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	<title>Archives des Zouhaïr Ben Amor - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Zouhaïr Ben Amor - Kapitalis</title>
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		<title>L’agriculture tunisienne face au défi des petites exploitations</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Mar 2026 07:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Agriculture]]></category>
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		<category><![CDATA[irrigation]]></category>
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		<category><![CDATA[stress hydrique]]></category>
		<category><![CDATA[Zouhaïr Ben Amor]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’agriculture tunisienne doit capitaliser sur les atouts des petites structures : flexibilité, adaptation, qualité et valorisation.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/29/lagriculture-tunisienne-face-au-defi-des-petites-exploitations/">L’agriculture tunisienne face au défi des petites exploitations</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em><strong>La Tunisie, pays méditerranéen où l’agriculture représente un pilier économique et social majeur, fait face à un défi structurel de taille : la fragmentation de ses terres agricoles. Avec une superficie moyenne par exploitation tournant autour de 10 hectares, et une majorité de petites exploitations de moins de 5 hectares, le secteur agricole tunisien doit réinventer ses modèles de production pour rester compétitif, durable et résilient. Cette réalité, loin d’être une fatalité, peut devenir une opportunité si elle est abordée avec innovation et pragmatisme.</strong></em></p>



<p><strong>Zouhaïr Ben Amor *</strong></p>



<span id="more-18531312"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg" alt="" class="wp-image-17518909" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Face au changement climatique, à la raréfaction de l’eau et aux exigences croissantes des marchés, l’agriculture tunisienne doit opérer une transformation profonde. Cette évolution ne peut se faire en imitant les modèles intensifs de grande échelle, mais en capitalisant sur les atouts des petites structures : flexibilité, adaptation rapide, qualité et valorisation des spécificités locales.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’agriculture de précision : optimiser chaque mètre carré</h2>



<p>L’une des réponses les plus prometteuses aux contraintes des petites surfaces réside dans l’agriculture de précision. Cette approche, rendue accessible grâce aux technologies numériques, permet d’optimiser l’utilisation des intrants, de l’eau et du travail sur des parcelles même réduites. L’utilisation de capteurs d’humidité du sol, de stations météorologiques connectées et d’applications mobiles permet aux agriculteurs de prendre des décisions éclairées en temps réel.</p>



<p>L’irrigation goutte-à-goutte, déjà répandue dans certaines régions tunisiennes, peut être couplée à des systèmes automatisés qui ajustent l’apport en eau selon les besoins réels des cultures. Cette technologie, particulièrement adaptée aux climats arides et semi-arides comme celui de la Tunisie, permet d’économiser jusqu’à 50% d’eau par rapport aux méthodes traditionnelles tout en augmentant les rendements. Pour les petits agriculteurs, cela signifie une productivité accrue sans expansion territoriale.</p>



<p>Les drones agricoles, autrefois réservés aux grandes exploitations, deviennent progressivement accessibles aux petits producteurs via des services mutualisés. Ces outils permettent de cartographier les parcelles, d’identifier les zones de stress hydrique ou les foyers de maladies, et d’appliquer les traitements de manière ciblée. Cette précision réduit les coûts, limite l’impact environnemental et améliore la rentabilité des petites surfaces.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La diversification et l’intensification écologique</h2>



<p>Sur de petites exploitations, la monoculture présente des risques économiques et agronomiques majeurs. La diversification des cultures constitue une stratégie essentielle pour stabiliser les revenus, enrichir les sols et limiter les risques liés aux fluctuations des marchés ou aux aléas climatiques. Les systèmes agroforestiers, associant arbres fruitiers et cultures annuelles, représentent une option particulièrement adaptée au contexte tunisien.</p>



<p>L’olivier, culture emblématique de la Tunisie, peut être associé à des légumineuses, des céréales ou des plantes aromatiques. Cette polyculture permet non seulement de multiplier les sources de revenus, mais aussi d’améliorer la fertilité des sols grâce aux légumineuses qui fixent l’azote atmosphérique.</p>



<p>Les cultures intercalaires créent également des microclimats favorables et réduisent l’évaporation de l’eau, un atout majeur dans les zones arides.</p>



<p>Le maraîchage intensif biologique représente une autre voie d’avenir. Sur des surfaces réduites, il est possible de produire une grande variété de légumes à haute valeur ajoutée en adoptant des techniques comme les cultures sur buttes, le paillage, le compostage et la rotation rapide des cultures. Ces pratiques, inspirées de la permaculture et de l’agroécologie, permettent d’obtenir des rendements élevés tout en régénérant les sols et en limitant la dépendance aux intrants chimiques.</p>



<p>L’élevage intégré à petite échelle, qu’il s’agisse de volailles, d’ovins ou de caprins, peut compléter les revenus agricoles tout en fournissant du fumier de qualité pour fertiliser les cultures. Ce modèle circulaire, où les déchets d’une activité deviennent ressources pour une autre, maximise l’efficacité de chaque hectare exploité.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La valorisation et la commercialisation directe</h2>



<p>Pour qu’une petite exploitation soit viable économiquement, il ne suffit pas de produire efficacement : il faut aussi capter une plus grande part de la valeur créée.</p>



<p>La transformation à la ferme et la vente directe permettent aux agriculteurs de s’affranchir des intermédiaires et d’augmenter significativement leurs marges.</p>



<p>La production d’huile d’olive premium, de confitures artisanales, de fromages fermiers ou de produits séchés représente autant d’opportunités de valorisation.</p>



<p>Les circuits courts, via les marchés de producteurs, les paniers hebdomadaires ou les plateformes de vente en ligne, connaissent un essor en Tunisie, particulièrement dans les zones périurbaines.</p>



<p>Ces canaux permettent aux consommateurs d’accéder à des produits frais et de qualité tout en garantissant aux producteurs une rémunération équitable. Les labels de qualité, qu’ils soient biologiques, équitables ou d’appellation d’origine, constituent des leviers de différenciation et de valorisation.</p>



<p>L’agritourisme représente une autre source de diversification des revenus. Les petites exploitations, souvent situées dans des cadres naturels préservés, peuvent accueillir des visiteurs pour des activités de découverte, des dégustations, voire des séjours à la ferme. Cette activité, qui combine agriculture et tourisme, génère des revenus complémentaires tout en valorisant le patrimoine rural et en sensibilisant le public aux réalités agricoles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’organisation collective et la mutualisation</h2>



<p>Les petites exploitations, prises isolément, souffrent d’un manque de pouvoir de négociation face aux fournisseurs et aux acheteurs, ainsi que de difficultés à accéder aux équipements coûteux. L’organisation collective, sous forme de coopératives, de groupements d’intérêt économique ou d’associations, constitue une réponse structurelle à ces défis.</p>



<p>La mutualisation des équipements agricoles permet de réduire les coûts d’investissement et d’exploitation. L’achat groupé de tracteurs, de matériel d’irrigation, de chambres froides ou d’unités de transformation devient accessible lorsque plusieurs agriculteurs s’associent. Les Coopératives d’utilisation de matériel agricole (Cuma), déjà présentes en Tunisie, méritent d’être développées et modernisées.</p>



<p>L’achat groupé d’intrants (semences, engrais, aliments pour animaux) permet d’obtenir des prix plus avantageux et de négocier des conditions de paiement adaptées. De même, la commercialisation collective, via des centrales d’achat ou des plateformes communes, renforce le pouvoir de négociation des producteurs et assure des débouchés stables.</p>



<p>Les organisations de producteurs jouent également un rôle crucial dans le transfert de connaissances et l’innovation. Les formations collectives, les démonstrations de techniques agricoles et les échanges d’expériences entre pairs accélèrent l’adoption de pratiques performantes. Les réseaux d’agriculteurs, qu’ils soient physiques ou digitaux, constituent des espaces d’apprentissage mutuel et de soutien.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La gestion durable de l’eau et des sols</h2>



<p>L’eau constitue la ressource la plus critique pour l’agriculture tunisienne. Face au stress hydrique croissant, les petites exploitations doivent adopter une gestion rigoureuse de cette ressource précieuse. Au-delà de l’irrigation goutte-à-goutte, des techniques comme la récupération des eaux de pluie, l’utilisation d’eaux usées traitées et la sélection de variétés résistantes à la sécheresse s’imposent.</p>



<p>Les bassins de rétention, les citernes et les systèmes de drainage permettent de stocker l’eau pendant les périodes pluvieuses pour l’utiliser durant les mois secs. Ces infrastructures, dimensionnées à l’échelle de petites exploitations, peuvent être soutenues par des programmes d’aide publique ou des financements solidaires.</p>



<p>La santé des sols conditionne la productivité à long terme. L’agriculture de conservation, qui limite le travail du sol, maintient une couverture végétale permanente et privilégie les rotations de cultures, permet de préserver et d’améliorer la fertilité des terres. Ces pratiques réduisent l’érosion, augmentent la matière organique et améliorent la capacité de rétention en eau des sols, autant d’avantages cruciaux pour les exploitations de petite taille.</p>



<p>Le compostage, qu’il soit réalisé à partir de déchets végétaux, de fumiers ou de biodéchets, constitue une source d’engrais organique gratuite et de qualité. Cette pratique, accessible à tous les agriculteurs quelle que soit la taille de leur exploitation, contribue à fermer les cycles de nutriments et à réduire la dépendance aux engrais chimiques importés.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’accompagnement institutionnel et le financement</h2>



<p>L’évolution de l’agriculture tunisienne vers des modèles adaptés aux petites exploitations nécessite un soutien institutionnel fort. Les politiques publiques doivent reconnaître la spécificité de ces structures et adapter les dispositifs d’aide en conséquence. Les subventions à l’investissement, les aides à la conversion vers l’agriculture biologique et les programmes de formation doivent être rendus accessibles aux petits producteurs.</p>



<p>L’accès au financement représente un enjeu majeur. Les institutions financières traditionnelles hésitent souvent à prêter aux petits agriculteurs, considérés comme risqués. Le développement de la microfinance agricole, des systèmes de garantie mutuelle et des fonds de crédit solidaire peut débloquer cette situation. Les plateformes de financement participatif constituent également une alternative intéressante pour financer des projets innovants.</p>



<p>La vulgarisation agricole et le conseil technique doivent être renforcés et adaptés aux réalités des petites exploitations. Les centres de formation, les fermes-écoles et les programmes de tutorat permettent de transférer les connaissances et les bonnes pratiques. L’utilisation des technologies numériques (applications mobiles, vidéos tutorielles, forums en ligne) démocratise l’accès à l’information et au savoir agricole.</p>



<p>La recherche agronomique doit également orienter ses travaux vers les problématiques spécifiques des petites exploitations : variétés adaptées aux conditions locales, techniques culturales économes en intrants, systèmes de culture diversifiés et résilients. Les partenariats entre instituts de recherche, organisations de producteurs et agriculteurs-innovateurs peuvent accélérer le développement et la diffusion de solutions adaptées.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’innovation et les nouvelles opportunités</h2>



<p>L’agriculture urbaine et périurbaine connaît un développement rapide en Tunisie, notamment autour des grandes villes comme Tunis, Sfax ou Sousse. Sur de très petites surfaces, il est possible de produire des légumes, des herbes aromatiques ou même de pratiquer l’aquaponie (culture de végétaux associée à l’élevage de poissons). Ces systèmes intensifs et innovants répondent à la demande croissante de produits frais locaux et créent des emplois en zone urbaine.</p>



<p>La culture sous serre, qu’elle soit chauffée ou non, permet de prolonger les saisons de production et de cultiver des espèces exigeantes même sur de petites surfaces. Les serres modernes, équipées de systèmes de contrôle climatique et d’irrigation automatisée, offrent des rendements élevés et une production de qualité constante. L’investissement initial peut être amorti grâce aux prix premium obtenus pour des produits hors-saison.</p>



<p>Les plantes aromatiques et médicinales représentent un créneau à haute valeur ajoutée particulièrement adapté aux petites surfaces. La Tunisie dispose d’un patrimoine végétal riche (thym, romarin, verveine, géranium) et d’un savoir-faire reconnu dans la distillation d’huiles essentielles. La production biologique certifiée de ces plantes répond à une demande internationale croissante et génère des revenus substantiels par unité de surface.</p>



<p>L’apiculture constitue une activité complémentaire idéale pour les petites exploitations. Elle nécessite peu d’espace, s’intègre parfaitement aux cultures fruitières et aromatiques, et produit des revenus intéressants. Le miel tunisien, notamment les miels monofloraux d’eucalyptus, d’oranger ou de thym, bénéficie d’une excellente réputation et peut être valorisé sur des marchés de niche.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vers une agriculture tunisienne résiliente et prospère</h2>



<p>L’évolution de l’agriculture tunisienne face au défi des petites exploitations ne passe pas par l’imitation des modèles industriels à grande échelle, mais par l’innovation, la diversification et la valorisation des atouts locaux. Les technologies numériques, l’agroécologie, l’organisation collective et la transformation à la ferme offrent des leviers puissants pour améliorer la productivité, la rentabilité et la durabilité des petites structures agricoles.</p>



<p>Cette transformation nécessite cependant un engagement collectif. Les agriculteurs doivent être accompagnés dans leur transition par des politiques publiques adaptées, un accès facilité au financement et au conseil technique, et des infrastructures rurales modernisées. La recherche agronomique, la formation et la vulgarisation jouent un rôle central dans la diffusion des innovations.</p>



<p>Les petites exploitations tunisiennes, loin d’être un handicap, peuvent devenir le fer de lance d’une agriculture de qualité, respectueuse de l’environnement et ancrée dans les territoires. En combinant savoir-faire traditionnel et innovations technologiques, en privilégiant la qualité sur la quantité et en renforçant les liens entre producteurs et consommateurs, l’agriculture tunisienne peut construire un modèle de développement original, résilient et porteur d’avenir.</p>



<p>Face aux défis du changement climatique, de la sécurité alimentaire et du développement rural, les petites exploitations tunisiennes disposent de nombreux atouts : flexibilité, capacité d’adaptation, proximité avec les écosystèmes locaux et potentiel d’innovation. L’enjeu est maintenant de mobiliser ces atouts, de lever les obstacles structurels et de créer un environnement favorable à l’épanouissement d’une agriculture à taille humaine, performante et durable.</p>



