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	<title>Archives des Numides - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Numides - Kapitalis</title>
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		<title>Numides, Berbères, Amazighs &#124; Enjeux terminologiques pour un roman historique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jun 2026 07:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour définir la population d'Afrique du Nord, trancher entre Numides, Berbères et Amazighs relève autant de l'histoire que de la politique.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/06/10/numides-berberes-amazighs-enjeux-terminologiques-pour-un-roman-historique/">Numides, Berbères, Amazighs | Enjeux terminologiques pour un roman historique</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Quelques lecteurs de <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/16/la-saga-massyle-aux-confins-de-carthage-au-coeur-de-la-tunisie/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">‘‘La Saga Massyle’’ </a>ont pris la peine de me contacter pour obtenir des éclaircissements sur l’absence de recours aux termes de «Numides, Berbères, Amazighs» dans mon roman. Cette abstention est justifiée, elle est le résultat d’une recherche approfondie, pour éviter d’utiliser des désignations de manière interchangeable ou anachronique en évoquant des populations nord-africaines de l’antiquité.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ridha Ben Slama</strong> *</p>



<span id="more-18892682"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg" alt="" class="wp-image-16957652" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Pour garantir l’authenticité d’un roman historique comme <em>‘‘La Saga massyle’’,</em> le choix du terme adéquat pour désigner la population du royaume n’est pas une question anodine. Trancher entre <em>«Numides, Berbères et Amazighs»</em> constitue un défi à la fois historique, linguistique et politique. Chaque appellation porte une charge temporelle et symbolique bien précise et son emploi anachronique peut trahir une réalité que le roman cherche précisément à restituer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’analyse de la justesse historique et linguistique de ces termes révèle un décalage important entre la perception des observateurs gréco-romains de l’Antiquité et la réalité sociopolitique des populations autochtones de l’Afrique du Nord. L’examen détaillé, de la pertinence de ces appellations, a été effectué en recourant aux travaux de plusieurs chercheurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les termes <em>«Numide»</em> et <em>«Numidie»</em> ne sont pas des endonymes – c’est-à-dire des noms que ce peuple s&rsquo;est donné lui-même –, mais des exonymes créés par les Grecs anciens (<em>Nomados</em>, Νoμάδες) puis latinisés par les Romains (<em>Numidae</em>).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les Grecs, ce mot désignait littéralement les <em>«nomades»</em>, ceux qui vivent de l’élevage itinérant et déplacent leurs troupeaux selon les saisons. Cette étymologie est aujourd’hui largement contestée par les historiens modernes qui la jugent abusive ou inexacte.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un cliché orientalisant</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dès la haute Antiquité, ces populations – notamment les Massyles et les Massaesyles – n’étaient pas uniquement des pasteurs errants. Elles possédaient une culture agricole développée, cultivaient le blé et s’organisaient autour de structures villageoises et urbaines sédentaires bien avant l’unification du royaume. Qualifier ce peuple de <em>«nomade»</em> revient donc à effacer sa complexité économique et sociale au profit d’un cliché orientalisant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, parler de <em>«la Numidie»</em> comme d’une entité homogène pour la période préromaine manque de précision historique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’origine, le territoire était fragmenté en plusieurs entités tribales distinctes. Les deux principales étaient les Massaesyles à l’ouest (bassin de la Moulouya jusqu’à la Tafna/Chélif) et les Massyles à l’est (jusqu’aux frontières territoriales de Carthage), dont est issu le lignage de Zelalsen.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’appellation politique globale de <em>«Numidie»</em> ne prend un sens géopolitique réel qu’à partir du règne du roi Massinissa (202 à 148 av. J.-C.), qui, en s’alliant à Rome lors de la deuxième guerre punique, unifie les deux royaumes rivaux et fait passer la <em>«Numidie»</em> du statut de simple concept géographique grec à une réalité politique et territoriale.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="F7siIGSBTM"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/16/la-saga-massyle-aux-confins-de-carthage-au-coeur-de-la-tunisie/">‘‘La Saga Massyle’’ | Aux confins de Carthage, au cœur de la Tunisie</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« ‘‘La Saga Massyle’’ | Aux confins de Carthage, au cœur de la Tunisie » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/16/la-saga-massyle-aux-confins-de-carthage-au-coeur-de-la-tunisie/embed/#?secret=jLm0Bebjkr#?secret=F7siIGSBTM" data-secret="F7siIGSBTM" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, la justesse géographique du terme <em>«numide»</em> varie considérablement selon l’époque à laquelle on se réfère. Sous Zelalsen et son fils Gaya, le royaume s’étendait de Sarim Batim (actuelle Constantine) à la lisière du territoire carthaginois. Sous Massinissa, le domaine royal se déployait de l’est de l’actuel Maroc jusqu’aux portes de la Libye, englobant une grande partie du nord de la Tunisie et de ce qui est devenu l’Algérie actuelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après la défaite de Jugurtha (105 av. J.-C) et l’intégration progressive à l’Empire romain, la <em>«Numidie»</em> fut morcelée. Jules César créa l’<em>Africa Nova</em>. Plus tard, l’administration de l’Empire circonscrit la <em>«province romaine de Numidie»</em> à une zone beaucoup plus restreinte, dissociée de la Maurétanie à l’ouest et de la Proconsulaire à l’est.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Finalement, cette appellation <em>«Numide»</em> est doublement problématique&nbsp;: elle réduit un peuple d’agriculteurs, de bâtisseurs et de cavaliers émérites à de simples <em>«nomades»</em>, et elle projette rétrospectivement sur les périodes antérieures une dénomination qui ne prend sens qu’à partir du II<sup>e</sup> siècle av. J.-C. Pour toutes ces raisons, le terme a été écarté du roman <em>‘‘La Saga massyle’’</em>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’ancêtre éponyme légendaire </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le terme <em>«Amazigh»</em> (au pluriel <em>Imazighen</em>) pose lui aussi d’importants défis historiographiques, linguistiques et politiques. Il est aujourd’hui privilégié comme un endonyme valorisant en réaction au mot <em>«Berbère»</em> (issu du gréco-latin <em>Barbarus</em>, <em>«sauvage/étranger»</em>), son utilisation universalisante pour désigner l’ensemble des populations autochtones d’Afrique du Nord soulève plusieurs difficultés historiographiques et linguistiques majeures.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Historiquement, ces populations ne se définissaient pas à travers une identité pan-berbère unique, mais par leurs affiliations tribales, régionales ou dialectales. Le mot <em>Amazigh</em> ou ses variantes (<em>Amahagh</em>, <em>Amacheq</em>) n’était utilisé de manière continue que par certains groupes spécifiques, notamment les Touaregs et certaines tribus du Maroc central ou du Rif.