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	<title>Archives des Raja Fenniche - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Raja Fenniche - Kapitalis</title>
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	<item>
		<title>Naïma Karoui, pionnière des recherches sur les femmes en Tunisie</title>
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		<pubDate>Fri, 24 Apr 2026 06:39:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Abdelkader Zghal]]></category>
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		<category><![CDATA[recherche]]></category>
		<category><![CDATA[Ridha Boukraa]]></category>
		<category><![CDATA[Salah Hamzaoui]]></category>
		<category><![CDATA[sociologie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Naïma Karoui a été une pionnière des études sur la femme dans les milieux défavorisés et particulièrement dans le monde rural en Tunisie,</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/24/naima-karoui-pionniere-des-recherches-sur-les-femmes-en-tunisie/">Naïma Karoui, pionnière des recherches sur les femmes en Tunisie</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Figure pionnière des études sur la femme dans les milieux sociaux défavorisés et particulièrement dans le monde rural, Naïma Karoui a contribué à inscrire la question de la femme au cœur de l’analyse sociologique tunisienne.</em></strong></p>



<p><strong>Raja Fenniche *</strong></p>



<span id="more-18680082"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Raja-Fenniche.jpg" alt="" class="wp-image-18680110" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Raja-Fenniche.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Raja-Fenniche-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Raja-Fenniche-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Retracer le parcours scientifique de Naima Karoui est une tâche doublement difficile, vu la profusion de ses écrits et la diversité des thèmes abordés. Elle a enquêté, écrit, publié dans la discrétion, sans souci de visibilité.</p>



<p>Naïma Karoui née Fenniche appartient pourtant à la première génération de sociologues tunisiens qui ont posé les fondements d’une discipline susceptible d’éclairer les dynamiques d’une société complètement sous-étudiée à l’époque. Aux côtés de Abdelkader Zghal, Hechmi Karoui, Ridha Boukraa, Salah Hamzaoui, Khalil Zamiti et bien d’autres, elle a été membre, à partir de la fin des années 1960, de la section Sociologie du Centre d’études et de recherches économiques et sociales (Ceres) et a publié régulièrement les résultats de ses recherches dans la <em>Revue tunisienne des sciences sociales</em> (RTSS).</p>



<p>Figure pionnière des études sur la femme dans les milieux sociaux défavorisés et particulièrement dans le monde rural, elle a contribué à inscrire la question de la femme au cœur de l’analyse sociologique tunisienne.</p>



<p>La condition féminine a été étudiée en corrélation avec les mutations profondes que connaissait la Tunisie au tournant des années 1970, qui marque une étape importante de la construction du pays et de l’émergence de l’économie capitaliste.</p>



<p>Après l’échec du modèle coopératif des années 1960, le gouvernement de Hédi Nouira a placé la propriété privée et l’investissement extérieur au cœur de la stratégie de développement économique. S’en est suivi la montée d’une petite bourgeoisie locale et l’élargissement de la base de la classe ouvrière à de nouvelles franges de la population, dont les femmes, tant citadines que rurales.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Impact des transformations économiques sur les femmes</h2>



<p>C’est sur ce dernier aspect, en particulier, que s’est penchée Naima Karoui dans ses travaux, en analysant l’impact des transformations économiques, sociales, mais aussi symboliques de la société sur le vécu des femmes et leur imaginaire.</p>



<p>Formée en Tunisie puis en France, elle soutient en 1976 à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS, Paris), sous la direction d’Alain Touraine, une thèse intitulée «<em>Changement social et condition de la femme en Tunisie»</em>. Ce travail initiateur s’inscrit dans une approche sociologique attentive aux dynamiques d’une société en pleine transformation et aux tensions entre discours officiel et pratiques sociales.</p>



<p>L’originalité de sa démarche tient à l’importance qu’elle a accordée au travail de terrain, à une époque où la sociologie tunisienne était encore à son début. A travers le recueil de témoignages et d’entretiens, elle a donné de la visibilité à des franges peu représentées dans l’espace public : ouvrières, paysannes, employées de bureau.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La diversité des trajectoires féminines</h2>



<p>C’est à travers les enquêtes menées dans les années 1970 auprès des ouvrières de l’industrie textile de Menzel Bourguiba, des ouvrières agricoles de la région de Mateur, des paysannes de Kerkennah, et des employées de l’administration des P.T.T. qu’elle a pu mettre en exergue la diversité des trajectoires féminines, en fonction des catégories sociales auxquelles elles appartiennent.</p>



<p>J’ai eu le privilège, jeune lycéenne, de l’avoir vue à l’œuvre lorsque je l’ai accompagnée à quelques reprises dans son enquête auprès des ouvrières agricoles de Mateur.</p>



<p>Assise près du chauffeur, dans la voiture tout-terrain du Ceres, elle nous expliquait, en chemin, comment remplir le questionnaire, en retranscrivant le plus fidèlement possible les réponses des enquêtées. La voiture serpentait lentement sur les sentiers tortueux de la montagne qui surplombait les alentours de Mateur.</p>