<p><em>* Universitaire.</em></p>
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		<item>
		<title>Autoritarisme, islamisme et absence de la gauche dans les sociétés arabes</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/05/autoritarisme-islamisme-et-absence-de-la-gauche-dans-les-societes-arabes/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Mar 2026 09:33:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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		<category><![CDATA[Zouhaïr Ben Amor]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les partis de gauche dans le monde arabe muselés au nom de la stabilité, de la sécurité nationale ou de la lutte contre l’extrémisme. </p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Dans de nombreux pays arabes, le pouvoir politique s’est longtemps présenté comme «au-dessus des idéologies». Au nom de la stabilité, de la sécurité nationale ou de la lutte contre l’extrémisme, les régimes autoritaires ont systématiquement neutralisé, interdit ou affaibli les forces idéologiques organisées : partis de gauche, mouvements syndicaux autonomes, courants libéraux structurés. Cette stratégie, présentée comme pragmatique, repose sur une illusion majeure : l’idée qu’une société peut fonctionner sans idéologie.</em></strong> <em>(Photo : Manifestation pro-Saïed, le 17 décembre 2025 à Tunis). </em></p>



<p><strong>Zouhaïr Ben Amor *</strong></p>



<span id="more-18438796"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg" alt="" class="wp-image-17518909" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>L’histoire politique montre que lorsqu’on exclut toutes les idéologies explicites, on ne supprime pas l’idéologie ; on en impose une autre, implicite, souvent religieuse.</p>



<p>Dans les sociétés où la religion structure déjà les imaginaires collectifs, cette idéologie par défaut prend presque mécaniquement la forme de l’islam politique. L’exemple tunisien est à cet égard paradigmatique : après vingt-trois années de neutralisation méthodique de la gauche et de toute vie idéologique autonome sous Zine El-Abidine Ben Ali, la révolution de 2011 a vu l’émergence fulgurante d’Ennahdha, devenue la force politique dominante.</p>



<p>Cet article défend l’idée que la gauche – entendue comme tradition critique, sociale et rationaliste – constitue le seul contrepoids capable de modérer le dogmatisme religieux dans les sociétés arabes, non par la répression, mais par la production de sens, de justice sociale et de citoyenneté.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’impossibilité d’une société sans idéologie</h2>



<p>Louis Althusser rappelait que l’idéologie n’est pas un simple ensemble d’idées, mais une structure qui organise le rapport des individus à leur réalité sociale (Althusser, <em>Idéologie et appareils idéologiques d’État</em>, 1970). À ce titre, aucune société humaine ne peut s’en passer. La question n’est donc pas de savoir s’il y aura une idéologie, mais laquelle.</p>



<p>Dans les sociétés arabes, la religion joue historiquement un rôle structurant : elle organise le temps, les normes sociales, les rituels et une partie de la morale collective. Lorsque l’État interdit les idéologies politiques modernes – socialisme, libéralisme, nationalisme critique –, il ne fait que laisser la religion occuper l’espace idéologique vacant.</p>



<p>Hannah Arendt a montré que les régimes autoritaires détruisent les médiations intellectuelles et sociales qui permettent aux individus de penser politiquement (<em>Les origines du totalitarisme</em>, 1951). Une fois ces médiations détruites, le retour du religieux comme cadre totalisant devient presque inévitable, car il offre des réponses simples à des sociétés privées de débat.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ben Ali ou la fabrication d’un islamisme latent</h2>



<p>Le régime de Ben Ali illustre parfaitement cette dynamique. Officiellement laïc, moderniste et hostile à l’islam politique, l’État tunisien a en réalité éradiqué toute vie idéologique autonome, en particulier la gauche syndicale, marxiste ou sociale-démocrate. Les partis existaient formellement, mais étaient vidés de toute capacité d’action réelle.</p>



<p>Ennahdha, interdite mais jamais idéologiquement combattue sur le terrain intellectuel, a survécu sous une forme diffuse : réseaux caritatifs, mosquées, solidarités informelles, exil idéologique. Comme l’explique Olivier Roy, l’islamisme prospère moins par excès de religiosité que par absence de concurrence idéologique crédible (<em>L’échec de l’islam politique</em>, 1992).</p>



<p>Ainsi, lorsque l’appareil répressif s’est effondré en 2011, le seul courant disposant d’un capital symbolique, organisationnel et moral était l’islamisme. La gauche, affaiblie, marginalisée, souvent coupée des classes populaires, n’a pas pu jouer son rôle historique de médiation sociale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’islamisme comme idéologie de substitution</h2>



<p>L’islamisme n’est pas un simple retour du religieux ; c’est une idéologie moderne, au sens où il politise la religion pour répondre à des problèmes contemporains : injustice sociale, corruption, crise morale, domination étrangère. Sayyid Qutb, l’un de ses théoriciens majeurs, proposait déjà une vision totalisante de la société islamique comme alternative aux idéologies occidentales (<em>Signes de piste</em>, 1964).</p>



<p>Mais cette idéologie repose sur une réduction du politique au moral, et du citoyen au croyant. Elle tend à naturaliser l’ordre social, à sacraliser les normes et à délégitimer le conflit politique, pourtant essentiel à toute démocratie.</p>



<p>Sans contre-idéologie structurée, l’islamisme devient la seule grille de lecture disponible. Il n’est alors pas choisi librement : il s’impose par défaut.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi la gauche est structurellement indispensable</h2>



<p>La gauche, historiquement, n’est pas seulement une force politique ; elle est une tradition intellectuelle fondée sur la critique, la rationalité, l’égalité et la justice sociale. De Marx à Gramsci, de Rosa Luxemburg à Edward Said, elle a toujours articulé le social, le politique et le culturel.</p>



<p>Antonio Gramsci insistait sur la notion d’hégémonie culturelle : une idéologie ne triomphe pas par la force, mais parce qu’elle devient le sens commun (Gramsci, <em>Cahiers de prison</em>). Dans les sociétés arabes, l’islamisme a conquis cette hégémonie faute d’alternative crédible.</p>



<p>La gauche peut modérer le dogmatisme religieux non en l’attaquant frontalement, mais en proposant une lecture sociale des injustices, réhabilitant le citoyen face au croyant, réintroduisant le conflit politique légitime, et défendant l’autonomie de la raison.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La répression ne produit pas la sécularisation</h2>



<p>L’un des grands malentendus des régimes autoritaires arabes a été de croire que la répression du religieux produirait la laïcité. L’histoire montre l’inverse. Comme l’explique Talal Asad, la sécularisation est un processus culturel et politique long, jamais imposé par décret (<em>Formations of the Secular</em>, 2003).</p>



<p>En interdisant le débat, les régimes ont sacralisé la religion. Ce qui est interdit devient pur, moral, incorruptible. La gauche, au contraire, désacralise en politisant : elle ramène les discours religieux à des enjeux sociaux concrets.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Comparaison avec l’Amérique latine et l’Europe du Sud</h2>



<p>L’expérience internationale confirme ce diagnostic. En Amérique latine, la montée de la théologie de la libération – inspirée par la gauche – a permis de désamorcer le conservatisme religieux en l’articulant à la justice sociale (Gustavo Gutiérrez, <em>Théologie de la libération</em>, 1971).</p>



<p>En Espagne et au Portugal, la transition démocratique post-dictatoriale a été portée par des forces de gauche capables de canaliser les héritages religieux sans les nier, mais en les subordonnant au politique (Manuel Castells, <em>La transition démocratique en Espagne</em>, 1981).</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le cas tunisien : une gauche absente, un islamisme dominant</h2>



<p>En Tunisie, la faiblesse de la gauche après 2011 n’est pas seulement organisationnelle ; elle est aussi culturelle. Coupée des quartiers populaires, souvent enfermée dans un discours élitiste, elle n’a pas su concurrencer l’islamisme sur le terrain du sens.</p>



<p>Pourtant, comme le soulignait Mohamed Charfi, la modernité politique ne peut être importée ; elle doit être produite de l’intérieur (<em>Islam et liberté</em>, 1998). La gauche tunisienne a manqué cette production.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Réhabiliter l’idéologie pour éviter le dogme</h2>



<p>Exclure les idéologies dans les pays arabes ne produit ni neutralité ni stabilité. Cela revient à institutionnaliser une idéologie implicite, religieuse, non débattue, non critiquée. L’expérience de Ben Ali l’a démontré : en éradiquant la gauche, il a préparé le terrain à un islamisme hégémonique.</p>



<p>La véritable alternative n’est pas entre autoritarisme et islamisme, mais entre vide idéologique et pluralisme critique. Dans ce pluralisme, la gauche joue un rôle irremplaçable : elle est la seule tradition capable de transformer la foi en choix privé et la politique en espace commun.</p>



<p>Sans gauche, le dogme prospère. Avec elle, la religion redevient ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une conviction parmi d’autres, et non une idéologie par défaut.</p>



<p><em>* Universitaire.</em></p>



<p><strong>Références bibliographiques (sélection)</strong></p>



<p>Althusser, L. (1970). <em>Idéologie et appareils idéologiques d’État</em>.</p>



<p>Arendt, H. (1951). <em>Les origines du totalitarisme</em>.</p>



<p>Asad, T. (2003). <em>Formations of the Secular</em>.</p>



<p>Charfi, M. (1998). <em>Islam et liberté</em>.</p>



<p>Gramsci, A. (1975). <em>Cahiers de prison</em>.</p>



<p>Qutb, S. (1964). <em>Signes de piste</em>.</p>



<p>Roy, O. (1992). <em>L’échec de l’islam politique</em>.</p>



<p>Said, E. (1978). <em>L’Orientalisme</em>.</p>
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		<title>La culture contre la violence, la laideur et l’abandon</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Feb 2026 06:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[SOCIETE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
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		<category><![CDATA[violence]]></category>
		<category><![CDATA[Zouhaïr Ben Amor]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La culture n’est pas un luxe. Elle est un outil social majeur, un rempart puissant contre la violence, l’exclusion et la perte du lien. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/02/21/la-culture-contre-la-violence-la-laideur-et-labandon/">La culture contre la violence, la laideur et l’abandon</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Dans de nombreuses villes et quartiers, la violence n’apparaît pas soudainement. Elle s’installe lentement, presque silencieusement, à mesure que les espaces se vident de sens, que les murs se dégradent, que les lieux de rencontre ferment leurs portes. La laideur urbaine, l’abandon culturel et la pauvreté symbolique ne sont pas de simples conséquences du sous-développement : ils en sont souvent les causes profondes. Face à cela, la culture n’est pas un luxe. Elle est un outil social majeur, un rempart discret mais puissant contre la brutalité, l’exclusion et la perte du lien.</em></strong> <em>(Photo : Cité de la culture de Tunis).</em></p>



<p><strong>Zouhaïr Ben Amor *</strong></p>



<span id="more-18385487"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg" alt="" class="wp-image-17518909" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Quand la culture disparaît, le terrain devient fertile à la violence. Les sociologues le rappellent souvent : la violence ne naît pas seulement de la pauvreté matérielle, mais aussi de la pauvreté symbolique. Un quartier sans bibliothèque, sans cinéma, sans lieu d’exposition, est un quartier où l’imaginaire s’atrophie. Là où l’esprit ne voyage plus, la frustration s’accumule.</p>



<p>La fermeture d’un cinéma de quartier, la disparition d’une galerie municipale ou d’une bibliothèque ne font pas la une des journaux. Pourtant, leurs effets sont durables. Ces lieux jouaient un rôle silencieux mais essentiel : ils offraient des espaces de respiration, de confrontation d’idées, de beauté, parfois même de rêve. Lorsqu’ils disparaissent, l’espace public se réduit à la rue, souvent livrée à elle-même.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La culture de proximité : un antidote discret mais efficace</h2>



<p>Contrairement aux grands événements culturels ponctuels, la culture de proximité agit dans le temps long. Une petite galerie dans une ville moyenne, un cinéma municipal, une bibliothèque de quartier ne sont pas des lieux élitistes : ce sont des espaces de socialisation.</p>



<p>Dans une galerie d’art, on n’achète pas nécessairement une œuvre. On regarde, on discute, on apprend à voir autrement. Le regard s’éduque, la sensibilité se développe. Apprendre à regarder une peinture, c’est aussi apprendre à regarder l’autre, à accepter la complexité, à sortir du réflexe de la brutalité immédiate.</p>



<p>Le cinéma, quant à lui, est l’un des rares lieux où des individus de générations, de milieux et de sensibilités différentes partagent une même émotion, dans le silence et l’attention. Voir un film, c’est faire l’expérience de l’altérité. C’est comprendre que d’autres vies existent, que d’autres trajectoires sont possibles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La bibliothèque : le cœur battant du lien social</h2>



<p>Dans de nombreuses villes du monde, la bibliothèque est devenue bien plus qu’un lieu de prêt de livres. Elle est un refuge, un espace de travail, de rencontre, parfois même de reconstruction personnelle. Pour les jeunes, elle offre une alternative à la rue. Pour les personnes âgées, elle est souvent un lieu de présence et de dialogue. Pour les plus fragiles, elle représente un espace neutre, non marchand, non violent.</p>



<p>Une bibliothèque bien pensée est un lieu où l’on peut entrer sans être jugé, sans consommer, sans se justifier. Elle incarne une idée simple mais révolutionnaire : le savoir et la culture sont des biens communs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La laideur comme violence invisible</h2>



<p>On parle souvent de violence physique ou verbale, mais rarement de la violence esthétique.</p>



<p>Pourtant, vivre dans un environnement dégradé, sans harmonie, sans couleurs, sans œuvres, est une forme de violence quotidienne. La laideur fatigue, irrite, abîme lentement les relations sociales.</p>



<p>À l’inverse, un mur peint, une sculpture sur une place, une exposition dans un hall municipal modifient profondément le rapport des habitants à leur espace. Ils créent de la fierté, de l’appropriation, du respect. On dégrade moins ce qui est beau. On protège ce qui nous ressemble.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La culture contre l’extrémisme et la radicalisation</h2>



<p>Là où la culture recule, les discours simplistes prospèrent. L’absence de débat, de confrontation d’idées, de pensée critique laisse le champ libre aux idéologies de la haine. La culture ne donne pas de réponses toutes faites, mais elle apprend à poser des questions, à douter, à nuancer.</p>