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les chroniqueurs arabes médiévaux, à l’image d’Ibn Khaldoun, utilisaient presque exclusivement le terme <em>Barbar</em> (Berbères) pour désigner l’ensemble de ces peuples. Le mot <em>Mazîgh</em> n’y apparaissait que sous une forme mythologique, désignant l’ancêtre éponyme légendaire de la race. L’extension du terme <em>Amazigh</em> à l’ensemble des berbérophones (Kabyles, Chaouis, Mozabites, Chleuhs, Rifains, Touaregs, Siwis) est une construction politique et académique récente, née dans la seconde moitié du XX<sup>e</sup> siècle, elle est portée par des mouvements culturels, notamment l’Académie berbère (<em>Agraw Imaziɣen</em>), fondée à Paris en 1966, par un groupe d’intellectuels et de militants, principalement kabyles. Le projet est porté par l’écrivain et ancien officier de l’ALN Mohand Arav Bessaoud (secrétaire de l’association), le linguiste Mohand Saïd Hanouz (président) et des militants comme Abdelkader Rahmani, Youcef Medkour ou Amar Naroun.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’affirmation quasi systématique selon laquelle <em>Amazigh</em> signifie textuellement <em>«homme libre»</em> est scientifiquement contestée par les linguistes. En linguistique historique berbère, la racine M-Z-Ɣ est originellement liée aux notions de <em>«noblesse»</em>, de<em> «courage»</em> ou de <em>«dignité»</em> (<em>mmuzeɣ</em> : être noble / généreux). C’est l’explorateur et diplomate Léon l’Africain qui, au XVI<sup>e</sup> siècle, qui a popularisé en Europe la traduction par <em>«homme libre»</em>. Les <em>«mouvements militants»</em> contemporains ont largement adopté cette traduction, car elle offrait un contrepoint politique parfait à l’histoire des dominations successives et au sens péjoratif du mot <em>«berbère»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan de la justesse historique, le mot est lié aux Mazices (ou <em>Mazyces</em>, <em>Maxyes</em>), une confédération tribale antique signalée par les auteurs gréco-romains (comme Hérodote). Le problème réside dans le fait que les Romains utilisaient <em>«Mazices»</em> pour désigner une tribu spécifique, souvent située vers la Tripolitaine ou la Maurétanie Césarienne, et non pour qualifier l’ensemble des populations de l’Afrique du Nord.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Utiliser <em>Amazigh</em> pour englober toute l’Antiquité nord-africaine revient à appliquer de manière rétroactive le nom d’une fraction à la totalité du peuple.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En résumé, le terme <em>«Berbère»</em> est directement issu du grec <em>Barbaros</em> et du latin <em>Barbarus</em>, terme désignant initialement tout étranger ne parlant pas grec — par imitation onomatopéique incompréhensible —, puis rapidement connoté de <em>«sauvage»</em> ou <em>«inculte»</em>. Adopté par les Arabes sous la forme <em>Barbar</em>, il fut massivement employé par les chroniqueurs médiévaux comme Ibn Khaldoun, qui consacra aux peuples berbères une large partie de ses <em>Prolégomènes</em> (<em>Muqaddima</em>).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le terme <em>«Amazigh»</em> plaque un concept d’unité nationale et philosophique moderne (<em>«les hommes libres de Tamazgha») </em>sur une Antiquité et un Moyen Âge où la réalité était avant tout celle d’un archipel de confédérations locales indépendantes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La colonisation oppose Arabes et Berbères </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Sous la colonisation française, le terme <em>«Berbère»</em> devint un outil politique, appliqué par l’administration pour désigner les populations jugées non arabes et potentiellement assimilables à la civilisation occidentale. Comme <em>«Numide»</em> et <em>«Amazigh»</em>, le terme <em>«Berbère»</em> recouvre une réalité extrêmement hétérogène.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les populations dites berbérophones partagent certes des langues de la même famille linguistique (<em>le berbère ou tamazight</em>), mais leurs structures sociales, leurs organisations politiques et leurs pratiques culturelles différaient considérablement d’une région à l’autre, et d’une époque à une autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’instrumentalisation coloniale de l’identité berbère – que l’historiographie moderne qualifie de <em>«politique berbère»</em> ou de <em>«mythe berbère»</em> – constitue l’un des exemples les plus documentés de la stratégie du <em>«diviser pour régner»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour asseoir sa domination en Afrique du Nord, l’administration coloniale française (principalement en Algérie et au Maroc) a cherché à fracturer la société autochtone en opposant artificiellement deux blocs : les Arabes et les Berbères. Dès le XIX<sup>e</sup> siècle, les bureaux arabes et l’armée coloniale théorisent une différenciation raciale et sociologique entre les populations des plaines et celles des montagnes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les idéologues coloniaux présentent le <em>Berbère</em> comme travailleur, sédentaire, attaché à sa terre, démocrate (via les assemblées de villages ou <em>Djemâas</em>) et superficiellement islamisé. On lui invente parfois de lointaines racines chrétiennes ou européennes (gothiques, romaines) pour justifier une supposée proximité avec l’Occident.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’inverse, l’<em>Arabe</em> est dépeint par la vulgate coloniale comme nomade, paresseux, fataliste et profondément soumis au dogme religieux. Cette grille de lecture visait à prouver que les Kabyles étaient <em>«assimilables»</em> à la civilisation française, à l’inverse des Arabes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Maroc, sous le protectorat du Maréchal Lyautey puis de ses successeurs, cette doctrine s’est traduite par une tentative de ségrégation juridique institutionnelle. Le 16 mai 1930, les autorités françaises font signer au jeune sultan Mohammed V un décret resté célèbre : le Dahir berbère. Ce texte soustrait les tribus amazighes de l’Atlas au droit musulman classique (la <em>Charia</em>) et à l’autorité des tribunaux du Sultan (le <em>Makhzen</em>), pour les soumettre au droit coutumier berbère (<em>Izref</em>) et aux tribunaux pénaux français.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Loin de diviser le pays, le Dahir berbère provoque une immense vague de protestations pan-marocaines. Les intellectuels arabophones et les chefs de tribus amazighes s’unissent pour dénoncer une tentative d’évangélisation forcée et de partition de l’Empire chérifien.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’amazighité comme revendication politique  </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cet évènement marque l’acte de naissance du Mouvement national marocain moderne. Bien que la France ait cherché à flatter la spécificité culturelle amazighe pour des raisons géopolitiques, son action sur le terrain n’a jamais visé le développement de l’amazighité en tant que culture souveraine.