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	<title>Archives des Manel Albouchi - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Manel Albouchi - Kapitalis</title>
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	<item>
		<title>La Tunisie entre souveraineté et anxiété</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Mar 2026 08:07:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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		<category><![CDATA[souveraineté]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La célébration du 70e anniversaire de l’Indépendance met les Tunisiens devant leurs manques présents et leurs angoisses de l'avenir.  </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/21/la-tunisie-entre-souverainete-et-anxiete/">La Tunisie entre souveraineté et anxiété</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>La célébration du 70<sup>e</sup> anniversaire de l’Indépendance, le 20 mars 2026 de la Tunisie, a coïncidé avec celle de l’Aïd El-Fitr, la Tunisie n’est plus seulement face à un calendrier. Elle est face à un miroir : celui de ses désirs, de ses peurs, de ses contradictions et de ses projets. Ce n’est pas une simple célébration. C’est un appel à nous regarder tels que nous sommes et tels que nous pouvons devenir. &nbsp;</em></strong></p>



<p><strong>Manel Albouchi</strong></p>



<span id="more-18500013"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1.jpg" alt="" class="wp-image-15290578" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Un peuple est un corps. Et comme tout corps, il peut intégrer ou rejeter.</p>



<p>Le mois de Ramadan impose une discipline, une retenue, une forme de maîtrise de soi. L’Aïd vient consacrer cette traversée, comme une sortie vers la réconciliation et le partage. L’indépendance, proclamée en 1956, relève d’une autre temporalité&nbsp;: celle de la lutte politique et de la souveraineté retrouvée. Mais dans les deux cas, il s’agit de franchir une limite,&nbsp;sortir d’un état de dépendance pour accéder à l’autonomie : tenir sans se fermer, accueillir sans se dissoudre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Souveraineté sous pression</h2>



<p>Le monde n’est plus un décor. Il est une pression constante. Les secousses des guerres, les crises énergétiques et économiques : tout concourt à produire une insécurité diffuse. Mais le réel n’est pas seulement une menace. Il est aussi une matière. Dans cet environnement, les alliances évoluent, se recomposent, parfois se fragilisent.</p>



<p>Pour des pays comme la Tunisie, la souveraineté ne peut plus être envisagée comme un acquis figé. Elle devient un exercice d’équilibre, entre ouverture et préservation des intérêts nationaux. Le risque de se voir imposer un <em>«scénario obligé»</em>&nbsp;: dans un monde multipolaire, la marge de manœuvre des États dépend de leur capacité à éviter les dépendances excessives.</p>



<p>C’est là que se joue la différence entre une société qui subit et une société qui transforme. Car le danger n’est pas dans la contrainte, mais dans l’incapacité à y répondre autrement que par la répétition. &nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’angoisse du manque  </h2>



<p>Le manque est devenu le langage souterrain de notre époque : manque d’argent, manque de stabilité, manque d’avenir. Et lorsque ce manque devient trop intense, il cherche une sortie.</p>



<p>C’est dans ce contexte que la présence de migrants subsahariens en Tunisie devient un point de tension. Non pas en raison de ce qu’elle est, mais de ce qu’elle réveille. Nos peurs collectives se cherchent un visage. Elles se projettent sur ceux qui semblent différents, fragiles, étrangers.</p>



<p>Le peuple subsaharien en Tunisie n’est pas la cause de nos tensions. Mais les sociétés projettent leurs angoisses sur des figures extérieures lorsqu’elles ne parviennent plus à les contenir. Répondre par le rejet ou la fermeture ne dissout pas la peur. Elle se transforme en colère, en révolte, en contre-violence.</p>



<p>L’exemple de l’Iran en 2026 est éclairant : attaqué, frappé au cœur de ses infrastructures vitales, il ne s’est pas effondré, il s’est défendu, exacerbant les tensions régionales et mondiales.</p>



<p>Le même mécanisme se répète quand une société se défend en rejetant l’autre à l’intérieur de ses frontières. La vraie sagesse consiste à ne pas attaquer les faibles ou les vulnérables pour masquer nos peurs. Car qui se sent menacé se défend et la projection de l’angoisse devient alors conflit.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ressources et souveraineté</h2>



<p>Dans un monde où l’énergie est à la fois levier et menace, dépendre des autres équivaut à perdre une part de liberté. Chaque coup de prix, chaque interruption d’approvisionnement, chaque crise énergétique internationale réveille cette&nbsp;peur de ne plus exister, peur de ne plus pouvoir maintenir ce qui fait vivre une société.</p>



<p>La souveraineté ne se mesure pas seulement par les frontières. Elle se construit sur ce que nous possédons réellement : nos ressources humaines, nos jeunes, nos talents, nos travailleurs, nos ressources naturelles, nos terres fertiles, phosphates, gaz, solaire, éolien, et demain peut-être hydrogène vert.</p>



<p>Une partie de ces richesses transite vers le mode sans que nous en récoltions les bénéfices réels. Nos infrastructures, nos productions et notre énergie alimentent d’autres marchés, pendant que notre peuple ressent le manque et l’injustice.</p>



<p>Une souveraineté réelle commence par la valorisation de ce que nous avons, la protection de ceux qui vivent et travaillent sur notre sol, et la construction d’un avenir autonome et durable.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Humanité et stratégie</h2>



<p>Plutôt que de rejeter, il faut apprendre à transmuter : la peur en vigilance, l’angoisse en empathie et la tension sociale en projet collectif non en discours de haine.</p>



<p>Ce 20 mars 2026, la Tunisie ne choisit pas les conditions dans lesquelles elle évolue. Mais elle peut choisir la manière d’y répondre. Ne pas rejeter ce que le réel impose. Ne pas s’y soumettre non plus. Mais le travailler.</p>



<p>Un peuple souverain n’est pas celui qui exclut, qui rejette ou qui cède à la peur. Il est celui qui transforme la peur en énergie, le manque en projet, la vulnérabilité en puissance. Il est celui qui reste humain, lucide et responsable dans un monde instable. Et c’est cela qui garantit notre dignité, notre liberté et notre puissance face à l’histoire et au réel.</p>
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		<title>L’Iran à l’instant de vérité &#124; Le drapeau rouge et le vide </title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 06:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Ali Khamenei]]></category>
		<category><![CDATA[Gardiens de la révolution]]></category>
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		<category><![CDATA[imam Husseïn]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[Manel Albouchi]]></category>
		<category><![CDATA[martyre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La mort d’Ali Khamenei ne referme pas une époque : elle l’ouvre brutalement. L’Iran se tient aujourd’hui dans cet instant suspendu. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/03/liran-a-linstant-de-verite-le-drapeau-rouge-et-le-vide/">L’Iran à l’instant de vérité | Le drapeau rouge et le vide </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>La mort d’Ali Khamenei, annoncée le 1ᵉʳ mars 2026 dans le sillage de frappes israélo-américaines visant des centres stratégiques iraniens, ne referme pas une époque&nbsp;: elle l’ouvre brutalement. L’Iran se tient aujourd’hui dans cet instant suspendu&nbsp;: entre cuirasse et métamorphose. Une métamorphose qui suppose un risque plus grand encore&nbsp;: celui d’exister sans ennemi.</em></strong></p>



<p><strong>Manel Albouchi</strong></p>



<span id="more-18426477"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1.jpg" alt="" class="wp-image-15290578" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Depuis 1989, le Guide suprême n’était pas seulement un chef religieux. Il était le point d’agrégation des tensions, l’instance d’arbitrage ultime, le filtre symbolique entre la nation et le chaos du monde. Sa succession ne sera pas uniquement religieuse&nbsp;; elle sera stratégique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La faille du système</h2>



<p>Khamenei n’occupait pas seulement une fonction institutionnelle. Il tenait une place psychique totale. Il était ce pare-excitation freudien par lequel la nation métabolisait l’agression du monde. Il absorbait l’angoisse extérieure pour la transformer en discours, en Loi, en direction. Dans l’imaginaire collectif, il portait l’archétype du Père primordial&nbsp;: celui qui tient la frontière, qui nomme l’ennemi, qui garantit la continuité. Et, lorsque le Père tombe, les projections se retirent brutalement. La structure reste debout mais la peau se fissure. &nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une économie psychique d’Etat</h2>



<p>Depuis la guerre Iran-Irak (1980–1988), la République islamique a structuré sa matrice autour d’un mot <em>«résistance»</em>&nbsp;: résistance militaire, résistance économique, résistance culturelle. Et cette doctrine n’est pas pure rhétorique. Elle a produit une dissuasion asymétrique (missiles, réseaux régionaux alliés), une adaptation prolongée aux sanctions, une autonomie relative dans certains secteurs stratégiques.</p>



<p>Mais toute architecture défensive finit par devenir structure mentale. Ce qui fut stratégie est devenu identité et ce qui fut réponse est devenu réflexe. La résistance est devenue une économie psychique d’État&nbsp;: le monde attaque, la nation souffre, la souffrance prouve l’existence, l’existence justifie la rigidité. &nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un Moi-peau rigide &nbsp;</h2>



<p>Didier Anzieu parlait du Moi-peau comme de cette enveloppe qui protège le sujet contre la désintégration. L’Iran a construit un Moi-peau collectif solide, épais, presque cuirassé. La protection est devenue rigidité, la cohésion compression et la peau trop épaisse a fini par étouffer la respiration interne. Toute fissure peut être vécu comme une écorchure menaçant la survie même du corps national.</p>