<p>Un jeune qui lit, qui voit des films, qui fréquente des expositions développe une complexité intérieure qui rend plus difficile l’adhésion aux discours violents ou manichéens. La culture est une école de la lenteur, à l’opposé de l’immédiateté brutale de la violence.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quand la culture transforme les villes</h2>



<p>Dans plusieurs pays, la culture a été intégrée comme un pilier des politiques sociales.</p>



<p>En France, de nombreuses villes ont misé sur des médiathèques de quartier, ouvertes tard le soir, gratuites, multifonctionnelles. Elles ont permis de réduire l’isolement, d’accompagner les jeunes dans leur scolarité et de recréer du lien intergénérationnel.</p>



<p>Au Canada, certaines municipalités ont intégré des galeries d’art dans les bâtiments administratifs, les hôpitaux, les bibliothèques. L’art y devient partie intégrante de la vie quotidienne, et non un privilège réservé à quelques-uns.</p>



<p>Dans les pays nordiques, la culture est pensée comme un service public essentiel, au même titre que la santé ou l’éducation. Chaque petite ville dispose d’un cinéma, d’une bibliothèque, souvent d’un espace d’exposition. Le résultat n’est pas seulement culturel, il est social : des sociétés plus apaisées, moins violentes, plus cohésives.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La responsabilité des collectivités locales</h2>



<p>La culture ne peut pas reposer uniquement sur la bonne volonté des artistes ou des associations. Elle doit être portée par une vision politique claire. Investir dans une galerie municipale coûte souvent moins cher que réparer les dégâts causés par la violence, la délinquance ou la dégradation urbaine.</p>



<p>Les collectivités peuvent jouer un rôle clé :</p>



<p>&#8211; en mettant à disposition des locaux,</p>



<p>&#8211; en soutenant les initiatives locales,</p>



<p>&#8211; en intégrant l’art dans les espaces publics,</p>



<p>&#8211; en favorisant l’accès gratuit ou à très faible coût.</p>



<p>Il ne s’agit pas de prestige, mais de cohésion sociale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les artistes comme acteurs sociaux</h2>



<p>Les artistes ne sont pas seulement des producteurs d’objets esthétiques. Ils sont des acteurs sociaux, des révélateurs de tensions, des passeurs de mémoire. Leur présence dans un quartier, une ville, change la dynamique locale.</p>



<p>Une résidence d’artiste dans une école, une prison, un quartier populaire peut avoir des effets durables. Elle redonne la parole, restaure la dignité, permet l’expression de ce qui est souvent tu.</p>



<p>On entend souvent que <em>«la culture coûte cher»</em>. C’est une vision à court terme. En réalité, la culture est un investissement social. Elle réduit les coûts liés à la violence, à l’exclusion, à l’échec scolaire. Elle améliore la qualité de vie, l’attractivité des villes, le vivre-ensemble.</p>



<p>Une ville qui investit dans la culture investit dans son avenir.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Reconstruire par le beau, le sens et le lien</h2>



<p>Dans un monde marqué par les tensions, les crispations identitaires et la montée des violences, la culture apparaît comme une réponse humble mais essentielle. Elle ne règle pas tout, mais elle prépare le terrain. Elle réintroduit du sens là où il n’y avait que du vide, du dialogue là où régnait le conflit, du beau là où s’installait la laideur.</p>



<p>Galeries d’art, cinémas, bibliothèques, espaces culturels de proximité ne sont pas des ornements urbains. Ils sont les fondations invisibles d’une société apaisée. Les négliger, c’est accepter que la violence et la médiocrité deviennent la norme. Les défendre, c’est choisir la dignité, la créativité et l’avenir.</p>



<p><em>* Universitaire. </em></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="U04RNrj6Ei"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/10/19/batir-la-cite-interieure-pour-un-urbanisme-du-lien-social/">Bâtir la cité intérieure | Pour un urbanisme du lien social</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Bâtir la cité intérieure | Pour un urbanisme du lien social » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/10/19/batir-la-cite-interieure-pour-un-urbanisme-du-lien-social/embed/#?secret=EiyNz273se#?secret=U04RNrj6Ei" data-secret="U04RNrj6Ei" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<item>
		<title>La démocratie doit-elle se protéger du peuple ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 31 Jan 2026 09:25:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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		<category><![CDATA[démocratie]]></category>
		<category><![CDATA[élites]]></category>
		<category><![CDATA[Hannah Arendt]]></category>
		<category><![CDATA[John Stuart Mill]]></category>
		<category><![CDATA[José Ortega y Gasset]]></category>
		<category><![CDATA[populisme]]></category>
		<category><![CDATA[Zouhaïr Ben Amor]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Des vagues de populisme traversent le monde avec une puissance inédite. Plaidoyer pour une démocratie entre élites à l’ère du populisme.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Des vagues de populisme traversent aujourd’hui le monde avec une puissance inédite. Aucun continent n’est épargné, aucun régime démocratique n’est à l’abri. De l’Amérique à l’Europe, de l’Inde à l’Amérique latine, le discours politique se simplifie, se durcit, se radicalise. Les slogans remplacent les programmes, l’émotion supplante l’argumentation, et la colère devient une ressource électorale. C’est le triomphe inquiétant du nombre et la défaite de la raison. Plaidoyer pour une démocratie entre élites à l’ère du populisme.</em></strong><strong></strong></p>



<p><strong>Zouhaïr Ben Amor *</strong></p>



<span id="more-18307009"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg" alt="" class="wp-image-17518909" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Le populisme se nourrit d’un paradoxe fondamental : il prétend incarner le peuple tout en détruisant les conditions mêmes d’un jugement politique éclairé. Il érige l’opinion immédiate en vérité, la majorité numérique en légitimité morale, et transforme toute complexité en suspicion. Dans ce climat, l’intellectuel devient un ennemi, l’expert un traître, le scientifique un manipulateur.</p>



<p>Face à cette dérive, une question longtemps jugée indécente mérite aujourd’hui d’être posée sans faux-semblants : la démocratie peut-elle survivre lorsqu’elle abdique toute exigence intellectuelle ? Et plus encore : une démocratie fondée sur des élites instruites, responsables et contrôlées serait-elle plus démocratique que le règne aveugle du nombre ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le populisme : une pathologie interne de la démocratie</h2>



<p>Contrairement à une idée répandue, le populisme n’est pas l’ennemi extérieur de la démocratie. Il en est une dérive interne, un excès logique. Il surgit lorsque la souveraineté populaire est réduite à sa forme la plus brute : le comptage des voix, indépendamment de la qualité du jugement qui les fonde.</p>



<p>Déjà, Platon voyait dans la démocratie athénienne un régime instable, vulnérable à la démagogie. Dans <em>La République</em>, il compare la cité démocratique à un navire confié à une foule ignorante, sourde à la compétence du pilote. Ce n’est pas le peuple en tant que tel que Platon critique, mais l’abandon de toute hiérarchie du savoir.</p>



<p>Plus près de nous, le politicien français Alexis de Tocqueville (1805-1859) identifie un danger majeur des sociétés démocratiques modernes : la <em>tyrannie de la majorité</em>. Celle-ci n’opprime pas par la force, mais par la norme, étouffant toute pensée dissidente sous le poids du consensus numérique (<em>De la démocratie en Amérique</em>).</p>



<p>Le populisme contemporain pousse cette logique à son extrême : il confond volonté générale et opinion majoritaire instantanée, souvent façonnée par les réseaux sociaux, les algorithmes et les émotions collectives. La démocratie devient alors un réflexe, non un processus de délibération.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’égalité politique et le mythe dangereux de l’égalité cognitive</h2>



<p>L’un des dogmes les plus intouchables de la modernité démocratique est l’idée que toutes les opinions se valent. Or cette affirmation, si elle est moralement séduisante, est intellectuellement intenable.</p>



<p>Être citoyen confère des droits égaux, mais ne produit pas automatiquement une compétence égale. Confondre égalité juridique et égalité cognitive revient à nier l’expérience, l’éducation, la formation, l’effort intellectuel. Cette confusion est au cœur du triomphe populiste.</p>



<p>Le philosophe et économiste britannique John Stuart Mill (1806-1873) l’avait parfaitement compris. Dans <em>Considerations on Representative Government</em> (1861), il propose un suffrage plural, où le vote des citoyens les plus instruits aurait un poids supérieur. Non par mépris social, mais par souci d’efficacité politique. Mill pose une question dérangeante mais rationnelle : pourquoi refuser à la politique ce que l’on exige de la médecine, de l’ingénierie ou du droit ?</p>



<p>On ne choisit pas un chirurgien par acclamation populaire. On ne confie pas un pont à un vote majoritaire. Pourquoi alors accepter que le destin d’une nation soit décidé sans exigence minimale de compétence ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">La révolte des masses et la fin du jugement</h2>



<p>Le populisme est aussi un phénomène culturel profond. Le philosophe espagnol José Ortega y Gasset (1883-1955) dans <em>La révolte des masses</em> (1930), décrit l’avènement de l’<em>«homme-masse»</em> : un individu convaincu de son droit à décider de tout, sans effort préalable de compréhension.</p>



<p>L’homme-masse ne rejette pas seulement l’élite ; il rejette l’idée même d’excellence. Toute distinction est perçue comme une offense. Toute compétence devient arrogance. Cette mentalité trouve aujourd’hui un terrain idéal dans les réseaux sociaux, où la visibilité remplace la légitimité, et où la viralité tient lieu de vérité.</p>



<p>Dans ce contexte, la démocratie cesse d’être un régime de responsabilité pour devenir un théâtre d’indignations successives. Le jugement politique, qui exige lenteur, mémoire et complexité, est sacrifié au profit de réactions immédiates.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Effondrement du sens politique et banalisation de l’irresponsabilité</h2>



<p>La germano-américaine Hannah Arendt (1906- 1975) a montré, notamment dans <em>La crise de la culture</em>, que le mal politique moderne ne procède pas toujours de la monstruosité, mais de la banalité, c’est-à-dire de l’absence de pensée.</p>



<p>Le populisme prospère précisément sur cette absence. Il ne demande pas aux citoyens de comprendre, mais de réagir. Il ne sollicite pas la raison, mais l’affect. Le vote devient un geste cathartique, non un acte réfléchi.</p>



<p>La démocratie, ainsi vidée de son exigence intellectuelle, devient vulnérable à toutes les manipulations. Elle se transforme en machine à légitimer l’irresponsabilité collective.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Faut-il alors confier la démocratie aux élites ?</h2>



<p>Le mot <em>«élite»</em> est aujourd’hui presque imprononçable. Il évoque immédiatement l’arrogance, la domination, l’entre-soi. Pourtant, refuser toute forme d’élite revient à accepter implicitement le règne de l’incompétence.</p>



<p>Il faut ici être clair : il ne s’agit ni d’une élite de naissance, ni d’une élite de richesse. Il s’agit d’une élite de savoir, de responsabilité et d’éthique. Une élite sans privilèges héréditaires, soumise au contrôle, révocable, évaluée.</p>



<p>Dans toute société complexe, des élites existent de fait : scientifiques, ingénieurs, médecins, enseignants, juristes. La question n’est donc pas leur existence, mais leur place dans la décision politique.</p>



<p>Refuser leur rôle au nom d’un égalitarisme abstrait, c’est livrer la démocratie à ceux qui crient le plus fort, non à ceux qui comprennent le mieux.</p>



<p>Modèles possibles d’une démocratie protégée du populisme</p>



<p>Imaginer une démocratie entre élites ne signifie pas abolir le peuple, mais réintroduire des filtres rationnels.</p>



<p>Plusieurs modèles sont envisageables :</p>



<p>1. Un bicaméralisme renforcé : une chambre élue au suffrage universel, et une chambre de compétence (scientifiques, juristes, philosophes, économistes), avec droit de veto argumenté.</p>



<p>2. Un suffrage pondéré par le niveau d’instruction ou la formation civique.</p>



<p>3. Des conseils citoyens qualifiés, tirés au sort mais formés longuement avant toute décision.</p>



<p>4. Une démocratie délibérative, où le vote n’intervient qu’après un processus obligatoire d’information et de débat.</p>



<p>Ces modèles ne sont pas antidémocratiques ; ils sont antipopulistes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le danger inverse : technocratie et déshumanisation</h2>



<p>Toute réflexion honnête doit reconnaître les risques d’une démocratie des élites. L’expertise peut devenir froide, déconnectée du vécu. Les élites peuvent se fossiliser, se reproduire, perdre tout contact avec le réel social.</p>



<p>Le théoricien de la politique, l’allemand Carl Schmitt (1888, 1985) rappelle que la politique ne peut jamais être réduite à une simple gestion technique. Elle implique des choix existentiels, des valeurs, des conflits irréductibles.</p>



<p>C’est pourquoi une démocratie entre élites ne peut être viable que si elle reste ouverte, pluraliste, contrôlée, et si le peuple conserve un droit de regard et de sanction.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Penser contre la foule pour sauver la démocratie</h2>



<p>Il est temps d’oser une vérité inconfortable : la démocratie n’est pas sacrée par nature. Elle n’est qu’un outil fragile, qui ne fonctionne que si les citoyens sont capables de discernement.</p>



<p>Lorsque l’ignorance devient majoritaire, lorsque l’émotion remplace la raison, lorsque la compétence est méprisée, la démocratie se suicide lentement sous les applaudissements.</p>



<p>Peut-être faut-il alors accepter cette idée provocante : le salut de la démocratie viendra parfois d’une minorité lucide, et non de la majorité aveugle. Penser contre la foule n’est pas trahir la démocratie. C’est peut-être aujourd’hui la seule façon de la préserver.</p>



<p>* Universitaire. </p>



<p><strong>Références bibliographiques </strong>(indicatives)&nbsp;<strong>:</strong></p>



<p>Platon, <em>La République.</em></p>



<p>Alexis de Tocqueville, <em>De la démocratie en Amérique.</em></p>



<p>John Stuart Mill, <em>Considerations on Representative Government.</em></p>



<p>José Ortega y Gasset, <em>La révolte des masses.</em></p>



<p>Hannah Arendt, <em>La crise de la culture</em> ; <em>Eichmann à Jérusalem.</em></p>



