<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Archives des néolibéralisme - Kapitalis</title>
	<atom:link href="https://kapitalis.com/tunisie/tag/neoliberalisme/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://kapitalis.com/tunisie/tag/neoliberalisme/</link>
	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
	<lastBuildDate>Mon, 24 Apr 2023 09:53:05 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=6.8.3</generator>

<image>
	<url>https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/05/cropped-Logo-Kapitalis-32x32.png</url>
	<title>Archives des néolibéralisme - Kapitalis</title>
	<link>https://kapitalis.com/tunisie/tag/neoliberalisme/</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>Mon vide à la Tunisienne&#8230;</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2023/04/24/mon-vide-a-la-tunisienne/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2023/04/24/mon-vide-a-la-tunisienne/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Apr 2023 09:49:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[fragmentation sociale]]></category>
		<category><![CDATA[Helal Jelali]]></category>
		<category><![CDATA[instabilité institutionnelle]]></category>
		<category><![CDATA[néolibéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[vide politique]]></category>
		<category><![CDATA[Vincent Van Gogh]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://kapitalis.com/tunisie/?p=7581010</guid>

					<description><![CDATA[<p>Mon vide à la Tunisienne ne serait que le contrecoup d’un pays qui avait plongé depuis quelques années dans la mélancolie. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/04/24/mon-vide-a-la-tunisienne/">Mon vide à la Tunisienne&#8230;</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Le psychanalyste Sandor Ferenczi, compagnon de Sigmund Freud, avait écrit un texte sur «l’angoisse du dimanche» durant laquelle certaines personnes perdent presque tous leurs repères, et Albert Cossery nous a laissé ‘‘La Vallée Fertile des Fainéants’’ où trois personnages décident de ne rien faire de leur vie. Parce que la situation est tellement désespérante qu’il n’y a plus rien à faire.</em></strong><em> (Illustration : Vieil homme en deuil &#8211; La Porte de l’éternité ) de Vincent Van Gogh). </em></p>



<p>Par <strong>Helal Jelali </strong>*</p>



<span id="more-7581010"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/08/Helal-Jelali.jpg" alt="" class="wp-image-311626"/></figure></div>


<p>L’incertitude, l’instabilité et certaines situations d’abattement créent ce vide où les mots perdent leurs sens, le confinement devient l’ultime solution, et l’actualité anxiogène et manipulée devient rebutante&#8230; Le vide s’installe quand l’esprit et l’entendement sont bloqués par des contraintes extérieures et sont remplacés par le vertige des sentiments et des émotions.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Attente sans espoir</h2>



<p>Le vide est ce silence doublé d’un isolement presque mystique, mais qui attend&#8230; qui attend&#8230; et <em>«l’enfer est cette attente sans espoir»</em>, écrivait André Giroux.</p>



<p>Le vide est le dernier marqueur de la faillite de l’espace public qui devient un espace&nbsp; marchand. Quant tout dialogue devient impossible, la sécheresse sémantique&nbsp;devient quasiment dominante.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Le vide se joue de tout le&nbsp;monde, il donne à&nbsp;chacun l’illusion&nbsp;qu’un évènement important va se produire prochainement&#8230; mais non&#8230; détrompez-vous, un certain vide s’éternise et vous épuise.&nbsp;</p>



<p>Pourquoi? Parce c’est nous qui sommes les créateurs et les Pygmalion de ce vide&#8230;&nbsp;</p>



<p>L’espace public ou la sphère publique&nbsp;est un lieu identifié par les débats que des personnes provoquent. Et le vide ne s’y installe que lorsque les échanges entre les citoyens deviennent altérés et stériles. Dans ce cas, l’espace public ressemblerait à un cimetière des <em>‘‘Âmes Mortes’’</em> de Gogol.&nbsp;</p>



<p>L’extrême judiciarisation et la monétisation généralisée des rapports sociaux sont, pour ainsi dire, l’emblème du vide de l’espace public.</p>



<p>Contrairement aux idées reçues, l’autorité publique se trouve affaiblie et parfois déconnectée de la réalité des citoyens. Dans sa réforme de la justice de 1958, le Général De Gaulle avait institué les solutions négociées dans les conflits pour protéger la cohésion sociale.</p>



<p>La fragmentation&nbsp;sociale, l’instabilité institutionnelle, l’insécurité communautaire sont la source de ce vide qui s’installe d’une manière opérationnelle&nbsp;chez l’individu dont l’avenir semble bloqué par des conditions de vie difficiles.</p>



<p>Le vide n’est ni l’indifférence&nbsp;ni le déni. Il soulève l’impossibilité de l’action et de la confrontation. Il est surtout l’expression&nbsp;d’un refus viscéral d’une réalité imposée. Quant Socrate dit : <em>«Je ne suis&nbsp; pas Athènien, je ne suis pas Grec, je suis citoyen&nbsp; du monde»</em>, par son attitude, il dénonce&nbsp; un vide qui&nbsp;s’est abattu sur Athènes après ses guerres interminables et l’exécution injuste de plusieurs&nbsp; généraux&#8230;</p>



<p>En revanche, même&nbsp;si on avait beaucoup&nbsp;cogité&nbsp;sur le vide en politique, celui-ci reste à démontrer. Mais il y a des actions politiques&nbsp;qui aboutissent des mauvais résultats que nous qualifions de <em>«vide politique»</em>. C’est l’archaïsme et les recettes&nbsp;politiques&nbsp;faciles qui comblent le vide politique.&nbsp;</p>



<p>La politique de <em>«la chaise vide»</em> n’existe pas. C’est une illusion créée par les médias. Les mauvais choix politiques et l’échec de l’action, ainsi que l’absence de résultats tangibles font dire aux médias que telle personne ou telle institution pratique la politique de la chaise vide&#8230;</p>



<p>Dans un monde extérieur dissolu, éclaté et atomisé, le vide devient un refuge salutaire. Le démantèlement de l’État par le néolibéralisme et l’affaiblissement des corps intermédiaires figent le citoyen dans l’incapacité d’agir sur son destin. Il est, par ailleurs, involontairement déresponsabilisé. Donc, vidé de sa citoyenneté.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un vertige sémantique</h2>



<p><em>«La nature a horreur du vide»</em>, disait Aristote; Blaise Pascal répondait : <em>«c’est un concept faux»</em>. La vacuité est d’abord un événement créé par nous-mêmes. Quand nous décidons de <em>«faire le vide»</em>, nous nous engageons dans le <em>«négativisme»</em> qui défie l’histoire. Dans cette condition, la confusion entre la vérité et la contre-vérité deviendrait plausible. Dans ce cas, nous appellerons le vide enfumage.</p>



<p>Il nous arrive de <em>«vivre le vide»</em> par les injonctions négatives dans les paroles que nous répétons souvent : <em>«Je ne vous laisserai jamais faire ça ou ceci»</em>. Il y a une vrai syntaxe du vide qui, s’appuyant sur l’injonction et le négatif,&nbsp;créé un vertige sémantique assez séduisant pour certaines personnes. <em>«Tourner dans le vide»</em> est le destin de ces personnes. La désintégration sociale, la rupture de filiation et l’instabilité identitaire sont aussi le substrat du vide.</p>



<p>Mon vide à la Tunisienne ne serait que le contrecoup d’un pays qui avait plongé depuis quelques années dans la mélancolie d’Hippocrate, qui n’a rien à voir avec celle de Freud.</p>



<p>Seule consolation, l’humour cynique de Victor Hugo :<em> «La mélancolie,&nbsp;c’est le bonheur d’être triste»</em>.</p>



<p>Deux œuvres majeures nous renvoient presque totalement au vide : <em>‘‘La Nausée’’</em> de Jean-Paul Sartre et <em>‘‘Le Désert des Tartares’’</em> de Dino Buzzati. </p>



<p>* <em>Ancien rédacteur en chef dans une radio internationale à Paris.</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/04/24/mon-vide-a-la-tunisienne/">Mon vide à la Tunisienne&#8230;</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2023/04/24/mon-vide-a-la-tunisienne/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>5</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Bonnes feuilles : Néolibéralisme, exclusion et replis identitaires</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2021/10/27/bonnes-feuilles-neoliberalisme-exclusion-et-replis-identitaires/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2021/10/27/bonnes-feuilles-neoliberalisme-exclusion-et-replis-identitaires/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Oct 2021 10:01:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Benjamin Barber]]></category>
		<category><![CDATA[fondamentalismes religieux]]></category>
		<category><![CDATA[jihad]]></category>
		<category><![CDATA[Michel Maffesoli]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed Cherif Ferjani]]></category>
		<category><![CDATA[néolibéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[repli identitaire]]></category>
		<category><![CDATA[Sophie Bessis]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://kapitalis.com/tunisie/?p=367574</guid>

					<description><![CDATA[<p>Universitaire tunisien ayant fait toute sa carrière en France et auteur de nombreux ouvrages sur des thématiques politico-historiques, dont les lecteurs de Kapitalis apprécient les fréquentes analyses sur la situation en Tunisie et dans le monde, l&#8217;auteur vient de publier un nouvel essai intitulé «Néolibéralisme &#38; Révolution conservatrice» aux éditions Nirvana à Tunis (parution prévue...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/10/27/bonnes-feuilles-neoliberalisme-exclusion-et-replis-identitaires/">Bonnes feuilles : Néolibéralisme, exclusion et replis identitaires</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/10/Mohamed-Cherif-Ferjani-Neo-liberalisme.jpg" alt="" class="wp-image-367577"/></figure></div>



<p><strong><em>Universitaire tunisien ayant fait toute sa carrière en France et auteur de nombreux ouvrages sur des thématiques politico-historiques, dont les lecteurs de Kapitalis apprécient les fréquentes analyses sur la situation en Tunisie et dans le monde, l&rsquo;auteur vient de publier un nouvel essai intitulé «Néolibéralisme &amp; Révolution conservatrice» aux éditions Nirvana à Tunis (parution prévue le 29 octobre</em></strong> <strong><em>2021). Nous en publions cet extrait en guise de bonnes feuilles et pour vous en donner un avant-goût. </em></strong> </p>



