On n’a pas cessé de mesurer l’ampleur des dégâts provoqués dans l’économie tunisienne par la nouvelle loi (populiste) sur les chèques, promulguée en 2025. Selon Azzam Soualmia, dirigeant d’une entreprise spécialisée dans la gestion d’entrepôts, à la suite de cette loi, le recours aux chèques dans les transactions commerciales a chuté, passant de plus de 43 % en 2023-2024 à seulement 12 % en 2025. Et cette évolution est l’un des principaux facteurs ayant contribué à la baisse des stocks d’eau embouteillée et à l’émergence de la crise d’approvisionnement actuelle.
Dans une déclaration à Diwan FM, M. Soualmia a indiqué que la consommation d’eau embouteillée avait augmenté, au cours de cet été, d’environ 10 % par rapport à la moyenne habituelle. Bien que cette hausse soit en partie due à la hausse des températures, il estime que l’augmentation de la demande n’explique pas à elle seule la crise actuelle ; celle-ci est principalement liée, selon lui, à la réduction des stocks résultant de l’évolution des modalités de financement des transactions, ainsi qu’à la crainte de poursuites judiciaires pour spéculation illicite.
Durant l’hiver et le printemps, les grossistes avaient coutume de constituer des stocks de sécurité d’eau et de boissons gazeuses en profitant de la baisse des prix hors saison ; cela leur permettait de répondre aux besoins du marché en été — période de forte demande — tout en réalisant une meilleure marge bénéficiaire, a expliqué M. Soualmia, estimant que ce système reposait largement sur l’utilisation de chèques à échéance différée : les usines acceptaient des chèques de garantie lors de la constitution des stocks durant les mois d’hiver et de printemps, ces chèques n’étant encaissés qu’ultérieurement, une fois les produits mis sur le marché au moment du pic de la demande.
Selon M. Soualmia, la modification de ce mécanisme suite à l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur les chèques a affecté la capacité des commerçants à constituer des stocks anticipés.
Cette situation s’ajoute à une autre préoccupation : la crainte que le stockage de grandes quantités de marchandises en période de forte production ne soit assimilé à une pratique monopolistique, exposant ainsi les opérateurs à des poursuites judiciaires.
M. Soualmia souligne par ailleurs que les détaillants contribuaient autrefois à pallier les pénuries survenant après l’épuisement des stocks des usines, assurant ainsi la continuité de l’approvisionnement ; toutefois, la réduction des stocks à tous les niveaux de la chaîne de distribution a rendu le marché plus vulnérable aux hausses saisonnières de la demande.
Les chiffres communiqués par M. Soualmia à Diwan FM illustrent l’ampleur de l’évolution des transactions commerciales : la part des chèques est passée de 43 % en 2023 à 43,5 % en 2024.
En 2025, le paysage a radicalement changé : les virements bancaires sont arrivés en tête avec 44 % des transactions, suivis des effets de commerce (24 %) et des paiements en espèces (19 %), tandis que la part des chèques a chuté à seulement 12 % du total.
Selon lui, cette mutation a pratiquement mis fin au rôle que jouaient les chèques dans le financement d’une part importante des transactions commerciales et de la constitution des stocks ; il souligne qu’ils avaient dominé les moyens de paiement depuis 2020 — à l’exception de l’année 2022 — avant de se retrouver en dernière position en 2025.
Pour M. Soualmia, la hausse de la demande estivale ne constitue qu’une partie de l’explication de la pénurie actuelle d’eau embouteillée ; selon lui, la crise actuelle révèle un problème plus profond lié au système de stockage, de distribution et de financement des stocks. C’est l’insuffisance des stocks constitués durant l’hiver et le printemps qui, selon lui, a réduit la capacité du marché à répondre à la forte demande de l’été.
M. Soualmia ne limite pas ce problème au secteur de l’eau et des boissons gazeuses ; il considère que l’évolution des mécanismes de financement et la crainte de constituer des stocks importants pourraient avoir des répercussions sur d’autres secteurs tributaires du stockage anticipé pour garantir la stabilité de l’approvisionnement en période de forte demande.
I. B.



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