<p>La mort du Guide est une entaille majeure&nbsp;: elle traverse la cuirasse et expose la vulnérabilité longtemps contenue.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une architecture sous tension &nbsp;</h2>



<p>Le régime iranien repose sur une structure duale&nbsp;: institutions élues (présidence, Parlement) et tutelle théocratique exercée par le Guide suprême, le Conseil des gardiens et le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI).</p>



<p>Depuis 1989, Khamenei jouait le rôle d’équilibriste entre ces pôles. Son autorité personnelle limitait les conflits ouverts entre conservateurs pragmatiques, factions sécuritaires et religieux doctrinaires. Son décès redistribue les lignes de force&nbsp;:</p>



<p>&#8211;&nbsp;le CGRI pourrait consolider son poids politique et économique&nbsp;;</p>



<p>&#8211; les factions conservatrices chercheront à verrouiller la continuité idéologique&nbsp;;&nbsp;</p>



<p>&#8211; les segments réformistes, marginalisés ces dernières années, pourraient tenter de rouvrir un espace discursif.</p>



<p>La transition ne sera pas un simple passage de témoin. Elle redéfinira l’équilibre entre autorité religieuse, pouvoir sécuritaire et légitimité populaire. &nbsp; &nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le drapeau rouge</h2>



<p>À Jamkaran, le drapeau rouge s’est levé. Il renvoie au sang injustement versé, à Karbala, au martyre de l’imam Hussein, à cette mémoire qui ne meurt pas.</p>



<p>Dans la tradition chiite, ce n’est pas un simple étendard&nbsp;: c’est une invocation. Le sang appelle justice. Sur le plan géopolitique, le message est double&nbsp;:</p>



<p>&#8211; à l’extérieur&nbsp;: signaler que la réponse sera calibrée&nbsp;;</p>



<p>&#8211; à l’intérieur&nbsp;: transformer le deuil en unité, la sidération en mobilisation.</p>



<p>Mais psychiquement, le geste va plus loin. Le drapeau rouge agit comme un activateur collectif. Il simplifie l’angoisse. Il canalise la colère. Il soude la communauté autour d’une équation archaïque&nbsp;: le sang appelle le sang. La blessure cesse d’être effraction brute, elle devient message.</p>



<p>Hisser le drapeau rouge, c’est passer du chaos à la mise en scène. Lier l’énergie traumatique. Ce qui était sidération devient rituel. Ce qui était perte devient Loi.</p>



<p>Freud parlait de compulsion de répétition&nbsp;: on rejoue ce que l’on ne parvient pas à transformer en souvenir. À force de répéter le trauma, on finit par en faire une identité.</p>



<p>Ce drapeau est ambivalent&nbsp;: il unit et il enferme. Il offre une cohésion immédiate par la colère, mais il installe la nation dans une boucle mémorielle où la vie ne se conçoit qu’à travers la répétition du sacrifice.</p>



<p>Or une société ne peut vivre indéfiniment dans la dramaturgie du martyre sans épuiser ses forces vitales. &nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La question existentielle &nbsp;</h2>



<p>La résistance est l’architecture d’État iranien et son identité profonde. Pourtant, la faille ouverte par la disparition de Khamenei contient une possibilité&nbsp;: <em>«La blessure est l’endroit par où la lumière entre.»</em> Encore faut-il accepter que la lumière transforme ce qu’elle éclaire.</p>



<p>La disparition du Père confronte l’Iran à son ombre collective&nbsp;: violence refoulée, désir de reconnaissance, fatigue générationnelle, aspiration à la normalité, mais aussi fierté nationale et refus de l’humiliation.</p>



<p>Les questions sont désormais existentielles. Le régime colmatera-t-il la brèche par la répétition aveugle&nbsp;? Ou acceptera-t-il que cette déchirure devienne un espace de transformation&nbsp;? Peut-on passer de la mémoire du sang à un projet de vie&nbsp;? Peut-on survivre autrement qu’en résistant&nbsp;?</p>



<p>L’Iran se tient aujourd’hui dans cet instant suspendu&nbsp;: entre cuirasse et métamorphose. Une métamorphose qui suppose un risque plus grand encore&nbsp;: celui d’exister sans ennemi.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="hw2FdxWlrW"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/06/04/khomeini-et-khamenei-%e2%94%82-a-la-recherche-du-masque-poetique/">Khomeini et Khamenei │ A la recherche du masque poétique</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Khomeini et Khamenei │ A la recherche du masque poétique » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/06/04/khomeini-et-khamenei-%e2%94%82-a-la-recherche-du-masque-poetique/embed/#?secret=i16pH4Sz0n#?secret=hw2FdxWlrW" data-secret="hw2FdxWlrW" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/03/liran-a-linstant-de-verite-le-drapeau-rouge-et-le-vide/">L’Iran à l’instant de vérité | Le drapeau rouge et le vide </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Ramadan en Tunisie &#124; Une société sous tension </title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/02/27/ramadan-en-tunisie-une-societe-sous-tension/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 27 Feb 2026 08:35:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[SOCIETE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[faim]]></category>
		<category><![CDATA[fragilité sociale]]></category>
		<category><![CDATA[irritabilité]]></category>
		<category><![CDATA[jeûne]]></category>
		<category><![CDATA[Manel Albouchi]]></category>
		<category><![CDATA[Ramadan]]></category>
		<category><![CDATA[Wilfred Bion]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ramadan en Tunisie est caractérisé par  l'impatience dans les embouteillages, l'irritabilité dans les rues et les foyers.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/02/27/ramadan-en-tunisie-une-societe-sous-tension/">Ramadan en Tunisie | Une société sous tension </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Dans de nombreuses villes du monde musulman, le Ramadan est un mois de lumière. Les rues s’illuminent, les marchés s’animent à la tombée du jour, les citoyens se réunissent dans une atmosphère de fête contenue. Le jeûne y est perçu comme une discipline spirituelle, certes exigeante, mais enveloppée d’un imaginaire collectif de joie et de partage. En Tunisie, l’expérience semble souvent différente. Explications…</em></strong> <em>(Ph. L&rsquo;heure de rupture du jeûne pendant Ramadan: la délivrance!)</em> </p>



<p><strong>Manel Albouchi</strong></p>



<span id="more-18410299"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1.jpg" alt="" class="wp-image-15290578" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>À mesure que le soleil décline, une autre tension apparaît : impatience dans les embouteillages, irritabilité dans les commerces, susceptibilités exacerbées dans les foyers.</p>



<p>Ce phénomène a un nom en arabe tunisien, la <em>«h’chicha»</em> (nervosité liée à la faim), souvent attribué à la fatigue ou à la faim, mérite pourtant une lecture plus profonde. Car le Ramadan tunisien agit moins comme une simple pratique religieuse que comme un révélateur psychique et social.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"> Le mois du manque </h2>



<p>Le jeûne est, par définition, une expérience du manque. Manque de nourriture, d’eau, de sommeil. Mais lorsque ce manque physiologique entre en résonance avec d’autres formes de privation :&nbsp;économique, sociale, symbolique,&nbsp;il prend une dimension plus vaste.&nbsp;</p>



<p>La Tunisie traverse depuis plusieurs années une fragilité économique persistante. Inflation, précarité, incertitude. Le Ramadan, loin d’atténuer cette réalité, la met en relief. Les dépenses alimentaires augmentent, les attentes sociales se renforcent, la pression d’offrir une table&nbsp;<em>«digne»</em>&nbsp;devient plus intense.&nbsp;</p>



<p>Le manque n’est plus seulement corporel. Il devient existentiel.&nbsp;Et lorsque les manques se superposent, ils ne s’additionnent pas : ils se multiplient.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’anxiété du manque </h2>



<p>Ce que l’on observe alors n’est pas uniquement de l’irritabilité liée à la faim. C’est ce que l’on pourrait appeler une&nbsp;<em>«anxiété du manque»,</em>&nbsp;la crainte diffuse de ne pas avoir assez :&nbsp;assez de ressources, assez de reconnaissance, assez de valeur morale.&nbsp;</p>



<p>Cette anxiété est alimentée par plusieurs couches :&nbsp; une pression économique tangible&nbsp;;&nbsp;un regard social omniprésent&nbsp;;&nbsp;une religiosité parfois vécue dans le registre de la crainte plutôt que de la conscience.&nbsp;</p>



<p>Dans ce contexte, le Ramadan peut devenir un espace où s’intensifie le sentiment d’insuffisance. Ne pas être à la hauteur économiquement. Ne pas être un croyant suffisamment pieux. Ne pas correspondre aux attentes implicites.&nbsp;</p>



<p>La peur du jugement&nbsp;<em>«social ou divin»</em>&nbsp;transforme l’expérience intérieure du jeûne.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi cette hypersensibilité ?</h2>



<p>La psychanalyse offre une clé de lecture éclairante. Le psychiatre britannique Wilfred <a href="https://www.google.com/search?sca_esv=3058830500fed2cb&amp;sxsrf=ANbL-n4kkUaSMx6jL7uQ2D52VEuciRf5mw:1772105871953&amp;q=Bion+psychologue&amp;si=AL3DRZHSpE0pse5fJpxwjTYaymAaqy0XK40iwLly8YxRmVvGqrIVDG-30LoWTTM_6o36ReXE15bpHt42gdiJU1D5vN1TdzLzwt2Jo_E2wQ7GWzMWoLCGl-w%3D&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwiz9IHoiPeSAxU0bPEDHbeMImgQyNoBKAB6BAgqEAA&amp;ictx=1"></a>Bion décrivait la <em>«fonction alpha»</em> comme la capacité de transformer une émotion brute en pensée. Lorsque le nourrisson supporte l’absence du sein, il en crée une image mentale. Cette image constitue la première forme de pensée : une manière de tolérer le manque. Mais si l’absence devient insupportable, l’angoisse ne se transforme pas. Elle se décharge. </p>



