Marseille | Les Rencontres d’Averroès font dialoguer les deux rives de la Méditerranée

Du 28 octobre au 1er novembre 2026, la 33e édition des Nouvelles Rencontres d’Averroès explore le thème «Franchir / s’affranchir». Des échanges entre lycéens de Marseille et de Tunisie aux débats avec Sabyl Ghoussoub et Sophie Bessis, en passant par le partenariat avec L’Orient-Le Jour, la programmation croise les histoires, les imaginaires et les enjeux politiques du monde méditerranéen.

Djamal Guettala

Les Nouvelles Rencontres d’Averroès ne s’adressent pas uniquement aux adultes. Avec Averroès Junior, la manifestation associe chaque année élèves du primaire et lycéens aux thématiques explorées pendant les Rencontres, à travers des ateliers organisés en amont. Le langage y est abordé sous différentes formes, entre transmission des savoirs et pratiques artistiques.

Cette démarche prend une dimension méditerranéenne particulière en 2026. Au printemps, des élèves du lycée Antonin-Artaud, à Marseille, se sont rendus en Tunisie pour découvrir des sites archéologiques. Sept jeunes correspondants de Tajerouine viennent à leur tour passer cinq jours dans la cité phocéenne. L’histoire, notamment celle d’Hannibal, sert de point de départ à des échanges plus personnels sur les aspirations, le quotidien et les représentations de part et d’autre de la Méditerranée.

Le projet se prolonge avec Voyage scolaire de Marseille à Tunis, une création sonore collective réalisée par les élèves et étudiants du lycée Antonin-Artaud dans le cadre d’Averroès Junior et de la Saison Méditerranée 2026. La rencontre entre les jeunes devient ainsi une matière artistique, une manière de raconter les liens qui se tissent au-delà des frontières et des différences linguistiques.

Dans une région trop souvent évoquée à travers les conflits, les frontières et les départs forcés, ces initiatives donnent la parole aux nouvelles générations. Elles ne prétendent pas effacer les différences : elles offrent aux jeunes l’occasion de les découvrir, de les questionner et de construire un langage commun.

Sabyl Ghoussoub, Sophie Bessis et L’Orient-Le Jour au cœur des débats

Le thème «Franchir / s’affranchir» prend une dimension littéraire et politique avec la participation de Sabyl Ghoussoub. L’écrivain et journaliste franco-libanais, lauréat du prix Goncourt des lycéens en 2022 pour Beyrouth-sur-Seine, revient avec Mon imam, paru chez Stock en 2026. Son travail interroge les liens familiaux, l’exil et les héritages libanais, en faisant de l’intime une porte d’entrée vers l’histoire collective. Sa présence aux débats et aux ateliers destinés aux jeunes lecteurs inscrit la littérature dans une réflexion sur les appartenances et les récits transmis d’une génération à l’autre.

Le débat d’ouverture, consacré au «besoin de raconter des histoires», prolonge cette réflexion sur la façon dont les récits personnels éclairent les trajectoires collectives. À travers la littérature, la mémoire familiale et l’histoire libanaise, Ghoussoub invite à regarder autrement les héritages que chacun reçoit et transforme.

L’historienne franco-tunisienne Sophie Bessis participera, samedi 31 octobre, à la table ronde «Quand la puissance s’affranchit du droit», aux côtés de Jérôme Heurtaux et de Nadim Houry. La question est centrale dans un contexte international marqué par les tensions autour du droit et des rapports de force : que devient la règle commune lorsque les puissances cherchent à s’en affranchir ? La rencontre inscrit les débats d’Averroès dans une réflexion sur les libertés, les responsabilités politiques et les transformations de l’ordre international.

La présence de L’Orient-Le Jour, quotidien francophone libanais, constitue un autre axe de cette édition. Le partenariat avec les Rencontres dépasse la simple association médiatique : les journalistes du quotidien participent à plusieurs rendez-vous, tandis qu’une «Bibliothèque bleue», conçue conjointement par les deux équipes, propose une sélection d’ouvrages. Cette coopération fait entrer dans la programmation une expérience journalistique ancrée au Liban et attentive aux bouleversements du monde arabe.

D’autres rencontres prolongent ces interrogations. Vendredi 30 octobre, «Habiter l’entre-deux» réunit Ahmad Ashour, chercheur palestinien à l’université de Tours, Albert Dichy, conseiller littéraire de l’Imec, et la politiste Laura Ruiz de Elvira. Le lendemain, une rencontre consacrée à Averroès rassemble notamment Jean-Baptiste Brenet, Ziad Bou Akl et Emmanuelle Tixier du Mesnil. La pensée du philosophe andalou demeure une référence pour réfléchir à la circulation des savoirs et aux relations entre traditions intellectuelles.

De Leïla Chahid à Rima Poésie Club, les voix de la Méditerranée

La mémoire palestinienne occupe une place importante dans cette édition. Samedi 31 octobre, la soirée «En l’absence de Leïla Chahid» rend hommage à la diplomate palestinienne, disparue en février 2026, qui avait participé aux Rencontres en 2022. Présentée par Brigitte Curmi, elle réunit notamment Suad Amiry, Majed Bamya, Simone Bitton, Dominique Eddé, Thierry Fabre et Mohamed El Khatib. La musique de Sary Khalifé et le chant de Walid Ben Selim accompagneront cet hommage.

La poésie prendra le relais le même soir avec la première étape marseillaise du Rima Poésie Club. Fondé par Rima Abdul Malak, ancienne ministre française de la Culture et aujourd’hui directrice exécutive du groupe L’Orient-Le Jour, le projet réunit des voix venues de plusieurs horizons. Maram Al-Masri, poétesse syrienne exilée en France, Sofía Karámpali Farhat, originaire du Sud-Liban, et Mohammed Al Qudwa, poète de Gaza, partageront la scène avec Walid Ben Selim et Sary Khalifé.

Concerts, rencontres littéraires et propositions artistiques complètent le programme. Fred Nevché ouvre les rendez-vous culturels avec Loghofète ou le prénom perdu. Wajdi Mouawad et Charles Berberian figurent également à l’affiche, tandis que Bachar Mar-Khalifé donnera, vendredi 30 octobre, un concert dédié à Christophe.

En raison de travaux à La Criée, les rencontres se déploient dans plusieurs lieux marseillais, notamment le Théâtre de l’Odéon, l’Espace Julien, le Mucem et le Cepac Silo. Cette circulation entre les espaces accompagne celle des idées et des voix. De Tajerouine à Beyrouth, de Gaza à Marseille, les Nouvelles Rencontres d’Averroès rappellent que la Méditerranée se pense autant à travers ses héritages que par les récits, les désaccords et les solidarités qui continuent de la traverser.

Programme complet.

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