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="u3MPxMaTEL"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/07/06/carthage-la-tunisienne-nos-ancetres-les-massyles-2-2/">Carthage, la «Tunisienne» | Nos ancêtres les Massyles (2-2)</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Carthage, la «Tunisienne» | Nos ancêtres les Massyles (2-2) » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/07/06/carthage-la-tunisienne-nos-ancetres-les-massyles-2-2/embed/#?secret=j2T425EEFy#?secret=u3MPxMaTEL" data-secret="u3MPxMaTEL" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph">La création de chaires d’études berbères à Alger ou à Rabat servait avant tout à fournir du renseignement militaire et ethnographique pour mieux contrôler les populations. L’<em>«école de la République»</em> imposait le français, tandis que l’administration coloniale unifiait ses documents officiels en français ou en arabe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’impact le plus lourd de cette instrumentalisation s’est fait sentir après la décolonisation. Les régimes postindépendance, obnubilés par l’unité nationale et dont certains étaient acquis à l’idéologie du panarabisme, ont perçu toute revendication culturelle ou linguistique comme une <em>«création coloniale»</em> ou une tentative de division fomentée par l’Occident.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette suspicion historique a lourdement pesé pour la reconnaissance officielle de la langue et de l’identité <em>«amazighes»</em> au Maroc et en Algérie jusqu’au début des années 2000, avec l’officialisation du tamazight dans la Constitution marocaine de 2011 et la Constitution algérienne de 2016.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant à la création du drapeau amazigh (appelé <em>Anay Amaziɣ</em>), c’est une aventure militante, artistique et politique née au cœur de l’exil parisien des années 1960 et 1970. Conçu à l’origine comme un emblème associatif discret, il est devenu le symbole transnational de l’identité, reliant les populations de l’oasis de Siwa en Égypte jusqu’aux îles Canaries. Le drapeau est indissociable de l’Académie Berbère (<em>Agraw Imaziɣen</em>), une association fondée à Paris en 1966. Face à la politique d’arabisation stricte menée par les régimes post-indépendance en Algérie, ces exilés cherchent à conceptualiser une identité visuelle et culturelle commune.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est précisément au courant de l’année 1970 que l’Académie Berbère concevait et présentait la toute première mouture de ce drapeau. Une partie de la symbolique des couleurs s’inspire de bannières plus anciennes. Amar Naroun mentionne notamment un étendard tricolore similaire brandi par son grand-père lors de l&rsquo;insurrection de 1854 en Kabylie, menée par la résistante Lalla Fadhma N’Soumer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1971, le design se fige avec l’ajout central d&rsquo;un glyphe de l’alphabet tifinagh : la lettre ⵣ (le <em>Yaz</em>), tracée en rouge vif. Chaque élément de la bannière a été pensé pour représenter <em>Tamazgha</em>, le territoire historique des <em>«Berbères»</em>, à travers sa géographie et sa philosophie. Le bleu (bande supérieure)représente la mer Méditerranée et l’océan Atlantique, les frontières maritimes du monde amazigh. Le vert (bande centrale) symbolise la nature, la fertilité de la terre et les montagnes verdoyantes (le Tell, le Rif, l’Atlas). Le jaune (bande inférieure) évoque le sable chaud du vaste désert du Sahara, territoire des Touaregs. Le Yaz rouge (ⵣ) : Cette lettre de l’alphabet néo-tifinagh correspond au son « Z ». Placée au centre, elle représente l’être humain debout, reliant le ciel et la terre. Sa couleur rouge symbolise la vie, la dignité (concept d’<em>Asfel</em>) et le sang versé par les ancêtres pour préserver leur culture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce drapeau devient un symbole de ralliement public fort lors du Printemps berbère de 1980 en Algérie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1997, le Congrès Mondial Amazigh (CMA) se réunit à Tafira, dans les îles Canaries. Les délégués venus de tous les pays d’Afrique du Nord et de la diaspora décident d’adopter formellement comme le drapeau culturel et identitaire officiel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 30 août est célébré internationalement par les militants comme la Journée mondiale du drapeau amazigh.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En résumé, aucun des trois termes n’est pleinement satisfaisant à l’échelle de l’Antiquité :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>&#8211; «Numide»</em> est un exonyme gréco-latin fondé sur une étymologie erronée, qui ne correspond à une réalité géopolitique cohérente qu’à partir du II<sup>e</sup> siècle av. J.-C.&nbsp;;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>&#8211; «Amazigh»</em> est un endonyme valorisant, mais son usage pan-identitaire est une construction politique du XX<sup>e</sup> siècle, anachronique pour l’Antiquité&nbsp;;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>&#8211; «Berbère»</em> est un terme péjoratif d’origine étrangère, largement instrumentalisé par la colonisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour un roman historique situé dans l’Antiquité, la solution la mieux préconisée consiste à employer les dénominations tribales et régionales telles qu’elles existaient dans les sources antiques : Massyles, Massaesyles, Garamantes, Nasamons, Musulamii, etc. Ces appellations permettent de restituer la diversité réelle des peuples d’Afrique du Nord, sans projeter sur eux des catégories anachroniques — qu’elles soient gréco-romaines, arabes médiévales ou militantes contemporaines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">* <em>Ecrivain. </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Note&nbsp;:</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>1-&nbsp;&nbsp; Salem Chaker, «Origine(s) berbère(s) : Linguistique et préhistoire», Encyclopédie berbère [En ligne], 35 | 2013. Hélène Claudot-Hawad, Gabriel Camps, Jehan Desanges…</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/06/10/numides-berberes-amazighs-enjeux-terminologiques-pour-un-roman-historique/">Numides, Berbères, Amazighs | Enjeux terminologiques pour un roman historique</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Non à la captation du patrimoine de la Tunisie !</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/20/non-a-la-captation-du-patrimoine-de-la-tunisie/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Apr 2026 11:09:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
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		<category><![CDATA[Ridha Ben Slama]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Tunisie (l’ancienne Ifriqiya) a toujours été le centre névralgique, urbain et intellectuel de toute la région du Maghreb. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/20/non-a-la-captation-du-patrimoine-de-la-tunisie/">Non à la captation du patrimoine de la Tunisie !</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>L’enseignement de l’histoire devient un outil détourné de </em></strong><strong><em>légitimation politique</em></strong><em> <strong>plutôt qu’une discipline de recherche scientifique. </strong></em><strong><em>Le débat sur l’usurpation vient souvent du fait que les frontières d’aujourd’hui ne correspondent pas aux réalités historiques durant des siècles. Une grande partie du patrimoine «numide» ou «punique» est partagée entre la Tunisie et ses voisins de l’Est comme de l’Ouest. Cependant, la Tunisie (l’ancienne Ifriqiya) a toujours été le centre névralgique, urbain et intellectuel de toute la région.&nbsp;</em></strong><strong><em></em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ridha Ben Slama</strong> *</p>