<p>À l’échelle individuelle comme collective, le Ramadan agit comme un test de cette capacité. Si le manque est symbolisé, il devient intériorité, maturation, spiritualité. S’il déborde les capacités psychiques, il se traduit par agitation, agressivité ou panique.&nbsp;</p>



<p>L’irritabilité n’est pas le signe d’une faiblesse morale. Elle est souvent l’indice d’un espace intérieur saturé.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Contrôle et conformisme </h2>



<p>Dans la société tunisienne, le Ramadan est également traversé par une forte dimension normative. Beaucoup jeûnent non seulement par conviction, mais aussi par conformité. Le regard des autres pèse lourd. La différence expose.&nbsp;</p>



<p>Or, lorsque la pratique religieuse est motivée principalement par la peur :&nbsp;peur du jugement social, peur de la condamnation divine,&nbsp;elle génère une tension interne supplémentaire. Le contrôle devient externe, rigide, défensif.&nbsp;</p>



<p>À l’inverse, lorsqu’il est intériorisé, le contrôle devient maturation. La même pratique peut alors produire apaisement plutôt que crispation.&nbsp;</p>



<p>La nuance est invisible de l’extérieur. Mais psychiquement, elle est déterminante.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Sublimation ou décharge </h2>



<p>Le jeûne mobilise une énergie considérable : pulsionnelle, émotionnelle, corporelle. Cette énergie peut suivre deux voies.&nbsp;Elle peut se décharger sous forme d’irritabilité, de conflits, de susceptibilité exacerbée.&nbsp;Ou elle peut être sublimée :&nbsp;transformée en création, en prière consciente, en solidarité, en réflexion, en production artistique ou intellectuelle.&nbsp;</p>



<p>La sublimation n’est pas automatique. Elle suppose un minimum de sécurité intérieure. Or, dans un contexte économique et social fragilisé, cette sécurité fait parfois défaut.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ramadan comme révélateur </h2>



<p>Il serait erroné de considérer que le Ramadan crée la tension. Il la révèle.&nbsp;</p>



<p>Dans des sociétés où le tissu social est stable et la sécurité économique relativement assurée, le mois sacré peut être porté par un imaginaire collectif festif et contenant.&nbsp;</p>



<p>En Tunisie, le Ramadan agit comme un amplificateur. Il met en lumière les fragilités préexistantes : anxiété économique, rigidité normative, hypersensibilité au regard social.&nbsp;Mais il offre également une possibilité.&nbsp;Car la capacité à supporter le manque sans se désorganiser est au cœur de toute maturation psychique. Supporter l’absence sans se décharger immédiatement&nbsp;; transformer la frustration en pensée. Et faire du vide un espace de conscience.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une épreuve de maturité collective </h2>



<p>Le véritable enjeu n’est pas de savoir si les Tunisiens sont <em>«rapides à la détente »</em> en Ramadan. Il est de comprendre ce que cette réactivité dit d’un climat intérieur et collectif. </p>



<p>Avons-nous appris, individuellement et collectivement, à tolérer le manque sans nous effondrer ?&nbsp;Avons-nous développé suffisamment d’espace intérieur pour symboliser plutôt que réagir ?&nbsp;La foi est-elle vécue comme une contrainte extérieure ou comme une construction intérieure ?&nbsp;</p>



<p>Le Ramadan, en Tunisie, est moins un mois religieux qu’une épreuve de maturité psychique collective.&nbsp;</p>



<p>Et peut-être est-ce précisément dans cette tension que réside son potentiel : non pas seulement comme rituel, mais comme laboratoire de transformation.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/02/27/ramadan-en-tunisie-une-societe-sous-tension/">Ramadan en Tunisie | Une société sous tension </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Jeffrey Epstein &#124; Sexe, pouvoir et ombre </title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 Feb 2026 10:13:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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		<category><![CDATA[Hillary Clinton]]></category>
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		<category><![CDATA[Manel Albouchi]]></category>
		<category><![CDATA[pouvoir]]></category>
		<category><![CDATA[sexe]]></category>
		<category><![CDATA[Zéro Conduite]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L'affaire Epstein montre que le plaisir et l’autorité cohabitent, révélant une continuité  entre respectabilité diurne et transgression nocturne.  </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/02/08/jeffrey-epstein-sexe-pouvoir-et-ombre/">Jeffrey Epstein | Sexe, pouvoir et ombre </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>«Tout dans le monde est une question de sexe sauf le sexe. Le sexe est une question de pouvoir», écrivait Oscar Wilde. Certains se souviennent encore du feuilleton ‘‘Amour, Gloire et Beauté’’ qui a marqué les années 90 : intrigues, trahisons, passions, et rivalités qui se déployaient chaque semaine sur nos écrans. En 2026, un autre feuilleton s’impose au monde entier, celui de Jeffrey Epstein : Sexe, pouvoir et ombre. Un feuilleton qui révèle le tissu invisible de nos sociétés. Les titres s’enchaînent, les réseaux s’emballent, les archives judiciaires surgissent, et la réalité dépasse la fiction. </em></strong></p>



<p><strong>Manel Albouchi</strong></p>



<span id="more-18336927"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1.jpg" alt="" class="wp-image-15290578" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Le pouvoir commence&nbsp;toujours&nbsp;dans le corps. Il ne naît pas dans les constitutions, il s’éveille plus tôt, plus bas, dans le corps, dans l’intensité d’un regard, dans la gestion d’une proximité, dans la capacité à faire taire ou à faire parler, car avant les lois il y a toujours une économie du désir, et avant les institutions une scène où se joue la présence humaine.&nbsp;</p>



<p>Dans l’atelier obscur des États, le pouvoir se frotte au désir comme l’or au feu, et sous le vernis des discours et des chartes morales se nouent des alliances tacites où la séduction devient levier, la confidence monnaie, et le secret condition de stabilité, rappelant que gouverner n’est jamais seulement gouverner, mais orienter, contenir et parfois instrumentaliser les forces qui traversent l’humain.&nbsp;</p>



<p>Trois penseurs ont donné les clés de cette mécanique :&nbsp;&nbsp;</p>



<p>&#8211;&nbsp;Freud&nbsp;qui&nbsp;a montré que la pulsion ne disparaît jamais, elle se déplace, se sublime&nbsp;ou&nbsp;se pervertit ;&nbsp;&nbsp;</p>



<p>&#8211;&nbsp;Lacan&nbsp;qui&nbsp;a précisé que le désir n’est pas un besoin, mais un manque structuré par la Loi ;&nbsp;&nbsp;</p>



<p>&#8211; et&nbsp;Foucault&nbsp;qui&nbsp;révèle&nbsp;que le pouvoir s’exerce moins par l’interdit que par la gestion des corps, des discours et des plaisirs.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Le sexe et le pouvoir ne cohabitent donc pas par accident. Ils sont soudés par la structure même des États.&nbsp;</p>



<p>Le pouvoir excite parce qu’il promet la maîtrise du réel ; le désir attire parce qu’il&nbsp;ouvre&nbsp;vers l’autre et vers l’interdit. Entre les deux se déploie la tension fondatrice de la cité,&nbsp;celle qui traverse l’individu, le couple et la cité.&nbsp;Celle qui a fait qu’Aristote nommait l’homme animal&nbsp;politique (<em>zoon&nbsp;politikon</em>)&nbsp;pour rappeler qu’il est pris à jamais entre pulsion et loi, instinct et symbolisation.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le banquet : Éros ou domination </h2>



<p>Le banquet grec n’était pas un simple repas&nbsp;ou une orgie. Il était un espace ritualisé où le vin, la parole et le désir circulaient sous le regard de la cité. On y séduisait, certes, mais on y parlait surtout : le désir y était mis en mots, interrogé, élevé. Dans&nbsp;le symposion platonicien, Éros n’est pas prédation mais élan : il conduit de la chair à l’idée, de l’attachement à la&nbsp;beauté, de la pulsion à la pensée.&nbsp;</p>



<p>Rome, plus pragmatique, politise davantage le corps. Le plaisir devient spectacle, la sexualité un marqueur de statut, et la domination s’inscrit dans la chair.&nbsp;</p>



<p>Pour&nbsp;Foucault : le pouvoir ne gouverne pas seulement en interdisant, mais en organisant la circulation des plaisirs et des normes. Le citoyen actif affirme sa place&nbsp;par&nbsp;une mise en scène esthétique et sociale de sa propre existence. Dans ce cadre, le pouvoir devient une performance où le culte du corps, l’étalage des soirées mondaines et le prestige du partenaire font office d’attributs de souveraineté.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Mais il faut ici une distinction essentielle. Là où&nbsp;le <em>Sumposion</em> de Platon&nbsp;cherchait à élever l’homme vers la&nbsp;beauté par la parole, l’île d’Epstein signe l’échec de cette parole, remplacée par le silence et la consommation de l’autre. Le banquet antique visait la sublimation ; l’île met en scène la désublimation. L’un transformait la pulsion en lien symbolique ; l’autre réduit le corps à un objet d’usage.&nbsp;&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Géographie de l’ombre  </h2>