<p>Par<strong> Mohamed Chérif Ferjani </strong>*</p>



<span id="more-367574"></span>



<p>Les politiques néolibérales ont partout conduit au recul des droits socio-économiques et au démantèlement des services publics destinés à garantir des solidarités à même d’arracher l’individu à l’étouffoir des appartenances. Elles ont aggravé les inégalités et conduit à l’exclusion des populations réduites au statut de <em>«déchets»</em> de l’économie de marché et de la concurrence étendue à tous les domaines. Les exclus ainsi rejetés par le <em>«fondamentalisme marchand»</em> (selon l’expression de Sophie Bessis dans <em>La double impasse, L’universel à l’épreuve des fondamentalismes religieux et marchand</em>, Paris, La Découverte, 2014), faute d’autres alternatives, se tournent vers d’autres <em>«fondamentalismes»</em> qui donnent l’illusion d’avoir réponse à tout. La <em>«sainte ignorance»</em> et le marché mondialisé des <em>«offres de sens»</em> prennent le relais; les marchands d’illusion se chargent de recycler les victimes de la délinquance, du trafic de drogue et de l’exclusion en les transformant en prédicateurs zélés ou en héros de <em>«guerres saintes»</em> sous la bannière de différentes idéologies. **</p>



<p>Les officines des <em>«voies de salut»</em> se les disputent&nbsp;: communautés religieuses prosélytes, offrant des spiritualités faciles à digérer et prêtes à l’emploi – comme les Églises évangélistes fondamentalistes, les communautés juives ultra-orthodoxes, les dissidences intégristes catholiques et orthodoxes, les groupes salafistes mondialisés, les expressions fanatiques qui agitent les différentes voies de l’hindouisme, du bouddhisme, et de diverses traditions religieuses&nbsp;; des mouvements extrémistes comme les groupuscules néo-nazis, les <em>«identitaires»</em> et les mouvements les plus violents de l’extrême droite, les Sentiers Lumineux et leurs ramifications, Al-Qaida et ses dissidences, Boko Haram, Daech, etc. Les recrutements sont parfois mondialisés permettant ainsi aux candidats exclus du marché touristique de voyager partout, sans visas, en passant d’un front à l’autre, pour mener leurs croisades contre les systèmes qui les ont rejetés et auxquels ils rendent la monnaie de leur pièce.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les fondamentalismes religieux et marchand se complètent</h2>



<p>Ainsi, contrairement aux apparences, les<em> «fondamentalismes religieux et marchand»</em>, se complètent et fonctionnent comme un vase communiquant.&nbsp;Dans ce sens, Sophie Bessis a raison de remarquer que les exclus par le jeu des lois du fondamentalisme marchand peuvent parvenir à la richesse matérielle, devenue <em>«le signe unique de l’existence sociale»</em>, en empruntant les voies du fondamentalisme religieux à <em>«la recherche des biens du salut»</em>. Elle rappelle que <em>«la religion peut utilement servir de tremplin à la fortune»</em> en précisant&nbsp;: <em>«Elle est, elle aussi, un bien commercialisable. Télé-évangélistes de l’aire protestante ou prédicateurs bien mis en chaînes satellitaires arabes&nbsp;l’ont bien compris. Dans les deux cas, la guerre peut devenir un moyen privilégié d’accès aux biens et à la puissance. Les adolescents et les jeunes hommes brandissant leurs couteaux, leurs fusils ou leurs lance-roquettes veulent les deux (…) Les guerres de rapine ou les guerres saintes leur donnent les moyens de les acquérir.».</em></p>



<p>Ces formes extrêmes auxquelles aboutit la volonté d’en découdre avec un système où l’humain est réduit au statut d’auxiliaire facultatif du marché, relèvent du besoin légitime de tout un chacun d’inscrire son existence dans un projet collectif qui lui donne un sens. Faute de mieux, les exclus se replient sur des solidarités de proximité – de langue, de terroir, d’appartenances et de fidélités de toutes sortes: tribales, ethniques, confessionnelles, et autres communautés ressuscitées, revisitées et adaptées aux normes du néolibéralisme avec lequel elles entretiennent des relations complexes de rejet et d’attirance<em>.</em> Déjà à la fin des années 1980, Michel Maffesoli analysait ces replis en termes de <em>déclin de l&rsquo;individualisme dans les sociétés de masse, </em>et d’un retour du <em>temps des tribus</em> (<em>Le temps des tribus, le</em> <em>déclin de l&rsquo;individualisme dans les sociétés de masse, </em>Paris, Méridiens-Klincksieck, 1988)Il parle d’une <em>«faillite du mythe progressiste»,</em> laissant un vide que la démocratie pluraliste n’a pas su ou pu combler. Les <em>«nouvelles tribus»</em> s’y sont engouffrées avec une curieuse <em>«attirance pour le présent»</em>, aussi bien pour <em>«les sectes»</em> à l’affût de sujets en mal de soumission et de dépersonnalisation, que pour d’autres formes d’embrigadements comme ceux que Sophie Bessis a pointés dans son livre pré cité.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Néolibéralisme et montée du néo-tribalisme</h2>



<p>Michel Maffesoli donne l’exemple du <em>«mouvement»</em> skinhead où la<em> «violence fondatrice»</em> des communautés n’est associée à aucun projet, ou de celui des guérilleros du Sentier Lumineux qui, bien que se disant maoïstes, cultivent le culte de la violence au point que leur projet s’en trouve occulté. Il souligne la concomitance de ces phénomènes avec <em>«la montée du néo-tribalisme»</em>. Il voit dans la <em>«déshumanisation de la vie urbaine»</em> et la perte de repères, sous l’effet de l’uniformisation des modes de vie, des facteurs favorisant la recherche de <em>«spécificités culturelles revisitées»</em>, un <em>«retour aux sources»</em>, et le repli sur soi et sur <em>«les siens»</em> afin de trouver un refuge qui <em>«tient chaud dans un monde froid»</em><strong>.</strong></p>



<p>Ces replis s’accompagnent souvent d’un rejet des droits humains. Décrivant le climat engendré par la politique néolibérale et la révolution conservatrice de Reagan, appuyée par les néoconservateurs, Guy Sorman (<em>La Révolution conservatrice américaine, </em>Paris, Fayard, 1983), donne divers exemples illustrant un tel rejet : des jeunes dédaignant la participation et la contestation, des femmes se moquant du féminisme et rejetant les droits difficilement arrachés par leurs aînées, des ouvriers désertant les syndicats, des Noirs contestant la politique des droits civiques, des victimes de l’exclusion remplissant les Églises où se tiennent les prêches les plus conservateurs et les plus hostiles aux droits humains.</p>



<p>Benjamin Barber, en réponse au <em>clash des civilisations</em> de Samuel Huntington, parle de formes de résistance identitaire à <em>McWorld</em> relevant de l’esprit d’un <em>«jihad»</em> (<em>Djihad versus McWorld,</em> Desclée de Brouwer,‎ 1996).</p>



<p>En effet, la mondialisation du néolibéralisme est loin d’être une marche harmonieuse et heureuse sur la voie de la paix universelle et de la <em>«reconnaissance»</em> recherchée par tous. C’est l’hégémonie d’un système, de son mode de vie, de sa culture et des intérêts particuliers des plus nantis, qu’elle cherche à faire passer pour l’intérêt général de tou(te)s. Elle engendre des résistances légitimes qui peuvent, faute d’autres alternatives, se transformer en réactions identitaires négatrices de l’universalité de l’humain et de ses droits, au nom de la tribu, de l’ethnie, de la confession, de la nation, de la région, ou de n’importe quel particularisme érigé en identité exclusive.</p>



<p>Pour légitime que soit le refus de la <em>«McDonalisation»</em> du monde (<em>McWorld</em>), sa transformation en repli sur de telles identités est aussi dangereuse que les agressions ainsi combattues. C’est ce qu’attestent les horreurs des purifications ethniques, confessionnelles et tribales dans l’ex-Yougoslavie et dans la région des Grands Lacs en Afrique, les attaques de l&rsquo;armée du Myanmar sur les villages des&nbsp;musulmans&nbsp;Rohingyas en Birmanie, les crimes commis par les <em>pistoleros</em> de Bolsonaro contre les Indiens d’Amazonie, comme ceux des Talibans en Afghanistan, de Daech au Proche Orient, des Chabab en Somalie, d’Al-Qaida et d’autres groupes islamistes en Afrique du Nord et dans l’Afrique subsaharienne, etc.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Connivence des fondamentalismes marchand et religieux</h2>



<p>La montée des xénophobies dopant les <em>«jeunesses identitaires»</em> et les mouvements violents en Europe, en Amérique du Nord et dans le monde, montrent que l’humanité a d’autres voies à opposer à <em>McWorld</em> que le repli sur des <em>«identités meurtrières»</em>, pour reprendre l’expression d’Amine Maalouf.</p>



<p>Analysant les processus à l’origine de ces phénomènes, Sophie Bessis pointe la connivence des <em>«fondamentalismes marchand et religieux»</em>&nbsp;: <em>«Les deux tiennent en horreur cet individu libre forgé par la modernité, capable de s’agréger en collectif politique. Le marché lui préfère un individualiste solitaire et glouton prêt à suivre à la lettre son injonction à la consommation. Le gouvernement terrestre organisé autour du religieux a toujours tenté, pour sa part, de fondre la personne dans un corps organique dont il serait impossible de se déprendre. Dans les deux cas, le choix n’existe pas. L’un et l’autre modèle ont pour seule ambition d’enfermer tout l’humain dans leur ordre en réduisant les hommes à des fragments atomisés d’un tout qui les englobe sans les faire exister, sans leur laisser la latitude de faire société. Cette parenté des formes et des résultats conduit à penser que ces deux versants d’un état d’anomie, nés tous les deux de l’épuisement de la modernité, sont plus complémentaires que vraiment concurrents.»</em></p>