<p>Carl Schmitt, <em>La notion de politique.</em></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="wl21m8AxFu"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/01/22/ce-populisme-lancinant-et-abrasif-en-tunisie/">Ce populisme lancinant et abrasif en Tunisie</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Ce populisme lancinant et abrasif en Tunisie » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/01/22/ce-populisme-lancinant-et-abrasif-en-tunisie/embed/#?secret=RFGOgnK8TE#?secret=wl21m8AxFu" data-secret="wl21m8AxFu" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<li></li>
</ul>
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			</item>
		<item>
		<title>Du génie solitaire à l’intelligence collective</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 Jan 2026 08:40:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Chine]]></category>
		<category><![CDATA[collectivisme intellectuel]]></category>
		<category><![CDATA[intelligence collective]]></category>
		<category><![CDATA[Zouhaïr Ben Amor]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://kapitalis.com/tunisie/?p=18278180</guid>

					<description><![CDATA[<p>La Tunisie ne manque pas de compétences brillantes, mais souffre de leur dispersion et de l’absence d’un projet collectif fédérateur.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Les défis contemporains – changement climatique, révolution numérique, crises sanitaires, urbanisation, raréfaction des ressources – ont atteint un niveau de complexité tel qu’aucune conscience isolée ne peut prétendre les maîtriser. Le progrès est devenu une œuvre collective, distribuée, cumulative. L’intelligence n’est plus une lumière solitaire ; elle est plurielle.</em></strong></p>



<p><strong>Zouhaïr Ben Amor *</strong></p>



<span id="more-18278180"></span>


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<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg" alt="" class="wp-image-17518909" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
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<p>Pendant longtemps, le progrès a été raconté comme l’œuvre de figures exceptionnelles. La science, la philosophie, la technique, voire la politique, se sont construites autour d’un imaginaire puissant : celui du génie solitaire, de l’homme providentiel, capable, par une intuition rare, d’ouvrir des voies que les autres n’auraient ni la capacité ni l’inspiration d’emprunter. Cette vision a profondément structuré la modernité occidentale. Elle a façonné nos systèmes éducatifs, nos modèles de réussite et nos critères de reconnaissance sociale. La notoriété intellectuelle s’y mesure encore largement à l’aune de distinctions individuelles, dont le prix Nobel constitue l’expression la plus emblématique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le collectivisme intellectuel</h2>



<p>Or, ce modèle est aujourd’hui à bout de souffle. Non parce que l’intelligence individuelle aurait disparu, mais parce qu’elle ne suffit plus. Les défis contemporains – changement climatique, révolution numérique, crises sanitaires, urbanisation, raréfaction des ressources – ont atteint un niveau de complexité tel qu’aucune conscience isolée ne peut prétendre les maîtriser. Le progrès est devenu une œuvre collective, distribuée, cumulative. L’intelligence n’est plus une lumière solitaire ; elle est plurielle.</p>



<p>C’est dans ce contexte que s’impose la notion d’intelligence collective, ou, plus précisément, celle de collectivisme intellectuel : une manière d’organiser la production du savoir, de l’innovation et de la décision en privilégiant le travail du groupe, indépendamment des promotions individuelles et des gratifications personnelles, au profit de l’intérêt général. Cette transformation n’est pas seulement scientifique ou technique ; elle est éducative, politique et profondément philosophique. Pour un pays comme la Tunisie, elle constitue peut-être l’une des clés majeures de son avenir.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le mythe du génie et ses limites</h2>



<p>La modernité occidentale s’est construite sur l’affirmation du sujet autonome. Depuis la Renaissance et les Lumières, l’individu est devenu la mesure de toute chose. Cette émancipation fut une conquête décisive : elle a libéré la pensée des dogmes religieux et des autorités arbitraires. Mais elle a aussi produit un imaginaire particulier : celui du créateur isolé, du savant solitaire, du penseur hors norme.</p>



<p>L’histoire des sciences a longtemps été écrite selon ce modèle héroïque. Newton, Darwin, Einstein ou Pasteur apparaissent comme des figures surgissant presque seules dans un paysage intellectuel réduit à l’arrière-plan. Pourtant, les travaux contemporains en histoire et en sociologie des sciences ont montré combien cette vision est réductrice. Les grandes découvertes sont presque toujours le fruit d’un travail collectif invisibilisé : échanges, controverses, laboratoires, institutions, contextes sociaux et politiques.</p>



<p>Le génie individuel existe, mais il est toujours porté par un milieu. Croire qu’il suffit de former des individus brillants pour assurer le progrès d’une société est une illusion, particulièrement coûteuse pour des pays aux ressources limitées.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une intelligence devenue collective</h2>



<p>La science d’aujourd’hui ne peut plus être pensée sur le modèle du savant solitaire. Les grandes avancées contemporaines – du séquençage du génome humain à la modélisation du climat, de l’intelligence artificielle à la biologie moléculaire – mobilisent des milliers de chercheurs, d’ingénieurs et de techniciens répartis à l’échelle mondiale. Les résultats sont souvent signés collectivement, parfois au nom d’institutions ou de consortiums.</p>



<p>Cette mutation n’est pas idéologique ; elle est structurelle. La complexité impose la coopération. La connaissance progresse par addition de compétences, par confrontation de points de vue, par correction mutuelle. L’intelligence devient distribuée, partagée, parfois anonyme.</p>



<p>Dans ce nouveau paradigme, la question centrale n’est plus : <em>qui est le plus brillant ?</em> Mais : <em>comment organiser efficacement la coopération des intelligences ?</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Le modèle chinois : le collectivisme en pratique</h2>



<p>La trajectoire de la Chine depuis la Seconde Guerre mondiale illustre de manière exemplaire ce basculement. Partant d’un retard scientifique et technologique considérable, ce pays a fait un choix stratégique fondamental : considérer l’innovation comme un bien collectif.</p>



<p>L’ingénieur chinois ne s’approprie pas la nouveauté comme un capital symbolique personnel. Il la partage, la documente, la transmet. Les innovations circulent rapidement entre universités, centres de recherche et industries. La reconnaissance individuelle existe, mais elle reste subordonnée à la performance du groupe et à la continuité du projet collectif.</p>



<p>Ce modèle tranche avec la culture occidentale du leadership charismatique et de la compétition individuelle. Il explique en grande partie la capacité de la Chine à rattraper, puis parfois dépasser, certaines puissances occidentales dans des domaines stratégiques. Ce collectivisme intellectuel n’est pas la négation de l’individu ; il est l’organisation rationnelle de sa contribution.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Penser ensemble pour transformer la société</h2>



<p>L’intelligence collective n’est pas une invention récente. Elle traverse toute l’histoire de la pensée. Le mouvement des Lumières, souvent réduit à quelques grandes figures, fut en réalité un vaste réseau d’échanges, de correspondances et de débats. L’<em>Encyclopédie</em> n’est pas l’œuvre d’un génie solitaire, mais celle d’une communauté intellectuelle mobilisée autour d’un projet commun : diffuser le savoir pour émanciper la société.</p>



<p>La Révolution française elle-même ne fut pas le produit d’un homme providentiel, mais celui d’une maturation collective des idées, rendue possible par la circulation du savoir et l’usage public de la raison.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Fondements philosophiques du collectivisme intellectuel</h2>



<p>Chez Spinoza, l’individu n’est jamais une substance isolée. Il est un mode, une expression partielle d’un tout plus vaste. La puissance de penser augmente lorsque les individus s’accordent et coopèrent. L’intelligence collective n’est donc pas une négation de l’individu, mais l’augmentation de sa puissance par le collectif (<em>Éthique</em>).</p>



<p>Kant, dans son texte sur les Lumières, insiste sur l’usage public de la raison : penser librement, mais surtout penser <em>avec</em> les autres, dans un espace de discussion critique. Une société progresse moins par l’éclat d’un génie que par la vitalité de ses débats rationnels.</p>



<p>Chez Henri Bergson, la création s’inscrit dans la durée. Appliquée à la société, cette idée signifie que l’innovation durable n’est presque jamais un éclair isolé ; elle est le fruit d’un temps long, d’une maturation collective et continue.</p>



<p>Enfin, Hans Jonas introduit une exigence décisive : la responsabilité envers les générations futures. Cette responsabilité ne peut être portée par un individu seul. Elle exige une intelligence collective capable d’anticiper les conséquences à long terme de ses choix.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La Tunisie face à l’urgence du collectif</h2>



<p>En Tunisie, la question de l’intelligence collective n’est pas abstraite ; elle est urgente. Notre pays ne manque ni de compétences ni d’esprits brillants. Il souffre de leur dispersion, de leur mise en concurrence et de l’absence d’un projet collectif fédérateur. Le système éducatif valorise encore excessivement la réussite individuelle, le classement, la performance isolée.</p>



<p>Le résultat est paradoxal : nous formons des individus performants, mais nous peinons à produire des projets collectifs durables. Beaucoup de talents finissent par s’exiler, non par manque d’attachement au pays, mais faute d’un écosystème capable de donner un sens collectif à leur compétence.</p>



<p>Dans un pays aux ressources limitées, l’intelligence collective n’est pas un luxe ; elle est la seule stratégie réaliste.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Propositions pour un renouveau possible</h2>



<p>Premièrement, la coopération doit devenir une compétence enseignée et évaluée dès l’école et l’université. Le travail collectif ne peut plus être un simple exercice annexe.</p>



<p>Deuxièmement, il faut briser les cloisonnements disciplinaires. Les grands défis nationaux – eau, énergie, urbanisme, santé – exigent des équipes mêlant ingénieurs, biologistes, sociologues, philosophes et architectes.</p>



<p>Troisièmement, la réussite sociale doit être redéfinie. Il est urgent de valoriser les équipes, les projets collectifs et les résultats partagés, plutôt que les seules trajectoires individuelles.</p>



<p>Enfin, la recherche nationale doit être pensée comme un réseau coopératif, où les institutions travaillent en complémentarité plutôt qu’en concurrence.</p>



<p>Le monde contemporain n’a plus besoin de génies solitaires, mais de communautés intelligentes. Pour la Tunisie, le collectivisme intellectuel n’est pas une option idéologique ; il est une condition de survie et de renouveau.</p>



<p>Former à penser ensemble, c’est déjà commencer à se relever.</p>



<p><strong><em>Bibliographie sélective&nbsp;:</em></strong></p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Spinoza, <em>Éthique</em>, Seuil.</li>



<li>Kant, <em>Qu’est-ce que les Lumières ?</em>, GF Flammarion.</li>



<li>Bergson, <em>L’Évolution créatrice</em>, PUF.</li>



<li>Jonas, <em>Le Principe responsabilité</em>, Flammarion.</li>



<li>Latour, <em>Science in Action</em>, Harvard University Press.</li>



<li>Merton, <em>The Sociology of Science</em>, University of Chicago Press.</li>



<li>Lévy, <em>L’Intelligence collective</em>, La Découverte.</li>



<li>Morin, <em>Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur</em>, Seuil.</li>



<li>Dewey, <em>Democracy and Education</em>, Free Press.</li>



<li>Naughton, <em>The Chinese Economy: Adaptation and Growth</em>, MIT Press.</li>
</ul>
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		<title>Pour une régularisation exceptionnelle du commerce parallèle en Tunisie</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 15 Jan 2026 07:32:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[amnistie financière]]></category>
		<category><![CDATA[commerce parallèle]]></category>
		<category><![CDATA[économie de rente]]></category>
		<category><![CDATA[évasion fiscale]]></category>
		<category><![CDATA[Zouhaïr Ben Amor]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En Tunisie, le commerce parallèle constitue un système économique à part entière, structuré, ancien et profondément enraciné.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Dans de nombreux pays du Sud, y compris en Tunisie, le commerce parallèle n’est plus une activité marginale : il constitue un système économique à part entière, structuré, ancien et profondément enraciné. Après plusieurs décennies de tolérance implicite, voire de complicité passive, ce secteur a généré des fortunes colossales échappant totalement à l’autorité fiscale, bancaire et réglementaire de l’État.</em></strong> <em>(Ph. Souk de la rue d&rsquo;Espagne, Tunis).</em></p>



<p><strong>Zouhaïr Ben Amor</strong> *</p>



<span id="more-18239932"></span>


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<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg" alt="" class="wp-image-17518909" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>L’enjeu n’est donc plus moral mais structurel : comment un État peut-il gouverner, investir, redistribuer et planifier, alors qu’une part significative de la richesse nationale circule hors de son champ de vision ?</p>



<p>Plus grave encore, comment préserver la cohésion sociale lorsque les citoyens ordinaires supportent l’impôt pendant que d’autres accumulent en dehors de toute règle ?</p>



<p>Face à cet état de fait, les solutions classiques — répression, contrôles, campagnes moralisatrices — ont montré leurs limites. Je propose au contraire une solution pragmatique, exceptionnelle et souveraine, fondée sur une amnistie financière unique, suivie d’un changement de billets, permettant à la fois à l’État de récupérer des ressources vitales et à l’économie réelle de se réinjecter massivement en liquidités légales.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une économie née de la défaillance de l’État</h2>



<p><strong>Origines historiques&nbsp;</strong>: le commerce parallèle n’est pas le produit d’une <em>«culture de l’illégalité»</em>, mais bien le symptôme d’un État défaillant. Bureaucratie excessive, fiscalité instable, corruption administrative, accès limité au crédit bancaire : autant de facteurs qui ont poussé des milliers d’acteurs économiques vers l’informel (Schneider &amp; Enste, 2000).</p>



<p>Dans le cas tunisien, les décennies 1980–2000 ont vu l’émergence de véritables réseaux transfrontaliers, reliant ports, zones frontalières et marchés intérieurs, avec une accumulation progressive de liquidités non bancarisées.</p>



<p><strong>Une économie de survie devenue économie de rente</strong>&nbsp;: ce qui était au départ une économie de subsistance s’est transformé en économie de rente. L’absence de traçabilité monétaire a permis l’accumulation de cash hors banques&nbsp;; l’évasion fiscale massive&nbsp;; l’investissement informel dans l’immobilier, la contrebande et parfois la politique.</p>



<p>Comme l’a montré Hernando de Soto, l’informalité n’est pas seulement un problème économique : elle constitue un verrou institutionnel empêchant la transformation du capital informel en capital productif légal (<em>The Mystery of Capital</em>, 2000).</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les limites des réponses classiques</h2>