<p>Le pouvoir a toujours besoin de lieux à part. Îles, palais clos, résidences discrètes fonctionnent comme des zones d’exception, des espaces où la loi se suspend sans jamais disparaître complètement. Jung parlait d’ombre : ce que le sujet ou la collectivité ne veut pas reconnaître d’elle-même, mais qui continue d’agir dans l’obscurité.&nbsp;</p>



<p>Ces lieux ne sont pas de simples décors ; ils sont des lieux-symptômes. Ils concentrent ce que la société refoule&nbsp;et projette sur son élite&nbsp;: la jouissance sans limite, l’asymétrie radicale, l’impunité.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>L’île fonctionne comme une décharge psychique, un lieu où&nbsp;le&nbsp;monde&nbsp;dépose ce qu’il&nbsp;ne peut assumer en plein jour.&nbsp;Il ne s’agit pas seulement de la chute d’hommes puissants, mais de la fragilité d’un ordre global qui a dissocié le désir de l’éthique et le pouvoir de sa fonction symbolique.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le coût moral du pouvoir </h2>



<p>Gouverner, écrit Hillary Clinton dans ses mémoires, n’est jamais un choix entre le bien et le mal, mais entre des options difficiles, chacune porteuse d’un coût moral. Cette phrase, souvent lue comme pragmatique, dit surtout une vérité structurelle : le pouvoir moderne agit dans une zone grise où l’éthique se négocie, se diffère, parfois se sacrifie au nom de la continuité.&nbsp;</p>



<p>Cette lucidité révèle une tension centrale : l’État contemporain gouverne moins par idéal que par arbitrage permanent entre pertes acceptables et silences nécessaires. Le <em>soft&nbsp;power</em>&nbsp;– alliances, dialogue, droits humains&nbsp;–&nbsp;devient alors une technologie de stabilisation autant qu’un horizon moral, capable de contenir les conflits sans toujours les résoudre.&nbsp;</p>



<p>Dans ce contexte, certaines proximités relationnelles prennent valeur de symptôme plutôt que de preuve : elles indiquent un ordre où le privé, le politique et le silence coexistent dans un équilibre fragile. La question n’est alors plus seulement qui a fauté, mais qu’est-ce que le système a toléré.&nbsp;</p>



<p>Être une femme au cœur de ce dispositif n’allège pas la charge, elle la redouble. La femme au pouvoir est sommée d’incarner l’autorité sans dureté, l’éthique sans naïveté, la fermeté sans domination. Son corps devient terrain d’évaluation permanente, là où l’homme se réfugie plus facilement derrière la neutralité supposée de la fonction. Le féminin, dans l’imaginaire politique, demeure un excès à justifier.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">De Zéro Conduite à Beit el-Hikma  </h2>



<p>Cette logique traverse aussi les histoires locales.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>L’histoire du palais Zarrouk à Carthage illustre cette logique. Au milieu des années 70, le lieu accueille le contact <em>Zéro Conduite</em>, espace nocturne mondain fréquenté par des élites politiques, diplomatiques et financières. Le plaisir et l’autorité y cohabitent, révélant cette continuité troublante entre respectabilité diurne et transgression nocturne.&nbsp;</p>



<p>Habib Bourguiba Jr., figure à la fois politique, diplomatique et bancaire,&nbsp;a&nbsp;incarné&nbsp;cette zone grise où l’intime, le prestige et le pouvoir s’entrelacent.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Sa transformation ultérieure en&nbsp;Beit&nbsp;el-Hikma, centre du savoir et de la pensée, peut se lire comme une tentative de réparation symbolique :&nbsp;faire&nbsp;renaître la sagesse là où le désir a été dévoyé.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Désir, jouissance et Loi  </h2>



<p>Le sage ne nie pas la passion ; il la transforme. Là où la&nbsp;sublimation&nbsp;échoue, la jouissance déborde.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Lacan nomme jouissance ce point où le plaisir excède la loi, où le sujet ne cherche plus le lien mais la saturation. À l’échelle collective, cette jouissance devient explosive lorsqu’elle s’adosse au pouvoir.&nbsp;</p>



<p>Le sexe, le scandale, la corruption ne sont pas des anomalies : ils sont des symptômes. Ils signalent une société incapable de reconnaître son ombre et de l’inscrire symboliquement. Gouverner et aimer relèvent du même art : contenir sans écraser, orienter sans dominer, transformer sans nier.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La parole comme antidote </h2>



<p>L’île n’est pas seulement un lieu. Elle est un avertissement. Tant que les sociétés externaliseront leur&nbsp;ombre dans des espaces clos, elle reviendra sous forme de scandales, de violence et de désagrégation du lien social. La chute d’un homme public n’est jamais isolée : elle révèle une fissure dans la cité elle-même.&nbsp;</p>



<p>Il reste pourtant une voie ancienne et exigeante :&nbsp;<em>«la&nbsp;parrhèsia»</em>, le courage de dire vrai, de restaurer la parole là où le secret protège la prédation. Le défi du&nbsp;XXI<sup>e</sup>&nbsp;siècle est de rebâtir des banquets où la parole ne dissimule plus le crime, mais fonde une éthique du désir. Alors seulement le pouvoir pourra redevenir service, le désir retrouver sa dignité symbolique, et l’humain regarder ce qu’il est plutôt que ce qu’il prétend être.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="TcB8endQjB"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/11/29/que-dit-laffaire-epstein-de-lelite-americaine/">Que dit l’affaire Epstein de l’élite américaine ?</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Que dit l’affaire Epstein de l’élite américaine ? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/11/29/que-dit-laffaire-epstein-de-lelite-americaine/embed/#?secret=v1jbWJWDfy#?secret=TcB8endQjB" data-secret="TcB8endQjB" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<item>
		<title>Homosexualité en Tunisie l Quand la peur gouverne l’intime </title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/23/homosexualite-en-tunisie-l-quand-la-peur-gouverne-lintime/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Dec 2025 09:25:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[SOCIETE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[article 230]]></category>
		<category><![CDATA[code pénal]]></category>
		<category><![CDATA[homosexualité]]></category>
		<category><![CDATA[libertés fondamentales]]></category>
		<category><![CDATA[Manel Albouchi]]></category>
		<category><![CDATA[orientation sexuelle]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La question de l’homosexualité revient au centre du débat public en Tunisie comme un point de friction révélateur de tensions plus profondes. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/23/homosexualite-en-tunisie-l-quand-la-peur-gouverne-lintime/">Homosexualité en Tunisie l Quand la peur gouverne l’intime </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Depuis quelques semaines, des Tunisiennes et des Tunisiens descendent chaque samedi dans la rue pour défendre les libertés fondamentales. Cette mobilisation, parmi d’autres, rappelle une question centrale : qu’est-ce qu’une société libre ? Et surtout, qui a réellement accès à cette liberté ? Comme souvent, la question de l’homosexualité est revenue au centre du débat public. Non pas comme une réflexion apaisée, mais comme un point de friction révélateur de tensions plus profondes. </em></strong><em>(Illustrations : D&rsquo;après la page Facebook de l&rsquo;association <a href="https://www.facebook.com/mawjoudin.tn" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Mawjoudin We Exist</a>).</em> </p>



<p><strong>Manel Albouchi</strong></p>



<span id="more-18123766"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1.jpg" alt="" class="wp-image-15290578" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>En Tunisie, parler d’homosexualité, ce n’est pas seulement parler de sexualité.&nbsp;C’est parler de loi, de religion, de société.&nbsp;Mais plus profondément encore, c’est parler de ce que nous choisissons de faire à l’autre.&nbsp;Car derrière chaque rejet se cache un choix : celui de la stigmatisation.&nbsp;L’orientation sexuelle, elle, n’est jamais un choix conscient.&nbsp;Qui choisirait la peur, l’exclusion et le mensonge ?&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La loi protège ou abolit des droits naturels ? </h2>



<p>Le fameux&nbsp;article 230 du Code pénal transforme l’intimité en affaire d’État.&nbsp;Le corps devient un territoire surveillé, le désir un danger potentiel.&nbsp;Se taire, se cacher, mentir deviennent des stratégies rationnelles de survie.&nbsp;</p>



<p>À un premier niveau, cette loi est perçue comme une protection morale.&nbsp;À un autre niveau, elle révèle un paradoxe : un État qui prétend préserver l’ordre social, tout en produisant de l’invisibilité et de la peur.&nbsp;</p>



<p>Rousseau rappelait que la liberté individuelle est le fondement du contrat social.&nbsp;Une société n’est libre que si elle rend chacun de ses membres capable de l’être.&nbsp;C’est seulement à cette condition que la notion de volonté générale a un sens.&nbsp;</p>



<p>Quand l’État devient une menace&nbsp;(arrestations arbitraires, examens humiliants, chantage) la loi cesse de protéger; elle fracture.&nbsp;</p>



<p>La société tunisienne reste largement organisée autour de repères forts :&nbsp;le mariage,&nbsp;la filiation,&nbsp;l’honneur&nbsp;familial. Dans&nbsp;ce cadre, l’homosexualité est souvent vécue par la famille comme une honte, un échec éducatif ou une transgression morale ou religieuse.&nbsp;</p>



<p>Beaucoup craignent le rejet, la violence, l’exclusion, parfois la rupture définitive des liens.&nbsp;Se cacher devient alors une manière de préserver son corps, sa dignité, et parfois sa survie.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/12/Homosexualite-2-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-18123840" style="width:800px" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/12/Homosexualite-2-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/12/Homosexualite-2-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/12/Homosexualite-2-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/12/Homosexualite-2-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/12/Homosexualite-2-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/12/Homosexualite-2-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/12/Homosexualite-2.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">Le Coran parle-t-il vraiment d’orientation ou excès ? </h2>