<p>Arrivées au <em>douar</em>, nous avons été accueillies par une ribambelle d’enfants, qui couraient derrière la voiture en poussant des cris de joie. Les femmes vinrent s’attrouper autour de Naima, souriantes et excitées ; elles se bousculaient pour lui tendre la main : <em>«Elles me connaissent,</em> nous dit Naima<em>, je suis déjà venue»</em></p>



<p>Nous commencions l’enquête. Quelques-unes nous faisaient entrer dans leur <em>houch</em>, nous donnaient du pain et de l’huile. Je me rappelle leurs rires étouffés quand nous abordions la question de l’avortement et des moyens contraceptifs. Celle que j’interviewais refusa net d’en parler : <em>«Tu es trop jeune</em>, haki dhiri», me dit-elle en riant.</p>



<p>Naima savait les écouter avec douceur et attention ; c’était sa manière à elle de les mettre en confiance. «<em>Le travail de terrain est fondamental en sociologie</em>», répétait-elle souvent. Étudiante, elle y a été initiée par ses professeurs, dont Jean Duvignaud, qui emmena en 1960 les étudiants à Chebika <sup>(1)</sup> pour une enquête sur les conditions de vie des habitants du village.</p>



<p>Depuis les années 1970, ses recherches se sont axées sur le travail féminin dans les couches défavorisées et ses effets sur la vie familiale. L’accès au travail rémunéré génère un vécu traversé de contradictions : double charge familiale et professionnelle, immobilisme des statuts conjugaux, tensions entre modèle traditionnel et aspiration à la modernité.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Donner la parole aux exclues et aux marginalisées</strong></h2>



<p>Les enquêtes qualitatives menées lui ont permis non seulement de mettre en lumière certains aspects méconnus du vécu de ces femmes et de leur horizon d’attente, mais aussi de donner la parole aux exclues, aux marginalisées parmi elles.</p>



<p>Dans son article «<em>La femme entre mythe et réalité</em>&nbsp;», elle écrit <sup>(2)</sup>&nbsp;: «<em>Parallèlement à l’insécurité économique dans laquelle elles avaient grandi, l’éclatement de la cellule familiale avec toutes les valeurs qui soutenaient son système, agissaient sur leurs attitudes et conduites pour expliquer la facilité avec laquelle elles bravaient les valeurs allant jusqu’à s’adonner à la prostitution clandestine».</em></p>



<p>Elle fustige un système économique et social qui&nbsp; asservit pleinement les femmes&nbsp;: «<em>il ressort que les enquêtées- principalement les ouvrières d’usines et les ouvrières agricoles&nbsp; sont doublement exploitées par leurs patrons et les hommes de leurs familles principalement le mari»</em> <sup>(3)</sup><em> …«&nbsp;quant aux femmes employées de bureau, quoique le travail joue un rôle positif dans leur insertion sociale, elles&nbsp; continuent pour beaucoup à faire preuve d’attitudes traditionnelles dans leur famille&nbsp;: dépendance à l’égard du mari, effacement quand il s’agit de prendre des décisions importantes, maintien de la séparation des tâches.&nbsp;» <sup>(4)</sup></em></p>



<p>C’est précisément la question de savoir si l’accès au travail a constitué, pour la femme, un véritable facteur d’émancipation qui a été au cœur de plusieurs travaux de Naima Karoui. A-t-il entraîné des répercussions positives sur le rapport homme/ femme&nbsp;? A-t-il inversé la relation domination/ subordination au sein de la famille traditionnelle&nbsp;?</p>



<p>Dans une approche d’anthropologie sociale et de psychosociologie, elle a confronté le vécu réel des femmes aux représentations sociales contradictoires prévalant dans la société. Représentations fortement polarisées entre une image de la femme portée par la tradition et un modèle d’émancipation défendu par <em>«le courant moderniste»</em>, représenté par le pouvoir en place.<em> «Le thème central porte sur l’adéquation ou la dichotomie existant entre le modèle de la femme véhiculé par le discours officiel de type moderniste et le vécu des femmes selon leur appartenance à des catégories socio-professionnelles différentes.&nbsp;</em>» écrit-elle dans l’Annuaire de l’Afrique du Nord <sup>(5)</sup>.</p>



<p>Un autre apport majeur de son œuvre réside dans l’étude de la pluralité des représentations et des discours sur la femme dans la Tunisie coloniale puis indépendante. Dans son article consacré à l’étude de <em>l’image de la femme dans la presse satirique des années 1930 </em><sup>(6)</sup><em>, </em>elle décrit la représentation surannée de la femme, révélatrice des idées rétrogrades prévalant à cette époque.</p>



<p>Dans un autre article <sup>(7)</sup>, elle porte un regard critique sur les idées d’émancipation véhiculées par le système éducatif français puis tunisien, depuis la première école, celle de Louise Renée Millet en 1900, jusqu’aux écoles de la République. Elle montre aussi que les questions de l’identité, du voile, du mariage et du rôle de la femme dans la sphère publique sont mises à rude épreuve par une idéologie conservatrice et discriminatoire.</p>



<p>Dans plusieurs de ses articles, Naima insiste sur le déchirement de la femme entre un modèle de famille marqué par la tradition musulmane fortement ancrée dans la société, <em>«fidèle à l’esprit de la charia et du Coran, qui reflète, dit-elle, un passé mythique… qui ne trouve de légitimité que dans les textes religieux» </em><sup>(8)</sup> et une représentation émancipatrice de la femme à laquelle elle est censée se conformer.</p>