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<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg" alt="" class="wp-image-16957652" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
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<p class="wp-block-paragraph">Faut-il rappeler encore à ceux qui se confinent dans une posture pathétique et feignent d’ignorer que notre pays possède une identité étatique propre, bien antérieure à la colonisation (1881), et ce contrairement à beaucoup d’autres pays&nbsp;? Faut-il répéter que la Tunisie actuelle est l’aboutissement d’une longue succession de civilisations qui ont chacune contribué à son assise territoriale et culturelle&nbsp;? Depuis des millénaires, elle possède l’une des identités étatiques les plus anciennes et les plus continues au monde, dépassant largement le cadre des frontières coloniales du dernier siècle.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">1- La Tunisie (Ifriqiya) le centre névralgique, urbain et intellectuel de toute la région</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La justesse de l’approche exige de dépasser un exercice trop contemporain, qui envisage une souveraineté territoriale définie seulement par des frontières, à savoir le <em>«contour extérieur d’une nation pleinement consciente d’elle-même»</em> <sup>(1)</sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pratiquement, durant des siècles, l’autorité d’un État s’exerçait non sur un espace borné par des frontières identifiées, mais également sur son rayonnement culturel. Les limites de l’État enfermeraient aussi celles, mouvantes, des terrains de parcours de ces tribus vassales à un État.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Carthage (IX<sup>e</sup>-II<sup>e</sup> siècle av. J.-C.) avait déjà structuré le territoire sous une forme étatique puissante, avec une administration, une monnaie et une diplomatie propre. Ce n’était pas seulement une cité, mais le centre d’un empire maritime thalassocratique qui comprenait la majeure partie de la Tunisie actuelle (le Zeugitane et la Byzacène). L’empire s’étendait sur toutes les côtes de la Méditerranée occidentale, de l’actuelle Libye (Tripolitaine) jusqu’au sud de l’Espagne, en passant par la Sardaigne, la Corse, la Sicile et les côtes actuellement algériennes et marocaines.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant à Thugga (actuelle Dougga) <sup>(2)</sup>, elle est reconnue par les historiens comme l’une des premières capitales, foyer majeur du <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/07/06/carthage-la-tunisienne-nos-ancetres-les-massyles-2-2/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">royaume Massyle</a> au IV<sup>e</sup> siècle av. J.-C. Elle est décrite par Diodore de Sicile comme une <em>«ville d’une belle grandeur»</em>, servant de résidence royale avant l’unification des différentes tribus. Cette dynastie était traditionnellement une alliée de Carthage. Les rois Massyles participaient grâce à ses cavaliers, réputés au combat, avec les troupes carthaginoises, notamment en Sicile ou en Espagne. Les textes des auteurs de l’antiquité soulignent que des rois comme Zelalsen (grand-père de Massinissa) ou l&rsquo;ancêtre Aylimas y avaient établi leur centre de pouvoir. Le roi Gaïa, père de Massinissa, maintenait cette alliance étroite, envoyant même son fils combattre aux côtés des Carthaginois en Espagne contre Rome. La cavalerie numide, considérée comme l’une des meilleures cavaleries légères de l’Antiquité, reposait sur une organisation unique centrée sur la mobilité extrême et une symbiose parfaite entre le cavalier et sa monture. </p>



<p class="wp-block-paragraph">L’influence carthaginoise à Thugga était manifeste à travers l’architecture et les inscriptions. Le célèbre Mausolée libyco-punique témoigne de ce mélange des cultures libyque et punique au sein de la noblesse massyle. Les Massyles occupaient la région entre l’Ampsaga (correspondant aujourd’hui à l’Oued el-Kebir, dont le Rhummel est le principal affluent en Algérie actuelle) et les terres carthaginoises, avec pour capitale Sarim Batim (actuelle Constantine) qui était le nom donné à la ville par les Carthaginois lorsqu’ils y ont établi un comptoir commercial, bien avant qu’elle ne devienne à une certaine époque la capitale de la Numidie.Né à Thugga, Massinissa servit d’abord dans les rangs de l’armée carthaginoise avant de s’allier à Rome en 206 av. J.-C. après avoir été évincé de son trône par Syphax (roi des Massæsyles soutenu par Carthage). Sa victoire lui avait permis d’unifier les deux royaumes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le revirement de Massinissa a été l’un des tournants majeurs de l’histoire antique. Ce n’était pas une défection soudaine, mais une décision stratégique dictée par la survie du royaume de ses ancêtres mais aussi pour des motifs personnels.&nbsp;Plusieurs facteurs avaient poussé Massinissa à abandonner l’alliance carthaginoise pour rejoindre Scipion l’Africain (Rome). À la mort de son père Gaïa, le trône massyle était disputé entre les héritiers. Les suffètes de Carthage, au lieu de soutenir Massinissa (pourtant l’un de leurs généraux en Espagne), jouèrent double jeu pour garder le contrôle sur la Numidie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Massinissa était d’abord fiancé à la belle Sophonisbe, fille du général carthaginois Hasdrubal Gisco. Pour sceller une alliance politique plus <em>«utile»</em>, Carthage la donna finalement en mariage à son rival, Syphax (roi des Massæsyles). Humilié et spolié de ses terres par Syphax avec l’appui de Carthage, Massinissa rompit définitivement. En combattant en Espagne, il put observer de près la puissance militaire de Rome. Il comprit que le vent tournait et que Rome était un allié plus solide pour réaliser son ambition. Après la guerre, il annexa les territoires de Syphax et unifia les tribus sous un seul sceptre, de la Moulouya jusqu’aux frontières de Carthage. Il poursuivit la sédentarisation des populations et développa l’agriculture. Les quartiers <em>«numides»</em> à Thugga, sous le forum romain, montrent que la ville était déjà une cité organisée et prospère sous son règne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après la chute de Carthage en 146 av. J.-C., les Romains conservèrent cette unité territoriale. Le nom <em>«Africa»</em> désignait spécifiquement la Tunisie avant de s’étendre à tout le continent. Situé au cœur de la Méditerranée, le territoire constituait une entité historique qui contrôlait des contrées s’étendant à travers l’Afrique du Nord et la Méditerranée. Cela correspondait au nord et à l’est de la Tunisie actuelle, avant de s’étendre pour inclure l’actuelle Tripolitaine (Libye) et une partie de l’Est actuellement algérien (Constantinois).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Massinissa était donc né à Dougga (Thugga). Pour les historiens, c’est un enfant du pays, à savoir la Tunisie. Pourtant, quelques faussaires prétendent que Massinissa serait <em>«le père de l’État algérien moderne»</em>, puisqu’il avait unifié les tribus numides. Une statue lui a d’ailleurs été érigée au cœur d’Alger en 2021, ce qui a été perçu comme une tentative de <em>«captation»</em> d’une figure massyle, issue d’une dynastie établie à Thugga.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La seconde <em>«captation»</em> est celle de Saint Augustin qui était certes né à Thagaste (Souk Ahras, en Algérie actuelle). Thagaste est située à environ 240 km de Carthage, mais elle faisait partie d’une région profondément <em>«punicisée»</em>. Saint Augustin lui-même, bien que citoyen romain de culture latine, se revendiquait fier de ses origines puniques. Car le punique était encore parlé par les populations rurales autour de Thagaste au IV<sup>e</sup> siècle apr. J.