<p>Les textes religieux sont fréquemment convoqués pour condamner l’homosexualité. Le récit du peuple de Loth est au cœur de ces discours.&nbsp;Le verset souvent cité dit :&nbsp;<em>«Et Loth dit à son peuple :&nbsp;Commettez-vous une turpitude que nul, parmi les mondes, n’a commise avant vous ?&nbsp;Vous assouvissez vos désirs sur les hommes au lieu des femmes.&nbsp;Vous êtes un peuple qui outrepasse les limites»</em>&nbsp;(Al-A’arf&nbsp;80-81). &nbsp;</p>



<p>Ce passage est fréquemment utilisé comme une condamnation directe de l’homosexualité.&nbsp;Or, une lecture attentive du texte coranique invite à un déplacement fondamental.&nbsp;Le Coran ne parle pas d’orientation.&nbsp;Il parle de&nbsp;<em>fâḥisha</em>.&nbsp;Ce qui&nbsp;ne désigne pas une identité, mais un acte excessif, une rupture de la mesure, une transgression de la Loi intérieure.&nbsp;</p>



<p>La&nbsp;<em>fâḥisha</em>&nbsp;n’est pas le désir en soi, mais le débordement du désir hors de toute limite, hors de toute responsabilité.&nbsp;L’<em>isrâf</em> est&nbsp;l’excès, la transgression, la perte de mesure. Il décrit une dynamique collective de violence, de domination, de négation de l’altérité. Le désir n’y est pas relation, mais pouvoir.&nbsp;</p>



<p>Le texte ne condamne pas une orientation, mais une forme de jouissance qui transforme l’autre en objet.</p>



<p>Le texte met en garde contre&nbsp;l’excès,&nbsp;contre&nbsp;un désir&nbsp;imposé, non symbolisé. Un désir&nbsp;sans conscience, sans limite, sans Loi intérieure. Un désir&nbsp;peut devenir destructeur.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">D’un point de vue psychologique  </h2>



<p>La psychologie clinique est claire : l’homosexualité n’est ni une maladie ni un trouble mental (DSM&nbsp;5; CIM&nbsp;11).&nbsp;</p>



<p>Mais ce que les&nbsp;spécialistes de la santé mentale&nbsp;observent, en Tunisie, ce sont les effets du rejet social : anxiété, dépression, isolement, double vie, parfois idées suicidaires.&nbsp;Cette souffrance ne vient pas du désir, mais du conflit permanent entre l’identité intime et les exigences sociales.&nbsp;</p>



<p>Freud rappelait que la sexualité humaine est polymorphe par nature.&nbsp;Lacan, plus radical encore, montre que la perversion n’est pas une orientation, mais une structure du rapport à la Loi et à l’Autre : utiliser l’autre comme objet plutôt que comme sujet.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Donc un sujet hétérosexuel peut être pervers. Un sujet homosexuel peut ne pas l’être du tout.&nbsp;En effet, la perversion est structurelle, pas&nbsp;orientationnelle.&nbsp;Elle commence là où l’autre cesse d’être reconnu comme sujet.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vivons cachés, vivons fragmentés  </h2>



<p>Mariages de façade, relations clandestines, exil rêvé ou réel, invisibilité organisée : ces stratégies permettent de survivre&nbsp;là où la&nbsp;loi&nbsp;est&nbsp;répressive et&nbsp;la&nbsp;lecture religieuse&nbsp;est&nbsp;rigide.&nbsp;Cela n’est pas&nbsp;sans&nbsp;un coût psychique élevé.&nbsp;À la surface,&nbsp;ces stratégies&nbsp;permettent de tenir&nbsp;tout en&nbsp;produisant des vies scindées :&nbsp;une identité sociale conforme,&nbsp;une identité intime clandestine.&nbsp;En profondeur, elles révèlent une société fragmentée, bâtie sur le non-dit et le mensonge institutionnalisé.&nbsp;</p>



<p>Ce que je trouve le plus violent n’est pas l’interdit en soi, mais l’obligation au mensonge :&nbsp;mentir pour être aimé, mentir pour être en sécurité, mentir pour rester vivant socialement.&nbsp;</p>



<p>Ce n’est pas la différence qui fragilise une société. C’est l’obligation institutionnelle au&nbsp;déni et&nbsp;au mensonge.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Penser autrement  </h2>



<p>Reconnaître l’existence de ces citoyens ne signifie ni encourager ni promouvoir.&nbsp;Cela signifie assumer une responsabilité collective :&nbsp;limiter la violence symbolique et psychique produite par le déni.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Le silence imposé ne guérit rien.&nbsp;Il déplace&nbsp;seulement&nbsp;la souffrance, la rend invisible et parfois explosive.&nbsp;</p>



<p>Une société ne se fragilise pas en acceptant la différence. Elle se fragilise lorsqu’elle transforme la peur en mode de gouvernance.&nbsp;</p>



<p>Le jour où la société tunisienne comprendra que reconnaître ces existences ne menace ni la foi, ni la famille, ni la culture ;&nbsp;mais apaise la violence intérieure collective ;&nbsp;le besoin de se cacher tombera de lui-même.&nbsp;</p>



<p>Dans chaque loi, chaque regard, chaque silence, un choix se&nbsp;rejoue&nbsp;:&nbsp;la peur ou la liberté.&nbsp;</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/23/homosexualite-en-tunisie-l-quand-la-peur-gouverne-lintime/">Homosexualité en Tunisie l Quand la peur gouverne l’intime </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>La Tunisie face aux choix difficiles </title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Dec 2025 09:31:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[SOCIETE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[14 janvier 2011]]></category>
		<category><![CDATA[17 décembre 2010]]></category>
		<category><![CDATA[Manel Albouchi]]></category>
		<category><![CDATA[révolution]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La révolution tunisienne a échoué non pas par excès d’audace, mais par incapacité à instituer durablement la liberté.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/18/la-tunisie-face-aux-choix-difficiles/">La Tunisie face aux choix difficiles </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Les révolutions échouent rarement par excès d’audace, mais par incapacité à instituer durablement la liberté. Celle du 17 décembre 2010-14 janvier 2011 en Tunisie fut une ouverture. Mais aucune ouverture ne garantit le chemin qui suit</em>, qui, quinze ans après, reste sinueux</strong><em><strong>, erratique</strong> <strong>et incertain </strong>(Photo : On a «fêté» quoi le 17 décembre, un succès ou un échec ?)</em></p>



<p><strong>Manel Albouchi</strong></p>



<span id="more-18103891"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1.jpg" alt="" class="wp-image-15290578" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Le sociologue John Walton a décrit ce moment précis comme celui de la révolution en échec. Non pas un échec du soulèvement, mais un échec de la transformation. Selon lui, les sociétés&nbsp;postrévolutionnaires&nbsp;ne s’effondrent pas faute de désir de changement, mais parce que les structures héritées&nbsp;(économiques, administratives, symboliques)&nbsp;ne permettent pas de soutenir durablement les réformes nouvelles.&nbsp;</p>



<p>La mobilisation retombe alors par épuisement. Et la société entre dans ce temps intermédiaire, ni ancien régime, ni ordre nouveau.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un bilan mitigé</h2>



<p>Quand Ben Ali est mort politiquement, la Tunisie n’a pas disparu avec lui. Au contraire : l’histoire véritable a commencé. Le corps d’un système de pouvoir massif, saturé de privilèges et d’habitudes, a entamé une chute lente, presque silencieuse. Il a mis des années à toucher le sol, à se déposer dans un mélange de fatigue, d’oubli et de silence officiel. Pendant ce temps, la vie sociale et politique n’a jamais cessé. Elle a continué autrement, en marge, en dessous, dans les interstices.&nbsp;</p>



<p>Les premiers à s’en approcher furent ceux qui savent vivre des vides de pouvoir : nouveaux politiciens, récits médiatiques hâtifs, groupes d’influence. Ils ont rongé les restes, disputé l’héritage, jusqu’à ce qu’il ne demeure que l’ossature de l’État : lois anciennes, procédures, bureaucratie robuste. Puis, lorsque les restes ont été consommés, une autre surprise est apparue. Plus lente. Moins visible. Plus profonde.&nbsp;</p>



<p>La jeunesse, les associations, les initiatives culturelles&nbsp;indépendantes&nbsp;ont commencé à creuser la structure non pour la renverser, mais pour la transformer de l’intérieur. À produire une énergie nouvelle, discrète, parfois fragile, mais persistante. Un réseau inédit s’est ainsi tissé, complexe, connecté, issu des&nbsp;abysses&nbsp;sp&nbsp;laissées par l’ancien régime.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les&nbsp;choix&nbsp;difficiles&nbsp;&nbsp;</h2>



<p>Le <em>«17 décembre-14 janvier»</em> ne marque donc pas une fin, mais le début d’une élaboration.&nbsp;</p>



<p>Dans&nbsp;<em>Hard&nbsp;Choices</em>, Hillary Clinton rappelle que l’histoire ne se joue pas dans les moments héroïques, mais dans l’après. Dans ce temps où aucune option n’est pure, où chaque décision comporte un coût, où choisir signifie aussi renoncer. La Tunisie vit ce temps‑là : celui des décisions difficiles, de la responsabilité sans garantie, de la patience contrainte.&nbsp;</p>