<p>Elle montre que les enquêtées vivent différemment le conflit entre ces deux modèles. Leur déchirement varie d’intensité selon leurs conditions de vie et leur statut social.</p>



<p>«<em>Toutes les autres femmes que nous avons enquêtées ont exprimé des aspirations sans trop y croire, comme pour nous faire plaisir, avec un salaire aussi dérisoire que le leur, elles savent que leur mode de vie ne changera pas de sitôt» <sup>(9)</sup>.</em></p>



<p>A une époque encore fortement marquée par la tradition, Naima, féministe avant la lettre, percevait les limites de cette <em>«libération»</em> initiée par le pouvoir, qui ne trouvait qu’un vague écho auprès des femmes marginalisées. Elle nous disait qu’un féminisme authentique ne saurait se limiter à des cercles élitistes et ne pouvait se concevoir qu’en étroite relation avec l’émancipation sociale des femmes défavorisées face au joug de l’oppression.</p>



<p>J’étais alors adolescente, et dans ce mythique appartement de la rue Jamel Abdennacer, elle aimait parler, avec ses mots simples et sa voix pénétrante, de la pensée de Marx, de Gramsci ou encore de Bourdieu. Hechmi, son mari érudit, s’en mêlait parfois et prolongeait les explications. Je n’y comprenais pas grand-chose, mais j’étais fascinée par ces idées qui promettaient de transformer le monde et qui ont nourri depuis, mes rêves de jeunesse.</p>



<p>À mes yeux, Naima incarnait une pensée libre qui doute, interroge et refuse les carcans de la tradition, tout en s’inscrivant dans la dynamique même de la société. Pour elle, le féminisme n’était pas seulement une conviction personnelle, mais un engagement social qu’elle a assumé jusqu’au bout, dans sa façon d’être et de penser. Elle a conservé cet élan de révolte contre l’injustice sociale et a toujours défendu des positions franchement progressistes et anticonformistes.</p>



<p>Ses articles reflétaient bien cette posture de sociologue engagée. Dans <em>Le couple en Tunisie : du discours à la réalité <sup>(10)</sup></em>, comme dans <em>La femme entre le mythe et la réalité</em> <sup>(11)</sup>, elle montre que l’émancipation féminine, souvent présentée comme un acquis principal de la Tunisie indépendante, se déploie dans un champ de tensions où coexistent discours et lois progressistes, résistances sociales et immobilisme.</p>



<p>Mais c’est surtout dans le monde rural que l’écart est le plus prononcé entre le modèle véhiculé par le discours officiel et le vécu des femmes rurales&nbsp;: <em>«Malgré la reconnaissance des droits de la femme sur le plan de la loi,&nbsp; le choix du conjoint est chose nouvelle dans le milieu rural et n’apparait que dans certains cas…C’est au nom de ces mêmes coutumes que la virginité doit être sauvegardée jusqu’à la nuit de noces&nbsp;: l’un des éléments déterminants du mariage. Le mari sera tenu d’exposer aux témoins la preuve de la virginité de sa femme en présentant publiquement la chemise tachée de son épouse&nbsp;: signe de la défloration&#8230;</em>» <sup>(12)</sup></p>



<h2 class="wp-block-heading">La transmission de l’échec à travers les générations</h2>



<p>&nbsp;Dans d’autres articles, Naima développe une analyse sociologique du monde rural tunisien. Les écrits sur le village de Ghar-el-Melh <sup>(13)</sup>, sur les femmes rurales des îles Kerkennah <sup>(14)</sup>, sur les ouvriers agricoles du Nord <sup>(15)</sup> et sur <em>«l’univers éclaté»</em> des paysans du Nord-Ouest constituent des documents précieux témoignant des inégalités régionales et des formes de marginalisation persistantes dans le monde rural. Elle aborde la question de la pauvreté, en mettant en évidence les formes de la reproduction des vulnérabilités économiques et sociales. Son analyse souligne le déficit du progrès économique et social dans ces régions, montrant que le projet de développement et de modernisation prôné par l’état demeure géographiquement et socialement très inégal.</p>



<p>Dans l’article «<em>l’univers éclaté des paysans du Nord- ouest tunisien&nbsp;: la reproduction de l’échec</em>» <sup>(16)</sup>.</p>



<p>Naima s’intéresse à la question de la transmission de l’échec à travers les générations.&nbsp; Dans cette région, qui présentait l’un des taux d’échec scolaire les plus élevés du pays, elle a recueilli des récits poignants, notamment celui d’un ouvrier dont le fils a quitté l’école très tôt. «Il<em> arrivait à mes parents de se priver de manger pour nous acheter à mes frères et moi des bottes en hiver. Je me souviens que lorsqu’il pleuvait fort, je rentrais à la maison, trempé d’eau et tremblant de froid. Je ne rentrais pas à midi à cause de la longue distance que je devais effectuer de l’école à la maison. Je préférais manger du pain sec et du sucre devant la porte de l’école.»</em></p>



