accumulé par les fondateurs, jusqu’à épuisement. L’<em>«état zombie»</em>&nbsp;de Todd ressemble étrangement à la troisième génération d’Ibn Khaldoun, celle qui conserve les formes de la puissance sans en posséder la source.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce cadre, l’IA prend une signification nouvelle. Elle surgit précisément au moment de l’<em>«état zéro»</em>, dans les sociétés mêmes qui ont achevé de liquider leur héritage religieux et moral. Elle n’est pas la cause du vide : elle en est la réponse technique, la tentative de produire de l’ordre, du savoir et de la direction là où plus aucune transcendance ne les fonde. Todd note par ailleurs la désindustrialisation et le recul éducatif de l’Occident : la machine qui <em>«sait»</em>&nbsp;vient compenser une société qui ne transmet plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On peut discuter les thèses géopolitiques de Todd, très contestées, notamment sur la guerre en Ukraine et sur la solidité supposée de ses adversaires. Mais son intuition centrale mérite d’être retenue : une civilisation ne tient pas seulement par ses armes et ses machines, elle tient par ce qu’elle croit. Et une civilisation qui ne croit plus rien est tentée de croire en ce qu’elle fabrique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ibn Khaldoun observait que le vaincu imite toujours le vainqueur dans ses manières et ses croyances. La leçon prend ici un tour paradoxal : les sociétés du Sud, et la nôtre parmi elles, sont sommées d’adopter les outils d’un Occident que Todd décrit lui-même comme moralement épuisé. Nous risquons d’importer non seulement une technique, mais la théologie sans Dieu de l’<em>«état zéro»</em>&nbsp;: l’optimisation, la prédiction et l’efficacité comme valeurs ultimes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">IV. Le chaos et l’idole</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Nietzsche disait qu’il faut porter en soi un chaos pour pouvoir enfanter une étoile qui danse. Le chaos n’est pas, chez lui, le contraire de la création : il en est la condition. Le drame de notre temps n’est pas le chaos, c’est que nous cherchons à l’anesthésier au lieu de le féconder.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’IA est devenue l’instrument privilégié de cette anesthésie. Elle donne l’illusion de l’ordre là où règne la désorientation. Elle ressemble au Dieu des philosophes : omniprésente, apparemment omnisciente, infatigable. Mais elle n’a ni volonté, ni responsabilité, ni amour, ni jugement. Elle ne pardonne pas, ne juge pas, ne promet rien. Elle calcule des probabilités à partir de ce que nous avons déjà dit. Elle est, au sens le plus strict, un miroir statistique de l’humanité. Adorer l’IA, ce serait adorer notre propre reflet moyen : la forme la plus achevée de l’idolâtrie, et peut-être ce que Todd appellerait la divinisation du vide.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les traditions monothéistes ont toutes condamné l’idole parce qu’elle est l’œuvre des mains humaines à laquelle l’homme se soumet. Nietzsche, en philosophant à coups de marteau, voulait briser les idoles de son siècle. Les deux critiques convergent : la machine ne peut devenir un dieu que si l’homme abdique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">V. Ni remplacement, ni nostalgie : refonder le sens</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Faut-il alors réclamer le retour aux certitudes d’hier ? Ce serait une autre forme de nihilisme passif, déguisée en fidélité. Les replis identitaires et religieux qui traversent le monde arabe comme l’Occident ne sont souvent que l’envers de la même crise : une manière de fuir le vide en se réfugiant dans des formes mortes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La voie que suggèrent ensemble Nietzsche, Ibn Khaldoun et, à sa manière, Todd est plus exigeante. Avec Nietzsche, il s’agit d’assumer la crise des valeurs comme un appel à la création. Avec Ibn Khaldoun, de comprendre qu&rsquo;aucune civilisation ne survit sans cohésion morale, sans justice partagée, sans mémoire. Avec Todd, de mesurer que l’épuisement des croyances a des conséquences très concrètes sur la capacité d&rsquo;une société à éduquer, produire et se défendre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela signifie trois choses. D’abord, refuser de déléguer à la machine ce qui fait l’humain : le jugement moral, la responsabilité, la transmission. Ensuite, reconstruire des <em>‘asabiyyât</em>&nbsp;nouvelles, fondées non plus sur la tribu ou la dynastie, mais sur les communs : le savoir partagé, le patrimoine vivant, les solidarités concrètes. Enfin, pour les sociétés du Sud, ne pas se contenter d’être consommatrices de l’intelligence des autres, mais faire de leur mémoire, de leurs langues et de leurs pratiques une ressource pour penser autrement la technique, et peut-être échapper à l’<em>«état zéro»</em>&nbsp;plutôt que d’en hériter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’IA ne remplacera pas Dieu. Mais elle pourrait remplacer l’homme dans ce qu’il a de plus précieux : sa capacité à se demander pourquoi. Le vide n’est pas une sentence. Il est, comme le chaos nietzschéen, l’espace où une civilisation peut encore choisir de renaître. À condition que le dernier homme accepte de lever les yeux de sa machine.