<p>«إذا الشعب يوما أراد الحياة»&nbsp;n’est pas un slogan. C’est une exigence. Vouloir la vie, ce n’est pas seulement briser le silence ; c’est accepter l’angoisse de la liberté, la lenteur des constructions, l’absence de modèle prêt‑à‑porter. Beaucoup désirent la liberté ; peu supportent ce qu’elle exige.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Clinique d’un présent&nbsp;discret&nbsp;</h2>



<p>La société tunisienne n’est pas explosive. Elle est compressée. Comme un corps qui retient son souffle trop longtemps. Frustrations économiques accumulées, sentiment d’injustice difficile à formuler, fatigue psychique collective proche de l’épuisement moral. Les affects dominants sont discrets mais persistants : lassitude, méfiance, irritabilité silencieuse.&nbsp;</p>



<p>Ce n’est pas une année de révolte massive. C’est une année de&nbsp;<em>besoin de cadre</em>. La peur du chaos et de l’effondrement l’emporte sur le désir d’expérimentation. Beaucoup préfèrent un ordre dur mais lisible à une liberté vécue comme menaçante. La tolérance au contrôle augmente. Le silence social s’installe. Une résignation active prend forme.&nbsp;</p>



<p>Le lien collectif se replie. Alain Ehrenberg a donné un nom à cet état diffus : la fatigue d’être soi. Une fatigue propre aux sociétés où l’autonomie n’est plus une conquête, mais une obligation silencieuse, laissant chacun seul face à ses échecs et à ses impasses. La rue n’est plus le lieu du désir projeté ; elle devient le lieu du danger perçu. La société se privatise psychiquement : on protège la famille, le clan, le micro‑réseau. L’autorité est à la fois désirée comme protection et redoutée comme écrasement. Le clivage interne est constant : <em>«J’ai besoin qu’on me protège, mais j’ai peur d’être étouffé»</em>.&nbsp;</p>



<p>Cliniquement, ce temps favorise des troubles anxieux diffus, des états dépressifs masqués, une agressivité passive. Peu de violence collective, mais beaucoup de violence retournée contre soi.&nbsp;</p>



<p>Freud avait déjà mis des mots sur ce paradoxe fondamental. Dans ‘‘<em>Malaise dans la civilisation</em>’’, il écrit que <em>«l’homme n’est pas cet être débonnaire assoiffé d’amour que l’on imagine, mais qu’il porte en lui une puissante part d’agressivité»</em>.&nbsp;</p>



<p>Lorsque cette agressivité ne trouve plus d’inscription symbolique&nbsp;(politique, collective, institutionnelle)&nbsp;elle ne disparaît pas. Elle se retourne. Elle se déplace. Elle se loge dans le corps social sous forme de fatigue, de retrait, d’hostilité muette ou de violence dirigée contre soi.&nbsp;</p>



<p>La stabilité apparente n’est alors pas le signe d’une pacification, mais d’une contention.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La «fête» du 17 décembre&nbsp;</h2>



<p>Le 17 décembre ne demande pas d’applaudir. Il demande de&nbsp;<em>répondre</em>. Non pas par des slogans, mais par une élaboration patiente. Il rappelle que la révolution n’est pas un événement figé, mais un processus qui passe par des phases de doute, de repli, parfois de régression.&nbsp;</p>



<p>Le corps du système déchu n’était pas un symbole de fin. Il est la preuve que la vie sait continuer, même au cœur d’un ordre mort. La question, désormais, n’est plus : contre quoi nous sommes‑nous levés ? Mais : que faisons‑nous de ce qui a été ouvert ?&nbsp;</p>



<p>Peut‑être que la maturité politique commence ici. Quand la liberté cesse de crier. Quand elle travaille en silence. Quand un peuple apprend que vouloir la vie, c’est accepter le temps et les choix difficiles qui l’accompagnent.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="Ga47yMQiOM"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/18/tunisie-le-dialogue-est-le-seul-moyen-pour-sortir-de-la-crise/">Tunisie | Le dialogue est le seul moyen pour sortir de la crise</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie | Le dialogue est le seul moyen pour sortir de la crise » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/18/tunisie-le-dialogue-est-le-seul-moyen-pour-sortir-de-la-crise/embed/#?secret=7IyoaUeYDK#?secret=Ga47yMQiOM" data-secret="Ga47yMQiOM" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<item>
		<title>L’État tunisien court derrière le problème au lieu de le prévenir </title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2025/11/25/letat-tunisien-court-derriere-le-probleme-au-lieu-de-le-prevenir/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Nov 2025 10:26:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Gabès]]></category>
		<category><![CDATA[gouvernance]]></category>
		<category><![CDATA[Manel Albouchi]]></category>
		<category><![CDATA[prévention]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Face aux crises, comme celle de Gabès, l'Etat tunisien agit, mais toujours trop tard, et sans l'efficacité et la compétence nécessaires.  </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/11/25/letat-tunisien-court-derriere-le-probleme-au-lieu-de-le-prevenir/">L’État tunisien court derrière le problème au lieu de le prévenir </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Le 18 octobre 2025, au palais de Carthage, une réunion s’est tenue&nbsp;sur&nbsp;la crise environnementale à Gabès, dont la population souffre, depuis au moins deux décennies, des rejets toxiques du Groupe chimique tunisien (GCT).&nbsp;Certes cette intervention est nécessaire et on pourrait presque l’applaudir… si ce n’était pas juste la dernière étape d’un retard chronique. La Tunisie ne manque pas de réactions.&nbsp;Elle manque juste d’actions à un rythme interne stable;&nbsp;un tempo qui permettrait d’agir avant que les dégâts ne deviennent irréversibles.&nbsp;C’est un peu comme quelqu’un qui danse le tango… mais toujours deux secondes après la musique.&nbsp;</em></strong></p>



<p><strong>Manel Albouchi * &nbsp;</strong></p>



<span id="more-17974162"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1.jpg" alt="" class="wp-image-15290578" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Le président a salué la maturité des habitants de Gabès. Leur calme, leur sens de la responsabilité.&nbsp;</p>



<p>Oui, c’est vrai.&nbsp;Mais soyons honnêtes : ce calme ressemble moins à la sagesse d’un peuple apaisé qu’à l’épuisement d’un peuple qui n’a plus l’énergie de s’énerver.&nbsp;</p>



<p>Le citoyen tunisien ne reste pas calme par confort.&nbsp;Il reste calme pour éviter l’effondrement.&nbsp;Et ce calme-là ne doit pas devenir un prétexte pour un État qui s’appuie sur la patience des gens comme si c’était une ressource infiniment renouvelable.&nbsp;</p>



<p>Au contraire, il faut valoriser les initiatives locales, mettre en lumière les citoyens qui créent, innovent, agissent, pour transformer cette fatigue en engagement durable, au lieu de laisser la résignation s’installer comme une habitude nationale.&nbsp;</p>



<p><strong>Une richesse cachée, les séniors&nbsp;: </strong>On parle beaucoup de jeunes, mais la vérité est plus large :&nbsp;la Tunisie possède une génération d’experts, d’ingénieurs, de professeurs, de cadres, de chercheurs,&nbsp;aujourd’hui mis à la retraite ou isolés comme des joueurs d’élite laissés sur le banc alors que l’équipe perd le match.&nbsp;</p>



<p>Ce pays regorge d’intelligence encore intacte, de savoir-faire accumulé pendant 30, 40 ans, laissé en veille comme si nous pouvions nous offrir le luxe du gaspillage.&nbsp;</p>



<p>Imaginez&nbsp;un peu :&nbsp;des compétences précieuses… stockées au lieu d’être mobilisées ; des cerveaux pleins d’expérience… qui ne demandent qu’à transmettre ; des professionnels chevronnés… traités comme si leur rôle s’arrêtait le jour où leur contrat administratif se termine.&nbsp;</p>



<p>Il suffit de créer :&nbsp;des programmes de mentorat croisant jeunes et seniors,&nbsp;des cellules de réflexion intergénérationnelles,&nbsp;un corps de&nbsp;<em>«consultants publics»</em>&nbsp;parmi les retraités expérimentés,&nbsp;et nous aurons une capacité opérationnelle que peu de pays possèdent :&nbsp;l’énergie des jeunes + la stratégie des anciens.&nbsp;</p>



<p>Une nation qui n’utilise pas ses sages et ses experts se condamne à recommencer les mêmes erreurs en boucle.&nbsp;</p>



<p><strong>Une&nbsp;énergie sans terrain de jeu</strong>&nbsp;:&nbsp;Appeler la jeunesse sans lui offrir un rôle réel, c’est comme donner une belle voiture sans mettre d’essence.&nbsp;Ça fait joli sur la photo, mais ça ne bouge pas.&nbsp;</p>



<p>Pour avancer, il faut :&nbsp;un conseil consultatif de jeunes avec un vrai pouvoir de décision,&nbsp;des ateliers participatifs,&nbsp;un espace où leur énergie n’est pas&nbsp;<em>«symbolique»</em>, mais<em>&nbsp;«opératoire»</em>.&nbsp;</p>



<p>La jeunesse tunisienne est brillante mais trop souvent invitée pour applaudir, jamais pour décider.&nbsp;&nbsp;</p>



<p><strong>Une&nbsp;stratégie qui tourne en rond</strong>&nbsp;: Rappeler les erreurs de 2018, dénoncer les équipements abandonnés… pourquoi pas.&nbsp;Mais ça reste de l’externalisation : mettre le problème à distance pour renforcer le présent.&nbsp;Sur le long terme :&nbsp;on tourne, on dénonce, et on revient au même point.&nbsp;</p>