<p>Parce qu’elle donne la parole aux femmes rurales -ces invisibles de la société- aux démunis, aux marginaux du système, elle contribue à renouer avec la vocation première de la sociologie en tant qu’approche critique des politiques sociales en vigueur. &nbsp;</p>



<p>Décédée le 19 janvier 2026, Naïma Karoui aimait par-dessus tout lire et écrire. À la clinique, quelques heures avant sa mort, elle avait demandé qu’on lui apporte un roman à lire au chevet. Elle s’est éteinte avant même de pouvoir l’ouvrir.</p>



<p>Son œuvre constitue aujourd’hui un travail de référence pour les chercheurs qui interrogent la question de la femme en rapport avec les dynamiques sociales au cours des années 1970 et 1980. Un travail qui aide à comprendre les articulations entre condition de la femme, développement économique et social, monde rural et recompositions familiales.</p>



<p><em>* Professeur de l&rsquo; enseignement supérieur.</em></p>



<p><strong><em>Notes&nbsp;:</em></strong></p>



<p><em>1) Jean Duvignaud a publié un ouvrage retraçant les étapes de cette enquête intitulée&nbsp;: ‘‘Chebika’’. Suivi de ‘‘Retour à Chebika 1990. Changements dans un village du Sud tunisien’’. Paris, Gallimard 1968. Paris, Plon, 1990, 501 p.&nbsp;&nbsp;</em></p>



<p><em>2)&nbsp; Karoui, N. (1993). </em><em>La femme entre le mythe et la réalité : quête pour une liberté</em><em>. </em><em>RTSS, n° 114, pp. 49-70. (p 60).</em></p>



<p><em>3) Idem p 65.</em></p>



<p><em>4) Idem p 63.</em></p>



<p><em>5) Karoui, N. (1989). Les femmes entre le discours et le vécu : principaux axes de recherche. In Femmes et sociétés : la Tunisie et le Maroc, Annuaire de l’Afrique du Nord, Tome XXVIII. Paris : CNRS, pp. 871-875.</em></p>



<p><em>6)&nbsp; Karoui, N. (1990). </em><em>Image de la femme tunisienne à travers la presse satirique et humoristique des années 1930</em><em>. RTSS, n° 103, pp. 53-79.</em></p>



<p><em>7) la femme entre le mythe et la réalité, op cit, p 50</em>.</p>



<p><em>8)&nbsp; Idem, p 872</em>.</p>



<p><em>9) Karoui, N. (1980). </em><em>Étude sociologique sur les ouvrières agricoles dans la région de Mateur</em><em>. RTSS, n° 63, pp. 92-135. (p131).</em></p>



<p><em>10) Karoui, N. (1989). </em><em>Le couple en Tunisie : du discours à la réalité</em><em>. RTSS, n° 98-99, pp. 59-73.</em></p>



<p><em>11) Femmes entre mythe et réalité, op cit.</em></p>



<p><em>12) Le couple en tunisie&nbsp;: du discours à la réalité, op cit . p68 </em><em><sup></sup></em></p>



<p><em>13) </em><em>&nbsp;Karoui, N. (1973). </em><em>Ghar el-Melh : « Port admirable et village paisible »</em><em>. RTSS, n° 32-35, pp. 201-223.</em></p>



<p><em>14) Karoui, N. (1989). </em><em>Rôles et statuts des femmes rurales : l’exemple des îles Kerkennah</em><em>. RTSS, n° 96-97, pp. 27-66.</em></p>



<p><em>15) Karoui, N. (1989). </em><em>Témoignages d’ouvriers agricoles dans le nord de la Tunisie</em><em>. RTSS, n° 96-97, pp. 67-83.</em></p>



<p><em>16) Karoui, N. (1991). </em><em>L’univers éclaté des paysans du Nord-Ouest tunisien : la reproduction de l’échec</em><em>. RTSS, n° 104-105, pp. 69-108.</em></p>



<h1 class="wp-block-heading">&nbsp;</h1>



<h1 class="wp-block-heading">&nbsp;<strong>Bibliographie&nbsp;:</strong></h1>



<h3 class="wp-block-heading">1965</h3>



<p>Karoui, N. (1965). <em>Attitudes des jeunes parents tunisois de 20 à 30 ans devant le mariage mixte</em>. Revue Tunisienne des Sciences Sociales (RTSS), n° 3, p. 45.</p>



<h3 class="wp-block-heading">1973</h3>



<p>Karoui, N. (1973). <em>Ghar el-Melh : « Port admirable et village paisible »</em>. RTSS, n° 32-35, pp. 201-223.</p>



<h3 class="wp-block-heading">1975</h3>



<p>Karoui, N. (1975). <em>L’idéologie de l’émancipation de la femme</em> (en arabe). Al-Fikr, n° 3, décembre.</p>



<h3 class="wp-block-heading">1976</h3>



<p>Karoui, N. (1976). <em>Changement social et condition de la femme en Tunisie</em>.<br>Thèse de doctorat en sociologie, EHESS, Paris, sous la direction d’Alain Touraine.</p>



<p>Karoui, N. (1976). <em>Famille et travail : les ouvrières de Menzel Bourguiba</em>. RTSS, n° 45, pp. 75-98.</p>