<p>Francis Wolff (<em>Plaidoyer pour l’universel, </em>Paris, Fayard, 2019), met en garde contre un double danger inhérent à ces processus : celui par lequel la <em>«globalisation semble rendre l’humanisme impossible, car elle menace la diversité culturelle sans laquelle il n’y a pas d’humanité»</em>; et celui d’une <em>«individualisation»</em> qui <em>«dépouillant les êtres humains de leurs caractéristiques sociales et culturelles partagées, ne leur laisse qu’une identité peau de chagrin, réduite à un ‘‘cher moi’’ de leurs désirs fugitifs, de leurs émotions immédiates et de leurs opinions évanescentes. De là, la prolifération horizontale et verticale des discours de haine, la toute-puissance des passions passagères déréglées, le culte de l’inculture et la dictature de l’inéducation»</em>; les gourous de toutes les idéologies identitaires sont à l’affût pour récupérer ceux et celles qui cherchent à se sortir de l’enfer de ce genre d’individualisation.</p>



<p><em>* Professeur honoraire de l&rsquo;Université Lyon2, président du Haut conseil scientifique de <a href="https://timbuktu-institute.org/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Timbuktu Institute</a>, African Center for Peace Studies</em>.</p>



<p><em>** Les intertitres sont de la rédaction.</em></p>



<h4 class="wp-block-heading"><em>Articles du même auteur dans Kapitalis : </em></h4>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="y6c0gmotEe"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/09/30/lemigration-maghrebine-et-la-politique-europeenne-des-visas/">L&rsquo;émigration maghrébine et la politique européenne des visas</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« L&rsquo;émigration maghrébine et la politique européenne des visas » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/09/30/lemigration-maghrebine-et-la-politique-europeenne-des-visas/embed/#?secret=NuzWxiNjgU#?secret=y6c0gmotEe" data-secret="y6c0gmotEe" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="4nthFVFqGJ"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/08/23/pour-que-le-espoirs-suscites-par-le-25-juillet-2021-ne-debouchent-pas-sur-un-nouveau-desenchantement/">Pour que le espoirs suscités par le 25 juillet 2021 ne débouchent pas sur un nouveau désenchantement</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Pour que le espoirs suscités par le 25 juillet 2021 ne débouchent pas sur un nouveau désenchantement » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/08/23/pour-que-le-espoirs-suscites-par-le-25-juillet-2021-ne-debouchent-pas-sur-un-nouveau-desenchantement/embed/#?secret=1lxb6nt26G#?secret=4nthFVFqGJ" data-secret="4nthFVFqGJ" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="wswSuUCYnw"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/08/17/retour-triomphal-des-talibans-et-illusions-des-liberations-imposees/">Retour triomphal des Talibans et illusions des libérations imposées</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Retour triomphal des Talibans et illusions des libérations imposées » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/08/17/retour-triomphal-des-talibans-et-illusions-des-liberations-imposees/embed/#?secret=xMRXSeLy4r#?secret=wswSuUCYnw" data-secret="wswSuUCYnw" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/10/27/bonnes-feuilles-neoliberalisme-exclusion-et-replis-identitaires/">Bonnes feuilles : Néolibéralisme, exclusion et replis identitaires</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2021/10/27/bonnes-feuilles-neoliberalisme-exclusion-et-replis-identitaires/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Tunisie : Bataille au sein de l&#8217;Etat profond ou les néo-libéraux à la manœuvre</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2020/09/03/tunisie-bataille-au-sein-de-letat-profond-ou-les-neo-liberaux-a-la-manoeuvre/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2020/09/03/tunisie-bataille-au-sein-de-letat-profond-ou-les-neo-liberaux-a-la-manoeuvre/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 03 Sep 2020 11:07:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Elyes Fakhfakh]]></category>
		<category><![CDATA[Etat profond]]></category>
		<category><![CDATA[Hedi Baccouche]]></category>
		<category><![CDATA[Hichem Mechichi]]></category>
		<category><![CDATA[Mehdi Jomaa]]></category>
		<category><![CDATA[néolibéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[Youssef Chahed]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://kapitalis.com/tunisie/?p=314859</guid>

					<description><![CDATA[<p>La Tunisie a aujourd’hui, jeudi 3 septembre 2020, un nouveau chef de gouvernement, Hichem Mechichi, un énarque ayant fait toute sa carrière dans la fonction publique. C’est le 3e locataire du Palais de la Kasbah en moins d’une année, après Youssef Chahed et Elyes Fakhfakh. Selon son discours d’investiture, mardi, à l’Assemblée des représentants du...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/09/03/tunisie-bataille-au-sein-de-letat-profond-ou-les-neo-liberaux-a-la-manoeuvre/">Tunisie : Bataille au sein de l&rsquo;Etat profond ou les néo-libéraux à la manœuvre</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/09/Elyes-Fakhfakh-Youssef-Chahed-Mehdi-Jomaa.jpg" alt="" class="wp-image-314863"/><figcaption><em>Elyes Fakhfakh / Youssef Chahed / Mehdi Jomaa.</em></figcaption></figure>



<p><strong><em>La Tunisie a aujourd’hui, jeudi 3 septembre 2020, un nouveau chef de gouvernement, Hichem Mechichi, un énarque ayant fait toute sa carrière dans la fonction publique. C’est le 3e locataire du Palais de la Kasbah en moins d’une année, après Youssef Chahed et Elyes Fakhfakh. Selon son discours d’investiture, mardi, à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), il va poursuivre dans la même voie libérale ou socio-libérale de ses prédécesseurs.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Helal Jelali</strong> *</p>



<span id="more-314859"></span>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignleft size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/08/Helal-Jelali.jpg" alt="" class="wp-image-311626"/></figure></div>



<p>Le concept d’État profond est a priori malsain parce qu’il est utilisé abusivement par les complotistes, l’extrême-droite et l’extrême gauche, mais dans cet article, sa signification est claire : il s’agit de lobbys non élus démocratiquement qui agissent derrière la scène politique.</p>



<p>L’auteur évoque dans ces lignes l’affrontement entre les partisans de l’Etat social et ceux d’une aile néolibérale, qui agit dans la sphère politique insidieusement et bien représentée, jusque-là, par 3 chefs de gouvernement : Mehdi Jomaa, Youssef Chahed et Elyes Fakhfakh. Le quatrième, qui ne semble pas envisager de changement, reste à mettre à l’épreuve.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L’affaiblissement de l’Etat est devenu visible au quotidien</h3>



<p>Depuis 2011, le pays ne cesse de s’enfoncer dans une crise politique, économique et sociale. Pourquoi cette instabilité politique ? Qui pousse à la corruption et au développement de l’économie parallèle? Qui a intérêt à ce que l’insécurité devienne le sujet quotidien dans les cafés du pays ? L’affaiblissement de l’Etat est devenu visible dès que vous sortez de chez vous le matin. Les débats inutiles dans certains partis politiques et médias, comme celui récurrent sur l’identité, ont-ils pour objectif de détourner le regard des Tunisiens des vrais problèmes et défis qu’affronte le pays ?</p>



<p>Non, la bataille au sein de l’Etat profond ne concerne pas la lutte pour le pouvoir entre islamistes et progressistes ou laïcs… Cette bataille est autour des choix socio- économiques et du modèle de société pour un avenir proche…</p>



<p>L’élite tunisienne est aujourd&rsquo;hui composée de deux fronts, celui qui prône le statu quo: un État social et national dirigée par une haute administration que l’on pourrait presque qualifier de social-démocrate. En Face, le nouveau front arrivé sur la scène politique après 2011 incarné parfaitement par 3 chefs de gouvernement : Mehdi Jomaa, Youssef Chahed et Elyes Fakhfakh. Outre le fait qu’ils sont tous trois des ingénieurs franco-tunisiens, ce sont des managers néolibéraux, déguisés en socio- démocrates avec un discours rassurant sur les acquis des Tunisiens… Leur ambition est de réitérer l’expérience carrément néolibérale du Chili et de l’Argentine après la chute des dictatures…</p>



<p>Ces nouveaux managers tunisiens ont beaucoup compté sur un allié de poids : les islamistes d’Ennahdha, traditionnellement grand partisan de l’économie de bazar ou de l’économie compradore. Et c’est ainsi que les trois chefs de gouvernement nommés ci-haut étaient devenus presque les otages politiques des islamistes.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Affrontement entre les néolibéraux et les partisans de l’Etat-social</h3>



<p>Dans la tradition néolibérale, l’Etat n’est pas tenu d’intervenir dans le champ socio-économique qu’à minima. Selon les néolibéraux, l’Etat serait coûteux, les fonctionnaires incompétents, les services publics désuets face à la concurrence. La bataille est aussi entre une bourgeoisie nationale qui défend ses monopoles et les nouveaux partisans de la mondialisation effrénée… Et l’UGTT dans tout ça…?</p>



<p>Depuis l’indépendance de la Tunisie, la centrale syndicale avait rompu avec la classe ouvrière et était devenue un syndicat de fonctionnaires… La crise qu’elle avait connue en 2008 avec les grévistes des mines de phosphates à Gafsa était une fâcheuse illustration de sa rupture avec les ouvriers. Aujourd&rsquo;hui avec cette crise de l’État profond, l’UGTT navigue à vue… Face à une situation socio-économique inédite que connaît le pays depuis 2011, elle est devenue un syndicat classique, malgré sa stratégie monopolistique, elle ne se préoccupe que des augmentations salariales et tente de jouer le rôle de modérateur entre les deux camps, employés et employeurs, mais elle ne parvient toujours pas à convaincre ses interlocuteurs…?</p>



<p>La corruption, l’économie parallèle et l’affaiblissement de l’État seraient pour les néolibéraux <em>«une méthode» </em>comme une autre pour arrimer leur navire…</p>



<p>La non-maîtrise des dépenses publiques, le déficit des entreprises étatiques, l’injustice fiscale mèneront le pays dans une impasse et c’est là que les néolibéraux interviennent avec l’appui des institutions financières internationales (FMI, Banque Mondiale…) et les créanciers privés pour exécuter leur plan …</p>



<p>Cet affrontement entre les néolibéraux et les partisans de l’ancien Etat-social n&rsquo;est ni déclaré, ni visible, c’est un affrontement à fleuret moucheté, personne ne doit blesser l’autre…</p>



<h3 class="wp-block-heading">Accélération de l’orientation néolibérale en Tunisie depuis 2011</h3>



<p>L’année de 2011 a fait émerger une nouvelle classe bourgeoise qui voudrait bousculer l’ancienne… Depuis le début des années 1990, nous avons observé une accélération de l’orientation néolibérale dans les pays qui avaient affronté une instabilité (sécuritaire, terrorisme ou guerre civile) ou politique.</p>