<p><strong>La répression</strong>,<strong> coûteuse et inefficace&nbsp;</strong>: l’approche répressive repose sur une illusion : croire que l’on peut détruire un système économique sans alternative crédible. Or, les expériences internationales montrent que la répression &nbsp;déplace l’informel sans le réduire&nbsp;; alimente la corruption&nbsp;; fragilise davantage les petits acteurs que les grands détenteurs de capitaux.</p>



<p><strong>Les amnisties fiscales ordinaires</strong> : un échec répété&nbsp;: de nombreuses amnisties fiscales ont été tentées, souvent sous l’impulsion d’organisations internationales comme le Fonds monétaire international. Elles ont échoué pour une raison simple : elles ne changent pas les règles du jeu.</p>



<p>Sans mécanisme contraignant ni rupture monétaire, les détenteurs de fortunes parallèles préfèrent attendre, convaincus que l’État reculera encore.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Régularisation massive et changement de billets</h2>



<p>Le principe général : ma proposition repose sur une idée forte : </p>



<p>1- assumer le fait accompli, non pour le cautionner, mais pour le neutraliser définitivement.</p>



<p>Le mécanisme serait le suivant : annonce officielle d’une opération exceptionnelle, non renouvelable ; période limitée à une semaine, durant laquelle les détenteurs de liquidités non déclarées déposent leur argent dans les banques, 20 % sont prélevés par l’État à titre de contribution exceptionnelle, 80 % sont légalisés, sans poursuites ; </p>



<p>2- à l’issue de la semaine, changement de billets de banque : toute somme non déposée devient inutilisable. Ce point est crucial : le changement de billets transforme l’amnistie en obligation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi cette solution est économiquement rationnelle</h2>



<p><strong>Un gain immédiat pour l’État&nbsp;</strong>: contrairement à l’impôt classique, long et incertain, cette opération permet une recette massive immédiate, sans endettement et sans condition extérieure.</p>



<p>Ces ressources peuvent être affectées aux fonds sociaux, à la santé, à l’éducation ou à la réduction de la dette.</p>



<p><strong>Une injection de liquidités légales dans l’économie&nbsp;</strong>: les 80 % légalisés ne resteront pas sous les matelas. Bancarisés, ils pourront financer l’investissement productif, soutenir les PME, dynamiser la consommation légale.</p>



<p>On transforme ainsi un capital mort en capital économique actif, conformément aux analyses keynésiennes sur la circulation monétaire (Keynes, 1936).</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une logique de compromis social</h2>



<p><strong>L’État gagne en souveraineté : </strong>il récupère des ressources, une visibilité monétaire, et une crédibilité politique. Il montre qu’il gouverne par l’intelligence plutôt que par l’impuissance.</p>



<p>Les détenteurs de capitaux gagnent en sécurité&nbsp;: les acteurs de l’informel obtiennent une légalité définitive, une protection juridique, et un accès au crédit et à l’investissement officiel.</p>



<p>C’est un compromis, non une capitulation.</p>



<p><strong>La société gagne en équité :</strong> les citoyens ordinaires verront enfin un effort demandé aux plus riches, une redistribution tangible, une réduction du sentiment d’injustice fiscale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Conditions de réussite</h2>



<p><strong>Une crédibilité politique absolue :</strong> l’opération doit être unique, irréversible, et constitutionnellement encadrée. Toute ambiguïté ruinerait la confiance.</p>



<p><strong>Un système bancaire prêt et sécurisé : </strong>les banques doivent être techniquement prêtes, juridiquement protégées, et numériquement sécurisées.</p>



<p>Le rôle de la Banque Centrale de Tunisie serait ici central.</p>



<p><strong>Une communication nationale claire :</strong> il ne s’agit pas d’une mesure punitive mais d’un pacte national de redémarrage économique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Objections et réponses </h2>



<p><strong>Objection morale</strong> : <em>«On récompense les fraudeurs»</em>.</p>



<p>L’alternative n’est pas la justice parfaite, mais l’impuissance durable. Mieux vaut récupérer 20 % aujourd’hui que 0 % éternellement (Stiglitz, 2012).</p>



<p><strong>Objection inflationniste :</strong> l’injection est déjà existante dans l’économie, mais cachée. </p>



<p>La bancarisation permet au contraire un meilleur contrôle monétaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une rupture nécessaire pour repartir</h2>



<p>Ma proposition n’est ni laxiste ni naïve. Elle est réaliste, audacieuse et profondément politique. Elle reconnaît une vérité dérangeante : l’État ne peut pas effacer trente ans d’économie parallèle par décret, mais il peut la transformer en levier de reconstruction nationale.</p>



<p>Dans un contexte de crise budgétaire, de défiance citoyenne et d’urgence sociale, cette mesure exceptionnelle pourrait constituer un nouveau contrat entre l’État et la société, fondé non sur l’illusion morale, mais sur l’efficacité collective.</p>



<p><strong>Bibliographie indicative&nbsp;:</strong></p>



<ul class="wp-block-list">
<li>De Soto, H. (2000). <em>The Mystery of Capital</em>. Basic Books.</li>



<li>Keynes, J. M. (1936). <em>The General Theory of Employment, Interest and Money</em>. Macmillan.</li>



<li>Schneider, F., &amp; Enste, D. (2000). “Shadow Economies”. <em>Journal of Economic Literature</em>.</li>



<li>Stiglitz, J. (2012). <em>The Price of Inequality</em>. W.W. Norton.</li>



<li>Tanzi, V. (1999). “Uses and Abuses of Estimates of the Underground Economy”. <em>The Economic Journal</em>.</li>
</ul>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="Oi2UtgBoUg"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/11/26/contrefacon-contrebande-et-speculation-une-guerre-perdue/">Contrefaçon, contrebande et spéculation : une guerre perdue ?</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Contrefaçon, contrebande et spéculation : une guerre perdue ? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/11/26/contrefacon-contrebande-et-speculation-une-guerre-perdue/embed/#?secret=H0Fp59qfte#?secret=Oi2UtgBoUg" data-secret="Oi2UtgBoUg" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>La Tunisie et sa souveraineté vestimentaire</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 03 Jan 2026 09:55:34 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Zouhaïr Ben Amor]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Et si s’habiller tunisien pourrait aider à retrouver le plein emploi, la dignité économique et l’empreinte culturelle ? </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/03/la-tunisie-et-sa-souverainete-vestimentaire/">La Tunisie et sa souveraineté vestimentaire</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>La question du plein emploi en Tunisie est trop souvent abordée par le haut : chiffres macroéconomiques, réformes financières, plans d’austérité ou promesses d’investissements étrangers. Elle est rarement pensée à partir du quotidien, de ce qui touche chaque citoyen dans ses gestes les plus simples. Or, s’habiller est l’un de ces gestes universels, répétitifs, constants, et pourtant profondément politiques. Et si s’habiller tunisien pourrait aider à retrouver le plein emploi, la dignité économique et l’empreinte culturelle&nbsp;? </em></strong><strong></strong></p>



<p><strong>Zouhaïr Ben Amor *</strong></p>



<span id="more-18183904"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg" alt="" class="wp-image-17518909" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Pendant plusieurs décennies, la Tunisie a su se vêtir elle-même. Cette réalité, aujourd’hui presque oubliée, n’était ni marginale ni archaïque : elle constituait un véritable système économique intégré, capable de faire travailler des dizaines de milliers de personnes, de structurer les villes et les villages, et d’ancrer la production dans la culture locale. La mémoire de cette époque n’est pas une nostalgie : elle est un gisement de solutions.</p>



<p>La thèse défendue dans cet article est simple mais exigeante : la souveraineté vestimentaire peut devenir un levier central du plein emploi en Tunisie, tout en restaurant une dignité économique, une cohérence culturelle et une ambition africaine.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quand la Tunisie s’habillait elle-même</h2>



<p>Il fut un temps où la Tunisie produisait l’essentiel de ce qu’elle portait. Les tissus sortaient d’usines nationales, parmi lesquelles la célèbre Sogitex, symbole d’une industrie textile publique protégée et structurante. Ces tissus étaient ensuite transformés localement : robes, jupes, costumes, draps, manteaux. Dans chaque quartier, dans chaque rue presque, travaillaient des couturières et des tailleurs.</p>



<p>Ce modèle reposait sur plusieurs piliers solides : une industrie textile nationale protégée&nbsp;; un artisanat de confection dense et diffus; un commerce de proximité; et une culture du sur-mesure et de la réparation.</p>



<p>Même les chaussures, souvent peu confortables mais accessibles, étaient tunisiennes. Les espadrilles, imparfaites mais bon marché, permettaient à chacun de se chausser dignement. Les importations étaient limitées aux accessoires : boutons, fermetures éclair, mercerie. La valeur ajoutée, elle, restait locale.</p>



<p>Ce choix n’était pas accidentel. Il relevait d’une politique économique consciente, fondée sur la protection des industries naissantes, comme l’ont fait avant nous l’Europe, les États-Unis ou le Japon (Chang, 2002).</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le rôle structurant du protectionnisme intelligent</h2>



<p>Contrairement au discours dominant actuel, le protectionnisme n’est pas un gros mot. Il devient nocif lorsqu’il est aveugle et permanent. Mais lorsqu’il est temporaire, ciblé et stratégique, il constitue un outil de développement essentiel (Rodrik, 2011).</p>



<p>Dans le cas tunisien, la protection du textile a permis : la montée en compétence de la main-d’œuvre&nbsp;; la stabilisation de l’emploi urbain et féminin&nbsp;; et la constitution d’un tissu industriel et artisanal cohérent.</p>



<p>Le textile est un secteur intensif en main-d’œuvre, particulièrement adapté à un pays à forte démographie active et à faible capital. En abandonnant cette protection sans stratégie de substitution, la Tunisie a exposé son industrie à une concurrence internationale écrasante, souvent fondée sur des coûts sociaux et environnementaux insoutenables.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La double destruction : malls et friperies</h2>



<p>Aujourd’hui, deux modèles dominent l’habillement en Tunisie, et tous deux sont destructeurs de souveraineté.</p>



<p><em>Les malls ou l’importation du prestige</em><strong>&nbsp;</strong>:les centres commerciaux proposent des produits importés, souvent haut de gamme, inaccessibles à la majorité. Ils drainent les devises, créent peu d’emplois qualifiés et participent à une dépendance culturelle, où l’élégance est perçue comme nécessairement étrangère.</p>



<p><em>Les friperies ou l’illusion de l’accessibilité&nbsp;:</em><strong> </strong>à l’autre extrême, les friperies offrent des vêtements à bas prix, mais au coût caché immense. Elles détruisent la production locale, inondent le marché de vêtements usagés venus du Nord et transforment la Tunisie en décharge textile mondiale (Niinimäki et al., 2020).</p>



<p>Entre le luxe importé et la seconde main massive, l’industrie nationale n’a plus d’espace pour respirer.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/01/Habit-traditionnel-homme-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-18183974" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/01/Habit-traditionnel-homme-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/01/Habit-traditionnel-homme-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/01/Habit-traditionnel-homme-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/01/Habit-traditionnel-homme-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/01/Habit-traditionnel-homme-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/01/Habit-traditionnel-homme-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/01/Habit-traditionnel-homme.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">Définition et portée de la souveraineté vestimentaire</h2>



<p>Par analogie avec la souveraineté alimentaire (Patel, 2009), la souveraineté vestimentaire peut se définir comme la capacité d’un pays à produire majoritairement, sur son territoire, des vêtements accessibles, adaptés culturellement, socialement et économiquement à sa population.</p>



<p>Il ne s’agit ni d’autarcie ni de repli identitaire. Il s’agit de maîtrise : maîtrise des chaînes de valeur, des emplois, des savoir-faire, des normes.</p>



<p>La dépendance vestimentaire est une fragilité stratégique. Un pays incapable d’habiller sa population dépend entièrement de flux extérieurs, soumis aux crises, aux ruptures logistiques et aux rapports de force internationaux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Gandhi et le vêtement comme acte politique</h2>



<p>L’exemple de Mahatma Gandhi est ici central. En promouvant le <em>khadi</em>, tissu filé et tissé localement, Gandhi ne prônait pas le retour au passé, mais un acte de désobéissance économique face à l’industrie textile britannique. Le vêtement devenait un symbole de dignité, d’autonomie et de résistance (Roy, 1999).</p>



<p>La leçon est universelle : se vêtir n’est jamais neutre. C’est choisir un système économique plutôt qu’un autre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le textile comme moteur du plein emploi</h2>



<p>Relancer une filière textile intégrée permettrait &nbsp;d’absorber une partie massive du chômage, de créer des emplois féminins stables, de revitaliser les régions, et de réhabiliter les métiers manuels.</p>



<p>Chaque dinar investi dans le textile crée plus d’emplois que dans les secteurs capitalistiques. Le plein emploi ne viendra pas des technologies importées seules, mais de secteurs à forte intensité humaine, enracinés localement (ILO, 2018).</p>



<h2 class="wp-block-heading">Habiller l’Afrique : une ambition réaliste</h2>



<p>La Tunisie ne doit pas penser petit. L’Afrique est le continent de demain : croissance démographique, urbanisation, émergence d’une classe moyenne. La demande en vêtements adaptés, abordables et de qualité y est immense.</p>



<p>Grâce à sa position géographique, son savoir-faire et son histoire textile, la Tunisie peut devenir une plateforme vestimentaire africaine, à condition de reconstruire d’abord son marché intérieur.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Azzedine Alaïa et le génie tunisien du vêtement</h2>



<p>La preuve que la Tunisie possède un talent exceptionnel dans l’art d’habiller est incarnée par Azzedine Alaïa. Parti de Tunisie, devenu l’un des plus grands couturiers à Paris, Alaïa n’a jamais renié son rapport charnel au tissu, à la coupe, au corps.</p>



<p>Son parcours démontre que l’excellence tunisienne peut être universelle sans être déracinée. Il est l’illustration parfaite de ce que pourrait devenir une filière nationale ambitieuse : une alliance entre artisanat, créativité et modernité.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Se vêtir pour se redresser</h2>



<p>La souveraineté vestimentaire n’est ni un slogan ni une utopie. Elle est un choix de société. Elle engage l’emploi, la culture, l’environnement, la dignité.</p>