<p>Karoui, N. (1976). <em>La notion d’émancipation de la femme à travers la presse : ébauche d’une analyse de contenu</em>. RTSS, n° 47, pp. 93-124.<br>(N.B. Reformulation harmonisée du titre mentionné dans la première liste.)</p>



<h3 class="wp-block-heading">1980</h3>



<p>Karoui, N. (1980). <em>Étude sociologique sur les ouvrières agricoles dans la région de Mateur</em>. RTSS, n° 63, pp. 92-135.</p>



<h3 class="wp-block-heading">1983</h3>



<p>Karoui, N. (1983). <em>La femme tunisienne et le phénomène du « bureau » : étude sociologique des attitudes et conduites des jeunes femmes dans l’administration des P.T.T.</em> RTSS, n° 70-71, pp. 75-109.</p>



<h3 class="wp-block-heading">1989</h3>



<p>Karoui, N. (1989). <em>Rôles et statuts des femmes rurales : l’exemple des îles Kerkennah</em>. RTSS, n° 96-97, pp. 27-66.</p>



<p>Karoui, N. (1989). <em>Témoignages d’ouvriers agricoles dans le nord de la Tunisie</em>. RTSS, n° 96-97, pp. 67-83.</p>



<p>Karoui, N. (1989). <em>Le couple en Tunisie : du discours à la réalité</em>. RTSS, n° 98-99, pp. 59-73.</p>



<p>Karoui, N. (1989). <em>Les femmes entre le discours et le vécu : principaux axes de recherche</em>.<br>In <em>Femmes et sociétés : la Tunisie et le Maroc</em>, Annuaire de l’Afrique du Nord, Tome XXVIII. Paris : CNRS, pp. 871-875.</p>



<p>Karoui, N. (1989). <em>Les femmes dans le domaine agricole dans la Tunisie coloniale</em>. RTSS, n° 98-99, pp. 129-??? (pagination à vérifier).</p>



<h3 class="wp-block-heading">1990</h3>



<p>Karoui, N. (1990). <em>Image de la femme tunisienne à travers la presse satirique et humoristique des années 1930</em>. RTSS, n° 103, pp. 53-79.</p>



<h3 class="wp-block-heading">1991</h3>



<p>Karoui, N. (1991). <em>L’univers éclaté des paysans du Nord-Ouest tunisien : la reproduction de l’échec</em>. RTSS, n° 104-105, pp. 69-108.</p>



<h3 class="wp-block-heading">1993</h3>



<p>Karoui, N. (1993). <em>La femme entre le mythe et la réalité : quête pour une liberté</em>. RTSS, n° 114, pp. 49-70.</p>
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		<title>Historiographie : Retour sur le 14 janvier 2011</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/01/27/historiographie-retour-sur-le-14-janvier-2011/</link>
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		<pubDate>Sat, 27 Jan 2024 08:11:35 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[14 janvier 2011]]></category>
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		<category><![CDATA[Raja Fenniche]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment restituer les péripéties des 77 jours cruciaux de la révolution tunisienne ?</p>
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<p><strong><em>&nbsp;A propos du livre de Jean-Marc Salmon sur l’insurrection populaire &nbsp;tunisienne (1). Traduit à l’arabe par Fethi Ben Hadj Yahia aux éditions Dar Mohamed Ali Hammi, 2023, ce livre essaye de restituer les péripéties des 77 jours cruciaux dans l’histoire récente de la Tunisie qui se sont succédé à une vitesse déconcertante, changeant irréversiblement le visage du pays.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Raja Fenniche</strong></p>



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<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/01/Raja-Fenniche.jpg" alt="" class="wp-image-11421851" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/01/Raja-Fenniche.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/01/Raja-Fenniche-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/01/Raja-Fenniche-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
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<p>A la manière d’un tisserand, l’auteur rassemble et croise les filaments qui composent l’étoffe du récit. Récit construit en mailles fines tel un treillis de lattes entrelacées, fait de mots et de silences, de dits et de non-dits, d’angles de vue qui se heurtent parfois et qui s’interpénètrent souvent. Récit émaillé de télescopages de souvenirs et de narrations d’acteurs et de témoins de différents bords.</p>



<p>Cet ouvrage socio-historique est important tout autant par ce qui est tu que par ce qui est révélé, par ce qu’il dévoile que par ce qu’il occulte. Il n’a pas la prétention de reconstituer la <em>«réalité des faits»</em> mais de reproduire des récits vécus, racontés, imaginés parfois, qui se confrontent, se renient, s’imbriquent ou se complètent.</p>



<p>Le livre se veut non achevé, parce que <em>«la vérité»</em> sur ces événements ne peut jamais être restituée dans son intégralité. De nombreuses zones d’ombre persistent et de nouveaux témoignages peuvent s’y ajouter pour dévoiler d’autres faits ignorés, élargissant ainsi le champ des interprétations possibles de ces événements. Aussi, pouvons-nous dire, à la suite de Paul Ricoeur (2), que la construction du récit s’articule autour de <em>«l’événement charnière»</em> et non de l’événement de clôture, car l’historien essaye de donner sens à sa narration, sans en connaitre la suite.</p>



