La Chambre de commerce et d’industrie tuniso-française (CCITF) a organisé, hier, jeudi 5 novembre 2026, à l’hôtel Radisson Blu de Tunis, une nouvelle édition des Rencontres du Financement, consacrée aux enjeux du financement des entreprises et au rapprochement entre porteurs de projets, banques et investisseurs.
Lotfi Sahli
Cette manifestation a favorisé les échanges autour des conditions d’accès aux financements, des attentes des institutions financières et des exigences liées à la préparation d’un dossier solide et crédible.
La rencontre a été ouverte par Khelil Chaibi, président de la CCITF et modérée par Mohamed Louzir, secrétaire général de l’organisation.
Deux panels ont structuré les débats. Le premier, consacré aux critères, aux risques et aux attentes des banques et des investisseurs dans le financement des entreprises, a réuni Chaima Soudani, experte projets senior à la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), qui a mis en avant les mécanismes de financement en equity. Elle a notamment indiqué que 28 startups avaient bénéficié d’investissements à travers six sessions, avec une orientation privilégiée vers le secteur de la GreenTech.
Des leviers complémentaires pour le financement des entreprises
Hassen Messedi, banquier principal à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), a présenté le bilan des investissements de l’institution en Tunisie, faisant état d’un volume de 3,2 milliards d’euros mobilisés au cours de son exercice dans le pays, au bénéfice de 100 projets, dont 67 % relèvent du secteur privé. Il a également souligné le rôle de la Berd dans le soutien au financement des entreprises à travers des lignes de crédit dédiées, mises à disposition notamment par l’intermédiaire de l’UBCI et d’Attijari Bank.
Walid Akrout, directeur Trésorerie et Funding à l’UBCI, a souligné que sa banque propose, à travers des lignes de crédit mobilisées auprès de la Banque mondiale (BM) et de la Banque européenne d’investissement (BEI), des financements pouvant couvrir jusqu’à 100 % du montant des projets, à des taux d’intérêt préférentiels. Ces dispositifs prévoient également une période de grâce pouvant atteindre trois ans, ainsi qu’une subvention de l’Union européenne (UE) pouvant aller jusqu’à 15 % du montant du financement. Le directeur de l’UBCI a affirmé la volonté de son établissement de mener une offensive commerciale dynamique afin de faire bénéficier ses partenaires de l’ensemble des formules de crédit disponibles
Dans son allocution sur les financements des entreprises Selma Zouaoui, présidente de l’Association tunisienne des investisseurs en capital (Atic), a souligné que le crédit bancaire ne doit pas être la seule option : le capital-investissement, les fonds d’investissement spécialisés, les garanties et l’assurance-crédit constituent des leviers complémentaires encore insuffisamment connus des dirigeants. Elle pourrait expliquer que les investisseurs en capital recherchent surtout une création de valeur durable, en évaluant le potentiel du marché, la solidité du modèle économique, la qualité de l’équipe dirigeante et la gouvernance de l’entreprise, notamment sa transparence financière, son reporting et sa gestion des risques.
Un taux d’impayés des crédits bancaires supérieur à 15 %
Le deuxième panel a porté sur la construction d’un dossier de financement solide, en mettant l’accent sur sa structuration, la due diligence et la crédibilité du projet. Les échanges ont réuni Hsan Bedhief, directeur général de GMP Capital, Olfa Taamallah, analyste financière et directrice adjointe de la recherche actions – Aéronautique et transport aérien chez Oddo BHF, et Anis Laadhar, associé chez EY et responsable du département Strategy and Transactions et Ahmed El Karm, président du conseil d’administration de Tunisie Leasing & Factoring qui a dressé un état des lieux sans concession des freins au financement bancaire des entreprises tunisiennes.
Il a notamment souligné un taux d’impayés supérieur à 15 % en Tunisie, un niveau alarmant comparé au Maroc (8 %), à la moyenne internationale (4,5 %) et à l’Europe (2 %). Selon lui, ce niveau de risque inciterait les banques à une grande prudence, renchérissant ainsi l’accès au crédit pour les PME. M. El Karm a par ailleurs pointé du doigt l’absence de données centralisées et fiables sur la solvabilité des emprunteurs (historique de paiement, dettes fiscales, cotisations CNSS), déplorant une asymétrie d’information qui alourdit les coûts de contrôle.
Enfin, il a rappelé que le maintien d’un taux moyen du marché monétaire (TMM) élevé, dicté par la lutte contre l’inflation menée par la Banque Centrale, continue d’alourdir le coût des emprunts et d’inhiber l’investissement.
Interrogé sur les solutions pour pallier le manque de données fiables sur les clients, M. El Karm a suggéré la mise en place d’un bureau d’information privé (centralisant l’historique des paiements, les dettes CNSS et la situation fiscale). Il a rappelé qu’une telle structure est d’ores et déjà autorisée par le législateur tunisien, et qu’elle constituerait un levier décisif pour rassurer les banques et fluidifier l’octroi des financements.
Renforcer les passerelles entre entrepreneurs et investisseurs
Un cocktail de networking, organisé a permis aux participants de poursuivre les échanges dans un cadre informel. La manifestation s’est ensuite poursuivie par des rendez-vous B to B, offrant aux entreprises porteuses de projets et aux acteurs du financement l’occasion de se rencontrer, d’explorer des pistes de partenariat et d’échanger autour des possibilités de mobilisation de ressources.
À travers cette initiative, la CCITF a réaffirmé son engagement en faveur du rapprochement entre les entreprises et les institutions financières. L’objectif était de faciliter l’accès au financement, d’accompagner les entreprises dans la préparation de leurs projets et de renforcer les passerelles entre le monde entrepreneurial et les investisseurs.



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