-C., soit plus de 500 ans après la chute de Carthage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Augustin s’était formé intellectuellement à Carthage, y avait enseigné et avait passé une grande partie de sa vie dans la sphère d’influence carthaginoise. Il se définissait lui-même comme un <em>«fils de Carthage»</em> <sup>(3)</sup>, ce qui pousse les historiens tunisiens à rappeler que son héritage philosophique et théologique appartient à l’école de pensée de l’actuelle Tunisie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l&rsquo;époque, il se considérait comme un <em>«Africain»</em> au sens de la province d’Africa (Tunisie), et non selon des frontières nationales nées en 1962.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Même si ces grandes figures appartenaient à une époque où les frontières actuelles n’existaient pas formellement (la Numidie ou l’Afrique proconsulaire), leur existence résulte d’une culture et d’une civilisation punique incarnées par Carthage. Les transformer en <em>«citoyens»</em> d’un pays parce qu’ils auraient vécu, à un certain moment, dans des villes <em>«recouvrées»</em> est une incongruité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelques mythomanes invétérés mènent aujourd’hui une politique active de <em>«patrimonialisation»</em> (colloques sur Massinissa, promotion du circuit de Saint Augustin) pour assoir une profondeur historique nationale qui fait défaut dans le récit colonial.&nbsp;Il est indubitable que même leurs concitoyens en Algérie, qui font preuve de discernement, ne peuvent que se dissocier de leurs supercheries. Saint Augustin et Massinissa ont agi dans un cadre géographique et politique dont Tunis-Carthage était le pôle majeur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette territorialisation de l’histoire, où un pays cherche par tous les moyens à construire un récit national exclusif, est un anachronisme qui sert surtout des agendas politiques douteux. L’objectif serait vraisemblablement de créer un lien fictif direct. Il y a une inexactitude géographique qui utilise les frontières actuelles, imposées par le colonialisme, pour diviser des empires (Carthage, la Numidie, la Proconsulaire).</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’enseignement de l’histoire devient un outil détourné de légitimation politique plutôt qu’une discipline de recherche scientifique. Un exemple parmi d’autres, le Haut-Commissariat à l&rsquo;Amazighité en Algérie milite activement pour l’unification de ces concepts dans les manuels afin de consacrer l’image d’un État numide précurseur de l’Algérie ! Le débat sur l’usurpation vient souvent du fait que les frontières d’aujourd’hui ne correspondent pas aux réalités historiques durant des siècles. Une grande partie du patrimoine <em>«numide»</em> ou <em>«punique»</em> est partagée entre la Tunisie et ses voisins de l’Est comme de l’Ouest. Cependant, la Tunisie (l’ancienne Ifriqiya) a toujours été le centre névralgique, urbain et intellectuel de toute la région. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Une mise au point sur la situation de toutes ces figures historiques et du patrimoine, permet de distinguer les faits historiques des dynamiques de <em>«nationalisation»</em> de l’histoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le concept d’Ifriqiya est un patrimoine centralisé à Tunis. Par contre historiquement, le terme<em> «Algérie»</em> est une création administrative bien plus tardive, alors que le terme Ifriqiya (dont dérive le nom Tunisie) désignait un ensemble cohérent incluant l’Est algérien actuel et la Tripolitaine.&nbsp;Quant à la controverse historique sur Cirta, j’ai eu l’occasion de l’aborder amplement dans un article précédent (4).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce procédé apocryphe appliqué à la géographie et à l’histoire sert à faire des raccourcis pour imposer une lecture biaisée. Cela s’apparente à de l’instrumentalisation ou <em>«mésusage»</em> de l’histoire et de la géographie. Lorsqu’on simplifie à l’extrême ou qu’on manipule ces disciplines, l’objectif est généralement de créer un récitqui semble, de premier abord, indiscutable parce qu’il s’appuie sur des <em>«faits»</em> — même si ces derniers sont sortis de leur contexte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On projette arbitrairement des concepts modernes (nations, frontières…) sur des époques anciennes où ils n’existaient pas réellement sous ces formes. Le fait d’utiliser des toponymes anciens ou spécifiques pour nier l’identité actuelle d’un lieu, en modifiant légèrement le curseur, on transforme une analyse complexe en un outil de triviale propagande.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après les guerres puniques, Carthage fut reconstruite par Rome, devenant l’une des provinces les plus prospères (Africa proconsulaire 146 av. J.-C. &#8211; 439 ap. J.-C.). Puis, elle a été envahie par les Vandales, suivie de la reconquête byzantine sous Justinien I<sup>er</sup> en 533. L’année 698 marqua un tournant définitif avec la fin de l’influence byzantine en Afrique du Nord. La confrontation décisive opposa les armées du Hassan Ibn Numan, aux forces de l’Exarchat de Carthage. Plutôt que de reconstruire Carthage, trop exposée aux attaques maritimes de la flotte byzantine, Tunis fut choisie en tant que site plus protégé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 705, Kairouan devint officiellement la capitale de l’Ifriqiya et la base de rayonnement au Maghreb. Sous la dynastie Aghlabide (800–909), la Tunisie connut une prospérité immense. On lança la conquête de la Sicile, le pays devient une puissance maritime majeure. Kairouan dirigeait la Tunisie, l’Est algérien, la Tripolitaine et avait même conquis la Sicile et Malte. L’Ifrîqiya proprement dite, comprenait les anciennes Proconsulaire (ou Zeugitane) et Byzacène, séparées depuis Dioclétien, d’autre part le Zâb (une province stratégique entre le Sahara et la Méditerranée, servant de carrefour commercial majeur). On rencontre également l’expression d’<em>«Ifrîqiya proprement dite»</em> chez H. R. Idris qui écrit : <em>«À l’Ifrîqiya proprement dite, ensemble de plaines où les communications sont faciles, rares les passages obligés et les massifs fermés, pays fortement organisé autour de Kairouan, s’oppose le Maghreb central, complexe de massifs montagneux, plus ou moins anarchiquement isolés les uns des autres»</em> <sup>(5)</sup>. Il retrouve là une distinction strictement géographique, voire topographique, qui rejoint implicitement des considérations plus politiques (opposition entre l’<em>«organisation»</em> autour de Kairouan et l’<em>«anarchie»</em> à l’ouest).</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 909, une nouvelle dynastie s’établit. L’Empire Fatimide avait englobé tout le Maghreb.