<p>Aujourd’hui, la Tunisie n’a pas besoin de réparer l’histoire.&nbsp;Elle a besoin de la dépasser.&nbsp;De construire le présent et l’avenir.</p>



<p><strong>Belle promesse, mais parapluie percé&nbsp;: </strong>Dire que le peuple a droit à la vérité est noble. Mais aujourd’hui, les Tunisiens veulent cohérence structurelle, pas poésie politique.&nbsp;Les mots ne suffisent plus :&nbsp;on ne reconstruit pas une ville, un écosystème ou une confiance avec des phrases.&nbsp;Il faut des structures fiables, une gouvernance stable, et surtout… une logique qui tient debout.&nbsp;</p>



<p><strong>Entre réaction et maturation</strong>&nbsp;:&nbsp;Et puis il y a ce registre guerrier, cette idée que la Tunisie vit une guerre sur tous les fronts. La guerre peut mobiliser, mais à long terme, elle épuise.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Quand une société vit trop longtemps en état d’alerte, elle perd sa capacité à imaginer autre chose que la survie. Elle se replie, elle se crispe. La vigilance constante finit par rétrécir l’horizon.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>La Tunisie a besoin d’un souffle créatif, pas d’un cœur qui bat seulement pour éviter le pire.&nbsp;</p>



<p>Au fond, cette réunion nous dit une seule chose : nous sommes dans un système qui agit, mais toujours trop tard ; qui observe, mais rarement en avance ; qui mobilise, mais au risque d’épuiser ; qui parle de vérité, mais peine à créer de la lisibilité ; qui sollicite la jeunesse, mais ne lui déroule pas le terrain ; qui dénonce le passé, mais peine encore à inventer l’avenir. Ce n’est pas de la mauvaise volonté. C’est un développement institutionnel inachevé.&nbsp;</p>



<p><strong>Gabès est un miroir</strong>&nbsp;: Gabès, ce n’est pas un incident isolé. C’est un symptôme collectif.&nbsp;Un rappel que la Tunisie possède tout ce qu’il faut comme ressources humaines, comme intelligence collective, comme créativité… mais qu’elle n’a pas encore construit le système capable de les assembler.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Il est temps d’intégrer les jeunes, d’inclure les anciens, de reconnaître les erreurs, de clarifier le chemin et d’offrir une vision qui anticipe au lieu d’attendre l’effondrement pour réagir.&nbsp;</p>



<p>Un pays grandit comme un être humain : non pas selon le nombre de crises qu’il traverse, mais selon la qualité des réponses qu’il choisit d’y apporter. Et, aujourd’hui, plus que jamais, la Tunisie a besoin de remettre tous ses joueurs sur le terrain : ses jeunes, ses experts, ses citoyens… et même cette part d’elle-même qu’elle a trop longtemps laissé au vestiaire.</p>



<p><em>* Psychothérapeute. &nbsp;</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/11/25/letat-tunisien-court-derriere-le-probleme-au-lieu-de-le-prevenir/">L’État tunisien court derrière le problème au lieu de le prévenir </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Peuple pur contre élite corrompue &#124; Du démon au complot </title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2025/10/21/peuple-pur-contre-elite-corrompue-du-demon-au-complot/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Oct 2025 07:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[élite]]></category>
		<category><![CDATA[Manel Albouchi]]></category>
		<category><![CDATA[peuple]]></category>
		<category><![CDATA[populisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans une société, élites et peuple n’ont pas les mêmes attentes, mais leur destin est lié. Quand l’équilibre se perd, tout s’abîme. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/10/21/peuple-pur-contre-elite-corrompue-du-demon-au-complot/">Peuple pur contre élite corrompue | Du démon au complot </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Dans un jardin, chaque plante a ses besoins en eau. Le jasmin réclame de l’attention, l’olivier résiste à la sécheresse, le cactus vit là où la rose se flétrit. Si le jardinier oublie cela, certaines plantes se fanent et d’autres pourrissent. La société, c’est la même chose : élites et peuple n’ont pas les mêmes attentes, mais leur destin est lié. Quand l’équilibre se perd, c’est tout le jardin qui s’abîme.&nbsp;</em></strong></p>



<p><strong>Manel Albouchi</strong> *</p>



<span id="more-17704560"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1.jpg" alt="" class="wp-image-15290578" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Aujourd’hui, cet équilibre est menacé. Les élites parlent un langage compliqué, réservé à elles-mêmes. Le peuple, lui, se réfugie dans des slogans courts et rassurants. Entre les deux, le fossé s’élargit et la démocratie se fragilise. </p>



<p>Bourguiba avait compris cette tension. Formé dans les grandes écoles en France, il aurait pu rester enfermé dans un langage d’élite. Mais il avait le talent rare de traduire les grandes idées en images simples. Il parlait du pain, de l’école, de la femme, de la santé. Il expliquait longuement, comme un instituteur patient.&nbsp;</p>



<p>Il ne cherchait pas à séduire par des promesses faciles, mais à instruire pour que chacun comprenne. C’est ce qui a marqué son époque : il fut à la fois un père qui explique et un maître qui enseigne. Bien sûr, cette pédagogie avait aussi ses limites : le peuple restait souvent en position d’élève, sans vraie possibilité de répondre.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le raccourci des slogans&nbsp;</h2>



<p>Aujourd’hui, la logique est inversée. Le populisme ne cherche plus à élever, mais à séduire. Il ne donne pas des explications, il lance des slogans. Il flatte la colère, la peur, l’indignation.&nbsp;</p>



<p>Comme le montre le politologue Christophe Jaffrelot, le populisme oppose toujours un <em>«peuple pur»</em> à des <em>«élites corrompues»</em>, en utilisant un langage simple, émotionnel, direct. Mais il va plus loin : il mobilise la peur et la colère, moralise l’adversaire et personnalise à l’extrême le pouvoir via l’héroïsation du leader et sa relation <em>«directe»</em> au peuple.&nbsp;</p>



<p>Là où Bourguiba essayait de rendre le peuple adulte par la pédagogie, le populisme tend à le maintenir dans l’illusion.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Du démon au complot&nbsp;&nbsp;</h2>



<p>Il y a pourtant une continuité psychologique. Autrefois, quand une personne faisait une crise d’angoisse ou entendait des voix, on disait qu’elle était possédée par des djinns ou des démons. C’était une manière d’expliquer ce que l’on ne comprenait pas.&nbsp;</p>



<p>Freud, dans <em>‘‘Totem et Tabou’’</em> (1913), expliquait déjà que les sociétés anciennes donnaient un visage invisible à ce qui leur faisait peur. Elles projetaient leurs angoisses sur des forces surnaturelles, pour transformer l’incompréhensible en récit.&nbsp;</p>



<p>Aujourd’hui, la même structure existe encore. Quand une décision politique paraît injuste ou une crise difficile à comprendre, beaucoup se tournent vers la théorie du complot. Ce ne sont plus les djinns qui manipulent, mais des <em>«puissances cachées»</em>.&nbsp;</p>



<p>Les chercheurs en psychologie (Karen M. Douglas, Alexandra Cichocka et Robbie M. Sutton2017) montrent que ces croyances ne sont pas anodines : elles répondent à trois besoins fondamentaux&nbsp;&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>comprendre ce qui échappe; </li>



<li>reprendre un sentiment de contrôle, et; </li>



<li>se sentir appartenir à un groupe qui <em>«sait»</em>. </li>
</ul>



<p>Mais cette explication ne résout rien : elle rassure un instant, tout en alimentant la méfiance et la division.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La Tunisie miroir vivant de ces mécanismes&nbsp;</h2>



<p>Ces recherches ne sont pas seulement théoriques. Elles se vérifient chaque jour sur le terrain tunisien.&nbsp;</p>



<p>Quand la population, face à la crise économique ou politique, cherche des explications simples et rassurantes, elle illustre exactement ce que décrivent Douglas et ses collègues : le besoin de sens, de contrôle et d’appartenance. Les rumeurs de complot circulent dans les cafés, sur les réseaux sociaux, comme autrefois les récits de djinns et de malédictions.&nbsp;</p>



<p>De la même manière, les émotions politiques analysées par Jaffrelot (peur, colère, héroïsation du leader, relation <em>«directe»</em> et accolades avec le peuple) se lisent à ciel ouvert dans les discours quotidiens.&nbsp;</p>



<p>La Tunisie est ainsi un laboratoire à vif de la psychologie politique contemporaine : un pays où se dévoilent sans fard les mécanismes universels de la peur collective, du besoin de figures protectrices et du risque de manipulation.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Comment retrouver l’équilibre ?&nbsp;</h2>



<p>La liberté se perd quand les élites méprisent et que le peuple s’enflamme. C’est entre le mépris d’en haut et la colère d’en bas que naît le despotisme.&nbsp;</p>



<p>La Tunisie a besoin aujourd’hui d’une nouvelle médiation vivante :&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>des élites qui expliquent clairement sans jargon ni mépris; </li>



<li>un peuple qui refuse les illusions faciles et accepte l’effort de compréhension. </li>
</ul>



<p>Sans cette médiation, le jardin se dérègle. Certaines plantes meurent de soif, d’autres se noient. Et dans ce déséquilibre, ce sont toujours les mauvaises herbes qui prospèrent.&nbsp;</p>



