Ben Guerdane | Obsèques de 11 migrants irréguliers noyés sur fond de tensions

Les obsèques hier, mercredi 26 août 2026, de 11 jeunes de Ben Guerdane morts dans le naufrage au large de Zarzis a rassemblé des centaines d’habitants de cette ville frontalière de la Libye dont l’unique ressource reste le commerce transfrontalier pour ne pas dire la contrebande. L’absence des responsables locaux et nationaux à cette cérémonie a été relevé par les observateurs.

La tragédie a suscité des protestations et des tensions à Ben Guerdane, dans le gouvernorat de Médenine, où des dizaines de jeunes ont bloqué des routes et allumé des feux lors de manifestations nocturnes.

Les corps de 11 jeunes de la ville, tous tunisiens, morts dans le naufrage d’une embarcation de migrants irréguliers survenu au large de Zarzis, ont été inhumés au cimetière Khalif de Ben Guerdane, après que leurs corps repêchés et identifiés aient été restitués à leurs familles pour qu’elles puissent les enterrer et faire leur deuil.

Samedi dernier, 22 août, la Garde nationale a annoncé le naufrage d’une embarcation au large de Zarzis transportant 15 jeunes, dont la plupart étaient originaires de Ben Guerdane.

Selon le témoignage de l’unique survivant, 15 jeunes se trouvaient à bord de l’embarcation, partie des côtes de Zarzis mercredi 19 août, entre 12h et 13h. Onze passagers portaient des gilets de sauvetage, tandis que quatre en étaient dépourvus. L’embarcation aurait sombré environ cinq heures après le départ, après que de l’eau a commencé à s’y infiltrer. Le jeune homme a raconté être resté en mer plus de deux jours, nageant et tentant de se maintenir à flot dans des conditions extrêmement difficiles, affrontant les vagues, la faim et la soif. Il a finalement été repéré par un navire libyen en provenance de Misrata et faisant route vers le port de Zarzis, avant d’être remis aux autorités tunisiennes. Le survivant, hospitalisé à l’hôpital régional de Zarzis, souffre de brûlures au premier degré. Dans son récit, il a attribué le naufrage à la détérioration des conditions météorologiques et à la surcharge de l’embarcation, qui transportait également une vingtaine de bidons de carburant et d’eau. Les autorités tunisiennes ont ouvert une enquête judiciaire sur les circonstances de l’organisation de cette traversée clandestine.

Dimanche 23 août, les habitants de la ville ont pris part au cortège funèbre des trois premières victimes retrouvées. Le drame a par ailleurs suscité des protestations et des tensions à Ben Guerdane, à la frontière avec la Libye, où des dizaines de jeunes ont bloqué des routes et allumé des feux lors de manifestations nocturnes. Les forces de sécurité sont intervenues en faisant usage de gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants. Les habitants de la région ainsi que des partis politiques ont réclamé des interventions urgentes et des solutions structurelles pour le développement de la zone.

Ce naufrage s’inscrit dans un contexte de pression migratoire croissante le long des côtes sud-est de la Tunisie, d’où continuent de partir sporadiquement des embarcations à destination de l’Italie, transportant souvent des jeunes originaires des zones frontalières et du sud-est du pays.

Selon les données du ministère italien de l’Intérieur, les débarquements de migrants sur les côtes italiennes enregistrent une nette baisse en 2026 : du début de l’année jusqu’au début de la semaine, on a dénombré 18 900 arrivées, contre 41 000 sur la même période en 2025 et 39 000 en 2024. Ce chiffre met en évidence une diminution d’environ 54 % par rapport à 2025 et de 52 % par rapport à 2024. Cette diminution est e fruit de la coopération des gardes maritimes tunisiens avec leurs collègues italiens pour contrôler plus rigoureusement les flux des barques de migration irrégulière.

Sur les 18 900 arrivées en Italie depuis le début de l’année, les ressortissants tunisiens représentaient 5 % du total.

I. B.

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