<p>S’habiller tunisien, ce n’est pas seulement consommer autrement. C’est produire autrement, penser autrement, transmettre autrement. C’est redonner un sens au travail, une valeur au geste, une cohérence à l’économie.</p>



<p>Comme hier, dans les rues d’Ez-Zahra et d’ailleurs, la Tunisie peut à nouveau se vêtir elle-même – et, ce faisant, se remettre debout.</p>



<p><strong>Bibliographie indicative</strong></p>



<p>Chang, H.-J. (2002). <em>Kicking Away the Ladder</em>. Anthem Press.</p>



<p>Rodrik, D. (2011). <em>The Globalization Paradox</em>. Oxford University Press.</p>



<p>Patel, R. (2009). <em>Food Sovereignty</em>. Journal of Peasant Studies.</p>



<p>Niinimäki, K. et al. (2020). <em>The Environmental Price of Fast Fashion</em>. Nature Reviews Earth &amp; Environment.</p>



<p>Roy, A. (1999). <em>The Politics of the Spinning Wheel</em>. Oxford India.</p>



<p>International Labour Organization (2018). <em>Employment-intensive industries and development</em>.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="K5r4EkL8pW"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/25/pour-relancer-le-secteur-du-textile-en-tunisie/">Pour relancer le secteur du textile en Tunisie</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Pour relancer le secteur du textile en Tunisie » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/25/pour-relancer-le-secteur-du-textile-en-tunisie/embed/#?secret=BFPj3Obmy1#?secret=K5r4EkL8pW" data-secret="K5r4EkL8pW" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<item>
		<title>La révolution tunisienne à l’épreuve des révolutions historiques</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 19 Dec 2025 09:35:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[fatigue révolutionnaire]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed Bouazizi]]></category>
		<category><![CDATA[Révolution tunisienne]]></category>
		<category><![CDATA[Zouhaïr Ben Amor]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La révolution tunisienne répond-elle aux critères classiques du phénomène révolutionnaire à travers le monde ?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Depuis janvier 2011, la révolution tunisienne est constamment convoquée dans le grand récit des révolutions historiques. Elle a été rapprochée tantôt de la Révolution française de 1789, tantôt des révolutions russes de 1917, parfois des mouvements de 1848 ou des révolutions dites «de velours» de la fin du XXᵉ siècle. Cette comparaison quasi réflexe pose une double question : qu’est-ce qu’une révolution historique ? Et la révolution tunisienne répond-elle aux critères classiques du phénomène révolutionnaire ?</em></strong></p>



<p><strong>Zouhaïr Ben Amor *</strong></p>



<span id="more-18109362"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg" alt="" class="wp-image-17518909" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Comparer n’est pas assimiler. Comparer, c’est situer. C’est interroger les invariants de l’histoire politique – rupture, violence, légitimité, souveraineté – tout en reconnaissant les singularités de chaque contexte. Comme l’écrivait Hannah Arendt, <em>«les révolutions ne sont pas interchangeables, mais elles dialoguent à travers le temps»</em>.</p>



<p>La révolution tunisienne mérite donc d’être pensée non comme une anomalie, ni comme une imitation tardive, mais comme une révolution moderne, située à la jonction de l’histoire longue des révolutions et des mutations contemporaines du politique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Qu’est-ce qu’une révolution ? Repères théoriques</h2>



<p><strong><em>La révolution comme rupture historique :</em></strong> le mot <em>«révolution»</em> est longtemps resté associé à l’astronomie, désignant un retour cyclique. Ce n’est qu’à partir du XVIIIᵉ siècle qu’il acquiert son sens politique moderne : une rupture irréversible dans l’ordre social et politique (Koselleck).</p>



<p>Pour Alexis de Tocqueville, la Révolution française n’est pas seulement un événement, mais <em>«l’aboutissement d’un long processus de centralisation et de délitement social»</em>. La révolution ne surgit pas du néant : elle cristallise des tensions anciennes.</p>



<p><strong><em>Violence et légitimité :</em></strong> la plupart des grandes révolutions ont été violentes : 1789-1794 en France; 1917-1921 en Russie ; 1949 en Chine.</p>



<p>Arendt distingue cependant la violence du pouvoir : la violence peut détruire un ordre, mais elle ne fonde pas à elle seule une légitimité durable. Cette distinction est essentielle pour comprendre la singularité tunisienne.</p>



<p><strong><em>Révolution sociale ou révolution politique:</em></strong> Crane Brinton identifie des phases récurrentes : 1.crise de l’ancien régime ; 2- mobilisation populaire ; 3. phase radicale ; 4. stabilisation ou retour à l’ordre</p>



<p>Mais toutes les révolutions ne transforment pas la structure sociale. Certaines restent politiques, d’autres deviennent sociales. C’est l’un des nœuds du débat tunisien.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les grandes révolutions historiques : constantes et différences</h2>



<p><strong><em>La Révolution française (1789)</em></strong> fonde le modèle moderne de la révolution politique. Ses apports sont majeurs (souveraineté populaire, égalité juridique, citoyenneté, fin de la monarchie de droit divin); mais elle fut aussi marquée par la terreur, la guerre civile et l’instabilité chronique (Soboul).</p>



<p>La révolution tunisienne s’en rapproche par son aspiration à la dignité et à la citoyenneté, mais s’en éloigne par l’absence de refondation radicale de l’ordre social.</p>



<p><strong><em>La Révolution russe (1917)</em></strong><strong>&nbsp;</strong>est l’exemple type de la révolution idéologique totale. Lénine transforme une crise impériale en projet historique global, fondé sur une doctrine structurée (Marx, Engels, Lénine).</p>



<p>La Tunisie, à l’inverse, n’a pas porté de projet idéologique unifié. Son mouvement fut spontané, pluriel, parfois contradictoire – ce qui est à la fois sa force et sa faiblesse.</p>



<p><strong><em>Les révolutions européennes de 1848 et les printemps avortés</em></strong> furent largement démocratiques, libérales, nationales… et majoritairement vaincues. Marx y voit <em>«l’apprentissage douloureux du peuple».</em></p>



<p>La révolution tunisienne partage avec 1848 le caractère inachevé, la difficulté à transformer l’élan populaire en institutions stables.</p>



<p><strong><em>Les révolutions non violentes contemporaines </em></strong>d’Europe de l’Est (1989) ou la chute de l’apartheid en Afrique du Sud montrent qu’une révolution peut être pacifique, négociée, institutionnelle (Vaclav Havel, 1990).</p>



<p>La Tunisie s’inscrit clairement dans cette lignée, avec un compromis politique initial salué internationalement (Stepan &amp; Linz, 2013).</p>



<h2 class="wp-block-heading">La révolution tunisienne : genèse et dynamique</h2>



<p><strong><em>Une révolution sans leader :</em></strong> le geste de Mohamed Bouazizi n’était pas idéologique. Il exprimait une humiliation sociale, un sentiment d’injustice et de dépossession (Hibou, 2011).</p>



<p>Contrairement aux révolutions classiques, la révolution tunisienne n’a pas de chef, n’a pas de parti fondateur, n’a pas de doctrine officielle.</p>



<p>Cela la rapproche des révolutions du XXIᵉ siècle analysées par Manuel Castells comme des <em>«révolutions en réseau»</em>.</p>



<p><strong><em>Le rôle des classes moyennes et de la jeunesse :</em></strong> la révolution tunisienne est portée par : une jeunesse diplômée marginalisée, des classes moyennes fragilisées, des régions intérieures abandonnées</p>



<p>Elle n’est ni une révolte de la faim, ni une insurrection ouvrière classique, mais une révolte de la dignité («<em>karama»</em>).</p>



<p><strong><em>L’État au cœur du conflit</em></strong><strong>&nbsp;: </strong>contrairement à la Libye ou à la Syrie, l’État tunisien ne s’est pas effondré. L’armée est restée en retrait, et l’administration a continué à fonctionner.Cela a évité la guerre civile, mais a aussi limité la rupture révolutionnaire (Bayart).</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une révolution inachevée ou une révolution empêchée ?</h2>



<p><strong><em>La question sociale non résolue :</em></strong> toutes les grandes révolutions échouent lorsqu’elles ne répondent pas à la question sociale (Polanyi, 1944).En Tunisie : chômage structurel, déséquilibres régionaux, dépendance économique</p>



<p>La révolution politique n’a pas été accompagnée d’une révolution économique.</p>



<p><strong><em>Le poids de l’ancien régime&nbsp;:</em></strong><strong> </strong>comme l’avait montré Tocqueville, les révolutions héritent toujours de l’ancien régime. En Tunisie, les réseaux administratifs, économiques et culturels de l’État autoritaire ont survécu, souvent intacts.</p>



<p>La révolution a changé le sommet, mais rarement la base.</p>



<p><strong><em>La fatigue révolutionnaire :</em></strong> les révolutions prolongées produisent une lassitude sociale. L’aspiration à l’ordre, même au prix de la liberté, est un phénomène historiquement récurrent (Arendt).</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le positionnement historique de la révolution tunisienne</h2>



<p>La révolution tunisienne n’est ni un échec pur, ni une réussite exemplaire. Elle est la première révolution démocratique du monde arabe, une révolution sans bain de sang majeur&nbsp;; une révolution sans projet socio-économique structuré&nbsp;; elle inaugure une nouvelle catégorie historique : la révolution civique incomplète, située entre rupture symbolique et continuité structurelle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une révolution pour le XXIᵉ siècle</h2>



<p>Comparer la révolution tunisienne aux grandes révolutions historiques ne revient pas à la juger à l’aune du passé, mais à comprendre ce que signifie faire révolution aujourd’hui.</p>



<p>Dans un monde globalisé, interconnecté, dominé par l’économie financière, les révolutions ne prennent plus nécessairement le Palais d’Hiver. Elles déplacent les frontières du dicible, du légitime et du possible.</p>



<p>La révolution tunisienne restera dans l’histoire non pour ce qu’elle a totalement accompli, mais pour ce qu’elle a rendu irréversible : la fin du consentement à l’humiliation.</p>



<p><em>* Docteur en biologie et essayiste.</em></p>



<p><strong>Bibliographie (citée dans le texte)</strong></p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Arendt, H. (1963). <em>On Revolution</em>. Penguin.</li>



<li>Arendt, H. (1970). <em>On Violence</em>. Harcourt.</li>



<li>Bayart, J.-F. (2014). <em>L’État en Afrique</em>. Fayard.</li>



<li>Brinton, C. (1938). <em>The Anatomy of Revolution</em>. Vintage.</li>



<li>Castells, M. (2012). <em>Networks of Outrage and Hope</em>. Polity Press.</li>



<li>Hibou, B. (2011). <em>La force de l’obéissance</em>. La Découverte.</li>



<li>Koselleck, R. (1972). <em>Futur passé</em>. EHESS.</li>



<li>Marx, K. (1852). <em>Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte</em>.</li>



<li>Polanyi, K. (1944). <em>The Great Transformation</em>. Beacon Press.</li>



<li>Soboul, A. (1962). <em>La Révolution française</em>. Gallimard.</li>



<li>Stepan, A. &amp; Linz, J. (2013). <em>Democratization Theory</em>. Johns Hopkins.</li>



<li>Tocqueville, A. de (1856). <em>L’Ancien Régime et la Révolution</em>.</li>
</ul>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="ffIQ1vIxg1"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/18/quinze-ans-apres-le-printemps-arabe-nest-pas-termine/">Quinze ans après, le Printemps arabe n’est pas terminé</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Quinze ans après, le Printemps arabe n’est pas terminé » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/18/quinze-ans-apres-le-printemps-arabe-nest-pas-termine/embed/#?secret=n7dwKitYCA#?secret=ffIQ1vIxg1" data-secret="ffIQ1vIxg1" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>La Tunisie face au retour du protectionnisme</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/16/la-tunisie-face-au-retour-du-protectionnisme/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Dec 2025 15:29:32 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Zouhaïr Ben Amor]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Tunisie doit se préparer à un monde plus incertain et instable, moins généreux et prévisible, où l’anticipation devient vitale.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Dans un monde de plus en plus incertain, instable et protectionniste, les nations moyennes et petites ne peuvent plus se contenter d’être spectatrices. Parmi elles, la Tunisie doit se préparer à un monde moins généreux, moins prévisible, où la souveraineté, l’autonomie stratégique et la capacité d’anticipation deviennent vitales.</em></strong> <em>(Ph. « Kairouan » de Paul Klee).</em></p>



<p><strong>Zouhaïr Ben Amor *</strong></p>



<span id="more-18095004"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg" alt="" class="wp-image-17518909" style="width:200px;height:auto" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Depuis une décennie, un changement profond s’opère dans l’ordre international. La mondialisation que l’on a connue pendant les années 1990-2010 — ouverte, libérale, fondée sur l’extension du commerce et des valeurs universelles — se retire progressivement au profit d’un monde fragmenté, plus dur, plus protectionniste. Les États-Unis ont refermé une partie de la parenthèse libérale qu’ils avaient eux-mêmes ouverte. L’Europe apparaît désorientée, prise entre la menace russe, la crise énergétique, l’affaiblissement industriel, et l’incertitude stratégique liée à une désolidarisation américaine en matière de défense.  </p>



<p>Dans ce contexte, les nations moyennes et petites ne peuvent plus se contenter d’être spectatrices. Parmi elles, la Tunisie doit se préparer à un monde moins généreux, moins prévisible, où la souveraineté, l’autonomie stratégique et la capacité d’anticipation deviennent vitales.</p>



<p>L’objectif de cet article est de montrer comment la Tunisie peut transformer cette nouvelle réalité mondiale en une opportunité pour son développement, en articulant trois axes : 1- comprendre la recomposition géopolitique&nbsp;; 2-réinventer le modèle économique tunisien&nbsp;; 3- construire une diplomatie active, prudente et non-alignée.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La fin d’un monde ouvert : un retour de la puissance</h2>



<p><strong><em>Le retrait américain&nbsp;: pivot ou désengagement ? </em></strong>Depuis Barack Obama, les États-Unis ont entamé un retrait relatif du Moyen-Orient et de l’Europe. Biden l’a fait silencieusement, Trump l’a brutalement assumé. Selon Mearsheimer (2018), ce retrait n’est pas un accident, mais un réalignement stratégique fondé sur l’idée que <em>«l’énergie américaine ne doit plus être dilapidée dans des conflits lointains»</em> (Mearsheimer, <em>The Great Delusion</em>).</p>