<p>En effet, ce que nous livre J. M. Salmon est un<em> «récit non clôturé»</em> car ouvert à tous les possibles. Que s’est-il passé à partir du 78e jour du soulèvement ? Dans quel sens ont évolué les événements depuis? Qu’en est-il aujourd’hui? Pas de dénouement, pas d’événement final, autour duquel s’est construit le texte.</p>



<p>Tout au long du livre, l’auteur s’évertue à créer des liens entre ces fragments de récits, en donnant sens aux informations qu’il a collectées, les replaçant tantôt dans leur contexte spatial, tantôt dans leur ordre de succession temporelle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Réflexion sur l’historiographie de la révolution </h2>



<p>Le mérite de ce livre est aussi d’amorcer une réflexion autour de l’historiographie de la révolution et de révéler le caractère inédit de ce mouvement social d’un nouveau type. Il <em>«situe les usages des technologies digitales dans la dynamique d’un soulèvement»</em> et redonne toute son importance au rôle joué par les cyber-activistes et les bloggeurs dans la reconfiguration du paysage politique et dans le déclenchement d’actions de protestation inédites.</p>



<p>Au-delà de cet aspect, déjà évoqué dans les écrits publiés sur la <em>«Révolution»</em>, ce livre traite, en filigrane, des changements qu’induit le numérique sur la façon de construire notre mémoire et ce, en rapport avec la question des sources. Si l’histoire du temps présent, est considérée comme une histoire sans sources archivistiques, entendu dans le sens classique du terme; l’auteur nous conforte dans l’idée que d’autres sources deviennent incontournables. Aussi, pour pallier l’indigence des sources écrites (3) , J.-M. Salmon redonne toute l’importance qu’ils requièrent aux témoignages oraux. Pour ce faire, il entreprend une centaine d’entretiens avec les principaux acteurs politiques, bloggeurs (4), hommes forts du pouvoir (5), avocats et syndicalistes (6).</p>



<p>Cette démarche s’inscrit dans une tradition déjà relativement ancrée chez les historiens tunisiens <em>«c’est depuis les années 1980</em>, nous dit Kmar Bendana,<em> que la recherche historique en Tunisie commence à s’ouvrir sur le témoignage et sur les sources orales avec un souci marqué envers le patrimoine et la mémoire»</em> (7). Mais ce qui constitue l’originalité de cet ouvrage, c’est qu’il prend appui sur des sources audiovisuelles inédites. Il s’agit de vidéos en ligne recueillies sur les blogs des activistes (surtout Slim Amamou, Amira Yahyaoui, Aziz Amami et Lina Ben Mhenni) ou encore mis en ligne par Tunileaks, wikiwix, Nawaat et Amnesty international. Il a aussi puisé ses sources du fonds numérique de la révolution tunisienne déposé aux Archives nationales de Tunisie. Ce fonds a été collecté et traité grâce aux efforts conjugués des institutions et associations qui ont initié, en tant que collectif, le projet de numérisation des archives audiovisuelles de la révolution (8).</p>



<p><em>«Près d’un millier de photos et 800 vidéos, dont une cinquantaine d’inédites, ont été collectées à travers le pays et ont été remises aux Archives nationales»</em> (9) Certes, les contenus numériques circulant sur le web sont le témoignage de pans entiers de notre histoire et participent au caractère inédit de l’expérience politique et sociale de la Tunisie. Or ces vidéos et photos partagés sur le web ou conservés chez des particuliers ont un caractère éphémère et sont, remarque à juste titre Jean Marc Salmon, sérieusement menacées de disparition. La fragilité des documents natifs numériques (enregistrement sonore, photo, vidéo…) pose une problématique d’un nouveau type : comment la technique influence-t-elle notre façon de construire notre mémoire? Quels bouleversements induit le numérique sur la préservation des contenus audiovisuels dans un environnement caractérisé par la volatilité de l’information? Le contenu numérique, pensé dans une visée de conservation, doit faire face, comme le dit le professeur Bruno Bachimont (10) aux ravages du temps et incite à repenser nos méthodes d’archiver, de rendre pérenne et accessibles nos ressources informationnelles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ecrire l’histoire du temps présent</h2>



<p>Face à ce problème de la déperdition de l’information, la Tunisie accuse un retard important dans le traitement et la conservation des archives numériques à cause de l’absence d’une stratégie nationale de préservation du web tunisien, y compris gouvernemental (11). Force est de remarquer, que malgré cela, l’effort de reconstitution des faits, qu’entreprend de faire J.-M. Salmon, se base sur un travail très documenté qui essaye de lever le voile et de restituer les faits dans leurs moindres détails. Mais écrire l’histoire sans textes a été une gageure, je dirai même une entreprise quelque peu hasardeuse, truffée de difficultés. La collecte des vidéos disséminées à travers le pays a été des plus ardus. Elle a été réalisée grâce aux efforts des étudiants de l’Institut supérieur de documentation qui se sont déplacés dans plusieurs régions pour contacter les auteurs des documents initiaux, les mettre en confiance et les convaincre de communiquer leurs vidéos, souvent stockées sur leurs téléphones. </p>