<p>L’endettement est aussi un bon levier pour les partisans du <em>«démantèlement de l’Etat-social»</em>… Il faut reconnaître que cette bataille au sein de l’Etat profond n’avait pas commencé en 2011. Sa genèse remonte à la fin des années 1980… Au mois de septembre 1989, l’ancien Premier ministre Hédi Baccouche a déclaré à Sfax qu’«il faudrait un accompagnement social au Plan d’ajustement structurel (PAS)», passé avec le FMI… Quelques heures plus tard, il a été congédié.</p>



<p>Comme les néoconservateurs américains, ces politiques font feu de tout bois parce que l’une de leur stratégie est la<em> «fabrication»</em> de crises successives qu’elles soient institutionnelles ou économiques. Et les manipuler en amont et en aval… Autre spécialité des néolibéraux : l’inondation des médias et de l’espace public avec des débats inutiles, sur l’identité, l’insécurité, le sentiment national… Parfois, ils soutiennent derrière les rideaux des petits partis extrémistes ou des think-tanks bienveillants… Et enfin, leur plus grand étendard est le mot magique de liberté, la liberté sans responsabilité sociale, bien sûr…</p>



<p>Il faudrait dire que les régimes pseudo-socialistes de certains pays arabes – qui étaient, en fait, des régimes de juntes militaires (Nasser, Saddam Hussein…) leur ont donné du grain à moudre en confondant étatisation et nationalisation des entreprises: dans une entreprise nationalisée, c’est le conseil d’administration qui décide avec un directeur général, un contrat d’objectifs avec l’Etat. Or, dans une entreprise <em>«étatisée»,</em> ce sont les ministres et leur administration qui gèrent directement le bien public… La nuance n’est pas claire pour de nombreux décideurs…</p>



<p>Enfin, arrêtons de confondre le capitalisme du XIXe siècle avec le libéralisme triomphant après la 2e guerre mondiale et l’offensive néolibérale des années 1980 avec l’ancien président américain Ronald Reagan et la Première ministre britannique Margaret Thatcher. À titre d’exemple, l’Allemagne est un pays libéral, mais la cohésion sociale est sacro-sainte. La centrale syndicale IG Métall vient de demander, récemment, à la chancelière Angela Merkel la semaine de travail de 4 jours. Pendant la crise de la Covid-19, celle-ci avait débloqué 500 milliards d’euros de soutien aux entreprises. Les entreprises américaines attendent toujours le plan de relance économique de Donald Trump.</p>



<p>Sur un autre plan, méfions-nous d’un autre concept à la mode en Europe : le social-libéralisme, une entourloupe<em> «sémantique»</em> derrière laquelle se cache des néolibéraux en herbe, qui resteront à jamais opposés à la régulation des marchés financiers et au rôle de l’Etat et des gouvernements dans les choix socioéconomiques et le modèle de développement… Leur slogan non-avoué est que le consommateur a déjà remplacé le citoyen.</p>



<p>Un ministre a débarqué un jour dans le bureau de l’ancien président Béji Caïd Essebsi pour lui dire : <em>«J’ai une banque privée étrangère disponible pour nous aider, mais ce sera elle qui mettra en place le Plan Quinquennal».</em> L’ancien président l’avait envoyé planter ses choux, pire, il fit <em>«fuité»</em> l’information via les médias. C’était l’affaire de l&rsquo;ancien ministre Yassine Brahim et de la Banque Lazard.</p>



<p>Une phrase de Ronald Reagan résume bien le cynisme néolibéral. Il avait prononcée à propos des SDF – les pauvres sans domicile fixe qui vivent dans la rue – : <em>«C’est un choix de vie»</em>.</p>



<p>Pour notre trio d’anciens chefs de gouvernement, le mot néolibéral n’est pas péjoratif, mais il semble que ce sont les corps intermédiaires qui avaient décidé de se liguer pour leurs mettre les bâtons dans les roues… Malheureusement, les dégâts causés par leur passage à la tête du gouvernement sont énormes…</p>



<p><em>* Ancien journaliste à Paris.</em></p>



<p><strong><em>Sources </em></strong>:<em> ‘‘Le Démantèlement de l’Etat Démocratique’’ de Ezra Suleiman, éditions Le Seuil, et ‘‘Foucault et Bourdieu et la question néo-libérale’’ de Christian Laval, éditions La Découverte.</em></p>



<h4 class="wp-block-heading"><em>Articles du même auteur dans Kapitalis : </em></h4>



<figure class="wp-block-embed-wordpress wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="hvXlxKxbKQ"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/08/22/kais-saied-et-les-complots-la-parole-presidentielle-piegee-par-les-rumeurs/">Kaïs Saïed et les complots : la parole présidentielle piégée par les rumeurs</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Kaïs Saïed et les complots : la parole présidentielle piégée par les rumeurs » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2020/08/22/kais-saied-et-les-complots-la-parole-presidentielle-piegee-par-les-rumeurs/embed/#?secret=69Yoa6KaJ7#?secret=hvXlxKxbKQ" data-secret="hvXlxKxbKQ" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<figure class="wp-block-embed-wordpress wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="pqA32ZVqak"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/08/12/les-voleurs-des-ames/">Les voleurs des âmes</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Les voleurs des âmes » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2020/08/12/les-voleurs-des-ames/embed/#?secret=mzma1BMBaC#?secret=pqA32ZVqak" data-secret="pqA32ZVqak" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<figure class="wp-block-embed-wordpress wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="VnY17WXmAv"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/07/27/tunisie-est-un-desert-politique-depuis-1955/">Tunisie est un désert politique depuis 1955</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie est un désert politique depuis 1955 » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2020/07/27/tunisie-est-un-desert-politique-depuis-1955/embed/#?secret=19VloExGSq#?secret=VnY17WXmAv" data-secret="VnY17WXmAv" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/09/03/tunisie-bataille-au-sein-de-letat-profond-ou-les-neo-liberaux-a-la-manoeuvre/">Tunisie : Bataille au sein de l&rsquo;Etat profond ou les néo-libéraux à la manœuvre</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2020/09/03/tunisie-bataille-au-sein-de-letat-profond-ou-les-neo-liberaux-a-la-manoeuvre/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>4</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (5/5)</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/07/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-5-5/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/07/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-5-5/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2020 18:50:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Bruno Lemaire]]></category>
		<category><![CDATA[Chine]]></category>
		<category><![CDATA[Coronavirus]]></category>
		<category><![CDATA[Covid-19]]></category>
		<category><![CDATA[démocratie libérale]]></category>
		<category><![CDATA[Emmanuel Macron]]></category>
		<category><![CDATA[néolibéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[révolution conservatrice]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://kapitalis.com/tunisie/?p=293068</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le capitalisme sauvage et la mondialisation du néolibéralisme ont joué un rôle primordial dans la production des épidémies et des pandémies, y compris en Chine depuis son ouverture au libéralisme économique. Mais par-delà la gestion en cours de la dernière pandémie en date, le coronavirus, Covid-19, l’avenir ne se pose pas, nécessairement, en termes de...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/07/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-5-5/">L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (5/5)</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/04/Covid-19-University-John-Hopkins-è-avril-2020.jpg" alt="" class="wp-image-293069"/><figcaption><em>La carte de la contamination par le Covid-19, le 7 avril 2020, par l&rsquo;université John Hopkins.</em></figcaption></figure>



<p><strong><em> Le capitalisme sauvage et la mondialisation du néolibéralisme ont joué un rôle primordial dans la production des épidémies et des pandémies, y compris en Chine depuis son ouverture au libéralisme économique. Mais par-delà la gestion en cours de la dernière pandémie en date, le coronavirus, Covid-19, l’avenir ne se pose pas, nécessairement, en termes de «printemps des nationalismes», à travers la montée des expressions nationalistes de la révolution conservatrice, mais de restauration de la démocratie et sa réconciliation avec sa nécessaire dimension sociale et du l’Etat providence qui pèse sur les lois de marché et oriente l’économie vers la prise en compte des droits socio-économiques et culturels de la population.</em></strong></p>



<p> Par <strong>Mohamed-Chérif Ferjani </strong>*</p>



<span id="more-293068"></span>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignleft size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/04/Mohamed-Cherif-Ferjani.jpg" alt="" class="wp-image-292632"/></figure></div>



<h3 class="wp-block-heading"> 5- Quelle alternative au néolibéralisme : révolution conservatrice ou démocratie sociale ?</h3>



<p> Nous avons vu le rôle du capitalisme sauvage et de la mondialisation du néolibéralisme dans la production des épidémies et des pandémies, y compris en Chine depuis son ouverture au libéralisme économique avec et après les réformes de Teng Siao Ping. </p>



<p> Nous avons également vu les différences entre la gestion chinoise et celles des pays qui se réclament de la démocratie libérale en Europe et en Amérique du Nord, avant d’aborder la vision qui prophétise un avenir en termes de <em>«printemps des nationalismes»</em>, à travers la montée des expressions nationalistes de la révolution conservatrice. </p>



<p> Il s’agit de voir, dans ce dernier point, s’il n’y a pas d’autres alternatives au modèle chinois et au néolibéralisme que la révolution conservatrice dans ses expressions nationalistes ou dans d’autres expressions identitaires, religieuses, ethniques, tribales, ou autres. </p>



<p> Avant de répondre à ces questions, il convient de rappeler que la Chine, avec son système combinant dictature, sous la direction du Parti communiste, et libéralisme économique, est devenue l’un des foyers de production chronique d’épidémies pour les raisons déjà rappelées : des unités de production agricole industrielle de type capitaliste à proximité des quartiers où vivent, dans des conditions précaires, les populations appauvries par ce capitalisme sauvage, au détriment de l’économie traditionnelle, de l’environnement et des équilibres écologiques qui empêchaient la prolifération  des virus. </p>



<p> Ajoutons à cela que ce libéralisme s’est traduit par le recul des politiques sociales héritées du régime communiste, notamment dans le domaine de la santé, même si l’Etat a gardé un rôle dans la définition et la mise en œuvre des politiques économiques et sociales (7); c’est ce rôle qui lui a permis de mieux gérer la crise que les autres et non la supériorité de sa dictature par rapport à la démocratie. </p>