<p>Cette tendance repose sur trois faits : 1- pivot vers l’Asie pour contenir la Chine&nbsp;; 2- fatigue impériale après l’Irak et l’Afghanistan&nbsp;; 3- crise interne américaine : polarisation, inégalités, déficit démocratique</p>



<p>L’Otan, longtemps pilier du système de défense européen, n’est plus considérée comme une priorité. Trump a menacé d’abandonner les alliés européens s’ils ne montaient pas leurs dépenses militaires. Cette idée est aujourd’hui reprise au Congrès américain par des voix influentes.</p>



<p>L’Europe découvre soudain, pour reprendre la formule de Luuk van Middelaar (2019), qu’<em>«elle vit dans un monde hobbesien»</em> — un monde où la force prime sur la norme.</p>



<p><strong><em>La menace russe et le choc stratégique&nbsp;: </em></strong>l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a brisé un mythe : celui d’une Europe post-historique. L’idée, illustrée par Fukuyama (1992), que <em>«l’histoire était terminée»</em> au profit d’un monde pacifié et démocratique, a été brutalement démentie.</p>



<p>L’Europe réapprend ce que la Tunisie a toujours su : la géopolitique n’est pas un chapitre de livres, mais une affaire d’intérêts, de territoires, d’armée, d’énergie.</p>



<p><strong><em>Le retour du protectionnisme&nbsp;: </em></strong>les États-Unis n’ont plus honte de défendre leur industrie par la force des barrières douanières : Inflation Reduction Act, Buy American Act, relocalisations massives. L’Union européenne suit timidement. L’OMC est marginalisée.</p>



<p>Le capitalisme mondial est désormais un capitalisme des blocs, comme l’annonçait déjà Zbigniew Brzezinski (1997) : <em>«La lutte pour le contrôle des régions clés n’a jamais cessé.»</em></p>



<p>Le monde redevient multipolaire, conflictuel, stratégique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La Tunisie dans le nouvel ordre mondial</h2>



<p><strong><em>Une position géographique stratégique&nbsp;:</em></strong> la Tunisie n’est ni un pays enclavé ni marginal. Elle est sur une ligne de fracture géopolitique au sud de l’Europe, au nord de l’Afrique, au centre de la Méditerranée, face aux routes migratoires, proche des champs énergétiques libyens et algériens.</p>



<p>Elle possède une qualité irremplaçable : la stabilité relative. Dans un Maghreb où la Libye est imprévisible, l’Algérie fragile par sa dépendance aux hydrocarbures, la Tunisie demeure un pivot.</p>



<p><strong>Le risque d’être marginalisé&nbsp;: </strong>le danger n’est pas l’hostilité, mais l’indifférence.</p>



<p>Un monde protectionniste favorise les grands blocs&nbsp;(États-Unis&nbsp;; Chine&nbsp;; Inde&nbsp;; Europe&nbsp;; Russie&nbsp;; Turquie).</p>



<p>Les petits pays subissent, comme l’observait déjà Raymond Aron en 1962 : <em>«Les États faibles n’ont pas l’initiative des décisions.»</em></p>



<p>Le risque pour la Tunisie est de devenir seulement un espace de transit, un marché, un tampon.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’Europe désemparée : partenaire fragilisé mais indispensable</h2>



<p><strong><em>L’Europe face à la guerre&nbsp;: </em></strong>L’Europe a longtemps cru en trois illusions : la paix éternelle&nbsp;; l’énergie bon marché&nbsp;; l’armée américaine gratuite.</p>



<p>Ces trois illusions se sont effondrées en 2022. L’Allemagne découvre sa vulnérabilité industrielle. La France s’inquiète pour sa souveraineté nucléaire. L’Italie regarde vers les flux migratoires et la Méditerranée.</p>



<p>Pourtant, l’Europe reste le premier partenaire de la Tunisie : premier investisseur&nbsp;; premier marché et premier partenaire académique.</p>



<p><strong><em>Une solidarité conditionnelle&nbsp;: </em></strong>l’Europe ne donne plus. Elle prête, elle exige, elle conditionne.</p>



<p>Migration, surveillance des côtes, stabilisation régionale : voilà les priorités européennes.</p>



<p>L’accord de juillet 2023 entre la Tunisie et l’Union européenne n’est pas un accord économique, c’est un accord stratégique. Il confirme un fait : la Méditerranée est redevenue un espace de sécurité et non seulement d’économies.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Que doit faire la Tunisie ? Un nouveau modèle</h2>



<p><strong><em>Passer de l’assistance à l’autonomie&nbsp;: </em></strong>pendant des années, la Tunisie a vécu sous le modèle de la générosité internationale (coopération, aide publique au développement, soutien budgétaire).</p>



<p>Ce modèle est terminé. Le monde est devenu dur. Il donne peu. Il exige beaucoup.</p>



<p>La Tunisie doit passer à un modèle d’autonomie intelligente : nourrir davantage son économie par ses propres forces&nbsp;; bâtir des chaînes de valeur locales&nbsp;; orienter l’éducation vers l’innovation</p>



<p>Amartya Sen (1999) nous rappelle que le développement n’est pas seulement économique, mais une capacité d’agir.</p>



<p><strong>Trois secteurs prioritaires&nbsp;:</strong></p>



<p><em>a) Agro-industrie et souveraineté alimentair</em>e : l’eau devient rare. Le climat se transforme. Les prix agricoles explosent. Le monde entre dans ce que Lester Brown (2011) appelait <em>«l’ère des pénuries»</em>.</p>



<p>L’agriculture tunisienne doit se moderniser : goutte à goutte généralisé; variétés résistantes agriculture de précision; et valorisation des produits du terroir.</p>



<p>Souveraineté ne signifie pas autarcie, mais capacité à résister aux chocs externes.</p>



<p><em>b) Énergie solaire, gaz, interconnexion</em> : le Sahara tunisien est un trésor solaire. L’Allemagne rêve de produire au sud ce qu’elle consomme au nord. La Tunisie peut devenir un exportateur d’énergie verte.</p>



<p>L’interconnexion électrique avec l’Italie (Elmed) est stratégique : elle transforme la Tunisie en pont énergétique.</p>



<p><em>c) Économie de la connaissance </em>: la Tunisie exporte ses cerveaux. Elle peut aussi exporter leurs idées (biologie, ingénieries diverses, numérique, IA…)</p>



<p>Ce n’est pas un rêve romantique : l’Inde, l’Estonie, Israël l’ont fait.</p>



<p>L’université tunisienne doit redevenir un laboratoire d’innovation, pas une machine à diplômes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Diplomatie : prudence active et non-alignement</h2>



<p>La Tunisie n’a aucun intérêt à choisir entre Washington, Bruxelles, Moscou, Pékin, Ankara, ou Riyad Elle doit dialoguer avec tous, comme le faisait la diplomatie yougoslave à l’ère de Tito.</p>



<p>Le non-alignement, loin d’être une nostalgie, est une stratégie de survie pour les États moyens. Comme le souligne Henry Kissinger (2014)&nbsp;: <em>«L’équilibre des puissances protège les faibles, autant que les forts.»</em></p>



<p><strong><em>Maghreb, la grande occasion&nbsp;: </em></strong>aucun pays maghrébin ne pèse seul. Une union économique, même minimale, créerait un marché de 100 millions de consommateurs&nbsp;; un corridor énergétique&nbsp;; une puissance méditerranéenne.</p>



<p>Mais l’histoire nous enseigne que le Maghreb est une idée plus sentimentale que politique.</p>



<p>Pourtant, la Tunisie peut être le médiateur entre l’Algérie et le Maroc. Sa neutralité est un atout.</p>



<p><strong><em>Afrique : l’avenir démographique et économique&nbsp;: </em></strong>d’ici 2050, l’Afrique comptera 2,5 milliards d’habitants. Le continent sera le centre de la croissance mondiale (McKinsey, 2016). La Tunisie doit se tourner vers le sud &nbsp;(santé<strong><em>, </em></strong>formation, ingénierie, agriculture…)</p>



<p>La Cedeao, l’Afrique de l’Est, l’Afrique australe : la Tunisie doit y être présente.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La culture tunisienne comme soft power</h2>



<p>Dans un monde de puissance, l’influence douce devient essentielle. La Tunisie possède un capital symbolique : modernité relative, laïcité sociale statut des femmes, patrimoine romain, islamique, méditerranéen, cinéma, littérature, musique…</p>



<p>La culture est une diplomatie.</p>



<p>La Méditerranée n’est pas seulement une mer de commerce. C’est une mer d’imaginaire. Paul Klee, August Macke et Louis Moilliet n’étaient pas venus à Saint-Germain-Ezzahra pour exporter des marchandises. Ils venaient chercher une lumière, une liberté.</p>



<p>La culture tunisienne peut redevenir un message universel.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un pays debout dans un monde incertain</h2>



<p>La Tunisie n’est pas condamnée à subir. Elle doit comprendre le monde, se réformer, se projeter, ne pas attendre les miracles extérieurs</p>



<p>Le monde d’hier — généreux, ouvert, multilatéral — est terminé. Celui qui vient sera plus compétitif, plus violent, plus fermé. Comme l’écrit Pierre Hassner (2003)&nbsp;: <em>«Nous entrons dans l’âge post-occidental.»</em></p>



<p>Pourtant, la Tunisie possède trois forces essentielles : une position géographique unique&nbsp;; une tradition d’éducation, de dialogue, de modération&nbsp;; et un potentiel culturel qui fait d’elle un pays respectable</p>



<p>Dans un monde protectionniste, la Tunisie doit se préparer non pas à demander, mais à offrir de la stabilité, de l’énergie, du savoir, des services et une diplomatie sage.</p>



<p>Si elle parvient à conjuguer souveraineté et ouverture, lucidité et créativité, elle ne sera pas un espace oublié, mais une porte de la Méditerranée.</p>



<p>* <em>Universitaire.</em></p>



<p><strong><em>Références bibliographiques</em></strong></p>



<ul class="wp-block-list">
<li><em>Aron, Raymond. Paix et guerre entre les nations. Calmann-Lévy, 1962.</em></li>



<li><em>Brzezinski, Zbigniew. The Grand Chessboard: American Primacy and Its Geostrategic Imperatives. </em><em>Basic Books, 1997.</em></li>



<li><em>Brown, Lester. World on the Edge: How to Prevent Environmental and Economic Collapse. </em><em>Earth Policy Institute, 2011.</em></li>



<li><em>Fukuyama, Francis. The End of History and the Last Man. </em><em>Free Press, 1992.</em></li>



<li><em>Hassner, Pierre. La terreur et l&#8217;empire : La violence et la paix II. Seuil, 2003.</em></li>



<li><em>Kissinger, Henry. World Order. Penguin Books, 2014.</em></li>



<li><em>Luuk van Middelaar. Quand l&rsquo;Europe improvise : Dix ans de crises politiques. Gallimard, 2019.</em></li>



<li><em>McKinsey Global Institute. Lions on the Move II: Realizing the Potential of Africa’s Economies, 2016.</em></li>



<li><em>Mearsheimer, John. The Great Delusion: Liberal Dreams and International Realities. </em><em>Yale University Press, 2018.</em></li>



<li><em>Sen, Amartya. Development as Freedom. </em><em>Oxford University Press, 1999.</em></li>
</ul>
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		<title>Vers un nouveau modèle de développement pour la Tunisie</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Dec 2025 10:18:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[agriculture durable]]></category>
		<category><![CDATA[environnement]]></category>
		<category><![CDATA[modèle de développement]]></category>
		<category><![CDATA[tourisme]]></category>
		<category><![CDATA[Zouhaïr Ben Amor]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les éléments constitutifs d’un modèle économique alternatif pour la Tunisie pourraient se résumer ainsi : Environnement + Culture + Tourisme.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Depuis 2011, la Tunisie se cherche un modèle de développement capable de redonner souffle à une économie en transition et de répondre à la crise sociale et écologique qui s’accentue. Le modèle productiviste hérité des décennies précédentes — fondé sur la main-d’œuvre bon marché, le tourisme de masse et une agriculture dépendante des intrants importés — montre désormais ses limites. La dépendance extérieure, la fragilité du tissu industriel, la dégradation des ressources naturelles et les inégalités régionales ont rendu nécessaire une révision profonde du paradigme national.</em></strong></p>



<p><strong>Zouhaïr Ben Amor</strong> *</p>



<span id="more-18070129"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg" alt="" class="wp-image-17518909" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Or, la Tunisie dispose d’atouts uniques : une situation géographique exceptionnelle à la pointe nord de l’Afrique, face à l’Europe, ouverte sur la Méditerranée et connectée au monde arabe et africain; une diversité naturelle rare pour un pays de sa taille; et surtout, un patrimoine culturel et historique d’une richesse exceptionnelle. Ces éléments constituent les fondements d’un modèle alternatif, que l’on pourrait résumer par une équation simple : Environnement + Culture + Tourisme.</p>



<p>Ce triptyque pourrait devenir l’ossature d’un développement durable à la tunisienne — un modèle reposant sur la protection de l’environnement (y compris l’agriculture), la valorisation culturelle et un tourisme repensé dans sa dimension qualitative et territoriale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">1. La Tunisie et ses atouts naturels et humains</h2>



<p>La Tunisie est bénie par la nature. Son climat méditerranéen tempéré, son littoral de plus de 1 300 km, ses reliefs variés, ses zones humides, ses oasis, et ses terres agricoles confèrent au pays une diversité écologique que peu de nations arabes possèdent.</p>



<p>Pourtant, ces richesses naturelles sont aujourd’hui menacées. La surexploitation des nappes phréatiques, l’avancée de la désertification, l’érosion des sols et la pollution côtière pèsent lourdement sur les équilibres environnementaux. Selon la Banque mondiale, la Tunisie perd chaque année près de 0,7 % de son PIB à cause de la dégradation environnementale.</p>



<p>Mais l’environnement ne se réduit pas à un décor; il constitue une base de production, un patrimoine vivant et une source de bien-être collectif. C’est là que l’agriculture, composante essentielle de ce pilier, trouve toute sa place. L’Office national de l’agriculture (Onagri) rappelle dans son <em>Référentiel pour une agriculture durable en Tunisie</em> (2015) que<em> «la durabilité du secteur agricole passe par la préservation des ressources, la diversification des cultures et la valorisation du savoir-faire paysan»</em>.</p>