<p>En effet, le collectif auquel a pris part l’auteur, s’est confronté, en traitant ces documents numériques, à plusieurs problèmes méthodologiques nouveaux : Quels procédés de collecte, de tri, de validation, d’authentification, de description, d’indexation doivent être utilisés pour créer un fonds d’archives qui serait une source fiable? Comment capter et conserver les archives sur le web, notamment sur les réseaux sociaux?</p>



<p>L’histoire du temps présent, nous dit Fethi Lissir, est <em>«une histoire qui s’écrit sous haute surveillance»</em>. Elle s’élabore <em>«sous le contrôle des acteurs sociaux»</em> (12) qui ont pris part aux événements relatés et dont certains ont livré leurs témoignages.</p>



<p>Si au niveau des archives écrites, le processus d’identification de la source et de traitement du contenu est ancré dans une longue tradition archivistique, il n’en n’est rien pour les documents audiovisuels mis en ligne sur le web. Comment identifier l’auteur des documents, peut-on le considérer comme acteur ou témoin des événements qu’il filme?</p>



<p>En effet, à l’heure des mouvements sociaux d’un nouveau type, les rôles s’entremêlent. D’emblée, la catégorisation classique (acteur, témoin, informateur) a été questionnée et il a fallu parfois essayer, au niveau du collectif, de reconstituer la chaine des acteurs, instigateurs, témoins et émetteurs des documents audiovisuels pour saisir le fil des événements et identifier les auteurs.</p>



<p>De surcroît, l’analyse des vidéos doit tenir compte des motivations et des intentions de leurs auteurs. Il est évident qu’on ne filme que ce qui nous trouble, ce à quoi nous sommes sensibles ou nous semble important à mémoriser. En effet, l’auteur du document audiovisuel met en avant, en fonction du déplacement de l’objectif à focale variable, certains détails plutôt que d’autres. Ces vidéos nous renseignent autant sur la sensibilité de l’auteur, son rapport émotionnel aux scènes qu’il choisit de capter ou aux personnes qu’il filme que sur les événements eux-mêmes.</p>



<p>De surcroit, nous ne devons pas perdre de vue l’intrication qui existe entre la mémoire personnelle et la mémoire collective (du groupe d’amis ou de la famille) non pas uniquement au niveau du rappel des souvenirs, de la restitution des faits, mais aussi au niveau de leur encodage et de leur préservation. Car la mémoire collective agit comme la mémoire personnelle, elle est faite de souvenirs écrans, de distorsions du réel, d’amplification ou d’occultation de certains faits. C’est pour cela, nous rappelle Philippe Joutard (13), qu’il est aussi important de s’intéresser à ce que dit la mémoire qu’à ce qu’elle ne dit pas. Ainsi, ces silences de la mémoire reflètent en amont les biais du travail de collecte et de sauvegarde des archives numériques qui ont servi à l’élaboration de cet ouvrage : Sur quelle base a-t-on recueilli et préservé ces documents, à partir de quels critères d’élagage? Quelles sont les questions éthiques et déontologiques soulevées par leur sauvegarde ou leur oblitération?</p>



<p>La reconstitution de la trame de ces 77 jours s’est aussi basée sur le travail de mémoire du Témoin que ce soit <em>«les grands témoins»</em> ou les <em>«petits témoins»</em> qui ont joué, par le truchement de leurs paroles ou des documents audiovisuels qu’ils ont livrés, un rôle clé. Cette reconstitution des faits a été quelque peu déterminée par le rôle, le profil social et psychologique du témoin dans un lieu et temps donné. C’est pour cela que le témoin devient lui-même, dit Fethi Lissir, <em>«un objet d’histoire»</em> (14).</p>



<p>Les bloggeurs ou les cyber-activistes, ces témoins incontournables du mouvement social, sont aussi, comme le démontre l’ouvrage, les initiateurs principaux du soulèvement. C’est grâce à leur célérité, à leur ténacité dans le partage des images et des vidéos – malgré les risques qu’ils encouraient – &nbsp;qu’ils ont réussi à propulser les événements et à leur donner cette ampleur.</p>



<p>L’auteur met en exergue dans ce livre, l’irruption de l’imprévu, de la charge émotionnelle et du sensible dans l’historiographie du mouvement social, ce qui nous conforte dans la nécessité de repenser les méthodes et les outils du travail mémoriel qui outrepassent désormais la rationalisation des sources écrites.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le présent dans son immédiateté et sa fugacité</h2>



<p>A l’instar des autres soulèvements qui se sont produits au 21<sup>e</sup> siècle à travers le monde, le mouvement social tunisien a été marqué par le support numérique. D’abord au niveau du dédoublement de notre espace, tant privé que public, dans les sphères du réel et du virtuel. Les nombreuses intrications entre ces différents espaces, ayant chacun son propre mode de fonctionnement, ont généré des expressions inédites et de nouvelles formes de protestation (15). Elles sont à l’origine d’une nouvelle configuration faite d’une myriade de liens imbriqués entre l’individuel et le collectif, le privé et le public, le réel et le virtuel.</p>