<p> Précisons aussi que les  problèmes rencontrés en Europe et en Amérique du Nord  ne sont pas inhérents à la gouvernance démocratique ou au souci de respecter les libertés et les droits humains, mais aux coups portés par les politiques néolibérales à la démocratie : les gouvernements élus démocratiquement sont sans pouvoir devant les clercs du néolibéralisme qui orientent les politiques des institutions financières à tous les niveaux et imposent leurs choix à ces gouvernants en utilisant <em>«la main droite de l’Etat»</em> pour casser sa <em>«main gauche»</em>, selon les termes de Bourdieu (8), ou, du moins, pour l’empêcher de garantir les solidarités indispensables au maintien du lien social et au vivre ensemble. </p>



<p> Les attaques menées par les politiques néolibérales pour démanteler les services publics et mettre fin à l’Etat providence depuis les années 1980, aussi bien en Amérique du Nord et en Europe, que dans les pays soumis au diktat du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque Mondiale, sous couvert de<em> «politiques de réajustement structurel»</em> et d’ouverture à la concurrence internationale et à la mondialisation néolibérale, ne sont pas étrangères aux défaillances que la crise du corona a révélées au grand jour.</p>



<p>Ce n’est donc pas la démocratie qui a failli mais son affaiblissement par le néolibéralisme qui l’a amputée de sa nécessaire dimension sociale et qui a enlevé aux Etats les moyens de peser sur les lois de marché et d’orienter l’économie vers la prise en compte des droits socio-économiques et culturels de la population, par la promotion des services publics dans les domaines de la santé, du logement social, de l’enseignement, du transport et dans tous les domaines nécessaires à un vivre ensemble fondé sur l’égalité citoyenne. Plus l’Etat se désengage de son rôle social, moins il a de légitimité à demander à la population d’adhérer à ses politiques et de respecter les mesures qu’il prend, même lorsqu’elles sont destinées à les préserver contre une pandémie. </p>



<p> C’est ce que semble avoir compris, enfin !, Emmanuel Macron, qui après avoir infligé à la France, avec un entêtement dépassant celui de ses prédécesseurs, des politiques néolibérales visant le démantèlement et la privatisation des services publics, s’est rappelé les vertus de l’Etat providence. En effet, dans son premier discours en réaction à la propagation de la pandémie, il  a parlé de la nécessité de restaurer l’Etat Providence dont il a reconnu le rôle indispensable pour garantir la sécurité sanitaire et pour promouvoir les services publics dont la société ne peut se passer. Son ministre de l’Economie, Bruno Lemaire, a même évoqué la possibilité de nationaliser les entreprises dont le rôle est vital pour sauver l’économie et les emplois, à l’instar de ce qui a été fait au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. </p>



<p> Est-ce un aveu de l’échec des politiques néolibérales défendues jusqu’ici? Ou s’agit-il de déclarations de circonstance qui, comme les promesses électorales, <em>«n’engagent que ceux qui y croient» </em>? Tout dépend des combats qui seront engagés pour éviter le retour aux politiques qui sont à l’origine de la pandémie, de la crise sanitaire et des défaillances révélées par sa gestion. </p>



<p> Le choix n’est donc pas entre un néolibéralisme débridé enlevant à l’Etat démocratique les moyens de peser sur les orientations économiques et d’assurer la justice sociale, et une dictature mariée au libéralisme économique, comme en Chine, ou à différentes expressions de la révolution conservatrice, qu’elles soient nationalistes, religieuses, tribales, ethniques, etc. </p>



<p> Le véritable choix pour les peuples aspirant à un monde plus libre, plus juste et plus solidaire,  doit aller dans le sens de la construction d’une démocratie sociale conciliant les principes de liberté, d’égalité et de solidarité, au sein de chaque société et au niveau des relations internationales. Cela passe partout par le renouvellement du contrat social en faisant de l’humain la finalité et la mesure de tout. </p>



<p> Il passe aussi, et en conséquence, par la réconciliation de l’humain avec la nature et l’environnement qu’il faut préserver pour léguer aux générations futures un monde où elles pourront vivre en harmonie sans s’exposer à de nouvelles catastrophes. Le contrat naturel auquel a appelé Michel Serres depuis 1990, comme complément nécessaire au renouvellement du contrat social usé par les politiques néolibérales, est plus que jamais d’actualité, pour mettre fin aux <em>«blessures de l’homme coupé de l’univers»</em> et aux <em>«gémissements de la nature exploitée par l’homme»,</em> selon l’expression de Richard Bergeron rappelée plus haut.  </p>



<h3 class="has-text-align-right wp-block-heading"><em> Fin</em></h3>



<p class="has-text-align-right"> <em>Sainte Consorce, le 2 avril 2020</em></p>



<p><em>* Professeur honoraire de l’Université Lyon 2, Président du Haut-Conseil de Timbuktu Institute-African Center for Peace Studies, chercheur associé de plusieurs laboratoires et centres de recherches dont, l’ISERL à Lyon, et Dirasset Maghrébines et l’IRMC à Tunis, auteur de ‘‘De l’islam d’hier et d’aujourd’hui’’, éd. Nirvana Editions et Presses de l’Université de Montréal, 2019, ‘‘Pour en finir avec l’exception islamique’’, éd. Nirvana, Tunis 2017, ‘‘Religion et démocratisation en Méditerranée’’, éd. Riveneuve, Paris 2015/Nirvana, Tunis 2016, ‘‘Le politique et le religieux dans le champ islamique’’, éd. Fayard, Paris 2005, ‘‘Islamisme, Laïcité et droits humains’’, éd. Amal, Tunis, 2012 (l’Hamattan, Paris, 1992), ‘‘Les voies de l’islam, approche laïque des faits islamiques’’, éd. Le Cerf, Besançon/Paris, 1996, et d’un livre autobiographique : ‘‘Prison et liberté’’, éd. Mots Passants, Tunis, 2015, Nirvana, 2019.</em></p>



<p><strong> Notes:  </strong></p>



<p> <em>7- Voir à ce propos l’article précité : «  Contagion sociale. Guerre de classe microbiologique en Chine».<br> 8 &#8211; Pierre Bourdieu, ‘‘Contre-feux’’, , Raison d’agir, Paris, 1998.</em></p>



<h3 class="wp-block-heading">Précédents articles de la série : </h3>



<figure class="wp-block-embed-wordpress wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="3cZIXo4Ta2"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/06/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-4-5/">L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (4/5)</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (4/5) » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/06/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-4-5/embed/#?secret=roCHknhHUs#?secret=3cZIXo4Ta2" data-secret="3cZIXo4Ta2" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<figure class="wp-block-embed-wordpress wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="DolE7wzViI"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/05/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-3-5/">L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (3/5)</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (3/5) » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/05/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-3-5/embed/#?secret=qVIpp7SJbA#?secret=DolE7wzViI" data-secret="DolE7wzViI" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<figure class="wp-block-embed-wordpress wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="wng1fz673a"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/04/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-2-5/">L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (2/5)</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (2/5) » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/04/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-2-5/embed/#?secret=TvLtPWl2EY#?secret=wng1fz673a" data-secret="wng1fz673a" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<figure class="wp-block-embed-wordpress wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="KiwvAWRnKn"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/04/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-1-5/">L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (1/5)</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (1/5) » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/04/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-1-5/embed/#?secret=7BBR2mDHyc#?secret=KiwvAWRnKn" data-secret="KiwvAWRnKn" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/07/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-5-5/">L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (5/5)</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/07/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-5-5/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (2/5)</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/04/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-2-5/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/04/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-2-5/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 04 Apr 2020 15:06:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Chine]]></category>
		<category><![CDATA[Coronavirus]]></category>
		<category><![CDATA[Covid-19]]></category>
		<category><![CDATA[épidémies]]></category>
		<category><![CDATA[mondialisation]]></category>
		<category><![CDATA[néolibéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[pandémies]]></category>
		<category><![CDATA[Union européenne]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://kapitalis.com/tunisie/?p=292635</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le capitalisme sauvage et la mondialisation du néolibéralisme ont joué un rôle primordial dans la production des épidémies et des pandémies, y compris en Chine depuis son ouverture au libéralisme économique. Mais par-delà la gestion en cours de la dernière pandémie en date, le coronavirus, Covid-19, l’avenir ne se pose pas, nécessairement, en termes de...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/04/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-2-5/">L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (2/5)</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/04/Coronavirus-Planete-2.jpg" alt="" class="wp-image-292637"/></figure>



<p><strong><em> Le capitalisme sauvage et la mondialisation du néolibéralisme ont joué un rôle primordial dans la production des épidémies et des pandémies, y compris en Chine depuis son ouverture au libéralisme économique. Mais par-delà la gestion en cours de la dernière pandémie en date, le coronavirus, Covid-19, l’avenir ne se pose pas, nécessairement, en termes de «printemps des nationalismes», à travers la montée des expressions nationalistes de la révolution conservatrice, mais de restauration de la démocratie et sa réconciliation avec sa nécessaire dimension sociale et du l’Etat providence qui pèse sur les lois de marché et oriente l’économie vers la prise en compte des droits socio-économiques et culturels de la population.</em></strong></p>



<p> Par <strong>Mohamed-Chérif Ferjani</strong> *</p>



<span id="more-292635"></span>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignleft size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/04/Mohamed-Cherif-Ferjani.jpg" alt="" class="wp-image-292632"/></figure></div>



<h3 class="wp-block-heading"> 2- Des épidémies du capitalisme à celles du néolibéralisme  </h3>