<p>À ces atouts naturels s’ajoute un patrimoine culturel et historique d’une densité exceptionnelle. La Tunisie est un carrefour de civilisations : phénicienne, romaine, byzantine, arabe, ottomane, andalouse, européenne. Ses médinas, ses sites archéologiques, ses traditions artisanales et musicales, ainsi que ses langues et cuisines régionales constituent une mosaïque culturelle d’une grande richesse.</p>



<p>Enfin, le pays dispose d’un capital humain jeune et éduqué, d’une diaspora dynamique et d’un secteur créatif en plein essor (design, photographie, cinéma, artisanat, arts plastiques). Ce potentiel humain et symbolique doit être placé au cœur du projet de développement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">2. Environnement et agriculture : socle de la résilience</h2>



<p>Le pilier environnemental ne peut être dissocié de l’agriculture, qui reste le premier utilisateur de l’eau et un pilier social pour près d’un tiers des Tunisiens. Cependant, la pression climatique et hydrique impose une refonte totale des pratiques. La Tunisie est classée parmi les pays les plus exposés au stress hydrique dans le monde, avec moins de 400 m³ d’eau douce disponible par habitant et par an, loin du seuil de pauvreté hydrique fixé à 1 000 m³.</p>



<p>L’adoption de modèles agroécologiques, la modernisation raisonnée de l’irrigation, l’usage d’énergies renouvelables dans les exploitations et la revalorisation des déchets organiques constituent des priorités. Des expériences locales en permaculture, à Grombalia, Sidi Bouzid ou Tozeur, montrent qu’il est possible de produire autrement, avec des rendements stables et des sols régénérés.</p>



<p>Les politiques publiques doivent encourager ces transitions : crédits verts, labels bio, circuits courts entre producteurs et consommateurs, coopératives territoriales. Dans le monde, des exemples inspirants existent : l’Italie du Sud, le Maroc (plan Génération verte) ou encore le Portugal ont réussi à associer agriculture locale, tourisme rural et durabilité environnementale.</p>



<p>L’agriculture tunisienne peut devenir à la fois productrice de biens, de paysages et de valeurs culturelles. Le <em>Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE)</em> recommande de considérer les zones agricoles comme <em>«systèmes écoculturels»</em> : chaque terroir est porteur d’une identité, d’un savoir-faire et d’une biodiversité spécifique.</p>



<p>Ainsi, la préservation de l’environnement devient la condition de la durabilité économique : sans eau, sans sol fertile, sans paysages intacts, ni agriculture ni tourisme ne peuvent survivre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">3. Culture et patrimoine : l’âme du développement</h2>



<p>La culture, dans ce modèle, n’est pas un supplément d’âme. Elle est la clé de la cohésion nationale et le moteur symbolique du développement. En effet, c’est la culture qui donne sens à l’espace, valeur au territoire, et attractivité à la nation.</p>



<p>La Tunisie possède une trentaine de sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco, et des centaines d’autres en attente de reconnaissance. Pourtant, beaucoup de ces trésors sont sous-exploités ou laissés à l’abandon. La restauration des médinas (Tunis, Kairouan, Sousse, Sfax) et la mise en réseau de leurs artisans pourraient devenir un puissant levier économique et social.</p>



<p>Au-delà du patrimoine bâti, le patrimoine immatériel (chants, gastronomie, savoir-faire, mémoire populaire) doit être valorisé.</p>



<p>L’expérience de Djerba, récemment classée à l’Unesco (2023), montre qu’un territoire peut être reconnu pour la coexistence de ses traditions, de ses religions et de ses architectures vernaculaires.</p>



<p>La culture, lorsqu’elle s’ouvre à la création contemporaine, devient aussi un facteur d’innovation et de différenciation internationale. Le tourisme culturel, qui attire une clientèle curieuse et respectueuse, est une alternative durable au tourisme balnéaire de masse.</p>



<p>De plus, la culture ancre le développement dans la dignité. Elle valorise l’artisan, le musicien, le conteur, la potière ou le tisserand, en leur offrant reconnaissance et débouchés. Cette dynamique, soutenue par des circuits culturels (routes du patrimoine, festivals, musées vivants), peut revitaliser les régions intérieures et réduire les fractures territoriales.</p>



<h2 class="wp-block-heading">4. Tourisme durable : catalyseur du modèle</h2>



<p>Le troisième pilier, le tourisme, représente historiquement un moteur de devises et d’emplois, mais son orientation vers le <em>«tout balnéaire»</em> a fragilisé sa durabilité. Le tourisme tunisien a longtemps misé sur le volume plutôt que sur la qualité. Cette approche a généré des effets pervers : saisonnalité extrême, faibles marges, pression sur les ressources naturelles, dégradation du littoral et homogénéisation culturelle.</p>



<p>Aujourd’hui, un tournant s’impose. La stratégie nationale du tourisme durable à l’horizon 2035, élaborée avec l’appui de la Banque mondiale, recommande une diversification profonde : écotourisme, tourisme culturel, rural, saharien, sportif et médical.</p>



<p>L’écotourisme est un levier prometteur. Il repose sur la valorisation des parcs nationaux (Ichkeul, Bou Hedma, Chaambi), des zones montagneuses (Kef, Zaghouan), et des oasis (Douz, Tozeur, Nefta). Ces espaces, gérés de manière participative, peuvent devenir des laboratoires de durabilité.</p>



<p>Le tourisme rural et agricole, quant à lui, permet d’intégrer les populations locales : hébergement en gîtes, dégustation de produits du terroir, initiation aux pratiques agricoles, découverte des savoir-faire artisanaux. Cette approche, déjà expérimentée à Takrouna ou dans le Cap Bon, crée un lien humain et économique entre visiteurs et habitants.</p>



<p>L’exemple du projet <em>BioTED</em> (Tunisie-Belgique) est emblématique : il a permis de développer des circuits agrotouristiques bio, valorisant les petits producteurs et les paysages ruraux.</p>



<p>Enfin, le tourisme doit devenir un espace de responsabilité. Les visiteurs d’aujourd’hui recherchent l’authenticité, la nature et le sens. Le pays qui saura leur offrir cela gagnera en notoriété et en respect. La Tunisie a les moyens de devenir cette destination méditerranéenne durable, entre mer, désert et culture.</p>



<h2 class="wp-block-heading">5. Les défis à surmonter</h2>



<p>Ce modèle intégré, aussi séduisant soit-il, se heurte à plusieurs obstacles.</p>



<p>Le premier est <strong>le changement climatique</strong> : la diminution des précipitations, la montée du niveau marin, l’érosion côtière et la salinisation des sols sont des menaces existentielles. La Tunisie doit urgemment moderniser la gestion de l’eau : récupération des eaux pluviales, dessalement, réutilisation des eaux usées traitées, et tarification rationnelle.</p>



<p>Le deuxième défi est <strong>institutionnel</strong> : les politiques publiques restent fragmentées. L’environnement, l’agriculture, la culture et le tourisme dépendent de ministères différents, rarement coordonnés. Une approche intégrée nécessite une gouvernance territoriale, des agences régionales, et des compétences transférées aux collectivités locales.</p>



<p>Le troisième obstacle est <strong>économique</strong> : le financement de la durabilité. Or, les outils existent. Le <em>Fonds vert pour le climat</em>, la <em>Banque européenne d’investissement</em> et de nombreuses institutions internationales proposent des lignes de crédit pour les projets verts et culturels. La Tunisie pourrait en bénéficier à condition de présenter des projets cohérents et bien évalués.</p>



<p>Enfin, le quatrième défi est <strong>culturel</strong> au sens civique : il faut réhabiliter la conscience collective de la valeur de la nature et du patrimoine. La durabilité ne se décrète pas, elle s’éduque. Les écoles, les médias, les associations doivent inculquer une culture écologique et patrimoniale, un sens du bien commun.</p>



<h2 class="wp-block-heading">6. Pour une gouvernance intégrée et participative</h2>



<p>L’un des points faibles chroniques des politiques tunisiennes est la fragmentation administrative. Pour que ce modèle fonctionne, il faut une structure de gouvernance transversale — une <em>Agence nationale du développement durable territorial</em> — chargée d’orchestrer les actions entre les ministères, les collectivités et les acteurs privés.</p>



<p>Cette agence pourrait, par exemple, piloter des projets intégrés sur des territoires pilotes : un gouvernorat côtier, un territoire oasien, une médina restaurée. Ces expériences locales serviraient de laboratoires avant leur généralisation.</p>



<p>L’implication des citoyens est cruciale. La durabilité se construit à partir des communautés locales. Les municipalités, les associations, les coopératives, les universités doivent être associées à la conception et à l’évaluation des projets. Une gouvernance ascendante, fondée sur la concertation, garantit la continuité et l’appropriation.</p>



<p>De plus, la Tunisie pourrait mettre en place un système de <em>paiement pour services environnementaux</em> : les acteurs économiques qui profitent des paysages (hôtels, agences, promoteurs) devraient contribuer à leur préservation. Une telle mesure, déjà appliquée au Costa Rica et au Maroc, permet d’allier économie et écologie.</p>



<h2 class="wp-block-heading">7. Comparaisons internationales et inspirations</h2>



<p>Dans la région méditerranéenne, plusieurs pays ont engagé des transitions similaires. Le Portugal, après avoir connu un tourisme de masse, a réorienté sa stratégie vers la durabilité en misant sur la culture, la nature et la gastronomie. Résultat : un allongement de la saison touristique, une hausse du revenu par visiteur et une meilleure répartition régionale.</p>



<p>Le Maroc a intégré la culture et le tourisme durable dans son <em>Plan Vision 2020</em>, créant des circuits culturels et ruraux (Routes des kasbahs, du safran, des oasis). La Jordanie a développé le tourisme communautaire autour de Petra et de Dana, en impliquant directement les habitants dans la gestion et les bénéfices.</p>



<p>Ces exemples montrent que la durabilité n’est pas une utopie. Elle est économiquement rentable à moyen terme et politiquement valorisante. La Tunisie, par son histoire et sa position géographique, a toutes les conditions pour devenir une référence méditerranéenne du développement intégré.</p>



<h2 class="wp-block-heading">8. Perspectives et impacts attendus</h2>



<p>Si la Tunisie met en œuvre une stratégie cohérente articulant environnement, culture et tourisme, plusieurs effets vertueux peuvent être anticipés.</p>



<p>Sur le plan <strong>écologique</strong>, la restauration des milieux naturels, la reforestation, la rationalisation de l’eau et la réduction de la pollution amélioreraient la qualité de vie et la résilience climatique.</p>



<p>Sur le plan <strong>économique</strong>, la diversification des activités rurales, la création d’emplois dans la restauration patrimoniale, l’agrotourisme et les industries créatives pourraient absorber une partie du chômage des jeunes diplômés.</p>



<p>Sur le plan <strong>social et culturel</strong>, la revalorisation des savoir-faire traditionnels et la reconnaissance des cultures locales contribueraient à la cohésion nationale et au sentiment d’appartenance.</p>



<p>Enfin, sur le plan <strong>international</strong>, une image renouvelée de la Tunisie — moderne, durable et authentique — renforcerait son attractivité et sa crédibilité dans les circuits touristiques et environnementaux mondiaux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">9. Conclusion : un souffle pour la Tunisie de demain</h2>



<p>L’équation <strong>Environnement + Culture + Tourisme</strong> n’est pas un slogan, mais une voie stratégique. L’environnement représente la base matérielle et biologique de la vie ; la culture en incarne l’âme et la mémoire ; le tourisme, s’il est durable, devient le moteur économique qui fait circuler les deux.</p>



<p>La Tunisie doit désormais passer de la parole à l’action :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>investir dans l’agriculture durable et l’économie circulaire ;</li>



<li>restaurer et valoriser son patrimoine matériel et immatériel ;</li>



<li>repositionner son tourisme sur la qualité, l’expérience et la responsabilité.</li>
</ul>



<p>Ce modèle intégré, soutenu par une gouvernance décentralisée et des financements verts, pourrait être le levier d’une renaissance nationale. Il offrirait à la Tunisie non seulement un nouvel horizon économique, mais aussi une identité réconciliée avec elle-même : un pays où le respect de la nature, la fierté culturelle et la dignité sociale se conjuguent pour bâtir un avenir durable.</p>



<p>Ainsi, la Tunisie pourrait redevenir ce qu’elle a toujours été au fil des siècles : un pont entre les civilisations, un jardin fertile au cœur de la Méditerranée, et un exemple pour les nations qui cherchent à conjuguer progrès et humanité.</p>



<p><em>* Universitaire.</em></p>



<p><strong>Références bibliographiques (sélection)</strong>:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Onagri, <em>Référentiel pour une agriculture durable en Tunisie</em>, 2015.</li>



<li>Banque mondiale, <em>Toward Sustainable Tourism in Tunisia</em>, 2024.</li>



<li>Pnud, <em>Rapport sur le développement humain en Tunisie</em>, 2023.</li>



<li>Arab Reform Initiative, <em>Tunisia’s Climate Justice Movement</em>, 2023.</li>



<li>Eco-Conseil Belgique, <em>Projet BioTED</em>, 2022.</li>



<li>Agenda 21 Culture, <em>Cultural Policy for Sustainable Development in Tunis</em>, 2022.</li>



<li>FAO, <em>Agriculture, eau et changement climatique en Méditerranée</em>, 2020.</li>



<li>World Tourism Organization (UNWTO), <em>Sustainable Tourism Indicators for the Mediterranean</em>, 2022.</li>



<li>Le Monde, <em>Les producteurs tunisiens face au manque d’eau</em>, 2024.</li>



<li>Institut Tunisien des Études Stratégiques (ITES), <em>Tunisie 2030 : modèle de développement durable</em>, 2022.</li>
</ul>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="m7lV0N7VEB"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/05/22/pour-un-tourisme-alternatif-en-tunisie/">Pour un tourisme alternatif en Tunisie</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Pour un tourisme alternatif en Tunisie » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/05/22/pour-un-tourisme-alternatif-en-tunisie/embed/#?secret=7zzXaeNFM0#?secret=m7lV0N7VEB" data-secret="m7lV0N7VEB" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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