<p>Deuxièmement, ce livre prouve encore une fois que le numérique a agi comme un accélérateur des bouleversements sociaux. L’évolution des moyens de communication à travers l’histoire, nous le savons, a souvent été un catalyseur des changements sociaux. Ceci nous place d’emblée dans l’immédiateté ou encore, dit François Hartog dans le présentisme politique: (16) Temporalités éphémères qui ne s’inscrivent pas dans une continuité linéaire. Elles créent justement une césure entre le temps de la politique conçue comme action dans la durée qui nécessite le débat et la projection dans l’avenir (programme politique, promesses électorales, débat parlementaire, concertations entre partis…) et entre le temps virtuel saisi dans son immédiateté et sa fugacité.</p>



<p>Le temps long des décisions politiques et de leur mise en exécution est comme incompatible avec la vitesse des interactions sur le web; ce qui rend ces politiques de plus en plus obsolètes par rapport aux attentes des citoyens et aux urgences sociales. L’accélération des mouvements de contestation dans une succession rapide de rebondissements et de péripéties ne laisse pas la place à la réflexion et au débat qui ne peuvent se déployer que dans le temps long. C’est ce qui explique, en partie, les déboires d’une démocratie trébuchante qui n’arrive pas à se construire autour d’un vrai espace public – dans l’acception d’Habermas – un espace de délibération et de médiation basé sur l’exercice du débat et de la liberté de penser. **</p>



<p><em>* Historienne, Université de La Manouba.</em></p>



<p><em>** Les intertitres sont de la rédaction.</em></p>



<p><em><strong>Notes&nbsp;:</strong></em></p>



<p><em>1 &#8211; Ce texte reprend la postface que j’ai rédigée publiée en arabe dans le livre (traduite par Fathi bel Hadj Yahia).</em></p>



<p><em>2 &#8211; Paul Ricoeur, La mémoire, l&rsquo;histoire, l&rsquo;oubli, Collection : L&rsquo;Ordre philosophique; Paris, Le Seuil, 2014 Cairn.info https://www.cairn.info/la-memoire-l-histoire-l-oubli&#8211;9782020349178…, consulté en mai 2023.</em></p>



<p><em>3 &#8211; Les sources écrites se réduisent principalement aux quotidiens ou revues suivantes : Le monde, Jeune Afrique, Nouvel Observateur qui reprennent en grande partie des témoignages oraux ou les photos et les vidéos qui circulent sur le web.</em></p>



<p><em>4 &#8211; Slimane Rouissi, Aziz et Slim Amamou, Lina Ben Mhenni etc.</em></p>



<p><em>5 &#8211; Mohamed Ghannouchi, Foued Mebazaa, Ali Seriati, Mohamed Jegham, Kamel Morjane, colonel Sik Salem, Ali Laaraedh.</em></p>



<p><em>6 &#8211; Abderrazak Kilani, Abderrazek Laouini, Abdessalem Jerad, Sami Tahri, Yadh Ben achour.</em></p>



<p><em>7 &#8211; Kmar Ben Dana, Parler en historienne après 2011. La Manouba, Presses Universitaires de la Manouba, série Recherche, 2017, p119.</em></p>



<p><em>8 &#8211; Un travail important de collecte, de traitement et de référencement des images et vidéos de la Révolution tunisienne sur le web. Travail qui a duré 4 années (de 2016 à 2020) et réalisé grâce à un collectif (4 institutions : les Archives nationales, l’Institut supérieur de documentation, l’Institut supérieur de l’Histoire de la Tunisie contemporaine et la Bibliothèque nationale ainsi que plusieurs associations de la société civile). Il a fait l’objet d’une belle exposition inaugurée par le président Béji Caid Essebsi le 14 janvier 2019 au Musée national du Bardo (Instant 14). &nbsp;</em></p>



<p><em>9 &#8211; Journal Le Monde, Frédéric Bobin, A Tunis, la première «révolution Facebook» entre aux Archives nationales https://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/03/14/en-tunisie-la-premiere-revolution-facebook-entre-auxarchives-nationales_5094323_3212.html; consulté en juin 2013.</em></p>



<p><em>10 &#8211; Bruno Bachimont, philosophe et informaticien français https://www.persee.fr/authority/195287, consulté en juin 2023.</em></p>



<p><em>11- Se référer aux travaux du Colloque international sur les archives audiovisuelles à l’ère numérique : préservation, accessibilité et gouvernance, 27 et 28 octobre 2022, tenu à Tunis à la Bibliothèque nationale et aux Archives nationales.</em></p>



<p><em>12- Fathi Lissir, Histoire du temps présent : quand l’historien frappe à la porte du présent. Sfax, Dar Mohamed Ali Hammi , 2012, p 44 (en arabe).</em></p>



<p><em>13- Philippe Joutard, OpenEdition Journals.https://journals.openedition.org/lectures/11949, consulté en avril 2023</em></p>



<p><em>14- Fethi Lissir, idem, p 83.</em></p>



<p><em>15 &#8211; Raja Fenniche «Réseaux sociaux, espace public et expressions sémiotiques», Dans les mailles du filet: Révolution tunisienne et web 2.0. Tunis, Presses universitaires de la Manouba, 2013.</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/01/27/historiographie-retour-sur-le-14-janvier-2011/">Historiographie : Retour sur le 14 janvier 2011</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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