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>*</em> <em>Historien, professeur émérite à l</em><em>’</em><em>Université de la Manouba</em><em>.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<item>
		<title>Génocide à Gaza │La complicité active de l’Occident</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 May 2025 09:40:37 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>«L’Occident a épuisé son capital moral», affirmait Emmanuel Todd. À l’heure où Gaza gît sous les décombres, cette phrase prend une résonance tragique. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/05/20/genocide-a-gaza-%e2%94%82la-complicite-active-de-loccident/">Génocide à Gaza │La complicité active de l’Occident</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>«L’Occident a épuisé son capital moral», affirmait Emmanuel Todd. À l’heure où Gaza gît sous les décombres, soumis aux incessants bombardement d’Israël, surarmé par ce même Occident, cette phrase prend une résonance tragique. Plus de dix-neuf mois de guerre, plus de 160 000 morts et blessés côté palestinien, des hôpitaux bombardés, des enfants mutilés, des familles décimées — et toujours pas l’ombre d’une sanction, d’un embargo, d’une action salvatrice. Rien. Le silence. L’Occident a tombé le masque. Définitivement.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Khémaïs Gharbi</strong></p>



<span id="more-16581623"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/11/Khemais-Gharbi.jpg" alt="" class="wp-image-14682166" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/11/Khemais-Gharbi.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/11/Khemais-Gharbi-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/11/Khemais-Gharbi-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Le silence : cette complicité passive (et parfois même active, par les livraisons d’armes à l’agresseur israélien), cette abdication morale, cette reddition devant l’arbitraire. Où sont passés les grands discours ? Où est cette fameuse <em>«communauté internationale»</em>, prompte à condamner, à exclure, à diaboliser quand cela sert ses intérêts ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Témoin des grandes joutes oratoires, combien de fois ai-je entendu les dirigeants occidentaux affirmer, d’un ton ferme : <em>«Le droit international est sacré ! La démocratie est sacrée»</em>. Ces mots frappaient mes tympans, vibraient dans mon casque d’interprète. Ils semblaient porteurs d’une vérité universelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais aujourd’hui, ces mots me blessent. Ils sonnent faux. Creux. Hypocrites.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des mots qui sonnent faux</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Car le droit international, ce prétendu rempart de la civilisation, est devenu un chiffon que l’on piétine à volonté. Il est brandi pour punir les faibles, jamais pour rappeler à l’ordre les puissants ou leurs alliés. Gaza en est la preuve accablante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est pas une guerre. C’est une extermination à huis clos. Un génocide sous caméras, mais sans écho. Une tragédie suivie en direct et tolérée en silence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant, l’Occident continue de bomber le torse, de se faire donneur de leçons, d’exiger de nos dirigeants une démocratie exemplaire, des institutions <em>«transparentes»</em>, une liberté de presse <em>«comme chez eux»</em> (copier-coller) — alors que leur propre presse est muselée par l’argent, leur parole verrouillée par la peur de déplaire aux lobbies. Leur démocratie invisible. Qu’ont-ils à nous apprendre? Leur indignation est sélective, leur morale à géométrie variable.