&nbsp;Il fonda une nouvelle capitale sur la côte, Mahdia, avec son port militaire fortifié. Les Fatimides finirent par partir conquérir l’Égypte pour y fonder Le Caire, laissant la Tunisie sous la gestion des Zirides. Lorsque ces derniers rompirent avec le Caire, le calife fatimide envoya les tribus bédouines des Banu Hilal et des Banu Salim pour punir l’Ifriqiya. Avec les invasions hilaliennes (XI<sup>e</sup> siècle), c’était un tournant dramatique. Ces invasions entrainèrent une désorganisation immense, notamment de l’agriculture sédentaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tunis devint la capitale de la Tunisie (Ifriqiya) en deux étapes majeures : elle fut d’abord promue sous les Almohades en 1159, puis son statut est définitivement scellé sous la dynastie des Hafsides en 1228. Les Almohades (1121-1269) chassaient les Normands Tunisie (qui occupaient les côtes) et unifiait le Maghreb. Au cours de cette période la notion de territoire tunisien <em>«central»</em> se cristallisa le mieux sous le nom d’Ifriqiya. L’empire almohade, affaibli militairement et idéologiquement, se désagrégea, perdant sa cohésion sous le règne d’Al-Ma’moun (1227-1232). C’est dans ce contexte de déclin que la Tunisie s’émancipa de fait sous la tutelle de la dynastie hafside.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1229, les Hafsides rejettent l’autorité des Almohades et deviennent maîtres de l’Ifriqiya. L’Empire Hafside (1229-1574) représenta l’âge d’or de l’État tunisien médiéval. À son apogée, le royaume hafside de Tunis s’étendait de Bougie (Béjaïa en Algérie actuelle) à l’ouest jusqu’à Tripoli à l’est. Tunis était alors la capitale culturelle et politique incontestée du Maghreb central et oriental. C’était sans doute la période la plus stable et la plus riche de la Tunisie médiévale. Des liens commerciaux intenses se nouèrent avec les cités italiennes (Venise, Gênes) et l’Espagne. La capitale Tunis était devenue l’une des cités les plus peuplées et les plus riches, au rayonnement intellectuelreconnu. C’est l’époque du grand historien et philosophe Ibn Khaldoun, père de la sociologie moderne.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le pouvoir central de Tunis, la frontière incluait la province de Bougie, avec à sa tête un gouverneur doté de compétences élargies. Les premiers souverains hafsides maintinrent un contrôle direct sur cette région. Dès 1280 le sultan nomme son fils gouverneur de Bougie et de sa région, avec une autonomie de commandement (<em>Ibar</em>, VI, p. 685, <em>Berbères</em>, II, p. 384), reconnaissant la nécessité de donner à ce gouverneur les moyens de faire face à la menace des Abdelwadides ou des Mérinides à l’ouest. Vers 1370, le sultan de Tunis nomma à son tour à Bougie son fils aîné. Il lui céda son autorité sur les impôts et sur l’armée<em> (Ibar</em>, VI, p. 88, <em>Berbères</em>, III, p. 88.), lui donna <em>«le commandement absolu </em>[de sa ville et de sa province] <em>et la permission de prendre le titre, le cérémonial et les insignes de la royauté»</em> (<em>Ibar</em>, VI, p. 876, <em>Berbères</em>, III, p. 90.). Ces prérogatives exceptionnelles ne sont pas sans risque. On connaît le passage de la <em>Muqaddima </em>dans lequel Ibn Khaldûn explique que <em>«toute dynastie est plus forte à son centre qu’à ses frontières»,</em> où se manifeste souvent en premier la perte de vitalité de la dynastie <sup>(6)</sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette situation provoqua en effet, à plusieurs reprises, des sécessions par rapport à Tunis. Néanmoins ces dernières étaient davantage motivées par les prétentions des émirs de Bougie au sultanat que par une réelle volonté d’indépendance, donc par un sentiment centrifuge. Lorsque le sultan Abû Zakariyâ’ (1228-1249) confie à son fils et héritier Abû Zakariyâ’ Yahyâ le gouvernement de Bougie, il étend la domination de ce dernier à l’ensemble des anciens territoires hammadides, avec des villes comme Alger, Constantine, Bône, et le territoire du Zâb : <em>«il donna à son fils le gouvernement de la marche de Bougie, capitale du royaume des Banû Hammâd et lui confia l’administration de l’ensemble de sa région»</em> (<em>Ibar</em>, VI, p. 619, <em>Berbères</em>, II, p. 329).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ibn Khaldûn définit donc ce territoire frontière avant tout par un ensemble de villes dominées par Bougie, avec leurs arrière-pays. L’allégeance de ces villes envers le pouvoir central se manifeste par l’acceptation des gouverneurs envoyés par le souverain et par la <em>bay‘a</em> prononcée au moment de l’accession au trône de ce dernier, renouvelée régulièrement par la <em>khutba </em>prononcée en son nom.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La délimitation du territoire de cette marche occidentale repose donc sur une autre unité de base, la tribu. Mais il serait erroné de considérer ces tribus d’un point de vue purement ethnique, sans référence à l’espace<sup>(7)</sup>. Outre le fait que certaines de ces tribus sont sédentaires, le nomadisme n’exclut nullement la conscience d’un territoire tribal articulé autour de points d’eau et de zones de pâturages, à l’intérieur duquel se font les déplacements saisonniers. Il n’exclut pas plus le fait que ce territoire soit perçu comme faisant partie de l’espace de souveraineté d’un pouvoir d’État auquel la tribu faisait allégeance <sup>(8)</sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il s’agit de relever un fait authentifié, sous les Aghlabides, les Fatimides puis l’État Hafside qui s’étendait sur l’Ifriqiya, ce qui signifie que la Tunisie englobait des territoires allant de Bougie (Béjaïa) jusqu’aux environs de Tripoli, et incluait des zones de la Grande Kabylie notamment Alger et contrôlant des territoires jusqu’à la Grande Syrte (1228 à 1574). Le pays avait maintenu une autonomie politique forte, centrée sur Mahdia, Kairouan puis Tunis.</p>



<h2 class="wp-block-heading">2- Alerte, face aux tentatives d&rsquo;expropriation mémorielle</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En 1574, la Tunisie fut appariée à l’Empire Ottoman, avant d’acquérir une autonomie relative à partir de 1705. Le règne de Hammouda Pacha (1782-1814) marqua l’apogée de la dynastie husseinite en Tunisie. Son autorité a été testée par plusieurs conflits armés contre la Régence d’Alger, où Mustapha Pacha a été assassiné et les chroniques mentionnent Ahmed II Pacha comme successeur, une période marquée par de forte agitation et de successions rapides. La milice des janissaires jouait un rôle prédominant dans la destitution ou l’assassinat des deys d’Alger, rendant le pouvoir instable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cherchant à mettre fin au tribut versé à Alger, Hammouda Pacha fit réparer les remparts de la Médina de Tunis, de la Kasbah, et fit construire de nouvelles casernes comme celle d’El Attarine. Il déclara la guerre au Dey d’Alger en 1807. Le conflit culmina lors de la bataille de Constantine, où les troupes d’Alger subirent une défaite décisive. La victoire la plus emblématique contre les Algériens (ou plutôt Algérois) a été celle de juillet 1807. Le vizir Youssouf Saheb Ettabaâ intercepta l’armée algérienne à l’Oued Sarrat et l’écrasa, l’obligeant à fuir et à abandonner son artillerie. Cette victoire permit à la Tunisie de ne plus payer le tribut annuel à Alger. Une seconde guerre éclata en 1813. Les défenses tunisiennes ont tenu bon. Les troupes algériennes ont tenté de pénétrer en Tunisie mais ont été maintenues à la frontière. Le conflit s’est achevé par un traité en décembre 1813, signé par le Dey Hadj Ali d’Alger et le Bey Hammouda Pacha de Tunis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec les Husseinites, la Tunisie avait agi comme un État quasi indépendant du pouvoir ottoman, avec ses propres traités internationaux et son premier texte constitutionnel en 1861 (le premier de la sphère proche orientale).