<p> Le biologiste américain Robert G. Wallace, dans une interview datée du 13 mars 2020(2), signale que le <em>«Covid-19 n’est pas un incident isolé. L’augmentation de l’occurrence des virus est étroitement liée à la production alimentaire et à la rentabilité des sociétés multinationales. Quiconque cherche à comprendre pourquoi les virus deviennent plus dangereux doit étudier le modèle industriel de l’agriculture et, plus particulièrement, de l’élevage animal.» </em>Dans cette interview, il pointe <em>«l’accaparement des dernières forêts primaires et des terres agricoles détenues par les petits exploitants dans le monde»</em> et les <em>«investissements [qui] favorisent la déforestation et le développement, ce qui entraîne l’apparition de maladies. La diversité et la complexité fonctionnelles que représentent ces immenses étendues de terre sont rationalisées de telle sorte que des agents pathogènes auparavant enfermés se répandent dans le bétail local et les communautés humaines.» </em>Il ajoute : <em>«À l’heure actuelle, la planète Terre est en grande partie une ferme planétaire, tant en termes de biomasse que de terres cultivées. L’agrobusiness vise à s’accaparer le marché alimentaire. La quasi-totalité du projet néolibéral est organisée autour du soutien aux efforts des entreprises basées dans les pays industrialisés les plus avancés pour voler les terres et les ressources des pays les plus pauvres. En conséquence, nombre de nouveaux agents pathogènes, jusqu’alors tenus en échec par des écologies forestières en évolution constante, sont désormais libres, et menacent le monde entier».</em> Les effets de ce phénomène n’ont plus de frontières :<em> «Même les populations les plus éloignées géographiquement finissent par être touchées, fut-ce de manière distale. Les virus Ebola et Zika, le coronavirus, la fièvre jaune, diverses formes de grippe aviaire et la peste porcine africaine chez les porcs comptent parmi les nombreux agents pathogènes qui quittent les arrière-pays les plus reculés pour se diriger vers les boucles périurbaines, les capitales régionales et, finalement, vers le réseau mondial de transport. On passe de chauves-souris frugivores du Congo à la mort de bronzeurs de Miami en quelques semaines.» </em></p>



<p> Voilà ce qui explique comment la nouvelle épidémie, Covid-19, partie de Wuhan, est devenue en quelques semaines une pandémie planétaire. Analysant comment le marché de Wuhan dont est partie la nouvelle épidémie offre des produits provenant de la production agro-économique industrielle et de la forêt qui en constitue l’arrière-plan : des fruits et des légumes, du bœuf, du porc et de l’agneau, des poulets, des crabes et des poissons vivants dans leurs aquariums, et autres produits issus de la production industrielle en expansion depuis les réformes de Teng Siao Ping, d’une part; des tortues, des serpents, des cigales, des cochons d’Inde, des chauves-souris, des rats des bambous, des blaireaux, des civettes palmistes, des hérissons, des loutres, des louveteaux et d’autres bestiaux vendus vivants et issus de la forêt, d’autre part. </p>



<p> Cette double offre du marché de Wuhan illustre le schéma relatif à la double origine des épidémies récentes que Robert G. Wallace développe dans son livre <em>‘‘Big Farms Make Big Flu : Dispatches on Infectious Disease, Agribusiness, and the Nature of Science’’, </em>(Monthly Review Press, 2016). En effet, son analyse distingue deux catégories d’épidémies ; celles qui trouvent leur origine au cœur de la production agro-économique, et celles qui proviennent de l’arrière-pays de cette production que constituent les forêts. À travers l’exemple du H5N1, la grippe aviaire, il met en évidence les facteurs socio-géographiques qui favorisent l’apparition et la propagation des virus : développement, dans les pays pauvres d’unités d’agro-industrie, sans aucune réglementation, collées aux quartiers et aux bidonvilles périurbains; diffusion des virus dont l’apparition est liée à ces unités, dans les zones vulnérables avec augmentation de la variation génétique permettant au H5N1 de développer des caractéristiques spécifiques à l’humain; propagation mondiale du virus (H5N1) avec une rapide évolution en contact avec la variété de plus en plus grande des environnements socio-écologiques en rapport avec les modes d’élevage de la volaille et des mesures concernant la santé. [Robert G. Wallace, <em>‘‘Big Farms Make Big Flu’’</em>, op.cit, p.52 ] Les circuits de la circulation mondiale des marchandises et des migrations régulières de la main-d’œuvre permettent aux virus de muter rapidement donnant lieu à des variantes dont les plus adaptées surpassent les autres.</p>



<p> Ainsi, la circulation améliore la résilience des virus. Des souches virales au départ isolées et inoffensives se retrouvent, du fait de cette circulation, dans des environnements hyperconcurrentiels qui favorisent la rapidité de leur cycle de vie, la capacité de saut zoonotique entre les espèces porteuses et d’évolution rapide de nouveaux vecteurs de transmission. R. G.Wallace signale <em>«l’absence de souches endémiques hautement pathogènes </em>[de la grippe] <em>dans les populations d’oiseaux sauvages, le réservoir ultime de presque tous les sous-types de grippe» </em>[Robert G. Wallace, op.cit, p.56], contrairement à ce qu’on observe chez les populations domestiques rassemblées dans les fermes industrielles perdant, du fait de <em>«la culture de monocultures génétiques»</em>, les pare-feux immunitaires capables de ralentir la transmission. </p>



<p>En effet, les populations plus nombreuses et plus denses, favorisent la transmission rapide des virus; la promiscuité diminue la réponse immunitaire et le haut débit de la production industrielle assure l’approvisionnement continu en sujets sensibles dont dépend l’évolution de la virulence [Ibid. pp. 56-57]: <em>«Dès que les animaux industriels atteignent le bon volume, ils sont tués. Les infections grippales résidentes doivent atteindre rapidement leur seuil de transmission chez un animal donné […] Plus les virus sont produits rapidement, plus les dommages causés à l’animal sont importants» </em>[ibid. p.57]. Les abattages massifs destinés à éliminer les foyers de l’épidémie – solution adoptée suite à la peste porcine africaine entraînant la perte de près d’un quart de l’approvisionnement mondial en viande de porc – peuvent, paradoxalement, contribuer à induire l’évolution de souches hyper-virulentes. </p>



<p> Ces épidémies se sont historiquement produites chez des espèces domestiquées, suite à des périodes de guerre ou de catastrophes environnementales; cependant, il est indéniable que la production capitaliste a contribué à la montée de l’intensité et de la virulence de ces maladies. Cette thèse défendue par Robert G. Wallace, est illustrée par divers exemples rappelés dans son livre précité.</p>



<p> Le premier exemple est celui de l’apparition, au XVIIIe siècle, du capitalisme dans les campagnes anglaises, avec l’introduction des monocultures de bétail. En rapport avec le développement de ce type de production agricole, trois pandémies différentes se sont produites en Angleterre au XVIIIe siècle : de 1709 à 1720, de 1742 à 1760 et de 1768 à 1786. L’origine de chacune d’entre elles était l’importation du continent de bétail infecté par les pandémies précapitalistes. Du fait de la concentration du bétail, en rapport avec l’introduction de la production capitaliste, l’importation du continent du bétail infecté a eu des effets plus dévastateurs qu’ailleurs, notamment dans les grandes laiteries de Londres qui offraient un environnement idéal pour l’intensification du virus. Les foyers de l’épidémie ont été circonscrits grâce à un abattage sélectif précoce, à petite échelle, et au recours à des traitements médicaux et scientifiques modernes; les nouveaux vaccins, bien qu’arrivant trop tard, ont contribué, ensuite, à remédier aux dégâts consécutifs à la dévastation. Cependant, les pandémies du bétail en Angleterre, ont eu des effets plus dévastateurs à la périphérie de l’économie capitaliste. </p>



<p> Le deuxième exemple que rappelle  Robert G. Wallace, est celui de la peste bovine qui a vu le jour en Europe, en rapport avec la croissance de l’agriculture à grande échelle, et qui a été exportée en Afrique dans les années 1890, du fait des guerres coloniales opposant les puissances industrielles qui se disputaient la domination de ce continent. La maladie s’est propagée dans la population bovine locale emportant 80 à 90% de tout le cheptel, et provoquant une famine sans précédent dans les sociétés pastorales de l’Afrique subsaharienne. Cette dévastation a eu des conséquences fatales pour la savane devenue, avec l’envahissement des épineux, un milieu favorable à l’expansion de la mouche tsé-tsé dont l’une des conséquences a été la limitation de l’accès du bétail aux pâturages et du repeuplement de la région après la famine, pendant que se poursuivait l’expansion de la colonisation européenne.</p>



<p> Le troisième exemple est celui de la grippe espagnole, l’une des premières épidémies de grippe H1N1. Après des doutes quant à son origine, l’hypothèse qui a la faveur de Robert G. Wallace suppose qu’elle provient de porcs ou de volailles domestiqués, du Kansas. L’époque et le lieu militent en faveur de cette hypothèse. Dans les années qui ont suivi la Première Guerre mondiale (1914-1918), l’agriculture américaine a connu la généralisation d’une production industrielle fortement mécanisée. Cette évolution s’est étendue dans les années 1920, avec le recours massif aux technologies (dont la moissonneuse-batteuse) entraînant une monopolisation progressive et un désastre écologique à l’origine de la crise du Dust Bowl et des grandes migrations qui en ont résulté. On en n’était pas encore aux grandes concentrations du bétail, mais la production intensive qui avait déjà créé des épidémies de bétail dans toute l’Europe, était déjà la norme aux Etats-Unis d’où serait partie, selon cette hypothèse, la grippe espagnole. La propagation rapide de la grippe était due au commerce mondial et à la Grande Guerre dont les protagonistes étaient principalement les empires coloniaux. Le taux de mortalité élevé de cette épidémie peut s’expliquer par des facteurs sociaux comme la malnutrition, la surpopulation urbaine et les conditions de vie généralement insalubres dans les zones touchées. [Voir Brundage JF, Shanks GD, <em>«What really happened during the 1918 influenza pandemic ? The importance of bacterial secondary infections» </em>(L’importance des infections bactériennes secondaires), <em>‘‘The Journal of Infectious Diseases’’</em>, Volume 196, numéro 11, décembre 2007. pp. 1717-1718, la réponse de Robert G. Wallace suit dans les pp. 1718-1719 ; voir aussi Morens DM, Fauci AS, <em>«The 1918 influenza pandemic : Insights for the 21st century»</em>, dans<em> ‘‘The Journal of Infectious Diseases’’</em>, Volume 195, numéro 7, avril 2007, pp 1018-1028].</p>