<p>* <em>Psychothérapeute, psychanalyste.</em></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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		<title>Quand l’école tunisienne n’a plus de souffle </title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2025/10/09/quand-lecole-tunisienne-na-plus-de-souffle/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 09 Oct 2025 10:00:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[SOCIETE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[éducation]]></category>
		<category><![CDATA[enseignants]]></category>
		<category><![CDATA[GRÈVE]]></category>
		<category><![CDATA[Manel Albouchi]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le mal être des enseignants en Tunisie est le symptôme d’un déséquilibre collectif : une société qui glorifie le travail, mais oublie l’humain. </p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Le mal être des enseignants en Tunisie est le symptôme d’un déséquilibre collectif : une société qui glorifie le travail, mais oublie l’humain, qui continue d’exiger alors que le corps -et l’âme- n’ont plus rien à donner. Bref, une société qui épuise ses maîtres finit toujours par perdre ses élèves. </em></strong></p>



<p><strong>Manel Albouchi</strong> *</p>



<span id="more-17620329"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1.jpg" alt="" class="wp-image-15290578" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Hier, j’ai reçu une enseignante. Elle s’est assise face à moi, les mains jointes, la voix tremblante, et m’a dit : <em>«Je n’ai plus de souffle. Même mon mari me reproche d’enseigner aux enfants des autres et de ne plus avoir l’énergie d’enseigner aux miens.»&nbsp;</em></p>



<p>Cette phrase, d’une simplicité bouleversante, résume l’état d’un pays : l’épuisement d’une vocation qui, faute d’écoute et de reconnaissance, s’essouffle.&nbsp;</p>



<p>Une société qui continue d’exiger alors que le corps -et l’âme- n’ont plus rien à donner.&nbsp;&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quand le feu qui s’éteint sous la craie&nbsp;</h2>



<p>Les classes sont surchargées, les niveaux hétérogènes, les moyens dérisoires. Une seule enseignante doit souvent gérer deux niveaux à la fois, improviser, combler les manques, apaiser les tensions.&nbsp;</p>



<p>Le passage de 18 à 24 heures de travail pour certains n’est pas une simple réforme administrative : c’est une mutation du sens. On demande plus à ceux qui ont déjà tout donné.&nbsp;Et pendant que les salaires stagnent et les inégalités s’accentuent, ceux qui s’investissent le plus s’épuisent le plus.&nbsp;</p>



<p>Dans le silence des classes, la craie se brise, le souffle aussi.&nbsp;Et quand l’enseignante rentre chez elle, il ne reste plus d’énergie pour aider ses propres enfants à apprendre, à parler, à rêver.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’anxiété ronge en silence&nbsp;</h2>



<p>Cette femme souffre d’anxiété d’adaptation. Son corps traduit ce que son esprit tente de contenir : la peur de ne pas y arriver, la culpabilité de ne pas suffire, la honte de ne plus aimer ce qu’elle faisait par passion. Son cœur bat vite, ses nuits sont courtes, sa respiration courte aussi.&nbsp;</p>



<p>Mais ce qu’elle vit dépasse son histoire personnelle. C’est le symptôme d’un déséquilibre collectif : une société qui glorifie le travail, mais oublie l’humain.&nbsp;Et quand la mère souffre d’anxiété, elle la transmet -malgré elle- à ses enfants. Parce qu’un enfant ne retient pas ce qu’on lui dit : il absorbe ce qu’il ressent.&nbsp;</p>



<p>Alors, quand la maîtresse tremble, c’est toute une génération qui apprend la peur avant la lecture.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le père absent, la mère s’épuise&nbsp;</h2>



<p>Sur le plan symbolique, cette crise traduit la disparition du père protecteur : l’État.&nbsp;Celui qui devait poser la Loi, garantir la mesure, apaiser les tensions.&nbsp;</p>



<p>En son absence, c’est la mère -l’école, l’enseignante, la femme- qui compense, jusqu’à l’épuisement.&nbsp;Mais nul ne peut jouer tous les rôles à la fois sans perdre son souffle. Et quand la mère s’effondre, le foyer tremble.&nbsp;</p>



<p>La récente grève des enseignants n’est donc pas une simple grève, c’est un cri adressé au Père symbolique : <em>«Reviens nous donner la mesure. Reviens nous protéger.»</em>&nbsp;Sauf que l’Etat, à vouloir tout gérer, s’en trouve lui aussi dépassé et à court de solutions. &nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quand le silence devient lourd&nbsp;</h2>



<p>L’épuisement des enseignants n’est pas un fait divers. C’est un fait de civilisation.&nbsp;Quand ceux qui transmettent la vie n’ont plus la force de la vivre, ce sont les enfants qui paient la facture. Eux ressentent la lassitude, l’irritabilité, le vide d’énergie. Et peu à peu, ils apprennent, eux aussi, à vivre dans la tension.&nbsp;</p>



<p>L’école n’est plus un lieu d’élévation : elle devient un champ de survie. Mais une société qui épuise ses maîtres finit toujours par perdre ses élèves.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Pour conclure cette chronique, quelques messages simples :&nbsp;on ne peut pas continuer à enseigner sans souffle, à aimer sans reconnaissance et à éduquer sans énergie vitale.&nbsp;</p>



<p>La récente grève des enseignants aura été une respiration.&nbsp;Un moment pour se rappeler que l’école n’est pas un service, mais un espace sacré où se forge l’âme d’un peuple.&nbsp;</p>



<p>* <em>Psychothérapeute, psychanalyste.  </em></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="cLzrqcI5Wv"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/09/28/lecole-tunisienne-et-la-rehabilitation-de-lintelligence-spirituelle/">L&rsquo;école tunisienne et la réhabilitation de l’intelligence spirituelle </a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« L&rsquo;école tunisienne et la réhabilitation de l’intelligence spirituelle  » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/09/28/lecole-tunisienne-et-la-rehabilitation-de-lintelligence-spirituelle/embed/#?secret=P9go2mV0JA#?secret=cLzrqcI5Wv" data-secret="cLzrqcI5Wv" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>Quand un post Facebook devient un crime de parole  </title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2025/10/04/quand-un-post-facebook-devient-un-crime-de-parole/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 04 Oct 2025 12:05:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[MEDIA]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Manel Albouchi]]></category>
		<category><![CDATA[Nabeul]]></category>
		<category><![CDATA[peine de mort]]></category>
		<category><![CDATA[président Kaïs Saïed]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La démocratie, comme le psychisme, vit de la parole. Condamner un homme pour ses mots, c’est condamner le pays à l’étouffement. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/10/04/quand-un-post-facebook-devient-un-crime-de-parole/">Quand un post Facebook devient un crime de parole  </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Mercredi 1ᵉʳ octobre 2025, un tribunal à Nabeul a condamné à mort un homme sur la base des articles 67 et 72 du Code pénal et du décret-loi 54, qui criminalise la diffusion de fausses informations. Ses publications Facebook, critiquant le président de la république, ont été interprétées comme une atteinte à la sécurité de l’État. Cette condamnation dépasse le cadre d’un simple verdict judiciaire. Elle marque un tournant inquiétant : un mot transformé en crime capital.  </em></strong></p>



<p><strong>Manel Albouchi</strong></p>



<span id="more-17602780"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1.jpg" alt="" class="wp-image-15290578" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/01/Manel-Albouchi-1-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Malgré que la Tunisie n’ait pas exécuté de peine capitale depuis 1991, le symbole suffit : il installe la peur comme mode de gouvernance.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Père autoritaire et société fermée </h2>



<p>Une société qui condamne la critique agit comme un père autoritaire : tout désaccord est vécu comme une trahison. L’enfant qui questionne n’est plus reconnu comme sujet, mais perçu comme une menace pour l’ordre familial. Ici, le citoyen devient l’enfant qu’on punit pour avoir osé parler.&nbsp;</p>



<p>La peine capitale révèle une logique archaïque : faire taire la voix dissidente en la sacrifiant. Mais la psychanalyse rappelle que le refoulé revient toujours. La parole interdite resurgira ailleurs, sous forme de colère, de désespoir ou de révolte.&nbsp;&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le procès de la société&nbsp;&nbsp;</h2>



<p>Dans<em> “La société ouverte et ses ennemis”</em>, Karl Popper disait que toute démocratie est fragile. Elle ne survit que par sa capacité à accepter la critique et à corriger ses erreurs. Quand un État criminalise la parole, il n’affaiblit pas seulement un citoyen, il détruit son propre mécanisme d’évolution.&nbsp;</p>



<p>La société fermée gouvernée par le mythe, la peur, le culte du chef, rejette la contestation comme une blessure narcissique. La société ouverte, au contraire, sait que la vérité est toujours provisoire et que seule la critique empêche la répétition tragique de l’histoire.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un destin tendu&nbsp;</h2>



<p>Ce procès n’est pas seulement celui d’un homme. Il révèle un pays qui hésite entre deux destins : celui d’une société fermée, dominée par la figure d’un Père autoritaire, ou celui d’une société ouverte, qui accepte la parole critique comme son souffle vital.&nbsp;</p>



<p>La démocratie, comme le psychisme, vit de la parole.&nbsp;Condamner un homme pour ses mots, c’est condamner le pays à l’étouffement.&nbsp;</p>



<p><em>* Psychothérapeute, psychanalyste.</em></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="DN1h9YHdAY"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/10/04/peine-capitale-pour-un-statut-facebook-les-dessous-dun-verdict-surrealiste/">Peine capitale pour un statut Facebook | Les dessous d’un verdict surréaliste</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Peine capitale pour un statut Facebook | Les dessous d’un verdict surréaliste » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/10/04/peine-capitale-pour-un-statut-facebook-les-dessous-dun-verdict-surrealiste/embed/#?secret=VyX4SYDcFn#?secret=DN1h9YHdAY" data-secret="DN1h9YHdAY" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>
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