&nbsp;Il est documenté que cette quête d’autonomie s’est manifestée par des actions symboliques, les navires tunisiens utilisaient leur propre pavillon et refusaient de se conformer strictement à l’usage des fanions ottomans, surtout lors de la période d’autonomie croissante sous Ahmed Bey I (1837-1855). Mais, avec la signature du Traité du Bardo en 1881, la Tunisie fut placée sous domination française.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À travers ce rapide périple historique, il a été possible de constater que, depuis l’antiquité et durant des siècles, le pouvoir central sur une vaste superficie était basé à Carthage-Dougga, Le Kef, Kairouan, Mahdia puis à Tunis. Par conséquent, son autorité se déployait sur des espaces territoriaux plus vaste que ceux de la Tunisie actuelle, aussi bien à l’Est qu’à l’Ouest. Des villes comme Annaba (Hippone) ou Constantine étaient administrativement et culturellement rattachées à la mouvance tunisienne. Cette antériorité historique explique pourquoi de nombreux Tunisiens perçoivent les digressions actuelles comme une tromperie et une forme d’expropriation mémorielle.&nbsp;Dès la fin du Moyen Age, le discours comme la pratique montrent l’émergence d’une appréhension politique de l’espace, qui se développe à l’époque moderne et contemporaine. La marche de Bougie à l’époque hafside en offre un bon exemple <sup>(9)</sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis quelques années, de nombreux Tunisiens relèvent avec étonnement la diffusion de contrevérités instillées notamment sur les réseaux sociaux, traduisant des tentatives de captation du patrimoine tunisien par certains individus qui manquent de tact et souffrent d’une carence éducative. Cette posture fourbe touche au cœur de l’identité nationale et de la légitimité historique, elle représente une tentative de réappropriation patrimoniale. Ajoutant à ces divagations, les propos d’un ancien parlementaire algérien et expert économique, du nom de Houari Tigharsi, qui ont suscité une vive controverse. En juillet 2022 <sup>(10)</sup>, lors d’une intervention télévisée, ce quidam a qualifié la Tunisie de <em>«wilaya»</em> (province ou gouvernorat) de l’Algérie, dans une interview accordée à la chaîne <em>Sky News Arabia</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que ces propos n’engagent pas -heureusement- l’État algérien, ils ont provoqué une vague d’indignation et ont été largement relayés par des médias comme une ébauche de velléités hégémoniques. Certains observateurs notent que ce type de discours (qualifier la Tunisie de <em>«wilaya»</em>) circule parfois dans des cercles proches du pouvoir des voisins de l’Ouest sans être ouvertement approuvé, ce qui contribue à alimenter les critiques sur une volonté d’hégémonie régionale qui avancerait à pas de loup. Cette <em>«maladresse»</em> n’est pas un hasard. Elle répondrait à un besoin intériorisé de forger une identité nationale (sur le dos des autres) dans une profondeur historique mythique dépassant l’ère coloniale. Surtout, il n’y a pas eu de dénonciation officielle spécifique du gouvernement algérien concernant ces propos, alors qu’ils avaient provoqué une vive indignation en Tunisie, les autorités n’ont pas émis de condamnation publique directe à propos de ses déclarations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà de ce personnage, la même expression est parfois utilisée de manière condescendante dans certains débats médiatiques algériens. En mai 2023, l’ambassadeur d’Algérie en Italie avait déclaré que Rome et Alger s’entendaient pour <em>«préserver la stabilité de la Tunisie»</em>, une phrase perçue à Tunis comme une forme d’ingérence (D’aucuns diront&nbsp;: de quoi je me mêle).</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’absence de justifications est précisément ce qui alimente régulièrement la rancœur d’une partie importante de l’opinion tunisienne, qui n’y voit non pas un dérapage isolé, mais le reflet d’une certaine perception condescendante persistante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’ancien diplomate Elyes Kasri <sup>(11)</sup> a été l’une des voix les plus critiques, alertant sur ce qu’il perçoit comme une <em>«dérive»</em>, certains observateurs allant jusqu’à évoquer ironiquement une transformation en <em>«70<sup>e</sup> wilaya algérienne»</em>. Il a récemment remis sur le tapis la question des territoires frontaliers (environ 20 000 km²) qui ont été intégrés à l’Algérie après l’indépendance, perçus par certains Tunisiens comme une spoliation historique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette perception d’une <em>«main basse»</em> sur le patrimoine tunisien alimente effectivement de vifs débats, où la question de l’appropriation culturelle est devenue un sujet de tension récurrent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le conflit le plus emblématique concerne la zone saharienne et la célèbre Borne 233 (Garet El Hamel).&nbsp;La Tunisie revendiquait une bande de territoire au sud-ouest, s’étendant de la borne 222 (Fort Saint) jusqu’à la borne 233. Ce territoire, riche en ressources pétrolières (gisement d’Edjelé), aurait permis à la Tunisie d’étendre sa souveraineté sur environ 20 000 km². En plein conflit de Bizerte (1961), le président Habib Bourguiba a tenté de matérialiser cette souveraineté en envoyant un commando planter le drapeau tunisien sur la borne 233. Un affrontement armé avec les troupes françaises stationnées sur place fit 13 morts côté tunisien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a lieu de souligner que la frontière tuniso-algérienne a été historiquement une zone complexe, avec des barrages érigés pendant la guerre d’Algérie et des conflits territoriaux passés (1628, 1807). Les frontières actuelles sont en partie le résultat de négociations laborieuses, notamment le traité de 1628 entre la Régence indépendante de Tunis et la Régence du Dey d’Alger, qui est resté la base jusqu’à ce que les autorités militaires françaises en Algérie ne le remettent en cause en 1845.&nbsp;Les frontières modernes commencent à se dessiner, souvent au prix de conflits avec la Régence d’Alger à l’ouest (appelé traité d’Es-Settara), qui mit fin à la guerre et confirma la fixation de l’Oued Serrat comme frontière ouest. Les traités successifs ont fini par fixer les limites que nous connaissons aujourd’hui, bien que les tribus frontalières aient longtemps circulé librement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’examen des documents cartographiques coloniaux révèle que le tracé des frontières actuelles est le produit d’une série de conventions et de décisions administratives françaises qui ont systématiquement favorisé l’Algérie (alors considérée comme un prolongement de la métropole) au détriment de la Régence de Tunis.&nbsp;La Convention de 1901: un procès-verbal entre le gouverneur général d’Algérie et le résident général de France en Tunisie amorce le détachement de portions territoriales au profit de l’administration algérienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Convention de Tripoli (1910)signée entre le Bey de Tunis et l’Empire Ottoman (pour la Tripolitaine), délimite la frontière sud. Bien qu’elle reconnaisse la borne 233 <sup>(12)</sup> (Garet El Hamel) comme point ultime du territoire tunisien, la France refusa par la suite d’appliquer strictement ce tracé pour conserver le contrôle sur des zones qu’elle considérait comme stratégiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le grignotage du Sahara s’est effectué à travers les conventions successives en 1910 et 1929 qui ont entériné un<em> «découpage imaginaire»</em>. Avant que la France et l’Italie ne figent les frontières par des traités (comme celui de 1910 avec la Libye), les tribus et populations (comme les Werghemma) évoluaient dans un espace fluide, défiant les tentatives coloniales de fixer des limites territoriales strictes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est clairement établi que la France privilégia l’unité administrative de son<em> «département algérien»</em>, annexant de facto des zones de parcours de tribus tunisiennes (comme les Frachich) pour garantir la sécurité des colons en Algérie.