<p> Ainsi, précise Robert G. Wallace, les épizooties en Angleterre du XVIIIe siècle ont été le premier cas de peste bovine de type nettement capitaliste, l’épidémie de la peste bovine de l’Afrique des années 1890, fut importée de l’Europe capitaliste par les conquêtes coloniales, et la grippe espagnole était la première épidémie, également liée au capitalisme, avec des conséquences désastreuses pour la classe ouvrière et les populations appauvries.</p>



<p> L’épidémie de coronavirus n’a rien de spécifiquement chinois. Les raisons pour lesquelles tant d’épidémies semblent survenir de nos jours en Chine n’ont rien de culturel, comme veulent le faire croire les explications sinophobes. Elles relèvent de la géographie économique. La Chine aujourd’hui est dans la même situation que connaissaient les Etats- Unis et l’Europe quand ils étaient <em>«les plaques tournantes de la production mondiale et de l’emploi industriel de masse.»</em> [Voir l’article <em>«Contagion sociale. Guerre de classe microbiologique en Chine»</em> qui m’a fait découvrir les travaux de Robert G. Wallace, Revue Chuang (3)). Les épidémies décimant le cheptel dans les campagnes ont de graves conséquences dans les villes en raison des défaillances sanitaires et des politiques qui n’ont pas prévu la généralisation de la contamination, et qui ont aggravé la précarité des conditions de vie des laissés pour compte du capitalisme sauvage. La seule différence par rapport aux siècles passés, c’est que nous vivons à l’ère de la mondialisation du néolibéralisme qui donne libre cours aux lois du marché, enlève aux Etats les moyens de réguler ces lois pour en atténuer les ravages, permet la libre circulation des capitaux, des marchandises, multiplie les foyers de tensions et de conflits ayant pour enjeux la mainmise sur les ressources énergétiques et minérales, et n’arrive pas à endiguer les flux migratoires et l’expansion des épidémies qui empruntent les mêmes  voies que les capitaux, les marchandises et les humains. </p>



<p class="has-text-align-right"><em> Sainte Consorce, le 2 avril 2020</em>.</p>



<h3 class="has-text-align-right wp-block-heading">A suivre&#8230; </h3>



<p><em>* Professeur honoraire de l’Université Lyon 2, Président du Haut-Conseil de Timbuktu Institute-African Center for Peace Studies chercheur associé de plusieurs laboratoires et centres de recherches dont, l’ISERL à Lyon, et Dirasset Maghrébines et l’IRMC à Tunis, auteur de ‘‘De l’islam d’hier et d’aujourd’hui’’, éd. Nirvana Editions et Presses de l’Université de Montréal, 2019, ‘‘Pour en finir avec l’exception islamique’’, éd. Nirvana, Tunis 2017, ‘‘Religion et démocratisation en Méditerranée’’, éd. Riveneuve, Paris 2015/Nirvana, Tunis 2016, ‘‘Le politique et le religieux dans le champ islamique’’, éd. Fayard, Paris 2005, ‘‘Islamisme, Laïcité et droits humains’’, éd. Amal, Tunis, 2012 (l’Hamattan, Paris, 1992),  ‘‘Les voies de l’islam, approche laïque des faits islamiques’’, éd. Le Cerf, Besançon/Paris, 1996, et d’un livre autobiographique : ‘‘Prison et liberté’’, éd. Mots Passants, Tunis, 2015, Nirvana, 2019.</em></p>



<p><em><strong>  Notes:  </strong></em></p>



<p><em>2- <a rel="noreferrer noopener" aria-label="Agrobusiness. (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://acta.zone/agrobusiness-epidemie-dou-vient-le-coronavirus-entretien-rob-wallace" target="_blank">Agrobusiness.</a> </em><br><em>3- <a rel="noreferrer noopener" aria-label="«Contagion sociale. Guerre de classe microbiologique en Chine»   (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://dndf.org/?p=18327&amp;fbclid=IwAR1HmPv9GDIpeVz8zW5PyG95VeYoLXMMfp0Yj0q84n9-VZlY8gHxx_YnzdM" target="_blank">«Contagion sociale. Guerre de classe microbiologique en Chine»  </a></em></p>



<h3 class="wp-block-heading">Précédent article de la série:</h3>



<figure class="wp-block-embed-wordpress wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="vowiHzEnfX"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/04/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-1-5/">L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (1/5)</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (1/5) » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/04/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-1-5/embed/#?secret=RJvx4Q2AJK#?secret=vowiHzEnfX" data-secret="vowiHzEnfX" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/04/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-2-5/">L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (2/5)</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/04/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-2-5/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (1/5)</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/04/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-1-5/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/04/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-1-5/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 04 Apr 2020 14:42:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Coronavirus]]></category>
		<category><![CDATA[Covid-19]]></category>
		<category><![CDATA[épidémies]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Ayeb]]></category>
		<category><![CDATA[mondialisation]]></category>
		<category><![CDATA[néolibéralisme]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://kapitalis.com/tunisie/?p=292631</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le capitalisme sauvage et la mondialisation du néolibéralisme ont joué un rôle primordial dans la production des épidémies et des pandémies, y compris en Chine depuis son ouverture au libéralisme économique. Mais par-delà la gestion en cours de la dernière pandémie en date, le coronavirus, Covid-19, l’avenir ne se pose pas, nécessairement, en termes de...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/04/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-1-5/">L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (1/5)</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/04/Coronavirus-Planete.jpg" alt="" class="wp-image-292633"/></figure>



<p><strong><em> Le capitalisme sauvage et la mondialisation du néolibéralisme ont joué un rôle primordial dans la production des épidémies et des pandémies, y compris en Chine depuis son ouverture au libéralisme économique. Mais par-delà la gestion en cours de la dernière pandémie en date, le coronavirus, Covid-19, l’avenir ne se pose pas, nécessairement, en termes de «printemps des nationalismes», à travers la montée des expressions nationalistes de la révolution conservatrice, mais de restauration de la démocratie et sa réconciliation avec sa nécessaire dimension sociale et du l’Etat providence qui pèse sur les lois de marché et oriente l’économie vers la prise en compte des droits socio-économiques et culturels de la population.</em></strong></p>



<p> Par <strong>Mohamed-Chérif Ferjani</strong> *</p>



<span id="more-292631"></span>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignleft size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/04/Mohamed-Cherif-Ferjani.jpg" alt="" class="wp-image-292632"/></figure></div>



<p> Le 27 décembre 2019, un hôpital de Wuhan, capitale de la province du Hubei, informe le Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies (CCCPM), et la Commission nationale de la santé, de l’existence d’une pneumonie inconnue. </p>



<p> Le 31 décembre, le centre de contrôle de Wuhan admet l’existence de cas de pneumonie inconnus liés au marché de gros de fruits de mer de Huanan. </p>



<p> Après le déni et la sanction du médecin qui fut à l’origine de l’alerte dès le 30 décembre 2019, Li Wenliang, ainsi que de ses collègues qui avaient relayé l’information, l’épidémie est prise au sérieux. La Commission nationale de la santé (NHC) à Pékin a dépêché immédiatement des experts à Wuhan. </p>



<p> Le 8 janvier 2020, la cause de la pneumonie est identifiée comme étant un nouveau coronavirus. Des mesures ont été prises rapidement et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) s’en est d’autant plus félicitée que les autorités chinoises, contrairement à leur habitude, semblent avoir fait preuve de transparence quant à la gestion de ce qui va devenir une crise mondiale. </p>



<p> En effet, l’épidémie se répand très vite atteignant l’Italie, puis la France, l’Espagne, l’Iran, plusieurs pays en Europe, en Asie, en Afrique et en Amérique, dont en particulier les Etats-Unis et le Canada. </p>



<p> L’OMS a très rapidement déclaré que l’épidémie est devenue, en quelques semaines  une pandémie mondiale faisant, depuis son apparition, en décembre 2019, au moins 19.246 morts dans le monde avec plus de 427.000 cas positifs recensés (selon la déclaration du secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU) datée du 25 mars 2020) et nous n’en sommes qu’au début : depuis, le nombre des morts et des personnes atteintes ne cesse d’augmenter partout, et surtout aux Etats-Unis dont le gouvernement continue à se comporter avec la même irresponsabilité qu’à l’égard du réchauffement climatique et des autres catastrophes qui menacent la planète et l’humanité. </p>



<h3 class="wp-block-heading"> 1- Une catastrophe inscrite dans le rapport entre l’humain et la nature : </h3>



<p> La pandémie qu’affronte aujourd’hui la planète s’inscrit dans la logique de la tournure catastrophique prise par la volonté prométhéenne de dominer le monde annoncée à l’aube des temps modernes par Descartes dans son <em>‘‘Discours de la méthode’’</em> (VIe partie) où on peut lire que la raison et ses exploits dans les différents domaines des savoirs et de la technique, vont permettre <em>«de nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature»</em>. </p>



<p> Martin Heidegger, tout en considérant que Descartes est responsable de ce péché originel de la modernité où la technique occupe une position hégémonique,  rappelle que la science moderne est en son essence <em>«technique»</em>, du fait qu’elle est devenue, avec Galilée et Kepler un <em>«projet mathématique»</em> de maîtrise de la nature. (Voir Alain Boutot,<em> ‘‘Heidegger’’,</em> Paris, PUF, 1989.) Tout est, selon cette conception, un simple objet de l’impérialisme de la volonté humaine pour qui le monde n’est plus qu’un réservoir de moyens d’étendre sa domination. La raison humaine elle-même est devenue un instrument de cette volonté qui n’a plus pour finalité, comme chez Descartes et ses héritiers des Lumières, l’émancipation de l’humain et sa réalisation, mais la domination sans limite sur le monde. </p>



<p> Hélas !, comme le remarqua par la suite Hannah Arendt, cette perception prémonitoire des méfaits de<em> «l’arraisonnement»</em> soumettant la raison et la science à <em>«la volonté de volonté»</em> de tout dominer, n’a pas permis à l’auteur de la critique la plus radicale de la technique, comme essence du projet prométhéen de <em>«l’homme moderne»</em>, de voir dans le nazisme une extension à la gestion des affaires humaines de cette volonté de domination. Justifiant son adhésion au national-socialisme, il n’y a vu que <em>«la rencontre entre la technique déterminée planétairement et l’homme moderne»</em> en tant qu’elle est «la vérité interne et la grandeur de ce mouvement» qu’est le nazisme. (<em>‘‘Introduction à la métaphysique’’</em>, rédigée en 1936, édition Gallimard, 1980, p 202). </p>