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une morale à géométrie variable</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Nous avons longtemps cru qu’il nous manquait quelque chose : la rigueur, la modernité, un peu de démocratie, la maturité politique. Mais nous réalisons aujourd’hui que l’arène internationale n’est pas un lieu de justice, mais de rapports de force. Ce n’est pas notre<em> «retard»</em> qui nous écrase, mais leur cynisme, leur hypocrisie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut cesser de se culpabiliser. Nos peuples, nos dirigeants, malgré leurs erreurs, ont agi souvent avec courage. Ce ne sont pas des <em>«échecs civilisationnels»</em>; ce sont des résistances asphyxiées, des volontés brisées par un ordre mondial profondément injuste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, cessons de nous quereller entre nous. Cessons de nous flageller par des critiques sans fin. Ne cherchons plus dans nos origines des raisons de nous diviser : Berbères, Arabes, Africains, Méditerranéens… Encore moins dans nos sensibilités politiques ou philosophiques : gauche, droite, centre, extrêmes, modernistes, opportunistes… Nous sommes tous tunisiens, un seul peuple, aux racines diverses mais au destin commun. Nous soutenons nos dirigeants et ne les saboterons jamais. Nous nous exprimerons à leur égard uniquement dans l’isoloir des bureaux de vote. Dans les intervalles nos critiques seront toujours mesurées et constructives.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est temps de redresser la tête, d’unir nos forces, de bâtir une parole souveraine et indépendante. Il est temps d’agir, de penser, de créer hors du regard de ceux qui nous méprisent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La dignité ne se négocie pas</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ne demandons plus de reconnaissance à ceux qui nous ignorent. Cessons de quémander des droits que nous devons prendre. La dignité ne se négocie pas. Elle se conquiert.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et que ceux qui nous traitent encore comme des élèves indisciplinés entendent ceci : nous avons cessé d’attendre leurs félicitations. Nous écrivons désormais notre histoire, avec notre encre, sur notre papier, selon nos priorités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le temps de la soumission à l’étranger est révolu.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Ecrivain et traducteur.</em></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="922cssX1zJ"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/03/19/loccident-sacharne-sur-les-palestiniens-par-israel-interpose/">L’Occident s’acharne sur les Palestiniens, par Israël interposé</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« L’Occident s’acharne sur les Palestiniens, par Israël interposé » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/03/19/loccident-sacharne-sur-les-palestiniens-par-israel-interpose/embed/#?secret=CPCxiKzrm4#?secret=922cssX1zJ" data-secret="922cssX1zJ" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>Quand l’Occident tourne le dos aux valeurs dont il se réclame</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/04/30/quand-loccident-tourne-le-dos-aux-valeurs-dont-il-se-reclame/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Apr 2024 07:13:45 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’Occident est en train de tourner le dos à ses valeurs tant de fois réclamées, en ce qui concerne le génocide perpétré par Israël à Gaza. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/04/30/quand-loccident-tourne-le-dos-aux-valeurs-dont-il-se-reclame/">Quand l’Occident tourne le dos aux valeurs dont il se réclame</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>«Les valeurs morales sont le fondement sur lequel repose une société civilisée». L’Occident, qui est en train de tourner le dos à ses valeurs tant de fois réclamées, en ce qui concerne le génocide perpétré par Israël dans les territoires palestiniens occupées, devrait méditer cette phrase de Confucius. </em></strong><em>(Illustration : arrestation d&rsquo;un étudiant américain manifestant pour l&rsquo;arrêt de la guerre israélienne contre Gaza). </em> </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Khemaïs Gharbi</strong> *</p>



<span id="more-12646502"></span>


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<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/09/Khemais-Gharbi.jpg" alt="" class="wp-image-9639164" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/09/Khemais-Gharbi.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/09/Khemais-Gharbi-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/09/Khemais-Gharbi-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