&nbsp;Le contentieux majeur portait donc sur une étendue de près de 20 000 km² (soit la superficie d’un pays comme la Slovénie) située au sud.&nbsp;Ce territoire englobe des zones riches comme El Borma, Ouargla et Berkine, piliers de l’actuelle puissance pétro-gazière algérienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant à la Borne 233, elle demeure le symbole de la spoliation. La France avait juridiquement reconnu son appartenance à la Tunisie, mais a maintenu une ambiguïté pour protéger le triangle stratégique Bir Romane &#8211; Borne 233 &#8211; Fort Saint.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’accord de 1964, lors de la conférence du Caire, représentait un arrangement entre Habib Bourguiba et Ahmed Ben Bella. Il prévoyait la restitution de ces 20 000 km² à la Tunisie. Après la chute de Ben Bella en 1965, le nouveau pouvoir algérien (Boumediene) a refusé d’honorer cet accord, s’appuyant astucieusement sur le principe de l’OUA concernant <em>«l’intangibilité des frontières héritées du colonialisme»</em> pour sanctuariser ces gains territoriaux.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces documents montrent que la cartographie n’était pas un simple relevé géographique, mais un outil de gestion des conflits et d’expansion coloniale, transformant des limites de parcours tribaux en frontières d’État rigides au profit de l’entité la plus <em>«française»</em> du Maghreb à l’époque.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">On ne peut que constater que la Tunisie a dû faire face à des tensions territoriales significatives avec ses voisins, principalement liées au legs de l’administration coloniale française qui avait favorisé l’Algérie (considérée comme un prolongement de la métropole) au détriment de la Tunisie.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Finalement, le pouvoir tunisien abandonna ses revendications pour préserver la paix, par des accords successifs : celui de 1970 sur le tracé sud (Bir Romane &#8211; Fort Saint)&nbsp;et celui de 1983 sur le tracé nord (Méditerranée &#8211; Bir Romane).&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En dépit de toutes ces péripéties, Tunisiens et Algériens dans leur ensemble partagent des liens profonds et sont pour une coexistence pacifique. Car la proximité n’est pas seulement géographique, elle est humaine. Les familles transfrontalières, les mariages mixtes et l’histoire commune de la lutte pour l’indépendance créent un sentiment d’appartenance commune qui dépasse les discours politiques ou les polémiques de réseaux sociaux.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les populations des deux pays aspirent avant tout à la paix, au développement économique et à la libre circulation sans arrière-pensées hégémoniques. La coexistence paisible est perçue comme la seule voie viable pour la prospérité régionale dans un monde de plus en plus instable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, ces <em>«fauteurs de troubles»</em> qui cherchent à semer la discorde, bénéficient souvent d’une visibilité disproportionnée sur internet, mais ils ne représentent pas la volonté des millions de Tunisiens et d’Algériens qui cultivent le respect et l’amitié au quotidien. Cette notion grotesque de <em>«grand frère»</em> est souvent perçue comme paternaliste et ne correspond pas aux aspirations des sociétés modernes qui privilégient le partenariat et l’égalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une logique de respect mutuel est essentielle pour plusieurs raisons. Chaque nation a son propre parcours, ses défis et sa souveraineté à protéger. Le respect de ces spécificités est la base de toute relation saine et durable, c’est le meilleur rempart contre les malentendus. En se traitant d’égal à égal, la coopération devient plus efficace. Il ne s’agit pas de <em>«donner des leçons»</em>, mais de partager des solutions. Les termes de supériorité ou les tentatives d’ingérence sont souvent ceux qui alimentent les réactions de rejet. Toute tentative perçue comme hégémonique risque de compromettre les relations en brisant la confiance et en créant un déséquilibre qui génère inévitablement résistance et conflits. Ce qui crée un terrain propice aux blocages de communication, nuisant à la relation sur le long terme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En somme, la force de la relation entre deux États souverains et ses citoyens réside dans cette capacité à se considérer comme des partenaires stratégiques, sans qu&rsquo;une tutelle morale ou politique ne vienne entacher cette amitié. À bon entendeur, salut&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Ecrivain.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Notes&nbsp;:</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>1- Lucien Febvre, “Frontières : le mot et la notion”, Bulletin du Centre International de Synthèse, XLV, 1928, repris dans Pour une histoire à entière, Paris, 1962, p. 17-18.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>2- Dougga (Thugga). Études épigraphiques<strong> &#8211; </strong>Sous la direction de Mustapha Khanoussi et Louis Maurin, Ausonius Éditions,1997, 278 pages.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>3- Saint Augustin, numide universel, La Vie, 16/04/2026.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>4- Carthage, la Tunisienne (1-2), Nos ancêtres les Massyles, Kapitalis, 5 et 6 juillet 2025.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>5</em>&#8211; <em>Hady-Roger Idris, La Berbérie orientale sous les Zirides, X<sup>ème</sup>-XII<sup>ème</sup> siècle, Paris, 1962, p. 409.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>6- Ibn Khaldûn, Discours sur l’Histoire universelle. Al-Muqaddima, trad. Vincent Monteil, Paris, 1967-8, p. 318.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>7- Voir notamment les réflexions de Laroussi Amri, et sa critique des thèses d’É.-F. Gautier, Pour une sociologie 8 &#8211; des ruptures. La tribu au Maghreb médiéval, Tunis, 1997, p. 189 sqq.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>8- Sur ce rapport entre allégeance et territoire, voir notamment Vincent Geisser, Rapport préliminaire à l’atelier «formes d’allégeances et territorialisation», Villes et territoires au Maghreb, op.cit., p. 115-117.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>9 &#8211; Cf. Dominique Valérian, Bougie, port maghrébin à la fin du Moyen Age, thèse d’université, Université Paris I, décembre 2000.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>10- Tunisie numérique, 18 juillet 2022.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>11 &#8211;</em> <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/07/05/carthage-la-tunisienne-1-2/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Carthage Tunisienne</a>, <em>Kapitalis, 2 nov. 2025.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>12- Ben Salem, Mohamed Mémoire DES de Droit Public : l&rsquo;affaire de la borne 233</em>&#8211;<em>Faculté Droit de Tunis-1971-1972.</em></p>



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