<p> Sans passer de la critique du projet prométhéen de <em>«l’homme moderne»</em> au rejet de la démocratie et à la justification d’un système totalitaire comme le nazisme, d’autres penseurs ont pointé les dérives des progrès techniques mettant en danger les équilibres écologiques. Michel Serres a lancé, dans ce sens, un appel pour un <em>«contrat naturel» </em>comme complément nécessaire du renouvellement du contrat social qu’exige la <em>«coupure brutale»</em> avec ce que nous avons vécu jusqu’ici, y compris sur le plan politique, faisant <em>«que beaucoup de nos institutions se trouvent comme ces étoiles dont nous recevons la lumière et dont les astrophysiciens nous disent qu’elles sont mortes depuis bien longtemps»</em>. (<em>‘‘Le contrat naturel’’</em>, Éditions F. Bourin, Paris, 1990) Il identifie l’origine de la conduite humaine à l’égard du monde ainsi : <em>«Nous avons construit un monde où l’intelligence est la première des facultés, où la science et la technique nous tirent en avant et nous chutons, en produisant plus de misère, de famines, de maladies.»</em> (Entretien avec Guy Rossi-Landi &#8211; Septembre 1993, <em>‘‘Le Figaro.fr Scope’’</em>) Pour rompre avec cette attitude, il appelle, dans la préface de l’édition 2018 de son livre, à <em>«élever la Nature au rang de sujet de droit, bouclant ainsi une histoire longue et difficile… Sous peine de mort, il faut donc désormais renverser cette vieille coutume et considérer que nos politiques et notre droit vivent avec et dans le monde, par lui, pour lui et de lui.» </em></p>



<p> Mais, est-ce seulement le fait de la <em>«condition de l’homme moderne» </em>? Ne sommes-nous pas devant une nouvelle étape de l’évolution des sociétés humaines fondées sur le postulat de l’anthropocentrisme ? </p>



<p> Certes, dans les sociétés préindustrielles, les humains tirant leur subsistance, au jour le jour, de la cueillette, de la pêche ou de la chasse, puis de l’agriculture et des activités artisanales, n’avaient pas les moyens de consommer tout, jusqu’à l’environnement et la condition de leur existence, comme ils peuvent le faire de nos jours. Cependant, comme le rappelle Pascal Pic (<em>«De l’hominisation au développement durable : d’un paradigme à l’autre»</em>, communiqué de presse du 25 janvier 2005, et synthèse du débat disponible sur <a rel="noreferrer noopener" aria-label="ce lien (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.forum-events.com/debats/synthese-pascal-picq-90-41.html" target="_blank">ce lien</a>), cela ne date pas de Descartes, de Copernic ou de Kepler :<em> «Nous avons découvert, en paléoanthropologie, que l’homme appartient à un groupe en voie de disparition en termes de biodiversité (…) Nous appartenons donc à un groupe en voie d’extinction, mais nous avons pu nous redéployer sur la Terre grâce à notre culture : le feu, les outils, les abris nous ont permis d’assurer notre survie grâce à l’innovation et à l’adaptation technologique.» </em></p>



<p> Ce serait donc la peur de disparaître, face à des prédateurs plus forts que lui, qui a poussé l’humain à inventer des outils qui lui ont permis de devenir, au fil du temps, le plus grand prédateur. Un ethnobotaniste, enquêté par Stéphanie Chanvallon dans le cadre de sa recherche doctorale, insiste sur le rôle de la peur que ressent l’être humain face à la nature dans sa volonté de la dominer : <em>«Je pense que la domination de la Nature a toujours existé. La domination de la Nature est liée à la peur que nous en avons. Quand on n’aura plus peur de la Nature, ça ira mieux. On reste avec un cerveau qui date du Paléolithique et nos représentations sont toujours les peurs de la Nature.» </em>(Stéphanie Chanvallon, <em>‘‘Anthropologie des relations de l’Homme à la Nature : la Nature vécue entre peur destructrice et communion intime’’,</em> Université Rennes 2009).</p>



<p> En effet, selon Pascal Picq, c’est à l’époque du Néolithique, que l’entreprise de dominer le monde a pris un tournant décisif avec l’apparition de l’agriculture et de l’élevage qui sont des techniques visant à s’apprivoiser les végétaux et les animaux, et par là-même la nature. Outre la consommation et la production, Jean-Pierre Digard souligne les dimensions sociales, culturelles et idéologiques de cette domestication : <em>«[…] variant largement en fonction des ressources naturelles et culturelles disponibles ainsi que des contraintes écologiques et sociales, les techniques ainsi mises en œuvre ont toutes en commun d’être aussi des ‘‘moyens élémentaires d’action’’, selon les termes de Leroi-Gourhan. […] En produisant des animaux, on produit donc également de la domestication, c’est-à-dire du pouvoir de l’homme sur l’animal. La place que celui-ci occupe dans la vie de nombreuses sociétés se traduit en effet par tout un échafaudage d’usages et d’idées, qui va bien au-delà de ce qui serait nécessaire et suffisant pour satisfaire les besoins vitaux de l’animal. On est donc fondé à se demander si ce n’est pas aussi la recherche de la domestication en soi, et de l’image qu’elle renvoie d’un pouvoir sur la vie et les êtres, qui conduit l’homme à produire des animaux.»</em> (<em>‘‘Les Français et leurs animaux’’</em>, Paris, Fayard, 1999, p.71 ; voir aussi son remarquable travail <em>‘‘L&rsquo;Homme et les animaux domestiques : anthropologie d&rsquo;une passion’’</em>, Paris, Fayard, <em>«Le Temps des sciences»</em> 1990). </p>



<p> Depuis la <em>«révolution néolithique», </em>toutes les sociétés qui se sont inscrites dans les évolutions qui n’en sont que le prolongement, n’ont fait que creuser <em>«la distinction séculaire entre l’homme et la nature, distinction qui a eu l’erreur de libérer l’homme des terreurs et des peurs magiques mais qui est en train de provoquer la ruine de l’humanité et le désastre écologique»</em>, engendrant<em> «les blessures de l’homme coupé de l’univers et […] les gémissements de la nature exploitée par l’homme»</em>, selon l’expression de Richard Bergeron. (R. Bergeron, <em>«Pour une spiritualité du troisième millénaire», ‘‘Religiologiques’’</em>, N°20, automne 1999, p. 231-235, 237-246.) </p>



<p> La mondialisation de la civilisation industrielle et de l’économie capitaliste, rendues   possibles par les découvertes maritimes du XVe siècle et de la Renaissance en Europe, notamment avec les conquêtes coloniales et les modèles de développement adoptés, de gré ou de force, par les différents pays de tous les continents, n’est que l’approfondissement de cette rupture entre les humains et la nature, et des blessures que cette rupture a engendrées. De nos jours, la tournure prise par le capitalisme avec la mondialisation du néolibéralisme, qui a enlevé aux Etats les moyens de peser sur les choix économiques et sur leurs impacts sociaux, culturels et environnementaux, n’est pas étrangère à la multiplication des catastrophes : réchauffement climatique, pollution, épuisement des ressources, surexploitation de la terre et de ses habitants, extinction des espèces, séismes, tsunamis, épidémies qui empruntent les chemins de la circulation des capitaux, des marchandises et des humains. </p>



<p> Habib Ayeb a raison de se demander au sujet de la pandémie du coronavirus : <em>«Et si la disparition des abeilles expliquait la naissance d’un certain nombre de virus et d’autres microbes plus ou moins dangereux ? Pourquoi s’interdirait-on de penser que l’usage intensif des produits chimiques dans l’agriculture, tels que les pesticides, les phytosanitaires, les engrais chimiques et autres antibiotiques massivement utilisés dans les élevages intensifs…, qui détruisent les conditions de vie des abeilles, ne produisent pas en même temps les conditions d’apparition de nouveaux virus. Le corona virus n’est-il pas l’un des nombreux ‘‘héritiers’’ possibles des abeilles ?»</em>(1) </p>



<h3 class="has-text-align-right wp-block-heading"><em>A suivre&#8230; </em></h3>



<p class="has-text-align-right"><em>Sainte Consorce, le 2 avril 2020</em>.</p>



<p><em>* Professeur honoraire de l’Université Lyon 2, Président du Haut-Conseil de Timbuktu Institute-African Center for Peace Studies chercheur associé de plusieurs laboratoires et centres de recherches dont, l’ISERL à Lyon, et Dirasset Maghrébines et l’IRMC à Tunis, auteur de ‘‘De l’islam d’hier et d’aujourd’hui’’, éd. Nirvana Editions et Presses de l’Université de Montréal, 2019, ‘‘Pour en finir avec l’exception islamique’’, éd. Nirvana, Tunis 2017, ‘‘Religion et démocratisation en Méditerranée’’, éd. Riveneuve, Paris 2015/Nirvana, Tunis 2016, ‘‘Le politique et le religieux dans le champ islamique’’, éd. Fayard, Paris 2005, ‘‘Islamisme, Laïcité et droits humains’’, éd. Amal, Tunis, 2012 (l’Hamattan, Paris, 1992),  ‘‘Les voies de l’islam, approche laïque des faits islamiques’’, éd. Le Cerf, Besançon/Paris, 1996, et d’un livre autobiographique : ‘‘Prison et liberté’’, éd. Mots Passants, Tunis, 2015, Nirvana, 2019.<br></em></p>



<p><strong><em> Note :</em></strong></p>



<ol class="wp-block-list"><li><em>Habib Ayeb, <a rel="noreferrer noopener" aria-label="«La  pandémie Covid-19 : Crise sanitaire ou revanche de la terre?» (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://osae-marsad.org/2020/03/26/la-pandemie-covid-19-crise-sanitaire-ou-revanche-de-la-terre/" target="_blank">«La  pandémie Covid-19 : Crise sanitaire ou revanche de la terre?»</a> </em></li></ol>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/04/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-1-5/">L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (1/5)</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/04/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-1-5/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
