Haut fonctionnaire, puis essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la politique tunisienne dont il connaît bien les arcanes pour y avoir été mêlé lui-même d’assez près, Ridha Ben Slama vient d’ajouter une nouvelle corde à son arc en publiant son premier roman, ‘‘La Saga Massyle’’ (éditions Arabesques, Tunis, 2026, 285 pages), qui revisite une page lointaine et méconnue de l’histoire tunisienne.
Ridha Kefi
Comme son titre l’indique, ‘‘La Saga Massyle’’ est une fresque historique où l’auteur a cherché à redonner vie à une période importante de l’histoire de la Tunisie qui s’étend de la fin du IVe siècle jusqu’à l’an 46 avant J.-C., et qui a vu une dynastie autochtone (comme on dit aujourd’hui) régner sur un immense territoire s’étendant des frontières occidentales et méridionales de Carthage jusqu’aux profondeurs des Aurès, soit une grande partie du territoire algérien actuel, avec pour «capitale» Thougga, la Dougga actuelle, site antique situé dans le nord-ouest de la Tunisie, classé sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en 1997.
Quand on parle de l’histoire antique de la Tunisie, on a tendance à la réduire à celle de Carthage, empire maritime et commercial qui a régné sur la Méditerranée entre les IXe et IIe siècle av. J.-C. et dont les guerres menées contre Rome ont marqué l’histoire de l’humanité à cette époque. On évoque aussi les noms de Hanon, Magon, Hamilcar et autres Hannibal, et on oublie qu’au faîte du règne de la cité punique, un autre empire partageait le même territoire, l’empire Massyle, fondé par l’Aguellide (ou chef) Zelalsen (308-227 avant J.-C.) et qui fut longtemps l’allié de Carthage, protégeant ses frontières terrestres et lui fournissant les guerriers dont il avait besoin pour sécuriser ses navires sillonnant la Méditerranée, tout en l’approvisionnant en divers produits : blé, huile, bois, etc.
C’est ce roi Massyle dont la descendance a régné pendant plus de deux siècles à Thougga (et les immenses territoires que cette cité contrôlait par alliances tribales) que Ridha Ben Slama met en scène à travers un récit tout de bruits et de fureurs, où l’humaine condition apparaît dans toute sa complexité, entre courage et lâcheté, fidélité et trahison, amour et haine.
Et comme dans tout récit historique, ‘‘La Saga Massyle’’ reconstitue la vie quotidienne à cette époque lointaine avec une précision et un grand souci du détail qui sont le fruit d’un long travail de documentation historique effectué par l’auteur pendant plusieurs décennies. Car les historiens antiques, qui étaient très braqués sur les conflits ayant opposé Carthage et Rome, ont accordé peu d’intérêt aux autres peuples qui, à cette même époque, ont joué un rôle important, y compris dans l’issue de ces conflits.
Face à la rareté des sources, Ridha Ben Slama a dû faire un double travail : celui d’historien, pour reconstituer une époque et redonner corps et vie à un peuple marginalisé et presque oublié par l’histoire, puis celui de romancier en déclinant le fuit de ses recherches sous forme romanesque, le but étant de rapprocher les personnages du commun des lecteurs et de permettre à ces derniers de s’identifier à eux, à leurs faits et gestes, à leurs triomphes et infortunes, à leurs héroïsmes et déchéances. Et l’on peut dire qu’au final, le romancier n’a rien à envier à l’historien, puisque ‘‘La Saga des Massyles’’ se laisse lire avec autant d’intérêt (pour la découverte d’une page méconnue de notre histoire) que de plaisir (celui de suivre les péripéties d’une saga dont les personnages nous ressemblent tant).



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