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<p class="wp-block-paragraph">Depuis deux ans, une pléthore d’ouvrages a été publiée dans le but de saisir le mouvement de l’histoire, notamment la rivalité entre la Russie, l’Europe et l’Amérique, ainsi que l’émergence de nouveaux acteurs tels que les Brics, qui jouent désormais un rôle crucial dans la gestion des affaires mondiales. Ces ouvrages, bien qu’instructifs et éclairants, tendent souvent à minimiser la responsabilité de l’Occident dans sa propre décadence. Pourtant, toute défaite politique est souvent précédée par la perte des valeurs morales.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un tournant critique de l’histoire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Observer les démocraties occidentales renoncer à leurs idéaux tant de fois déclarés, en refusant par exemple d’intervenir pour arrêter le génocide des Palestiniens en cours est un signe alarmant. Cela annonce un tournant qui ne peut que hâter la <em>«défaite de l’Occident»</em>, comme le souligne Emmanuel Todd dans son dernier ouvrage paru <a href="https://www.amazon.fr/D%C3%A9faite-lOccident-Emmanuel-Todd/dp/2073041132" target="_blank" rel="noreferrer noopener">sous ce titre</a>. Ce constat est d’autant plus troublant lorsque l’on voit les voix qui dénoncent ces atrocités, étouffées par la force publique et leurs auteurs emprisonnés. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Du jamais vu ni en Europe ni aux États-Unis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous sommes visiblement à un tournant critique de l’histoire. L’Occident devrait choisir entre revenir à ses fondamentaux, en défendant et préservant les valeurs morales qui ont été à la base de son existence et de son épanouissement ou bien opter pour des gains politiques éphémères qui ne feraient qu’accélérer un déclin irréversible.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="5AMXcmpHx6"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/04/23/genocide-a-gaza-luniversite-de-columbia-au-coeur-de-la-tempete/">Génocide à Gaza: L’université de Columbia au cœur de la tempête</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Génocide à Gaza: L’université de Columbia au cœur de la tempête » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/04/23/genocide-a-gaza-luniversite-de-columbia-au-coeur-de-la-tempete/embed/#?secret=Fz0PWuxZCv#?secret=5AMXcmpHx6" data-secret="5AMXcmpHx6" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p class="wp-block-paragraph">Aux États-Unis, le temple de la liberté, il semble aussi qu’on tourne le dos à leurs propres principes. L’<a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/04/23/genocide-a-gaza-luniversite-de-columbia-au-coeur-de-la-tempete/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">université Columbia</a> par exemple est secouée par des protestations violentes, avec des dizaines d’arrestations la semaine dernière. Les autorités universitaires ont fait appel à la police pour mettre fin à une occupation, accusée par certains d’attiser l’antisémitisme et par d’autres de simple dénonciation d’un génocide perpétré depuis le 7 octobre par Israël contre les Palestiniens à Gaza. Ces manifestations pro-palestiniennes sont le reflet d’une tension croissante, qui s’étend désormais à de nombreux campus américains. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Solidarité avec les Palestiniens</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Tous ces événements illustrent la généralisation d’un mouvement étudiant pro-palestinien, initialement centré sur les investissements de l’université Columbia dans des entreprises participant à l’effort de guerre israélien. La tension s’intensifie non seulement entre les étudiants et les autorités, mais également avec les forces de l’ordre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En France, la situation est également préoccupante. Des manifestations de soutien aux Palestiniens, qu’elles soient interdites ou autorisées, ont eu lieu dans plusieurs villes, marquant un mouvement de solidarité sans précédent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Face à ces bouleversements, il est impératif de se rappeler l’importance des valeurs morales et éthiques qui ont façonné les sociétés occidentales et de réaffirmer les engagements maintes fois proclamés envers la justice, la liberté et la dignité humaine.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ignorer ces principes fondamentaux ne peut qu’accélérer la descente vers un avenir marqué par le chaos et la désillusion.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Ecrivain et traducteur. </em></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="3zJwDZsBuu"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/04/28/les-campus-americains-protestent-contre-le-soutien-a-la-guerre-disrael-contre-gaza/">Les campus américains protestent contre le soutien à la guerre d’Israël contre Gaza</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Les campus américains protestent contre le soutien à la guerre d’Israël contre Gaza » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/04/28/les-campus-americains-protestent-contre-le-soutien-a-la-guerre-disrael-contre-gaza/embed/#?secret=qYAbthTs4b#?secret=3zJwDZsBuu" data-secret="3zJwDZsBuu" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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